All language subtitles for 1965.La 317e section (fr)

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Original subtitles

-Au début de mai 1954,

des délégations russes, chinoises, viêt-minh, anglaises,

américaines, françaises s'installent à Genève

pour préparer la conférence sur la question indochinoise.

Moins de deux mois plus tard, l'armistice sera signé.

À Diên Biên Phu, la bataille dure depuis plus de 50 jours.

Dans toute l'Indochine,

les Viêt-minh lancent une offensive générale.

Ce seront les derniers combats d'une guerre vieille de 9 ans.

Le 4 mai, l'état-major du secteur nord Cambodge

donne l'ordre d'évacuer le poste de Luong Ba,

isolé à la frontière du Laos,

et de le replier sur Tao Tsaï, 150 km plus au sud.

La 317e section locale supplétive, en garnison à Luong Ba,

devra saboter ses installations

et se frayer un chemin à travers la jungle

détrempée par les pluies de la mousson.

Nous sommes à Luong Ba, le 4 mai 1954,

Il est 18 h.

-Fais reposer les armes.

-C'est Roudier qui accroche. -Tombé dans une embuscade.

-Regardez.

Toutes les traçantes vont dans la même direction.

Il n'y a pas grand-chose en face.

-Pour pas grand-chose,

Roudier tiraille beaucoup. -Y a de quoi être nerveux.

La colonne de secours qui piétine dans le sud,

et les Méos qui disent qu'au nord, il y a des Viêts en pagaille.

On n'a pas fini…

C'est Perrin qui fait sauter son installation radio.

-Rassemblez les 2 groupes et venez nous rejoindre avec les caporaux.

-C'est tout ce qui reste, mon lieutenant. Et y a plus de glace.

J'ai débranché le frigo il y a 1 heure, mais elle a déjà fondu.

-Vous en voulez?

Tu transvases ça dans une bouteille et tu la donnes à l'infirmier.

Je t'avais dit de te faire couper les tifs.

-Oui, je sais bien.

-Eh bien, voilà, à la santé de Luong Ba.

-Les vaches, ils ont buté Gégène.

-OK. L'ordre de progression est le suivant.

En tête, le groupe de commandement suivi par vous, Kut.

Roudier s'intercalera entre nous.

Consigne: armes approvisionnées mais non armées.

Silence complet.

Et interdiction d'allumer une cigarette, vu?

-Pas bon laisser frigo aux Viêt-minh.

-Je ne sais pas. Qu'en pensez-vous?

-Il pèse pas plus lourd que mon poste radio,

et je l'ai brêlé sur un bambou, c'est facile à porter.

-Ça, porter comme ça, Pernod toujours froid.

-On peut toujours essayer, on y tient.

Il est arrivé un mois avant vous, le Noël du soldat,

le truc organisé par la femme du général de Lattre.

-D'accord. Désignez 2 hommes pour le prendre.

-Bon. On va y aller.

-Ça va, chef? Moyen fout le camp.

-Tu crois ça, toi?

Qu'est-ce que tu caches là-dessous?

-Cette femme, là-bas, fait cadeau pour moi.

-Pour tout le monde, sac à terre: revue de paquetage.

Chargés comme des mulets, ils feraient pas 2 km.

Retirez-moi tout le bordel qui est pas réglementaire, compris?

-Ne tirez pas! C'est moi, Roudier!

Mes types sont nerveux. J'avais peur qu'ils vous allument.

-Et tout à l'heure, cette pétarade? - Phalong est tombé sur des Viêts.

Il dit qu'il y en avait plusieurs. J'en ai vu 2 ou 3.

On en a tué un. Un régulier. Vous voulez le voir?

-Les autres bloquent la piste? -Ils ont éclaté dans la nature.

J'ai patrouillé sur 100 m dans la jungle, rien trouvé.

-Et ton rombier?

-Il est là, un peu plus haut.

-J'éclaire? Il n'y a pas de danger.

-Oui, allez-y.

-Il a reçu une giclée.

Oui, c'est un régulier.

Il avait des papiers, une arme? -On a rien trouvé, juste ça.

Un petit bouddha.

-En route pour Tao Tsaï.

-Un petit coup?

-Merci.

Je donnerais cher pour pouvoir allumer une cigarette. Quel pays!

-Ça, c'est vrai, quel pays…

Vous pouvez pas savoir, y a pas 15 jours que vous êtes là.

Moi, je l'aime bien, ce pays.

À ce dernier séjour, au lieu de 27 mois, j'ai réussi à en tirer 33.

Et j'ai aucune envie de rentrer en France.

Vous voyez, si je devais quitter l'armée,

je m'achèterais une paillote sur la rivière.

Kut me choisirait une fille.

Elles sont jolies, ici.

Elles ont pas de…

On dirait des gamines.

Elles ont pas de poils.

Une peau… une peau élastique

et pas de poils.

-Il fait assez clair pour en allumer une.

-Chef, c'est les types sur la piste. Je crois Viêt-minh.

-Un balancier. Ça, c'est certainement du Viêt.

-Fais passer les jumelles.

-Ils sont gonflés. Avec le fusil à lunette, on pourrait se les payer.

-Ça serait dommage. Essayons plutôt d'en attraper un.

On va y aller. On va piquer schuss sur la rivière.

Roudier, étalez-vous le long de la piste, en flanc-garde.

On sera en position sur le bord de la rivière, pour bloquer le guet.

Kut, vous resterez ici, en recueil.

Je vous laisse le frigidaire et Perrin.

Qu'il installe son poste. Il a une vacation radio

avec Tao Tsaï.

Voila, c'est tout. D'accord?

-D'accord, mais on sait pas ce qu'on va trouver en bas.

Alors, tu m'as compris?

Ça va?

Les voilà.

Y en a en pagaille. Un convoi de ravitaillement.

-Du calme.

Du calme!

-Laissez-les venir.

Ils installent une mitrailleuse. Il faut foutre le camp, vite!

-Celle-là, je me la paye. Lance Patate!

-Ici, chef.

-Dans cette clairière, il y a une petite butte, vu?

Hausse 26.

Arme, feu!

Trop à droite, mais la hausse est bonne.

-Ils dégringolent sur Roudier!

-Même hausse. -On est au milieu de l'offensive.

Les bataillons sont passés cette nuit, ils vont nous tomber dessus.

-Laissez-moi en finir…

-Foutons le camp pendant qu'on peut. -Bon, OK.

Allez prévenir Roudier.

Même hausse, même objectif.

