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Original subtitles

Un-

Aboiement

...

Chahut d'enfants

...

- Allez. On y va.

Chahut d'enfants

Klaxon

Chahut d'enfants

...

- T'es mort!

- Ouais! On a gagné.

- Hourra!

Pelles

...

Piano

...

Vaisselle

Piano

...

- Marianne.

Où étais-tu cet après-midi?

- Chez Nadia, récupérer un livre.

- Menteuse.

T'étais avec le fils Monglat.

Mme Bertin vous a vus dans le bois.

- Et alors?

Il est riche, le fils Monglat.

Son père s'est débrouillé sous l'Occupation.

Lui, il a su jouer au résistant

puis, maintenant, il est dans les affaires,

comme son papa.

- C'est ce qui lui plaît

chez ce garçon.

C'est pas Ça?

Je le regrette pour toi, ma fille.

Dans la vie, la seule chose qui compte, c'est l'argent.

Et ta mère pense comme moi.

Mais si tu l'épouses, elle te pardonnera.

- L'épouser? Ce qu'il veut, c'est s'amuser.

-Il y a autant de profit à être la maîtresse d'un homme riche

que sa femme légitime.

- Et si elle tombe enceinte?

-Il faut éviter d'avoir des enfants,

c'est une source d'emmerdements.

Non. Tu as le temps.

Tu veux monter à Paris faire du théâtre. Tu vas réussir.

Bon. T'as raté ton baccalauréat.

Mais pour faire du théâtre...

Combien d'acteurs ont leur certificat d'études?

Non. Ta mère a raison, évite le bois des Larmes.

Il faut faire ça dans une chambre.

Soupir de la mère

- Allez, viens. Viens.

Oh là là...

- Papa...

- T'as fini?

- Mon Papa”

- Je suis là. - Mon papa.

- Descends.

- Je sors du bain?

- Allez. Tu remontes.

Hop. - Je veux pas. Je veux pas.

- Commence à te laver. - Non.

- Tu veux pas encore un bout?

Tu veux pas encore un bout?

Dis-moi,

encore un peu.

Juste un petit peu. Regarde.

Regarde ça. Hou, hou!

- STÉPHANE!

- Allez. - Reviens.

- Non. Je suis tranquille.

Non!

- Maxime.

- Mais on croit rêver!

Quand est-ce que vous allez décamper d'ici? J'en ai assez!

C'est toujours pareil. - Moi aussi, j'en ai marre.

- Venez voir. On vous demande d'être propre!

- Je suis aussi propre que vous!

- Regardez les cabinets. - Quoi?

- On tire la chasse.

Dans ma famille, on a le derrière aussi bien tenu que dans la vôtre.

- Et le faitout?

- Quoi, le faitout?

- Regardez. Regardez! Vous pourriez le rendre propre.

-Ici, je suis chez moi autant que vous.

Et même plus que vous.

- Mme Gaigneux, un peu de calme.

- Pour me donner des leçons de politesse,

VOUS repasse rez.

C'est pas parce que vous êtes ingénieur que vous me faites peur.

Mon mari peut vous faire flanquer à la porte.

Ce sera tôt fait. Parfaitement.

C'est pas la peine de me regarder comme ça.

- Allez. Viens!

Prends-la. - J'en peux plus!

- Occupe-toi des enfants.

Pleurs

Excusez-la. - C'est rien.

La promiscuité, c'est pas facile.

- La mairie m'a promis un logement. On va voir.

Pleurs

...

Je vous fais rire?

- Excusez-moi, c'est nerveux.

Elle rit.

- Je me régale.

Je me régale.

- Reprends-en. Donne-moi ton assiette.

- Je parle pas de la soupe.

Je pensais à ma dissert.

Je me régale.

- C'est quoi, le sujet?

- L'esprit de résistance chez Corneille.

- Et ça donne quoi?

- Je compare Pétain à Camille...

et le jeune Horace à De Gaulle.

Rire

Et tenez-vous...

Et tenez-vous bien.

Il rit.

Vous savez qui

pour le vieil Horace?

Marcel Cachin,

le doyen du PC. Ça va lui plaire.

- Tu es sûr?

- Tout ça pour flatter ton prof de français.

