All language subtitles for Una.Noche.Con Sabrina.Love.(2000).RFT

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Original subtitles

Chère Sabrina, je m'appelle Daniel Montero.

J'habite un petit village de la province d'Entre Ríos.

Petit, je retournais les miroirs pour savoir ce qu'il y avait derrière.

À présent, j'ai trouvé... c'est toi.

Depuis la mort de mes parents, je vis avec ma grand-mère.

Mon patelin a beau être tout petit,

chaque samedi, il bourdonne d'activité.

La mairie laisse les rues allumées toute la nuit.

Les rues sont noires de monde !

Tout le monde s'amuse.

Les gens adorent faire des emplettes.

Les boutiques restent ouvertes très tard.

C'est aussi l'heure où on fait ses provisions pour toute la semaine.

Un samedi soir, il n'y a pas si longtemps,

j'ai appris, par hasard, par un de mes potes,

l'existence de ta fantastique émission de télévision.

- Et Horacio, il a changé de moto ? - Oui, je crois.

- C'est la fille des Missions ? - Beau morceau.

- Et quel cul ! - Y en a pour 14 mecs au moins.

T'y connais rien !

À propos, je suis allé chez Ariel, hier.

On a passé toute la nuit à regarder la chaîne porno sur le câble.

L'émission de Sabrina Love.

- Quelle meuf ! - Elle déménage.

Sabrina Love.

Elle a organisé un concours dont le prix est une nuit avec elle.

T'imagines un peu ? Incroyable !

Quel châssis !

Ariel s'est inscrit au concours, mais...

Ho ! Qu'est-ce qui t'arrive ?

Rien ! Rien qui vaille le coup,

comme toujours dans ce putain de trou.

UNE NUIT AVEC SABRINA LOVE

Montero !

Désolé, Parini, j'allais justement...

En retard, Montero. Comme toujours.

- Oui, mais... - Assieds-toi.

Je pensais que les routes seraient barrées par les inondations.

Je pensais que sans camions, il n'y aurait pas de travail.

- Tu pensais ? - Oui.

Eh bien, Montero, ne pense pas. Je m'en charge.

Tâche juste d'être à l'heure. Ne t'occupe pas des camions.

Quand bien même il n'y aurait rien à faire,

tu viens à l'heure.

- Compris ? - Oui, monsieur.

- Comment va ta grand-mère ? - Bien.

Fais-lui mes amitiés. Allez va !

Ils se croient tout permis.

Comme tout le monde ici, je travaille à l'entrepôt frigorifique.

C'est un emploi monotone et mal payé.

Chaque jour, nous traitons un total de 12 000 poulets

destinés à être distribués dans le monde entier.

70 % de la production part à l'exportation.

Mon travail exige de la concentration.

Mais je suis souvent distrait.

Surtout quand je me demande si toute ma vie va s'écouler ainsi,

jusqu'à l'heure de ma mort.

Mais ça me rapporte de l'argent

que je mets de côté pour acheter une télévision et un décodeur.

Je pourrai ainsi admirer ton talent et ta beauté.

Tu règles sur le canal 3 ici puis sur le 99.

C'est bon, hein ?

- Ça marche ? - Oui, c'est génial.

Qualité allemande !

- C'est quoi, ça ? - Rien. Juste une petite tape et hop !

Le boîtier est japonais, mais le reste est allemand.

Je vois. C'est bon.

Caméra 3, les filles. Caméra 2, Sabrina.

Donnez quelque chose à voir ! C'est censé être érotique !

Tu veux qu'on montre des nichons pareils ?

Bonsoir !

Comment allez-vous tous ?

Bienvenue pour un nouveau numéro de notre émission "Sabrina Love".

Ne t'en fais pas ! Tout le monde la regarde.

Tu parles ! Seulement sa mère !

On a reçu une montagne de lettres.

Et ce soir, nous allons vous révéler le nom du vainqueur de notre concours !

Une nuit avec Sabrina Love !

Mes "sex-rétaires" ont travaillé... dur,

de jour comme de nuit,

pour sélectionner la meilleure lettre.

Je dois reconnaître

que je les préfère manuscrites.

Elles sont plus chaudes.

Elles sont plus sexy.

Elles sont plus innocentes.

Et mon vainqueur

habite un petit village de l'intérieur du pays.

Les petits villages,

ça existe aussi.

De nombreux jeunes hommes y vivent.

Alex, mon cher ami Alex, a une lettre pour moi.

- Qu'est-ce qui se passe ? - C'est n'importe quoi !

Avec ces conneries, on est grillés !

Cette lettre m'a touchée. Elle m'est allée droit au cœur.

Je n'avais pas ressenti ça depuis longtemps.

Petite fille,

j'écrivais des lettres d'amour.

Des tas. Surtout à un professeur

dont j'étais folle amoureuse.

Cette lettre m'a rappelé son souvenir et m'a émue.

Je la lis :

"Chère Sabrina,

"Petit, je retournais les miroirs pour savoir ce qu'il y avait derrière.

"À présent, j'ai trouvé. C'est toi.

"Je m'appelle...

"Je ne le dirai pas.

"J'aimerais te rencontrer en personne.

"Et le rêve se fera réalité.

"Je vis avec ma grand-mère..."

Qu'y a-t-il, Daniel ?

Je me suis coincé les doigts dans la porte.

Et maintenant comme promis, je vous présente notre invité,

M. Charly Garcia !

Où se trouve votre sexe ? Ici, ici...

ou là ?

À la recherche d'Octobre Rouge.

En bavardant avant l'interview,

Charly a parlé d'une nouvelle chanson. Tu nous la chantes ?

- Vous mettez l'ambiance ? - Les filles, on y va ?

Maintenant que le temps a passé

Je comprends bien qu'ils sont à ma recherche

Paralysant la Terre

Ce jour où la lumière s'est éteinte.

Doucement ! Tire, abruti !

Réfléchis ! Tu es vraiment nul !

Vas-y ! Vas-y !

Faute !

- Hé, tête en l'air ! - Salut...

- Comment ça va, beau gosse ? - Dis-moi, pour aller...

à Buenos Aires ?

À cause des inondations, il faut prendre deux bus.

Un pour aller jusqu'à la berge et l'autre jusqu'à la route.

- Et ça me coûtera combien ? - 50 pesos.

Non, c'est trop cher.

Bonjour !

Salut, petit.

- C'est combien jusqu'à Buenos Aires ? - 90 pesos.

Quoi, 90 ?

C'est plus cher que le bus !

Tu crois que je possède une flotte de bateaux ?

- Une bière ? - Oui !

- Et la télé, la chaîne porno ? - Impec !

Tu vas te crever les yeux.

Tu connais Racano, près de la berge ?

- Le passeur ? - Je le connais.

Il attaque à 5 heures du mat.

Graisse-lui un peu la patte, pas trop.

Dis-lui de te faire descendre le fleuve jusqu'au pont de la nationale.

Jusqu'au pont...

Tu vas devoir sauter, là. C'est pas un taxi.

Ça ira.

Attention aux tourbillons, quand même.

Tu risques d'être aspiré par la station de pompage

et de passer par le robinet avec tes couilles en compote.

Fais gaffe aussi aux nénuphars.

Après les inondations, c'est infesté de serpents.

S'ils te piquent, t'es mort.

- Mais ils sont sur les nénuphars... - Oui, mais ne tombe pas, tu piges ?

- Prends une corde et un grappin. - Pourquoi ?

Pour grimper sur le pont.

Une corde assez longue.

De combien de mètres ?

De douze à quinze mètres.

- Comment ? - Quinze mètres.

- Quinze mètres. - Ce n'est pas énorme.