Mais je la veux, cette mitrailleuse.

-Tu vas te faire encercler, vite!

Toi, fous-moi le camp.

Roudier, replie-toi, bon Dieu! Merde, passe-moi le F.M.

Roudier!

-Sur moi, Willsdorff! Vite, vite!

-Chargeur. -Décrochez.

Décrochez, Roudier!

Vous avez quoi? -Une balle dans le ventre.

-Qu'est-ce que vous foutez là? Aidez-le.

On va jusqu'à Kut, comme ça? -Ils essaient de nous déborder.

-Foncez jusqu'à Kut par le ruisseau, on vous couvre.

-Attention, ils arrivent.

50 m en arrière. Repli par le ruisseau!

Allez, dépêche-toi.

Kut, sur ta gauche!

Tire, bon Dieu!

Tire!

Tire, bordel! Les Viêts!

Allez, barre-toi, mon vieux.

Mais avancez!

T'as fait creuser les trous. Fais gaffe à droite, ils nous débordent.

Putain, y a du monde.

-Il faut tenir un peu. Juste le temps de…

-Laissez-moi faire. C'est un vieux truc, mais ça prend souvent.

2e compagnie, tirez seulement sur des objectifs visibles!

J'ai pas osé dire "bataillon", ils l'auraient pas cru.

-Mon adjudant!

Mon adjudant! Je crois que j'en ai liquidé un.

-Qu'est-ce que tu foutais en bas? -Rien, j'ai aidé Kut.

-T'es pas voltigeur, t'es radio. Tu tireras quand on te le demandera.

Bon, qu'est-ce que raconte Tao Tsaï?

-Eh ben, ils sont harcelés depuis minuit.

Le capitaine dit qu'on doit rejoindre le poste de toute urgence.

Il pense que les Viêts ont déclenché leur grande offensive.

-Non, sans blague!

-C'est ce qu'il a dit. -On n'a pas intérêt à glander ici.

-Il a dit que les secours pour Diên Biên Phu ont été étrillés

et qu'ils refluent vers le sud. Ah, y a encore un truc.

Les B 26 sont prêts à venir nous appuyer.

Ils décolleront bombarder les pistes dès que la météo sera meilleure.

-Merci, Perrin.

Démontez vite votre radio. -Oui, mon lieutenant.

Tu pisses le sang? -Je sais pas.

-Eh ben, regarde.

Non, c'est pas rouge. -Alors, tu pisses dans ton froc.

Je vais te faire une syrette de morphine.

Faites-en une aussi à celui-là. -Je peux pas.

Il a une balle dans le poumon qui a dû toucher la rate.

Ça l'étoufferait.

4 morts. 3 chez Roudier et 1 chez…

-Frères cambodgiens,

rendez-vous!

Frères cambodgiens,

fuyez les Français

et venez avec nous.

Si vous restez

avec les Français,

on vous tuera tous! Rendez-vous!

-Si toi, pas cartouche, moi te donner une pour toi!

-Mon lieutenant, maintenant, on décroche. Kut!

J'emmène le groupe de commandement avec les blessés sur la côte 924,

en remontant le ruisseau.

-C'est absurde! -En remontant le ruisseau.

Vous restez ici avec votre groupe, 15 minutes.

Vous avez une montre?

Tenez… 15 minutes après notre départ, vous décrochez

en essayant d'entraîner les Viêts le plus loin possible de la côte 924.

Vu?

Ensuite, tâchez de les semer et rejoignez-nous là-bas.

Nous vous y attendrons jusqu'à minuit.

En cas de pépin… je sais pas.

Ralliez directement Tao Tsaï. Voilà.

-C'est impossible d'emmener ces rombiers!

! faut les laisser ici avec des médicaments.

-Chef, emmenez Roudier.

-J'emmène Roudier et les autres. -C'est de la connerie!

Si dans 48 heures, ils sont pas à l'hôpital, ils sont foutus.

On sera foutus avant, d'ailleurs.

Y a peut-être une division viêt-minh, et vous voulez passer au travers?

Avec des blessés! Pourquoi pas avec le frigo, pendant que vous y êtes?

En 44, dans le kessel de Tcherkassy aussi, on devait…

Un fumigène. Ils règlent leurs mortiers.

Pas mal. La suite, c'est pour nous.

On les laisse là et on aura de la veine si on s'en sort.

-Adjudant Willsdorff, nous partons avec les blessés.

Kut reste en couverture et c'est tout.

C'est un ordre.

-Dans ces conditions…

Je voudrais rester avec Kut.

-Bon, d'accord.

Debout, debout!

-Mettez Ty en tête. Enfin, si vous voulez mon avis…

-OK. Vous gardez le contact avec les blessés derrière vous.

Allez, partez, mais partez vite!

Tiens, prends ça.

Aidez-moi.

Ne criez pas, Roudier, ne criez pas.

-Allez, debout!

-Kut, fous-moi en l'air la culasse de ces fusils.

-Ça va?

-Ça va, merci.

-Je veux parler au caporal Ty. Faites passer.

Ty, tu vas prendre l'arrière-garde, maintenant.

Kut doit décrocher, à la grenade.

On a pas mal marché. À quelle distance du piton?

-Peut-être 500 mètres, 600 à tout casser.

-Pas plus? Ty, qu'est-ce que vous en pensez?

-On n'a pas beaucoup marché, chef.

-Écoutez-les, mon lieutenant, ils sont pas loin.

Ils vont tous passer à la casserole!

-Mais non! Arrêtez de dire des idioties.

C'était la seule solution.

Vous entendez? Ils ne tirent plus au mortier.

-Oui.

-Ça veut dire que les Viêts sont sur le piton.

Ou ils courent après Willsdorff, ou ils sont sur notre piste.

Perrin, regardez votre montre. Dans une minute, départ.

-Mon lieutenant!

Des avions, les B 26.

Ça y est!

Un zinc civil et peut-être que là-haut, l'hôtesse

est en train de servir des Pernods.

Des Pernods bien glacés.

-Moi, le Pernod, ça va quand même. -Par ce temps, je prendrais un marc.

-Je prendrais bien un Pernod, moi aussi, mais pas trop noyé.

Bon, OK, allons-y. On démarre.

Allez, tout le monde debout.

Ty, reste en arrière-garde.

Tout le monde sous le couvert, là-bas. Allez, dépêchez-vous!

Pas la peine d'être arrivés jusqu'ici pour se faire repérer.

Toi. Toi, là-bas… Oui.

Toi, viens.

