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TU NE TUERAS POINT
Scénario
Réalisation
Vous jetez des serpillières ?
Ça peut servir.
On vient de nous viser avec.
Touché ?
Non.
Vous n'avez vu personne se promener avec ?
J'aime pas les chats.
C'est faux comme les hommes.
Dites-moi, c'est un beau film ?
Non, emmerdant.
Ça parle de quoi ?
D'amour, mais il est emmerdant.
D'ailleurs, la séance n'est que l'après-midi.
Qu'est-ce que vous faites ?
J'enlève mes cheveux blancs.
Y a une station de taxis par là ?
Place du Château Royal.
Salut !
Salut !
Monsieur Balicki...
Ces messieurs vous demandent.
Tu voudrais un portrait comme ça ?
Combien vous prenez ?
Deux mille.
Et ça vous prend combien de temps ?
Hé, l'ami, de quoi s'agit-il ?
On ne paie pas le temps,
mais...
le talent.
Tu as du talent, toi ?
Non.
Tu sais faire des chaussures ?
Élever un arbre ?
Un arbre ?
Un arbre, oui.
Alors, t'en fais pas.
La place du Château Royal ?
Tout droit.
Je réfléchis, je me demande comment répondre.
On m'a déjà posé deux fois la question.
Quand j'étais en fac, la réponse était simple.
Puis il y a quatre ans, ici même,
je n'étais plus aussi sûr de moi...
et maintenant...
C'est une bonne question.
Pourquoi je veux devenir avocat ?
Je réponds sincèrement
ou ce que je suis censé répondre ?
Nous tenons à vous connaître.
Pour être bref... Je ne sais pas.
Je suis attiré...
Tout ce que j'ai vu pendant ces quatre ans...
C'est une fonction...
on peut dire... sociale.
C'est important pour moi qu'elle soit utile.
Et puis, ce qui m'intéresse peut-être le plus,
c'est que, si tout marche bien,
je pourrai connaître et comprendre des gens
qu'exerçant un autre métier, je n'aurais jamais rencontrés.
C'est pour cela que je le veux.
Je pense que, plus on mûrit et plus la réponse...
s'éloigne.
Tout homme se demande si ce qu'il fait a un sens.
Je crois que plus on va,
plus on doute.
Patronne, la marchandise !
Grouille, Beata.
Bonjour.
Écartez-vous, vous faites peur aux pigeons !
Vous allez vous écarter ?
Libre ?
Vous voyez bien que je lave.
Nous vous attendrons, il fait froid.
Quelle est, selon vous, la signification
de la prévention générale ?
Grossièrement parlant,
elle agit non sur le condamné mais sur les autres,
afin qu'ils évitent de se trouver à sa place.
- Et plus précisément ? - Oui.
C'est l'action du condamné
ou, mieux encore, des condamnés sur les autres.
Il s'agit tout simplement de leur faire peur.
C'est ce que dit l'article du Code pénal.
Je n'aime pas votre ton ironique.
C'est un argument pour moi douteux,
de la sévérité de la peine,
souvent injuste.
Pourriez-vous, à l'appui de votre thèse,
citer... quelque classique.
"n'a réussi...
"à améliorer le monde."
- Dois-je citer l'auteur ? - Inutile.
La patronne s'est trompée dans votre compte.
On fait un tour, Mademoiselle Beata ?
Ma femme les a préparés. Tu les veux ?
Bouffe !
Bonjour.
J'ai là...
Vous venez pour la tuyauterie ?
Non.
Je pensais...
J'ai là une photo.
Vous pourriez
l'agrandir ?
Ça restera rayé.
Ça ne fait rien.
Bien.
C'est vrai...
qu'on peut reconnaître d'après la photo
si la personne est morte ou vivante ?
On vous a raconté des bêtises.
- Salut ! - Comme il se doit.
Le dernier chiffre ?
Dix-sept.
Je l'ai déjà.
Seize.
Seize ? Si près ?
Bon... Quinze.
Vous les remplissez toujours avec soin.
J'aime l'ordre, moi.
La chance vous sourit.
Le mois dernier, c'était ?
412.
Et 1200 en automne, pas vrai ?
La semaine dernière, 46.
- L'un dans l'autre... - Je m'en sors.
Mais ce que je voudrais, c'est...
Bah !
Allez, allez ! Vive notre club
et vive ses supporters !
Monsieur Balicki.
J'ai le plaisir de vous apprendre que vous êtes reçu.
A partir d'aujourd'hui, après 4 ans de stage,
vous voilà avocat et notre collègue.
Mes félicitations.
Il ne vous reste qu'à prêter serment.
J'ai réussi à l'examen !
Je suis avocat !
Je suis avocat !
Fais pas l'imbécile !
Monte !
Allemand ?
