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17 octobre 1953
Rentre vite, Raman. II va pIeuvoir.
QueI tonnerre ! Dieu sait jouer des percussions.
Sans rythme, pIus de vie.
Rien ne saurait prot�ger
Ia vie d'un artiste de KathakaIi.
JoIi coup de tonnerre !
Papa !
Debout, papa !
Dis, papa !
R�veiIIe-toi !
Debout papa !
Sharada.
II m'arrive un ennui.
Hier, quand Kunhikuttan dansait Poutana,
j'aurais pu briser mon chenda miIIe fois
teIIement j'�tais en transe.
Mais ce matin iI est tomb�, Ia peau s'est d�chir�e.
Qu'aIIons-nous faire pour Ia repr�sentation de demain ?
Je n'ai pas d'argent pour Ie r�parer.
QueI tracas. O� en trouver un autre ?
Et demain,
Kunhikuttan interpr�te NaIa, son premier r�Ie mascuIin.
Dis, maman, c'est papa qui jouait Poutana ?
Oui, son r�Ie cIassique de Poutana.
- Qui �tait Ie petit Krishna ? - Toi !
Ton p�re n'a pas d'autre Krishna que toi.
Le sein de Poutana est pIein de poison, tu Ie sais ?
II y a un chenda au domaine.
Je I'ai vu dans Ie grenier, j'irai Ie chercher.
Et iI y est encore ?
Thirumeni est d'accord ?
Que dit Poutana ?
On peut Ie prendre sans permission.
Un instrument de musique
ne peut rester vivant
que si I'on en joue.
Dans Ie grenier...
La peau du chenda de Raman s'est d�chir�e, et demain,
nous donnons une pi�ce.
Comment danser sans accompagnement ?
Et I�-haut,
comme je Ieur ai dit, iI y a Ie chenda de notre ancienne �coIe.
Pr�tez-Ie-nous.
Je vous Ie rendrai
d�s que j'aurai I'argent pour r�parer Ie sien.
QueIs r�Ies danses-tu ?
Vous savez, Monsieur, Kunhikuttan
commence � �tre connu, on I'appeIIe Ma�itre Kunhikuttan.
O� sont Ies cIefs ?
Je Ies ai.
Kunju ! J'entends Ies percussions jouer I'Ubhavam.
Qui interpr�te Ravana ?
Le Ma�itre, iI enseigne aux �I�ves.
IIs vont danser Ravana ?
Oh non, pas avant de nombreuses ann�es.
Narayanan...
Vasudevan...
Pachu...
Unni...
Sivaraman...
Et Iui ?
Qui est ce vaurien ?
Kunhikuttan,
Ie fiIs de notre Bhagirati.
Kunhikuttan.
Reviens !
Ne pIeure pas.
AIIons, viens.
Le professeur pense que cet enfant
peut r�ussir.
En apprenant Ie KathakaIi, iI souIagera
sa m�re Baghi de Ia pauvret�.
Pas question.
M�Ier nos gar�ons � cette canaiIIe !
A-t-eIIe I'air de d�p�rir ?
Regarde-Ia, Kunju !
Son fiIs a�in� est mort de Ia varioIe, Kunhikuttan est son seuI enfant.
Et comme eIIe est domestique ici, iI serait faciIe � son fiIs
de faire partie de notre �coIe.
Prosterne-toi devant Monsieur.
II en est incapabIe,
ce vaurien qui n'a pas de p�re.
Viens.
Monsieur a bien vouIu I'accepter dans notre �coIe.
Si vous y voyez un inconv�nient,
dites-Ie-moi, je trouverai une soIution.
II est tr�s inteIIigent et iI est dou�.
AIors ne t'inqui�te pas, mon enfant.
Prends �a pour ton repas.
Je te donnerai de quoi manger tous Ies jours.
J'accepte ce qui m'est demand�...
J'irai voir Arjuna en sa demeure terrestre...
Je Ie ram�nerai en demeure �terneIIe...
Qu'est-ce que tu as ?
Tu as �t� mordu ?
Le coup que j'avais re�u enfant, je Ie sens encore.
Tu as pass� Ie cap des r�Ies f�minins.
Te voici aux grands r�Ies mascuIins.
Ton Ma�itre me I'a dit.
B�ni soit ton premier maquiIIage de r�Ie mascuIin.
Une beIIe carri�re s'ouvre � toi.
Laisse-moi juste te dire,
peu importe Ie personnage incarn�,
I'artiste ne re�oit qu'une maigre pitance.
Rien n'a chang�.
II est difficiIe de joindre Ies deux bouts.
Ne g�che pas ta vie en buvant comme Ies autres.
Pense � ta fiIIe.
II m'arrive de boire, mais jamais
je n'oubIie ma fiIIe.
Tu as Ie chenda, papa ?
Dis-moi, � ton avis ?
Maman dit que tu ne I'auras pas.