Tu vas filer jusqu'à la forêt, là, en bas.

Quand le reste de la colonne arrivera,

tu leur interdis de monter par la crête.

Tu leur dis de passer par le flanc gauche.

-Oui, chef.

-Tu as compris? -Oui, chef.

-Qu'est-ce que t'as compris?

-Quand camarades venir,

pas moyen passer là, moyen passer là.

-Bon, très bien. Exécution.

Pas sur la crête, abruti. -Mon lieutenant,

il faut l'asseoir ou alors, il peut plus respirer.

-Passe-moi la musette de l'infirmier.

Ça va, vous? Vous avez mal?

-Un peu. -Je vais vous faire une morphine.

-Voilà, mon lieutenant.

-Installe ta radio. Dis-moi quand tu auras Tao Tsaï.

-Je peux pas. J'ai refilé le poste à Chang et il est pas encore là.

-En attendant, donne-moi un coup de main.

-Voilà le cognac que l'adjudant m'a dit de garder.

-Tiens-lui la jambe. Un peu plus haut.

Willsdorff a l'air calé en médecine.

-Il connaît tout. Il a appris en Russie.

-En Russie?

Il faut quand même que je lui nettoie ça.

-Vous lui faites mal. -Je sais. Tenez-le bien.

-On lui refile du cognac?

-Je sais pas si ce serait bon pour lui.

Non, y a du solucamphre. Merci.

-Ça, je veux bien, mon lieutenant.

-On peut la faire n'importe où.

-C'est du bon, ça, du trois étoiles.

Il va mourir.

-Ils lui courent toujours après.

Alors, il a fait la campagne de Russie,

dans la Wehrmacht? -L'adjudant?

Je sais pas. Pendant la guerre, c'était un schleu,

il était Unteroffizier. Pour eux, c'est sergent.

Comme Roudier.

-Passez-moi la morphine.

Il n'est pas allemand, il est alsacien.

-Il ne reste que 5 ampoules. Oui, il est alsacien,

mais pendant la guerre, ils étaient occupés.

-Toute la France était occupée. -Mais pour eux, c'était autre chose.

Il parle le schleu, d'ailleurs.

-Ça va, Roudier? -Oui.

-C'est pour ça qu'il parlait de Tcherkassy.

-De quoi?

-Non, rien.

Il parlait d'une bataille en Russie…

d'un petit Stalingrad.

Perrin, votre radio! Tao Tsaï.

-J'y vais. Chang est déjà sur le coup.

-Désignez 3 hommes pour couper les bambous.

De quoi faire 4 hommes par brancard. 4 fois 4, 16.

Oui, c'est un maximum.

De quoi faire 4 brancards. Ma foi…

Les autres continueront à marcher. -Oui, chef.

-Alors? -Une interférence avec les Anglais.

Singapour ou Hong-Kong. Avec les ondes courtes, ça arrive souvent.

-Que peut-on faire? -Y a rien à faire.

Il faut continuer. On finira peut-être par les accrocher.

-Écoutez-moi ces connards-là.

J'avais dit personne sur… Ah, c'est vous, Ty.

Merci.

Ils se sont rapprochés.

J'ai l'impression qu'ils sont là-bas, dans la petite clairière.

Seulement, avec l'écho, on ne peut pas savoir.

Qu'est-ce que c'est? -C'est les types couper bambous.

-Ce sont les nôtres. Ce sont les types de Kut.

Le premier, c'est Willsdorff.

-Lui, c'est Kang Toun.

-Le dernier qui vient de passer? -Non, lui.

-Ça en fait six.

Mais il est fou! Il est fou, Willsdorff.

-Tango Tango de Lima Bravo, de Lima Bravo.

Pédale, Chang!

Tango de Lima Bravo, parlez.

-Perrin, démonte la radio. Ty, fais charger les blessés, on part.

-Rassemblement! -Et les autres?

On devait les attendre jusqu'à minuit.

Vous aviez dit…

-Les 4 civières l'une derrière l'autre.

Allez!

Ne traînez pas.

Vous êtes fou!

Cessez immédiatement!

Tout le monde à l'eau!

Pas la peine de se crever à vous porter si vous… Enfin, voyons!

J'ai bu juste une gorgée, toute petite.

Il faut tenir encore un peu. En avant! Qu'attendez-vous?

Rattrapez-le!

Bande d'abrutis!

Merde!

-L'huile.

L'huile, c'est perdu.

L'huile.

Thit Peng, foutu. -Qui ça?

-Thit Peng. -Ah, il s'appelait Thit Peng…

On va pas traîner ici. Et quant à cet abruti qui a perdu son PM,

on verra ça plus tard.

Allez, en avant!

Tu as des pilules pour la colique? -Pas connaître.

-Comment, pas connaître la colique? La chiasse.

-Il faut dire au lieutenant…

qu'il faut qu'on soit ce soir à Tao Tsaï.

Parce que Phalong… Va le dire au lieutenant.

-On fait une halte. Une demi-heure.

Perrin, regarde ta montre.

Ty, tu as placé des sentinelles, oui?

-Je vais le faire, chef.

-C'est pas sérieux, ça. T'aurais dû le faire en arrivant.

Non, merci.

-Il est plutôt aigri, on dirait. -Ça va, manger quand même.

Peut-être demain la chiasse.

-La France, c'est notre mère C'est elle qui nous nourrit

Avec des pommes de terre Et des fayots pourris!

Attention, mon lieutenant. Vous avez une sangsue dans le cou.

Touchez pas. Laissez-moi faire.

Il faut leur chauffer les miches. Sans ça, le sang coule toujours.

C'est une verte, celle-là. Y a pas pire.

Je me demande ce qu'elles peuvent bouffer quand on n'est pas là.

-Chef, chef, il faut le piquer.

-Dis au lieutenant de venir, vite.

Le lieutenant va venir te piquer.

Tu vas voir, ce soir, on sera à Tao Tsaï.

Et demain, un avion viendra nous chercher.

On a de la chance, les autres vont continuer à faire la piste.

Quand on en aura assez de l'hôpital, on ira voir les filles.

Tu te rappelles?

Il faut lui faire une piqûre. Il est en train de mourir.

-Ça ne servira à rien. -Bien sûr.

-Bon, je vais lui faire une solucamphre.

-Fumer, fumer.

-Tu verras, quand on en aura assez des filles,

on remontera en poste. Tu seras toujours dans mon groupe.

On te nommera caporal.

-Ah, raté!

Allez, hop.

-Moi connaître sa femme. Moi dire à elle, lui mort.

