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Grand Prix du 4e Festival international du film de Moscou 1965
Oscar 1968 du Meilleur Film étranger
LES STUDIOS MOSFILM
Les pensées lourdes de conséquences
sont toujours simples.
Voilà comment je vois les choses :
puisque les gens de'ge'ne're's s'unissth entre eux
pour constituer une force,
il faut que les gens honnêtes fassent de même.
Quoi de plus simple ?
LEON TOLSTOÏ
GUERRE ET PAIX
ANDREÏ BOLKONSKI
Un film de Sergueï BONDARTCHOUK
Adaptation S. BONDARTCHOUK et V. SOLOVIOV
Directeur dela photographie Anatoli PETRITSKI
Décors et costumes M. BOGDANOV et G. MIASNIKOV
Musique Viatcheslav OVTCHINNIKOV
Son louri MIKHAÏLOV
Dans les rôles principaux :
Natacha : L. SAVELIEVA Pierre : S. BONDARTCHOUK
Andreï Bolkonski : V. TIKHONOV
Comte et comtesse Rostov : V. STANITSINE, K. GOLOVKO
N. Rostov : O. TABAKOV P. Rostov : N. RODINE, S. IERMILOV
Sonia : I. GOUBANOVA
Prince Bolkonski : A. KTOROV
Princesse Marie : A. CHOURANOVA Lise Bolkonski : A. VERTINSKAÏA
Prince Vassili : B. SMIRNOV Hélène : I. SKOBTSEVA
Anatole : v. LANOVOÏ Dolokhov : o. IEFREMOV
Comte Bezoukhov : N. TOLKATCHOV Akhrossimova : E. TIAPKINA
Droubetskaïa : K. POLOVIKOVA Droubetskoi‘ : E. MARTSEVITCH
Mme Scherer : A. STEPANOVA
Katiche : D. FIRSOVA Mme Kouraguina : G. KRAVTCHENKO
Général Koutouzov : B. ZAKHAVA Capitaine Touchine : N. TROFIMOV
Gal Bagration : G. TCHOKHONELIDZE Denissov : N. RYBNIKOV
Alexandre 1er : V. MOURGANOV Napoléon : V. STREJELTCHIK
Empereur François : V. SAFRONOV Général Mack : N. BOUBNOV
Chinchine : I. SOLOVIOV Nesvitski : I. TCHEKOULAÏEV
Timokhine : P. SAVINE
L'officier d'état—major : A. SMIRNOV Le chef du régiment : v. BADAÏEV
SAINT-PETERSBOURG, 1805
La célèbre Anna Pavlo vna Scherer,
dame d'honneur et proche de l'impératrice Maria Fioo‘oro vna,
donnait une de ces brillantes soirées
qu'elle seule avait le don d'organiser.
Ce jour—là, pour distraire ses hôtes, elle avait in Vite
un aristocrate français, le Vicomte de Mortemart,
qui fuyait les horreurs perpétrées par l Ç4ntéchrist Bonaparte.
Pardonnez-moi, mon cher Vicomte,
mais cette tête que l'envoyé donne si mal à propos
m‘ôte tout plaisir et vous met en porte-à-faux.
Je suis fort peiné de devoir quitter une si belle soirée.
Le salon de Mme Scherer réunissait
”la fine fleur de l'Intelligentsla pétersbourgeoise‘î
comme le disait la maitresse de maison.
Nulle part ailleurs, on ne pouvait lire aussi clairement
le thermomètre politique qui indiquait l humeur
des milieux proches de la cour impériale.
Vous savez, mon mari m'abandonne.
il va a‘ la mort.
Pourquoi cette horrible guerre ?
Vous partez a‘ la guerre, prince ?
Le général Koutouzov m'appelle auprès de lui.
Et Lise, votre femme ?
Elle ira a‘ la campagne.
N 'avez— vous pas honte de nous priver de votre charmante femme ?
Pourquoi les hommes ne peuvent—ils vivre sans guerre ?
Alors que nous, les femmes, nous ne voulons rien,
nous n'avons besoin de rien.
Qu'as-tu fait à Mlle Scherer ? Elle va en tomber malade.
Cet abbé est fort intéressant, mais il ne comprend rien à rien.
Selon moi, la paix éternelle est possible, mais…
Mais pas en misant sur l‘équilibre politique.
Il ne faut pas dire partout ce que l'on pense.
T‘es-tu enfin décidé ?
L‘uniforme oula diplomatie ?
Figure—toi que je n'en sais rien encore.
Aucun des deux ne m‘attire.
Il est sûrement franc-macon.
Ne change pas de sujet.
- Tu as été dans la Garde montée ? - Non.
Mais je tiens à vous exposer l'idée qui m‘est venue.
On se bat donc contre Napoléon.
Si on s‘était battus pour la liberté, j'aurais compris.
J'aurais été le premier à m'engager.
Mais aider l‘Angleterre et l'Autriche
à combattre le plus grand homme de notre temps,
ce n‘est pas bien.
Si on combattait par conviction, il n‘y aurait pas de guerres.
Ce serait merveilleux !
Sûrement, mais cela ne sera jamais.
Pourquoi partez-vous àla guerre ?
Pourquoi ?
Je ne sais pas.
Parce qu'il le faut.
Et aussi parce que la vie que je mène ici n‘est pas faite pour moi.
Je me demande souvent pourquoi Annette ne s‘est pas mariée.
Vous êtes tous stupides de ne pas l‘avoir épousée.
Excusez-moi, mais vous n'entendez rien aux femmes.
Vous aimez débattre, M. Pierre.
Je ne comprends pas pourquoi votre mari veut partir au combat.
Quand partez-vous ?
Je n'aurais jamais pensé que nous serions forcés de nous séparer.
Et puis, vois—tu, André…
De quoi as-tu peur, Lise ? Je ne comprends pas.
Les hommes sont des égoi‘stes, tous autant qu‘ils sont.
Par pur caprice, il m'abandonne et me cloître àla campagne.
Avec mon père et ma sœur, Lise.
Mais sans mes amis. Et tu voudrais que je n‘aie pas peur.
J‘avoue ne pas comprendre tes craintes.
Ton médecin t‘a prescrit de te coucher tôt. Va dormir.
Peu m‘importe que M. Pierre soit la.
Je voulais te parler depuis longtemps, Andrei.
Pourquoi as-tu tellement changé ? Que t‘ai-je fait ?
Tu pars sans te soucier de moi.
Mais non.
Tu me traites comme une enfant. Tu étais différent, il y a six mois.
Lise, arrêtez, je vous prie.
Calmez-vous, princesse. Vous vous faites des idées.
Je suis persuadé que…
J'ai moi-même ressenti cela parfois, voyez—vous...
Excusez-moi, je suis de trop ici. Tranquillisez-vous.
Adieu.
Non, attends. Lise ne voudra pas me priver du plaisir de ta compagnie.
- Il ne pense qu‘à lui. - Lise !
Ne te marie jamais, mon ami. Voici mon conseil.
Ne te marie pas avant d‘avoir fait tout ce que tu pouvais,
et de n'être plus amoureux de la femme que tu auras choisie.
Avant d‘avoir vu clair en elle.
Sinon, tu commettras une erreur irréparable.
Marie—toi quand tu seras Vieux, sinon tout ce que tu chéris le plus
se perdra en broutilles.
Tu parles de Bonaparte et de sa carrière.
Mais quand il œuvrait pour atteindre son but, il était libre.
Seul son but l‘occupait, et il l‘a atteint.
Tandis que la... Mondanités, ragots, bals, vanité !
Voici le cercle vicieux auquel je ne peux échapper.
Mais assez parlé de moi.
Parlons de toi, à présent.
Qu'y a-t—il à dire ? Qui suis-je ?
Un bâtard.
Sans nom, sans fortune.
Mais àla vérité, je suis libre et heureux.
Mais je ne sais où m'engager. J'ai besoin de vos conseils.
Tu m'es cher, car tu es le seul être vivant,
parmi les gens de notre monde.
Choisis ce qui te plaît, l'armée, la diplomatie.
Tu réussiras partout. Je n'ai qu'un conseil.
Cesse de voir ces Kouraguine et de mener une telle Vie.
Ce n‘est pas pour toi, cette vie de débauche.
Vous savez quoi ? Voici longtemps que j‘y songe.
Cette vie m‘empêche de m'engager, de réfléchir.
J'ai des migraines, des problèmes d‘argent.
Même s'il m'appelle, je n'irai pas.
Donne—moi ta parole que tu n'iras pas.
Parole d'honneur.
Pétrouchka ! Approche un peu !
File d'ici, autrement on pensera que j'en tiens une !
On a besoin de toi, le costaud !
Ecoutez !
Si quelqu'un en fait autant,
je lui paie cent roubles or. Oui tient le pari ?
Silence !
Arrêtez ces idioties ! Il va se tuer !
Si tu lui fais peur, il se tuera. C‘est ce que tu veux ?
Si quelqu'un s‘avise d'approcher,
je le laisse passer devant.
Elle est Vide !
Messieurs, je veux en faire autant! Qu'on m‘apporte une bouteille de rhum !
Et inutile de parier, compris ?
Qu'il le fasse !
- Tu as le vertige dans un escalier. - Apportez—moi une bouteille !
Je tiens le pari, mais remettons ça à demain.
A présent, chez les actrices !
Onyva!
Et on prend l'ours avec nous !
C‘est le prince Vassili.
Le comte Bezoukhov doit être au plus mal.
Je plains tant ce pauvre comte ! Sa santé est si fragile, et maintenant...
les frasques de son fils le tueront !
Mais qu‘ont—ils fait ?
Imaginez ! Atrois, ils ont réussi à dénicher un ours,
et ont voulu l‘emmener chez des actrices.
La police est arrivée.
Ils ont attrapé le commissaire, l‘ont attaché à l'animal
et hop, dans le canal !
L'ours nageait avec le commissaire sur le dos !
Je vois d‘ici la tête du digne homme !
Quelle horreur! Qu'y a-t—il de risible ?
Dolokhov a été dégradé. Le père Kouraguine a étouffé l'affaire.
Bezoukhov a été envoyé à Moscou.
J'espère bien que personne ne le recevra ici.
Moi, je m‘y refuse. J'ai des filles !
N'empêche, c‘est une superbe farce !
J‘imagine la tête du commissaire dans la Moi‘ka !
Monsieur Pierre.
Voici l‘héroïne de la fête !
Tu la gâtes toujours autant, llia ?
Bonjour, mon enfant. Bonne fête.
Quelle charmante enfant!
Du vif—argent, tout mon portrait !
Oui, ce sont de bons enfants.
Sonia !
Sonia, qu'as-tu ? Que se passe-t—il ?
Ce n‘est rien, laissez-moi.
Tu es tout pour moi.
Tu es tout, et je te le prouverai.
- Je n'aime pas quand tu parles ainsi. - Je ne le ferai plus.
Comme ça, c‘est bien.
Boris !
Boris, venez ici.
J'ai une chose à vous dire.
Par ici.
Quelle est cette chose ?
Embrassez ma poupée.
Vous refusez ?
Alors, venez par ici.
Plus près.
Encore plus prés.
Toujours plus prés.
Vous ne voulez pas m‘embrasser ?
Toutes mes félicitations pour la fête de tes enfants !
Alors, pécheur invétéré, tu t‘ennuies à Moscou ?
Tu ne peux pas chasser. Que peut-on y faire ?
Ces oiselles grandissent, il va falloir leur trouver un mari.
Alors, mon petit cosaque !
Je sais que tu n'es qu‘une friponne, mais je t‘aime.
Hé, mon cher, viens un peu ici !
Viens donc, mon cher!
J'ai été la seule à dire ses quatre vérités à ton pére.
Maintenant, c‘est à ton tour !
C‘est du joli, rien à dire! Du joli, mon garçon !
Un commissaire sur le dos d'un ours!
C‘est une honte ! Tu ferais mieux de t‘engager.
Eh bien ! Il est temps de passer à table.
La déclaration de guerre a été publiée à Saint—Pétersbourg.
Je l'ai vue de mes yeux.
Elle a déjà été remise au général en chef à Moscou.
Pourquoi faire la guerre à Bonaparte ?
Il a mouché l‘Autriche. Je crains que nous ne soyons les prochains.
Ce n‘est pas à nous de douter.
L'empereur sait ce qu'il fait!
On serait mieux chez soi
à tailler des cure-dents.
Ce dicton est d'actualité.
Nous devons nous battre jusqu‘à la dernière goutte de sang !
Et mourir pour notre empereur!
Tout se passera bien.
Mais surtout, il faut attendre le moins possible.
C‘est l'avis des vieux hussards.
Et vous, qu'en pensez—vous, jeune hussard ?
Je suis entièrement d'accord avec vous.
Les Russes doivent vaincre ou mourir.
Vous êtes un vrai hussard, jeune homme !
Pourquoi tout ce bruit ?
Pourquoi tapes-tu ainsi sur la table ?
Peut—ètre t‘imagines-tu en compagnie de Français ?
Je ne dis que la vérité.
Je parle dela guerre. Mon fils veut y aller, Maria Dmitrievna.
Moi, j'ai quatre fils dans l'armée, et je ne geins pas pour autant.
Tout dépend dela volonté de Dieu.
Tel peut mourir entre ses draps qui sort indemne du combat.
C‘est juste.
Tu sais que j'ai fait chercher Pierre ?
Le comte a montré son portrait.
Il réclame sa présence.
Dans mes prières, je ne demande qu‘une chose, mon cousin.
Que Dieu lui pardonne et permette à sa belle âme de partir en paix.
Oui, je sais.
Mais enfin, le problème, tu le sais bien toi—mème,
c‘est que le comte a rédigé un testament
par lequel, faisant fi de ses héritiers directs,
il lègue tous ses biens à Pierre.
Peu importe ce qu'il a écrit.
Pierre ne peut hériter. Il est illégitime.
Tu ne comprends donc pas, Katiche ?
Tu es pourtant si fine.
Si le comte a écrit à l'empereur
pour demander que son fils soit reconnu,
Pierre deviendra alors le comte Bezoukhov.
Et selon le testament, il aura tout.
Maman m‘a dit de vous retenir pour la danse.
J'ai peur de faire un piètre cavalier.
A moins que vous n‘acceptiez d'être mon professeur.
Simione ! Tu connais le IlDanilo CooperIl ?
Regardez papa ! Regardez-Ie !
C‘est bien notre maitre ! Un vrai aigle !
Prions le Seigneur
Seigneur, aie pitié de nous
Jésus—Christ, Seigneur de sainteté, De miséricorde et de bonté,
Etends Ta main puissante Sur Ton serviteur Kirill,
Nous implorons Ta grâce miséricordieuse Envers un pauvre pécheur,
Envers Ton serviteur Kirill Qui se repent de ses péchés
Accorde-lui Ton pardon
Toi qui es toute gloire Dans les siècles et les siècles
Amen
Seigneur, aie pitié de nous
Il ne peut m‘avoir fait appeler. Je rentre.
Mon ami, je souffre, moi aussi. Soyez un homme.
Un terme est fixé aux hommes, qu‘ils ne peuvent transgresser.
Il n‘y a pas d‘exemple qu'on survive à une troisième attaque.
C‘était un homme charmant. Qui héritera de ces richesses ?
Les prétendants ne manqueront pas.
Ne perdez pas courage. Il vous a fait demander, c‘est bon signe.
A boire ?
Pierre ?
Voulez-vous qu'on appelle le prince Vassili ?
Il voudrait qu'on le tourne sur le côté.
Hélas, pécheur que je suis, Hélas, misérable damné
En vain ma main se tend vers mon ami,
En vain de mes yeux S‘échappent des larmes,
Personne ne me prend en pitié Pleurez donc sur mon sort,
Sanglotez, humains,
Car mon âme, dans la souffrance,
Se détache de mon corps
Laissez cela, vous dis-je !
Laissez, je m'en occupe. Vous ne savez pas ce que vous faites.
- Horrible femme ! - Lâchez ça !
