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Zulu
Sanglot.
Elle soupire.
...
Elle soupire.
-Je pense pas que je pourrai m'allonger aujourd'hui.
Generique.
...
...
Je suis desolee...
Je m'en veux de me laisser aller comme ça...
J'arrive pas a me retenir.
Et maintenant, je suis pas sûre de pouvoir m'arrêter.
Elle soupire.
-Faites-vous confiance, vous pouvez y aller, vous avez de la marge.
Tout ce que vous ressentez a sa place ici.
Je vous l'ai dit deja souvent.
Il y a toujours un moment ou on passe un cap,
ou on s'autorise.
Sanglot.
-Je pensais que ça me ferait du bien de pleurer.
-Et ?
-ça me soulage pas du tout, au contraire, ça m'epuise.
Dire que j'ai passe deux heures en bas de chez vous
a attendre ce moment, deux heures a me geler...
J'ai jamais eu aussi froid de ma vie.
C'est idiot...
Je regardais defiler les minutes sur mon portable,
je pensais a ces gens en panique qui couraient dans les rues,
qui cherchaient un endroit pour se refugier.
Les portes etaient fermees avec ces putains de digicodes.
Elle soupire.
-Vous etiez dehors, le soir des attentats ?
-Vendredi, j'etais sous la couette.
Avec Cedric.
Chacun sur son ecran.
Il regardait le foot et moi, la saison 3 de "House of Cards".
C'etait encore une soiree...
C'etait une soiree pleine d'echanges.
Vive, surprenante... Et on arrivait
au pic de la soiree,
j'allais m'endormir,
et j'ai entendu un "oh, putain !"
Alors je me suis redressee.
Et il etait tout pâle.
Il avait mis les infos
et j'ai su pour le Bataclan.
Et le telephone
a commence a sonner...
Le temps que je m'habille, j'avais dû recevoir
une vingtaine d'appels et de textos inquiets.
Et moi, j'ai file a l'hôpital.
Je savais qu'on aurait besoin de moi.
-Et ensuite ?
-Vous avez deja ete aux urgences ?
D'habitude, c'est le bordel.
Tout le monde veut être pris en charge en même temps.
Mais la, c'etait...
C'etait tres...
C'etait profondement silencieux.
Il y avait des blesses, des brancards, du sang partout,
des infirmiers que je connaissais pas...
Mais tout le monde semblait savoir quoi faire.
Personne ne se plaignait.
Même les blesses ne disaient rien.
C'etait tres bizarre.
C'etait comme un ballet, a l'opera.
Je suis partie au bloc
pour operer pour les 48 heures suivantes. Sans dormir.
A un moment, on est comme en transe.
On a du mal a s'arrêter.
C'etait comme une tres longue nuit.
A lutter contre la mort.
Bref, voila. J'ai fait mon job.
-Votre job ?
C'est ainsi que vous definiriez ce que vous avez fait ?
-Ben j'ai fait quoi ?
Mon "heroïque devoir" ?
-Plus tôt, vous avez
fait le lien avec des gens enfermes dehors
la nuit du 13 novembre,
comme vous, ce matin, devant ma porte.
-Vous êtes lourd,
avec vos interpretations.
Ce qui s'est passe cette nuit n'a pas de rapport.
ça va pas le faire.
ça sert a rien.
En venant, je le savais.
Je me suis dit : "Faut pas que je vienne."
Je suis pas en etat, la.
Je prefererais... qu'on continue en face-a-face.
J'ai froid, j'arrive pas a me rechauffer.
-Si vous me disiez ce qui s'est passe la nuit derniere ?
-La nuit derniere n'a rien a voir avec les attentats.
J'ai bousille ma vie.
J'ai quitte Cedric.
Parce qu'hier soir,
apres mes 48 heures de bloc, je...
Je suis rentree, epuisee, comme vous devez vous en douter,
mais impossible de m'endormir.
Et la, il y a eu une dispute horrible.
Hurlements, bagarre... C'etait le grand cirque.
Je me suis cassee de chez lui
et je me suis retrouvee dehors a 2 h du matin,
je savais pas ou aller...
Je suis retournee a Saint-Antoine.
Je me sens pas bien...
J'ai envie de vomir...
Envie de vomir sur votre tapis use...
-C'est pas grave, ça. Continuez.
-Comment ça, "pas grave" ?