-Fais creuser une tombe sur le bord de la piste.

Vous voulez… ! était votre ami?

-Il avait peur.

Moi aussi, je vais mourir.

J'ai soif.

-Phalong, qui repose ici,

était un bon soldat.

Nous ne l'oublierons pas.

Voilà.

Faites reposer les armes, départ dans 5 minutes.

-Reposez armes!

-C'est le village, chef. C'est le village.

-OK.

-Posez les civières.

On reste ici, Ty. Préviens le chef du village.

-Oui, chef.

-Qu'est-ce que tu dis? Les Viêts sont déjà venus ici?

-Il faut partir. Partir vite.

Viêts revenir. -Je te demande si les Viêts

sont déjà venus ici. -Oui, chef.

-Ils vont revenir?

-Oui, chef. Demandé où ça Français,

chef village dire: "Pas connaître."

-Où est le chef du village? -Là.

Lui, beaucoup peur Viêt-minh revenir.

-Demande-lui si Tao Tsaï est tombée.

-Pas connaître.

Dire: "Partir vite!

"Prendre éléphant pour porter camarade et partir vite.”

Pas bon rester ici.

Quand Viêt-minh revenir, tuer tout le monde.

-Chef, tous les blessés embarqués sur éléphant. Ça va.

Chef, il faut partir. Vite!

Est-ce qu'il y a du Viêt? -Non, chef!

Viêt-minh pas venir ici.

Une fille là-bas connaître parler français.

Elle connaître parler français.

-Bonjour, monsieur.

-C'est la fille du chef du village. -Bonjour, mademoiselle.

Ty, retourne aux éléphants. On s'arrête dans le village.

Perrin, passe-moi la carte, puis la boussole.

-Toujours ces fumiers d'Anglais.

-Va me chercher Ty.

-Ah, mon lieutenant, c'est encore les Anglais.

Je vais avoir du mal à accrocher Tao Tsaï.

-C'est la maison du chef? -C'est celle de la pépée.

Sa fille, comme il dit.

Vous avez la ch.… enfin, vous avez…

mal au ventre, mon lieutenant? C'est le riz qui était moisi.

-Mon lieutenant!

Partir maintenant, éléphants bien mangé. Ça va.

-Ty, je crois qu'on va passer la nuit ici.

Les hommes sont fatigués et puis Roudier…

-Oui, chef.

-Explique ça au chef, puis tu vois avec lui

s'il a placé des guetteurs dans la jungle. OK?

-Oui, chef. Ça va.

-Perrin, essaie de contacter Kratie, Tao Tsaï est peut-être tombée.

-J'espère que non.

Ça serait vache. Je vais essayer de l'avoir en graphie.

Posez-le là.

-Lui beaucoup mal.

-On n'a plus de morphine, plus de médicaments.

-Lui beaucoup mal. Peut-être lui faire même chose soldats japonais.

-Monsieur chef, lui fumer. Peut-être ça va mieux après.

-De l'opium! Mais vous êtes cinglé?

-Opium, c'est bien. Japonais, pareil. Lui beaucoup mal, Japonais fumer.

Japonais content, dormir.

-Vous voulez en fumer? Ça vous soulagera peut-être.

-J'en ai marre d'avoir mal.

-Tu as eu Kratie?

-Non, mais ça va être l'heure des informations à Radio-France Asie.

-OK.

*-Des combats sanglants se déroulent à l'est de Diên Biên Phu.

Nos unités parachutistes se maintiennent

au prix de lourdes pertes.

Au nord Cambodge, l'offensive de la division viêt-minh 325

se développe et gagne de vitesse nos forces qui tentent de se replier.

Le poste de Tao Tsaï, encerclé depuis 2 jours, tient toujours.

Selon une dépêche,

des accrochages de patrouilles auraient eu lieu 200 km plus au sud,

aux abords du Mékong, dans la région de Kratie.

Nouvelles du monde: Genève.

La délégation de la République démocratique du Viêt-Nam,

présidée par M. Pham Van Dông, est arrivée hier à Cointrin.

Paris. Le 9e anniversaire de la capitulation allemande

sera marqué par un défilé militaire aux Champs-Élysées.

Le président de la République

et les membres du gouvernement se rendront à l'Arc de Triomphe

pour déposer une gerbe sur la tombe du soldat inconnu.

De Londres: Roger Bannister a battu hier à Oxford

le record du monde du mile.

Il a parcouru la distance en 3,59 minutes…

-Elle a l'air de bien savoir faire les pipes.

*-La population du port de Gibraltar se prépare à faire…

-Mon lieutenant, donnez-moi un peu de thé.

-Il ne faut pas boire, Roudier.

-Juste un peu me mouiller la bouche.

De toute façon, ça n'a plus d'importance.

Je vais mourir.

On ne peut pas toujours gagner.

Si j'avais su que ça me faisait si mal,

j'aurais pas bu l'eau de la rivière.

À Marseille,

quand je me suis embarqué sur Le Pasteur,

il y avait même une chiée de flics

pour nous protéger du manifestant.

À Marseille…

et aussi au camp Pétrusky, à Saigon.

J'y ai pensé souvent.

Maintenant, ça y est.

Mon lieutenant…

je vais jamais savoir.

Je voudrais seulement dormir encore un peu.

-Roudier est mort.

Chef, Roudier est mort.

-Allez, debout. Debout!

Perrin, Ty, debout!

-Chef, les civils, les éléphants foutre le camp.

-Quoi? -Tout foutre le camp.

-Et les sentinelles n'ont rien dit?

-Sentinelle, pas connaître.

-Pas connaître? Il dormait comme une souche, cet abruti!

-Lui dire pas dormir. 2 camarades foutre le camp avec civils.

Laisser fusil et cartouches. -Qu'est-ce que ça veut dire?

Non, mais j'ai jamais vu ça!

OK.

Chefs de pièces FM, placez vos pièces à chaque entrée du village.

Ty, tu fais descendre les blessés, prêts à partir.

Roudier est mort cette nuit. Perrin, avec 2 hommes,

tu fais creuser une tombe. Exécution.

Que le type, l'abruti qui a perdu son arme dans la flotte

récupère un fusil et des munitions.

L'autre, qu'il retire la culasse et qu'il la foute en l'air.

Tu te lèves, oui?

Allez, debout!

"Monsieur le chef,

"mes chers administrés et votre serviteur a beaucoup peur.

"Le Viêt-minh, il est partout. Ça va pas.

