All language subtitles for Third Man on the Mountain (1959 us Ken Annakin).FR.fr

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Original subtitles

LE TROISI�ME HOMME SUR LA MONTAGNE

Nous remercions sinc�rement

de leur g�n�reuse collaboration la population de Zermatt,

ses guides, ainsi que les guides de Chamonix.

Rudi !

Tu r�ves encore ?

En une semaine, �a fait quatre assiettes, trois tasses et un plat.

Tu as battu ton record, mon gars.

Je baisserais bien le store, mais on va manquer de lumi�re.

Grouille-toi ! Ton eau va �tre froide et la vaisselle graisseuse.

C'est tous les jours pareil. Tu n'as jamais le temps de t'appliquer.

C'est ta job. Ce serait � toi de le faire.

Bient�t, c'est moi qui vais faire la vaisselle.

Les touristes vont rentrer d'excursion avec une faim de loup.

S'ils grimpaient comme ils mangent,

la Citadelle aurait �t� escalad�e 100 fois.

Mais non. Ils ne viennent ici que pour manger.

Ils sont aussi capricieux chez eux ?

Celui-ci ne mange pas d'ail. Celui-l�, c'est autre chose.

Les autres demandent ce que vous n'avez pas.

Rudi, va me chercher un sac de carottes.

Il est pass� o�, celui-l� ?

�a sent bon.

�a sent le roussi.

Il est pass� o� ?

Devant le jardin de Mme Gertz.

Le chien aboie toujours apr�s Rudi.

Depuis ce matin, j'�tais s�re qu'il allait se lancer.

- Et tu ne l'as pas arr�t� ? - L'arr�ter ?

- Autant essayer d'ass�cher l'oc�an. - Arr�te tes folleries.

Que vais-je dire � ton p�re quand il verra que le petit est parti ?

Tu trouveras bien quelque chose.

Oui, la v�rit� !

Attends un peu. Tu verras.

Ass�cher l'oc�an ! Je vais l'ass�cher, celui-l�.

Je le savais. Je l'ai vu de la fen�tre.

Le petit n'est pas l�. Sa m�re est malade.

- Pas besoin d'aboyer. - Les tables sont mises ?

On voit que tu as de la pratique. Tu es un formidable menteur.

J'aurais b�gay�.

Je devais me couvrir. Je suis responsable de ce sacripant.

Laisse-moi, il faut que je travaille.

- Il doit �tre au haut plateau. - Tu vas sacrer ton camp ?

Ce n'est pas convenable que la fille du patron tra�ne dans les cuisines.

Tu te souviens quand nous allions au Felsberg ensemble, nous trois ?

On y pique-niquait et tu enseignais l'alpinisme � Rudi.

Eh oui ! C'est vieux tout �a.

J'ai promis de ne jamais parler montagne avec Rudi.

Et je n'ai qu'une parole.

Monte d'Oro.

Wunderhorn.

Et toi.

Et toi aussi.

Salut � toi.

Et toi.

Salut � toi.

Au secours !

Tenez bon. Je vais vous tirer de l�.

- Votre corde n'est pas plus longue ? - Je vais trouver autre chose.

�a y est.

Il faut bouger.

Levez-vous.

Tout va bien. Laissez-moi reprendre mon souffle.

- Mais vous �tes un enfant ! - Ne vous fatiguez pas � parler.

- Comment �tes-vous mont� ? - J'y viens souvent. C'est facile.

Facile ? Vous m'avez sauv� la vie.

- Ce n'est pas possible. - Quoi donc ?

Je n'ai pas pu sauver la vie du capitaine Winter.

C'est tout � fait possible.

Comment avez-vous fait votre compte ?

J'�tais trop captiv� par le paysage pour voir o� je mettais le pied.

- Cette montagne-ci ? - Oui.

Cette montagne-ci.

Elle vous int�resse tant que �a, cette montagne ?

Mon p�re y est mort.

Votre p�re ? C'est quoi, votre nom ?

- Rudi Matt. - Le fils de Josef Matt !

- Exactement. - J'aurais d� me douter.

Vous croyez qu'on peut l'escalader ?

- La Citadelle ? - Votre p�re le croyait.

Il �tait le seul guide suisse � le croire. Et je suis de son avis.

Vous �tes venu � Kurtal pour escalader la Citadelle ?

C'est plus compliqu� que �a.

Dans tout Kurtal, pas un seul guide ne veut m'accompagner.

- Je peux en parler � mon oncle Franz. - C'est d�j� fait. Il refuse net.

N'importe quel pic, d'accord. Sauf la Citadelle.

Je dois aller � Broli, dans la vall�e voisine.

- Il y a un nomm� Saxo l�-bas. - Emil Saxo ?

C'est �a. Mais il faut d'abord que je choisisse un itin�raire.

S'il en existe un.

Il y en a un.

Vous y croyez vraiment ? Vous �tes le seul.

C'est une affaire de confiance. Je crois � ce que dit le vieux Teo.

- Le vieux Teo ? - Le guide qui �tait avec mon p�re.

Et qu'est-ce qu'il dit ?

Sir Edward et Teo attendaient sur une corniche,

pendant que mon p�re continua seul.

� son retour, il avait un regard �trange et fi�vreux.

Avant de pouvoir dire ce qu'il avait vu, l'avalanche les a emport�s.

Sir Edward bless�, mon p�re est rest�. Teo est all� chercher de l'aide.

Je connais la suite, Rudi.

Votre p�re a envelopp� Sir Edward dans son veston et son chandail.

Et � la fin dans sa chemise. Il l'a couvert avec sa chemise rouge.

J'aurais bien aim� le conna�tre.

Bonsoir, mesdames.

- L'apr�s-midi s'est bien pass� ? - Passionnant.

- Excellent pour vous ouvrir l'app�tit. - Un bon souper vous attend.

Des Am�ricains, Lizbeth ! Le monde entier fr�quente mon h�tel.

Je les ai pris pour des Anglais.

Je leur aurais demand� 20 francs au lieu de 10.

Il ne nous manque rien, vous �tes s�r ?

Oui, madame. Mais un bon porteur ne serait pas superflu.

Venez nous prendre � l'h�tel � 10 h 30.

Sans faute, madame.

- Je suis rentr�. - Tu �tais parti ?

Pour le concert de la chorale ce soir, je peux t'inviter ?

- Merci. - Moi, je ne lave pas la vaisselle.

Tu t'en fais trop � mon sujet, Klaus. Rudi ne m'a pas encore invit�e.

Mais si jamais...

H�, Lizbeth, attends.

Bonsoir, M. Lerner.