Grand-m�re, papa est rentr� !
Tu fais Ia t�te ?
Je suis comme �a, � cause de vous tous.
Tu voudrais que je change ?
Poutana dort encore ?
Non, ma fiIIe.
Poutana se prosterne devant son petit Krishna.
Si Krishna Ia vide de son souffle vitaI,
Poutana dormira pour I'�ternit�.
Mais ne crains rien, ma petite fiIIe.
Moi aussi je vais dormir.
21 mars 1955
II dort � poings ferm�s. On aurait tort de Ie r�veiIIer.
- Nous venons de Cherukunnu - Et aIors ?
Laissons-Ie se r�veiIIer. Pourquoi venez-vous ?
Le FestivaI du tempIe a commenc�
et son comit� aimerait inviter Ma�itre Kunhikuttan
avant Ia fin des festivit�s.
Voyons.
Maman !
II dort encore.
J'ai suivi Ma�itre Kunhikuttan pendant 7 ou 8 ans.
Aucun artiste ne peut I'�gaIer. QueIIe originaIit� !
Et son art d'improviser sans jamais trop en faire !
Accepterait-iI Ie r�Ie de Bhima ?
S'iI existait un personnage couch�,
iI pourrait I'incarner maintenant.
J'irai � Ieur tempIe pour prier.
Dis-Ieur que j'accepte.
Donne-Ia-Iui.
Une offrande divine.
Une bonne Iiqueur pour �tancher notre soif.
Qu'est-ce que c'est, papa ?
Les condiments sentent bon.
Et �a aussi, �a sent bon.
Ton m�dicament.
Tu pars Ioin pour boire ton m�dicament ?
Laisse �a.
Papa, c'est �a qui te fait dormir ?
Qu'est-ce que tu racontes, ma petite ?
Ton p�re ne va pas avaIer ce m�dicament.
Tu sais bien que je vais � Trivandrum
pour Ie FestivaI Painguni.
Le Maharaja viendra me voir en personne.
II y aura des processions somptueuses
et iI appara�itra dans toute sa spIendeur royaIe.
Tu voudrais Ie voir ?
Tu ne veux pas Ie voir ?
- J'ai d�j� vu Ie Maharaja. - O� �a ?
II est ici.
Je ne savais pIus o� te trouver.
II faut aIIer te maquiIIer.
Oh mon enfant ch�ri...
Viens � moi...
Viens me retrouver dans Iajoie...
Oh mon tendre petit...
Si on vient te f�Iiciter, n'en tiens pas compte.
J'aurais vouIu te Iancer mon b�ton.
Je suis Ie messager du Dewan, Ie Ministre du Maharaja.
II vous transmet ses f�Iicitations.
J'en suis tr�s flatt�.
Ceux qui n'y connaissent rien m'ont appr�ci�.
Mais ceIui qui s'y conna�it me Iance son b�ton.
QueIIe douIeur ! N'est-ce pas, Raman ?
La ni�ce du Dewan d�sirerait
vous voir danser ''L'enI�vement de Subhadra''.
Qui est donc cette ni�ce
qui me porte ainsi aux nues ?
VeuiIIez I'en remercier.
Mais je ne peux pas.
Sous Ie cIair de Iune, Ia brise si douce
Ia m�Iodie de Ia fl�te et du vina...
Les fleurs aux parfums d�Iicats...
et tout ceIa mon tendre ami.
La m�Iodie de ce raga
me sembIe subIimer Ia po�sie du texte.
Je I'ai chant� sans pr�tention.
J'ai �t� si bouIevers�e par votre interpr�tation
que mon coeur s'est mis � chanter.
Pourrais-je... conna�itre votre nom ?
Je suis Subhadra, Ia ni�ce du Dewan.
Ma grand-m�re m'a souvent dit qu'un vrai artiste
ne devait pas trop s'attacher � Ia structure du texte.
L'aurais-je maI chant� ?
Oh non.
Votre interpr�tation
�tait tout � fait juste.
Sous Ie cIair de Iune, Ia brise si douce
Ia m�Iodie de Ia fl�te et du vina
Tu y es ?
Tu Ia visuaIises ?
Mon tendre ami, est-iI possibIe...
Que je reste si Ioin de toi...
C'est �a.
Lorsque m�me Ia nature appeIIe � I'amour...
Kunhikuttan... Mais o� trouver Kunhikuttan ?
Qu'est devenu ce grand artiste ?
Ma�itre Kunhikuttan serait-iI parmi vous ?
- Ah, vous �tes I'artiste ! - Mais non.
C'est Ie serviteur du paIais.
II voudrait rencontrer Kunhikuttan.
Dites-nous.
Lorsque Ie Maharaja m'en a donn� I'ordre,
j'ai pens� qu'iI ne pouvait s'agir que d'un artiste c�I�bre.
Mais jusqu'ici, personne ne sembIait Ie conna�itre.
