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-Je m'appelle Pierre. J'ai 50 ans.
J'avais choisi ma vie.
Et puis qu'importe, j'ai lâché prise.
J'ai peur de moi. Je rentre dans le rang.
*-Poste de manœuvre générale! Poste de manœuvre générale!
*-Dans une Île perdue des Philippines. On croit rêver.
Honoda a seulement dit: "Je suis un soldat."
Une histoire d'honneur
poussée jusqu'à l'absurde.
Rio de Janeiro. La capitale du Brésil prépare fiévreusement le carnaval
sur les collines qui entourent la ville…
-Larguez l'arrière.
-Arrière largué.
-Gouvernez au 215.
-Gouvernez au 215.
En route au 215.
-Barre à 5 à gauche.
-La barre est 5 à gauche. -Bien.
-2 machines avant 1.
-2 machines sont réglées avant 1. -Bien.
Gouvernez au 217.
À gauche, 10.
-Je prends. -Le commandant prend.
-À gauche, 25.
Zéro, la barre. -Zéro, la barre.
La barre est à zéro. -Bien.
À droite, 25.
-La barre est 25 à droite. -Bien.
Zéro, la barre.
-La barre est à zéro. -À vous le soin.
-Merci, commandant. Excusez-moi.
-S'excuser devant un supérieur est un privilège.
-Oui, commandant.
Gouvernez au 218.
-On dit: "Je prends." -Bien. Je prends!
Clairon
-24 janvier,
17 h 05.
Le Jauréguiberry met le cap au 270, cap sur les bancs de Terre-Neuve.
-Docteur, il y a du café chaud dans la chambre des quarts.
Branle-bas au clairon
*-Branle-bas. Petit déjeuner de l'équipage.
-Bonjour, commandant. -Bonjour, chef.
-J'ai autrefois participé à une charge au clairon.
En 1948.
Sur le fleuve.
On entendait brailler un blessé à la radio, un Français.
Les Vietnamiens meurent en silence dans leur trou comme les chats.
Willsdorff, vous connaissez?
On l'appelait le Crabe-Tambour.
Cor de chasse
-Allez, on le passera pas! Allez!
Poussez!
-Commandant!
La radio ne marche plus. Encore une fois.
-Beauchaud!
J'ai bien peur qu'on ne boive plus son pastis.
-C'est bien possible.
-Sonne la charge, ça les excitera.
-J'ai pas appris.
-Sonne n'importe quoi.
Branle-bas au clairon
Le branle-bas?
-C'est mieux que l'appel des consignés.
-T'as raison. -Je peux faire un pot-pourri.
-Oui, vas-y. T'es superbe.
Enfin, faut pas exagérer. T'es pas mal.
-Tout y est passé: le branle-bas de combat,
l'extinction des feux, la soupe, tout…
On est arrivés à temps.
Clairon
-Ils ont détalé
quand ils vous ont entendu sonner.
Goûtez-moi ça. Je crois qu'il est bon.
-Toujours aussi dégueulasse. -On s'y fait, hein?
-Bois, trompette.
-Il est pas bon.
-Si, il est bon.
-Feu rouge et blanc fixe, à bâbord. -Bien.
-Mauvais clairon, mais…
Dans la vie civile, Beauchaud jouait de la trompe de chasse.
Je lui en ai trouvé une à Saigon.
Trompe de chasse
-Feu rouge et blanc, à bâbord.
-Bien.
Le commandant n'aime pas qu'on parle sur sa passerelle hors service.
-Vieux crabe, on ne parle pas sur ta passerelle.
Bien.
Il n'y aura plus de Crabe-Tambour avec son chat.
Ni de trompe de chasse sur le fleuve.
-Doucement!
Oh, prends-le!
Prenez-le!
-Agrafes.
Comment tu t'es retrouvé dans la marine?
-Ben, je suis français.
Réfugié politique.
J'ai frappé un type, chez nous.
Et il est ministre, maintenant.
-Hein?
-Le commandant vous prie à déjeuner. À 12 h 30.
-Entrez.
On change de route.
Il bouge un peu. Trop chargé dans les hauts, mais il est bon.
Je vous en prie.
-J'ai vu ce matin
votre réfugié politique,
votre "Nègre de Narcisse".
-Bongoba?
Il vidait les poubelles et nettoyait les trottoirs.
Je ne sais par quel miracle il a fait son service dans la marine.
Il a dû raconter qu'il était piroguier sur le Goué.
-En tout cas, il jure de façon splendide.
-Il est venu me voir avant l'appareillage. Il voulait rempiler,
mais la marine n'en veut plus: il est illettré.
Laissez-nous.
Je vous ai entendu, sur la passerelle.
Je connais bien votre ami.
C'est moi qui l'ai retrouvé aux îles Maldives.
Pas une épave.
Non, il avait encore ses deux mains,
mais pas de gouvernail.
Il y avait eu ce cyclone, dans le golfe du Bengale.
Faites parer une embarcation. -Bien.
-Qu'est-ce que vous voulez?
-Venez me chercher demain matin. -Bien, commandant.
Musique asiatique
-Il a parlé de vous.
-C'est moi qui lui ai conseillé l'opium: c'est un excellent remède.
J'aurais dû
être là-bas avec lui.
Il m'avait dit:
"il faudra un jour quitter l'Indochine. Pour toujours.
"On achètera une jonque pour rentrer à la voile. 4 mois de mer.
"Après, ça ira mieux."
! avait été invité à dîner par Yuong,
une sorte de prophète fou.
Il s'était rallié aux Français.
Willsdorff l'avait dégagé par une charge.
Trompe de chasse
-Le Crabe-Tambour est venu sous le ciel du Sud.
Il a lavé son armure dans notre fleuve.
Nos ennemis le fixent aveuglément, comme s'ils voyaient le soleil.