On dit que le capitaine Winter est l� et qu'il s'int�resse � la Citadelle.

- � chacun ses faiblesses. - Dans son cas, c'est dans la t�te.

Franz Lerner arrive. Tu inventes quoi ?

Tu as besoin de pratique. Invente quelque chose.

- Bonsoir, Lizbeth. - Bonsoir, M. Lerner.

O� est le petit, Teo ? Bonsoir, Gretchen.

- Tu parles de Rudi ? - �videmment.

Il n'est pas l�, comme tu vois. Je l'ai envoy� faire une commission.

- Il se conduit bien ? - Raisonnablement bien.

Je me suis arr�t� en passant.

Dites � votre s�ur que je suis d�sol�e qu'elle soit malade.

- Qui a dit que ma s�ur �tait malade ? - C'est vous, non ?

- N'est-ce pas pour �a... - Petite peste...

Alors, �a recommence !

Et toi, Teo, tu l'encourages et le d�fends.

- Tu mens sans arr�t. - Oui, aux femmes trop curieuses.

- Tu m'as menti � moi. - Je devrais faire une exception ?

Vous faites tout ce vacarme pour quelques assiettes sales !

C'est une question de principe. Le petit est cens� travailler ici.

Pourquoi l'appelez-vous "le petit", comme s'il faisait partie des meubles.

Il est encore petit et sa place est ici.

- C'est toi qui d�cides ? - Ne t'en m�le pas.

Je n'ai pas l'intention de m'en m�ler. Mais �a ne changera rien � la fin.

On ne peut pas enfermer un Matt dans une cuisine. Un jour, il explose

et on ne peut pas le contr�ler, pas plus que... Comment tu disais ?

Qu'on ne peut ass�cher l'oc�an.

Comment ? Il se manigance des choses derri�re mon dos.

Arr�te d'aboyer, sinon M. Hempel croira que je fais cuire un taureau vivant.

Qu'est-ce que vous faites dans ce village ? Apprenti guide ?

- Non. - Alors quoi ?

- Je fais la vaisselle. - Le fils de Josef Matt ?

Je prends ce sentier,

mais d'abord il faut que je vous demande une faveur.

Ne parlez pas de notre rencontre.

Apr�s ce qui s'est pass� aujourd'hui ? Vous �tes trop modeste, Rudi.

Si ma m�re et mon oncle apprenaient la chose, j'aurais des ennuis.

- Vous n'aurez pas d'ennuis, promis. - Merci.

Franz, peut-�tre que si tu en parlais � M. Hempel,

Rudi pourrait avoir un autre poste � l'h�tel, loin du vieux Teo.

� quoi �a servirait ? Il continuerait � voir Lizbeth.

J'avais dans l'id�e de parler � Lizbeth.

Pour risquer de froisser M. Hempel ? Non, Ilse.

Ne la m�le pas � cette affaire.

� l'�t�, le petit va partir � Zurich pour faire son apprentissage.

Il va d�couvrir que la montagne n'est pas tout

et oublier son r�ve de devenir guide.

C'est une maladie, une calamit�.

Comme si cette maudite montagne le r�clamait lui aussi.

Arr�te de te faire du mauvais sang, Ilse. Tout va s'arranger.

Laisse-moi faire.

Je suis en retard.

On a eu beaucoup d'ouvrage � l'h�tel.

Beaucoup de vaisselle � laver.

Oui, j'ai vu la vaisselle.

Et j'ai entendu assez de mensonges pour une journ�e.

Je ne veux plus en entendre.

Tu avais donn� ta parole, Rudi. Alors pourquoi ?

Je ne sais pas.

- Tu ne sais pas ? - Je n'y avais pas pens� avant.

Mais de la fen�tre de la cuisine, j'ai vu le soleil sur la montagne.

Tu as vu le soleil, mais pas l'avenir que M. Hempel peut t'assurer.

- Il s'int�resse � ton avenir. - Je ne lui ai rien demand�.

Non, tu as tout re�u sur un plateau d'argent.

Tu n'y es pour rien, c'est ton nom qui a tout fait.

Ton p�re a amen� le tourisme � Kurtal, des alpinistes du monde entier.

- M. Hempel lui doit son h�tel. - Tu comprends ?

Tu as plus de possibilit�s que les autres gar�ons.

Tu pourrais m�me devenir le patron de l'h�tel Monte d'Oro.

C'est tout de m�me une vie plus agr�able que de grimper sur des rochers.

- Non. - Regarde-moi bien, Rudi.

Je suis guide depuis 20 ans. Et un des meilleurs.

Qu'est-ce �a m'a rapport� ?

Je n'ai m�me pas de quoi acheter 12 vaches.

Regarde ce qui est arriv� au vieux Teo.

Un infirme, un craquepotte.

Malgr� tout, il est mont� plus haut que personne � Kurtal.

Il est le seul homme vivant...

C'est vrai. Mais pense � quelqu'un d'autre.

Tu pourrais penser � ta m�re et � tout ce qu'elle a endur�.

- O� vas-tu ? - � l'h�tel, finir la vaisselle.

Capitaine Winter.

Mes excuses, Franz. Je vous ai cherch� au village.

Des excuses ? C'est un honneur pour ma s�ur et moi.

L'honneur est pour moi. La veuve de Josef Matt.

- Voici son fils, Rudi. - Bonsoir.

Prenez un si�ge, capitaine.

Je voulais savoir si vous seriez disponible pour une escalade demain.

Mais bien s�r.

Sauf s'il s'agit...

Non, ce ne sera pas la Citadelle. Je pensais au Wunderhorn.

- La vue est jolie. - Et c'est la vue qui m'int�resse.

On partirait � midi, pour dormir au refuge et escalader le lendemain.

Il faut des vivres, des couvertures et un porteur.

Bien s�r, un porteur. Pourquoi pas Rudi ?

Le petit a un travail, mais je vais trouver ce qu'il faut.

Je t'en prie. Pour une fois ?

- Tu as d�j� oubli� ? - Mais l�, c'est le capitaine Winter.

- �a suffit. - Arr�te ces sottises.

Tu ne pourrais m�me pas faire le travail.

Si, je le peux, et le capitaine le sait. C'est pour �a qu'il m'a demand�.

Le capitaine qui ne t'avait jamais vu de sa vie ?

Notre secret est �vent�, Rudi.

- On s'est vu sur le glacier aujourd'hui. - Et il vous a dit qu'il �tait porteur ?

Non, mais je vous annonce avec plaisir qu'il m'a sauv� la vie.

Wouf, wouf !