"Connaître déjà Japonais. Nous partir à la montagne, je suis désespéré.

"Comment pourrais-je me faire pardonner des tourments

"dont je suis la cause?

"Croyez-moi, votre humble et très fidèle serviteur, Li Ten Sung,

"le père du village.

"Si tu as besoin de riz, toi prendre."

Willsdorff, je suis bien content de vous revoir.

-Moi aussi. -La montre.

-Non, gardez-la. Ça a été?

-On a eu du mal à décrocher. Au moins 2 compagnies au cul.

On a eu de la casse. Vers 11 h, on les avait semés.

Kut a envoyé 2 rombiers sur la côte 924.

Vous nous avez pas attendus.

Vous avez bien fait, les Viêts les attendaient à coups de fusil.

Et puis, hier, dans un village, on nous a dit que vous étiez passés.

Alors, depuis, on vous court après.

Putain, y a pas un rombier. Les civils ont foutu le camp?

-Cette nuit, avec nos éléphants. -On n'est pas sortis de l'auberge.

-Roudier est mort. On l'enterre et on s'en va.

-Alors, mon adjudant, ça roule? -Ça va.

-Tant mieux.

-Oui… il est pas le seul, à ce que je vois.

-Chef, lui pas moyen marcher.

-Une chance que vous soyez arrivés. Tao Tsaï est sans doute tombée.

-Non. À la radio, ils disaient… -Vous l'avez eue?

-Tao Tsaï? Non. Les informations de Radio-France Asie.

-Écoute, Naï My est foutu: gangrène.

Soy ne vaut guère mieux. Vous êtes le patron, d'accord,

mais à votre place, je les abandonnerais sans hésiter.

-Vous avez sans doute raison. -Mais on les emmène?

Mon lieutenant, j'ai pas mal fait la guerre

et deux séjours en Indo.

Avant ce soir, on va se retrouver en caleçon.

Allez, debout, tout le monde!

Kut, tu files en tête. Ty, tu restes avec moi.

Alors, Perrin, tu es sourd? -Mon adjudant, c'est pour Roudier.

-Allez, file, laisse tomber. -La vache!

-De toute façon, les Viêts l'auraient déterré pour savoir qui c'était.

Partez, maintenant. Je m'occupe de lui.

-Vous avez raison. Vous avez toujours raison.

Et merci, Willsdorff.

-Ty, aide-moi. -Bien, chef.

-Quand les Viêts vont le tripoter, ça leur pétera à la gueule.

-Willsdorff… que pensiez-vous de Roudier?

-Il parlait pas beaucoup, mais il était pas mal.

Un bon sergent. Pourquoi?

-Eh bien, ça fait 18 jours que je suis arrivé à la section,

et je croyais le connaître un peu et… il m'a étonné.

Il est mort avec beaucoup de… bien, quoi.

Je suis content de pas l'avoir laissé.

Vous êtes un drôle de type. Je vous ai vu récupérer le FM.

Vous avez failli vous faire descendre mais vous auriez abandonné Roudier.

-Pourquoi croyez-vous que j'ai ramassé ce FM.?

Pour qu'il tombe pas aux mains des Viêts? Je m'en foutais pas mal.

Un FM bien servi, ça vaut du monde.

Roudier, ça valait quoi? Une vitesse d'escargot et il est mort quand même.

Gardez vos distances, bon Dieu!

C'est beau, cette vallée.

Dans 15 jours, tous ces arbres seront rouges. Ce sont des flamboyants.

Les Cambodgiens feront une fête. Ils se soûleront la gueule,

et ils danseront avec les filles toute la nuit.

Je vais vous dire quelque chose, mon lieutenant.

Quand on fait la guerre, y a une chose dont il faut être sûr.

C'est que l'objectif à atteindre justifie les pertes.

Sans ça, on peut pas commander.

Les distances! Les distances, bon Dieu!

-Chef, chef!

Petits enfants. Un type foutu le camp. Voltigeurs déjà partir voir.

-Viêt? -Méo.

-Bon, allons-y.

-Pas bon. Civils tous foutu le camp. Partout.

Pas bon. - Kut, tu nous casses les pieds.

-Civils ont trouille.

-Qu'est-ce que ça veut dire? Remettez tout ça

en place! - Laissez.

C'est Kut qui leur a permis de le faire.

-Vous êtes pour ce pillage? Bravo!

-Non. Ces rombiers nous ont pris pour des Viêts.

C'est pour ça qu'ils ont foutu le camp.

Ils pensent que les Viêts les pillent, c'est pas plus mauvais.

-Vous êtes très malin, Willsdorff.

Vos rombiers penseront ce qu'ils voudront,

mais on ne touchera rien, ici, vu? -Très bien. Kut!

Fais-moi ranger tout ce bordel!

Je vais vous raconter une histoire. Une histoire marrante.

En 46, pendant mon 1er séjour en Indo, la compagnie…

-Tiens, chef!

-Qu'est-ce que c'est?

"Saint-Estèphe 1950, Fou Po Hoa importateurs, Saigon."

D'où tu sors ça? -Là!

-On peut pas lui garder son pinard et lui faire rendre sa casserole.

Ça serait pas moral.

Ça va, garde ta casserole.

Ah, ce fumier de Fou Po machin l'a trafiqué à mort.

Enfin… Ça vaut mieux qu'un coup de pied au derrière.

Donc comme je disais, en 46, je venais de passer cabot-chef.

La compagnie était basée sur le Mékong.

Le capitaine, un drôle de rombier, tué en 49.

Il décide de faire un grand raid dans la nature.

Il avait une jambe de bois. Dans les bistrots,

il finissait toujours par la coller sur le zinc

et il y piquait des fourchettes dedans.

Avec le pantalon, ça faisait un effet plutôt marrant.

-Hop!

-Bon. Allez, on va pas moisir ici. On s'en va!

Je veux 5 m entre chaque rombier, compris?

Bon. -Merci, mon adjudant.

-À l'aller, tous les bleds qu'on rencontrait étaient bourrés de monde.

Les civils au garde-a-vous agitaient des drapeaux.

Un vrai 14 juillet.

Au retour, premier bled qu'on rencontre…

Pas un rombier! Comme ici, désert.

Le capitaine avait prévenu.

Tout village abandonné serait considéré comme rebelle et brûlé.

Enfin un village rebelle. On y fout le feu joyeusement.

Le bambou qui crame, ça crépite comme une mitrailleuse.

Y avait pas 5 min que ça pétaradait

que les civils rappliquent en piaillant comme 100000 diables.