-Vieux crabe.
-Des têtes coupées.
La vieille ravivait des cigarettes,
pour faire plus vivant.
Cette nuit-là, on a décidé: "Le jour où il faudra partir,
"on rentrera à la voile. 4 mois de mer.
"Après, ça ira mieux."
Il voulait profiter de la mousson pour filer sur Singapour
et le détroit de la Sonde.
Mais en 1953, on a été séparés. Willsdorff est resté dans le delta.
Et je suis parti pour Muong-Lai,
sur la haute rivière noire.
Mon opérateur radio a capté:
"Lieutenant de vaisseau Willsdorff, porté disparu, présumé mort."
-Ça va, commandant? -Alors?
-Ça va, les enfants. On va essayer de se tirer.
-Capitaine, hein?
-Quand il a été libéré,
je suis allé le chercher, et il m'a dit:
"il faut trouver notre jonque, maintenant.”
! avait bien supporté sa captivité.
Un peu de béribéri, paludisme, dysenterie.
3 mois plus tard, il semblait avoir retrouvé sa forme.
Mais il avait changé.
Trompe de chasse
Musique asiatique
-C'est Un ami.
Je l'ai connu en mer de Chine.
Il est peut-être un peu trafiquant.
Superbe.
Voilà notre jonque.
-Non. Pas pour moi.
Il a acheté la jonque.
Et je ne suis pas parti.
-Pourquoi?
-"Adieu, vieille Europe. Que le diable t'emporte."
Comme nous disions. Je ne savais pas ce que j'allais faire.
Quitter la marine, évidemment.
Mais ce que je savais, c'est que…
je ne voulais pas partir.
-Vous avez quand même fini par rentrer.
-Oui. L'année dernière.
*-Arrivée en provenance de Saigon,
vol Air France 602,
porte numéro 45.
-Docteur! -Babour…
-C'est plus comme en 1948.
On leur en a fait voir, vous vous rappelez?
Le fleuve… Putain…
Vous savez, celui qui avait le chat noir…
Celui-là.
Vous savez, votre ami…
qui commandait toute la flottille.
Il avait un nom de Boche.
Le Crabe-Tambour, qu'on l'appelait.
Ah, le con.
-Bonjour, messieurs.
Qui est de quart?
-Ben, c'est moi.
Babour. -Pardon?
-Excusez-moi. Quartier-maître Babour.
-Je prends le commandement à midi.
En attendant, vous feriez bien de…
On n'est pas des pirates.
-Bien, commandant.
-Et faites aussi barbouiller ces… On n'est pas des chasseurs de têtes.
Merci. À tout à l'heure, messieurs.
-Vous avez entendu?
Kuke, file-moi une bière!
Putain, c'est un innocent!
Kuke, la fille du Chinetoque, le marchand de soupe,
elle avait un ticket pour lui, putain.
Allez. Remets-nous ça.
C'est pas tous les jours.
Te barre pas, reste avec moi.
Comment il s'appelait déjà, le vieux fou?
Ah ouais. Le Vénérable, qu'on l'appelait.
Tu te rappelles?
-Toi, bois trop. Bois beaucoup trop.
Toi, toujours casser les couilles. Encore casser les couilles.
-Putain, ici, c'est triste comme la mort.
-Merci, monsieur. -Merci.
-Tu viens. -On va s'amuser.
-Tu viens avec nous?
-Laisse-moi. T'en as marre, de toutes mes histoires.
Et moi aussi, j'en ai marre. Tout ça, c'est fini, terminé.
Barre-toi. Barre-toi vite.
Sauve-toi avant qu'il soit trop tard.
Barre-toi, sinon t'es foutu.
-Et vous avez demandé votre réintégration
au service Santé de la marine? -Oui.
-Pourtant, la clientèle privée, ça marche très bien.
-Très bien, oui.
-3 galons, à votre âge.
Aux Maldives, Willsdorff disait avoir 2 amis: vous et son chat.
Sale bête.
-J'ai eu l'impression d'être abandonné.
Qui.
Ce fils de Satan a quitté le bord avant de tomber dans l'embuscade
et que je sois fait prisonnier.
Présumé mort.
-Merci.
-Attendez.
-Prenez-le. -Oui.
C'est ma conscience.
Comme vous voyez, elle est noire.
Et pas si jolie à regarder.
Tiens.
Comme vous voyez aussi…
elle est incorruptible.
Je l'ai retrouvé
tranquillement installé dans les cuisines de la base navale.
Vieux rat. Déserteur.
Prophète de malheur.
Excusez-moi.
Bien.
18 nœuds. Prévenez-moi quand vous l'aurez au radar.
Un yacht en difficulté. Un chalutier anglais est déjà auprès de lui.
-Vous l'avez revu?
-Excusez-moi.
*-….votre verticale dans 10 minutes. Paré?
-Lima Novembre, bien reçu.
-On pousse à 22 nœuds. Le yacht a chaviré.
Les Anglais ont repêché 2 hommes et une femme.
Il en reste une à retrouver.
il souffre.
Sans cette femme…
-Quelle femme?
-Celle du yacht.
On marche trop vite, dans cette mer.
On risque de casser quelque chose.
-Willsdorff, vous l'avez revu?
-Je vais sur la passerelle. Lefèvre!
Ne m'attendez pas.
Vous le verrez sur les bancs.
Il est capitaine d'un chalutier.
Le Shamrock de Fécamp.
Sur les bancs, on l'appelle l'Alsacien.
Ah, docteur, j'oubliais…
Sur ma passerelle, on ne parle que pour raisons de service.
*-Aperçu à 5 nautiques.
*-Lima Novembre, reçu.
-Venir au 130.
Bien.
Bien.
*-Paris. Il y a 1 million de chômeurs en France à cause de la crise,
et la situation devrait encore s'aggraver.