Il est communiste. On le sait.

Il s'en cache pas. Tu as quoi contre les communistes?

Tâche de pas rater ton bac.

- Tu nous emmerdes avec tes communistes.

Ça suffit.

- Taisez-vous. Voilà M. Watrin.

- Bonsoir. - BONSOIR.

- Bonsoir, Watrin.

- Ne vous dérangez pas.

Bon appétit.

- MERCI.

-(Doucement avec les communistes, ici.)

On frappe à la porte.

Oui?

Merci. - Voilà.

- J'ai passé mon après-midi dans les champs.

J'ai corrigé un paquet de copies, couché dans l'herbe.

La journée était tellement belle. Vous n'imaginez pas mon bonheur.

- Alors moi, j'ai souffert, au contraire.

Il y avait une réunion à la direction pour les travaux d'aménagement.

Leroy était contre le projet,

alors tout le monde s'est incliné honteusement.

Tout ça parce qu'il a un frère mort à Buchenwald

et que l'autre écrit dans "Combat".

Comme si à lui tout seul, il incarnait la Résistance.

-Ils ont dû se compromettre sous l'Occupation.

- Mais non, ils n'ont pas été compromis.

Simplement maréchalistes, mais sans tapage.

Et encore "maréchalistes", c'est pas le mot.

Ils ont cru à la collaboration

et au gouvernement de Vichy. Certains y croient encore.

Moi, je crois encore à ce que j'ai cru sous l'Occupation.

J'en ai pas honte.

Pourtant, moi non plus, j'étais pas dans mon assiette devant Leroy.

- C'est peut-être simplement un peu d'hypocrisie de votre part.

'Hypocrite?

Je serais hypocrite?

Sûrement, oui. Alors la France est hypocrite.

D'un côté, il y a ceux, dont je fais partie,

qui ne s'affichent plus.

De l'autre, ceux qui font comme si ces idées n'avaient pas existé.

On réduit des millions d'individus à quelques vendus.

C'est un mensonge.

D'après les journaux, il n'y a que des résistants.

Mais bon nombre ont retourné leur veste

à la Libération. Voilà la vérité.

-Il y a des époques où le meurtre devient un devoir.

Et d'autres qui commandent l'hypocrisie.

Le monde est très bien fait.

Il y a en l'homme des ressources qui ne risquent pas de se perdre.

- Vous êtes un homme mystérieux.

Il y a des gens indifférents qui voient tout d'un même regard.

Vous, c'est avec les yeux de l'amour et de l'admiration

que vous voyez tout.

Ça doit être bien agréable.

- C'est un grand bonheur.

- Hm... Je vous envie.

Vous devriez me passer votre recette.

- J'essaierai de vous la passer.

Aboiement

...

...

un-

Aboiement

- Les mains en l'air.

- Qu'est-ce qu'il y a? - Louis, ta lampe.

Toi, tu bouges pas.

Hé, les gars, on le tient. Amenez-vous.

- C'est pas lui. C'est Archambaud, de l'usine.

- Oui. C'est Archambaud.

Qu'est-ce qu'il fait sur le pont?

- On n'a plus le droit de se promener, maintenant?

Qu'est-ce qu'il y a?

- On cherche quelqu'un.

- Bon. Vous m'arrêtez? Ou vous me laissez aller?

-Il fait sa promenade tous les soirs par ici.

Laissez-le partir.

Excusez-nous, M. Archambaud.

- M. Archambaud.

- Maxime Loin?

- M. Archambaud.

Sauvez-moi.

- Moi?

Un conseil : allez vous constituer prisonnier.

- Pendant l'Occupation,

si vous m'aviez vu me noyer dans la rivière,

vous m'auriez tendu la main.

- Mais je ne peux pas.

Gaigneux loge chez moi. C'est trop dangereux.

Une porte s'ouvre.

Pas dans l'escalier

Sifflotement

...

Allez. Montez.

Enlevez vos chaussures.

Restez là.

Si Gaigneux nous voit, on est bons pour le peloton.

*Musique jazz

*

Cris d'enfants

- Allez. Demain, c'est l'école.

Au lit, tout le monde. Allez.