As-tu oubli� ta t�te en partant ce matin ?

Oui, c'est-�-dire non. �coute-moi. Demain, je fais le Wunderhorn.

- Rudi. - Il est tomb� sur la t�te.

- Porteur du capitaine Winter. - Il est tomb� sur la t�te !

Il va encore se sauver.

Non, ma m�re et mon oncle m'ont permis. Tony Bassler va me remplacer ici.

Ils ont enfin c�d�. En fin de compte, il sera guide.

Pour un jour seulement et seulement � cause du capitaine.

�a vaut la peine au risque d'y laisser ma peau.

�a pourrait arriver, alors du calme.

Tu n'as jamais escalad� avec une cord�e.

Qui venait avec nous pour nous entra�ner ?

Un vieux grincheux. Je l'entends d'ici.

Lentement, un pied, puis l'autre.

- C'est parti. - Pas sur mes armoires !

V�rifie ton point d'appui.

Une vache � 3 pattes ferait mieux que toi.

Cassez-vous la gueule, �a m'est �gal.

�loigne-toi de la paroi.

O� es-tu, Lizbeth ?

- Qu'est-ce qui se passe ? - On vient de d�visser du Wunderhorn.

En jaquette ?

Monte dans ta chambre.

De la part du capitaine Winter.

- Il dit que c'est important. - Il a chang� d'id�e.

Qu'est-ce qu'il dit ?

Lis la fin, pour que Teo entende �a.

"..modestes preuves d'admiration et de gratitude

"de la part de votre ami et coll�gue, John Winter."

- Pour toi, petit, ce sera quoi ? - J'ai un bon.

Bonjour, mademoiselle.

M. Burgener n'a pas ses lunettes et nous sommes press�s.

Je vous lis ce qui est �crit.

"Cher Rudi, si vous allez chez Alex Burgener,

"vous y trouverez quelques objets utiles,

modestes preuves d'admiration et de gratitude

"de la part de votre ami et coll�gue, John Winter."

Voil� pour toi.

Vous �tes s�r ? Ce sont les meilleures bottes.

On ne fait pas mieux. Le capitaine Winter est venu lui-m�me les commander.

Je te sugg�re de les essayer pendant une heure pour les faire � ton pied.

Dire que je n'ai jamais rencontr� de riche Anglais dans une crevasse !

Pour faire guide, il n'est pas assez bien b�ti.

Tout comme son p�re. �a fait plaisir de voir un autre Matt dans la montagne.

Bonjour, Klaus. Beau temps pour prendre une marche.

- Bonjour, Franz. - Capitaine.

Pour te prot�ger.

Allons, Rudi !

�a, Rudi, ce n'est pas une promenade pour des ch�vres de montagne.

F�licitations, Rudi.

Nous avons de la compagnie.

Johann Fieniger est parti avec un groupe ce matin.

Des compatriotes � vous, un Fran�ais et un Italien.

On ne s'ennuiera pas ce soir.

Pour conna�tre la montagne, venez dans mon pays.

- Les plus belles ascensions sont en Italie. - Il faut que je le r�p�te ?

- �a va pour ce soir. - Les Fran�ais grimpent depuis toujours.

Avant m�me que les Fran�ais n'existent, mes anc�tres sillonnaient les Alpes.

C'est le pass�, mais nous avons ici une gloire actuelle.

Messieurs, voici John Winter, le vainqueur de 50 pics.

Et, incidemment, un Anglais.

John Winter.

Merci. Incidemment, en effet, je suis Anglais.

Mais les alpinistes ne forment-ils pas une race � part ?

- Oui. - C'est vrai.

Puis-je rendre hommage � une l�gende qui est proche de nous dans le temps ?

Je veux parler du grand guide, Josef Matt.

- Bravo ! - Un vrai montagnard.

- Souhaitons que son fils perp�tue le nom. - Merci.

- Maintenant, dodo. - Je ne suis pas fatigu�, je peux veiller.

Allons ou je te couche de force.

Va, Rudi. Tu as besoin de beaucoup de sommeil.

Bonne nuit, Rudi.

O� allez-vous demain ?

Nous allons suivre la face orientale et escalader cette chemin�e.

�a n'a jamais �t� fait, mais j'ai comme une id�e que si...

Tr�s bien, mon gar�on.

- Ce n'est pas un poids mort. - Attendons la suite.

Un instant, Franz.

Dans un moment comme celui-ci, je plains ceux qui n'ont jamais connu la montagne.

Moi aussi.

Des millions de personnes ignorent que cela existe.

Venez. Il faut encore escalader cette face.

Regardez, on voit le refuge o� mon p�re a pass� cette derni�re nuit.

- Personne n'y est venu depuis. - On n'est pas venu pour �a.

- Moi, oui. - Vous ne montez pas au sommet ?

- Non. - Autant manger, alors.

La voil�, la Forteresse. C'est elle qui m'a toujours barr� la route.

Dites-moi, Josef Matt est-il mont� au-dessus de la Forteresse ?

- Non, au pied seulement. - Mais...

On dit qu'il a trouv� un itin�raire. C'est sans doute par la face orientale.

- Qu'en pensez-vous, Franz ? - Je ne connais rien � la Citadelle.

- Vous n'aimeriez pas savoir ? - Non, pas du tout.

C'est une montagne maudite, une tueuse.

On l'a laiss�e � elle-m�me il y a 16 ans.

Et il vaut mieux la laisser � elle-m�me pour toujours.

Qu'est-ce qui arrive ?

Rudi, ne bougez pas.

Non, je vais aller le chercher.

Je suis plus grand. C'est plus facile pour moi.

C'est mon neveu et j'en suis responsable.

Attendez, Franz.

Franz, �a ne va pas tenir.

Pr�t, je peux vous retenir.

Je suis d�sol�, mon oncle.

Qu'est-ce qui s'est pass� ?

Je pensais avoir trouv� un meilleur itin�raire.

Tenez bon.

C'est parti.

Tu les vois ?

- Oui, mais... - Mais quoi ?

Lorsque le porteur marche entre le client et le guide, �a veut dire quelque chose ?

Oui, Lizbeth. J'en ai bien peur.

Oubliez �a. On fait tous des erreurs.

Par exemple l'autre jour, quand je suis tomb� dans une crevasse.

Bonsoir, capitaine.

Je vais r�gler des affaires � Gen�ve pendant qu'il fait mauvais.

- Mais vous revenez ? - Vous le savez bien.

Franz, vous savez que nous pourrions escalader la Citadelle, nous deux.

Vous savez que c'est avec vous que je pr�f�rerais le faire.