Pékin. Dans une interview, M. Zhou Enlai déclare:
"La guerre nucléaire est inévitable
"et tous les peuples du monde doivent s'y préparer."
Saigon. La pression des Nord-Vietnamiens s'accentue
sur les plateaux montagnards.
Après de durs combats, l'armée sud-vietnamienne aurait été forcée
d'évacuer le poste-clé de Ban Ho.
-Ban Ho…..
Je m'y suis fait faucher ma montre par un singe.
Elle était sur une pierre
pendant que je me baignais dans le torrent.
*-Communication générale. *-Ici le commandant.
Nous abandonnons les recherches.
La femme a été retrouvée morte.
Nous remettons le cap sur les bancs.
*-Fin de communication.
-Cap à l'ouest.
Cap sur le Crabin.
Votre Crabe-Tambour, docteur.
Pourquoi croyez-vous qu'il ait demandé cette mission?
12 ans qu'il n'a pas navigué. Depuis le putsch d'Alger.
-Il y a participé, lui aussi?
-Ah non, pas lui. Il était tout à fait contre.
Tout à fait.
Je croyais que vous l'aviez fait exprès.
Sur la passerelle.
-"Exprès" quoi? -Votre charge au clairon.
"Willsdorff, vous connaissez? Vous connaissez?"
Le vieux était là, à écouter.
Mais alors…
Vous aussi, vous êtes un…
un innocent?
Vous ne savez pas qu'il veut revoir celui qui…
*-Officier dépêche est demandé à la passerelle.
-Faites pas votre numéro sur cette histoire.
-L'homme qui l'a…
"Qui l'a" quoi, chef?
-Qu'est-ce qu'il y a donc là-haut, pour agiter le cœur de l'homme?
Rien.
Bien moins que dans ce verre.
-Pourquoi veut-il le voir?
-Si vous m'offrez un autre cognac, je vous raconterai une histoire.
L'histoire d'un homme qui, lui, a vu ce qu'il voulait voir.
-Je vous vois venir.
Encore une histoire du recteur fou.
-Non, pas fou. Seulement un peu dérangé.
La sainteté, le "gouin ru", le vin rouge algérien à 14 degrés.
J'ai été son enfant de chœur, chez moi, en pays bigouden.
Le pays bigouden est le menton de la France.
Regardez cette carte.
Regardez cette tête d'aigle qui avance dans l'Atlantique.
Voyez, les Côtes-du-Nord.
Le Conquet.
Brest.
La presqu'île de Crozon.
La pointe du Raz.
Et alors ça, c'est le pays bigouden.
Cassius Clay, Mohammed Al peuvent taper dessus…
rien, ça bouge pas.
Les tempêtes tapent dessus. Faut le voir, l'hiver,
par vent d'ouest.
Un soir…
il y a 15 ans de ça…
-"Et voici qu'un ange du Seigneur m'est apparu en songe.
"Il m'a dit:
"Bientôt, un signe traversera le ciel.
"Ne crains pas de prendre avec toi tes brebis.
"Et de suivre le signe." Alléluia.”
-Alléluia. -ALLÉLUIA.
-Ils ont tous cru en sa vision, ces Bigoudens.
Ne riez pas.
Nous, on croit à l'Ankou.
L'Ankou, c'est l'ange de la mort,
homme de peu de foi.
Quand vous êtes pris d'un frisson, comme ça, sans raison,
les vieux disent que c'est la mort qui passe.
Elle passe, elle passe.
Un jour, elle s'arrête.
-Amen!
J'aime mieux vos histoires de fossoyeur ou de pendu au calvaire.
-Vous, le lieutenant,
apprenez à conduire ce bateau au lieu de dire des âneries.
Que savez-vous des Bigoudens? Ils ont la tête dure. Oui, mais…
des âmes de petits enfants.
Ils ont tous cru en sa vision.
Et en vérité, un signe apparut.
Une grande flèche…
une nuée blanche qui traversa le ciel, le doigt du Seigneur
tendu vers l'est.
Chant religieux en breton
Tous les jours de temps clair, ils virent le signe.
Mais le Seigneur voulait certainement les éprouver,
car si le matin, Il leur désignait l'est,
l'après-midi,
c'était l'ouest. Et ils rebroussaient chemin.
Marcher. Marche, contremarche.
En chantant des cantiques et en buvant du vin rouge.
Rien ne dessèche comme ces histoires de marche.
-Gardez ce cognac, docteur.
Alors?
Finissez l'histoire du fou qui voit des signes.
Si vous le pouvez.
-Pas fou.
Seulement un peu dérangé.
Bravo! Bons réflexes.
Vous ne croyez pas aux signes? Pauvre innocent!
Que croyez-vous
faire ici?
Vous aussi, vous guettez sur votre écran radar un écho.
Un signe qui donne le cap à votre homme de barre.
Et vous aussi, vous suivez un vieux crabe
qui passe son temps à regarder la mer.
-Pas de philosophie de bistrot, chef.
Vous ne savez plus comment terminer votre histoire.
-Ils ont tous fini par arriver.
Ils sont arrivés à Orly. Alléluia!
-Complètement idiot. Où est le signe, chef?
-C'était l'année du premier vol New York-Paris
en Boeing 707.
Cap à l'est, le matin. À l'ouest, le soir.
Levez le nez et vous verrez,
homme de peu de foi.
Si on les laissait faire, ils vous mangeraient des pâtés sur la tête.
C'est pas une histoire drôle, docteur.
Ils sont jamais arrivés à Orly, bien sûr.
Mais ils ont marché, marché et puis…
l'un après l'autre, ils l'ont abandonné.
Et le matin du septième jour, dans un chemin creux,
ils l'ont retrouvé mort, notre vieux recteur.
Musique intrigante
-2 février: 1re prise de contact avec les chalutiers
sur le Grand Banc.