M�me sous Ia boue, Ie diamant briIIe.
Le Maharaja n'inviterait pas un inconnu au paIais
pour Ies grandes festivit�s de Painguni !
Bonnes nouveIIes, non ?
Tu en doutes !
Que soit Iou� Padmanabha...
C'�tait tr�s bien, magnifique.
Vous nous avez offert Ie summum de I'art dramatique.
En t�moignage de notre gratitude...
Oh mon Dieu, je n'ai rien � vous offrir !
Mais que pourrait-on Iui donner ?
- Ne devrions-nous pas Iui donner... - Oui, absoIument.
Ma�itre, votre art a transport�
mon esprit au deI� de tout ce que j'ai connu � ce jour.
J'en suis tr�s heureux.
Ce n'est ni un cadeau, ni un cachet pour r�compenser votre taIent,
mais un gage d'affection
pour votre art.
Mais parIez-moi de vous,
et de votre famiIIe.
En toute honn�tet�,
et sans dramatiser,
nous vivons dans Ia mis�re,
une grande mis�re.
Je ne suis pas Ie seuI artiste dans ce cas,
nous partageons tous Ie m�me sort.
C'est bien triste.
De I'argent b�ni... Et toi ?
Oui, moi aussi.
O Dieu Padmanabha !
Qui a peint ces portraits, est-iI possibIe que ce soit eIIe ?
Ses yeux briIIent...
Sa viriIit� d�fie I'�terneI...
On m'avait parI� de Ia ni�ce du Dewan, sans mentionner...
qu'eIIe �tait un auteur de taIent.
Ecrire est une vieiIIe habitude,
je ne me souviens pIus quand j'ai commenc� � Ie faire.
Cette pi�ce n'est pas termin�e, n'est-ce-pas ?
Pas encore.
De toutes Ies �critures,
''L'EnI�vement de Subhadra'' est ma pr�f�r�e.
Mon d�sir Ie pIus cher est d'�crire une pi�ce pour y r�v�Ier
I'ardeur d'Arjuna.
Ma grand-m�re m'a inspir� cette fascination pour Arjuna et Subhadra.
Mon environnement y a contribu� aussi.
J'ai pris pIaisir � entendre Ies Iouanges
sur votre interpr�tation d'Arjuna.
J'ai aIors d�sir�
rencontrer en personne cet Arjuna si c�I�br�.
A pr�sent... mon r�ve se r�aIise.
Lorsqu'une si beIIe personne,
d'une teIIe �rudition, m'invite en son vaste monde,
et entrouvre son coeur,
Ies mots me manquent.
Pishardi m'a dit un jour :
''Un artiste est respect� d�s Iors que son interpr�tation
''vient subjuguer I'esprit.''
Je vous suis reconnaissant.
Ses yeux briIIent,
sa viriIit� d�fie I'�terneI...
''Ce portrait, qui est-ce ?''
''C'est mon mari.
''II est piIote de Iigne.''
''Moi aussi, j'aimerais
''voIer dans un avion.
''Je me demande si je Ie ferai un jour.''
''QueIIe difficuIt� Arjuna rencontrerait-iI � voIer,
''Iui, Ie propre fiIs du Dieu Indra ?
''Si vous venez me voir v�tu de son costume,
''je ferai voIer Arjuna, je serai son piIote.''
Et voici que mon d�sir prend forme.
Mon esprit est cIair, je n'ai pas de doute.
Je ne peux pIus recuIer.
19 novembre 1958
Je savais bien que j'avais raison !
C'est arriv� comme pr�vu.
Ce Kunju Nair quand m�me, iI voit juste !
Dire que tu ne vouIais pas de ce mariage !
Tu m'accusais d'�tre ambitieux, mais j'avais Ie sens des r�aIit�s.
Presque un hectare de terres au sud du domaine.
Avant sa mort, Thirumeni Ies a I�gu�es � Kunhikuttan.
Les Iiens du sang sont Ies pIus forts.
Qu'est-ce que c'est, maman ?
Un h�ritage pour ton p�re.
Maintenant, ces terres sont � nous.
Parce que papa est un grand artiste ?
Baghi, pour qui priez-vous ?
Pour I'�me
de Thirumeni ?
Mon tendre ami, comment rester Ioin de toi
Iorsque m�me Ia nature appeIIe � I'amour.
QueI bonheur d'�tre � tes c�t�s...
Papa, tu n'es pas rentr� hier soir !
Tu avais bu avec ton ami ?
Pourquoi tu es comme �a ?
Grand-m�re n'a pas dormi hier.
Pas seuIement hier !
II y a Iongtemps que ta grand-m�re a perdu Ie sommeiI.
Grand-p�re est venu t'apporter �a.
Qu'est-ce que c'est ?
Qu'iI ait eu tort ou raison,
que Dieu Iui pardonne.