- Je veux pas aller au lit!

Rires d'enfant

'Ça va f)

Tout va bien?

Ben, bonne nuit.

- Merci. - Bonne nuit.

- Bonne nuit, papa.

- Va savoir ce qu'il a fabriqué sous l'Occupation.

- Je sais pas. Mais nous, en tant que chrétiens,

on a le devoir du pardon.

- Je pense aux enfants.

Si on se fait prendre.

Et combien de temps, il va rester?

'Ça g

- Ah, ah. Qu'est-ce que tu fais là, mon gros bêta?

Veux-tu t'en aller.

Veux-tu t'en aller. Allez.

Hop. Là.

On frappe à la porte.

Entrez.

- Bonjour, Watrin.

- Bonjour.

Quelle belle journée. Hein?

Aussi belle qu'hier.

- J'ai quelque chose à vous demander.

- Si je peux vous aider.

- Vous connaissez Maxime Loin?

- Oui. C'est ce milicien qui publiait des plaquettes de vers.

Et qui a dirigé un journal sous l'Occupation.

- C'est ça, oui.

La justice le recherche pour le juger.

Et sûrement le fusiller.

Depuis la Libération, il se cachait.

Hier, ils sont venus.

Il a dû être dénoncé.

Il a réussi à s'échapper par un soupirail.

En rentrant de promenade, je l'ai trouvé en bas

au milieu des vélos.

- Et alors?

- J'ai eu pitié de lui. Il est dans la chambre des enfants.

Il a dormi avec Pierre.

Je sais pas combien de temps

il va rester. Mais avec les Gaigneux...

une imprudence, et nous sommes perdus.

-Il faut lui trouver un lieu sûr.

En attendant,

si je peux vous aider.

- Si un soir, on a des gens à dîner,

ou une visite, ou le matin, la femme de ménage...

- Qu'il vienne chez moi quand il voudra.

Que je sois là ou pas.

- Merci, Watrin. - Détendez-vous.

Tout se passera bien.

Pensez plutôt

aux satisfactions que vous allez éprouver

dans l'hypocrisie.

- BONJOUR, MONSIEUR.

- Bonjour, les enfants.

- Bonjour, Watrin.

- Bonjour. Ça va bien? - Oui, oui.

- Bonne journée.

Messieurs dames, bonjour. - M. Watrin, bonjour.

Alors les collabos, là, on les voit à cette heure!

Hein? Fumier.

- Allons. Du calme.

- On va en reparler. - Ah non. Non.

- Maxime Loin, tu sais où il est, toi?

- Les Boches, t'étais bien content de leur cirer les bottes.

- Allons.

- L'ordure passe son temps avec les filles.

Tu vas voir s'ils vont pas te faire parler!

- Allons, Rochard!

- Vous tracassez pas, mon vieux.

Tout ça, c'est pour rire.

Il n'en pense pas un mot.

- Vous, le grand sifflet, mêlez-vous de vos oignons.

- Quoi?

Tu oses le traiter de grand sifflet?

Tu lui manques de respect.

Paye ton verre, et fous-moi le camp d'ici en courant.

- Du calme, Léopold.

Je n'admets pas qu'on vous manque de respect.

À trois contre un pauvre abruti comme Alfred.

Touchez à un seul de ses cheveux et vous aurez affaire à moi.

L'oublie pas.

Paye ton verre, Rochard! Et tire-toi!

Hors d'ici!

- On va en reparler.

Sors de mon établissement! Alcoolique.

Coco.

Fumier, va.

Rochard, il louche sur la veuve Mangenot.

Mais elle, c'est pas son genre.

Celui qui lui plaît, c'est Alfred. Il a des doigts de velours.

- Avancez, mes enfants.

Mettez-vous en place. J'arrive.

- C'est quoi, M. Watrin, ce matin?

- Andromaque.

-"Andromaque"...

Oh, c'est beau. Racine.

C'est magnifique.

Si les Américains n'avaient pas bombardé le lycée,

j'aurais jamais connu Racine.

- La guerre a quelquefois du bon, Léopold.

Mais veux-tu te dépêcher!

Hein.

Allons.

- Allez. Vous terminerez ce soir.

Allez.