*-J'ai un gars qui s'est blessé, ça n'est pas grave.
Mais c'est le genou.
J'aimerais bien qu'il voie le docteur.
-Oui. Je vous envoie le dinghy, maintenant.
*-J'écoute…
*-J'ai mon chalut à bord.
Je me dirige vers vous avant que vous ne remontiez
votre dinghy. Je pourrai vous passer mon courrier.
Le temps que j'arrive, vous aurez fini avec le Vidal.
-ils sont 32, dans le golfe du St-Laurent.
Dans un rayon de 12 nautiques.
Des Espagnols, des Allemands…
Terre-Neuve, St-Pierre-et-Miquelon.
Ici, le Jutland, sur le banc de Misaine.
Le Joseph-Brotier, sur la queue du Grand Banc.
3 ou 4 ici, sur le trou de la Baleine.
Le Shamrock de votre ami est quelque part là-bas.
À la limite des glaces, au Labrador.
-Vous l'avez déjà rencontré?
*-Vous êtes où, par rapport à moi?
*-Je suis tout près de vous.
Tout au fond, sur bâbord. À vous.
*-Reçu, OK.
-Vous le connaissez depuis… -2 ans.
Après son amnistie, il est devenu marin pêcheur.
Tout le monde connaît son chat noir.
Il l'appelle "M. Ma Conscience".
-Pêcheur.…. Simple pêcheur…
-Un thé. -Non.
-Le commandant m'a demandé d'aller le voir au sujet de Bongoba.
-Notre réfugié politique?
-Bongoba voulait embarquer sur un chalutier.
Le commandant voulait que j'en parle à l'Alsacien.
Il a accepté de le prendre.
Bongoba ne ramassera plus les poubelles.
C'est lui qui me l'a donné.
Il y en avait une demi-douzaine à bord du Shamrock.
Il les avait tous faits quand il était à Fresnes ou à la Santé.
-Une bouteille pleine de vin, c'est déjà du rêve.
Mais avec un bateau dedans, toutes voiles dehors…
Un marin prisonnier qui ne met pas un bateau en bouteille…
Gardez-la. Je vous la donne.
Dites à votre commandant que je le prendrai, son Nègre.
Dites-lui aussi que…
Non… Rien.
-Pourquoi n'est-il pas allé
le voir lui-même?
-Il y a eu cette salade entre eux, à Mers el-Kébir.
Au moment du putsch des généraux, en 1961.
Ensuite, il a déposé pour lui à son procès.
Et.… il y a eu un incident pénible.
Écoutez, c'est pas à moi d'en parler.
D'ailleurs, c'était à huis clos.
Musique angoissante
-Depuis 15 jours, assistance aux chalutiers:
courrier, vivres frais, pièces de rechange,
des malades, la routine.
La tournée du facteur.
-OK, vas-y. On largue devant.
-Regardez-les. ils vont se faire aspirer par la rampe arrière.
*-Les marins pêcheurs mécontents
bloquent tous les ports de la Manche.
Phnom Penh… -Il y a cinéma, ce soir.
*-..chargé de vivres et de munitions
n'a pas pu franchir le blocus des Khmers rouges.
-Vos malades attendent.
*-Les otages retenus depuis 36 heures à bord du Boeing japonais
détourné par des terroristes palestiniens.
-C'est ton 1er embarquement? -Non. Le dernier.
Trop dur. J'ai trouvé un poste à terre à Concarneau.
Avant, j'étais sur le Shamrock. Un classique.
-Ne bouge pas.
Compresse. -L'Alsacien, un fou
avec un chat noir. Il l'appelle "Ma Conscience".
Il a fait peindre des yeux à l'avant, comme sur un bateau chinois.
Il a des soldats d'Indochine et d'Algérie dans son équipage.
Il dit que la pêche à la morue,
c'est comme la chasse au sous-marin: complètement dingue.
-Le commandant vous prie à déjeuner.
À 12 h 30.
-Docteur, je vous ai demandé de…
de venir déjeuner avec moi parce que je…
J'ai passé à travers la visite médicale,
mais vous, je ne pourrai pas vous tromper.
Je suis malade.
C'est mon dernier commandement.
Si ce que Willsdorff m'a dit de vous est vrai, vous allez m'aider.
-Cancer.
Poumons? -Oui.
-Si on n'enraye pas la prolifération des métastases…
c'est l'étouffement, très éprouvant à la fin.
-Oui, je sais. Ce que je veux, c'est commander le bateau.
-Nous n'avons pas à bord les médicaments nécessaires.
-J'ai ce qu'il faut. Mon médecin de famille m'a.…
-"Médecin de famille".…
Bon…
Parlez-moi de Willsdorff.
-Je l'ai revu à l'enterrement de son frère tué en Algérie.
Je commandais la flottille du Rhin.
Vous connaissiez son frère?
2 séjours en Indochine,
les Allemands l'avaient mobilisé en 1942,
la retraite de Courlande, etc.
Un vieux soldat.
Mort comme un soldat.
"Sonnerie aux morts"
-Reposez…
armes!
-"Seigneur, dis seulement une parole
"et ce soldat sera guéri.
"Soumis à des supérieurs, j'ai des soldats sous mes ordres.
"Et je dis à l'un:
"Va.' Et il va. À l'autre: 'Viens.' Et il vient.
"Jésus répond:
"Va. Et qu'il te soit fait selon ta foi."
-Bonne oraison: "Qu'il nous soit fait selon notre foi."
Notre foi en la rectitude de nos choix.
-Il a mis 12 heures à mourir.
Le ventre déchiré.
Il commandait une compagnie de Harkis,
dans le djebel Amour.
-Voilà. -Merci.
-Revenu du front de l'Est en 1945, son frère lui avait dit:
"Je me suis battu pour ces cochons de Boches.