Tu escalades le pont comme ça. T'auras besoin d'un peu d'entraînement.

Une fois en haut, tu fais de l'auto-stop.

Mais tu dois faire bien gaffe.

Le mieux, ce sont les camionneurs.

Méfie-toi des Paraguayens.

Ne monte pas. Ce sont tous des délinquants, pas vrai ?

- Comment je les reconnais ? - Ils parlent paraguayen, pardi.

Rien de plus simple, petit, ouvre tes oreilles.

Les Brésiliens aussi sont dangereux.

La nuit venue, ils se font très amicaux et tu l'as dans le baba.

- Compris ? - Oui, pas de Brésiliens.

- T'as quel âge ? - Dix-sept ans.

Dis-moi. Tu l'as déjà fait ?

Tu as déjà couché avec une femme ?

Ça ne vous regarde pas !

- Ah ! Tu ne l'as jamais fait ! - Ce sont mes affaires personnelles.

Vous allez jusqu'au bac ?

Oranges, oranges !

- M. Racano ! - Qu'est-ce que tu veux ?

Je viens de la part de M. Carboni. Un grand brun.

Et alors ?

Vous descendez bien jusqu'au pont ?

Je n'ai que ce sac. Vous m'embarquez ?

- Je vais devoir nager ? - Oui, fils.

Pas le choix !

Quand je passe sous le pont, impossible de m'approcher de plus près.

Je dois éviter les piles du pont.

Ce n'est que quelques brasses.

Tu dois mettre tes affaires dans un sac en plastique.

Ce n'est pas dangereux ? Je veux dire, avec les tourbillons ?

Pas de danger. Tu as dit que tu savais nager.

Ne me dis pas que t'as peur !

- Non, mais juste un peu plus près... - Impossible.

Je ne peux pas risquer la vie de mes passagers.

Le bateau risque d'accrocher le fond, tu comprends ?

Tu vas à Buenos Aires en vacances ?

Pour dire la vérité,

je vais passer une nuit avec une fille.

Sans blague ? Une gonzesse ?

- Et qui ça ? - Sabrina Love.

Sabrina Love ? C'est qui ça ?

- Vous savez pas qui c'est ? - Non.

T'as des préservatifs au moins ?

- Euh, non. - Tu devrais, pourtant.

T'as qu'à prendre ceux-ci. Et suis bien mes conseils.

- Quand j'avais ton âge... - Merci.

On pouvait se choper plein de maladies.

Mais il suffisait d'une injection de pénicilline pour tout arranger.

Maintenant, tu fais l'amour et tu peux en mourir.

- C'est devenu plus rude. - On risque sa peau.

C'est pour ça que je te dis : "Sers-t'en, petit."

Sers-t'en.

Et attention quand tu pistonnes.

Ne fonce pas comme une brute.

Vas-y doucement.

Pas d'agressivité. De la douceur et de la tendresse.

Les préservatifs ne valent plus rien de nos jours.

Allez !

Petit enculé ! Ne le laissez pas filer !

Donne le sac !

Bouge pas, enculé !

- Tenez-le ! - Ne bouge pas !

Reste tranquille. Ne bouge pas.

Voyons ce que tu as. Un t-shirt...

- un pantalon, des caleçons. - Ne bouge pas !

Maman t'a mis une serviette ?

De l'eau, du déodorant...

Carte d'identité : "Daniel Mario Montero".

Qu'il est mignon. Un beau petit enfoiré de mes deux.

Bouge pas, poupée !

Quinze, dix-sept pesos...

C'est tout ce que t'as ?

- Tu te balades sans un radis ? - Salaud !

Donne-moi la lame.

Comme ça, on fait le malin ?

- Facile quand on a une lame ! - C'est bon, lâchez-le.

Voyons ce que tu sais faire avec une lame.

Allez ! Montre-moi !

Allons-y !

Tu vas te mettre à chialer ? Tarlouze !

Gros malin !

Tu veux me planter, c'est ça ?

Où tu vas, comme ça ?

Tu veux toujours faire le malin ?

L'enfoiré !

Reviens ici, fils de pute !

Comme je te l'ai déjà dit, quand j'étais petit,

à l'âge de 2 ou 3 ans,

je regardais derrière les miroirs dans l'atelier de mon père.

Je cherchais quelque chose.

Papa disait qu'il ne faisait pas un boulot ordinaire.

Il disait que les miroirs, c'était important.

Qu'ils vous révélaient qui on était vraiment.

On ne peut pas mentir en se regardant dans les yeux.

On se voit bon ou mauvais.

Sa lassitude, sa tristesse.

On lui demande de l'aide.

On s'y admire ou s'y déteste.

J'étais toujours avec lui.

Je l'accompagnais partout.

Même si ça ne m'a pas beaucoup servi,

comme je te le raconterai tout à l'heure...

J'ai appris tous les secrets de ce que papa appelait :

"les consciences optiques".

Mais tout cela est fini désormais.

Je ne joue pas à l'adulte.

Je me suis toujours efforcé de retenir ses paroles,

de les graver dans ma mémoire.

Mais j'en ai oublié tant !

Parfois,

l'une ou l'autre de ses phrases me revient en mémoire.

Ou alors, c'est son sourire, son odeur...

Ou le piquant de sa moustache et de sa barbe, lorsqu'il m'embrassait.

Des choses que je croyais avoir oubliées pour toujours...

et qui me reviennent sans crier gare.

Alors, je prends conscience qu'elles étaient bien là.

Comme si je retrouvais un objet au fond d'une poche

d'un pantalon que je n'avais cessé de porter.

J'ai l'air de parler comme un vieux,

mais je ne suis plus vraiment un gamin.

Mon enfance a pris fin

le jour où j'ai perdu mes parents.

J'ai dû me mettre à travailler, à être responsable,

à régler mes factures.

- Bonsoir ! - Bonsoir !

Puis-je utiliser vos toilettes ? Je dois me débarbouiller.

- Réservé à ceux qui consomment. - Qui consomment quoi ?

- Alors, petit, fatigué ? - Et comment !

Passe-moi ma veste, je crève de froid !

Ne réveille pas la bête.

- Il est réveillé. Un ami à vous ? - Non !

C'est un poète. Enfin, c'est ce qu'il prétend.

Mais il ne l'est pas vraiment, poète.

Il écrit ses livres et les imprime lui-même.

Il a promis de m'en donner un

si je le prenais en voiture.

Tous les jours... enfin presque...

Tous les jours, je remercie Dieu pour ma famille.

Ma femme, mon fils, qui étudie pour devenir pilote,

ma fille, qui veut faire le droit et devenir avocate.

Je vais te dire une chose :

je n'échangerais pas ma petite femme contre la plus belle fille du monde.

Ma petite femme, c'est... ma femme.

Arrête de raconter tes conneries et laisse-moi dormir, d'accord ?

Tu vois ? C'est comme ça qu'on te dit merci.

Merci ! Et mes amitiés à la famille !

Quel casse-pieds, ce type !

Sa famille, son âme, l'obélisque... Insupportable.

Regarde, regarde ça ! Ces bureaux...

Beaucoup de gens en rêvent et t'y voilà !

Je prendrais bien un café.

J'avais la même idée, mais je n'ai pas de quoi payer.

Je t'invite.

- Tu as une famille ? - J'ai eu.

Ma femme m'a quitté

- et mon fils étudie aux États-Unis. - Aux États-Unis ?

- Oui, à Boston avec sa tante. - À Boston ?

Il était en Pennsylvanie avant.

Il étudie dans une faculté réputée.

Je vais te dire une chose : fais bien attention ici.

Il y a plein d'escrocs et de voyous. Tu es trop jeune.

Tu n'as pas cette mentalité. Les filles ne sont pas comme chez toi.