-Je voulais le changer,
ça me fera une bonne raison. Je vous ecoute.
-Ah non, non.
Du vomi, ça pue, c'est degueulasse.
Si vous croyez que j'ai envie de vomir devant vous,
se repandre devant son psy...
-Devant son psy ou devant moi en particulier ?
-Devant vous.
-Devant moi, c'est pas grave.
Je suis la pour ça.
Vous avez attendu deux heures dehors.
Vous debarquez encore sous le choc de ce que vous avez vecu,
vous pleurez pour la 1re fois depuis que vous êtes en analyse.
Vous desirez probablement, je ne dirais pas "vous repandre",
vous desirez me montrer une autre part de vous-même.
Alors, allez-y.
Vous êtes venue me raconter quelque chose, j'ecoute.
-J'ai ete prise au piege.
Cedric m'a donne un ultimatum.
Il veut qu'on se marie.
C'est a prendre ou a laisser.
Soit on fonde un foyer a l'ancienne, soit on se separe.
Il me laisse un jour ou deux pour reflechir,
pour me decider si on va chez lui ou chez moi ou...
dans un nouvel appartement, car il a les idees larges.
Sinon, on se separe.
Il me prend toujours la tête au pire moment.
La, dans le genre funebre, il a battu les records.
C'est degueulasse.
Je sortais de la douche, je m'etais servi un verre,
histoire de decompresser...
Et je le vois arriver sans crier gare avec ses grands yeux humides...
Et il me sort : "Ariane, ça peut plus durer,
"ça fait deux ans qu'on est ensemble, on construit rien,
"j'en peux plus de cette relation,
"decidons-nous, surtout apres ce qui s'est passe,
"epouse-moi...
"J'en peux plus de cette relation mi-chevre mi-chou."
Voila ce qu'il a dit, "mi-chevre mi-chou", ce cretin.
"C'est qui, la chevre ?", j'ai dit.
ça m'est sorti comme ça, pour detendre l'atmosphere, mais...
il s'est mis a pleurer.
Je l'avais jamais vu comme ça.
Vous vous rendez compte ?
-Apres un trauma majeur, les gens sont dans l'effroi.
Ils ont besoin de se raccrocher a quelque chose.
La variete des reactions a ces evenements peut être... surprenante.
Mais la vôtre aussi, peut-être.
Qu'est-ce qui vous a mise en colere ?
-Vous trouvez pas ça deplace ?
Qu'il cherche a me manipuler comme ça ?
Il croyait quoi ? Que j'allais le consoler comme un bebe ?
J'ai repense a tous ces blesses, vous les auriez vus...
Comment ils prenaient sur eux !
Ils refusaient les antidouleurs, de peur que...
qu'il en manque pour les autres.
J'ai pique une de ces crises !
Je sais plus ce que j'ai balance, mais...
Et je me suis habillee et je me suis cassee.
En claquant la porte.
-Pourquoi dire que vous avez bousille votre vie ?
-C'est pas mon coup de colere, le probleme.
Vous me connaissez pas, en fait.
Vous avez une idee de qui je suis, mais...
Mais hier, j'ai fait n'importe quoi.
J'ai completement derape.
Je suis repartie deux heures au bloc.
C'etait ma derniere operation.
Je sais pas comment je tenais.
C'etait une trapeziste qui etait en terrasse.
Le poignet brise par une balle.
Et j'avais une envie de pleurer...
Mais je me suis retenue.
Il a fallu que je m'allonge.
Et j'ai pousse les portes du bloc, les couloirs etaient vides.
C'etait desert, c'etait presque redevenu...
une nuit de garde normale.
J'ai vu un infirmier inconnu.
Qui avait dû être envoye en renfort.
Il etait pas mal.
Il avait une barbe de trois jours, les cheveux en brosse,
il avait un air de Daniel Craig.
Et je sentais son regard sur moi.
Et a un moment, il me dit :
"La tristesse vous va bien."
Vous vous rendez compte du culot du gars ?
"C'est tout ce que t'as trouve ? 'La tristesse vous va bien' ?"
Vous êtes d'accord ? La tristesse me va bien ?
-Je pense que la tristesse va a personne.
-J'ai eu envie de lui.
Me demandez pas pourquoi.
Enfin, vous savez ce qu'on dit des chirurgiens ?
Qu'apres une dure operation ou si ça se passe mal,
on a besoin de se vider les... Je vous fais pas un dessin.