"J'ai souhaité la défaite de l'Allemagne.
"Mais quand ma compagnie était engagée contre les Russes,
"j'ai fait ce que j'ai pu pour gagner.
"Gagner, c'était ma survie et celle de mes camarades de combat.
"On ne choisit pas."
-Je ne ferai que ce que je crois juste.
-Balivernes!
Le choix de l'homme
est entre un bien et un autre bien.
Il! faut choisir.
Vous croyez peut-être qu'il était un innocent?
“El Majnoun”, comme l'avaient baptisé les Bédouins
qui l'avaient capturé.
"Le conquérant de l'Arabie." Voilà comment ça s'est passé.
-Laissez-la-moi!
-Aux Maldives, je lui ai fait refaire son gouvernail.
Il l'a reperdu.
Sa jonque était trop vieille, pourrie.
Il s'est fait capturer par des dissidents,
des Danakils, à bord d'un boutre.
-Non!
"Il y a un moment pour tout.
"Un temps pour enfanter et un temps pour mourir.
"Un temps pour planter et un temps pour arracher les plants.
"Un temps pour tuer et un temps pour guérir.
"Un temps pour pleurer, un temps pour rire
"et un temps pour gémir. Un temps pour lancer des pierres
"et un temps pour en ramasser.
"Un temps pour aimer et un temps pour haïr.
"Un temps pour la guerre
"et un temps pour la paix." Hein?
-Viens.
-Il était leur esclave,
portait l'eau dans une outre en peau de bouc.
Toujours à guerroyer contre les tribus voisines, ces Danakils.
Pour un oui pour un non, ils tiraillent sur des cailloux.
Ce jour-là, ils visaient une pierre blanche sur un rocher noir.
-Encore loupé.
Hein?
-La marine a marchandé son rachat pour 5 vieux fusils.
Voilà le prix de votre ami.
Vous pouvez l'imaginer en chef de Harka en Algérie.
Après l'enterrement de son frère, il a dit…
-Mon frère aurait préféré être enterré là où il est tombé.
Je vais aller le remplacer là-bas.
-Et puis, il y a eu le putsch des généraux d'Alger.
Et toute la suite.
-Poste de manœuvre dans la machine.
*-J'écoute. -Poste de manœuvre dans la machine.
*-OK, poste de manœuvre dans la machine.
-Je prends la manœuvre?
-Non. Ils se débrouillent fort bien.
Forcez le bateau.
-Bien. J'ai mis du monde sur l'aileron.
*-Ça y est, j'ai largué la boîte postale.
Ouvrez pas notre courrier, surtout.
-Là, lieutenant, on voit la flamme du Phoscar.
-Bâbord, arrière 2.
À gauche, 25.
-À gauche, 25!
Bâbord en arrière 2.
-Bien.
Zéro, la barre.
-La barre est à zéro. -Bien.
-Stoppez!
-Bouée saisie!
Bouée saisie!
Bouée saisie!
-Bouée saisie!
2 machines en avant 1.
Réglé à 90 tours.
-En route au 100. -Bien.
-Qu'avez-vous? -Rien, commandant.
Non, rien.
Alors mettez le cap sur le Bonnet flamand. 12 nœuds.
Inutile de nous couvrir de glace. -À droite, 15.
-15 à droite. -Bien. Venir au 120.
-105 tours, les 2 machines.
-Hein, docteur?
Hein, chef?
C'était bien, mais attention.
-À gauche, le bateau à combien?
-Docteur, j'aimerais vous voir dans un moment.
-Entrez, docteur. Le commandant vous attend.
-La parabole des talents, vous connaissez?
La dernière. Avant le baiser de Judas,
le reniement de Pierre et la crucifixion.
La plus terrible de toutes.
"Qu'as-tu fait de ton talent?"
Docteur, faites-moi une intraveineuse.
-Vous êtes en train de vous tuer.
-Je vous demande seulement de me faire une piqûre.
-Il y a un infirmier à bord.
-Tout ça n'a aucune importance.
Le second prendra ma place. Seul le bateau compte.
-"Le bateau"? -Le bateau.
Les hommes, vous savez…
Sans un bateau, nous ne valons pas cher.
Ce que vous avez décidé de faire, faites-le et vite.
La mort n'est pas si terrible. Je suis déjà mort une fois.
Enfin, presque…
-Pourquoi avoir attendu si longtemps
pour reprendre un commandement à la mer?
-Je n'avais plus l'intention de naviguer, et puis…
Et puis…
Il y a une chose que je veux faire avant.
Qu'avez-vous à me regarder comme ça?
-Je regarde l'effet de l'ordonnance de votre médecin de famille.
Pas très brillant.
-Pas de sermon, docteur. Ça ne servirait à rien.
Et ça me mettrait de mauvaise humeur.
-Vous êtes déjà mort une fois?
-Je…
Je n'aime pas parler de moi. C'est…
cette drogue.
*-Relève de quart.
La 4e division au poste de navigation.
-Toute ma vie, j'ai monté la garde.
Sentinelle.
J'ai fait ce que j'ai cru être bien.
Une fois seulement, j'ai…
Mais dites-vous bien une chose: rien n'est jamais acquis.
Pas de garde-fou.
À chaque instant, on peut trébucher et tomber.
Même Lui.
Souvenez-vous, au dernier moment:
"Mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné?"
Mais vous le savez bien. C'est écrit dans tous les livres.
Et votre ami aussi a trébuché.
-Pas de discussion. Il n'y a rien à dire.
Seulement non.
-Après sa libération, il m'avait dit:
"Je me suis fait peur. J'ai découvert en moi tout ce que je déteste.
"Un chien qui veut vivre à tout prix.
"L'ignoble salive du chien de Pavlov."
ils voulaient qu'on signe leur manifeste contre la sale guerre.