C'est Ie testament de Thirumeni, en ta faveur.
Ah non !
C'est r�pugnant.
Je ne veux rien entendre, mes oreiIIes �cIatent !
Un testament ne suffira pas � sauver son �me.
II a teIIement manqu� d'humanit� et de bont�.
II faIIait avoir Ie courage de Ie Iui dire aIors !
Quand je pIie sous Ies soucis,
ton p�re vient m'offrir sa piti� !
Et toi, apr�s tant d'ann�es difficiIes, tu y gagnes enfin.
Mais pour satisfaire ta faim,
iI faudra attendre ma mort.
Non, s'iI te pIa�it, ne Ie br�Ie pas !
Des p�cheurs...
Combien de temps encore devrai-je vivre parmi ces p�cheurs,
qui pr�tendent agir par vertu...
O Krishna !
Moi qui ai grandi...
sans conna�itre mon p�re...
sans que ma m�re ne puisse Ie d�signer.
Et ce bout de terre voudrait effacer
toutes Ies Iarmes du pass� ?
Sur son Iit de mort, Thirumeni reconna�it un fiIs.
CeIa Ie Iave-t-iI de ses p�ch�s ? En est-iI gIorifi� ?
J'ai m�me frapp� ma petite Sharada.
O Krishna, est-ce I�
ta b�n�diction ?
Je n'en veux pas.
Je n'en peux pIus.
Comment va Ie Ma�itre ?
Sa paraIysie ne gu�rira pas.
Comme si Ies Dieux eux-m�mes
Iui avaient envoy� un coup de b�ton.
De nos jours, m�me Ies Dieux sont jaIoux.
Le destin... Mais Ia c�I�brit� du discipIe
rejaiIIit sur Ie ma�itre.
Et Ia prochaine pi�ce ?
Gita-padesam.
Arjuna va voir Krishna pour �cIaircir ses doutes.
Les Dieux, dit-on, d�tiennent Ie secret de Ia s�r�nit�.
J'ai vraiment cherch� Subhadra partout,
mais je ne I'ai pas trouv�e.
On ne I'a pas vue depuis Iongtemps, eIIe a d� changer.
Nambothiri sembIe vraiment impatient de Ia voir !
Oui, mais sans espoir.
Ni ta musique, ni Ia mienne ne pourraient attirer
une Subhadra �perdue de d�sir pour Arjuna.
SeuI Kunhikuttan pourrait y parvenir.
Une mauvaise toux.
Mais sans fi�vre.
Le mentaI, � Krishna, est f�briIe
Ie subjuguer
me sembIe pIus difficiIe
que de ma�itriser Ie vent.
O Arjuna, ne c�de pas
� une faibIesse qui ne te sied gu�re.
Chasse-Ia de ton coeur et reI�ve-toi,
� vainqueur des ennemis,
I�ve-toi donc et combats fermement.
O toi, I'InfaiIIibIe, m�ne je t'en prie mon char entre Ies deux arm�es.
En v�rit�,
je ne pensais pas vous trouver ici.
C'est Ie sort d'Arjuna.
Absorb� par I'action,
Arjuna ne pense pas au reste.
Ce n'est pas I'Arjuna du Mahabharata qui vous parIe,
mais moi, Kunhikuttan, qui porte son costume.
Arjuna est debout, majestueux,
dans Ie chariot de gIoire conduit par Krishna.
Arjuna, Ie seuI
� qui Krishna ait parI� en personne.
II incarne Ia viriIit�.
Et c'est bien Arjuna que je vois ici face � moi.
Notre prochaine pi�ce est � Tripunithura.
Je serais vraiment heureux si vous pouviez y assister.
Je dois encore �crire.
Je Ie sais.
M�me si je I'incarne avec tout ce que j'ai appris,
Arjuna reste un �tranger pour moi.
J'aimerais combIer cette Iacune,
et votre aide me serait d'un grand secours.
Je sauverai Ies Brahmanes.
Sinon je m'immoIerai
en sautant dans Ies flammes,
brandissant mon arc et mes fl�ches.
J'en fais Ie serment.
On dirait que vous sortez d'un autre monde.
D'un autre monde en effet.
L'Arjuna que je viens de voir m'a conduite
dans un monde d'amour.
Regardez cette Iampe de th��tre divin.
Lorsqu'Arjuna Ie Sage et Subhadra se sont enfuis,
serait-ce sous cette m�me Iampe
que Krishna I'annon�a � BaIarama ?
De teIIes id�es vous viennent sans doute � cause de votre nom.
Je I'ignore.
Lorsque je re�us Ie nom de Subhadra,
je ne savais rien d'Arjuna.
Par Ia suite, j'ai beaucoup Iu.
II n'est de Iivre qui ne soit au paIais.
Ainsi me fut r�v�I�e I'histoire de Subhadra.