J'aime grimper avec vous, moi aussi. Mais pas la Citadelle.

Promettez-moi une chose.

R�fl�chissez pendant mon absence. On en reparlera � mon retour.

Autre chose. Avec le petit, ne soyez pas trop dur.

Le petit va tr�s bien. Il est retourn� � sa place.

Avancez. Allez.

Tr�s bien, Rudi. Ce n'est pas un poids mort.

Souhaitons que son fils perp�tue le nom.

Mais ce n'�tait pas suffisant pour toi.

- Il fallait que tu... - Rudi, tu devrais d�j� �tre � l'h�tel.

Mets une chemise propre.

- O� sont-elles ? - Ton oncle les a prises.

- Il n'a pas le droit. - Il garde la hache et le sac � dos.

Il va revendre les bottines � un guide du village.

Il te donnera l'argent, bien s�r.

Il aurait pu me laisser les bottines.

Il vaut mieux faire table rase.

Ce serait du gaspillage de les laisser s'ab�mer dans l'armoire.

- Bonjour, Rudi. - O� les as-tu trouv�es ?

Chez ton oncle Franz.

- Pourquoi te les donner ? - C'est un homme d'affaires.

Et je pouvais lui offrir 10 francs de plus que Klaus.

Klaus ? Il aurait port� mes bottines !

Pardon, ce sont mes bottines.

Toutes mes excuses. Vos bottines, mademoiselle Hempel.

- On t'a vu redescendre. - Comme un poids mort.

- Tu sais ce qui s'est pass� ? - Non. Raconte.

C'est la pire chose qui puisse arriver � un guide.

Ils ont risqu� leur vie par ma faute.

J'ai fait honte � mon oncle et, pire, j'ai perdu la confiance du capitaine.

Tout n'est pas perdu, puisqu'il va revenir.

Tu es s�re de �a ?

Non, l'escalade, c'est fini.

Je suis encore plus mauvais guide que laveur de vaisselle.

Tu parles comme Klaus Wesselhoft. Mais lui se prend pour le meilleur.

Arr�te de pleurnicher comme �a.

- Tu veux ajouter quelque chose ? - �a n'a pas d'importance.

- Mais pour emprunter mes bottines... - Non, merci.

..elles sont dans la bo�te � bois.

La bo�te � bois ? Pour que les rats les rongent ?

La chatte y fait ses petits. Je vais bien les envelopper.

- Il ne faut pas oublier de les huiler. - Je n'oublierai pas.

- C'est ton jour de cong� demain, non ? - Oui.

Je vais prendre ma journ�e aussi.

Gretchen va les gaver.

- Viens me chercher � 8 heures. - On va o� ?

Au Felsberg. Tu retournes � l'�cole.

- J'emprunte vos bottines, mademoiselle. - En �change de votre paquet, monsieur.

- Fais-y attention. - N'ab�me pas mes bottines.

On n'est pas venu pique-niquer.

On verra bien si tu es fait pour grimper ou pour laver la vaisselle.

On verra. J'escalade quelle face ?

Ce petit machin ?

Avec �a sur le dos, ce sera moins facile.

Tu ne vas pas m'obliger �...

Je te donne un coup de main, Teo.

Je vais �tre d�s�quilibr�.

Dans une vraie ascension, tu pr�f�res �tre d�s�quilibr�

ou mourir de froid et de faim ?

Maintenant, tu montes jusqu'au sommet.

Allons.

Le premier rendu � la premi�re corniche.

Une vache � 3 pattes ferait mieux que toi.

Tu ne montes pas plus haut, Lizbeth. Pas de folleries.

Rudi, tu portes un poids, une charge.

Un guide porte son sac � dos comme s'il faisait partie de son corps.

�a fait toute la diff�rence.

Redescends avant de prendre racine.

J'ai autre chose � te faire faire quand tu seras redescendu.

J'ai fait l'ascension, je suis redescendu, j'ai fait ce que tu m'as dit.

Tu n'as pas de commentaire ?

- Quel genre de commentaire ? - Est-ce que je m'en suis bien tir� ?

- Assez bien, mais �a ne compte pas. - Pourquoi ?

Tu as fais l'ascension seul. Un guide n'est jamais seul.

Tout le monde sait �a.

As-tu d�j� r�fl�chi � ce que signifie le mot "guide" ?

�a ne signifie pas monter tr�s haut.

Mais diriger les autres, penser � eux avant de penser � soi-m�me.

Comment est-ce arriv�, sur le Wunderhorn ?

Je cherchais un meilleur chemin pour redescendre.

Tu cherchais surtout � impressionner le capitaine Winter et ton oncle.

Peut-�tre bien. Le capitaine �tait mon dernier recours.

Et il le reste.

Tu as donc agi de fa�on d�shonorante: Tu as recherch� les compliments.

Ton p�re n'a jamais cherch� cela et il �tait le plus grand alpiniste.

Ses exploits demeuraient des r�ves pour les autres.

Il n'est pas mort parce que la montagne �tait trop �lev�e, ni pour la gloire.

Il a donn� sa vie en pensant � celui dont il avait la charge.

Maintenant, passons � autre chose.

- Qu'est-ce que tu fais ? - Je vais monter jusqu'au sommet.

Si le professeur ne fait pas confiance � son �l�ve, qui d'autre le fera ?

- O� vas-tu ? - Je viens moi aussi.

Non, pas question.

Tu pr�f�res grimper pieds nus ou avec mes bottines ?

O.K., am�ne-toi.

Maintenant, c'est au tour du poids mort.

- Es-tu pr�te ? - Oui.

Ne l�che pas.

- �a va en bas ? - Ne t'inqui�te pas pour moi.

Tu te sens de continuer ?

�videmment.

Pas mal du tout, mon petit.

On pourrait en faire un guide.

Il faudra que tu te trouves un autre laveur de vaisselle.

Lorsque le capitaine Winter reviendra...

Tu ne penses jamais � personne d'autre ?

Si, � toi.

Et alors ?

Je ne sais pas.

Je n'ai jamais cess� d'y penser.

Allons.

Demande-moi d'�tre ta partenaire au festival demain.

- C'est chose faite, non ? - Toi, alors !

Je voulais savoir tes intentions, vu que Klaus Wesselhoft m'a demand�e.

Klaus Wesselhoft ?

Mes bottines, puis ma blonde. Je vais lui casser la gueule.

Rudi, tu devrais escalader un col tous les jours.

Br�l� ! Tout est br�l� !

J'esp�re que vous vous �tes amus�s.

Je n'en dirai pas autant des clients, esp�ce de garce.