On appelle ça "le coup de queue apres le coup de scalpel".
-Freud appelle ça plus prosaïquement "la pulsion de vie".
-Bref, ça m'a traverse l'esprit.
Mais... deux secondes, vraiment, pas plus.
Mais ça a suffi
pour qu'il s'en rende compte.
Et on est montes dans un bureau de consultation, au premier etage.
Et puis merde,
il fallait bien que ça m'arrive une fois
avant que je m'encroûte avec Cedric.
-Vous voulez dire
que vous vouliez le faire pour vous, pas pour vous venger
de l'ultimatum de Cedric ?
-Bref, on a commence a se chauffer et il m'a plaquee
contre le bureau,
il etait tres chaud et... il a baisse son froc.
ça vous choque, hein ?
-Non.
-Mais ça vous excite ?
-Continuez.
-Et je me suis retrouvee devant...
devant cette enorme...
Parce que c'etait enorme.
J'avais l'impression d'avoir 15 ans.
Je l'ai attrapee, elle etait...
Elle etait chaude, elastique.
C'est comme si c'etait nouveau, pour moi.
Il m'a retournee contre le bureau,
il a souleve ma blouse qui puait encore le bloc,
il a descendu mon pantalon et ma culotte sur mes chevilles...
et il a sorti un preservatif de sa poche.
Et j'ai su qu'il en etait pas a son coup d'essai.
Il etait prevoyant.
Et...
j'ai su que ça allait pas eÌ‚tre possible.
Je le sentais plus du tout.
Et l'autre se frottait, prêt a la besogne...
Mais je... Je pouvais pas.
Je pouvais pas faire ça a Cedric.
Alors j'ai...
J'ai ferme les jambes.
Point.
-Sacree experience !
Elle rit.
-Oui, mais attendez, parce que... c'est pas fini.
Le type, il le voyait pas du tout sous cet angle.
Et...
il lâche pas l'affaire :
"Allez, t'as vu dans quel etat tu m'as mis ?"
Toujours avec son truc au garde-a-vous...
Et il me dit :
"Tu me fais une branlette ?"
La, j'ai hallucine.
Mais en même temps, j'etais mal...
Et j'ai pense a vous.
-A moi ?
Dans quel sens ?
-Je me suis vue face a vous.
Je me suis vue venir ici
et m'asseoir sur le divan et vous raconter les choses.
-Et alors ?
-J'etais sûre que vous seriez degoûte.
J'etais convaincue que vous le supporteriez pas.
-Mais si c'etait ça, votre but, me degouter ?
La raison de votre precipitation, quitte a attendre dans le froid ?
Ce qui vous a poussee
a vous arracher des pattes de ce type
pour bondir jusqu'a mon cabinet ?
Tout ça dans le dessein, dans la haÌ‚te de me... "degouÌ‚ter" ?
-Je me suis pas arrachee a ses pattes.
Il a eu droit a sa recompense.
Me demandez pas pourquoi j'ai fait ça...
-Vous ne le savez pas ou ne voulez pas
me le dire ?
-Je me suis pas lave les mains...
J'ai envie de vomir, je reviens.
Elle vomit.
Elle soupire.
Elle tire la chasse.
...
-ça va mieux ?
-Mmh. ça va. Merci.
Vous pourrez changer votre tapis de bain.
Je suis desolee.
-J'aimerais faire un retour en arriere.
Malgre votre mesaventure, ne perdons pas de vue la question de Cedric.
-Je crois pas qu'il merite autant d'attention.
Il a pas le droit
de me mettre dans cette position. -Laquelle ?
-La position de devoir choisir.
De devoir porter la responsabilite de tout ce qui nous arrive.
C'est facile de mettre sa reaction sur le compte des attentats.
-Ce n'est pas ça.
Les attentats, l'inquietude de vous savoir a l'hôpital,
sans nouvelles pendant 48 heures, ont pu jouer sur ses inhibitions.
ça les a fait sauter. Ce qu'il voulait
vous dire depuis longtemps, est sorti sans filtre,
maladroitement, comme un ultimatum, et au pire moment.
-Non, je vais vous dire ce qu'il voulait.
Comme tous ces mecs, vous epouser, vous faire des gamins,
et vous ramener a la maison.
C'est ça qu'il voulait. Je peux plus supporter ça.
-Attendez. Je pensais que c'etait venu
"sans crier gare", vous etiez en train de boire un verre.