Sa chance, unique au monde,
d'aimer Arjuna et d'�tre aim�e par Iui,
Ia viriIit� personnifi�e.
Lui, fiIs du roi des Dieux,
Iui, vainqueur des ennemis des Dieux,
Iui, entr� en Eden en chair et en os,
Iui qui re�ut une arme invincibIe du Dieu Shiva,
Arjuna Ie Sage,
I'incarnation du Bien et du MaI seIon Krishna.
Je I'aime, et pIus encore,
je Ie v�n�re du fond du coeur,
je Ie porte dans mon �me.
Une vieiIIe famiIIe de MavaIikara
organise une repr�sentation de KathakaIi
en m�moire d'un de Ieurs anc�tres.
Et cette ann�e, je serai Arjuna.
La repr�sentation aura Iieu Ie 17.
Je connais bien cette maison.
Je n'y suis pas n�e, mais j'y ai pass� mon adoIescence.
J'y ai �tudi�, j'y ai Iu et r�v�.
Je me souviens de tous ses parfums.
J'attendais ce jour avec impatience.
Je vous I'avais d�j� montr�e.
La voici termin�e.
Avec une audace insoup�onn�e,
I'Arjuna de ma pi�ce m'a r�eIIement enIev�e.
L'incarnerez-vous pour moi,
serez-vous cet Arjuna Ie 17 dans Ia maison de mes anc�tres ?
Le ferez-vous ?
J'essaierai.
Je ne peux promettre...
Ne me dites pas
que vous essayerez. Je veux que ce soit vous
I'Arjuna de ma pi�ce.
Et vous devrez me transformer
en Ia Subhadra d'Arjuna, je veux conna�itre cette extase
inesp�r�e dans cette vie.
Je Ie d�sire ardemment.
Et mon seuI souhait, n'aIIez-vous pas I'exaucer ?
Ne suis-je pas I'�pouse d'Arjuna
et Ia soeur de Krishna...
Que pIeuvent vos fl�ches sur I'ennemi.
La guerre n'est-eIIe pas Ie chemin du guerrier ?
Partez vite !
Du camphre dans de I'eau de rose, j'ai un teI maI de gorge.
Je dois chanter
tant que Kunhikuttan dansera sur sc�ne.
Je pensais � vous...
Depuis quand �tes-vous I� ?
J'attendais dehors
que vous pIaciez Ia couronne sur votre t�te.
Je vouIais vous I'annoncer
dans ce costume.
Le fiIs d'Arjuna.
28 f�vrier 1960
- On vous demande. - Qui est-ce ?
Ma�itre Kunhikuttan.
Ne vous f�chez pas.
Nous sommes post�s ici pour emp�cher Ies intrus d'entrer.
Je fais ce travaiI depuis 16 ans, et Iui 36 ans.
Assez parI�, va dire � Subhadra
que Ma�itre Kunhikuttan est ici.
On Ie Iui a dit, mais eIIe n'attend personne.
Et personne ne se permet de I'appeIer par son pr�nom.
Nous avons manqu� de discr�tion.
Tant pis, excusez-nous.
EIIe a chang� de registre, tu n'as pas compris ?
Je ne suis pas maquiII�. Je suis I�, sans costume ni couronne.
J'ai �t� stupide de venir ici
en tant que Kunhikuttan.
VeuiIIez Iui remettre ceci.
En cas de refus, ne Ie jetez pas.
Br�Iez-Ie.
J'ai cess� de compter Ie nombre de mes Iettres...
Ont-eIIes atteint Subhadra ?
Je me Ie demande...
Et maIgr� tout, je continue � vous �crire, et je continuerai.
Aujourd'hui, en Ia demeure de MavaIikara,
j'ai incarn� Arjuna.
Le coeur et I'esprit envahis
par mon fiIs et Subhadra qui m'a d�Iaiss�.
J'ai fait un faux pas.
Ce siIence exprime-t-iI I'arrogance de poss�der seuIe Ie fiIs d'Arjuna ?
Ou serait-ce Ie maIin pIaisir
de me savoir priv� de mon fiIs ?
Je serai Arjuna au paIais d'AIwaye
Ie 17 de ce mois.
IIs sont venus te voir.
Subhadra, eIIe t'attend dehors.
Je vois pour Ia premi�re fois mon fiIs et son p�re,
tous deux ensembIe.
A vrai dire,
je n'ai pas eu Ie choix.
Des �v�nements sont survenus dans ma vie.
Mon mari est mort
dans un accident d'avion.
Je suis Ia m�re d'Abhimanyu,
mais aussi une veuve.
Je n'y tiens pas,
mais j'accepte ma condition,
dans I'int�r�t de mon fiIs.
Ni Iui ni moi
ne vous reverrons.
Quant � vos Iettres,
je ne Ies ai pas toutes Iues,
mais je n'en ai jet� aucune.
Dor�navant,
ne m'en envoyez pIus.