Manque de pot, ils nous attendaient de l'autre côté!

; y

ils avaient toujours leurs petits drapeaux,

les bananes et leurs bols de riz.

Vive la mort, bon Dieu!

-Willsdorff, c'est une horrible histoire.

-Horrible.

-Emplacements de combat en pagaille. Un bivouac viêt, tout frais.

-Ils sont partis depuis longtemps?

-Viêt-minh peut-être déjà partis.

-Vous croyez ça, Willsdorff? -Oui. Tous ces abris…

Ça m'étonnerait pas.

Kut a l'œil, pour ça.

-Mon lieutenant, vous auriez une cigarette?

C'est Chang qui a les miennes. Merci.

-Chefs, eux la trouille, pas vouloir faire voltigeur.

-Ils commencent à m'énerver. Kut, on prend la tête. Viens!

Qu'est-ce que ça veut dire?

C'est pas pour un bivouac viêt qu'on va moisir ici!

Toi, file-moi ton PM et tes chargeurs.

J'aime pas être torse nu dans un accrochage.

J'ai l'impression que le tireur

donne un coup de coude à son copain: "Regarde, un joli carton.

"Non, pas celui-là, celui qui est à poil!"

C'est con, hein?

-Allez, debout!

Il faut traverser là. On pourrait mettre 2 FM en batterie.

-Vous croyez que… -Je sais pas, je suis énervé.

Il y a des traces.

Quand on sera passés, envoyez 4 ou 5 rombiers très espacés.

Kut!

-Les distances!

Les distances, bon Dieu! Les distances!

Halte au feu!

Halte au feu!

Halte au feu!

Ty, le FM. Tu restes ici jusqu'à nouvel ordre. En avant!

-Planquez-vous!

Han, passe-moi le FM. Je sais où ils sont, moi.

Ils sont une dizaine, avec 4 ou 5 fusils.

On en a bousillé 2. Après votre numéro, ils ont décampé.

-Chef!

Les civils beaucoup la trouille. -Très bien.

Qu'est-ce qu'ils racontent?

-Le type là-bas, c'est le chef viêt-minh,

blessé hier soir par les Français à Tao Tsaï.

-Alors le poste tient toujours…

-Ça va pas?

-Caporal,

tu vas dire à Ty de venir ici avec tout le monde.

J'ai mal au ventre.

-Sûrement la dysenterie.

Il fallait bouffer de l'opium, c'est ce qu'il y a de mieux.

-Bon, qu'est-ce qu'ils disent?

-Pas grand-chose.

Ils ont été réquisitionnés pour ravitailler un dépôt de riz.

Les Viêts leur ont dit que Diên Biên Phu était tombé.

Tao Tsaï aussi.

Mais ils ont encore entendu tirailler cette nuit.

Vous ne devriez pas boire! -Tao Tsaï est encore loin?

-2 heures de piste. Mais on la prendra pas.

-Excusez-moi.

-Ty! Tu les suis.

-Halte au feu!

Halte au feu!

-Que foutais-tu là-bas? Tu vas faire bousiller ton poste!

-Ah, les vaches! Ils ont buté Gégène.

Mon adjudant…

il y avait un PM, je l'ai ramassé et puis…

-C'est rien du tout.

Ça t'apprendra à jouer les voltigeurs de pointe.

Fous-moi le camp!

-Tao Tsaï.

Il fallait s'y attendre.

-Merde, j'ai même plus de cigarettes.

-Tu m'as quand même eu.

Je croyais pas que t'arriverais à nous emmener jusqu'ici.

-Je me suis foutu de la fumée dans l'œil.

Je le savais.

Je le savais tout le temps.

Tao Tsaï est tombé.

OK.

On continue sur Kratie.

On fait halte ici,

cette nuit.

On a fait la moitié du chemin. Ça sera plus facile, maintenant.

-C'est le Dakota de Royal Air Cambodge.

Perrin, ta radio! -Oui, mon adjudant.

Je l'appelle sur 5340 kilocycles, il doit être en Q.À..

-Démerde-toi.

C'est Delpierre, le pilote: un civil réquisitionné.

Il parachutait le courrier, à Luong Ba.

-Alors, Perrin?

-Ça vient. Pédale, Chang, vas-y!

Qu'est-ce que c'est, son indicatif? Kilo quelque chose.

Dakota! De Lima Bravo.

Répondez. J'écoute, Dakota de Lima Bravo.

Répondez, je vous écoute.

*-Lima Bravo. Dakota Alpha Kilo, parlez.

Lima Bravo, de Dakota Alpha Kilo. Parlez.

-Branche-moi.

Ici Willsdorff. C'est toi, Delpierre? J'écoute.

*-Willsdorff? Pas possible! Je te croyais mort.

Vous êtes portés disparus depuis 3 jours.

-Demande-lui un parachutage.

-Alpha Kilo, ça va comme ça, il nous faudrait un parachutage:

munitions, rations de survie,

médicaments. Bien compris? J'écoute.

*-Affirmatif, Lima Bravo. Dis-Moi où et quand, j'écoute.

-Le plus vite possible. Je ne sais pas exactement où,

mais dans le secteur. Dans la direction

où on a chassé le tigre l'année dernière. J'écoute.

*-Affirmatif. Le bikini de ma femme? À toi.

-Alpha Kilo, affirmatif.

*-Demain j'ai une mission près d'ici,

à partir de 17 h, en écoute. Tu me guideras.

Je suis à cours de jus, je rentre. Tu l'auras, ton parachutage.

-Alpha Kilo, bien compris, merci.

Bois un cognac-soda bien glacé à notre santé, chez Pellegrin.

Terminé.

-C'est quoi, cette histoire de tigre?

*-Soldats français de Lima Bravo,

vous êtes perdus. Rendez-vous à l'armée

de la République démocratique du Viêt-Nam.

Vos blessés seront soignés comme les nôtres. Cessez cette guerre.

-Ils se foutent de nous, ma parole!

-On est pas sortis de l'auberge.

Je veux voir personne sur la crête.

Nettoyage des armes.

Kut? -Oui, chef?

-Tu fais le compte des munitions.

Ty? -Oui, chef?

-Tu vois les malades, compris?

*-Ici Radio-France Asie, voici notre bulletin d'information.

Après 57 jours de combat, Il semble

que toute résistance organisée ait cessé

dans le centre du camp retranché de Diên Biên Phu.

Les équipages des avions de ravitaillement ont déclaré

qu'à partir de 18 h, la DCA viêt-minh a cessé de tirer.