Que faites-vous ! Le comte se meurt et vous me laissez seule ?
Vous attendiez cela ! Réjouissez-vous, maintenant !
Ah, mon ami !
Nous n'arrétons pas de pécher,
de tromper notre prochain...
Et tout cela pour quoi ?
Je vais sur mes 70 ans, mon ami.
Tout se termina parla mort.
La mort est une chose affreuse.
Il n‘est plus.
Allons-nous-en, je vous raccompagne.
Essayez de pleurer. Rien ne soulage tant que les larmes.
Dieu vous soutiendra.
Vous êtes jeune. Vous voilà, je l‘espère,
à la tête d‘une immense fortune.
Le général en chef le prince Nicolas Bolkonski}
qu 'on surnommait dans le beau monde le ”roi de Prusse‘î
depuis que Paul ler l'avait exilé sur ses terres,
ne quittait plus sa propriété de L yssiié Gory
où il vivait avec sa fille, la princesse Marié.
Tu te portes bien ?
Assieds-toi.
Pour demain...
Un instant, tu as une lettre.
- Voilà celle d'Héloi‘se. - Celle-ci est de Julie.
J'en laisse passer encore deux, je lirai la troisième.
Je crains que vous n'écriviez des sottises.
- Je lirai la troisième. - Lisez celle—ci, père.
La troisième, j'ai dit.
Eh bien, mademoiselle.
Soit deux triangles égaux.
Comme tu le vois, les côtés A, B et C d'un triangle donné…
Rien ne pouvait troubler l'ordre qui réglait la Vie de L yssiié Gory.
Pas même le départ au combat, en ce même jour, du fils du prince.
Je le reconnais bien la !
Votre père est d‘une intelligence !
C‘est peut—être pour cela qu'il me fait peur.
Asseyez-vous.
Il faut marcher le plus possible.
Le plus possible !
Que tu le veuilles ou non, Il te sauvera et te graciera.
Il te ramènera vers Lui,
parce qu'en Lui seul se trouvent Vérité et apaisement.
S'il te plaît, André, fais-Ie pour moi.
Tu pars ?
Je viens vous faire mes adieux.
Viens m'embrasser.
Merci.
Pourquoi me remerciez-vous ?
Parce que tu ne perds pas de temps,
tu ne t‘accroches pas aux jupons de ta femme.
Le devoir passe avant tout.
Merci.
Si tu veux parler, parle. Je peux faire deux choses à la fois.
Je suis désolé de vous laisser ma femme à charge.
Sornettes ! Dis—moi ce que tu veux.
Le moment venu, faites venir un accoucheur de Moscou.
Je sais que c‘est la nature qui décide,
et que sur un million de cas, un seul tourne mal.
Mais elle a peur, et moi aussi.
On lui a raconté des choses, elle en fait des cauchemars.
Ce sera fait.
Ca tombe mal, n'est-ce pas ?
- Quoi donc, père ? - Ta femme.
Je ne saisis pas.
Tu n‘y peux rien, mon ami.
Elles sont toutes pareilles.
Ne crains rien, je serai muet.
Tu sais de quoi je parle.
Qu‘y faire ? Elle est belle !
Je m‘occuperai de tout, n‘aie crainte.
Remets cette lettre au général Koutouzov.
Je le prie de ne pas te garder trop longtemps
comme aide de camp. Le poste ne vaut rien !
Dis—lui que je lui garde toute mon affection.
Rapporte-moi l‘accueil qu'il t'aura fait.
Sers-le s'il en est digne.
Le fils du prince Bolkonski n‘a de faveur à demander à personne.
A présent, viens ici.
Je mourrai probablement avant toi.
Tu trouveras ici mes écrits. Remets-les au tsar après ma mort.
Ici, tu trouveras une lettre de crédit et un texte :
un prix à qui décrira les campagnes de Souvorov.
A remettre à l‘Académie.
Ici, des notes personnelles.
Lis ça quand je serai parti. Tu en tireras profit.
J'exécuterai vos ordres, père.
Et maintenant, adieu !
Souviens-toi d‘une chose, prince André.
Si tu tombes au combat, vieil homme que je suis,
je souffrirai.
Mais si j'apprends que tu ne t'es pas conduit
en digne fils de Nikolaï Bolkonski,
j‘aurai honte !
Il était inutile de me dire cela, père.
J'ai une autre prière à vous adresser.
Si je suis tué et qu'il me naît un fils,
gardez-Ie auprès de vous,
qu'il grandisse à vos côtés, je vous en prie !
Tu ne veux pas le laisser à sa mère ?
Nous nous sommes dit adieu. Va!
Va!
L 'armée russe, forte de 50 000 hommes,
avec a‘ sa tête le général Koutouzov,
pénétra sur le territoire de l54utriche
pour rejoindre l'armée alliée du général Mack
et engager une action commune contre Napoléon.
Il parait que Koutouzov est borgne, il a qu'un œil.
Aussi borgne qu'un borgne !
Que tu crois, l‘ami ! Il a meilleur œil que toi!
Bottes, chaussettes, il voit tout !
J'en menais pas large quand il m‘a passé en revue !
Vivement le bivouac. Il reste encore 5 verstes.
Les Allemands nous donnaient des voitures, pas vrai ?
Les Polonais, c‘est la couronne russe. Ici, t'as que des Allemands.
Les chanteurs, en tête !
MOI, j'habite une maison neuve,
En bois d'érable, a‘ toute épreuve !
A l'entrée, je fais les cent pas,
Adieu, mon chéri} tu t'en vas !
Sur le pas de la porte en chêne
Toute neuve, a‘ belles veines,
Sors de ma manche, mon faucon,
Voie haut et loin vers l'horizon !
Voie au bout de l'horizon !
Haut et loin, jusqu 'au pays !
Haut et loin, mon ami}
Ta maison est ici!
Bonjour!
Bonjour à vous! Vive la Russie ! Vive l'Autriche !
Vive les Autrichiens ! Vive les Russes !
Vive le monde entier !
Vive le monde entier !
Eh bien, prince ?
Je dois expliquer pourquoi on n'avance pas.
Et pourquoi ?
Pas de nouvelles de Mack ?
Non.
Si Mack avait été battu et l‘armée alliée anéantie,
nous le saurions déjà.
Sans doute.
Le général en chef Koutouzov ?
Le général en chef est occupé. Qui dois-je annoncer ?
Le général en chef est occupé ?
Vous avez de vant vous le malheureux général Mack.
Tu as l‘air soucieux.
- Il y a de quoi. - On vient !
Libérez le passage.
Faites place !
Je vous salue, mon général.
Jai l'honneur de vous informer que le général Mack est arrivé.
Sain et sauf a‘ part quelques bleus.
Si vous désirez faire le bouffon, mon bon monsieur,
je ne saurai m‘y opposer.
Mais je vous déclare que si vous osez
récidiver en ma présence, je vous apprendrai les bonnes manières.
- Je n'ai fait que saluer. - Je ne plaisante pas. Taisez-vous !
Qu'est-ce qui te prend ?
Soit nous sommes des officiers qui servent le tsar et la patrie,
nous fétons nos succès et pleurons nos défaites,
40 000 morts, l‘armée alliée anéantie, et vous trouvez bon de plaisanter ?
Seuls des gamins peuvent rire de la sorte.
Excellent ! C‘est bien la les Gascons. Ecoutez ça.
Ils avancent à trois et prennent le pont.
L‘armée française passe le pont,
et maintenant, toute l‘armée est de l‘autre côté du Danube.
Mais si le pont de Tabor est tombé aux mains des Français,
l‘armée de Koutouzov est coupée en deux, elle est perdue !
C‘est bien la tout le problème.
Attendez.
J'ai quelqu'un en vue pour vous ce soir.
N'est-ce pas qu'elle est ravissante ?
Heureux celui à qui elle appartiendra.
Avec elle, le plus grossier des maris
brillera dans la haute société, n'est-ce pas ?
Je voulais avoir votre opinion.
Oui, elle est très belle.
Adieu, prince.
Que Dieu te protège.
Je te bénis pour les exploits que tu vas accomplir.
Monte avec moi.
Votre honneur, je préférerais me rendre utile ici,
aux ordres du prince Bagration.
Monte.
Moi aussi, j'ai besoin de bons officiers.
J'en ai aussi besoin.
Dieu sait ce que nous réserve encore le destin !
Si seulement un dixième des hommes du prince revient demain,
il me faudra remercier Dieu.
C‘est pourquoi je demande à rester près de lui.
Avec 4 000 hommes a‘ bout de forces, Bagration avait pour mission
de contenir durant 24 heures la totalité de l'armée ennemie.
K outouzov avait besoin de ce temps
pour mettre son armée, lourdement chargée,
hors d'atteinte des troupes françaises, trois fois supérieures en nombre.
Qu'est-ce à dire, messieurs ?
Vous ne pouvez abandonner ainsi vos postes.
Vous, capitaine Touchine !
N'avez-vous pas honte ?
Un artilleur doit montrer l'exemple. Où sont vos bottes ?
S'il y a l'appel, irez-vous en chaussettes ?
Vous auriez bonne mine!
Allons, regagnez vos postes immédiatement.
Les soldats disent qu‘ils sont mieux sans bottes.
Veuillez regagner vos postes.
La minute décisive se rapprochait inéluctablement,
celle pour laquelle on avait supporté tant de soufirances et de privations.
Pour elle, les soldats avaient été entraînés durant quinze ans,
famille et foyer avaient été abandonnés,
et les moujiks avaient été transformés en combattants.
Pour elle, 80 000 hommes vivaient en rase campagne,
loin de leur femme et de leurs enfants,
sans participer a‘ tout ce qui fait l'intérêt de la Vie civile.
Au lieu de cela, ils vivaient, se déplaçaiént sur une terre étrangère,
sur les routes, a‘ travers champs et forêts,
ignorant, tant pour eux que pour les autres,
les conditions d’une existence normale.
Pour ces hommes, la route cessait d’être la voie qui mène chez soi,
sur le lieu de ses joies et de son travail.
Elle n'était que rocade pour déborder l'ennemi.
Les maisons n'étaient plus des foyers, mais des lieux d 'embuscade.
Les hommes n'étaient plus des frères,
mais les outils et les éternelles victimes
de la mort.
Non, mon ami.
J‘affirme que s'il était possible de savoir
ce qu'il y a après la mort,
alors,
personne ici ne la craindrait.
C‘est comme ça, l'ami.
Que tu la craignes ou non, tu ny échapperas pas.
Et tu as peur.
C'est ça, les gens instruits !
Les artilleurs sont des gens instruits.
ils ont tout dans leurs bagages. De la vodka, des zakouski!
Pourtant, on a peur.
On a peur...
de ce qu'on ne connait pas.
On a beau se dire que notre âme ira au ciel,
on sait bien qu 'il ny a pas de ciel.
il ny a que l'atmosphère, voila‘ tout
Versez—moi donc de votre décoction, Touchine.
De ma décoction ? Voilà.
N 'empéche. ..
Difi‘icile de savoir ce qu 'il y aura après...
Ça y est, c’est parti !
Ça y est, ça commence ! C'est a‘ la fois terrible et grisant !
Ça y est, c’est parti !
Ça y est, c’est parti !
Ajoute deux lignes.
A toi, Medvedev, feu !
Schôngraben est en flammes !
Je vous en prie, Excellence, retirez-vous à l‘arrière !
Pour l‘amour de Dieu, Excellence !
Voyez ce qui se passe ici !
Les Français !
ils ont fière allure.
Gauche ! Gauche !
Serrez le rang !
Bataillon, halte !
Sac à terre !
A Dieu vat !
Que se passe-t—il ?
Je ne bouge plus, je suis touché, je suis mort.
Voici des hommes. ils vont m'aider.
0uisont—ils ? Ce ne sont pas des Français ?
Seigneur qui es au ciel, sauve-moi pardonne et protège.
il ne Vient pas vers moi ?
Que veut-il ?
Me tuer ? Peut—étre.
Moi que tout le monde aime ?
C'est impossible !
ils ne peuvent pas vouloir me tuer !
On avait oublié la batterie Touchine.
La troupe de couverture avait abandonné sa position.
Mais l'ennemi ne pouvait se douter que quatre canons,
sans couverture aucune, osent poursuivre leurs tirs.
Les Français supposaiént même
que c'était la‘ que se massait le gros des forces russes.
- Messieurs, retraite générale ! - Retraite générale !
Quels sont les ordres, capitaine ?
Soyez prêts !
Feu !
Tiens bon ! Ne me lâche pas !
Voilà, c‘est bon…
Capitaine Touchine !
Capitaine !
Vous êtes fou !
On vous a donné l‘ordre de vous replier!
Comment ?
Repli ! Repli général !
Excellence, voyez mes deux trophées.
J'ai fait prisonnier un officier, mes hommes en témoigneront !
Très bien.
Vous n‘oublierez pas, Excellence, Ie dégradé Dolokhov !
Malgré un coup de bai‘onnette, je suis resté au front!
Ne l'oubliez pas, Excellence !
Capitaine Touchine !
Vous avez ordre de vous replier.
Eh bien, au revoir.
Au revoir, mon ami, au revoir.
Capitaine, aidez-moi, je suis blessé au bras !
Je ne peux pas marcher. Ordonnez qu'on me laisse monter.
Faites-Ie monter.
Donne—lui ta capote, toi. Asseyez-vous.
L 'armée de Koutouzov et ses 35 000 hommes
était sauvée.
Le lendemain, les Français ne reprirent pas l'oñ‘ensive
et ce qui restait du détachement de Bagration
put rejoindre K outouzo v.
Ça vous fait souffrir ?
Laissez, je vous prie.
Tant d hommes furent massacrés en une seule journée.
Un désastre.
Capitaine, le général vous demande.
Il est dans cette isba.
Je vous remercie tous, messieurs.
Comment avez-vous pu abandonner des armes ?
Je ne sais pas, Votre Excellence.
Je n‘avais plus d‘hommes.
Il fallait en prendre dans les troupes de couverture.
il n y en avait pas, mais Touchine n'en dit rien,
bien que ce fût la pure vérité.
ll craignait de causer du tort a‘ quelque autre oh‘iciér.
Votre Excellence !
J'ai inspecté la position du capitaine Touchine.
J‘y ai trouvé nombre de soldats morts,
deux canons hors d'usage, et aucune troupe de couverture.
Si vous me permettez de donner mon avis,
nous devons en grande partie le succès de cette journée
à l'héroi‘sme du capitaine et de ses artilleurs.
Capitaine Touchine.
Vous pouvez disposer.
Je vous remercie.
Merci, mon ami.
Merci.
Hier, àla séance du Conseil d‘empire,
le nouveau gouverneur militaire, Sergueï Kouzmitch,
a lu la déclaration que l'empereur adresse aux troupes.
Elle commence ainsi :
IlSergueï Kouzmitch, je reçois de toutes parts les témoignages…"
Notre pauvre comte s'arrête là.
Et pourquoi donc, s'il vous plait ?
Mais non, voyons !
IlSergueï Kouzmitch, je reçois de toutes parts…"
"De toutes parts, Sergueï Kouzmitch...Il
Tout se déroule a‘ merveille.
Il lut plusieurs fois la lettre,
mais dès qu'il arrivait à IlSergueï", il se mettait à pleurer.
IlKouzmitch", et de sangloter de plus belle.
A "je reçois les témoignages", les sanglots l'étouffaient.
Il ressortait son mouchoir, et de nouveau...
il faudrait que je la comprenne,
que je sache qui elle est vraiment.
E tait—ce avant, ou maintenant que je me trompe ?
Non, elle n 'est pas so tte. Et elle est si belle.
Vous êtes contente de cette soirée ?
Je ne me souviens guère de fête aussi plaisante.
Il se fait tard, je…
Eh bien, Hélène ?
C‘est un beau parti, certes.
Mais le bonheur, ma chère… Les mariages se font dans les cieux.
Sergueï Kouzmitch...
C‘était quoi, cette histoire drôle ?