Je Ie consid�re comme Ie fiIs
con�u par Arjuna.
Non par Kunhikuttan.
Vous ne Ie reverrez pIus sous ce jour.
Vous n'�tes pas Ie p�re d'un teI fiIs.
Mais iIs sont partis ?
La pi�ce est finie.
Ce n'est pas moi qu'eIIe a aim� et d�sir�.
EII n'a pas vu en moi un �tre humain.
Je n'�tais qu'un r�Ie � ses yeux, juste un personnage.
Tiens, que ma t�te soit d�couronn�e.
PIus jamais je n'incarnerai de personnages nobIes.
D�sormais je ne ferai que des r�Ies f�roces.
On interrompt Ia pi�ce ?
Non, Ia pi�ce ne sera pas interrompue.
Aucun d'entre nous ne peut interrompre une pi�ce.
1er avriI 1965
Je me prosterne devant toi, mon fr�re...
Prot�ge-moi de mes faibIesses...
Toi mon fr�re si puissant...
Pardonne Ies infirmit�s de ce jeune fr�re...
Et transforme-moi en prince couronn�.
Vous �tes souffrant ?
J'ai Ia gorge s�che.
J'ai d� abandonner ton p�re en pIeine repr�sentation.
- Qu'est-iI arriv� ? - Rien, un maI de gorge.
Ta fiIIe m'a donn� du gingembre � boire.
Je peux continuer � chanter.
Nous avons fini 5 sc�nes.
Toutes rat�es.
Tu es I�, aIIong�,
et je danse sans me d�faire de mon r�Ie.
Pourquoi gardez-vous Ie siIence ?
Vous �tes-vous endormie ?
Vous �tes froide comme Ia pierre.
Est-ce vous mon amour ?
Et �tes-vous heureuse, honorabIe dame ?
QueIIe chance de voir Ma�itre Kunhikuttan interpr�ter
Ie r�Ie d'Hanuman.
Vous d�sirez dire queIque chose ?
VeuiIIez garder Ie cachet que vous me destiniez,
pour faire soigner Nambothiri.
Je vous en conjure, iI est si maIade.
Soyez sans crainte. Je ferai tout mon possibIe.
Mon fiIs... a bien grandi.
EIIe n'est pas rentr�e.
Je ne sais pas quand eIIe reviendra.
La prochaine fois...
Tant pis.
Pouvez-vous Iui remettre cette Iettre
d�s son retour, je vous prie.
A Subhadra, en personne.
Et aussi ce styIo, un cadeau...
rapport� de I'�tranger.
Je vais Ies Iui donner, sur-Ie-champ.
II Iui faut un traitement par rayons.
Dieu Iui avait donn� une teIIe voix,
pour ensuite Ia Iui reprendre.
Sa bravoure doit �tre mise � I'�preuve...
Mais qu'est-ce que �a signifie ?
Quitter Ia sc�ne en pIeine danse !
Je ne peux pas danser sur commande.
Que ce soit Rama ou Ravana,
c'est I'esprit qui me guide
et mon esprit refuse de continuer.
J'ai dans� sur Ie son de Ia voix
d'un grand artiste capabIe d'�Iever Ia musique
du pIus humain au pIus divin.
Cet homme est aIIong� sans force, sans voix, m�me pour prier.
Et vous discutez d'une sc�ne inachev�e,
sans m�me vous pr�occuper de Iui.
II faIIait y penser quand iI buvait.
L'aIcooI donne Ie cancer de Ia gorge ? SaIes brutes !
La m�diocrit�, Ia bassesse de types comme vous,
peuvent d�truire un homme comme Iui.
Pour 3 ou 4 verres, vous n'h�sitez pas
� bIasph�mer un artiste aussi rare.
Vous ne savez pas voir ce qu'iI y a de grand.
Vous et votre saIe cIique de dangereux incomp�tents !
Pishardi...
II est parti depuis 4 ou 5 mois d�j�.
II est venu te voir avant son d�part pour B�nar�s.
Quand notre vie touche � sa fin,
nous ressentons Ie poids de nos fautes.
Nous cherchons aIors un Iieu o� nous reposer.
II m'a toujours aid� et soutenu face � mes erreurs.
S'iI est � B�nar�s, je dois y aIIer moi aussi.
Je dois Ie suivre.
A B�nar�s, tu souhaites te retirer du monde ?
Non, je veux seuIement Ie voir,
avoir I'esprit en paix.
Mais si je vais � B�nar�s,
c'est aussi pour d'autres raisons.
Je reviendrai en tout cas.
Et en attendant, Raman,
ma maison est sous ta garde.
N'avons-nous pas d'autres pi�ces � finir...
jouer encore du KathakaIi ?
Non, mon fiIs !
Tu n'as pas Ie droit, tu es de basse caste.
C'est un p�ch� de rendre hommage � un Nambothiri.
Un grand p�ch�.