Comme je l'ai dit � M. Hempel, je ne suis pas cuisini�re.

Et le capitaine Winter est de retour.

- Tu as entendu, Teo ? - Il n'est pas sourd.

- Il voulait te dire au revoir. - Au revoir ?

Il avait des projets avec ton oncle, mais c'est tomb� � l'eau.

En r�sum�, il est parti.

Parti ? Il a quitt� Kurtal pour de bon ?

- Vous devriez pr�parer le souper. - Sors d'ici.

C'est �a, pour de bon.

Il me payait le double du tarif pour escalader la Citadelle avec lui.

Avec cet argent, j'avais de quoi acheter un cheval.

Une t�te de linotte aurait peut-�tre �t� tent�e.

Mais un mort n'a pas besoin de cheval, pas vrai ?

- Tu as eu raison, Franz. - Pour s�r que j'ai eu raison.

N'importe quel guide un peu sens� aurait fait de m�me.

Ton oncle est en grande forme.

Il fait la pluie et le beau temps. Tu l'entends ?

�coute-moi bien, petit.

Apr�s cet Anglais, ce n'est pas la fin du monde.

Si ton premier choix ne marche pas, opte pour le second.

Et le second, c'est ton oncle.

Tu ne veux pas aller le voir, l� ?

Dis-lui que tu es pr�t � �tre son porteur demain.

- �a ne marchera pas. - Tu es s�r ?

Tu ne pensais pas nous mener jusqu'au sommet du Felsberg.

- Essaie. - Oui, vas-y.

Je sais que tous les guides pensent comme moi.

On n'est pas fous. Quand c'est impossible, c'est impossible.

Vas-y.

"Capitaine, vous m'avez fait une offre, � mon tour de vous en faire une."

Je lui ai dit: "Je ne vous demande pas le double du tarif, mais la moiti�."

"Peu importe la montagne, n'importe quel pic, du Weisshorn au Dom."

Il ne veut rien savoir. Il ne s'int�resse qu'� cette montagne maudite.

- C'est un obs�d�, un fou. - Il n'est pas fou.

Je paierais pour escalader la Citadelle avec lui.

Toi ? Il faudrait en effet que tu paies.

O� est-ce qu'on trouve tout cet argent en Suisse ?

Retourne � tes casseroles avant que je me f�che.

Qu'est-ce que tu fais ici, d'abord ?

Je voulais te dire que j'ai d�cid� de devenir guide.

- Quoi ? - Le capitaine est venu me voir.

Il croit encore en moi.

Il a la r�putation de croire � l'impossible,

mais je doute que �a aille jusque-l�.

Attention, petit. Je t'ai pr�venu.

Prends-moi comme porteur demain, s'il te pla�t.

- Non. - Pourquoi ?

Parce que j'ai deux mains, deux jambes et une t�te

pour prendre soin de mes clients et de moi-m�me.

Retourne � ta place.

On part t�t, n'est-ce pas ? Je crois que je vais me coucher.

Tu as entendu, comme tout le village ?

Le village sait que je suis bon � rien. M�me mon oncle ne veut pas de moi.

Laisse-le. On n'y peut rien.

Tu as perdu ton partenaire pour le festival demain, mais...

Bonne nuit, Teo.

Maintenant, il faut que j'annonce la danse.

Bonsoir � tous. Je vous souhaite de bien vous amuser.

Nous commen�ons par une valse.

O� �tais-tu ? Le bal est commenc�.

- Je ne viens pas. Apr�s hier soir... - Oublie tout �a.

Regarde-moi.

C'est la 1 re ann�e que je peux porter la robe de mari�e de ma grand-m�re.

Elle te va bien.

Tu es m�me jolie.

Tu trouves ?

C'est vrai ?

Tu dois venir, parce que quelqu'un a dit que tu ne serais pas l�.

Qui a dit �a ?

Aucune importance, puisque ce n'est pas vrai.

C'est pourtant vrai. Moi, aller me montrer ?

Arr�te de te prendre en piti�. On dirait que tu te complais dans le malheur.

Mais pas moi. Je veux danser.

Merci, Klaus.

Puisque tu as Klaus, tu n'as pas besoin de moi.

Il pr�tend �tre le meilleur danseur de Kurtal.

Te voil� dans la robe de ta grand-m�re.

Tu ne devrais peut-�tre plus perdre ton temps avec un laveur de vaisselle ?

Oui, je pense que tu as raison.

Et maintenant, une polka.

Tu voudrais qu'on te croie ?

Il y a quelqu'un sur la Citadelle ce soir.

On n'y est pas mont� depuis des ann�es.

On a vu �a depuis le Glacier bleu.

Tu r�ves.

Dis-leur, Peter, ce que tu as vu cet apr�s-midi.

De la fum�e venant du refuge sur la cr�te sud-est.

- Qui �a peut �tre ? - De la fum�e d'un refuge inhabit� ?

Il y a quelqu'un l�-haut, je vous le dis.

Personne de Kurtal, c'est s�r et certain.

Il y a quelqu'un � la porte, Emil.

- Pas possible. - Je vous le dis.

- Qu'est-ce que vous faites l� ? - Je viens vous rejoindre.

Me rejoindre ?

Oui, pour escalader la Citadelle.

Je sais, je sais. Mais j'ai retenu la le�on la derni�re fois.

Emil Saxo de Broli, je vous pr�sente Rudi Matt de Kurtal.

- De Kurtal ? - Le fils du c�l�bre Josef Matt.

Et alors ?

Pendant que vous d�jeunez, Rudi, on va discuter de tout �a.

Asseyez-vous. Quand �tes-vous parti de Kurtal ?

Hier soir, tard.

- Qu'ont dit votre m�re et Franz ? - Ils �taient d'accord.

Ils vous ont permis ?

Franz le laisserait venir alors que lui-m�me refuse de monter ?

Le soleil est lev�. Il faut se mettre en route.

- Vous vous lancez aujourd'hui ? - Simple reconnaissance.

On ira jusqu'� la Forteresse, si on y parvient.

Je pense qu'on peut y arriver...

On ? Ce gar�on va venir avec nous ?

Pourquoi pas ? Il sait tr�s bien grimper.

Ce n'est pas une raison pour tra�ner un enfant jusqu'au sommet de la Citadelle,

m�me un fils � papa.

On n'escalade pas la Citadelle aujourd'hui, Emil.

C'est vous le patron.

Rudi, une chose doit �tre bien claire.

Pas question de grimper en solitaire ou de chercher un itin�raire personnel.

- Vous serez un apprenti porteur. - �a me suffit. J'ai retenu la le�on.