Ils ont pu observer de longues colonnes d'hommes,

probablement des prisonniers, qui s'enfonçaient dans la jungle.

Dans toute l'Indochine,

des divisions viêt-minh foncent vers le sud à la lueur des torches.

Demain s'ouvre la conférence sur la question indochinoise.

Monsieur l'amb…

-Alors?

Ils ont gagné la guerre?

Je vais vous dire quelque chose.

Voilà. On est pas sortis de l'auberge, hein?

Je ne crois pas qu'on arrivera à Kratie.

Alors, j'ai pensé que… Willsdorff, donne-moi une cigarette.

Alors voilà.

Demain, on attaque les Viêts du village.

Du village du dépôt de riz.

-Tu ferais mieux de te mettre à la pipe à eau, comme moi.

Ça coupe un peu les pattes, au début, mais on s'y fait.

-Vous ne…

Tu ne dis rien?

-C'est toi le patron, j'écoute.

-Très bien.

Demain, on attaque le village des Viêts.

-Vous vexez pas, mon lieutenant. Vous vexez pas.

J'allais justement te faire une proposi…

Ils commencent à m'emmerder, ceux-là!

Oui, tu as raison.

On n'arrivera jamais à Kratie.

Notre seule chance, c'est de monter vers le nord-est.

On sera vite chez les Méos, ils sont organisés en maquis.

C'est ce qu'on voulait faire avec Kut.

Et on est tombés là OÙ VOUS avez pris les éléphants.

Le tigre, c'est ça.

Un code pour dire à Delpierre qu'on allait monter vers le nord-est.

-Qu'est-ce c'est, ce tigre? -L'an dernier, en patrouille,

Kut a tué un tigre au PM.

On a donné la peau à Delpierre, il l'a envoyée à sa femme.

Comme c'était trop troué pour un manteau,

elle en a fait un maillot de bain. Tu te rends compte?

Un bikini! -L'herbe cuite,

c'est bon pour la chiasse.

-Tiens, bois ça.

C'est chaud, attention. Bois, ça te fera du bien.

-Ton maquis montagnard… Très bien.

C'est une très bonne idée. Mais avant, on peut faire notre coup.

-Nos rombiers sont crevés.

-"Crevés"… Ils sont "crevés".

Pas étonnant que depuis 4 jours, on se sauve.

Ils sont "crevés". Ils sont surtout dégonflés, oui!

Demain, on planque les blessés, les paquetages,

on forme un commando et on fonce. La charge de la brigade légère.

-Et on se retrouve en caleçon.

Qu'en dis-tu, Kut? -C'est mieux partir.

-J'irais bien avec vous. -Toi, on te demande rien.

Avec un peu de pot, on va bousiller 10 rombiers.

Et alors? -T'en veux, de ce thé dégueulasse?

Willsdorff, on se les paie, ces Viêts?

Après, on ira à la chasse au bikini.

Ah, bon Dieu, il fait presque frais.

-Vous me faites penser à un rombier.

Il était blessé au bras, comme Perrin,

et il te ressemblait.

À Berlin, pendant les derniers jours de la guerre.

Lui aussi, il voulait faire… "la charge de la brigade légère".

Mais moi, je me suis barré.

Il m'a dit: "De toute façon, on sera pendus.

"Vive la mort."

Et il rigolait.

Quand je suis parti, les Viêts leur tiraient dessus au canon.

Euh… pas les Viêts, les Russes.

-Tu vois, Willsdorff,

si on s'en sort, on se paiera une soirée à Kratie chez…

Comment tu l'appelles, déjà?

-Quoi?

-Tu sais, le bistrot à Kratie.

-Le bungalow, tu veux dire, chez Pellegrin?

-Oui, "chez Pellegrin".

On se paiera une soirée chez Pellegrin à tout casser.

On fumera des cigares.

Tu vois, Willsdorff…

-Quoi?

-Non, rien.

Tu crois qu’Hanoï va tomber, maintenant?

-S'ils veulent. Y a plus rien entre Diên Biên Phu et Hanoi.

-Et l'Indochine?

-Non, je pense pas.

-Ça te fait quel effet de perdre des guerres, toi?

Mais t'as l'habitude, t'étais dans la Wehrmacht.

Par conviction? -J'étais mobilisé!

L'Alsace était Volksdeutsch, annexée.

J'ai servi dans l'armée allemande, mais il faut pas non plus…

Et puis tout de même….

Smolensk, Voronej, Koursk, Kharkov… Putain!

-On y va, maintenant?

"La charge de la brigade légère."

-Attends, j'en ai compté 8, mais il doit y en avoir de planqués.

-Qu'est-ce qu'il fabrique? Il fête sa victoire ou quoi?

-Sûrement un commissaire politique.

-OK. Écoute, on va placer 2.…. -Non, attends. Tu vas voir.

Tu vois la dernière baraque, là-bas?

Le paysan m'a dit que c'était le dépôt de riz.

Je file bloquer la sortie.

Toi, tu tiens à l'œil la baraque que je t'ai dit.

La 2e sentinelle doit traîner un peu plus loin.

Quand je serai bien installé, crac! D'accord?

-Je croyais que tu voulais filer à la chasse au tigre.

Hé! Perrin!

Donne-le. J'étais champion de tir, à Coët.

-La sentinelle, la sentinelle!

-Prends ça et reste ici. En avant!

-Tirez en l'air!

-Ty, rassemble-moi tout ce monde ici.

Kut, va brûler le dépôt de riz.

-Arrêtez immédiatement!

J'interdis qu'on touche aux poulets ou à quoi que ce soit, vu?

OK, le cirque est terminé. Trois types pour aider Kut.

Les autres, qu'ils détruisent les fusils.

-Elle est foutue. Je leur ai dit de lui filer de l'opium pour la calmer.

Je t'en ai piqué un peu pour toi.

-Chef, lui vouloir foutre le camp. Moi le tuer?

-Non, il aidera à porter les blessés.

-Quelle victoire! "La charge de la brigade légère"…

Combien de Viêts au tapis?

-9 ici avec les deux sentinelles. Combien dans la baraque?

-3. Ça fait 12, il en manque 3. Non, j'oubliais le prisonnier.

- Chef, maison brûlée.

-OK.

J'aurais voulu savoir ce qu'il faisait, celui-là.

-Moi connaître, chef.

Lui dire: "Cambodgiens jaunes.

"Pas bon faire camarades avec Français blancs.

"Faire camarade avec Viêt-minh jaunes, même chose."