S'iI existe un p�ch�,
c'est mon p�re qui I'a commis.
Ce n'est pas possibIe.
Un p�re ne peut renier son fiIs que de son vivant.
Apr�s Ia mort, si on I'appeIIe,
I'�me du p�re ne peut que r�pondre
en criant ''mon fiIs''.
Je I'appeIIerai ''p�re''
et j'accompIirai
ses rites fun�raires dans Ie Gange.
M�re, tu n'as rien fait de maI.
Rien ne justifie tes Iarmes.
Je t'aime de tout mon coeur...
du fond de mon coeur.
Pishardi...
Kunhikuttan...
Mon Dieu.
Si Ie p�re est un Nambothiri,
seuI un fiIs de m�re Nambothiri pratique Ies rites.
Si sa m�re est d'une autre caste, un fiIs n'a pas droit
aux rites fun�raires du p�re.
MaIgr� tout, je suis Ie fiIs d'un homme.
CeIui qui m'a engendr� m'a reni�.
A mon tour, j'ai un fiIs
dont Ia m�re me refuse Ia paternit�.
P�re, m�re, fiIs ou fiIIe, c'est un Iangage gestueI
pour un artiste de KathakaIi.
Un Iangage sans castes, o� chaque mot a Ia m�me saintet�.
Je ne suis qu'un homme ordinaire, je veux mon p�re.
Je veux aussi mon fiIs. Je veux Ie voir Iajoie au coeur.
Mais Subhadra I'a transform� en fiIs d'Arjuna.
EIIe me I'a pris.
Je pratiquerai en m�me temps,
pour mon p�re d�funt
et pour moi-m�me au nom de mon fiIs,
un doubIe rite fun�raire dans Ia paix du Gange.
Ma ch�re Subhadra,
MaIgr� tout, j'�cris encore.
Je suis venu chercher Ia pr�sence
d'un p�re qui renia son fiIs.
Par queIs p�ch�s
un p�re a-t-iI un fiIs non d�sir� ?
Je ne peux pIus errer ainsi
dans une vie de chagrin.
T�t Ie matin, Ie mois dernier.
II a rendu son dernier souffle, j'y �tais.
Sa derni�re pens�e fut pour toi,
en chantant une strophe de Ia pi�ce de Subhadra.
Je pouvais Iire sur ses I�vres et suivre Ie rythme
de son chant.
Toi et moi nous portons son deuiI. Tu vois, je ne me suis pas ras�.
Je t'emp�cherai de faire danser notre fiIIe.
QueI b�n�fice retires-tu en I'exhibant ?
J'aimerais mieux voir br�Ier
Ia maison tout enti�re.
Tais-toi, maman.
C'est toujours pareiI.
Mais pourquoi avoir attendu
avant de me I'annoncer ?
Je veux �tudier Ie KathakaIi.
Je veux danser aux c�t�s de mon p�re.
Neuf mois suffiront si tu t'appIiques.
Tu veux bien essayer ?
Je voudrais I'envoyer � I'�coIe de KathakaIi
de Ma�itre Madhavan.
Parukutty s'y trouve aussi.
Si eIIe y travaiIIe bien,
j'aurai I'�me en paix.
N'est-ce pas mieux ainsi ?
M�re, je prends un bain puis j'irai au tempIe.
Tout rentre dans I'ordre, Raman.
II me reste � faire une chose
pour avoir I'esprit tranquiIIe.
Chor�graphier Ia pi�ce de Subhadra ''L'EnI�vement de Subhadra''.
J'incarnerai Arjuna pour Ia derni�re fois.
Ce sera I'initiation de ma fiIIe � Ia sc�ne.
Dans neuf mois...
ma fiIIe jouera Ie r�Ie...
de Subhadra.
II doit absoudre ses propres fautes,
mais sans se servir de sa fiIIe.
Qu'a-t-iI gagn� pour avoir port� une couronne, un fiIs...
... n� d'une princesse ?
Je sais tout.
II se venge d'eIIe en poussant sa fiIIe
au miIieu de Ia sc�ne.
Ce n'est pas d'eIIe, mais de moi qu'iI se venge.
Ne peux-tu pas Ie Iui dire ?
J'essaierai.
II n'�coutera pas, cet homme n'�coute jamais.
Et s'iI Ie fait, c'est ma fiIIe qui n'�coutera pas.
Les choses sont aII�es trop Ioin.
Je ne suis qu'une m�re, pas un p�re.
Tout ce que tu me diras sera peine perdue.
Personne ne sait dire Ia douIeur du coeur.
C'est pourquoi nous errons tous � I'int�rieur de nous-m�mes.
La m�re de Sharada n'a pas tort.
Tu peux Ie Iui expIiquer sous toutes Ies formes,
eIIe ne verra qu'un p�re courtisant sa fiIIe sur sc�ne.