- Un peu de silence, d'attention.

Voyons. L'interrogation va commencer.

Par?

Mlle Brasset.

S'il vous plaît. Nous vous écoutons.

-"Où fuyez-vous, madame?

"N'est-ce pas à vos yeux un spectacle assez doux

"que la veuve d'Hector pleurante à vos genoux?

"Par une main cruelle, hélas, j'ai vu percer le seul

"où mes regards...

"où mes regards prétendaient s'adresser."

- Oui. C'est pas mal. Asseyez-vous.

Euh... Monsieur...

M. Gibe.

Qui bavarde, là-bas. Hein.

"-Seigneur..."

- Comment?

Non, non, non.

On ne regarde pas son livre, M. Gibe.

-"Seigneur, que..."

Bègayement

- On ne ricane pas, s'il vous plaît. Vous passerez tout à l'heure.

-"Où fuyez-vous, madame?"

-"N'est-ce pas à vos yeux un spectacle..."

-(ll sait rien.)

-"N'est-ce pas..."

"-N'est-ce pas..."

à vos yeux..." à vos yeux..."

un spectacle..." un spectacle..."

- Gibe. Gibe.

-"Par une main cruelle..."

-"Par une main cruelle..."

Hélas..." Hélas..." Hélas..."

j'ai vu percer le seul..."

j'ai vu percer le sein..." -... où mes regards..."

- Léopold, s'il vous plaît, ne soufflez pas.

Je vous entends d'ici.

-"Seigneur, que..."

-"Seigneur,

"que faites-vous?

"Et que dira la Grèce?

"Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de faiblesse?

"Voulez-vous

"qu'un dessein si beau,

"si généreux

"passe pour le transport d'un esprit

"amoureux?"

- Alors voyons, maintenant.

- Léopold.

- Je vois pas ce qui est drôle.

- Léopold. - Laisse-moi.

- Qu'est-ce que t'as? - M'emmerde pas.

- Les gendarmes sont là. Ils viennent perquisitionner.

Ils recherchent Maxime Loin.

- Tout le monde, alors.

Tout le monde sort ses cahiers.

Allons-y. Continuez.

- Qu'est-ce qu'il y a? - Où est Maxime Loin?

-Il est pas chez moi. - Ah bon?

- Un collabo chez un résistant, ça, c'est la meilleure.

- Toi, Léopold, un résistant? 1re nouvelle.

- Si je racontais tout ce que j'ai fait.

Jusqu'à la Libération, j'ai eu un juif comme garçon de café.

J'ai failli le virer à coups de pompe.

Mais je me suis dit: "Un juif par ces temps-ci,

"c'est sacré."

Comme si j'avais besoin d'un garçon de café. Allons!

- Dis donc, il marchait pas mal ton établissement.

Les Boches le connaissaient.

- Je pissais dans leur bouteille.

- Ton juif, il était pas si juif que ça.

C'était ton neveu.

- Et alors? On n'a même plus le droit d'avoir un neveu juif?

À la gendarmerie, on n'est pas gentil avec moi.

Le 1er coco venu me dénonce, et vous en demandez pas plus.

Celui qui est venu me dénoncer, vous avez peur de lui.

Il a fait virer les Jacquelin de leur logement.

Personne n'a bronché.

- La gendarmerie n'a pas à intervenir.

- Allons. Allons. Ha!

Ah, les cocos, va.

Y a du monde qui tourne autour de la veuve d'Hector.

Moi, j'aurais honte.

J'arrive au palais de Pyrrhus, je vois Andromaque en pleurs,

et je lui dis : "Passez-moi Astyanax, on va filer en douce."

Passez-moi

Astyanax,

on va filer

en douce.

- Rochard.

Viens. - Mais quoi?

- On va causer. Allez, viens.

Sifflement de locomotive

...

Pousse-toi de là. Allez.

Allez.

Là, par là...

C'est ton jardin?

- Ils sont beaux, tes légumes.

Assieds-toi.

Ta main

sur la table.

Je t'écoute.

- Rien à dire.

- T'as rien à dire, salaud. Tu vas voir.

Si tu te décides pas à parler, je te fais avaler le tonneau,

aussi vrai que je m'appelle Léopold.