Je n'ai pas bien saisi.
Moi non plus.
Si tu allais voir ce qu‘ils font ?
Ils n‘ont pas bougé.
Dieu soit loué ! Ma femme m‘a tout raconté.
Hélène, ma chère amie !
Je suis si heureux!
J'aimais tellement ton père.
Elle te sera une bonne épouse.
Que Dieu...
vous bénisse !
Princesse !
Viens Vite ici !
Ma chère enfant!
Que Dieu vous garde.
Otez donc ces...
il est trop tard. Tout est fini.
Et puis, je l'aime.
La bataille d $4usterlitz fut baptisée par les contemporains
”la bataille des Trois Empereurs‘f
Le Russe et l$4utrichién passaient en re vue les troupes alliées.
Que faire si Napoléon repasse a‘ l'oñ‘ensive ?
La chose n‘est pas envisagée.
Messieurs, les dispositions pour demain,
et même pour aujourd'hui, puisque minuit est passé,
ne peuvent être modifiées.
On vous en a donné lecture. Chacun fera son devoir.
Et avant la bataille, il n‘est rien de plus important
qu‘une bonne nuit de sommeil.
Oui demain... Demain !
Demain, je le sens pour la première fois,
je vais devoir montrer ce dont je suis capable.
Que pensez-vous dela bataille qui nous attend ?
Je pense qu'elle sera perdue.
Je l'ai dit au comte Tolstoi‘, en le priant d'en informer l‘empereur.
Je désire la gloire.
Je désire les honneurs, l'amour de tous ces gens.
Ce n’est pas ma faute si je ne désire que cela,
si je ne vis que pour cela.
Oui uniquement pour cela !
Je ne l'avouerai jamais. Pourtant, c’est plus fort que moi.
La mort, les blessures, la perte des miens, rien ne m'eñ‘raié.
Je donnerais tout pour un instant de triomphe,
Et s'il ne me reste qula‘ mourir ?
Eh bien, s'il le faut,
je le ferai aussi bien que les autres.
Vos ordres sont exécutés, Excellence.
Que font-ils, mais que font—ils ?
Pourquoi ne commencez-vous pas, général ?
Je préfère attendre, Sire.
J‘attends le moment favorable, Sire.
Les colonnes ne sont pas encore toutes prêtes.
Nous ne sommes pas sur la place d'armes,
où l'on attend tous les régiments pour commencer.
J‘attends précisément parce que nous ne sommes pas
sur la place d‘armes de Tsaritsino.
Mais si tels sont vos ordres, Sire…
Vers cinq heures de l'après-midi}
la bataille était perdue sur tous les plans.
- Ce sont les Français ! - Non !
Eh bien, regardez !
On est grillés, les gars !
Vous êtes blessé ?
La blessure n‘est pas ici, elle est la. Arrêtez—les !
Bolkonski ! Qu'est-ce que ça veut dire ?
En avant !
Hourra !
Quel silence.
Quelle paix.
Et quelle solennité.
Quelle difi‘érence avec l'assaut, les cris, la mêlée...
Comment n avais-je jamais remarqué que le ciel était si haut ?
Comme je suis heureux de l'avoir découvert.
Oui tout n 'est que vanité,
tout n 'est que mensonge. il ny a que ce ciel infini.
Rien d'autre que ce ciel.
Mais lui âUSSI, il disparaît.
il ny a plus rien que le silence,
l'apaisement
Dieu en soit loué.
Fin dela première partie
DEUXIEME EPOQUE
Denissov ! Nous y sommes !
Mon frère !
Des bougies ! Du thé ! Je ne savais rien ! Nicolas !
Et moi, alors ?
Vassili Denissov. L‘ami de votre fils.
Soyez notre hôte !
Je sais, Nicolas m‘avait écrit.
Natacha, Véra, voici Denissov.
Qui ça, dites-vous ?
Nous sommes très heureuses !
Voilà qui est parfait!
Princesse Marie !
Père, c‘est au sujet d'Andreï ?
J'ai reçu des nouvelles.
Il n'apparait ni au nombre des prisonniers, ni des tués.
Koutouzov m‘a écrit.
Il est mort!
Père !
Ne vous détournez pas, nous pleurerons ensemble.
Les misérables ! Les gredins !
Faire massacrer tant d‘hommes. Tout ça pour quoi ?
Vale dire à Lise.
Père, dites—moi comment c‘est arrivé.
Allez, va.
Il est tombé à Austerlitz,
où ils ont fait périr la fleur des hommes russes et notre gloire.
Vale dire à Lise, Marie. Je te rejoins.
Donne—moi ta main.
Voilà, la...
Le sens-tu ?
C‘est tellement étrange.
Tu sais, je vais l‘aimer très fort.
Qu'as-tu, mon amie ?
Ce n‘est rien.
Je suis triste, je pense à notre Andreï.
Vous avez reçu des nouvelles ?
Non.
Tu sais bien que c‘est encore trop tôt.
Mais père est soucieux, cela m'effraie.
Il n‘y a vraiment rien ?
Non, rien.
Mitia, file à la ferme,
et dis à Maxime de m'expédier sa redevance.
Il me faut deux cents pots pour vendredi.
Il faut aussi penser àla chorale, aux fraises, aux ananas.
Ne vous tracassez pas, comte. Le jeune Bezoukhov est la.
A présent, son orangerie est à notre disposition.
Oui, dites à Bezoukhov de venir.
Je l'inscris. Comment ça va, avec sa femme ?
Il est très malheureux.
C‘est une âme si droite, si pure, ce jeune Bezoukhov.
Je tâcherai de lui trouver une consolation.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Dolokhov, le fils de Maria lvanovna, a fini de Ia compromettre.
Pierre l‘a ramené, l‘a invité à Pétersbourg, et voilà…
Elle arrive ici, et ce vaurien débarque à son tour.
On dit que Pierre est complètement anéanti.
Dites—lui quand même de passer au cercle.
Cale distraira. Ce sera un fameux banquet!
Eh bien ? Vous n'entendez pas ?
Ala santé de l'empereur !
Je ne vous avais pas reconnu.
Pourquoi ne renoues-tu pas connaissance ?
C‘est un imbécile.
Ala santé du héros de notre dernière campagne !
Le prince Piotr lvanovitch Bagration !
Ceint des lauriers de la gloire
Pour tes illustres travaux,
Honneur des Russes, no tre héros,
Tu resteras dans nos mémoires
ici, les canons désarment,
Goûte un repos mérité
Parmi ceux dont tes faits d 'armes
Galvanisent la fierté !
En ce jour, chacun te fête,
Bienvenue parmi nous !
Quand la bataille s'arrête,
Nous t'honorons a‘ Moscou !
Et maintenant, àla santé des jolies femmes !
Vous voyez mal avec vos lunettes.
La liaison de votre femme avec Dolokhov n’est un secret que pour vous.
Vous voyez mal avec vos lunettes.
La liaison de votre femme avec Dolokhov n’est un secret que pour vous.
Ala santé des jolies femmes, Piétia. Et de leurs amants.
Vous voyez mal avec vos lunettes.
La liaison de votre femme avec Dolokhov n’est un secret que pour vous.
Je vous interdis !
Je la garde.
Vous êtes une canaille !
Vous m'en rendrez raison.
J'en aurais peut—étre fait autant, a‘ la place de Dolokho v.
C'est même certain.
A quoi rime ce duel, cet assassinat ?
Je dois m'en aller, m'enfuir, me terrer quelque part!
En cette grave minute, comte,
je vous dois toute la vérité.
Je ne vois pas de motif sérieux à ce duel.
L‘affaire ne vaut pas que le sang soit versé.
Vous avez eu tort, comte. Vous vous étes emporté.
Oui, tout ceci est bien bête.
Laissez—moi transmettre vos regrets,
je suis sûr que nos adversaires accepteront vos excuses.
Laissez—moi parlementer.
A quoi bon ?
Tout est prêt ?
Peut-être que…
Il ne peut être question d'excuses.
Dites—moi où je dois me placer, où je dois tirer ?
Comment ?
Ah oui, comme ceci ! Je le savais, j‘avais juste oublié.
Eh bien ?
Nous commençons ?
Les adversaires ayant refusé de se réconcilier, peut-on commencer ?
A "trois", vous avancez.
Un…
Deux...
Trois !
Non !
Non, ce n‘est pas fini.
S'il vous plaît…
Je vous prie, retournez àla borne !
Protégez-vous !
Mettez-vous de profil !
Couvrez-vous avez votre arme !
Manqué !
Je l'ai manqué.
C‘est stupide !
La mort.
La mort et le mensonge.
C‘est si bête !
La mort… Le mensonge...
Eh bien ? Comment te sens-tu ?
Moi, ça va.
Mais je l'ai tuée.
Elle ne supportera pas tout ça.
Qui ça ?
Ma mère.
Ma mère.
Mon ange.
Mon ange adoré.
Ma mère.
A sa grande surprise, Hosto v apprit ainsi que Dolokho v,
cette tête brûlée, ce bretteur de Dolokhov
habitait a‘ Moscou avec sa mère et sa sœur infirme,
et qu 'il était le plus tendre des fils et des frères.
Qu'avez-vous fait ?
Qu'avez-vous encore fait ?
Que voulez-vous dire ?
Voyez—moi ce foudre de guerre !
A quoi rimait ce duel ? Que cherchiez-vous à prouver ?
Si vous ne répondez pas, je vais vous le dire.
On vous a raconté que Dolokhov était mon amant…
et vous l'avez cru !
Mais qu'avez-vous réussi à prouver ?
Que vous êtes un idiot ? Tout le monde le sait.
Quel sera le résultat de tout cela ?
Je vais être la risée de tout Moscou.
Tout le monde dira que sous l‘effet de l‘alcool,
vous avez provoqué en duel un homme dont vous étes sans raison jaloux.
Et qui vous est supérieur sous tous rapports.
Comment avez-vous pu croire qu'il était mon amant ?
Parce que j'aime sa compagnie ?
Si vous étiez plus agréable, j'aurais préféré la vôtre.
Ne me parlez plus, je vous en supplie.
Pourquoi me tairais-je ?
Rare serait celle qui, avec un mari comme vous,
ne prendrait pas d'amant.
Et pourtant, je ne l'ai pas fait.
Nous ferions mieux...
- de nous séparer. - Nous séparer ?
Fort bien ! Mais si vous me versez une pension.
Nous séparer ! Vous imaginez me faire peur ?
Je vais te tuer !
Hors d‘ici !
Tikhone !
Va trouver la sage—femme et dis—lui juste ceci :
"Le prince fait demander où elle en est."
Reviens aussitôt me donner la réponse.
Fais savoir au prince que le travail a commencé.
Selon la croyance populaire,
moins l'entourage est informé des afi‘res de la partunénte,
moins elle souñ‘re.
Chacun s'eñ‘orçait donc de tout ignorer de cela.
Nul ne parlait de la chose,
mais tous les visages dénotaiént une préoccupation commune,
une pitié intérieure et la conscience que quelque chose de formidable,
échappant a‘ l'intelligence, s'accomplissait a‘ la minute même.
Dieu aura pitié d‘elle,
pas besoin de médecin.
Princesse, quelqu'un arrive en calèche !
Avec des lanternes ! Ça doit être le docteur !
Merci, mon Dieu !
Il faut aller l‘accueillir.
Il ne parle pas russe.
- La princesse va bien ? - Oui.
Non, c’est impossible, ce serait par trop extraordinaire.
Quelle coïncidence ! Ma petite Marie !
Mon ange...
Notre Seigneur est miséricordieux.
Son arrivée ne la surprenait pas.
Elle ne comprenait pas pourquoi il était la‘.
Son arrivée était sans rapport avec ses soufirances
et leur soulagement
Non, n'entrez pas.
Pourquoi ont—ils apporté un enfant ?
Pourquoi y a—t—il un enfant ?
Ou bien l'enfant serait—il né ?
Je vous aimais tous, je nai fait de mal a‘ personne.
Mais vous, qu'avez— vous fait de moi ?
Qu'avez— vous fait de moi ?
Pourquoi m 'avoir fait ça ?
Il s‘est passé tant de choses en moi, ces derniers temps.
Oui, nous avons tous bien changé.
Et vous, quels sont vos projets ?
Il n‘y a pas grand—chose à dire.
Vous ne retournez pas sous les drapeaux ?
Après Austerlitz ? Non, merci bien.
Même si Bonaparte était ici, devant Smolensk,
je refuserais de retourner servir.
On vous a parlé du duel ?
Oui. Tu en es passé par la, toi aussi.
Je remercie Dieu de ne pas avoir tué cet homme.
Pourquoi ? Tuer un chien enragé n‘est pas un péché.
Tuer un homme,
c‘est mal, et c‘est injuste.
Pourquoi serait-ce injuste ?
L‘injustice ne relève pas du jugement des hommes.
Les hommes se trompent toujours,
et jamais tant que sur la question de la justice.
Est injuste tout ce qui peut faire du mal à mon prochain.
Et comment sais-tu ce qui peut lui faire du mal ?
Je ne connais dans la vie que deux Véritables malheurs :
le remords et la maladie.
Le bonheur n‘est que l‘absence de ces deux maux.
Vivre pour soi en s‘efforçant de les éviter est devenu ma philosophie.
Comment ne peut-on vivre que pour soi ?
Non, non ! Mille fois non!
Est-ce que je ne sens pas en mon âme
que je ne suis qu‘une parcelle
de cet immense tout harmonieux ?
Je sens que non seulement je ne peux disparaître,
car rien ne disparait jamais, mais que j'ai toujours été
et serai toujours.
Je sais, ce sont les idées de Gerder.
Mais ce n‘est pas ce qui me convaincra.
La vie et la mort,
voilà ce qui m‘engage.
Ce qui engage, c‘est de voir un être cher,
auquel tu es lié,
envers qui tu te sens coupable et tiens à réparer tes torts,
souffrir le martyre, endurer mille morts,
et disparaître.
Pourquoi ?
Il ne peut pas ne pas y avoir de réponse.
Argumenter n‘apporte jamais de convictions, bien sûr.
Mais s‘engager dans la vie avec un être, et le voir brusquement...
disparaitre !
Dans le néant...
Tu te penches au bord de l‘abîme avec effroi.
Je me suis penché ainsi.
Oui ! N'est-ce pas ce que je dis aussi ?
Il faut vivre, il faut aimer,
il faut croire que nous ne vivons pas que l‘instant présent,
mais que nous avons vécu et vivrons éternellement en tout ce qui est.
Votre Excellence, comme on se sent léger!
Comment ?
Comme on se sent léger, Excellence.
Qu’est—ce qu'il dit ?
il pense au printemps, sans doute.
Tout est déjà vert. Comme c’est venu vite.
L es bouleaux,
les merisiérs,
les aulnes bourgeonnent
Les chênes, pas encore.
Voila‘ mon chêne.
Le printemps. ..
l'amour...
et le bonheur !
Que n'étes- vous lassé de cette éternelle
et stupide dupené ?
Toujours la même chose, le même mensonge.
il ny a ni printemps, ni soleil, ni bonheur.
Je ne crois plus a‘ vos espérances
et a vos mensonges.
Oui il a raison,
mille fois raison, ce chêne.
Que les autres, les jeunes, se laissent duper.
Nous, nous connaissons la Vie.
Et la nôtre est finie.
il faut vivre sa Vie jusquä son terme,
sans faire le mal, sans inqwétude,
et sans jamais rien désirer.
Pour une question de tutelle sur le domaine de Hiazan,
le prince Andreï de vait voir le maréchal de la noblesse des lieux,
le comte Hosto v.
- Encore une fois. - Quand vas-tu dormir ?
Je n'ai pas sommeil, qu‘y puis-je ? Une dernière fois.
Quel enchantement... Maintenant dors, s'il te plait !
Dors, toi. Moi, je ne peux pas.
Sonia, comment peux-tu dormir ?
Regarde donc comme c‘est beau !
Réveille-toi donc !