- Je sais. - Elles sont plus légères.

Oui, mais les femmes, c'est un besoin.

- Les femmes vertueuses, oui. - Tu trouveras la bonne, qui sait ?

Parce que si t'as des problèmes et en plus une mégère,

il vaut mieux laisser tomber. Tu comprends ?

C'est peine perdue.

C'est une question de chance.

Je connais des types qui n'ont jamais rencontré cette femme.

Ou prends le casse-pieds qui nous a conduits.

Il pense être heureux, mais il est juste aveugle.

C'est la grande confusion.

Ce n'est pas aussi simple que tu le crois.

Tu as encore beaucoup à apprendre.

La ville t'apprend beaucoup, mais il y a un prix à payer.

Je ne dis pas que c'est facile, mais ce n'est pas impossible.

J'ai appris les secrets de la miroiterie,

mais ça ne m'a pas beaucoup servi.

J'avais dix ans quand la 1re parabole du village fut installée.

Le monde merveilleux de la télé était désormais accessible à tous.

Les gens restaient chez eux.

Au lieu de se regarder dans la glace, ils suivaient leurs vedettes favorites.

C'est ce que m'a dit mon papa

pour m'expliquer pourquoi on n'avait plus besoin de ses talents.

Les gens ne regardaient même plus par la fenêtre, disait-il.

En tout cas, il n'y avait plus que les vitres et les fenêtres

pour nous nourrir,

grand-mère, papa, maman, mon frère et moi.

Je suis le gagnant du concours Sabrina Love.

- Daniel Montero. - Carte d'identité...

La production ? Le gagnant du concours est ici.

Asseyez-vous et patientez, s'il vous plaît.

Je peux récupérer ma carte ? Merci.

Salut, champion !

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? - J'aimerais prendre une douche...

Écoute, on a un petit problème.

Sabrina est en train d'enregistrer.

Pourrais-tu revenir lundi ?

- Et demain ? - Le dimanche,

elle va chez son psy.

C'est que je suis venu de loin pour la voir.

Tu l'auras tout le lundi pour toi.

Et pense à t'habiller un peu.

Sabrina est une reine.

- Apporte-lui des fleurs. - Des fleurs ?

- À lundi, onze heures. - À lundi.

- Merci. - Au revoir.

Mon père a toujours été un homme modeste.

Il disait qu'on ne pouvait pas tout avoir dans la vie,

qu'il fallait faire preuve de patience,

et savoir profiter de ce qu'on a.

Si on vise trop haut,

on se condamne à des frustrations toute sa vie.

Mon frère se disputait souvent avec lui sur ce point.

C'est un type intelligent et ambitieux.

À présent, il habite Buenos Aires.

Un beau jour, il a subitement quitté la maison.

Je l'ai vu pour la dernière fois

le jour où papa nous a montré sa nouvelle camionnette.

Il avait peu de travail, mais il épargnait plus, sou par sou.

C'était une occasion, mais on aurait dit un neuf.

On était tous ravis.

J'aurais aimé que le temps s'arrête.

Qu'est-ce que tu fous ici ?

Je suis venu.

- T'as fugué ? - Je suis venu.

Tu as grandi, fils de pute !

Et retire-moi ce blouson crasseux !

Tu es venu à dos de mouton ?

- Il fait froid. - On est en été.

- Tu veux boire quelque chose ? - Oui.

- Quoi donc ? - De l'eau.

Je ne savais pas que tu étais...

Depuis quand tu vis ici ?

Rendre visite à mon frère serait une motivation de plus

de participer à ce concours.

Même si je crains de n'avoir pas le courage de lui raconter

ce qui était arrivé avec la camionnette.

De lui dire qu'ils sont partis...

qu'ils sont morts.

Téléphone demain à la maison.

- Papa et maman sont au courant. - Tu ne leur as rien dit.

Mais ils savent.

- Tu veux prendre une douche ? - Non.

Quel sauvageon ! Mets cette chemise.

- Je préférerais rester à la maison. - Pas question !

On s'est pas vus depuis mille ans !

Bon ! Je vais me changer.

Allez ! Espèce de clodo.

- Un peu de parfum. - Pas trop !

Je n'ai pas envie que ça me colle au corps.

Tu ne peux pas sortir en traînant cette odeur de putois.

- On va où ? - Tu verras.

Tu vas voir, tu vas adorer.

Dis donc, tu ne serais pas un peu branque ?

- Je veux dire bizarre. - Pouquoi bizarre ?

Eh bien, comment dire...

- Quoi, tu n'aimes pas ? - Si, bien sûr.

C'est une vieille maison, bien sûr... Mais je ne sais pas...

Elle est bien, mais...

On se croirait chez un vieux.

Voilà ! Tu avais bien pigé ce que je voulais dire. Et alors ?

En fait, ce n'est pas mon appartement, mais celui d'une amie.

Elle te le prête ?

C'est quoi, l'histoire ?

Tu l'aimes ?

Elle a combien d'années de plus que toi ?

Elle est plus âgée que maman.

Du moment que tu l'aimes et que t'es heureux.

Ça me rend pas heureux, loin de là.

Désolé, je ne voulais pas te contrarier.

Moi, ça m'est égal.

Et toi ! Quelles nouvelles avec les filles ?

Tu l'as déjà fait ?

C'est pas tes affaires.

- T'es gêné ? - Non, mais...

- Alors, tu t'en es fait ou non ? - Laisse tomber.

Je la connais ?

Arrête.

- Allez, dis-moi ! - C'est bon.

C'est Maria ? Tu l'aimais bien.

- J'ai deviné, c'est elle ! - Mais non !

- Tu sors avec elle ? - Je te dis que non.

- On parlait de toi. - Belle plante !

- Et du monde au balcon ! - T'es con.

- Personne te connaît ici. - Et où tu la caches, ton amie ?

Tu vas la voir.

Elle est partie prendre des photos dans le Nord.

Une photographe ?

Une chouette femme.

Elle joue du piano. Moi aussi, d'ailleurs.

- Tu joues du piano ? - Non, je joue avec elle.

En fait, oui, je joue.

C'est elle qui m'apprend.

Peut-être qu'elle m'aime. Je n'en sais rien.

Elle me soutient.

Allons-y.

Je ne te comprends pas.

Tu dis que je l'ai promis ?

Tu me prends pour un pigeon ?

Pas de doute, tu sais y faire.

"Ça marchait mieux avant" ? Que veux-tu que je fasse ?

- Perdre davantage ? Vendre mon usine ? - Bois ton jus.

- Et arrête de me mentir. - C'est ça, je ne suis qu'un couillon.

Tu veux qu'on parle ?

- Alors, n'allume pas la télé ! - Tout te dérange.

Allez, lâche-moi !

Tu t'es déjà vu ?

C'est toi que je vois. J'ai pas besoin de me voir, moi.

C'est toi qui as dit que je n'excitais plus personne ?

Non, c'est Bianchi qui a dit ça.

Pour qui il se prend ? C'est ton pognon.

C'est ridicule, je ne suis pas con à ce point.

Si tu le dis... Moi, je n'ai rien dit.

Je n'y entends rien en showbiz.

Je ne suis qu'un fabricant de pâtes, mais quand je t'ai rencontrée,

je me suis dit que j'avais envie de t'aider.

Je sais bien ce dont tu as eu envie.

Ça aussi, d'accord, je ne le nie pas.

- Essaie de me convaincre alors. - Je peux parler ?

Je n'en parlerai pas, si tu préfères. Qu'ai-je fait de mal ?

J'ai investi une fortune sur toi.

Mais c'est Bianchi, l'expert en télévision.

Ce connard n'a jamais réussi à me baiser.