-Oui. J'etais en train de boire un verre de vin.
Mais c'etait avant, quand je me sechais les cheveux.
Il est arrive, j'ai bien vu qu'il tirait la tronche.
Je lui ai dit : "Qu'est ce qui va pas ?"
Et c'est la qu'il me sort son truc sur...
"un coup chez toi, un coup chez moi, l'engagement"...
Blablabla...
Je lui ai dit : "Oui, t'as raison.
"Il faut qu'on se decide : soit on vit ensemble,
"soit on se separe."
-Donc finalement,
c'est vous qui l'avez pose, ce fameux ultimatum.
-Ben non.
Non, pas du tout, puisque c'est lui qui en peut plus.
-Ne plus vouloir du "un coup chez moi, un coup chez toi",
c'est une idee generale. Vivre ensemble ou se separer,
c'est du concret C'est ça, l'ultimatum.
-Ben non.
Ben non, non, pas du tout.
C'est pas ça, l'ultimatum, c'est...
Pff... J'aurais pose l'alternative,
c'est ça ?
J'ai pas declenche le conflit,
il a saute sur l'occasion
pour m'accuser de pas vouloir m'engager, de...
a me donner qu'un jour ou deux pour pouvoir reflechir.
Moi, j'ai dit : "OK, pas de probleme."
Il a pas supporte, il s'est mis a pleurer.
ça lui a foutu les jetons. Mais il a qu'a assumer.
-Et vous ?
-Quoi, moi ?
-ça ne vous fait pas peur ?
-Mais de quoi ? -La possibilite
que vous vous separiez.
-C'est pas la question.
C'est pas ça, qui est en jeu.
-Qu'est-ce qui est en jeu dans ce que vous avez declenche ?
-Moi, je n'ai rien declenche du tout, hein !
-Y a ceux qui parlent et ceux qui font.
Cedric tend a mettre les problemes en avant,
pas forcement a trancher.
Peut-être ne supportez-vous pas l'incertitude dans votre relation ?
Cedric n'aurait que remis sous vos yeux
un probleme qui vous taraudait.
Cette crise, c'est vous qui l'avez amenee
a son point d'incandescence.
-Pas du tout.
-Je veux vous faire comprendre
que cette crise joue autre chose.
Vous avez vecu ces derniers jours des evenements tres durs.
Ils influent sur votre perception de la realite.
J'ai parle de "trauma", vous comprenez ce que je veux dire ?
Mademoiselle Coligny,
cette crise a peut-être une cause externe.
Pourquoi a-t-elle eclate maintenant,
a ce moment de votre existence,
de notre existence, au lendemain des attentats ?
-C'est pas les attentats.
Il y a...
Il y a quelqu'un d'autre.
-D'autre que la nuit derniere, a l'hôpital ?
-ça, ça n'a aucune importance.
ça dure depuis bien plus longtemps.
-Pourquoi n'en a-t-on jamais parle ici ?
-Ben il me semble qu'on en a... beaucoup parle.
Pas frontalement,
mais... ça allait de soi.
Me dites pas que vous avez rien remarque...
Vous faites semblant ?
-Remarque quoi ? Je crains de ne pas vous suivre.
-Dire que je me suis joue cette scene des milliers de fois...
C'etait mon activite mentale principale, ces derniers temps.
-Racontez-moi cette scene.
-Vu mon imagination, il y a des variantes.
-Je vous ecoute.
-Il y a deux grands scenarios de base.
Dans l'un, vous me prenez dans vos bras : "Je t'aime, Ariane."
Et vous ajoutez : "J'attendais votre aveu."
Parce que vous me tutoyez et vous m'appelez par mon prenom.
Et puis, on s'embrasse et ensuite,
on fait l'amour...
On fait l'amour
sur le canape ou... sur le fauteuil.
Ou même sur le...
sur le tapis... -Oui, je vois, je vois.
Et l'autre version ? -C'est presque la même.
En gros. Mais... on fait pas l'amour.
C'est la version plus romantique...
Moi, j'ai une preference pour la une.
J'ignore si vous vous rendez compte...
la position dans laquelle vous me mettez mais...
C'est tres gênant.
Surtout de me dire que ça n'aurait eu lieu que dans mon imagination...
Vous faites comme si de rien n'etait,
assis sur... sur votre fauteuil, comme le dalaï-lama...