Jamais la nuit n‘a été si belle !
Regarde ce clair de lune.
Quelle merveille ! Viens ici, ma chérie, mon petit trésor !
Viens voir ça !
On a envie de s'accroupir, comme ça,
de prendre ses genoux dans ses bras, de les serrer très fort…
et de s‘envoler !
Comme ça !
C 'était dans ce bois que se trouvait ce chêne
avec lequel j'étais au diapason...
OÙ est-il donc ?
Le voila} c’est bien lui!
Je vous aime tous, je nai fait de mal a‘ personne...
Et qu'avez— vous fait de moi ?
il faut vivre, il faut aimer,
il faut croire que nous ne vivons pas que l'instant présent,
mais que nous avons vécu et vivrons éternellement en tout ce qui est.
Non, la Vie ne finit pas a‘ 37 ans.
il ne sufi‘it pas que je sache tout ce qui est en moi.
il faut que tous le sachent.
Et Pierre, et cette jeune fille
qui voulait s'en voler dans le ciel.
il faut que tous me connaissent,
pour que ma Vie ne s'écoule pas pour moi seul,
qu 'elle se reflète dans tous les autres,
et que tous la vivent avec moi!
Fin dela première époque
LEON TOLSTOÏ
GUERRE ET PAIX
NATACHA ROSTOV
Un film de Sergueï BONDARTCHOUK
Adaptation S. BONDARTCHOUK et V. SOLOVIOV
Directeur dela photographie Anatoli PETRITSKI
Décors et costumes M. BOGDANOV et G. MIASNIKOV
Musique Viatcheslav OVTCHINNIKOV
Son louri MIKHAÏLOV
Dans les rôles principaux :
Natacha Rostov : Lioudmila SAVELIEVA
Pierre Bezoukhov : S. BONDARTCHOUK
Andrei‘ Bolkonski : V. TIKHONOV
Comte Rostov : V. STANITSYNE Comtesse Rostov : K. GOLOVKO
Nikolaï Rostov : O. TABAKOV Piétia Rostov : S. IERMILOV
Sonia : I. GOUBANOVA
Prince Bolkonski : A. KTOROV
Princesse Marie : A. CHOURANOVA Hélène : !. SKOBTSEVA
Anatole : v. LANOVOÏ Dolokhov : o. IEFREMOV
L‘aïeul Rostov : A. BORISSOV Anissia : N. MORDIOUKOVA
Akhrossimova : E. TIAPKINA Droubetskaïa : K. POLOVIKOVA
Droubetskoï‘ : E. MARTSEVITCH Mme Scherer : A. STEPANOVA
La Kariaguine : G. KRAVTCHENKO
Alexandre 1er : V. MOURGANOV Napoléon : V. STREJELTCHIK
Au mois de juin 7807 eut lieu a‘ 77lsit
la rencontre entre les deux empereurs, Alexandre et Napoléon.
Cependant, pour chacun,
la Vie continuait, avec ses préoccupations essentielles :
santé, maladie, travail, loisirs.
Avec ses intérêts : science, poésie, musique,
amour, amitié, haine etpassions.
Elle s'écoulait comme avant, indépendante,
indifi‘érente a‘ la sympathie ou a‘ l'hostilité é veillée par Napoléon.
Janvier, février, mars, avril...
Parlez, maman. Pourquoi ne dites-vous rien ?
Ce n‘est pas convenable, ma chérie.
On peut se méprendre sur votre relation enfantine.
Pareille intimité peut te causer du tort
auprès de jeunes gens qui Viennent chez nous.
Et surtout, il souffre inutilement.
Il s‘était peut-ètre trouvé un parti, et le voilà déboussolé.
Déboussolé ?
Tu veux que je te dise ?
J‘avais un cousin...
Je sais. Kirill Matveevitch. C‘est un vieil homme.
Il ne l‘a pas toujours été.
Je vais en parler à Boris. Il ne doit pas venir si souvent.
Mais pourquoi, s'il en a envie ?
Ça ne peut aboutir à rien.
Non, maman ! Que racontez-vous ? Quelle bêtise !
Même si nous ne nous marions pas,
nous nous amusons si bien ensemble.
Qu‘importe le mariage, il peut venir comme ça…
- Comment, comme ça ? - Comme ça.
Le mariage n‘est pas une obligation.
On peut se voir comme ça.
Voyons, cessez de rire, vous faites trembler tout le lit!
Vous me ressemblez. Vous aussi vous riez tout le temps !
Arrêtez donc !
Maman.
Il est très amoureux ? Qu'en pensez-vous ?
Vous avez eu des amoureux ?
Il est charmant.
Vraiment très charmant. Mais pas tout à fait mon genre.
Il est un peu guindé.
Comme l‘horloge du salon. Vous ne comprenez pas ?
Non !
Guindé, gris, blond...
Que racontes-tu ?
Vraiment, vous ne voyez pas ? Nikolaï aurait compris.
Prenez Bezoukhov, par exemple. Il est bleu.
Bleu foncé avec du rouge. Et comme un quadrilatère.
Et tu joues à le provoquer.
Il est franc-maçon, c‘est un brave homme.
Il est bleu foncé avec du rouge. Comment vous expliquer...
Petite comtesse, tu ne dors pas ?
Non, personne ne veut comprendre tout ce qui remue en moi.
Sonia ? C 'est un parangon de vertu.
Même maman ne comprend pas.
C 'est surprenant comme je suis intelligente, et comme...
Elle est ravissante. Elle a tout
Spirituelle au possible, jolie, douée.
Nageuse et cavalière accomplie.
Et sa voix ! Elle est étonnante, vraiment.
Le 37 décembre,
a‘ la veille du Nouvel an 78 70,
un haut dignitaire de la capitale donnait un bal somptueux.
Le corps diplomatique et le souverain avaient annoncé leur présence.
Les Rostov étaient de la fête, et Natacha se préparait
pour le premier grand bal de sa jeune Vie.
Pas comme ça, Sonia ! Viens ici.
Est-ce pour bientôt ? Il est déjà 10 heures.
Tout de suite ! Et vous, maman, étes-vous prête ?
Ne le faites pas sans moi !
Mavroucha, il faut se dépêcher !
Mesdames, en avez-vous fini ?
Un instant ! N'entrez pas, papa !
Se peut-il que personne ne m'in vite a‘ danser ?
Que personne ne me remarque ?
Ce n 'est pas possible.
il faut qu 'ils sachent comme j'ai enwè de danser.
Comme je danse a‘ ravir, comme c’est gai de danser avec moi!
Ceci me parait fort intéressant.
Vous qui êtes un danseur, il y a ici ma protégée, la jeune Rostov.
- Invitez—la. - Où est-elle ?
Pardon, nous poursuivrons cette discussion ailleurs.
Quand on est au bal, il faut danser.
Permettez-moi de vous présenter ma fille.
Nous avons déjà été présentés. La comtesse s'en souvient-elle ?
Puis-je vous inviter à cette valse ?
Si elle s'approche d'abord de sa cousine,
elle sera ma femme.
Quelle belle soirée, n'est-ce pas ?
Oui, et j'en suis très heureux.
Ah, c‘est vous. Je travaillais.
Mon ami, je voulais déjà te parler hier soir.
Je n'ai jamais rien éprouvé de pareil.
J‘aime, mon ami.
- Eh bien ? - Ne me demandez rien, je ne peux parler.
- Natacha Rostov ? - Oui. Qui d‘autre ?
Ce sentiment est plus fort que moi.
Avant, je ne vivais pas. Je ne puis vivre sans elle.
Pourra-t-elle m'aimer ? Je suis Vieux, pour elle.
Jamais pareille chose ne m‘était arrivée.
Est-ce donc cela, le véritable amour ?
Tu ne dis rien ?
Qui, moi ? Eh bien, que pourrais-je dire…
- Vous dormez, maman ? - Non, mon amour. J'ai peur, moi aussi.
De toute façon, je ne dormirai pas.
Maman ! Je n'ai jamais rien ressenti de pareil !
Cette jeune fille est un trésor,
un être comme on en rencontre rarement.
Je vous en prie, ne vous posez pas de questions.
Epousez-la, épousez-la !
Vous serez le plus heureux des hommes.
- Mais elle ? - Elle vous aime.
- Allons, ne me mens pas. - Je le sais.
C‘est une situation si confuse, il faut que je Vide mon cœur.
Parlez, j'en serai heureux.
Il a fallu qu'il soit à Pétersbourg en même temps que nous.
Et que nous nous rencontrions à ce bal.
C‘est la main du destin, c‘est elle qui nous a menés la.
Ce n‘est pas le sentiment que j‘avais ressenti avant.
Le monde est partagé en deux moitiés :
l'une, avec elle, où il n‘y a que bonheur et lumière.
L'autre, sans elle, où il n‘y a qu‘ennui et ténèbres.
Ennui et ténèbres. Je vous comprends.
Je ne peux pas ne pas aimer cette lumière.
- Je sais que tu me comprends. - Oui.
Maman chérie, comme je vous aime ! Comme je suis heureuse !
Trois semaines s'écoulèrent.
Pas une fois, Bolkonski ne reparut chez les Hosto v.
Natacha, ma chérie…
Peut-ètre est-il malade. Il a été blessé à Austerlitz.
Ou bien est-il trop occupé.
Cessez, maman. Je n‘y penserai plus.
Il nous a rendu quelques Visites, et c‘est fini.
Je n'ai plus du tout envie de l'épouser. Il me fait peur.
Je n'ai plus du tout envie.
C‘est complètement passé.
A quoi bon y penser trop ? Tout est pour le mieux.
Je suis très bien comme ça.
Je nlai besoin de personne.
Quelle merveille, cette Natacha ! Elle est jolie, intelligente. ..
Et elle n'importune personne. Laissez—la donc tranquille !
Maman, Bolkonski est la !
C‘est épouvantable, maman ! Ne me mettez pas à nouveau au supplice !
Qui arrive ? Quand ?
Calme-toi, Natacha !
Il nous tardait de vous voir.
J‘étais auprès de mon père, c‘est pourquoi je n'ai pu venir.
J‘avais à m'entretenir avec lui d‘une affaire importante.
Je ne suis rentré qu'hier soir.
J'ai à vous parler, comtesse.
Laisse—nous, Natacha. Je t‘appellerai.
Seigneur, aie pitié de moi. Aide-moi, Seigneur, je t'en prie !
Seigneur !
Eh bien, maman ?
Va le trouver.
Il demande ta main.
Se peut-il que cet étranger soit de venu tout pour moi ?
Oui tout ! il est a‘ présent ce que j'ai de plus cher au monde.
Je vous ai aimée dès l‘instant où je vous ai vue.
Me permettez-vous d‘espérer ?
Pourquoi le demander ?
Pourquoi douter de ce qui est si évident ?
Pourquoi parler quand les mo ts ne peuvent exprimer ce qu'on ressent ?
Est-ce que vous m'aimez ?
Oui !
Qu‘y a-t-il ?
Qu'avez-vous ?
Je suis si heureuse.
Mais dans son cœur, le prince André n'éprouvait plus le même amour.
Un re virement s 'é tait produit en lui.
il ne ressentait plus l'attrait poétique du désir,
mais une sorte de pitié pour cette vulnérable enfant,
une frayeur face a‘ cet élan plein de confiance.
Bien que ce nouveau sentiment ne fût pas aussi poétique et lumineux,
il n 'en était que plus grave et plus fort.
Votre maman vous a-t-elle dit qu'il nous faudra attendre une année ?
Se peut-il que ce soit moi ?
MOI, dès cet instant,
l'épouse, légale de cet étranger si beau, si intelligent,
que mon père même estime tant ?
Se peut-il vraiment que désormais, la Vie cesse d’être un jeu,
que je sois une grande personne,
que repose sur moi la responsabilité de mes actes, de mes paroles ?
Mais que m'a—til donc dit ?
Vous êtes si jeune,
et j'ai déjà vécu tant de choses.
J'ai peur pour vous. Vous vous connaissez encore si peu.
Cette année d'attente, l'atermoiement mis à mon bonheur sera dur,
mais cela vous permettra d‘y voir plus clair.
Dans un an, vous ferez mon bonheur, je vous le demande.
Vous êtes libre. Nos fiançailles resteront secrètes.
Si vous sentiez alors que vous ne m'aimez pas…
Pourquoi me dire cela ?
Je vous ai aimé du jour où vous étes venu à Otradnoïe.
Dans une année, vous vous connaîtrez mieux.
Toute une année ?
Pourquoi une année ? A quoi bon ?
Ne peut-on faire autrement ?
Mais c‘est terrible ! Terrible !
Attendre une année, j'en mourrai !
Il ne faut pas.
C‘est terrible.
Non ! Je ferai comme vous voulez.
Je suis tellement heureuse.
il ny eut donc pas de fiançailles,
et nulle annonce ne fut faite a‘ quiconque
de leur serment.
Ne partez pas.
Je vous en prie, Nathalie. Je dois partir.
Dieu sait ce qui arrivera. Peut—ètre cesserez— vous de m'aimer.
Je sais, je ne dois plus parler de cela.
Mais quoi qu 'il puisse arriver en mon absence...
Ne partez pas.
Quoi qu 'il arrive, adressez— vo us a‘ Pierre,
si vous avez besoin d 'aide ou de conseils.
C 'est l’homme le plus distrait qui soit, mais c 'est aussi un cœur d 'or.
Ne partez pas.
Ne partez pas.
Quelle n 'eÛt pas été la stupéfaction de Pierre
si sept ans plus tôt, a‘ son retour d'un long séjour a‘ l'étranger,
quelqu 'un lui avait dit qu 'il n 'aurait rien a‘ chercher,
rien a‘ imaginer,
que sa voie était tracée depuis toujours,
définie de toute éternité.
Ce n 'est rien, pensait—il parfois. La Vie que je mène n’est que provisoire.
Mais ensuite, l'angoisse reprenait le dessus,
a‘ l'idée que tant d'hommes étaient entrés comme lui dans cette Vie provisoire,
nantis de toutes leurs dents et de tous leurs cheveux,
pour la quitter ensuite sans une dent et sans un seul cheveu.
Pourquoi} dans quel but ?
Que se passait—il donc dans ce monde ?
il lui re venait souvent ce qu 'on disait
de ces soldats qui s'abritent de la canonnade
et se cherchent une occupation, n 'importe laquelle,
pour mieux se distraire du péril mortel.
Pour Pierre, tous les hommes étaient alors semblables a‘ ces soldats,
cherchant un recours contre la Vie,
qui dans l'ambition, qui dans le jeu, qui en légiférant,
qui auprès des femmes, qui en s'entourant de jouets.
Qui par la politique, la chasse, la boisson.
Ou encore les afi‘aires de l'Etat.
Futile ou important, le but est toujours le même :
s'assurer le salut avec les moyens du bord !
L 'essentièl était de ne plus la voir,
cette Vie si eñ‘rayante.
Le vin aidant, il se disait :
”Je démélerai tout cela, je possède l'explication.
Mais je nai pas le temps, jy réfléchirai plus tard ! "
Et ce ‘}olus tard " n 'arrivait jamais.
Bonjour, mon oncle !
Saperlipopette ! J‘étais sûr que tu n‘y tiendrais pas.
Place nos hommes sans attendre !
Guirtchik dit que les lliaguine chassent vers Korniki.
Ils vont nous souffler la bête sous le nez.
C‘est justement la que je vais !
Bonjour, mon oncle ! On y va, nous aussi !
Bonjour!
N‘écrasez pas les chiens !
Nous ne génerons personne, mon oncle. Nous resterons ici.
C‘est ça, petite comtesse. Ne tombez pas de cheval !
Allez, en avant, c‘est parti !
Sais-tu où est la comtesse Nathalie ?
Elles sont là-bas, avec Piotr lllitch.
Ce sont des dames, mais elles savent chasser.
Ça t‘étonne pas dela voir monter si bien ?
Mieux que bien des hommes, hein ?
Pour sûr que c‘est étonnant, une telle adresse.