Il veut se venger. N'avale pas tous ses bobards.

Ça fait deux semaines que je ne te vois plus.

Tu m'as jeté.

C'est toi qui m'as dit

d'aller me faire voir.

Tu sais pourquoi j'ai dit ça ?

Parce que tu prépares des pâtes à ta petite femme

que jamais tu ne quitteras.

Parce que tu me mates toute la journée sur les moniteurs en train de baiser,

pour raconter ensuite que je suis une pute.

Sois adulte et assume un peu, petit père.

Je pensais que tu changerais...

Comment ça ?

Que tu me dirais : "Tirons-nous, j'en ai marre d'être une pute."

Mais je suis ravie d'être une pute.

Et pas une merde comme toi.

Il n'y a pas de spaghettis, ce soir ?

Tu sens cette ambiance ? Écoute cette musique.

On peut pas parler.

T'es sérieux ?

- Je ne te voyais pas là-dedans. - Que veux-tu dire ?

Je me faisais une autre idée de toi.

Laisse tomber tes préjugés. Viens danser plutôt !

Deux bières !

Belles nénettes ici, tu trouves pas ?

Et le reste ! Tout est beau ici !

- Qu'est-ce que vous buvez ? - Whisky-coca.

Du whisky-coca ? Merci, les gars.

Et près du bar, on boit fort.

Demandons à quelqu'un. Salut !

Hé toi ! Comment tu t'appelles ?

J'y vois rien.

Tu es déjà bien chargé. Qu'est-ce que tu as bu ?

C'est la lumière !

- T'as les nerfs à vif ? - Non, c'est ce projo qui m'aveugle.

Comme t'es mignon quand tu te fâches.

Pas de filles, aujourd'hui ?

Quelles filles ? Arrête un peu ton cirque !

- T'énerve pas ! - Va te faire foutre !

Éteignez ça !

Barrez-vous !

Ça suffit !

- On dégage ! - Je fais mon travail.

Vous ne faites qu'emmerder le monde.

C'est bon, tout va bien.

C'est bon, je te dis.

J'ai dû le perdre. Il n'y a pas de voleurs, ici.

- Tu ne l'as pas ? - Non.

Je ne t'ai pas demandé de le garder ?

Non, pas à moi.

T'as de l'argent pour les cafés ?

- C'est combien ? - Comment ça ?

Le même prix que partout ailleurs.

Tu n'en bois pas ?

Non, jamais.

Tu prends quoi alors ? De la limonade ?

- De l'eau ? - Du robinet.

Tu t'es fait carotter.

Tu débarques de ta province et tu sais tout mieux que tout le monde.

"Carotter", tu fais le malin ?

Comme ta chérie ?

- Sofia ? - Sofia, c'est ça.

- Elle te plaisait bien, non ? - Je la vois demain.

C'est une bombe. Tu ne trouves pas ?

- Un peu maigrichonne pour moi. - Maigrichonne ? Tu l'as bien observée ?

- Elle n'est pas maigre. - En fait, le problème c'est...

Qu'est-ce qui t'a plu ? Qu'est-ce qui t'attire chez une femme ?

Chez une femme...

Je n'en sais rien. Et toi ?

Sa personnalité, son charisme, sa voix...

Sa voix ?

La voix... Pourquoi la voix ?

C'est fondamental. Je ne supporte pas ces voix haut perchées...

Tu préfères une voix genre macho... Moi pas !

Quique... J'aimerais te demander quelque chose.

Je te regardais tout à l'heure...

Et je t'ai trouvé l'air un peu abattu.

- Moi ? - Oui.

- Abattu ? - Oui, quand le groupe jouait...

J'ai voulu te parler, mais tu ne m'as pas entendu.

Tu avais un air triste. Je me trompe ?

Triste ? Que veux-tu dire ? Je ne te comprends pas.

Explique-moi ça, parce que là, je ne vois pas ce que tu veux dire.

Non, désolé, je faisais erreur.

Je m'inquiétais pour mon frère et sans doute est-ce déplacé ici.

Mais quelle grande perspicacité !

T'inquiète pour le café. On me connaît ici.

Je te rembourserai.

Mon petit frère est un gagnant.

- Tu me mets en boule. - C'est toi qui dois l'avoir.

- Où est-il ? Rends-le-moi. - Arrête !

On nous regarde !

Quel mec !

Bonjour !

Bonjour, gagnant !

Tu ne vas pas voir cette fille, aujourd'hui ?

- Quelle heure il est ? - Presque midi.

- Laisse-moi dormir ! - Tiens, prends du maté.

Allez, prends !

Qui est Sabrina ?

Tu l'as appelée en dormant.

- Tu as répété son nom plusieurs fois. - C'est une amie de chez nous.

Mais combien t'en as, de petites amies ?

- T'auras plein d'enfants. - Arrête.

Et comment va notre mère ?

Euh... Bien, elle va bien.

J'ai plusieurs choses à faire. On se voit ce soir, d'accord ?

Il suffit que je sonne pour rentrer ?

Non, prends les clés qui sont près de la porte.

- Tu vas où ? - J'ai rendez-vous avec Sofia.

Daniel, fais bien attention ici.

Ici, on te fracasse la tête sans crier gare.

Tu vas vite en besogne avec elle ! C'est quoi ton secret ?

Je sais y faire avec les filles de la télé.

C'est une espèce d'huile qui les attire vers moi.

De l'huile de poisson, d'après l'odeur...

- Non, c'est l'huile de l'amour. - Que lui as-tu raconté ?

Rien, c'est elle qui m'a adressé la parole.

Comment ça ?

Elle est venue vers moi avec sa caméra.

Et j'étais là, avec cette huile émanant de mon corps.

J'arrive !

Une minute.

Pourquoi tu as fermé à clé ?

- Tu rentres tôt. - "Tôt" ?

Bonjour ! Donne-moi ça.

Tu me passes une serviette ? Parce que...

Oh ! Désolé. Je... Bonjour... je me sauve.

Pourquoi tu me regardes comme ça ?

- C'est un gamin ! - Selon toute apparence.

C'est mon petit frère Daniel.

Tu es devenu fou ?

- Tu les prends de plus en plus jeunes ! - Ce n'est pas ce que tu crois.

On va finir par se faire arrêter.

Je suis fatiguée. Je veux me mettre au lit.

Je te dis que c'est mon petit frère. Je te fais couler un bain ?

Je t'ai déjà montré où étaient les serviettes !

Explique-lui que tu es mon frère !

- Et qu'est-ce qu'il fait, ton frère ? - Il étudie.

Ça fait trois ans qu'il a quitté la maison.

Avant, il venait nous voir, mais maintenant...

Qu'est-ce qu'il étudie ?

Tu n'arrêtes jamais de poser des questions ?

Tu préfères que je te parle de la météo ?

Oui, il fait humide.

Je rigole...

Il étudie l'agronomie.

Une passion de mon père.

Tu as une hacienda ?

Non. Quelques terres, mais on n'y fait rien pousser.

Enfin, oui, c'est assez grand. Une belle exploitation.

Et ton père, qu'est-ce qu'il fait ?

Il fabriquait des miroirs.

Des miroirs ? C'est drôle !

- C'est son métier. - Tu es le fils d'un vitrier, donc.

Euh, non. Pas d'un vitrier. C'est n'est pas exactement pareil.

Je sais.

Non, tu ne sais rien de mon père.

Ce n'était pas un simple "vitrier".

Tu me pardonnes ?

Je ne sais pas. Peut-être.

- Et tu vis seule ici ? - Oui.

- Toute seule ? - Toute seule.

Et tu joues au billard toute seule ?

J'ai inventé une espèce de jeu de solitaire.