Lui dire:

"Français foutre le camp de Diên Biên Phu."

Blancs foutre le camp.

Jaunes, rester.

Lui dire comme ça. -Ah oui?

Écoute ce que je vais dire et traduis-le aux rombiers qui rigolent.

Le sang est rouge. Le rouge reste et il restera toujours ici,

lui et tous ses camarades aussi. Toujours!

Fais creuser les tombes. Et dans le village, les tombes.

-Très joli, ton numéro.

Mais c'est plutôt primaire, cette démonstration par les œufs.

-Ne crois pas ça.

En 46, Ils n'osaient pas tirer sur nous, les dieux blancs.

Ils pensaient que les balles retourneraient sur eux.

Tu vois, au Cambodge… -Perrin!

-Oui? -Arrive!

-J'ai l'œil, hein?

Pas dégueulasse. On dirait de l'anglais.

Tu vois, au Cambodge, ils aiment les histoires merveilleuses,

les signes du destin,

les symboles.

Ce sont des poètes, quoi.

-Mais toi aussi, tu es un poète. Un poète tragique.

-Kut, en avant!

*-Alpha Kilo de Lima Bravo.

Parlez. Bon Dieu, Chang, arrête de chanter.

Pédale, pédale plus fort.

Alpha Kilo, Alpha Kilo de Lima Bravo, de Lima Bravo.

Répondez, je passe sur écoute.

T'as vu ce chinetoque?

Mais qu'est-ce qu'il me veut, cet enviandé?

Tu veux ma photo, hein?

...

Tiens, Chinois, fume. C'est du belge.

; y

Alpha Kilo de Lima Bravo, parlez.

*-Lima Bravo, je vous reçois 2 sur 5. Je compte pour réglage: 1, 4.

-Je l'ai, mon lieutenant. *-Lima Bravo, à vous.

-Alpha Kilo, cinq cinq, à vous.

*-Lima Bravo, je suis à la verticale de Tao Tsaï,

route au nord, guidez-moi.

-30 degrés à droite. À l'ouest. Perrin, dis-lui route au 350.

*-Alpha Kilo, route au 350, parlez.

*-La ligne a été brouillée, je ne comprends pas. Répétez.

-Vas-y en danseuse, tête de lard.

Alpha Kilo, route au 350, vous avez été brouillé. À vous.

-Écoutez.

-Le voilà.

-Chang, pédale. Alpha Kilo, je vous vois, virage à droite.

120 degrés à droite. Nous sommes derrière vous.

Vous vous éloignez. Virage à droite. On est derrière vous, maintenant.

Vous êtes complètement perdu, revenez.

*-Lima Bravo, bien compris. Bien repéré votre balisage.

Je vais larguer un 1er parachute.

-Qu'est-ce qu'il branle?

-Appelle, il se goure.

-Alpha Kilo, nous sommes derrière vous, derrière vous.

Alpha Kilo, vous êtes fou. Vous êtes en train de larguer chez les Viêts!

Je répète: nous sommes derrière vous.

Parlez.

Il vire, il a enfin compris, ce con! Nous sommes sur votre gauche.

Attention, continuez votre virage à gauche. C'est parfait.

Nous sommes droit devant vous. Parlez.

*-Lima Bravo, je vous reçois mal. On a largué sur une crête balisée.

Attention, je ne ferai qu'un seul passage. Parlez.

-Bien reçu. Allez-y et merci.

-Alpha Kilo, le cap est bon. Tu ne devrais pas tarder à nous voir.

J'écoute.

*-Lima Bravo, reçu.

Lima Bravo, balisage repéré à 11 h. Parlez.

-Alpha Kilo, je te guide pour le parachutage.

Attention, dans 5 secondes.

4, 3, 2,1...go!

Formidable, mon coco. Merci, à bientôt. Terminé.

-Récupérez les toiles!

*-De Alpha Kilo à Lima Bravo, bonne chance, les copains. Terminé.

-Pas de pagaille, bon Dieu. Et je veux 5 rombiers par colis.

Kut, on fait ramasser les toiles. Comme repère, on fait pas mieux.

-Les toiles, les toiles!

-Kut…

C'est le bordel. -C'est cassé, le Pernod.

-Fais-moi ranger tous ces rombiers en colonne.

-Tiens.

Tiens, mon lieutenant. À toi l'honneur.

-Ma parole, c'est Byzance!

Kut, deux paquets par rombier.

Tu ferais mieux de démonter ton poste au lieu de faire le con.

-Chef!

-"Je leur ai balancé tes médicaments. Filez vite.

"Ils ont beaucoup de monde dans la vallée à côté. Delpierre."

Mais qu'est-ce que c'est que ce poulet? Enfin, arrêtez!

Les Viêts sont là-bas, derrière. Vous avez fini, non?

D'où sort ce poulet?

C'est toi, Xoung?

J'aurais dû m'en douter.

-Prendre village. Lui content dormir là.

-Tu m'étonnes. Le lieutenant avait interdit de prendre les poulets.

-Pris avant lieutenant dire.

-Allez, fous-moi le camp!

Ty, tu lui donnes 2 paquets en plus pour lui apprendre!

Dépêchez-vous! Ramassez vos liquettes et l'armement.

Kut, on prend la tête tous les deux.

Bon, le lieutenant repart.

Allez, on y va, Kut.

On s'en va!

Putain, il fait chaud.

Vous avez mal?

-C'est dégueulasse.

-Comment ça, "dégueulasse"? C'est la guerre.

Ils savent la faire, les fumiers.

Chapeau!

Tu crois que tu pourras te cramponner à mon cou?

Parce qu'ils vont venir admirer leur boulot.

-Va-t'en, Willsdorff.

Va-t'en. -On va piquer droit dans la jungle.

En bas, on sera camouflés.

On trouvera bien des bambous pour te faire une civière.

-Va-t'en.

Je m'en fous, tu sais. Je suis fatigué.

File-moi une cigarette et va-t'en.

-Chef, chef, foutre le camp! -J'arrive.

Adieu, mon lieutenant.

-Barre-toi. Toi aussi.

-Alors, Ty?

-Willsdorff…

Willsdorff…

S'ils ne reviennent pas…

cette nuit…

les bêtes.

J'ai… j'ai peur des bêtes.

-En route.

-Il est 15 h 30, le lundi 10 mai 1954.

La 317e section n'existe plus.

Le 7 décembre 1960,

l'adjudant Willsdorff sera tué au cours d'un accrochage en Algérie.

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