On se lance.

J'ai appris qu'ils ne sont que deux.

- Avec de l'�quipement ? - Rien.

Personne n'a approch� cette montagne depuis...

- Qu'est-ce qui se passe ? - Tu ne sais pas encore ?

- Quoi donc ? - L'Anglais escalade la Citadelle.

Pas possible.

Peut-�tre bien, mais il essaie quand m�me.

Il est fou, mais pas assez pour essayer d'escalader la Citadelle seul.

- Personne n'a dit qu'il �tait seul. - Il a un guide ?

- Qui l'accompagne ? - Il est avec Emil Saxo.

- Qui t'a dit �a ? - J'�tais � Broli pour affaires.

Personne ne voulait parler affaires.

Il n'�tait question que de Winter, d'Emil Saxo

et de leur d�part hier pour la Citadelle.

M�me au t�lescope, on n'a pas r�ussi � les voir.

�a ne risque pas, parce que la montagne va les recracher.

Saxo... Emil Saxo. J'aurais d� m'en douter.

Tu les vois ?

Je crois, oui.

Sauf si j'ai des taches au fond de l'oeil.

Regarde, Lizbeth. Je ne veux pas me faire �triver.

Non, tu n'as pas de taches au fond de l'oeil,

pas plus que de bottines dans la bo�te � bois ce matin.

- Ils sont trois. - Oui.

Ils m'attendent � la taverne. Il ne faut pas trop les tourmenter.

Ne l�che pas le paquet.

Fais-les souffrir.

- Alors Teo, tu les as vus ? - En effet.

Oui, ils sont bien l�-haut.

- Il a l'air s�rieux. - Allons voir.

C'est trop tard maintenant. Ils sont pass�s derri�re la cr�te.

Tu es s�r ? Tu jures que tu les as vus ?

Marie, une bi�re.

Bien s�r que je le jure.

Pendant 5 minutes, je les ai vus grimper l'un derri�re l'autre.

Un... deux...trois.

Trois ? Tu as dit trois ?

Exact.

Merci, Marie.

- Comment �a se fait ? - Ils ne t'ont rien dit � Broli ?

Ils ne m'ont pas parl� d'un troisi�me.

Buvons � sa sant�. Au troisi�me homme sur la montagne.

� Rudi Matt, le seul vrai montagnard de Kurtal.

Avec sa face de b�b� ? Un montagnard ?

De quoi parles-tu ? Rudi serait s�rement le dernier...

C'est bien Rudi, mon idiot de neveu, qui est sur la Citadelle.

Il �tait d�j� parti quand sa m�re a voulu le r�veiller.

Une hache et un sac � dos ont disparu de chez moi la nuit derni�re.

Et il n'est pas all� travailler.

On a pens� qu'il boudait dans les collines.

- Plut�t que de sauver votre honneur. - Attention � ce que tu dis.

Bien s�r. Mais je veux dire ceci.

Vous vous qualifiez de guides. Moi, je vois un troupeau de moutons.

Vous escaladez des cols qui l'ont �t� des centaines de fois,

� la port�e de vos grand-m�res.

Et apr�s, vous vous congratulez.

Vous allez peut-�tre voir que vous �tes moins bons.

Trois alpinistes font la Citadelle ce soir.

Un Anglais, un citoyen de Broli

et qui repr�sente Kurtal ? Un homme ?

Non, un gar�on.

Un gar�on de 18 ans qui est le seul � ne pas avoir peur.

- Qui a peur ? - Toi, grande gueule, comme vous tous.

Depuis la mort de Josef Matt, personne n'a os� affronter la Citadelle.

Restez au chaud � la taverne. Continuez � pinter.

Et si demain la Citadelle n'�tait plus connue comme la montagne de Kurtal,

mais comme la montagne de Broli ?

Apr�s ce qu'il vient de dire, il est chanceux d'�tre encore debout.

Je ne suis pas un l�che, pas plus que les autres guides.

Nous ne sommes pas des �cervel�s qui cherchent la mort.

La Citadelle a fait trop de morts.

Elle n'a jamais �t� escalad�e et ne le sera jamais.

Voici ce que je vais faire: Demain matin, je pars l�-haut.

Je vais trouver les trois hommes.

Je convaincrai Winter que c'est de la folie et je ram�nerai mon neveu.

Je t'accompagne.

- Moi aussi. - J'y serai �galement.

- Il y a aussi mon fr�re. - Moi compris, �a fait cinq.

- Six. - Toi ?

Je ne vous retarderai pas. Je ne voudrais pas manquer �a.

D'accord.

Tu as �t� merveilleux, Teo.

C'�tait tr�s beau. Si seulement on avait copi� le texte pour mes petits-enfants.

Attention !

Capitaine Winter.

Rien de grave. Une �raflure.

Pousse-toi, petit.

J'ai �t� stupide de vous laisser faire cette ascension par ce temps.

La montagne nous a pr�venus ?

Non. Je suis d'accord avec M. Saxo.

On n'est m�me pas au pied de la Forteresse.

J'ai pens� � une autre solution au-del� de la Forteresse.

Soit en montant, soit en passant de l'autre c�t� vers la face orientale.

Non. Mon p�re et sir Edward ont essay� ces deux solutions.

- Teo dit qu'il n'y avait pas d'issue. - Ils auront abandonn� trop t�t.

Ce n'est pas la peine de discuter. On rentre au refuge.

- Vous partiez sans moi ? - Pas vers la Citadelle.

On va � Broli chercher des tentes et des provisions.

- Le lendemain, s'il fait beau... - Je vais � Broli ou je reste ici ?

- Non, vous retournez � Kurtal. - Qu'est-ce que j'ai fait encore ?

Rien, m�me Emil ne se plaint pas de vous. Vous aurez un message pour votre oncle.

Dites-lui qu'il n'est pas trop tard et que je l'attends ici.

Comment donc ?

- Qui voulez-vous amener ? - Son oncle, Franz Lerner.

- Ce sera sans moi. - Pourquoi donc ?

Un guide de Broli ne travaille pas avec un guide de Kurtal.

Ridicule ! Franz Lerner est un des meilleurs guides suisses.

J'ai escalad� avec lui le Weisshorn, le Dom.

Mais pas la Citadelle.

Lorsque vous lui avez demand�, il a shak� dans ses bottes et vous �tes venu � Broli

chercher un guide plus courageux.

Je sais, Emil. Vous n'avez pas eu peur et j'appr�cie le fait...

Alors, laissez-moi escalader la Citadelle seul avec vous.

Pour l'honneur de mon village.