Tu veux que je te montre ?

Pour jouer tout seul ? Non, merci !

- Une bière ? - Je veux bien, merci.

- Tu veux que je te l'apporte ? - Euh, non, j'arrive.

- Allez, viens ! - Bien.

Un toast ?

- J'en ai déjà bu un peu. - Ça ne fait rien.

Buvons à...

- À tout ça ! - Félicitations !

Félicitations pour quoi ?

Félicitations ?

J'en sais rien. Félicitations comme ça.

- J'ai une question à te poser. - Vas-y.

C'est sérieux.

Qu'est-ce que tu me trouves ?

- J'aime... - Sois franche.

Bien sûr. Disons que tu m'intéresses.

Mes grands-parents se sont dit ça à leur premier rendez-vous en 1830.

Je suis une fille à l'ancienne, ça n'a pas dû t'échapper.

Si t'étais ce style, tu ne m'aurais pas fait entrer chez toi.

Je n'invite jamais personne ici.

Vraiment ?

Toi, je t'ai fait venir parce que tu me plais bien.

Comment dire, tu es... drôle.

Drôle ? Je n'ai même pas encore sorti mon stock de blagues.

Tu es comme... un tout petit.

Un tout petit ?

Mais si tu veux savoir combien de gars j'ai invité chez moi, tu es le seul.

Tu veux dire que...

Tu n'as jamais...

Non.

Non, sans mentir, jamais.

T'enlèves pas ton t-shirt ?

Il fait une de ces chaleurs !

- Tu es gêné ? - Non, pas du tout.

- Tu es beau. - Toi aussi, tu es belle.

Tu as une belle voix.

Une belle voix ?

Les filles ont parfois des voix qui piaillent.

Et il n'y a rien d'autre qui te plaît chez moi ?

Euh... Si, bien sûr. Je veux dire...

Tu as une voix de théâtre...

Où sont les toilettes ?

Là-bas, au fond.

Je reviens tout de suite.

Il faut que j'y aille parce que...

J'ai des choses à faire.

Des trucs urgents, tu comprends.

Je ne suis pas venu ici pour...

Je n'aime pas que tu te déshabilles comme ça, tac, tac !

Je préférerais le faire moi-même.

Tu sais...

Je suis un con. Mais quel con, mais quel con je fais !

"Tu as une belle voix", j'ai dit.

Bonjour !

Pourquoi tu m'as traînée ici ?

Ben, c'est le cimetière.

Oui, bon, il est là et il risque pas de bouger.

C'est un truc à visiter, comme je suis juste de passage...

Je m'étais promis d'aller visiter le cimetière.

Tu ne serais pas comme ton frère ?

Euh, si, en fait si.

C'est un type intelligent...

- Tu es homo comme lui ? - Quoi ?

- Tu préfères les hommes ? - Non, chérie, mon frère n'est pas...

"Chérie" ? Tu parles comme les gays ! Tu aimes les hommes.

Mais tu te trompes. Pas du tout ! Et mon frère non plus.

C'est pas un drame. Les femmes aiment les hommes et certains hommes aussi.

Qu'est-ce que les femmes aiment chez les hommes ?

Leur façon de les toucher, leurs mains, leur corps, leur peau.

Quand j'ai enlevé ma chemise sur le lit, tu m'as dit que tu aimais ma voix.

Reconnais qu'il y a de quoi s'étonner.

- Laisse-moi regarder les maisons. - Ce sont des tombes, pas des maisons.

N'importe.

Ne te fâche pas et regarde-moi.

Non.

Je te regarde, alors regarde-moi.

- À quoi ressemblent mes mains ? - Laisse-moi les regarder.

- Tu ne les as pas encore vues ? - Je préfère autre chose.

- Quoi donc ? - Ta voix.

Mon frère va sûrement bien.

Il étudie d'arrache-pied pour revenir bientôt.

Bon, il pourrait nous écrire ou téléphoner de temps en temps.

Je lui dirai quand je le verrai.

Je ne suis plus un enfant et il est à peine plus âgé que moi.

Il doit avoir une petite amie.

Il est beau et séduisant.

Si je gagne le concours, je ne te le présenterai pas.

C'est avec lui que tu risquerais de passer la nuit.

- Et ils te manquent ? - Oui, beaucoup.

Mais je suis ici, maintenant. Impossible de rentrer.

Et je ne pourrais pas vivre avec eux.

Je ne viens même pas pour Noël.

Ils croient que j'étudie l'agronomie.

Au début, quand j'allais leur rendre visite,

je prenais la peine de lire quelques pages de botanique

pour donner le change au cas où le père me poserait des questions.

Mais à la fin,

j'ai cessé mes visites et mes appels.

Je sais que je devrais, mais...

C'est moche de ma part, mais... je ne sais pas.

- Dis-leur la vérité. - À qui ?

À papa et à maman ?

Je ne sais pas.

Ce serait une catastrophe.

Tu imagines papa ?

Son fils aîné ?

Le modèle de son petit frère. Le futur ingénieur agronome.

Celui appelé à mettre sur pied une véritable exploitation agricole.

Non.

Comment lui dire ?

Dis-moi, comment ?

Imagine que je lui annonce ça par radio, dans sa camionnette.

Et que tout le monde soit au courant, en ville.

Je pense au père, l'après-midi...

en train de causer avec ses potes camionneurs

et leurs photos de gonzesses à poil dans leurs cabines.

Et je commence :

"Camion n° 10... Papa ? Tu me reçois ?

"Écoute, papa...

"J'ai un truc important à te dire.

"En fait, je n'étudie pas l'agronomie.

"J'étudie les sciences sociales depuis deux ans.

"Encore une chose, papa...

"je suis pédé.

"Je fais le tapin, et c'est une femme qui m'entretient.

"Terminé."

Ne prends pas sur toi.

Ils finiront par le savoir.

Mais avant, je veux passer mon diplôme et avoir un boulot.

Pour gagner ma vie et un jour...

Ils ne te diront rien, tu sais.

Comment lui dire, je ne sais pas. Je dois trouver un moyen.

Que pourrais-je dire ?

Simplement qu'ils sont morts.

Le serrer dans mes bras

et le laisser digérer ça comme je l'ai fait.

Vivre son chagrin.

Se sentir idiot après avoir appris la nouvelle.

On finit par s'y habituer.

Et tant mieux, dans un sens. Mais c'est aussi effrayant.

Ce n'est peut-être pas le moment de parler de cela,

mais Daniel est le bienvenu à l'entrepôt frigorifique.

Il peut commencer quand il veut.

Qu'avons-nous fait au Seigneur pour mériter ça ?

Pourquoi ? Par pitié !

Et on est sans nouvelles de son frère qui est à Buenos Aires.

Il ne faut pas s'en faire. Ici, on aura toujours nos poulets.

- C'est qui, le vieux fou, là ? - Un Polonais.

- Qui a 105 ans. - 105 ans ?

Et désormais, il ne pourra plus mourir. Après cette photo.

Comment ça ?

Il ne mourra plus.

On ne l'avait jamais pris en photo, avant.

Maintenant, il est éternel.

Je l'ai rendu immortel.

Tu ne me crois pas ?

Si, si. Je comprends ce que tu veux dire.

Oui ? Dis-le-moi.

Tu veux dire que...

Qu'il vit dans ta photo.

C'est la magie de la photographie.

Elle empêche les gens de mourir.

Si je garde cette photo, il sera avec moi pour toujours.

- C'est ça ? - Non, c'est pas ça.

Tu sais comment je fais ?

Je passe des heures avec mes sujets. À les observer.

Jusqu'à ce qu'ils oublient ma présence.

C'est à ce moment qu'ils deviennent eux-mêmes.