Toi, tu vas attendre la bête. Surtout, ne la rate pas !
Comme si je le savais pas.
Ils ont flairé la bête.
Ils la rabattent tout droit vers le ravin.
Ne bouge pas !
Attention !
Vous avez raté ce loup !
Chasseurs àla manque !
Seigneur !
Que T'en coûte-til de faire cela pour moi ?
Je sais, c’est péché de Te demander ça,
mais fais qu 'il débouche sur moi} Seigneur !
Je ne demande a‘ attraper un loup-cerwèr qu’une fois dans ma Vie.
Avancer ou reculer ?
Tant pis, en avant!
Quel superbe animal !
C‘est bien un cervier ?
Pour sûr, votre Excellence !
Danilo, tu ne connais pas les bonnes manières !
Notre jeune comtesse, saperlipopette !
Il n‘y en a qu‘une comme elle.
Une journée en selle, et elle est fraiche comme la rose !
Mangez, petite comtesse.
Piétia, réveille—toi !
Mais réveille—toi donc !
Goûte ! C‘est un vrai régal !
Voilà comment je termine ma Vie.
Quand on sera mort, il n‘y aura plus rien.
Pourquoi se mortifier avant ?
Ouvrez la porte. Pourquoi l‘avoir fermée ?
Ça, c‘est Mitka, mon cocher.
Je lui ai acheté une vraie balalaïka.
C‘est très bon ! Vraiment !
Comment ça, bon ?
C‘est bien plus que ça, c‘est une merveille !
Jouez encore, s'il vous plait !
Encore !
Ça vous plaît, petite comtesse ?
Il joue vraiment bien.
Ce couplet—lè, il le rate à chaque fois.
La, il faut des trilles, saperlipopette ! Des trilles !
Vous savez jouer ?
Va voir si la guitare a encore toutes ses cordes.
Ça fait un bout de temps que je n‘y ai pas touché !
J'ai oublié.
C‘est ravissant, mon oncle !
Encore !
Encore, mon petit oncle chéri !
Voilà,
ma jolie nièce.
OÙ, quand, comment avait—elle pu,
par la seule vertu de l'air qu 'elle respirait,
cette petite comtesse élevée par une Française émigrée,
s'imprégner a‘ ce point de l'âme russe ?
Car c'était bien cette âme,
ces gestes inimitables, typiquement russes,
que son oncle attendait d'elle.
Comment comprenait—elle si bien Anissia,
le père d Anissia, sa mère, sa tante,
et tous les hommes russes ?
Eh bien, petite comtesse ! C‘est parfait !
C‘est vraiment très bien, chère nièce !
Il ne reste plus qu‘à te trouver un gentil petit mari !
C‘est déjà fait.
Et quel mari !
Que signifiait le sourire de Nikolaï quand il a dit : ”C'est déjà fait” ?
On dirait qu 'il pense que mon Bolkonski n'aurait pas approuvé,
qu 'il n 'aurait pas compris no tre gaie té.
Mais non, il aurait tout compris.
OÙ peut-il être a‘ présent ?
il ne faut pas y penser.
Quand le soir la neige tombe
En un blanc semis,
Au matin, le chemin s'estompe
Et par les champs, je ne vois ma mie
Ne t'afi‘lige pas, brave jeune homme
Mais le chagrin la submergé
Vo yez—le, il se meurt, ce brave jeune homme
- A quoi penses-tu ? - Moi ?
Attends un instant...
D'abord, je pense qu'on croit être sur le chemin du retour,
mais qu'en réalité, on ne sait pas où l'on va.
Quand on arrive, on s'aperçoit qu'on n‘est pas à Otradnoïe,
mais dans un pays de rêve.
Ensuite, j'ai aussi pensé…
Non, rien.
Je sais. Tu as pensé à lui.
Non.
Je ne cesse de me dire et de me répéter
qu‘Anissia était merveilleuse, ce soir.
C‘était si bien.
Tu sais…
Jamais plus je ne serai aussi heureuse que maintenant.
Arrête de raconter des bêtises.
Qu'elle est merveilleuse, ma Natacha !
Jamais je n 'aurai une autre amie comme elle.
Pourquoi doit—elle se marier ?
J'aurais aimé continuer la route avec elle.
Quel amour, ce Nikolaï!
Pourvu qu'il rewènne vite ! Jai si peur que cela n'arrive pas.
Et surtout, je Vieillis.
Les choses ne seront plus comme avant.
Peut— è tre va— t— il arriver aujo urd 'hui ?
Peut—ètre est-il arrivé hier et l'ai—jé oublié ?
Que puis—je faire d’eux ?
Nikita, sois gentil, va…
OÙ pourrais—jé l'en vo yer ?
Va àla basse-cour et apporte-moi, s'il te plaît, le coq.
Nastassion ! Qu'est-ce qui va naître de moi ?
De toi ?
Des puces !
Des libellules, des sauterelles !
Mon Dieu, toujours la même chose.
OÙ aller ? Que faire de moi ?
L 'Île de Ma—da—gas-car.
Madagascar.
Madagascar...
As-tu parfois l‘impression, toi aussi, qu'il n‘y aura plus rien, jamais ?
Que tout ce qu'il y a de bien est déjà passé ?
Et tu es alors envahi non par l'ennui, mais par la tristesse.
Et comment !
Je connais ça. Tout va bien, tout le monde est gai,
et soudain, je me dis que de toute façon, on va tous mourir.
Une fois, à l'armée, je ne suis pas allé à une fête.
J‘entendais la musique.
Le monde m‘a soudain paru d'un ennui !
Je connais ça.
Ça m'arrivait déjà quand j‘étais toute petite.
Tu te rappelles quand on m‘a punie pour les prunes ?
Pendant que vous dansiez, je sanglotais dans la salle de classe.
Je ne l‘oublierai jamais.
J‘étais triste, j‘avais de la pitié pour moi et pour le monde entier.
En plus, je n‘étais pas coupable ! Tu te souviens ?
Oui. Je suis venu après pour essayer de te consoler.
J‘avais mauvaise conscience !
Comme nous étions drôles.
J‘avais apporté mon jouet préféré, un pantin.
Je voulais te le donner.
Vous vous souvenez, Sonia ?
Oui, ça me rappelle quelque chose...
Comme c‘est étrange, ça ressemble à un rêve. Ça me plaît.
Et tu te souviens quand papa, dans sa pelisse bleue,
a tiré un coup de fusil sur le pas dela porte ?
Est-ce que c‘est bien arrivé ?
Tu te souviens comme on s‘amusait ?
Mademoiselle, votre coq est la.
Je n'en ai plus besoin. Dis-leur de le rapporter.
Tu sais,
je crois que quand on commence à faire travailler sa mémoire comme cela,
on peut arriver à se souvenir
de ce qu'il y avait avant qu'on Vienne au monde.
Cela s‘appelle la métempsycose.
Les Egyptiens pensaient que nos âmes venaient des animaux,
et qu‘elles y retournaient ensuite.
Non !
Je ne crois pas qu'on ait été dans des animaux.
Mais je sais de façon certaine
que nous avons été des anges, quelque part là-haut.
Et ici aussi. Je m'en souviens très bien.
Si nous étions des anges, pourquoi serions-nous tombés plus bas ?
Pas plus bas. Qui t‘a dit ça ?
Pourquoi je sais ce que j'ai été avant ?
L'âme est immortelle.
Si je vis éternellement,
j'ai donc vécu avant,
j'ai vécu une éternité.
Oui. Mais elle est difficile à imaginer, cette éternité.
Pourquoi est-ce si difficile ?
Elle est là aujourd'hui, elle sera la demain, toujours !
Et hier, et avant—hier...
Les clowns sont la !
Qu'est-ce que tu as vu ? Tu l'as vu ?
Oui.
Attends. Oui, je l'ai vu.
Il était debout ou couché ?
Au début, il n‘y avait rien. Et puis soudain je l'ai vu, couché.
Andrei‘ est couché, il est malade.
Non. Au contraire, il était très gai. Il s‘est retourné vers moi…
Et après, Sonia ?
Après, je n'ai pas bien vu. Il y avait du bleu, du rouge.
Quand donc rentrera-t-il ? Quand le reverrai-je enfin ?
Mon Dieu, comme j'ai peur pour lui et pour moi.
J'ai peur pour tout.
Le prince Andrei‘ vous demande d'écourter le délai de trois mois.
Ecris—lui qu'il attende que je sois mort.
Ça ne sera pas long.
C‘est ça, qu'il se marie, ce garçon. Quelle belle alliance !
Des gens cultivés, hein ? De la fortune ?
Nikolaï aura une fameuse belle-mère !
Qu'il se marie si ça lui chante. Moi, j‘épouserai Ia gouvernante !
Pour qu'il ait une belle—mère, lui aussi !
Une seule chose : je ne veux plus de femmes sous ce toit!
Peut-ètre veux-tu t‘installer chez lui ? Fais donc !
Et bon voyage !
Ce qui est au comte, ici. Ce qui est à notre demoiselle, à gauche.
Tu t'es étoffée, tu as embelli. Mais tu es glacée !
Chère amie, ma femme est souffrante, et notre maison n‘est pas chauffée.
Merci de ton invitation.
Il était grand temps. Je me réjouis de vous voir ici.
Le vieux prince Bolkonski est à Moscou.
Son fils est attendu d'un jour à l'autre. Vous devez faire sa connaissance.
Son Altesse le prince ne peut vous recevoir.
Mais la princesse vous attend.
Eh bien, princesse, je vous amène
ma petite chanteuse.
Je suis si heureux que vous fassiez connaissance.
Je le souhaitais depuis longtemps.
Je suis très heureuse.
Je regrette que le prince soit souffrant.
Me permettrez-vous, princesse,
de vous laisser ma Natacha un petit moment ?
J'aurais voulu saluer une grande amie, c‘est à deux pas.
Etje reviendrai la prendre.
Certainement, comte. Prenez votre temps, rien ne presse.
Ma chère Nathalie, sachez combien je suis heureuse
que mon frère ait trouvé le bonheur.
Je crois, princesse, que le moment est mal choisi pour en parler.
Mademoiselle !
Comtesse Rostov, si je ne m‘abuse ?
Veuillez m'excuser, je vous prie.
Dieu m‘est témoin,
j'ignorais que vous nous faisiez la grâce d‘une visite.
Je passais chez ma fille dans cet accoutrement.
Pardonnez-moi. Dieu m‘est témoin, je l‘ignorais.
Veuillez m'excuser.
Pardonnez-moi.
Que m'importent son père et sa sœur ?
C 'est lui seul que j'aime.
Mieux vaut ne pas y penser, tout oublier pour un temps.
Regardez la toque qu‘Anna Mikhaïlovna s‘est mise sur la téte !
Les Kouraguine. Julie et Boris sont avec eux.
Et je vois les futurs mariés.
Droubetskoï‘ a fait sa demande. Je l'ai appris aujourd'hui.
Vous êtes ici depuis longtemps ?
Je viens aussi pour affaires, et j'ai amené mes filles.
On dit que la Sémionova joue divinement.
Le voilà.
C‘est Kouraguine.
Hélène Bezo ukho v avait profité de l'entracte pour se faire présenter Natacha
et l'in viter dans sa loge où l'avait rejointe son frère, Anatoli Kouraguine.
Quelques jours après la représentation a‘ l'opéra,
Hélène, a‘ l'instigation de son frère, avait invité les Rostov chez elle,
où elle donnait une soirée en l'honneur de Mlle Georges,
la célèbre tragédiènne française.
Je ne puis aller chez vous. Se peut-il que je ne vous revoie jamais ?
Je vous aime à la folie.
Ne puis-je avoir aucun espoir ?
Un mot…
juste un seul !
Pour l‘amour du Ciel, Nathalie. Juste un mot.
Un seul.
Mademoiselle !
On m‘a demandé de vous remettre ceci.
Depuis la soirée d 'hièr, mon sort est décidé.
Etre aimé de vous ou mourir. Je nai pas d'autre choix.
Ecoute donc.
Oublie tout ça. Il est encore temps !
lmbécile ! Cesse de dire des sottises.
Si seulement tu savais ! Tu n'as pas idée…
Laisse tomber, je suis sérieux.
Ce que tu projettes n‘a rien d‘une plaisanterie.
Tu recommences ? Va donc au diable !
Je t'ai aidé, mais je dois te dire la Vérité en face.
L'entreprise est périlleuse.
Et à y bien regarder, elle est stupide.
Tu veux enlever la fille. Tu crois que ça en restera la ?
On saura Vite que tu es marié, et ça finira au tribunal.
Des sottises, tout ça ! Je t'ai déjà tout expliqué.
Si le mariage n‘est pas valable, je n'ai pas à en répondre.
S'il l'est, qui le saura quand nous serons à l'étranger ?
Alors, tais—toi !
- Tu vas le payer cher, je te dis. - Va au diable !
Tu sais seulement ce que je ressens ?
Sens comme il bat.
Quelle cheville exquise, mon ami !
Quel regard ! Une vraie déesse.
Que se passera-t-il quand tu n‘auras plus d'argent ?
Que se passera-t-il ?
Qu'est-ce que j'en sais ? Arrête de dire des sottises !
Sonia, je ne peux te cacher ça plus longtemps.
Tu sais…
Nous nous aimons. Sonia chérie, il m'écrit...
Et Bolkonski ?
Je suis si heureuse ! Tu ne sais pas ce que c‘est que l'amour.
Et ton autre histoire ? Tu as oublié le prince Andreï?
Tu ne comprends rien. Ne dis pas ça, écoute plutôt !
Je ne te laisserai pas faire ça, je dirai tout.
Si tu le dis, tu seras mon ennemie. Tu veux faire mon malheur ?
On ne doit se mêler de ces choses—lè. Je me suis confiée à toi.
Pourquoi ces secrets ? Pourquoi ne demande-t-il pas ta main ?
- Andrei‘ t‘a laissée libre. - Ne doute pas!
Il ne faut pas douter !
- Et s'il n‘a pas d‘honneur ? - Je ne peux vivre sans lui !
Je ne te comprends pas. Pense à ton père, à Nikolaï, voyons !
Je n'ai besoin de personne que lui !
Comment oses-tu douter de lui ? Tu sais bien que je l'aime !
Je ne veux pas me quereller avec toi. Va-t‘en, je t'en supplie ! Laisse-moi.
Amis de ma jeunesse ! L‘affaire a été dignement arrosée !
Quand nous reverrons-nous, à présent ? Je pars en Europe. Adieu !
- En route ! - Où est la pelisse ?
lgnat, cours chercher la pelisse, celle en zibeline.
Elle va descendre plus morte que vive, dans ses habits d'intérieur.
Il y aura des larmes, les parents… Pas question d‘y retourner.
Emmitoufle-la dans la pelisse et porte-Ia Vite dans le traîneau.
Crétin ! J‘avais dit la zibeline !
Matriona ! La zibeline !
Je te la donne sans regrets. Prends !
D'abord, comme ceci.
Puis comme cela, vu ?
Mademoiselle arrive !
- Veuillez vous présenter chez Madame. - Chez qui ?
J'ai ordre de vous conduire.
Princesse Marie, laissez—moi la voir !
Misérable dévergondée !
C‘est du joli ! Donner des rendez-vous galants sous mon propre toit!
Ne fais pas l'innocente. Et écoute, quand je te parle !
Tu t'es déshonorée comme la dernière des filles !
Je ne sais pas ce que je t'aurais fait si je n‘avais pitié de ton père.
Il a dela chance de m‘avoir échappé. Mais je le retrouverai !
Tu entends ce que je te dis ?
Laissez-moi, tout m‘est égal. Je veux mourir.
Je veux ton bien, voyons.
Reste la, repose-toi, je te laisserai tranquille.
Ton père arrive demain. Que vais-je lui dire ?
S'il apprend cela, si ton fiancé...
Je n'ai plus de fiancé. C‘est fini.
Il le saura de toute façon. Crois-tu qu'il va le laisser comme ça ?