De Bulgarie ?
Je te dirai la bonne aventure,
donne quelques sous pour l'enfant.
Tu partiras à l'étranger.
Non.
Non, je ne crains rien.
Je vais lire les lignes de ta main.
Je dirai la vérité.
Dis-la-moi.
- Du thé. - Nous n'en avons pas.
- Et qu'avez-vous ? - Du café, des pâtisseries.
Du café et un gâteau, alors.
- Quel gâteau ? - Un chou.
Pas celui-là, l'autre !
Ta ligne de chance est longue et forte...
Deux enfants.
Quand ?
II y a des moments dans la vie
où tout est possible,
la route est toute tracée devant toi.
J'avais cette impression après le Bac,
et je la retrouve aujourd'hui.
Quand tu passes un seuil, il y a un moment...
où tout ne dépend plus que de toi.
Exactement.
Tu sais ce que je crois ?
Non, je ne sais jamais.
Que les gens t'aimeront...
comme je t'aime maintenant.
Vous allez peut-être
à Mokotow ?
Non, à Wola.
Nous sommes très pressés.
A Mokotow.
Et le type, il voulait aller où ?
A Wola.
Du calme ! II est bien nerveux !
Qu'y a-t-il ?
Rien.
Mais tout ne sera peut-être pas si simple.
Vous pouvez fermer la fenêtre ?
II fait froid.
Tournez à gauche ici.
Je peux prendre tout droit aussi.
Je préfère par là.
Comme vous voulez.
Arrêtez-vous, c'est là-bas.
- On ne peut pas passer. - Je ne vais pas plus loin.
Jésus !
Je vous en prie...
Je vous en prie.
Je te parlerai d'un brave petit lion
Qui chaque jour avait plus de courage.
Et tous les grands lions
Lui disaient sans ambages
Qu'un lion doit toujours avoir un coeur de lion.
Je te comprends fort bien et j'aime le courage,
mais parfois j'ai si peur...
C'est encore ouvert ?
Yatzek ? Viens !
Salut, Beata ! Tu vas te coucher ?
Bientôt, oui.
Sors un moment, je veux te montrer...
Je m'habille ?
Pas la peine.
- C'est loin ? - Tout près.
Je te l'ai dit. Monte.
Tu voulais aller quelque part.
Maintenant, on peut.
Tu disais qu'une dame qui achète chez vous
fait des excursions en montagne.
Son mari...
On peut aller dans les montagnes.
On baissera les sièges.
J'ai des couvertures.
Bientôt il fera plus chaud.
Où as-tu pris cette voiture ?
La séance est levée.
C'est la fin, Maître ?
La fin.
C'est moi.
J'ai perdu.
Oui. Sur toute la ligne.
Je ne sais pas, je ne sais pas.
J'irai faire un tour, peut-être.
Non, ne viens pas.
Comment tu vas ?
Tu as pu dormir ?
Tant mieux.
Oui. Au revoir !
Monsieur...
Yatzek !
Excusez-moi.
Je sais que ce n'est pas l'usage...
En effet, ce n'est pas l'usage.
Je voulais vous demander, maintenant que c'est fini...
si cela n'a pas joué...
S'il y avait eu un grand nom du barreau...
à ma place.
Absolument pas.
Ce que j'ai dit n'a pas...
Peut-être que si j'avais...
Votre plaidoirie
fut un merveilleux réquisitoire
contre la peine de mort.
La sentence... ne pouvait être autre.
Vous n'avez commis aucune erreur, ni en tant que juriste,
ni en tant qu'homme.
Dans ces circonstances pénibles,
je suis content de vous avoir connu.
Dans cette affaire,
on aurait pu imaginer peut-être un meilleur juge.
Cette sentence
retombera sur moi.
- C'est une consolation ? - Non.
Vous savez... quand ce garçon a raconté
comment il s'est entouré la main
de la corde dans ce bar...
- J'y étais ! - Où ça ?
Dans ce bar. A la même heure !
Je venais de passer mon examen d'avocat !
Aussi...
J'aurais peut-être pu faire quelque chose...
Vous êtes trop délicat pour ce métier.
Trop tard pour en changer.
Oui. Vous avez un peu vieilli aujourd'hui.
Au revoir.
Le directeur va vous recevoir.
- Ça va ? - Il fait chaud.
Bonjour.
Le rideau ne fonctionne pas.
Balaie un peu.
Tout est prêt, monsieur le directeur.
Appelez-moi le 24.
Il va arriver.
Merci.
Je m'y attendais.
Moi aussi.
Oui, Maître...
Vous aurez une demi-heure.
Une demi-heure...
Bien.
Conduisez le Maître...
Je peux laisser ma serviette ?
Bonjour, Maître.
Je vais le voir. Il veut me parler.