Seul avec vous, sans cette esp�ce de poltron de Kurtal.

Ne vous inqui�tez pas pour rien. Il ne viendra pas, de toute fa�on.

Avalez votre d�jeuner avant de partir.

Ne me renvoyez pas.

M. Saxo a raison. Mon oncle ne viendra pas, mais quand il me verra...

Si votre oncle vous permet de venir, il peut venir aussi.

Rendez-vous ici � midi demain.

L'itin�raire de mon p�re.

- Je me demande s'ils sont d�j� l�. - Il n'y aura ni le petit ni l'oncle.

Vous faisiez erreur, Emil.

Impossible que deux hommes aient port� tout �a.

- Franz, je... - O� est le petit ?

- Il n'est pas avec vous ? - Pourquoi serait-il avec nous ?

Nous savons qu'il est ici.

Il �tait ici. Il est parti pour Kurtal hier.

Pourquoi ? Il s'est enfui il y a 3 jours pour vous rejoindre.

Avec votre autorisation, non ?

- Il vous a dit �a ? - Oui.

Personne ne lui a donn� d'autorisation.

- Vous avez fait des recherches ? - Oui, depuis hier.

Partout, jusqu'� la cascade.

Il faut reprendre les recherches, v�rifier toutes les crevasses.

- C'est toi, le responsable. - Moi ? Qu'est-ce j'ai � voir l�-dedans ?

Tout. Il faut �tre un guide de Broli pour laisser un enfant se perdre.

- �a suffit, Franz et Saxo. - Sainte Vierge !

J'ai trouv� !

- J'ai trouv� ! - Quoi donc, Rudi ?

L'issue au-del� de la Forteresse.

L'itin�raire de mon p�re.

Tu t'es rendu jusqu'� la Forteresse, seul ?

J'ai pass� la nuit l�-bas.

C'est un corridor, Teo. Il m�ne au sommet.

- Tu l'as escalad� ? - Non, � cause de l'orage.

On n'�tait pas si fous apr�s tout, non ?

Non, on savait.

- Tu m'en veux, mon oncle ? - � quoi �a servirait ?

- Et ma m�re ? - Tu as pens� � ta m�re ?

- J'y ai pens� tout le temps. - �a, j'en doute.

Tu n'y penses peut-�tre pas, mais moi, oui.

Je lui ai dit que je te trouverais si tu �tais encore vivant.

Maintenant, je t'ai trouv�. Et je te ram�ne � la maison.

Viens, il va faire nuit avant qu'on arrive � la piste.

Le petit ne part pas.

- Teo, �a ne te regarde pas. - �a me regarde.

J'ai escalad� la Citadelle avec Josef Matt et le Felsberg avec son fils.

Je connais ses capacit�s.

Donnez-lui sa chance et il pourrait devenir meilleur guide que son p�re.

Il a raison, Franz. Ce gar�on m�rite qu'on lui donne sa chance.

Je suis le premier � reconna�tre qu'il le m�rite. Vous savez bien pourquoi.

Pourquoi �tes-vous mont� jusqu'ici ?

Vous le savez. Je suis venu chercher mon neveu.

C'est faux. Vous �tes venu parce que Saxo et moi �tions l�.

- Vous connaissiez nos intentions. - C'est vrai.

C'est aussi � cause de Saxo. Il n'a rien � faire ici.

Il n'a rien � faire dans ce refuge.

Ce refuge nous appartient, tout comme la Citadelle.

Aux yeux du monde entier, c'est la montagne de Kurtal.

- �a va bient�t changer. - Gr�ce � qui ?

�coutez-moi bien.

Je vous ai �cout�s parler, maintenant, c'est � mon tour.

Depuis 10 ans, je fais le tour de la Citadelle et des chemins d'acc�s.

Est-ce que j'y ai vu quelqu'un de Kurtal ?

C'�tait quand la derni�re fois que vous avez dormi dans ce refuge ?

Ou mis le pied sur cette montagne ?

Pourquoi vous �tes-vous rebiff�s aujourd'hui ?

Je vais vous le dire. Vous �tes jaloux, vous �tes des poltrons.

Parce que vous ne voulez pas voir Emil Saxo de Broli

faire ce que vous avez peur de faire vous-m�mes.

Tu me prends pour un poltron ? Tu crois que la montagne me fait peur ?

- Ce n'est pas la v�rit� ? - Non, je n'ai pas peur.

Je suis ici pour escalader la Citadelle.

Je savais que vous seriez des n�tres. Je n'en ai jamais dout�.

- Dans ce cas, ne comptez pas sur moi. - Non, Emil.

J'ai besoin de vous aussi. Nous aurons la meilleure cord�e de l'histoire.

Le temps se l�ve.

On part au matin, nous quatre.

C'est �a ? On part � quatre.

�coutez-moi. Voici comment on s'organise.

Teo, tu retournes � Kurtal.

- R�fl�chis. - Tu as une job.

J'ai 65 ans et ne veux pas manquer �a. Et il vous faut un cuisinier.

Et Paul ? Il faut qu'il redescende. Sa femme attend un petit.

Mais j'ai d�j� six enfants. Alors �a n'a pas d'importance.

Paul, tu redescends. Tu vas d'abord voir ma s�ur.

Dis-lui qu'on a trouv� le petit, qu'il est au refuge et qu'il va bien.

Sous aucun pr�texte, tu ne lui dis qu'il va faire l'ascension.

Vous me faites faire de dr�les de choses, capitaine.

Que Dieu m'accorde de ne pas les regretter.

Non, Emil.

Laissez Rudi passer devant. C'est lui qui conna�t le chemin.

J'y vais ?

- C'est le chemin, Rudi ? - Oui.

Comment sais-tu qu'il m�ne l�-haut ?

- Je l'ai dit. Il faisait de l'orage. - Qu'est-ce que tu sais vraiment ?

Qu'est-ce que nous en savons, nous tous, tant que nous ne l'avons pas vu ?

- Je vais y jeter un oeil. - Si tu permets, je suis le premier guide.

Je le suis encore ?

Oui, Emil, vous �tes le premier guide.

J'en �tais s�r. �a va en se r�tr�cissant.

�a ne m�ne nulle part et de toute fa�on, c'est trop �troit pour qu'un homme y passe.

- Tu en es s�r ? - Essaie.

Tr�s bien, Emil. On va essayer votre chemin.

Ce n'est rien.

Allons-y.

Je peux essayer ? Je suis s�r.

Vous vous souvenez le premier jour ? De ce dont on a parl� ?

Ce jour-l�, vous y croyiez.

Il arrive qu'on ait des certitudes.