Tel que je connais ton père, il est capable de le provoquer en duel.
Tu seras satisfaite ?
Laissez—moi tranquille ! Pourquoi avoir tout gâché ? Pourquoi ?
Qui vous l‘a demandé ?
A quoi pensais-tu ?
Il t‘aurait enlevée, et après ?
Tu crois qu'on ne l'aurait pas retrouvé ?
Un gredin, un misérable, voilà ce qu'il est!
Il vaut mieux que vous tous ! Il ne fallait pas l'en empêcher !
Mon Dieu, pourquoi ? Qu'as-tu fait, Sonia ?
Allez-vous-en ! Vous me détestez tous, vous me méprisez.
Vous êtes le dernier des misérables !
Je ne sais ce qui me retiens de vous fracasser le crâne !
Lui aviez-vous promis le mariage ?
- Je n‘y ai pas pensé. - Pourquoi ?
Je suis marié, tu le sais bien.
Est-ce que vous avez ses lettres ?
Je ne vous ferai rien, n'ayez crainte.
Premièrement, les lettres.
Deuxièmement...
- Vous quittez Moscou demain. - Mais enfin ?
Troisièmement.
Pas un mot à quiconque de ce qui s‘est passé entre la comtesse et vous.
Je ne puis vous l'interdire, je le sais.
Mais s'il reste en vous une étincelle d'honnêteté...
Pour vous amuser, vous avez des femmes comme mon épouse.
C‘est votre droit. Elles savent ce que vous voulez d'elles.
Elles ont pour se défendre la même expérience du vice.
Mais laisser croire à une jeune fille qu'on l‘épousera.
La tromper.
L‘enlever !
Ne comprenez-vous pas que c‘est aussi lâche
que de frapper un vieillard ou un petit enfant !
Je n'en sais rien.
Et je ne veux pas le savoir, mais…
Vous avez prononcé des mots à mon endroit, comme "lâche",
qu'en ma qualité d‘homme d'honneur, je ne tolère de personne.
Bien qu'il n‘y ait que nous, je ne puis accepter ça.
Vous m'en demandez satisfaction ?
Ala rigueur, vous pourriez vous rétracter.
Si vous tenez à ce que j'accède à vos demandes.
Bien. Je me rétracte, et vous prie d'accepter mes excuses.
Et de l‘argent, s'il vous en faut pour le voyage.
Vile race, dénuée de toute espèce de cœur !
Voici ses lettres et son portrait. Rends-les àla comtesse si tu la vois.
Elle est très malade.
Elle est encore ici ? Et Kouraguine ?
Il a filé depuis longtemps.
Elle a frôlé la mort.
Je suis peiné de l'apprendre.
M. Kouraguine n‘a pas eu la bonté de lui accorder sa main ?
Il ne pouvait le faire, il est marié.
Et où se trouve à présent votre beau—frère ?
Il est à Péters... En fait, je n'en sais rien.
Peu importe.
Dis à la comtesse qu'elle n‘a jamais cessé d'être libre.
Et que je souhaite son bonheur.
Vous vous souvenez dela discussion que nous avions eue à Pétersbourg ?
J'ai dit qu'il fallait pardonner à celle qui a fauté.
Mais je n'ai pas dit que je le pouvais.
Et je ne peux pas.
Cela peut-il se comparer ?
Demander encore une fois sa main et montrer dela grandeur d‘âme ?
Je ne me sens pas capable d‘aller sur les brisées de ce monsieur.
Si tu tiens à rester mon ami, ne me parle plus jamais de cette…
Ne me parle plus de tout ça.
Adieu. Passe—lui mon message.
Piotr Kirillovitch.
Le prince Bolkonski était votre ami. Il l‘est encore.
Il m‘avait recommandé de me confier à vous.
Il est ici, à présent.
Dites—lui qu‘il...
Qu'il me pardonne.
Oui, je lui dirai, seulement...
Je sais que tout est fini. Mais je regrette tant…
le mal que je lui ai fait.
Dites—lui que j‘implore son pardon pour tout ce que j'ai fait!
Je le lui dirai.
Je lui raconterai tout encore une fois. Cependant, j'aimerais savoir
une chose.
J'aimerais savoir si vous aimiez...
si vous aimiez ce mauvais homme ?
Ne dites pas qu'il est mauvais !
Je n'en sais plus rien !
Nous n'en parlerons plus, mon amie.
Je lui dirai tout. Mais je vous demande une chose.
Considérez-moi comme votre ami. Si vous avez besoin d‘aide,
si vous désiriez vous confier à quelqu‘un...
Pas à présent, quand vous y verrez plus clair en votre âme,
souvenez-vous de moi.
Je ne serai que trop heureux de pouvoir…
Ne me parlez pas ainsi, je ne le mérite pas !
Arrêtez donc ! Vous avez toute la vie devant vous.
Pour moi…
Non. Pour moi, tout est perdu.
Tout est perdu ?
Mais si je n‘étais pas ce que je suis,
si j‘étais l‘homme le plus beau, le plus fin, le meilleur du monde,
et si j‘étais libre, à cette minute précise,
je tomberais à genoux et demanderais votre main…
et votre amour.
il lui semblait que cette étoile
était le parfait symbole de l'attente d’une Vie nouvelle
qu 'il ressentait dans son âme ragaillardiè et attendnè.
Le 72 juin 78 72, les armées occidentales franchilssaiènt la frontière russe
et la guerre commença.
Ainsi se produisit cet événement on ne peut plus contraire
a‘ la raison et a‘ la nature humaines.
Fin dela deuxième époque
LES STUDIOS MOSFILM
LEON TOLSTOÏ
GUERRE ET PAIX
1812
Un film de Sergueï BONDARTCHOUK
Adaptation S. BONDARTCHOUK et V. SOLOVIOV
Directeur dela photographie Anatoli PETRITSKI
Décors et costumes M. BOGDANOV et G. MIASNIKOV
Musique Viatcheslav OVTCHINNIKOV
Son louri MIKHAÏLOV et Igor OURVANTSEV
Dans les rôles principaux :
Natacha Rostov : Lioudmila SAVELIEVA
Pierre Bezoukhov : Sergueï BONDARTCHOUK
Andrei‘ Bolkonski : Viatcheslav TIKHONOV
Maréchal Koutouzov : Boris ZAKHAVA
Comte Rostov : V. STANITSYNE Comtesse Rostov : K. GOLOVKO
Piétia Rostov : S. IERMILOV Sonia : !. GOUBANOVA
Nikolaï Bolkonski : A. KTOROV
Princesse Marie : A. CHOURANOVA Nicolas Rostov : A. SIOMINE
Hélène : I. SKOBTSEVA Anatole : v. LANOVOÏ
Droubetskoï‘ : E. MARTSEVITCH Mme Scherer : A. STEPANOVA
Prince Vassili : B. SMIRNOV
Bagration : G. TCHOKHONELIDZE Alexandre 1er : V. MOURGANOV
Napoléon : V. STRJELTCHIK Bennigsen : G. ZOMMER
Le 72 juin 78 72, les armées occidentales franchirent la frontière russe
et la guerre commença.
Ainsi se produisit cet événement on ne peut plus contraire
a‘ la raison et a‘ la nature humaines.
Papa, je vous le dis, et à vous aussi, maman.
Laissez—moi m‘engager dans l'armée, je n‘y tiens plus !
Voyez ce guerrier ! Cesse ces bêtises et poursuis tes études.
Ce ne sont pas des bêtises.
Obolenski est plus jeune que moi, et il s‘engage.
De toute façon, je ne puis étudier
quand...
quand...
la patrie est en danger !
Piétia, je t'ai dit de te taire.
Ce que je dis, M. Pierre peut vous le dire.
Sottises !
Si jeune, et ça veut déjà faire la guerre !
Assez, tu m'entends ?
Seigneur tout—puissant,
Prends Ton glaive et Ton bouclier,
Et viens à notre secours
Qu'humiliation et confusion Frappent ceux qui nous veulent du mal,
Que Ton ange victorieux les accable
Frappe nos ennemis Et anéantis-les sans délai !
Notre vénéré père, le tsar !
Hourra ! Lequel est le tsar ?
Lequel est-ce ?
Koutouzov n‘a causé que des ennuis à notre tsar.
un homme incapable de monter à cheval,
un homme qui s'endort durant les conseils,
et dont les mœurs sont en tout point déplorables ?
Je ne parle même pas de ses qualités en tant que général.
Comment peut—on, dans une telle passe, nommer un homme aveugle ?
Car il est aveugle. Un général aveugle, ce sera beau !
Il n‘y voit rien.
Autant jouer à colin-maillart !
"Jamais nos soldats n‘ont combattu si vaillamment.
"Le sort de l‘armée et du pays
"est entre les mains d'un bon ministre et d'un mauvais capitaine.
"Barclay temporise. Toute l‘armée le critique violemment.
"Les Français sont à Vitebsk.
”Ils peuvent atteindre Smolensk en quatre étapes.
"Peut-être y sont—ils déjà."
Que pensez-vous de tout ceci, prince ?
Moi ?
Moi ?
Il est tout à fait possible que le théâtre dela guerre
se rapproche tellement de nous…
Le théâtre de la guerre !
Le théâtre de la guerre, je l'ai déjà dit, c‘est la Pologne.
Jamais l'ennemi . x ., n avancera au-dela du Nlemen.
A la fonte des neiges, ils se noieront dans les marais polonais.
Mais prince,
dans la lettre, il est déjà question de Vitebsk.
Ah, dans la lettre… Oui, bien sûr.
Oui.
Mon fils dit que l'ennemi a été battu près de quelle rivière ?
Le prince n'écrit rien à ce sujet.
Allons-y, Mikhaïl lvanovitch.
Explique—moi comment tu veux arranger tout ça.
Servez-vous ! Emportez tout !
J‘y ficherai le feu moi-même !
Il ne faut rien laisser à ces démons !
Nulle part il ne se sentait a‘ l'aise.
Mais le pire, c'était le Vieux divan de son bureau.
Sans doute l'avait—il pris en horreur en raison des pénibles pensées
qu 'il é vo quait quand il était allongé dessus.
Pas comme ça !
Je ne trouve pas le sommeil.
Malédiction !
Je m'étais gardé quelque chose d'important pour y penser cette nuit.
Les verrous ? Non, ce n’est pas ça, jy ai déjà pensé.
Ça a un rapport avec le salon.
Tichka !
De quoi a-t-on parlé au déjeuner ?
Du prince Mikhaïl.
Tais-toi donc ! Je sais, c‘est la lettre d‘Andreï.
Les Français sont a‘ Vitebsk.
En quatre étapes, ils peuvent être a‘ Smolensk.
Peut—ètre y sont—ils déjà
Tichka !
Non, laisse.
Laisse.
Mon âme…
La princesse a peur.
Mon âme…
Votre âme souffre ?
Toutes mes pensées
sont tournées vers toi.
Je t'ai appelée...
toute la nuit.
Si j‘avais su. Je n‘osais pas entrer.
Tu ne dormais pas ?
Non, je ne dormais pas.
Ma chérie,
pourquoi n‘es-tu pas venue ?
Merci à toi,
ma fille, mon amie,
pour tout.
Pardonne-moi.
Merci.
Pardonne-moi.
Merci.
Qu'on appelle mon Andreï.
J'ai reçu une lettre de lui.
Où est-il donc ?
A l'armée, mon père. A Smolensk.
Oui, la Russie est perdue.
Ils l‘ont perdue !
J'essaie de me remettre au chant. Cela aide à tuer le temps.
C‘est très bien.
Savez-vous que Nikolaï a reçu la croix de Saint—Georges ?
Je suis si fière.
Je le savais, j'ai expédié l'ordre. Mais je ne veux pas vous déranger.
Ce n‘est pas bien que je chante ?
Si, pourquoi ça ? Au contraire.
Pourquoi demandez-vous ça ?
Je ne sais pas. Je ne veux rien faire qui puisse vous déplaire.
J'ai confiance en vous.
Vous êtes si important pour moi, vous avez tant fait pour m'aider.
J'ai vu dans ce même ordre que Bolkonski a repris du service.
Croyez-vous qu'il pourra me pardonner un jour ?
Croyez-vous qu'il cessera de me garder rancune ?
Qu'est-ce que vous en pensez ?
Je pense
qu'il n‘a rien à vous pardonner.
- Je sais qu‘à sa place, j‘aurais... - Vous !
Vous, c‘est autre chose.
Je ne connais pas d‘homme meilleur et plus généreux que vous.
Si vous n‘aviez pas été la à ce moment—là, et maintenant aussi,
je ne sais ce qui me serait arrivé.
Parce que, VOUS savez...
J'allais oublier. Je dois regagner mon domaine.
Pourquoi donc partez-vous ?
Parce que… j'ai à faire, voilà tout.
Mais pourquoi ?
Dites-le-moi.
Vous connaissez la grande nouvelle ?
Koutouzov est promu commandant suprême.
Il n‘y a plus de divergences de vue. J'en suis si heureux!
Voilà ce qu'on peut appeler un homme !
On dit qu'il n‘y voit pas ?
Sottises ! Il voit bien assez, croyez-moi.
C‘est un homme très intelligent, je le connais de longue date.
Le voilà ! Il arrive !
Et avec de tels gaillards, nous n'arrêtons pas de reculer ?
Bonjour, prince. Bonjour, mon cher. Viens la.
Je t'ai fait venir pour te garder auprès de moi.
Merci, mais je n'ai plus goût à servir dans l‘état-major.
Je suis habitué à mon régiment, j'aime mes hommes et ils me le rendent.
J'aurais peine à les quitter.
Si je décline l‘honneur de servir auprès de vous, croyez bien...
Je le regrette.
J‘avais besoin de toi. Mais tu as raison.
Ce n‘est pas ici que les hommes manquent.
Les régiments seraient différents
si tous les donneurs de conseils y servaient, comme toi.
Je me souviens t‘avoir vu à Austerlitz.
Je m'en souviens.
Le drapeau àla main.
Ah, les donneurs de conseils !
Les donneurs de conseils, ça ne manque pas.
Ce dont on manque, c‘est d‘hommes.
On veut toujours faire plus vite.
Mais faire vite, ça prend du temps.
Prendre une place forte, c‘est facile.
Ce qui est dur, c‘est de gagner une campagne.
Pour cela, il faut de la patience et du temps.
Kamenski lance ses soldats à l‘assaut. Moi, je laisse agir le temps.
Et des places fortes,
j'en ai pris plus que Kamenski.
J'ai contraint les Turcs à manger du cheval.
Si on m'en laisse le temps,
j‘obligerai les Français à en faire autant.
Crois-moi,
je leur ferai manger du cheval !
Il faudra pourtant accepter la bataille.
Il le faudra.
S‘ils insistent tous pour la livrer, je ne pourrai rien contre ça.
Maintenant, adieu, mon ami.
Suis ta voie sous la protection du Seigneur.
Je sais que c‘est celle de l'honneur.
N'oublie pas que je partage avec toi cette perte cruelle.
Et que je ne suis pour toi ni altesse, ni prince, ni commandant suprême,
mais que je suis un père.
Les filles vont a‘ la baignade,
Les filles vont se baigner,
Petite abeille, Petite merveille
Sûrement c 'était ma belle,
Petite abeille, Petite merveille,
Sûrement c 'était ma belle !
Elle dénoue ses rubans, Elle retire son corsage...
Alors, quoi ? On va nous laisser la ?
Ou bien on va jusqu‘à Moscou ?
Il y a pas que des soldats, ils prennent aussi les paysans.
Ils prennent les paysans, ils font pas la différence.
Il veulent envoyer tout le peuple.
Il n‘y a qu'un mot d‘ordre : Moscou !
Ils veulent frapper fort.
Comte ? Vous ici ? Comment se fait-il ?
J‘avais envie de voir ça de mes yeux.
Oui, il va y avoir du spectacle.
C‘est terrible.
Ce sont ceux d‘hier.
Hier, on s‘est battus pour la redoute Chevardine.