Un lourd devoir.
Oui, lourd. C'est la première fois...
Je vous souhaite que ce soit la dernière.
Maître...
Le moment est sans doute mal choisi, mais...
Vous avez eu un fils, paraît-il. Félicitations !
Oui.
Il y a peu de temps. Je vous remercie.
Vous vouliez me voir ?
Oui.
Vous avez vu ma mère ?
Oui.
Elle pleurait ?
Oui, elle pleurait.
Elle voulait... quelque chose ?
Disait quelque chose ?
Non.
Elle ne faisait que pleurer.
Asseyez-vous.
Vous pourriez...
Vous pourriez encore...
revoir ma mère ?
Après tout ça.
Bien sûr. Évidemment.
Je me suis dit ça, parce que...
vous m'avez appelé, au tribunal...
Vous avez appelé : "Yatzek !"
Je vous ai appelé...
Je voulais...
Je ne sais pas ce que je voulais.
J'ai presque vingt et un an,
mais quand vous m'avez appelé,
j'ai failli pleurer.
J'avais parlé
au tribunal...
Je ne sais pas. Je n'ai pas écouté.
C'est seulement quand vous m'avez appelé...
Ils étaient tous...
ici aussi... ils sont tous contre moi.
Contre ce que vous avez fait.
C'est la même chose.
Vous vouliez que je rencontre votre mère...
Oui, pour lui dire
qu'elle m'enterre avec mon père.
Je peux être enterré dans un cimetière ?
Oui.
Le prêtre qui est venu m'a dit que oui.
Évidemment
Eh bien, avec mon père...
il y a encore une...
une place, elle devait être pour maman.
Demandez-lui de me la céder.
Oui ?
Oui, monsieur le directeur.
Le directeur demande si vous avez fini.
Pas encore.
Vous disiez...
Je ne me souviens pas...
Vous disiez qu'il y a là-bas trois places.
Oui, trois.
Mon père y repose, Marysia,
et il y a encore une place...
Marysia y est depuis cinq ans.
Elle a été écrasée par un tracteur.
Chez nous, à la campagne.
Elle finissait l'école primaire,
elle avait douze ans.
Elle allait juste finir.
Moi, avec ce copain, ce tractoriste,
car c'était un copain,
nous avions bu avant...
du vin, de la vodka...
Puis il est parti et l'a écrasée.
Sur un pré, dans le sous-bois...
Je me disais ici, je me disais...
si elle avait vécu, peut-être...
que je ne serais pas parti...
C'était ma soeur.
J'avais trois frères, mais une soeur.
Une seule soeur...
Elle me...
Moi aussi, c'était ma préférée.
Tout aurait pu se passer autrement.
Et là, j'ai dû partir,
quitter le village...
Je ne voulais pas partir.
Sans ça, peut-être...
...que tu ne serais pas ici.
Peut-être que ça aurait
tourné autrement.
Le directeur et le substitut demandent si ça y est.
Dites-leur que je ne dirai jamais que ça y est.
Vous ne direz jamais que ça y est ?
Jamais !
On a acheté cet emplacement
parce que Marysia aimait les arbres,
les arbres, la verdure.
Ce soir-là, elle allait dans la forêt.
Vous avez la sentence ?
Tout est là.
On y va !
Vous pouvez laisser votre serviette ici.
Faites sortir le condamné.
Le substitut vous ordonne de finir.
Dans les affaires,
il y a un reçu du photographe.
J'ai donné une photo à agrandir
et je n'ai pas eu le temps de la retirer.
Si vous pouviez la donner agrandie à ma mère...
Qu'y a-t-il dessus ?
Sa photo de première communion.
Je l'ai emportée avec moi...
elle s'est rayée.
On y va !
Monsieur !
Je ne veux pas !
Nom et prénom ?
Lazar Yatzek.
Date de naissance ?
17 mars 1967.
Prénoms des parents ?
Yann et...
Lucie.
Je relis la sentence.
"Au nom de la république populaire de Pologne,
"le 27 avril 1987,
"la cour, après avoir entendu Yatzek Lazar,
"accusé d'avoir
"le 10 mars 1986 à Varsovie
"assassiné Waldemar Rekowski,
"l'a déclaré coupable de ce crime
"et selon l'article 148 paragraphe 1,
"ainsi que l'article 44 paragraphe 2 du Code pénal,
"l'a condamné à mort
"et déchu de ses droits civiques.
"La cour de cassation a maintenu cette sentence.
"Le conseil d'état a refusé la grâce.
"De ce fait, la sentence est exécutoire."
Cigarette ?
Je préférerais sans filtre.
Les mains !
Exécutez la sentence !
Tire ! Tire ! Encore !
Sous-titres : Georges LISOWSKI
Sous-titrage : C.M.C. - Paris
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