-Un soldat prisonnier n'a qu'à fermer sa gueule, c'est tout.
Même si tous leurs arguments n'étaient pas idiots.
-Leur chef de camp leur avait dit:
"Adieu et bonne chance à tous."
-C'était certainement pas dans son manuel.
Il était tout droit.
Il me regardait.
J'ai cru lire une émotion, dans ses yeux.
Comme une sorte de…
d'humilité.
Mais que peut-on lire dans des yeux noirs?
Puis…
il a fait 2 pas en avant.
Voilà comment ça s'est passé.
Très difficile de dire non.
De refuser une main tendue.
Pour comprendre ce que je viens de faire, tu dois savoir.
Beaucoup de camarades sont morts,
de faim, de maladie,
de désespoir, par la faute de ce chef de camp.
Beaucoup.
-Chef, avez-vous une bible?
-Quoi?
Pourquoi? Vous avez tué un de vos clients?
-Je veux relire la parabole des talents.
Le commandant m'en a parlé.
Je ne m'en souviens plus.
-La parabole des talents…
Notre directeur nous a enfoncé ça à coups de marteau dans la tête.
"Celui qui ne fait pas fructifier ce qu'il a reçu du Seigneur
"sera jeté dans les Ténèbres."
Amen.
Et.…
qu'est-ce qu'il vous en a dit, le commandant?
-Rien.
-Oui, bien sûr. Il ne parle pas, lui.
"Qu'as-tu fait de ton talent?"
Il se pose la question?
-Tout le monde se la pose un jour. -Oui. Sans doute.
Son affaire avec votre Crabe-Tambour lui reste sur l'estomac. Quoi?
Au Vietnam, vous en avez entendu parler, du putsch
et de ce qui a suivi?
Bon… Votre ami y était jusqu'au cou.
Beaucoup hésitaient.
Pour notre vieux, pas de problème: discipline.
Vous pouvez l'imaginer:
"La marine est et reste fidèle à la République. Point."
J'étais à Mers el-Kébir avec lui, lors du putsch.
Le premier jour, j'ai vu arriver
un grand escogriffe avec un chat noir.
-Conduisez-moi au chef d'état-major.
-Ils sont restés plus d'une heure en tête à tête.
Personne ne sait ce qu'ils se sont dit,
mais il a dû ébranler les certitudes du vieux.
-Merci.
Il m'a quand même bien fait rire, le vieux crabe.
-Il l'a laissé repartir au lieu de l'arrêter,
comme il en avait eu l'intention.
-Quand est-ce que Willsdorff a été arrêté?
-Un an plus tard, à cause de son chat.
Sa fiche de recherche mentionnait:
"Souvent accompagné d'un chat noir."
-Mais qu'est-ce qui s'est passé véritablement au procès?
-Un huis clos, mais tout finit par se savoir quand même.
Un des deux gendarmes, un Breton,
tient un bistrot à Saint-Pierre: La Morue joyeuse.
! était dans le box, à côté de l'accusé.
À la fin du plaidoyer du vieux.…
-...en Indochine et en Algérie, OÙ il a servi sous mes ordres.
Le lieutenant Willsdorff est allé remplacer son frère tué en Algérie.
Je l'avais rencontré, et il m'a dit alors:
"Je ferai ce que je crois juste.”
-Commandant…
À Mers el-Kébir,
vous m'aviez donné votre parole
que quelle que soit l'issue du putsch,
vous donneriez vous aussi votre démission de la marine.
J'ai démissionné.
M'avez-vous donné votre parole d'officier?
-Oui.
-Il n'a rien ajouté. Votre ami non plus.
Il a peut-être compris qu'il venait de tuer le vieux.
10 minutes plus tard, il écopait de ses 20 ans.
Je croyais que vous saviez tout ça, moi.
"Willsdorff, vous connaissez?"
-Oui.
Pourquoi le commandant n'a pas démissionné?
-Mais il a donné sa démission!
Mais la marine a refusé. Tous lui sont tombés dessus.
Les amiraux, les anciens des forces navales libres,
le ministre et même le Général:
"Retirez votre démission!"
-Mais pourquoi? -Raison d'État!
Pas question que des officiers donnent leur démission
pour des états d'âme, et surtout pas le commandant.
Surtout pas lui.
Ne le jugez pas, docteur.
Ne le jugez pas. Qui êtes-vous, pour le juger?
C'est comme ça que notre vieux crabe s'est fait voler son talent.
-3 mars.
Le Jauréguiberry embouque les passes de St-Pierre-et-Miquelon.
Il fait froid: moins 10 degrés.
-Je prends.
*-Poste de manœuvre générale.
Poste de manœuvre générale.
*-Les 2 machines avant 2.
Stoppez.
Les 2 machines arrière toute.
Stoppez.
-Tribord et 15 à gauche. -Bien.
-Machines stoppées. -Bien.
*-Bâbord, arrière 1.
-Bâbord en arrière.
-Bien.
*-Coupez. Terminé sur les machines.
-Vous avez entendu?
Six.
Six ordres, pas un de plus. Je les ai comptés.
Ça, c'est le vieux!
Il n'y a que le vieux pour manœuvrer comme ça. Six!
-C'est drôle.
D'habitude, les médecins de la pêche
sont très jeunes.
Venez voir vos malades.
-Très bien.
Tu es en de bonnes mains.
Comment ça va? -Ça va bien,
monsieur le médecin.
-Ne me regardez pas comme ça.
-C'est fini, commandant.
-Ne me débarquez pas à St-Pierre.
-Je devrais.
J'aurais dû, avec les autres.
Si vous mourez, j'aurai des ennuis.
-Ne faites pas cette tête. Vous n'êtes que le messager.
Avant d'être tué, Archimède dessinait des figures sur le sable.
Quand le soldat est venu le chercher,
il a seulement dit: "Ne dérange pas mes cercles."