Leur vérité se révèle, leur âme transparaît.

- Et alors, je prends ma photo ! - Et cet homme-là ? Il est lui-même.

C'est bien lui. Tel qu'en lui-même. Pour l'éternité.

Son expression reste vivante.

C'est exactement ça ! Il ne mourra plus.

On peut aussi faire de jolies photos en prenant de beaux paysages.

Jolie ? Une photo n'a pas à être "jolie".

Mon cul, "jolie".

Plus que la lumière, le cadrage,

c'est la personne.

La personne, fixée pour l'éternité.

C'est bien toi qui regardais derrière les miroirs ?

- J'étais un enfant, je ne savais rien ! - Et maintenant ?

Je sais qu'il n'y a rien derrière les miroirs.

Rien qu'un mur sombre et gris.

Regarde-toi...

Baisse-toi.

Clic !

C'était une photo ?

Bien sûr que non. Une photo nous fait vivre éternellement.

Sabrina est en train d'enregistrer. On va l'attendre.

Tu t'appelles Daniel, c'est ça ?

- Oui, Daniel. - Moi, c'est Leonardo.

Elle, c'est Barbara.

Canon comme secrétaire, non ?

Si ne tu veux pas jouer ton rôle, on le donnera à un pédé !

Va te faire mettre !

- C'est le gagnant du concours ! - Tu as l'âge ?

- Oui. - Et voilà Sabrina. Elle est peu folle.

- Sabrina ! - Quoi ?

Le gagnant du concours est ici.

Je suis crevée, ce soir.

Sabrina ! J'ai fait 650 km pour te voir.

Par camion, par bateau, j'ai dû nager et...

Je t'ai apporté des fleurs.

Approche !

Tu écris très bien. J'ai beaucoup aimé ta lettre.

Sabri ! Des hommes m'ont vue dans l'émission et j'ai des appels.

- Tu dois avoir mal au cul. - Je vais pouvoir m'acheter une tire.

- Tu vas bien ? - Génial. C'est le gagnant du concours.

Qu'il est mignon !

- Hé, il est à moi ! - Comment tu t'appelles, mon joli ?

Sois pas égoïste, partage !

Entre, ne sois pas timide. C'est ici qu'on travaille.

Les films, les photos, l'émission télé, tout se fait ici.

On est en train de tourner un film, en ce moment. Ce sont les décors.

Regarde, le film commence ici.

Voici le lit nuptial où le personnage principal est conçu.

Qu'en dis-tu ?

Il est conçu ici, mais naît dans le décor suivant.

Une salle de consultation gynécologique.

Spécialement créée pour ce genre de film.

La maman se tient ici, avec les jambes écartées.

La caméra est là.

En fait, il naît adulte. Pour ça, on utilise des effets spéciaux.

Et l'infirmière s'écrie : "Quelle bite il a, votre fils !"

Et hop, elle la fourre dans sa bouche.

Puis il grandit, va à l'école.

Et voici la salle de classe.

- C'est bien fait ! - Pour sûr ! Assieds-toi là.

Là, il apporte une pomme à la maîtresse pour se faire pardonner.

Elle l'appelle : "Viens ici !"

- Et lui vient... - Approche.

- Tu es un méchant garçon ! - Je vous ai apporté une pomme.

- Une pomme ? - Oui.

Où tu la caches ?

Pourquoi ta maman est toujours si nerveuse ?

Et la vie de notre personnage se poursuit dans le décor suivant.

Tu vas aimer ça ! Le voilà adolescent.

Son père lui a acheté une voiture.

Et il sort avec sa petite amie.

Et, tout à coup, sa petite amie lui sort le grand jeu...

Mais quelle surprise, chéri ! Viens que je te montre le reste.

On en vient maintenant à la partie triste du film.

C'est la pire, je ne l'aime pas.

Tout est gris. C'est maintenant un pauvre type, englué dans la routine.

Il a dans les 35 ans, bosse dans un bureau.

Il est sur la pente descendante.

Et, tout à coup, il se chope un infarctus et meurt.

- Pauvre gars. - Et sa vie se termine ici.

- Regarde ça ! - C'est splendide !

On est au cimetière, endroit triste et désolé, s'il en est.

Mais c'est la meilleure scène du film.

- Ah bon ? - Regarde !

Tout à coup, hors du néant... Avec effets spéciaux...

Surgissent de terre les autres personnages.

Ils sont morts,

mais leur chair ne s'est pas encore décomposée.

Et ils dansent...

Puis ils font l'amour et s'embrassent tous les uns les autres.

Et c'est ce qu'on va faire nous aussi, tout à l'heure.

Si tu es sage, sinon je te renvoie à la maison.

Quelle belle histoire !

Maintenant, je vais te montrer le plus chouette endroit du décor.

Notre petit nid d'amour et de sexe

où je m'en vais t'enseigner quelques petites choses.

D'abord, je mets ça en route. Ça te plaît ? Ne tombe pas !

Mets ta tête là.

Voyons voir ce qu'on a sous cette chemise.

Tu me plais. Quel beau petit !

Rien à jeter !

- Tu as un préservatif ? - Oui.

- Tu ne le mets pas ? - Si.

J'éteins ça et je te l'enfile.

- Eh, où tu t'en vas ? - Il fait plus clair là-bas.

- On dirait que tu es un peu gêné ! - Non, pas du tout.

- Je te regarde faire, d'accord ? - Pas de problème.

Assieds-toi là.

Quel beau petit cul ! Laisse-moi t'aider.

T'arriveras pas tout seul.

Je t'aide.

- Tu y arrives ? - Ça va.

- Tu es sûr ? - Oui.

Génial.

Je suis prêt.

Sabrina ?

- Où es-tu ? - Ici !

Rien ne presse.

Enlève-moi ce pantalon, mon amour.

Mon petit trésor à moi.

- Viens vite ! - J'arrive.

- Retire donc ton slip. - C'est mieux ?

Tu dois l'enlever aussi. Allez viens, mon cœur.

- Sur toi. - Oui, mon cœur, doucement...

Voilà. Comme ça...

Doucement...

Tu m'ôtes mon soutien-gorge ?

Oui.

- Comme ça ? - Voilà.

Tu veux me toucher ?

D'accord.

Comme ça, mon cœur. Bouge un petit peu, d'accord ?

Fais-moi voir.

Encore, mon cœur, encore !

Tu es mignon, tu sais ?

Ne fais pas l'idiot !

Tu es beau.

Quelle tristesse...

Pourquoi ?

Pour tout.

- Je te trouve belle aussi. - Vraiment ?

Oui, et intelligente.

Tu as entendu l'écho dans cet endroit désert ?

C'est bizarre de se retrouver ici comme ça.

C'est le plus haut plafond que j'ai jamais vu.

Ça m'a fait très plaisir.

- À moi aussi. - On va dîner ?

- Il est déjà tard. - Tu te couches tôt, d'habitude ?

Mâche un peu, tu vas t'étrangler !

Ma mère me disait toujours ça !

J'avale toujours tout à toute allure.

Comme si la nourriture allait brusquement disparaître.

Maintenant que tu es grand, ta mère ne te le dit plus, non ?

- Non, mes deux parents sont morts. - Ah oui, c'est vrai.

- Tu me l'avais écrit dans ta lettre. - Ce n'est rien...

J'avais oublié, excuse-moi.

- On me dit insensible... - Au contraire !

Tu es une des personnes les plus sensibles que je connaisse.

C'est vrai.

Je ne peux pas pleurer tout le temps. C'est arrivé il y a trois ans.

C'est terrible, mais...

C'est une bonne philosophie.

Pourquoi ressasser sans cesse les choses tristes ?

Mieux vaut les enterrer !