- C'est moi qui ai dit aux gendarmes que Loin était chez toi.

- Pourquoi? - Je croyais que c'était vrai.

- Salaud. Continue.

- J'ai dit que je buvais un coup chez toi,

et que j'ai aperçu un homme qui lui ressemblait.

- Pourquoi t'as dit ça?

Je me suis trompé.

- Ordure!

- J'ai... j'ai menti.

J'ai vu personne.

Arrête. Arrête.

- Salaud, va.

Dis-le que t'as vu personne dans ma cuisine

qui ressemble de près ou de loin à Maxime Loin.

- J'ai pas dit ça.

- T'as dit quoi? - Du calme.

Qu'est-ce qui se passe?

Tout ça, c'est des histoires entre vous.

Monsieur Rochard a pu se tromper.

Ce n'est pas un délit. - Ah bon?

Ce n'est pas un délit? Et ça?

Ce n'est pas un délit? Il a essayé de s'en servir contre moi.

- Cette histoire n'est pas claire.

Je n'ai pas à entrer dans vos affaires.

-Il est exclu du parti.

Plus de carte. Il est viré.

- Vous êtes sûr?

- Certain. Ils en ont marre.

Quand il a crevé les yeux du milicien,

ils ont trouvé ça drôle.

Mais quand on a traité les communistes de tortionnaires...

Et quand il a expulsé les Jacquelin...

- Je n'ai pas à intervenir dans votre affaire.

J'aimerais savoir ce que vous foutez avec un revolver.

Vous avez un permis?

Non. Bien sûr.

Il faut pas vous gêner.

La gendarmerie, on s'en moque.

Confisqué.

Rochard, vous nous emmerdez. On entend un peu trop parler de vous.

Il faut que ça change.

- T'as entendu?

Allez. Viens.

Allez. C'est ma tournée.

Il m'en est arrivé une belle.

Figurez-vous que Rochard, des chemins de fer,

il a raconté aux gendarmes que Maxime Loin était chez moi.

Hé, c'est grave une dénonciation comme ça. Ah oui.

Vous, au parti, vous laissez un militant accuser un innocent,

un homme connu,

d'un crime qu'il n'a pas commis?

Ça engage votre responsabilité, ça.

C'est le bordel chez vous.

Il suffit d'avoir sa carte du parti, et vas-y que je te dénonce,

que je t'expulse,

que je te menace.

Tout est permis. Ha, ha!

Allons, allons, allons.

Ah, les cocos.

On va filer en douce.

Passez-moi Astanyax,

on va filer

en douce.

- Mais qu'est-ce que t'as?

- Je vais te le dire.

Je suis poète!

Parfaitement. Je suis poète.

"Passez-moi Astanyax,

"on va filer en douce."

Bien sûr, tu comprends rien. Ça, ça s'appelle "un vers".

Quand j'aurai trouvé le 2e, ben, j'en aurai 2.

Et quand j'en aurai 30...

Quand j'en aurai 50...

Dire qu'il a fallu...

qu'on se mette dans la limonade en 1933,

que la guerre éclate en 1939,

que la ville soit bombardée en 1944,

pour que moi, je devienne poète. -ll manquait plus que ça.

Dis donc, Andrea, on nous aurait dit ça il y a 20 ans,

quand on s'en allait sur les routes derrière la jument.

À bien réfléchir, 20 ans, c'est rien.

Et pourtant.

Hein.

Dans ce temps-là, je pensais guère être poète.

Comme toi, tu y pensais pas.

À la gueule de vieille que t'as maintenant.

Je te vois toute moche, toute ratatinée,

par rapport au temps

où on courait les foires. Toi, en maillot rose.

Sur l'estrade, comme ça.

Mesdames et messieurs,

voici le fameux Raoul de Bordeaux,

champion du Sud-Ouest.

Remarquez, mesdames et messieurs, la puissance de l'encolure.

130 cm de tour de poitrine.

En face,

le terrible Ali Ben Youssouf,

le tombeur de l'Afrique du Nord,

le seul homme au monde qui ait osé se mesurer avec un gorille.