-Depuis quand jouez-vous ces scenes ?
Quand ça a commence ?
-Le premier jour.
Il y a un an.
Au debut, je pensais que ça passerait,
que c'etait une etape,
un transfert, comme vous dites.
ça n'a fait qu'empirer.
C'est devenu une obsession.
Vous êtes devenu mon obsession.
-Je me demande...
Ces scenes que vous suscitez sont parfaitement normales.
Le transfert n'est jamais loin du sentiment amoureux.
Freud dit que c'est peut-être le seul amour vrai.
On lui laisse la responsabilite de ses paroles...
Serait-il possible que ces images
que vous avez fabriquees a un moment de votre analyse,
que vous les ayez remobilisees
pour leur donner plus d'importance
parce que vous en avez besoin, maintenant ?
-Besoin de quoi ?
-Vous venez de vivre une experience terrible qui a mis a mal
vos reperes et vous chercheriez une issue a cette crise.
-C'est absurde !
-Cette interpretation peut vous choquer,
ça s'appelle la resistance.
Mais je suis votre analyste.
Je suis pile l'homme que vous ne pouvez pas avoir.
Il y a des regles et vous le savez.
C'est grâce a ces regles que vous pouvez venir
pour remedier a cette crise...
-Mais y a pas de crise.
C'est a cause de vous.
Puisque vous tenez
a savoir ce qui s'est passe pendant cette longue nuit
qui a dure 48 heures,
a un moment, je fumais une cigarette au parking,
entre deux interventions,
et... tous ces corps, pleins de vie,
jeunes, laceres par les balles, ça n'avait pas de sens...
Une heure avant, ils buvaient un coup et puis...
Et la, j'ai pense a vous.
J'ai pense a votre rue...
et les cafes...
et vous y etiez peut-être.
Et si ça se trouve, vous etiez mort.
Sans que j'aie pu...
Sans qu'on ait pu
se dire que...
Et la, j'ai panique.
J'ai cherche dans les registres, dans les admissions...
et j'ai prie...
Je vous jure, je me suis mise a prier.
Je me suis promis que si vous etiez encore en vie,
je vous dirais tout.
On peut pas attendre pour dire qu'on aime.
Et la,
entre deux interventions, j'ai pas resiste.
J'ai pris le telephone du bloc et je vous ai appele.
Et... sept sonneries...
huit sonneries...
et ça battait dans mes tempes...
J'avais l'impression que mon cerveau allait exploser.
Et puis vous avez fini par repondre
et la, j'ai...
J'etais soulagee.
Mais j'ai panique, je savais plus quoi dire, j'ai raccroche.
-C'etait vous, le coup de fil du samedi a l'aube ?
-Mais quand l'infirmier m'a adresse la parole hier,
c'etait a ça que je reÌ‚vais.
Au moment ou j'allais tout vous dire.
Même quand on etait dans le bureau de consultation,
je me suis raconte que c'etait vous.
Alors que pas du tout, ce type en caleçon raye, c'etait l'horreur.
Et je sais bien que vous êtes impossible.
C'est ce que je me dis a la fin de chaque seance.
Mais c'est...
C'est mon ventre, mon corps, ils comprennent pas.
Toutes les cellules dont je suis constituee
pensent le contraire.
Vous pouvez m'expliquer pourquoi ?
Vous allez me dire que c'est le trauma.
Mais moi, le trauma, c'est vous.
Et ça fait des mois que ça dure.
Alors je sais que ça peut pas arriver,
que j'ai aucune chance.
Vous inquietez pas, je vais pas faire ma Glenn Close
dans "Les Liaisons fatales",
a vous appeler jour et nuit, a devenir amie avec votre femme,
a vous cuisiner le lapin pour les gamins, non.
Mais la, je sais juste...
J'ignore comment retourner a ma vie.
Même a l'hôpital.
Et a cet ultimatum derisoire...
"Cedric, pas Cedric"...
Qu'est-ce qu'on en s'en fout...
Tout ce qui compte, c'est vous.
Elle soupire.
C'est la que vous me dites que la seance est terminee, non ?
-Effectivement. On en reparle la semaine prochaine.
Elle rit.
J'appelle un taxi ? -ça va, je prends le metro.
-Vous êtes sûre que vous êtes en etat ?
Voix d'enfants.
Voix d'enfants et de femme.
Sous-titrage : VECTRACOM
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