D'accord, Rudi. Je vais vous aider.

Rudi ? �a va ?

Il est coinc�, je vous le dis.

Et il peut rester coinc� jusqu'� la fin de ses jours.

J'ai r�ussi, encore une fois !

Rudi, si vous m'entendez, r�pondez.

J'ai r�ussi !

Bravo, Rudi. Envoyez la corde.

Voil�.

Maintenant, on ne sait pas ce qu'on va trouver.

Des difficult�s s�rement, mais pas d'obstacle majeur.

C'est l'affaire de deux heures.

Votre blessure vous fait souffrir ?

- Non, ce n'est rien. Allons-y. - Non, capitaine. �a ne va pas.

On s'arr�tera pour la nuit � la lisi�re de la neige.

Demain matin, on ira jusqu'au sommet.

Le temps peut changer et tout sera foutu.

Il a raison, Franz. Le temps pourrait changer.

On prend le risque.

Franz Lerner.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Viens une minute, je veux te parler.

Qu'est-ce qui se passe ?

- Il va plus mal ? - Non, mais pas mieux non plus.

Il ne pourra pas grimper demain. Pour lui, �a s'arr�te l�.

- Mais pas forc�ment pour nous. - C'est-�-dire ?

Il va faire beau demain.

En partant � l'aube, on y serait � 8 heures.

Le petit va rester avec lui, il ne sera pas seul.

- C'est ce qu'il voudrait qu'on fasse. - Ce qu'il voudrait, �a ne compte pas.

Un guide, du moins un guide de Kurtal,

n'abandonne pas son client pour poursuivre sa route seul.

- Il va partir seul ? - Je n'y crois pas, m�me de sa part.

Dors, petit.

Laissez-moi voir.

- Je vois une personne. - O� �a ?

- Tr�s au-dessus de la Forteresse. - Une seule ?

- Non, j'en vois deux. - Mais pas les autres ?

- Non, juste deux points noirs. - Vous disiez qu'ils �taient quatre ?

Hier, ils �taient quatre. Ils se sont peut-�tre s�par�s en haut.

Le capitaine avec Saxo, sans doute. Franz avec Rudi.

- C'est-�-dire que... - Que mon fils est sur la Citadelle.

Vous m'avez menti.

Vous m'avez tous menti.

Mme Matt.

Tu es satisfaite, j'esp�re, Lizbeth.

Oui. Rudi fait ce qu'il �tait destin� � faire.

De quel droit peux-tu dire ce qu'il �tait destin� � faire ?

Tu n'as jamais �t� une �pouse, une m�re. Tu n'as jamais perdu un homme.

Mais nous avons toutes deux failli perdre un homme.

- Pourquoi avoir insist� ? - Rudi a d�cid� de lui-m�me, sans moi.

Et sans le vieux Teo.

C'est toute la valeur de sa d�cision. Et sa beaut�.

Tu voudrais �tre la femme d'un guide ?

D'un guide. Ou d'un laveur de vaisselle.

Ou d'un patron d'h�tel.

Mais pas la femme d'un patron d'h�tel qui r�verait d'escalader des montagnes.

Un homme doit faire ce que son c�ur lui dicte, sinon il n'est pas un homme.

Et personne, ni �pouse, ni m�re, ni fianc�e

n'a le droit de l'inciter � faire ce pour quoi il n'�tait pas destin�.

Je suis d�sol�e que vous n'ayez pas su, qu'ils vous aient menti.

Il n'y a rien � faire. Il ne sera jamais rien d'autre qu'un guide.

Non, Mme Matt.

O� sont les autres, Franz ?

Envol�s, tous les deux.

C'est ce que Saxo mena�ait de faire, en disant que vous �tiez trop malade

et le petit lui court apr�s.

- Je suis pr�t. - Pour faire quoi ?

- Les chercher. - Vous �tes trop faible.

Je vais mieux. Je ne souffre plus.

Sans vouloir vous offenser, je vais monter...

Vous m'offenseriez. Nous partons ensemble.

Pas d'inqui�tude, je ne serai pas un poids mort.

Ne bougez pas, M. Saxo.

Vous �tes bless�.

Une vilaine blessure.

Je vais vous faire une �charpe.

Laisse-moi tranquille. Je n'ai pas besoin de ton aide.

Continue, tu as gagn�.

Au sommet, tu pourras faire cocorico.

Je vais trouver le moyen de vous soutenir.

Continue. Continue, laveur de vaisselle. Tu as gagn�, je te dis.

Et moi, j'ai perdu. Revendique ta victoire.

Abandonne-moi. Tu as bien abandonn� les autres, pourquoi pas moi ?

Je ne suis rien pour toi, pas m�me un ami.

C'est �a. Pas fou, le petit.

Prends �a. Tu vas �tre un h�ros.

Le vainqueur de la Citadelle !

Le fils de son p�re.

Je vous fais une �charpe. On ne peut pas monter, alors on descend.

C'est le sac de Rudi.

- Il a d� d�visser. - Non, il aurait son sac sur le dos.

On ferait mieux de continuer.

On reprendra tout �a en redescendant.

Il le trimballe depuis qu'il a quitt� Kurtal.

Il aimerait bien le voir au sommet, je pense.

- Je suis � bout. Foutu. - Vous ne pouvez pas vous arr�ter.

Les tentes sont tout pr�s.

Non, petit. Laisse-moi ici.

- Tu n'y arriveras pas. - Bien s�r que si.

Faites un effort.

Merci, petit.

- Viens, Lizbeth. - Non, allez-y seule.

Mon tour viendra.

D�sol� de t'avoir encore caus� du souci.

Tu n'es pas en col�re ? Tu es heureuse ?

Oui, Rudi, et tr�s fi�re.

Vous, les vainqueurs de la Citadelle, qui surplombe notre vall�e,

qui y demeurera pour l'�ternit�

et que tous conna�tront gr�ce � vos noms comme �tant votre montagne.

Pardon, M. Hempel, vous faites erreur. Ce n'est pas notre montagne.

C'est la montagne de Rudi.

Rudi, venez nous rejoindre.

- Je n'ai m�me pas atteint le sommet. - Regardez.

- Vous l'avez trimball� jusque l�-haut. - Non, Rudi. C'est vous qui l'avez fait.

Vous et votre p�re.

C'est la v�rit�.

- Il aurait pu �tre le premier. - Tout comme son p�re.

Vive notre laveur de vaisselle ! Bravo !

Ne reste pas fig� comme une statue. Invite-les � regarder.

- O� est Lizbeth ? - L�.

Me voici, Rudi.

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