Et enfin, mesdames et messieurs,

notre fameuse... allez...

madame Andréa

qui effectuera tout à l'heure,

pour votre émerveillement,

une démonstration de tututu!

Entrez, mesdames et messieurs, la séance va commencer.

Toi, t'étais là...

bien en chair, bien roulée, d'aplomb.

Tes cuisses en disaient long.

Comme ta poitrine.

Tous les hommes avaient l'œil dessus.

Et 20 ans après,

plus de cuisses,

plus de poitrine,

Plus de Raoul de Bordeaux, il est mort.

Et Mme Andrea,

une petite vieille,

un vieux sac d'os.

Mais pleure pas,

c'est la vie.

Si t'étais comme Andromaque...

- Comme qui? - Andromaque.

Une personne.

Si j'avais été tué à la guerre,

si le bistrot avait brûlé,

si t'étais aux mains d'un étranger, esclave,

là, tu pourrais pleurer.

Mais pour l'instant, je suis bien en vie. Hein. Léopold.

Allez, mon petit fagot, pleure pas.

Il faut que je demande à Watrin ce qu'il buvait, Racine.

Allez. Viens te coucher.

Tonnerre

- Pourtant, vous trouvez normal que, pour un communiste français,

sa vraie patrie soit celle du marxisme, la Russie.

Eh bien, entre 1940 et 1944,

la patrie de l'anticommunisme, c'était l'Allemagne.

Sans cette ganache de Pétain,

L'Allemagne gagnerait la guerre.

Le communisme ne serait qu'un fossile.

Dommage.

Bientôt, la France cuira dans la sauce tartare.

Hitler était sa seule chance.

- Une chance?

- Qui peut savoir?

- Comment "qui peut savoir"?

L'autre soir avec Jourdan, vous étiez communiste.

- Je n'étais pas plus communiste hier qu'aujourd'hui.

- J'oubliais votre indifférence bienveillante.

Vous m'aviez promis votre recette du bonheur.

- Ce n'est pas une recette facile à utiliser.

Peut-être.

Vous voyez,

j'habitais, là, au 2e étage.

Le débarquement avait déjà eu lieu, la guerre était presque finie,

j'allais revoir mon fils, prisonnier en Allemagne.

C'était une belle nuit du mois d'août.

Ma femme Thérèse était chez son amant postier,

et j'étais bien content.

J'étais dans mon lit

et j'attendais le sommeil en feuilletant un ouvrage

traitant d'astronomie.

J'en étais à Uranus...

quand la 1re vague est arrivée.

Les murs vacillent,

les carreaux tombent, la lumière s'éteint.

Une explosion plus violente

arrache la maison, déchire les murs,

sous une pluie de pierres.

Moi, je reste recroquevillé,

les deux mains agrippées au bord du matelas.

Et puis,

la vague passe et s'éloigne.

J'entends des hurlements de blessés.

Et...

il y a le ciel au-dessus de moi.

Un beau ciel profond.

Plein d'étoiles.

J'ai dû m'endormir peu après, ou bien m'évanouir.

À l'aube, des gens m'ont vu couché dans mon lit

sur un bout de plancher que l'explosion avait épargné.

- J'ai assisté à votre sauvetage. Ça n'a pas été une petite affaire.

- Ma femme, elle, était morte dans les bras du postier.

Et depuis,

tous les soirs,

tous les soirs à 23 h 15,

heure à laquelle les bombardements avaient commencé,

je suis...

saisi d'un affreux vertige.

Le souvenir de cette lecture m'assaille.

Malheureuse planète, astre sombre, roulant aux marches de l'infini.

Je sens

peser en moi

la présence réelle d'Uranus.

L'astre sombre et glacé

Pèse

sur tous les points de mon être.

Cette masse écrasante

de noir, de négatif,

de désespoir, de désolation,

d'abandon.

Comme un mauvais rêve.

Et pourtant,

quelle réalité,

et combien fidèle et ponctuelle.

Tous les soirs, à 23 h 15, le combat recommence

à travers mon sommeil,

toute la nuit,

jusqu'à mon réveil,

Jusqu'à...

la délivrance du matin.

Et quand je rouvre les yeux,

je retrouve enfin la Terre,

je reviens dans la patrie

des fleurs,

des rivières

et des hommes.