Vous aussi, vous viendrez pour me livrer.
Ne protestez pas, je le sais.
Vous n'êtes que le messager.
Mais en attendant, ne dérangez pas mes cercles.
-Vous allez voir,
leur whisky irlandais est extraordinaire.
*Musique rock lente
-Bonsoir. Vous avez toujours votre whisky irlandais?
-Oui.
-Dites…
On aimerait bien que vous nous parliez de votre…
Oui, de votre accusé.
-“"Accusé"? -Oui.
-Ah, le…
Je l'ai revu il y a 2 ans.
Il est arrivé un soir, ici, avec une bande.
Au début, j'ai pensé: "C'est pas vrai."
Mais c'était bien lui. De la glace?
-Oui, merci.
-J'avais fait ma petite enquête. Il a dansé avec ma dame.
Rien que des valses.
Il la serrait d'un peu trop près à mon goût. Je le surveillais.
J'étais pas sûr qu'il m'ait reconnu.
J'avais l'impression qu'il se fichait de moi.
Dans notre profession, il faut se méfier.
Le chat en a profité pour faire sur le bar.
Il a pissé sur le torchon qui me sert à essuyer les verres.
Sale bête!
-Mais le procès…
-C'était très digne, monsieur.
Sauf lui, qui avait l'air de rigoler.
Je pensais qu'il serait guillotiné. -Fusillé.
-Ah non. Guillotiné. Il était civil.
Il leur avait envoyé sa démission. Ils l'ont dit, dans le réquisitoire.
Lui aussi s'y attendait.
-Vous avez déjà assisté à une exécution capitale?
-Tâchez de vider votre vessie avant.
-Merci.
Je m'en souviendrai. C'est juste.
Très juste, même.
-Les journalistes attendaient le verdict.
Ils ont pris des photos quand il est monté dans le fourgon
pour aller à la Santé.
J'ai gardé l'article, là.
À, c'est ça.
On le voit très bien, dessus.
C'est une femme qui l'a écrit.
"Il est passé devant moi avec son froid sourire de tueur."
Elle disait qu'il aurait dû être guillotiné.
Tout le monde le pensait.
-C'est permis, de vous inviter à danser?
-Il était si charmant.
Bien élevé.
Il sait parler aux femmes.
J'ai bien vu qu'il avait un sentiment pour moi.
l'année dernière, il n'est pas revenu nous voir.
Si vous le rencontrez en mer, dites-lui…
Dites-lui que je me souviens de lui. Il comprendra.
-Alors?
-Trois. -Eines.
On en a coulé 3 avant.
Le grand amiral Dönitz, kaputt.
-Le grand amiral Dönitz.
-Ils refont la bataille de l'Atlantique.
1941.
Année sombre.
Triomphe du grand amiral Dönitz.
La corvette Mimosa a coulé.
-C'est pas en 1941.
-C'était en 1941. -C'est pas en 1941.
Et on en avait coulé 3 avant.
Un convoi ici. Numéro 78.
8 décembre 1942.
19.
Un cargo américain chargé de munitions.
Le McSutherland.
Le…
Le…
J'ai oublié le nom.
Pétrolier.
-Bon, ça suffit.
-Laissez-moi, hein!
VD. Collins, un Anglais.
Pas de survivants.
Le cargo américain bourré de munitions.
Pas de survivants.
On le suivait
à l'asdic.
On s'entend plus.
Le Sea Corona, 12000 tonnes.
-Lui aussi, ça l'a tenté.
-Encore son recteur fou.
-Non, pas fou. Seulement un peu dérangé.
Devant le calvaire, un des trois mécréants a une idée d'ivrogne.
Et...
Planquez-vous. Planquez-vous. On va bien rigoler.
Quelqu'un chantonne.
-Alléluia, alléluia
Alléluia
-Il n'y a pas de Sauveur, pas de Christ,
pas de péché, pas de paradis.
Il n'y a rien. Tout n'est que mensonges.
-Farceur!
-Les gars! Les gars! J'ai froid.
J'ai froid. Au secours!
-Mais les deux autres mécréants avaient détalé dans la nuit.
Remplis de terreur devant le blasphème de leur camarade.
Qui.
L'innocent, le matin, a prévenu les gendarmes.
-Vous allez recevoir un client, ce soir.
-Il! faut l'attacher.
Tirez! Tirez derrière!
Tirez derrière!
-Bonsoir, commandant. -Bonsoir.
*-La Belle-Normande signale un disparu.
Il a glissé par la rampe arrière.
La Belle-Normande est dans le 163, à 120 nautiques.
-Bien.
-Mettez le cap dessus.
-Nous ne sommes qu'à 60 nautiques du Shamrock.
-Cap sur la Belle-Normande.
Gouvernez au 160.
-Encore un sursis, docteur.
-Ben, il a glissé comme ça.
Il me regardait, il me regardait… -|! buvait?
-Ouais, c'est vrai.
-Il était fou. -Il nous faisait le fakir.
Un truc qu'il avait appris en Hollande,
pendant son service.
-Ouais. -C'était beau.
-Une histoire d'alcoolique. Ils sont épuisés.
Un temps de chien, mais un banc qui rendait bien.
Et un certain Youri, un cracheur de feu,
a perdu l'équilibre et a glissé.
*-Poste de manœuvre générale. Poste de manœuvre générale.
-26 mars. Escale à St-Jean de Terre-Neuve.
Embarquement de vivres frais pour les chalutiers.
Je débarque mes malades.
-Pas de sermon, docteur. Vous n'êtes que le messager.
-Eh bien, voilà le message: 3 ou 4 mois. Pas plus.
-Dans 2 mois, nous serons rentrés à Lorient.
Pourquoi l'appelez-vous le Crabe-Tambour?