- Et ta famille à toi ? - J'ai encore ma mère.

Elle est en maison de retraite.

Quel âge as-tu ?

Ce ne sont pas des questions à poser aux dames.

Surtout quand on bouffe des nouilles.

Sois délicat avec les femmes. C'est important.

Car nous autres, les femmes,

nous sommes les diamants de la vie.

Les hommes l'ignorent.

Apprends-le vite.

Et essuie ta bouche quand tu manges. Comme ça, bébé !

Et encore !

Donne-moi une clope.

Lâche ma main, alors.

C'est des cigarettes de femmes, mais tu peux y aller.

Excuse-moi, je suis un peu ému.

Je sens bien que tu es ému.

Qui sait, peut-être que je passerai la nuit avec toi, mais...

Tu connais d'autres langues ?

J'ai appris l'italien lors d'un tournage en Italie.

Ça fait déjà un bail, je te dis pas. Le titre était : "La Figa Calda".

- Ça veut dire ? - Je sais pas, mais ça a l'air bien !

C'est pas très poétique, ça veut dire "La chatte chaude".

Coucou !

Coucou.

Portons un toast ! À nous !

Et oublions les mauvaises choses.

- Santé ! - À nous !

Ça alors ! Un ami à moi !

- Je reviens dans un instant. - T'es un rapide, toi !

Tu as déjà des amis ici ?

Vous m'en achetez un ? C'est de la littérature !

Viens ! Je suis avec Sabrina Love.

Mais qui est-ce ?

Ah oui, d'accord ! Je me souviens !

- Sabrina... Carmelo... - Enchanté. Quelle splendeur !

- Il est écrivain. Asseyons-nous ! - Enchantée.

Je suis épuisé. La lutte pour la survie. La vie quotidienne...

Il écrit des bouquins.

Oui, "L'homme vulnérable".

C'est vous qui avez écrit ça ?

Tout homme est vulnérable.

Vulnérable. C'est un mot compliqué.

- Vulnérable à l'amour. - C'est vous, là ?

C'est moi quand je portais la barbe.

- Ça t'allait mieux. - J'ai l'air bizarre à présent.

"Né en 194...

On ne peut pas intituler un poème "Hommage au vagin".

- C'est là où on naît. - C'est une honte !

Vous êtes un cochon.

Ce n'est pas très poétique. C'est juste dégoûtant.

Ce n'est pas de la poésie. On ne me la fait pas.

Vous connaissez Bukowski ?

Non ! Vous savez, je n'ai pas lu tant que ça.

Un écrivain reste un écrivain. Qu'il écrive ou non.

C'est une belle idée.

Et une pute reste une pute. Même quand elle ne baise pas.

Il prépare ce qu'il va écrire.

- Oups, c'est moi qui fais la cochonne ! - Vous êtes une femme du monde.

Je finirai par trouver le courage, un jour.

Il va bien falloir lui dire.

Bien sûr.

Mais n'abordez pas le sujet devant lui, s'il vous plaît.

- On ne sait jamais. - Ne t'inquiète pas.

T'as pas de souci à te faire, petit.

Tu peux lui faire confiance. Et à moi aussi.

Je le jure.

Elle en a dans le ciboulot. Je te l'avais dit.

- Une fleur de femme. - Oh, Carmelo !

Tu danses avec moi ?

Écoute-moi ce tango !

Écoute, je te parle ! Ça, c'est du tango !

J'ai pas envie de tenir les chandelles.

C'est toi qui nous as invités.

- On était en train de s'amuser... - Calme-toi.

- Trouvez-vous une cabine téléphonique. - On en vient !

Avec qui il est ?

- Tu ne le sais pas ? - Il m'a dit qu'il était avec des amis.

- Bonsoir, c'est combien ? - Cinq pesos par personne.

Tu as cinq pesos ? Merci.

Cet endroit me plaît. Souris donc un peu !

C'est un terrain de basket, on y joue au foot...

Même si pour l'instant, il y a des gens qui dansent.

Tu me fais danser ? Tu veux bien ?

Ça te ferait plaisir ?

Faudrait qu'on le trouve... Avec tout ce monde...

C'est de l'histoire ancienne, Carmelo.

- Dani ! - Quique !

- Enchanté ! - Je te présente Julia.

Elle est photographe.

Vous êtes une professionnelle, n'est-ce pas ?

Je suis une pro, moi aussi.

Qui veut danser ?

Pourquoi elle rigole ?

Elles sont toutes les mêmes !

- Que veux-tu dire ? - Que toutes les femmes sont les mêmes.

Pourquoi dis-tu ça ?

Elle était avec moi. Et regarde-la, maintenant !

Quel couillon je fais.

D'où tu la connais ?

Où ça ? Je la connaissais

avant notre rencontre.

Que veux-tu dire ?

Fils de p...

- Comment ? - Non, rien.

Je veux dire...

Elle fait de la télé, c'est pour ça que je la connais.

- Comment t'as fait pour la rencontrer ? - Par un concours.

L'émission a organisé un concours. Et j'ai envoyé ma lettre.

Ah ! Tu as remporté le prix

de ce concours ?

Eh bien... en fait...

Je l'ai gagnée, elle.

Tu l'as gagnée, elle ?

Je l'ai gagnée à ce concours.

Une tablée géniale, une soirée géniale, du tango génial !

Alors, c'est toi, Quique ! Maintenant, je te connais.

Mon amour...

J'ai pris des photos superbes.

Je t'adore, mec !

Personne d'autre ne transpire, mais moi, si.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? - Je suis crevé.

- Que se passe-t-il, Dani ? - Je me sens très mal.

Qu'est-ce que tu as ?

Comment est-ce possible ?

- Qu'est-ce que t'as bu ? - Du vin.

Qu'est-ce que t'as bu ? Et qui est cette femme ?

Qui est-ce ?

Tu étais beau garçon, toi, non ?

- Il paraît... - Regarde-moi.

Il faudrait que tu te rases.

Des cheveux propres, un peu d'eau de toilette...

- Une petite visite chez le dentiste. - Rien que ça !

Tu n'as pas de femme.

Mais il y en a une qui me fait de l'effet. Vous.

Je suis sérieux.

Prenez-le comme un compliment. C'est ce que je ressens.

Pauvre malheureux.

Pauvre malheureux.

Pauvre malheureux, mais plein d'expérience.

Sûr ! Tous les pauvres malheureux ont eu une histoire d'amour.

Et pourquoi elle t'a quitté ?

- Pour cruauté mentale. - Quoi ?

Elle a prétendu que je la battais.

Les avocats appellent ça :

incompatibilité d'humeur.

Je me damnerais pour une femme.

Comment tu te sens ?

Atrocement mal !

C'est que tu as trop bu.

Pas tant que ça. C'est que tout va de travers.

Qu'est-ce qui ne va pas ?

Dis-moi.

Ça aurait dû être une nuit de rêve.

J'aurais dû m'éclater.

Je suis sorti avec Sabrina, on était allés dîner.

Ça collait entre nous.

Il a fallu que je tombe sur Carmelo.

Il a tout fait foirer.

N'exagère pas. Pauvre Carmelo ! Ce n'est pas sa faute.

Mais c'est que tu ne comprends pas.

Tu n'étais pas tout le temps là.

Il s'est énervé quand...

quand il m'a vu l'embrasser.

Il a vraiment pété un câble. Il nous a regardés avec un tel mépris.

Comment supporter des gens comme ça ? Tu les supporterais, toi ?

- Des gens comme quoi ? - Comme Carmelo. Impossible !

Avec ses phrases bizarres

et son bouquin bizarre. Je n'y pige que dalle.

Sabrina ne s'intéresse pas aux types comme lui.