Les pertes ont été lourdes. On a dû leur abandonner la position.
Je veux m'engager, je veux participer àla bataille.
Me direz-vous où sont nos positions, au juste ?
Nos positions ? Cela n‘est pas de mon ressort.
Après Tatarinovo, il y a des travaux de terrassement.
- En haut du kourgane, vous verrez tout. - Très bien.
Si vous pouviez...
Je vous aurais conduit, mais j'ai à faire et le commandant me demande.
La bataille est pour demain, et sur nos cent mille hommes,
il faudra compter au minimum vingt mille blessés.
Et on n‘a même pas assez de lits et de médecins pour six mille blessés.
Voyez, on a dix mille chariots. Pour le reste, débrouille—toi !
Vise celui-là avec son chapeau !
Il veut faire peur aux Français !
C‘est peut-être un docteur ?
Le désir de sacrifice et de dévouement
lié au péril qui s'abattait sur le pays
poussait irrésistiblement Pierre a‘ vouloir prendre part a‘ la bataille.
Puis-je vous demander quel est ce village ?
- Bourdino, je crois. - Borodino.
- Ce sont les nôtres qui y sont ? - Oui.
Et plus loin, les Français. Regardez par la, on les voit.
- Où ça ? - La, on les voit à l‘œil nu.
Et là-bas ?
Ce sont les nôtres.
Les nôtres.
Et là-bas ?
Ce sont encore les Français.
Hier encore, nous étions là-bas. Et les y voilà.
Mais qui êtes-vous ? Un médecin ?
Non, je viens juste voir.
Voilà l'icône.
Notre Sainte Mère ! Notre Protectrice !
- La Vierge d'lversk ! - De Smolensk !
Très sainte mère de Dieu,
Sauve-nous !
Très sainte mère de Dieu,
Sauve-nous !
Au nom du Père, et du Fils
Et du Saint—Esprit
En ce jour,
Et pour des siècles et des siècles
Eloigne le malheur, Sainte Vierge, Nous qui sommes tes esclaves
Et qui t'implorons au nom du Seigneur
Toi qui es muraille indestruc tible
Dressée de vant la destruction
Soit miséricordieuse, Vierge Marie,
Glorifiée en nos cœurs
Moi qui en mon corps
Hecèle une colère meurtrière
Guéris le malaise de mon âme,
Sainte mère !
Car nous n 'attendons d 'assistance,
D'espérance, que de toi,
No tre sainte mère,
No tre souveraine Miséricordièuse et biènfaitrice
Viens-nous en aide
Nos espoirs sont en toi
Nous tirons de toi notre fierté
Car nous sommes tes esclaves
Et nous saurons te faire honneur
il savait que la bataille en préparation
serait la plus meurtrière de toutes celles qu 'il avait connues.
Et sa mort possible lui apparut soudain, dans toute son horreur
et sa terrifiante évidence.
La Patrie. La perte de Moscou.
Et demain, je serai tué.
Pourquoi cette épreuve, alors que je n'existe déjà plus ?
Je n'existe plus !
A quoi bon cette épreuve ?
La Vie continuera, évoluera, et je ne saurai rien de ce qui changera.
Je ne serai plus jamais.
Je ne serai plus jamais. ..
Votre Altesse,
le flanc gauche du deuxième bataillon est ramené dans le secteur de Sémionovka.
Les postes de garde sont installés.
Qui va la ?
Quel hasard t‘amène ! Je ne m‘attendais pas à te voir.
Je suis venu comme ça…
C‘est intéressant. Je voulais voir la bataille.
Quoi de neuf à Moscou ? Les miens sont enfin arrivés ?
Oui. Je le sais par Julie Droubetskaïa.
Je suis allé les voir, mais ils venaient de repartir dans leur domaine.
J'ai pu faire le tour de nos positions.
Je ne suis pas un militaire, je ne suis donc pas un expert,
mais je crois avoir saisi la disposition générale.
Il me semble que nos positions...
Le flanc gauche me semble faible et le droit, trop étiré en longueur.
Tu as compris la disposition de nos troupes ?
Oui. Enfin, je crois.
La Victoire n‘a jamais dépendu ni des positions,
ni de l‘armement, ni des troupes. Et moins que tout, des positions.
De quoi dépend-elle ?
De ce sentiment qui vit en moi, en lui, en chaque soldat.
Pourquoi a-t-on perdu à Austerlitz ? A cause de nos positions ?
Des inventions que tout ça.
La vérité, c‘est que nous n'avions pas envie de nous battre.
Qu'est-ce qui nous attend demain ?
Voilà comment je vois ça.
Cent mille soldats russes
et cent mille soldats français vont se battre.
Et dans cette terrible mêlée,
l‘armée victorieuse sera la plus vaillante, la plus acharnée.
Demain,
quoi qu'il arrive, nous gagnerons la bataille.
C‘est la vérité, excellence !
La Vérité vraie ! Ce n‘est plus le moment de se ménager.
Dans mon bataillon, ils ont tous refusé la vodka.
C‘est pas le jour, qu‘ils disent.
Oui, il faut déplacer les opérations dans l‘espace.
J'ai là-bas un père, et aussi un fils et une sœur.
Ils ont offert l'Europe à Napoléon, et ils nous font la leçon !
De fameux professeurs !
Ainsi, vous pensez que demain, nous allons perdre la bataille ?
Oui. Etje vous dirai encore que si cela dépendait de moi,
je ne ferais pas de prisonniers.
Les Français ont détruit ma maison, ils détruiront Moscou.
Ils m‘ont humilié, ils m‘humilient à chaque instant.
Ce sont mes ennemis. Et des criminels, tous !
L‘armée entière pense comme moi. Il faut les punir.
Ils pillent, ils tuent, et parlent de mansuétude envers l‘adversaire.
Pas de prisonniers ! Il faut les tuer, et être prêts à mourir !
La guerre n‘a rien d'aimable. C‘est une chose des plus infâmes.
Il faut bien comprendre que ce n‘est pas un jeu.
Il faut prendre très au sérieux cette terrible nécessité.
Le mensonge écarté, la guerre est la guerre, et non un jeu.
Demain, sur le champ de bataille,
des centaines de milliers d'hommes vont s'affronter, s'entretuer,
et entonner ensuite des actions de grâce
pour avoir massacré tant d‘hommes.
On grossira nos pertes pour rehausser la victoire.
Selon eux, plus il y aura eu de tués, plus le mérite sera grand.
La plus haute récompense ira à celui qui aura tué le plus.
Comment Dieu peut-il les regarder, les écouter ?
Ah, mon très cher...
Ces derniers temps,
la vie me pèse particulièrement.
Mais il n‘y en a plus pour longtemps.
Tu t‘endors. Et moi, je dois me coucher.
Va. Il faut dormir son soûl avant la bataille.
Allez, va !
Nous reverrons-nous ?
Je sais que c’est la dernière fois que nous nous voyons.
Va, mon enfant. Le Christ te garde.
Bataillon, en avant, marche !
Monsieur, puis-je vous demander de vous éloigner ?
Votre Seigneurie n‘a pas peur ?
Et toi, tu as peur ?
Pour ça, oui ! Si tu t'en prends un, ça te met les tripes à l‘air !
Nous, c‘est notre métier. Mais pour monsieur, ça me surprend.
A vos postes !
Bataillon, en avant, marche !
A l'attaque, au pas de charge !
Bravo !
- Et les Russes ? - ils ne bougent pas, Sire.
ils en veulent donc encore ?
Qu’on leur en donne !
T‘a s v U ç a ?
C‘est pas pour nous ! C‘est pour l'infanterie !
Te revoilà !
Plus à droite!
Encore un coup!
La 4 et la 5, chargez sur l'infanterie !
Tu as vu le chapeau de notre monsieur ?
C‘est bien le moment!
Alors, les goupils, la bouillie n‘est pas bonne ?
Que tu dis, mon gars !
Puis—jé proposer a‘ Vo tre Majesté de prendre son déjeuner ?
Puis—jé déjà vous féliciter pour la victoire ?
La 10, chargez !
Altesse, il ne reste que huit charges. Doit-on continuer le feu ?
Tirez à mitraille !
Altesse, nous avons repris les fortins. Le prince Bagration est blessé.
Rends-toi auprès du prince Piotr et informe-toi.
Votre Altesse.
Le régiment du prince Andrei' faisait partie des réserves.
Sans avoir bougé d'un centimètre ni tiré un seul coup de feu,
il avait déjà perdu le tiers de ses eñ‘ectifs.
- Ordonne-leur de ne pas bouger. - A vos ordres.
Premier bataillon, repos !
Gauche ! Gauche !
Colonel, les munitions sont épuisées. Que doit-on faire ?
Cours aux réserves, amène les caissons !
J‘y vais.
Dites à vos hommes de ne pas rester groupés !
Attention !
Mon colonel !
A terre !
Serait—ce la mort ?
Je ne peux pas, je ne veux pas mourir.
J'aime la Vie ! J'aime cette herbe, cette terre, l'air que je respire !
Tenez bon !
Tenez bon !
En avant !
En avant ! Séparez-vous !
Batterie, feu !
Toutes nos positions fortes sont aux mains de l‘ennemi.
On ne peut les reprendre, faute de soldats.
Ils fuient, impossible de les arrêter.
Je n'ai pas le droit de vous cacher
ce que j'ai vu de mes yeux.
La déroute est complète.
Comment osez-vous ?
Vous avez l'audace de venir me dire cela, à moi !
Vous ne savez rien.
L'ennemi est repoussé sur le flanc gauche et battu sur le droit.
Si vous êtes incapable d'analyser ce qui se passe,
au moins abstenez-vous d'en parler.
Allez voir sur-le-champ le général Barclay
et dites—lui ma volonté formelle de reprendre le combat demain matin.
L'ennemi est vaincu !
Demain, nous le chasserons de notre sainte terre russe !
Raïevski ! Voilà un héros !
Altesse, vos soldats tiennent partout leurs positions.
Les Français n‘osent plus poursuivre leur attaque.
Kaïssarov ! Rédigé l‘ordre du jour pour demain.
Toi, parcours les lignes et annonce que nous attaquons demain.
Ecris.
Ce même soir, et le lendemain,
des rapports se succédèrent
faisant état de pertes monstrueuses.
La moitié de l'armée était hors de combat.
Une seconde bataille s 'avérait matériellement impossible.
Petit Andrei, ferme tes yeux
Dodo, l'enfant do,
L 'enfant dormira biento t
Les colombes sont arrivées,
Elles se sont posées près du berceau
Dodo, l'enfant do...
Dieu ! Qu’est—ce que ça veut dire ?
Que fait—il ici ?
Le sommeil rôde autour de la maison,
ll tournoiè dans la nuit, Tournoiè sans bruit
Dodo, l'enfant do,
L 'enfant dormira biento t
Le sommeil rampe sur le sol
ll rôde et prend son vol
Dodo, l'enfant do...
Ce n'était pas la première fois
que se troublaiènt la raison et la conscience de cet homme,
plus que tout autre responsable de ce qui venait de se passer.
Jamais, jusquä la fin de ses jours,
il n 'aura pu comprendre ce que sont le bien,
la beauté, la vérité,
ni saisir la portée exacte de ses actes,
trop contraires a‘ la bonté eta‘ la justice,
trop éloignés de l'humain
pour qu'ilpût en mesurer la valeur véritable.
Mais comment eût—til pu renier des actions
auxquelles applaudissait la moitié du monde ?
il de vait donc renier la vérité,
la bonté, et l'humanité dans son entier.
Assez ! Arrêtez malheureux !
Reprenez vos esprits ! Que faites- vous ?
Dans les deux camps, chez ces hommes épuisés et afi‘amés
commençait a‘ s'insinuer le même doute.
E tait— il nécessaire de continuer a‘ s'exterminer ainsi ?
Tuez qui vous voulez, allez— y. MOI, je ne veux plus.
Mais une force incompréhensible, mystérieuse,
les poussaiènt a‘ poursuivre leur œuvre de mort.
ll poursuivaænt donc l'épouvantable besogne
qui ne dépendait plus d'aucune volonté humaine.
La victoire morale,
celle qui persuade l'adversaire
de la suprématie de l'autre camp et de sa propre impuissance,
re vint a‘ l'armée russe durant la bataille de Borodino.
La première conséquence de cette terrible bataille
fut le brusque départ de Napoléon de Moscou,
suivi de la perte de son armée de 500 000 hommes,
et du naufrage de la France napoléonienne.
A Borodino, pour la première fois,
elle avait buté sur un adversaire moralement supérieur.
Fin de la troisième époque
LES STUDIOS MOSFILM
LEON TOLSTOÏ
GUERRE ET PAIX
PIERRE BEZOUKHOV
Un film de Sergueï BONDARTCHOUK
Adaptation S. BONDARTCHOUK et V. SOLOVIOV
Directeur dela photographie Anatoli PETRITSKI
Décors et costumes M. BOGDANOV et G. MIASNIKOV
Musique Viatcheslav OVTCHINNIKOV
Son louri MIKHAÏLOV et Igor OURVANTSEV
Dans les rôles principaux :
Pierre Bezoukhov : Sergueï BONDARTCHOUK
Natacha Rostov : Lioudmila SAVELIEVA
Andrei‘ Bolkonski : Viatcheslav TIKHONOV
Comte Rostov : V. STANITSYNE
Comtesse Rostov : K. GOLOVKO Piétia Rostov : S. IERMILOV
Sonia : !. GOUBANOVA Princesse Marie : A. CHOURANOVA
Nikolaï Rostov : A. SIOMINE Prince Vassili : B. SMIRNOV
Mme Scherer : A. STEPANOVA
Maréchal Koutouzov : Boris ZAKHAVA Karataïev : M. KHRABROV
Dénissov : N. RYBNIKOV Thikhone : S. TCHEKAN
Napoléon : Vladislav STREJELTCHIK
Ramballe : J.C. BALLARD Morel : I. MILLIAR
Davout : B. MOLTCHANOV Lauriston : L. POLIAKOV
La raison pour laquelle je vous ai réunis
est une question de pure stratégie.
Je vous l'expose.
Le salut de la Russie tient à son armée.
Est-il plus avantageux de risquer de perdre des hommes et Moscou
en livrant bataille,
ou d'abandonner
Moscou sans se battre ?
C‘est sur ce point que j'aimerais connaitre votre avis.
Je considère que jusqu'ici, rien n‘est joué.
L'unique moyen de sauver notre sainte capitale,
c‘est d'attaquer l'adversaire !
Est—ce moi qui ai laissé Napoléon arriver en vue de Moscou ?
Et quand al'—jé pu le faire ? Quand cela s'est—il produit ?
Quand donc s’est décidée cette terrible afi‘aire ?
il était eñ‘rayé a‘ la seule idée de l'ordre qu 'il lui fallait donner.
Eh bien, messieurs...
Ce sera à moi seul
de payer les pots cassés.
Messieurs,
j'ai vous ai écoutés.
Certains ne seront pas de mon avis,
mais…
En vertu de l'autorité qui m‘est conférée
par le tsar et la patrie, j‘ordonne la retraite.
Cela…
je ne m‘y attendais pas.
Je ne l'aurais jamais cru !
Vous devriez vous reposer, Votre Altesse.
Mais non !
Ils boufferont du cheval, comme les Turcs !
Eux aussi, ils en mangeront,
si seulement...
Dans la nuit du 7er septembre,
K outouzov ordonna aux troupes russes de battre en retraite,
et après avoir traversé Moscou, de se replier par la route de Riazan.
Sais—tu, ma chère, ce que j'ai à te dire ?
Je viens d‘avoir la Visite d'un officier.
Il voudrait des chariots pour les blessés.
Libérez les charrettes pour les blessés !
Qu'on décharge
les affaires, et qu'on les porte dans les remises.
Faut-il renvoyer le fiacre ?
Oui.
Ecoute, Guérassim, je voudrais que tu me rendes un service.
Bien. Vous désirez manger ?
Non, il s'agit de tout autre chose.