-"Crabe-Tambour".…
Quand on était sur le fleuve, il avait Un tic.
Il appelait tout le monde crabe: les vieux crabes,
les bons, les mauvais crabes.
Quand il était petit,
son père l'appelait "crabelet".
Petit crabe.
Il avait un ventre rond, et quand il avait bien mangé…
Alors son père l'appelait Crabe-Tambour.
On va finir par le rencontrer dans le Nord.
-J'ai beaucoup à faire avant l'appareillage.
Cornemuse
*Air de clairon
-Dans 1/4 d'heure, prière dominicale.
Des hommes chantent en chœur.
Musique lente et nostalgique
-Du thé. Ce qu'il fait froid, là-haut.
Le baromètre continue à descendre.
-J'ai eu l'Alsacien à la radio. On sera sur lui dans 30 heures.
-Pauvre docteur…
-Qu'est-ce qui vous prend?
-Rien.
Je vous regarde.
Ici, nous étions bien tranquilles, au chaud.
Et voilà que l'homme au chat noir…
"Qu'as-tu fait de ton talent?"
-Vous rabâchez. Vous buvez trop. Je devrais examiner votre foie.
-Un seul homme intéresse le commandant.
Le reste…
Dites…
Il est très malade, n'est-ce pas?
Oui, bien sûr.
Je suis prêt à parier que l'autre, là-bas, dans le Nord,
votre ami, il a plus rien à en foutre, de tout ça.
-Arrêtez, chef.
Je préfère encore vos histoires de recteur bigouden.
-Mes "histoires"?
Justement, il y en a une que vous ne connaissez pas. Gwen.
Gwenaël de son vrai nom, un pays à moi.
Il ne croyait pas à la réalité.
-Tu as peur de ton ombre.
Tu as peur de ton ombre.
Musique angoissante
*-Une dépression de 980 mb, centrée sur le cap Race.
Bien grosse, vents de force 7 à 8.
De secteur est et nord-est. Visibilité: 5 nautiques.
-Le Shamrock n'est plus qu'à 8 nautiques.
-8,5 nautiques, commandant.
-Ce gros écho, là,
dans le 220.
“! faudrait prévoir le transfert du courrier par boîte postale.
-OK. J'arrange ça. Je vous passe quelqu'un qui veut vous parler.
-Allô?
Allô! C'est Pierre.
*-Pierre? Mais qui ça, Pierre?
-Attends!
Attends, ne quitte pas.
Joue le branle-bas.
*-Pierre! Mon vieux Pierre! Mais qu'est-ce que tu fiches ici?
-Je suis le médecin du bord.
Ça va?
*-Adieu, vieille Europe. Que le diable t'emporte!
J'ai l'impression que tu les abandonnes, nos petits Viêts.
C'est là qu'ils ont besoin de médecins.
-J'ai été expulsé.
*-Et Mai-Li, tu l'as ramenée avec toi? Tu l'as épousée?
-Elle est morte. Ils l'ont assassinée,
l'année dernière.
*-Excuse-moi. À bientôt, Pierre.
Repasse-moi l'officier dépêche.
-Larguez!
-Bouées larguées!
-Bouées larguées!
*-Je remonte dans le Nord et le Groenland.
Au revoir, messieurs. Bonne route.
Salut, Pierre. Salut.
-Shamrock, bien reçu.
Bonne continuation. Au revoir.
-Adieu, capitaine.
*-C'est vous, commandant?
Je m'y attendais un peu.
Je me demandais si…
-Je voulais seulement vous dire adieu. C'est tout.
Je n'ai rien d'autre à dire.
*-Je sais que…
Non. Vous avez raison.
Il n'y a rien à dire.
-Messieurs, nous rentrons.
-Il nous fait des appels en scott.
"D...
I...
"E... U.
"Dieu. Adieu."
Il répète toujours le même mot: "Adieu".
On lui répond quoi?
-Envoyez "Aperçu”, c'est tout.
-Timonier, faites l'aperçu.
-Trop de monde, sur cette passerelle.
Je vous attendais.
-Vous pouvez vous reposer, maintenant.
Vous avez fait ce que vous vouliez faire.
-Qu'est-ce que j'ai fait?
-Vous savez très bien ce que je veux dire: vous avez…
Vous êtes plein d'orgueil.
Vous vous êtes planté devant lui une dernière fois. Tout droit,
comme au tribunal.
Vous n'avez repris la mer que pour ça.
Étendez-vous, commandant.
-Je veux ramener ce bateau à Lorient.
-14 avril, 9 h 30.
Nous rentrons.
-Faites fermer cette porte au vent.
Faites fermer cette porte!
C'est fini, docteur.
-Vous avez peur?
Ça vous aide?
-Je ne peux plus rien lire d'autre.
Je suis fatigué.
Musique inquiétante
*-Phnom Penh est une ville morte.
Saigon. Les réfugiés continuent à affluer.
Des unités parachutistes se battent.
*-Communication générale.
Ici le commandant.
Conformément à l'article 21
portant règlement dans les forces maritimes françaises,
le commandant en second assurera désormais
le commandement du Jauréguiberry.
Vous lui obéirez en tout ce qu'il vous commandera,
pour le bien du service,
l'exécution des règlements militaires,
l'observation des lois…
et pour le succès des armes de la France.
-Fin de communication.
-Putain.
15 ans…
15 ans sous ses ordres.
-Bonsoir, commandant.
-Bonsoir, Wagner.
-Docteur…
Saigon est tombé ce matin. La radio vient de l'annoncer.
Clairon
-Zéro, la barre.
-Le train de Paris.
Il a 3 minutes de retard.
-Garde à vous!
Sifflement!
-Garde à vous!
Présentez armes!
Clairon
Tribord!
Clairon
-Rompez!
À gauche!
Gauche!
-Permissionnaires, rompez vos rangs.
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