Elle ne l'écoute que parce qu'il est bizarre.

Tu es si jaloux ! C'est une plaie pour les femmes.

Moi ? Je ne suis pas jaloux. Non... Tu crois ?

C'est vrai.

Tu aimes vraiment mon frère, non ?

Beaucoup.

Que vois-tu en lui ?

C'est un bon garçon, comme toi.

Enrique ! Viens donc danser le tango avec moi ! Tu veux ?

On n'a pas encore dansé... Eh ! Qu'est-ce qui te prend !

Tu as de la merde dans la tête ?

- Ne me touche pas ! - Mon frère est un enfant.

- Bien sûr ! - Il vient de débarquer.

Tu ne sais pas t'occuper de lui comme il faut.

- Il est complètement bourré. - Et alors, il fait ses débuts !

- Quel genre de débuts ? - Ce genre, tu vois ?

Ce que toi, t'as jamais fait, pauvre type !

- Tarée ! - Va te faire foutre !

Viens ici !

Rentre chez toi et lâche-nous !

Y'en a marre de toi ! Dégage !

- Tu vas me lâcher ! - Espèce de pute de bas étage !

Je suis une pute de luxe.

Si t'étais un homme, je t'en aurais mis une !

Je ne me gênerais pas non plus.

- Écrase ! - Pute de bas étage !

Faire ça avec un môme ! Quelle décadence !

- Coupe ta bite ! - Va te faire mettre !

Debout là-dedans ! Qu'est-ce qu'il fout ici ?

- Fous le camp ! - On tourne dans une heure.

Debout ! Allez, on se bouge !

Quelle nuit ! N'est-ce pas ? Tu dois être à plat.

Tu as vraiment eu du cul, si tu veux savoir.

Je sais.

Tous les hommes de ce pays rêvent de se la faire.

Mais elle cause trop.

- Ferme-la. - Qu'est-ce que t'as ?

Je lui dis pour qu'il pige bien.

C'était gratuit. Il n'a pas dû s'exhiber à la télévision

ni payer un centime. Tu comprends ?

Viens tourner avec nous.

- Laisse-le tranquille ! - T'en mêle pas, toi.

Tu n'auras pas deux fois une pareille occasion.

Je dois rentrer à la maison, maintenant.

Comme tu veux.

Il y a de la fesse et, de temps en temps, un petit coup.

C'est moi qui invite. Je paie pour la vidéo.

Quel idiot je fais !

Ne t'en mêle pas.

- C'est juste un enfant ! - On s'en fout de cela !

Il t'a tronchée, non ?

Et alors ?

- Rentre chez toi. - Idiote ! Il pourrait se faire du fric.

- Qu'est-ce que je dois faire ? - Laisse tomber, Dani.

J'y vais. Qu'est-ce que je risque ?

Bon...

M. le producteur ! Je lui rentre dedans, ça sort...

- Ce n'est pas le mien. Ça ne va pas. - Encule-la et écrase !

- Ta gueule. Action ! - Je ne peux pas !

- Coupez ! - Toi, la ferme !

- Non, attendez ! - Sécurité !

Sabrina ! Viens avec moi !

Dehors, fils de pute !

Ça y est.

Tu as un petit ami ?

Non.

Tu en as eu un ?

Un sérieux, une seule fois.

- Pourquoi vous êtes-vous séparés ? - On était trop différents.

Il écrivait des poèmes débiles sur les rencontres entre les âmes.

Il disait que l'amour était spirituel.

Tu trouves ça mal ?

Non, mais l'amour n'est pas spirituel. Ça ne se passe pas au niveau de l'âme.

L'amour, ce sont des corps qui se rencontrent, pas des âmes.

Et quoi d'autre à part les poèmes débiles ?

- Tu gardes de bons souvenirs ? - Oui, des bêtises.

Comme ?

Quand il venait me chercher à l'école en moto,

on allait à la Place de Mai. Tu y as déjà été ?

Oui.

On tournait autour de la place et il faisait hurler son moteur

comme une mitrailleuse en train de tirer.

Les pigeons qui s'envolaient formaient une nuée grise.

Ça énervait les soldats en faction.

Comme si on les avait sortis de leur torpeur.

Eh gamin ! T'es sourd ?

- T'as des bagages ? - Oui.

- C'est tout ? - Oui.

Prends-les avec toi. On va pas se faire chier.

- Elle a quel âge, ta fille ? - Très drôle.

Retire ta chemise que je la lave.

Dans le fond, il faudrait que je retire mon pantalon aussi.

- Il m'a l'air sale. - Non, ça va.

- Si, je te jure, il est sale. - Pas du tout !

Regarde bien !

Qu'est-ce que tu vas me faire ?

Salut ! Comment ça va ?

Tout baigne ?

Tu veux me rendre service ?

Un ami voudrait faire un enregistrement. Tu peux l'aider ?

- Tu as une caméra de libre ? - Dans une demi-heure.

Daniel, on y va. On se grouille. Ils ont besoin du décor.

Vas-y !

Bon... Quique... Avant toute chose, je voudrais...

te remercier pour tout ce que t'as fait. Tu as été formidable.

Merci de t'être montré tel que tu es.

De ne pas avoir fait semblant... Enfin, tu sais... ou tu ne sais pas.

Quoi qu'il en soit. Tu es mon frère et je t'aime.

Je veux que tu sois heureux avant tout. Quoi qu'il en coûte.

Il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit.

Parce que je n'ai jamais trouvé le bon moment.

Ou j'aurais pu, mais je ne l'ai pas fait.

J'étais là quand c'est arrivé.

Quique...

Papa et maman sont morts.

Dans un accident avec la camionnette.

Tout est arrivé très vite. Ils n'ont pas souffert.

Je vais mieux à présent, je crois.

Beaucoup mieux...

mais j'ai morflé, tu sais.

Grand-mère s'occupe de moi.

Elle a aussi beaucoup souffert.

J'aurais aimé que tu sois là.

Pour t'avoir à mes côtés.

Je vais bien à présent. Ne t'inquiète pas.

Ils te croyaient à Buenos Aires, en train d'étudier.

Et ils étaient contents.

Ils étaient heureux.

Je ne sais pas... Appelle-moi... Ou viens me voir.

Viens !

Bonjour !

Tu pars ?

Oui.

Et Quique ?

Julia...

Peux-tu lui remettre ceci ?

Alors c'est ça ?

J'ai fini par le faire. On m'a prêté le matos.

Tout est là-dedans.

Je vais boucler mon sac.

Pardon ?

- Je disais : tu rentres à la maison ? - Oui, je rentre.

- Tu étais en visite ? - Oui, quelques jours.

C'est bien. Tu as de la famille à Buenos Aires ?

- Ma petite amie. - Ah ! Encore mieux.

- Et tu la laisses seule ? - Non.

Elle vient me rejoindre et on s'installe à Buenos Aires.

- On va se marier. - Ah ! C'est du sérieux, alors !

C'est la vie...

- Et elle s'appelle comment ? - Comment ça ?

Eh bien, ta fiancée !

Comment elle s'appelle ?

Elle s'appelle Maria.

On se ne rencontrera peut-être pas,

mais je veux que tu saches, Sabrina,

que je t'admirerai toujours pour ce que tu es :

une des meilleures actrices de tout l'univers.

En écrivant cette lettre que tu liras, c'est comme si je t'avais parlé.

Et ça m'a fait du bien.

Où je suis, je n'ai personne d'intelligent à qui parler.

Alors, merci.

Je t'aimerai toujours.

Quoi qu'il arrive et pour toute la vie.

Je t'embrasse bien fort. Daniel Montero.

Sous-titres : frmwa et Uncle Meat

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