Sur sc�ne ou aiIIeurs,
si une m�re dit que c'est maI, je ne peux pas me taire.
Si c'est maI...
j'ai trouv� un moyen d'y rem�dier.
21 Iongues ann�es
de r�criminations et d'insuItes,
je ne sais toujours pas ce qu'est I'amour v�ritabIe.
Je n'ai fait que du bien
pour �tre puni, Raman.
Que je sois donc puni.
J'ai bien entendu ce que tu m'as dit. C'est une faute impardonnabIe.
Mais j'ai souffert tout ce temps ! Tu ne peux pas comprendre.
Je t'ai toujours ob�i autrefois. C'est fini.
Je rentre chez nous, jusqu'� ma mort.
Je n'ai pas compris un seuI mot.
MaI entendre est Ia b�n�diction de Ia vieiIIesse.
Tu veux un verre ?
Cette fois, Ie Maharaja
a r�compens� Ma�itre Sankarankutty.
Ma�itre Kunhikuttan a maI interpr�t� son r�Ie de Kichaka.
C'est surprenant,
Ie Maharaja I'a pourtant regard� jusqu'� Ia fin.
II para�it que Ie Maharaja a demand�
s'iI buvait toujours autant.
A mettre trop d'eau dans son vin,
iI finirait par dispara�itre.
Qui est ce musuIman qui chantait ?
AbduI Khader.
M�me si Dieu venait Ieur offrir des braceIets d'or,
Kunhikuttan Ies surpasse tous, et de Ioin !
Un seuI festivaI ne suffit pas
� faire Ia diff�rence.
Je pense � vous
chaque fois que je viens ici.
Comment oubIier ceIui qui nous a escort�s d�s Ie d�but ?
Vous vous montrez partout.
J'ai maI interpr�t� Kichaka.
J'avais trop bu, Ie Maharaja I'a s�rement remarqu�.
Et d'aiIIeurs,
je n'avais pas seuIement bu,
mais abus� de tout ce qui va avec.
Maintenant,
tout est vide face � moi.
Vous savez,
certains croient que tout finit dans Ie vide.
J'attends ce moment gIorieux
o� toutes Ies joies se fondront
avec tous Ies maIheurs.
PIus rien ne m'importe � pr�sent.
II n'y a rien de vrai dans tous Ieurs racontars.
C'est Ia main de Dieu
qui vous envoie � moi.
J'ai queIque chose � vous dire.
Ce Kichaka va incarner Arjuna dans une derni�re danse,
au paIais o� j'ai vu mon fiIs pour Ia premi�re fois.
J'ai chor�graphi� ''L'EnI�vement de Subhadra''.
Je serai Arjuna...
et ma fiIIe sera Subhadra.
Ma bien aim�e...
Mon amour...
C'est eIIe, Subhadra ?
Ton contact si doux m'ouvre Ie paradis...
Ton �treinte est une musique
baign�e de cIair de Iune...
La fra�icheur parfum�e de tes baisers caIme Ie brasier de mon coeur...
Tes tresses abondantes se d�nouent en chants d'amour...
Ma tendre aim�e...
Ma ch�re fiIIe,
En te voyant jouer Subhadra aux c�t�s de ton p�re,
j'ai ressenti une �motion indescriptibIe. Je suis une m�re...
QueIqu'un est venu vous voir.
- Qui est-ce ? - II n'a pas dit son nom.
Mon petit !
J'ai entendu dire que dans Ia cour du tempIe,
hier soir en revenant de sc�ne,
Ma�itre Kunhikuttan s'est effondr�.
Sa fiIIe n'a m�me pas eu Ie temps de Ie soutenir.
On dit que son coeur a I�ch�.
Ma ch�re Subhadra,
MaIgr� tout, j'�cris encore.
QueI p�ch� ai-je commis ?
On me refuse Ie droit de dire ''mon fiIs''.
Triste destin�e d'un homme aspirant � vivre aupr�s de son p�re,
et � qui on refuse m�me I'ombre de son fiIs...
Une bien triste existence...
Je dois chercher Ie chemin de Ia consoIation.
A pr�sent, mon seuI soIeiI est ma fiIIe. Ma fiIIe bien aim�e.
Puisse-t-eIIe �tre ma Subhadra � Ia Iueur des Iampes,
pour que j'exprime I'amour Ianguissant d'un p�re pour son fiIs,
qui est aussi son jeune fr�re.
Ce serait une b�n�diction de p�rir en interpr�tant une sc�ne d'amour
en costume, aux c�t�s de ma fiIIe.
Je serais reconnaissant � ma fiIIe de pardonner � un p�re
qui a pass� sa vie dans Ia douIeur.
Subhadra ne reprochera rien � son fiIs,
Iui qui a manqu� de p�re.
Dites-Iui qu'Abhimanyu, Ie fiIs d'Arjuna, est pur et parfait.
Puisse ma vie s'achever sans tarder.
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