J'ai besoin...
J'ai besoin de vêtements de paysan et d'un pistolet.
A qui est cette calèche ?
Au prince, mademoiselle. Il est blessé.
Mais qui est-ce ?
Votre fiancé d'autrefois, le prince Bolkonski.
On le dit proche dela mort.
Eh bien, que Dieu nous garde.
Maman !
- Regardez, c‘est lui ! - Qui ?
Regardez, c‘est Bezoukhov !
Piotr Kirillovitch !
Venez, on vous a reconnu !
Piotr Kirillovitch !
Comment se fait-il ? Pourquoi ce Vêtement ?
- Que vous est-il arrivé, comte ? - Comment ça ?
Ne me posez pas de questions.
- Vous restez donc à Moscou ? - Oui, je reste.
Au revoir !
Si j‘étais un homme, je serais restée avec vous !
Maman, laissez—moi rester !
- Vous avez assisté àla bataille ? - Oui.
Il y en aura une autre demain.
Qu'avez-vous ? Je ne vous reconnais pas.
Ne me posez pas de questions.
Je n'en sais rien moi—même. Je partirai demain. Au revoir !
Quelles heures terribles !
Adieu !
il lui parut soudain que tout était fini} anéanti}
que dans l'avenir, il n y aurait plus rien,
et que cette situation était sans issue aucune.
La voici
cette sainte capitale.
Elle s’étend a‘ mes pieds, dans l'attente de son sort.
C 'est une cité étrange, belle et majestueuse.
Pourquoi les autorités de la ville ne Viennent—elles pas ?
Aux armes ! A l'abordage !
Allez ! A l'abordage !
Sainte Vierge !
Mon Dieu, ce sont eux! Il y en a quatre ! Des cavaliers !
Le maître est absent. Je pas comprendre.
Pas comprendre...
A l'abordage !
Ce n‘est pas à Mytichtchi, c‘est plus loin.
On dirait que c‘est à Moscou.
Regarde ces flammes !
Oui, c‘est Moscou.
Ala Barrière Souchtchevskaïa, ou à la Rogojevskaïa.
Quelle horreur!
Tout Moscou va brûler!
C‘est horrible, ces lueurs !
Natacha ?
Regarde, on voit bien par la fenêtre.
Regarde comme ça brûle !
Qu'est-ce qui brûle ?
Ah oui… Moscou.
- Mais tu n'as pas regardé. - Si, j'ai tout vu.
Depuis qu 'on avait dit a‘ Natacha que le prince Andrei' était dans leur con voi
mais qu 'elle ne pouvait pas le voir,
qu 'il était blessé mais que sa Vie n'était pas en danger,
elle avait décidé de ne rien croire de tout ça.
Sachant qu 'on lui ferait toujours les mêmes réponses,
elle cessa de poser des questions et de parler.
Tu trembles, ma chérie. Tu devrais te coucher.
Me coucher ?
Très bien, je vais me coucher.
Etends—toi sur mon lit.
Je préfère me mettre sur le sol.
Maman ?
Vous !
Comme je suis heureux.
Pardonnez-moi.
- Je vous aime. - Pardonnez-moi.
- Vous pardonner quoi ? - Pardonnez-moi...
pour tout ce que…
j'ai fait.
Je t'aime bien plus
et bien mieux qu'avant.
Pierre avait décidé, en dissimulant son identité,
de ne pas partir et de tuer Napoléon.
ll risquait de mourir lui—même,
mais au moins mettrait—il fin au calvaire de l'Europe.
Elle a brûlé vive !
Pitié, braves gens ! Chrétiens de bonne foi !
Ma petite est restée dans les flammes ! Elle a brûlé vive !
Elle a brûlé, je vous dis!
C‘est la que le feu a pris.
Il s‘est propagé en un instant!
On a fui comme on a pu. Les icônes, la literie,
tout a brûlé !
Tout ! J‘appelle les enfants, Katienka n‘est pas la !
Ma Katia ! Oh, Seigneur!
Où se trouvait-elle ?
Monsieur, mon bienfaiteur, rassurez-moi.
Anniska !
Accompagne le monsieur!
Montre-moi, je ferai mon possible.
Elle a brûlé vive !
Par ici, monsieur.
On va prendre cette rue. Voilà, par ici !
C‘est laquelle, votre maison ?
C‘est ici. Oui, on logeait ici.
Brûlée vive ! Mon petit trésor chéri !
Mon petit ange adoré ! Elle a brûlé, ma petite fille !
Vous cherchez quelqu'un ? Seriez pas dela noblesse ?
A qui est la petite ?
Il y avait une femme ici, en manteau noir, avec ses enfants.
Où est-elle partie ?
Ca devait être les Antiorov.
Non, ils sont partis ce matin. Ça doit être Maria Nikolaïevna.
Il a dit une femme. Elle, c‘est une dame.
Mais si, c‘est elle. Ils sont allés se cacher dans le jardin.
Prends la petite. Allez, prends-Ia !
Laissez cette femme !
Et la petite ?
A qui je dois la remettre, si c‘est pas la leur ?
Je vais vous le dire.
Elle tient ma fille, que j'ai sauvée des flammes !
Au revoir.
A Sa Majesté magnanime, souverain et empereur...
lnsouciante et luxueuse,
sans rapport avec les terribles circonstances du moment,
la Vie pétersbourgeoise allait son train.
ici il fallait faire un certain eñ‘ort
pour prendre conscience du péril et de la situation dramatique
dans laquelle se trouvait le peuple russe.
Dans le salon de Mme Scherer, ce soir—lè,
on lisait la lettre que le patriarche adressait aux troupes,
accompagnée de l'icône de saint Serge.
"L‘insolent et effronté Goliath
”peut bien venir de France porter ses coups meurtriers àla Russie,
"notre humble foi sera la fronde du David russe."
L 'autre nouvelle du jour était la mort subite
d 'Hélène Bezo ukho v.
"Mes forces déclinantes me privent
”de l‘immense joie de me délecter dela vue…"
Qui me passe par les armes ? Qui m'ê te la Vie ?
Avec tous mes souvenirs et toutes mes aspirations ?
Avec mes espoirs, mes pensées ? Qui fait cela ?
Qui fait cela ? Tous ces hommes souñ‘rent comme moi.
Qui mais qui donc ? Qui fait cela ?
Personne. L 'ordre des choses.
Un concours de circonstances.
Ne prenez pas le gros.
Non ! Je ne veux pas!
Non, je vous en prie !
Vous aussi, monsieur, vous avez vu des horreurs ?
Faut pas vous frapper, l'ami.
Un moment difficile, et la vie continue. C‘est comme ça, l'ami.
Et toi, tu es soldat ?
Oui. Au régiment d‘Apchéron.
J'ai eu la mauvaise fièvre. Il y en avait bien vingt comme mOi.
On s‘attendait pas à ce que ça tourne mal.
Non, ça, on le pensait pas.
Te voilà, fripon ! Bien sûr, tu n'as pas oublié, coquin !
Tenez, mangez donc, monsieur.
On a eu dela soupe, à midi. Goûtez-moi cette patate !
Pas comme ça !
Voilà comment on fait!
Tiens, mange.
Voilà, comme ça.
Votre patate.
Mais pourquoi avoir fusillé tous ces malheureux ?
Le dernier n‘avait pas vingt ans.
Que de péchés !
Là où il y a des juges, point de justice.
Et tu es la depuis longtemps ?
Moi ? Depuis dimanche. Ils sont venus me prendre
à l'hôpital, à Moscou.
Je m‘appelle Platon.
Platon Karataïev. Au service, on m'appelait "petit faucon".
Tu dois t‘ennuyer, ici.
Ça, vous pouvez le dire. Comment ne pas s‘ennuyer ?
Moscou, c‘est la mère des villes.
C‘est pas facile de voir tout ça, c‘est sûr.
Ça fait rien. Quand le ver ronge le chou, c‘est lui qui crève le premier.
- C‘est ce que disent nos Vieux. - Comment tu dis ça ?
Moi ? Je dis que le bonhomme propose, mais que le Bon dieu dispose.
Dis donc,
tu veux peut-être dormir ?
Regarde—moi ce coquin, il s‘est bien installé.
Seigneur, couche—moi comme caillou, lève—moi comme bon pain.
Le prince Andrei' sa vait qu 'il allait mo urir.
ll sentait venir la mort.
il se sentait déjà a‘ moitié mort.
C 'était le dernier combat, un combat morai
entre la Vie et la mort.
Et la mort était en train de l'emporter.
Sans impatience, sans inqwétude,
il attendait que l'inévitable se produise.
Cette chose terrible,
éternelle,
inconnue et lointaine.
Vous ne dormez pas ?
Non.
Je vous regarde depuis longtemps.
Natacha...
Je vous aime trOp.
- Plus que tout au monde. - Moi aussi !
Mais pourquoi dites-vous trop ?
Pourquoi trop ?
Qu'en pensez-vous ?
Que ressentez-vous au fond de votre âme ?
De toute votre âme ?
- Vivrai-je, Natacha ? - J'en suis certaine, vous vivrez !
Quel bonheur ce serait.
Vous devriez vous reposer.
Essayez de dormir.
Je vous en prie.
C 'était bien la mort.
Je suis mort.
Je me suis réveillé.
Oui la mort est un éveil.
Bonjour, Marie.
Comment es-tu arrivée jusqu‘ici ?
Et tu amènes Nikolaï ?
Tu pleures à cause de Nikolaï ?
Il ne faut pas pleurer...
ici.
Je serais maudit par la postérité
si l'on me considérait un jour comme ayant souscrit
à un quelconque arrangement.
Telle est la volonté de notre peuple.
il avait proposé la paix,
mais tan tôt il recevait une réponse négative,
tantê t il ne rece vait pas de réponse du tout
K outo uzo v ressen tait au plus profond de lui-même
que le rude coup porté a‘ l'ennemi a‘ Borodino,
au prix de la mobilisation to tale des forces vives de la nation russe,
ne pouvait être que mortel.
Mais il lui fallait des preuves.
Un émissaire de Dokhtourov.
Approche.
Quelles nouvelles m'apportes-tu ?
Napoléon s‘est retiré de Moscou ?
C‘est bien vrai ?
Napoléon s‘est retiré de Moscou, Votre Altesse.
Son avant—garde est déjà à Fominskoïe.
Seigneur tout—puissant.
Tu as entendu nos prières !
La Russie est sauvée !
Tu es la, toi ?
Et Platon ?
On l‘a cherché, cherché… Ce pauvre Vieux,
il a souffert inutilement. Qu'avait-il fait ?
On a commencé à le chercher.
Mais le Bon Dieu l‘avait déjà rappelé à lui.
La Vie est ainsi faite.
Le voila} K arataiè v.
il s’est dispersé dans l'espace, et il a disparu.
Comme tout cela est simple et évident.
Comment ne l'ai—jé pas compris plus tôt ?
La Vie est tout
Le soldat ne m‘a pas laissé passer.
D'abord, on m'attrape,
puis on m'enferme, on m‘emprisonne.
Qui ça ? Moi !
Moi ! Mon âme immortelle !
Tout cela est à moi !
Tout cela est en moi ! Et je suis tout cela !
De la part du général. Excusez, le pli est un peu mouillé.
C‘est un prisonnier ? Vous vous êtes battus ?
Je peux lui parler ?
Rostov ! Piétia ! Pourquoi ne disais-tu rien ?
Toi, alors !
Que diriez-vous si je passais la journée chez vous ?
On m'envoie aux nouvelles, je me renseigne, non ?
Laissez—moi participer à quelque chose de sérieux.
- Je voudrais tant… - Quelque chose de sérieux !
Mais il me faudrait aussi un commandement.
Qu'est-ce que ça vous coûte ?
Voulez-vous ce couteau ?
- Il est bien beau. - Gardez—le.
J'en ai d‘autres.
Mon Dieu, j'oubliais !
J'ai du raisin sec. Il est vraiment délicieux.
Sans pépins.
J'en ai acheté dix livres. J‘adore les sucreries.
Servez—vous, messieurs.
Vous voulez une cafetière ?
Je l'ai achetée au vivandier.
Il a de très beaux objets. Et c‘est un homme honnête.
Je vous la ferai parvenir.
Puis-je voir ce garçon que vous avez fait prisonnier ?
On pourrait le nourrir, aussi.
Oui. Il fait pitié, ce gosse.
- Qu'on l'amène. - J‘y vais !
Il s‘appelle Vincent.
Vale chercher.
C‘est merveilleux !
C‘est fantastique !
On reconnaît toujours un Rostov.
Eh bien, Karabakh ! Demain, on va au combat.
Vous devriez dormir.
C‘est nécessaire.
Tu t‘appelles Likhatchov, non ?
Je ne dors pas, avant la bataille.
Les pierres de vos pistolets ne sont pas usées ?
Non.
J'en ai un, je ne m'en sers pas. Prends—le.
Je suis prévoyant.
Si on ne se prépare pas bien, on le regrette. Je n'aime pas ça.
Vous avez bien raison.
Une chose encore. Je t'en prie, aiguise-moi ce sabre.
Il manque de tranchant. Peux-tu faire ça ?
Bien sûr que je peux.
Ils dorment déjà tous ?
Certains oui, d'autres non.
Et ce garçon ? Le Français, Vincent.
Vincent ? Il s‘est endormi comme une souche, dans l‘entrée.
Ah oui c'était dans mon rêve...
Ce bourdonnement…
C‘est prêt, Votre Noblesse.
Avec ça, vous coupez un Français en deux.
Obéis aux ordres, et ne te risque pas la où il ne faut pas.
Le signal !
Déployez-vous ! Attendez l'infanterie !
Attendre quoi ? Hourra !
- Il a eu son compte! - Il est mort!
Piétia !
Mon fils ! Non, ce n‘est pas vrai !
Natacha ! Ce n‘est pas vrai.
Laissez—moi tous. Ce n‘est pas vrai, ils l‘ont tué.
- Maman chérie, je vous en supplie ! - Ce n‘est pas vrai, non !
Maman chérie, calmez-vous !
Ce n‘est pas vrai, non, non…
Natacha, tu m'aimes, n'est-ce pas ?
Tu me diras toute la Vérité ?
Maman chérie !
Napoléon, se faisant passer pour le prince de Vincennes,
avait laissé son armée et repris la route de Paris.
Soldats ! Voila‘ la bataille que vous avez tant désirée.
La victoire dépend de vous.
Battez— vo us comme vous l'avez fait a‘ Austerlitz,
a‘ Frièdland, a‘ Vitebsk, devant Smolensk,
et la postérité dira de vous avec orgueil :
il était a‘ cette grande bataille sous les murs de Moscou !
Que ce peuple soit loué qui dans l'adversité,
sans se demander ce que firent d 'autres
dans les mêmes circonstances,
ramasse avec simplicité
le premier gourdin qu 'il aperçoit,
et cogne aussi longtemps que, dans son âme,
l'humiliation et le désir de vengeance
ne cèdent la place au mépris et a‘ la pitié.
Il dit qu'il est l'ordonnance du capitaine Ramballe.
Il faut le réchauffer.
- C‘est un officier ? - Oui.
Emmenez-le à l‘isba.
Allez, bois !
Apprends—moi le refrain, je m'en souviendrai.
Ce sont des hommes, comme nous.
Oui, même les mauvaises herbes ont des racines.
Seigneur, toutes ces étoiles…
Ça veut dire que la moisson sera bonne.
lncline-lui donc la tête. Plus bas !
Comme ça. Hourra, les enfants !
Je vous remercie tous pour votre peine
et vos loyaux services.
Notre Victoire est complète,
et la Russie ne vous oubliera pas.
Gloire à vous dans les siècles !
Oui, mes frères,
je sais que c‘est dur pour vous.
Que faire ?
Endurez notre mal, ce ne sera plus long.
Reconduisons nos hôtes, nous nous reposerons après.
C‘est dur,
mais vous êtes chez vous.
Alors qu'eux...
Voyez à quoi ils en sont réduits.
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