Qu'elle est belle,

la Terre.

Qu'elle est belle,

avec ses ciels changeants,

ses océans bleus,

ses continents,

ses îles,

ses promontoires.

Et toute la vie, toute la sève,

qui frémit dans sa ceinture et qui monte

dans l'air et la lumière.

Mon cher Archambaud, je vous vois sourire.

Mais moi,

quand mon réveil me délivre,

je suis comme le 1er homme au matin du monde,

dans le 1er jardin.

Mon cœur se gonfle,

d'admiration, de joie, de reconnaissance.

Je pense aux forêts et aux bêtes.

Aux corolles, aux éléphants.

Aux bons éléphants.

Aux hommes.

On ne peut rien penser de plus beau,

de plus doux que les hommes.

Leurs guerres,

leurs camps de concentration,

leurs œuvres de justice, je les vois comme des espiègleries,

des turbulences.

Est-ce qu'ils n'ont pas des chansons pour leur douleur,

leur égoïsme,

leur hypocrisie?

L'égoïsme d'un homme est aussi adorable que celui d'un papillon

ou d'un écureuil.

Rien n'est mauvais dans l'homme.

Piano

...

- Bonjour, M. Jourdan.

...

- Sors, Lydie. Ne reste pas là.

- Bonjour, mademoiselle. Je viens voir M. Watrin.

-Il n'est pas là.

- C'est sans importance. J'étais venu le saluer.

Il pourra d'ailleurs me trouver chez Gaigneux.

Pardonnez-moi de vous avoir dérangée.

Gaigneux.

- Oui. Présent.

- C'est Jourdan. - Vas-y. Entre.

- Il pleut. Je peux pas les laisser jouer dehors.

- Pourquoi tu ris? - Des bêtises.

Garde-le pour toi.

Je ris en pensant que Watrin avec ses airs de pêcheur de lune

s'envoie la petite Archambaud en cachette.

Je trouve ça d'un comique.

'Ça Va pas?

- Mais j'invente rien.

Avant d'entrer chez toi, j'avais un mot à dire à Watrin.

La petite Archambaud me dit qu'il est pas là.

Je venais de le voir devant le piano.

La pauvre gosse était rouge comme une pivoine

et l'air effaré.

- Et alors?

- Alors rien.

- Ça tient pas debout.

- Quoi? Qu'une petite de 18 ans se donne à un homme de 35 de plus?

Attention. Pas de sentimentalité, Gaigneux.

Watrin n'a pas la jeunesse,

mais il a pour lui : premièrement, la proximité.

Deuxièmement,

la commodité. Elle évite à la femme

de s'introduire dans une maison étrangère.

Troisièmement.

- Oh, ça va. Passe la main, hé.

- T'as l'air contrarié. - Moi? Pas du tout.

Ce qui se passe ici, je m'en fous.

J'attends mon logement pour me tirer.

C'est Rochard qui m'énerve.

Léopold clame partout qu'il l'a dénoncé.

On a l'air de quoi?

Il faut lui retirer sa carte. Il y en a marre.

Cette fois, il a dépassé la mesure.

- C'est possible, oui.

- Rochard est pas un type de confiance!

- Ah, je le connais pas assez.

- T'approuves ses saloperies?

-"Saloperies"? Oui, il est un peu excessif.

Toi et moi pouvons le comprendre.

- Comprendre quoi? - Ben, sa violence.

"Ses saloperies". Alors quoi?

Cet homme a pris conscience de sa condition d'exploité.

Cet homme a souffert,

a saigné.

C'est un travailleur humilié qui lutte face à ses oppresseurs.

Il se venge de ses souffrances.

- Mais il n'a jamais souffert.

Ses parents sont cultivateurs, lui est entré aux chemins de fer.

Pendant la guerre, ses parents le ravitaillaient.

- Papa, j'ai faim.

- T'as faim?

- C'est quand même un prolétaire.

- Ah oui?

Léopold a été dénoncé par un communiste, non?

Autant dire par le parti.

Et Léopold n'a pas été arrêté. Tout le monde se marre.

Les socialistes vont en profiter.

Encore des conneries comme ça, et le communisme est cuit.

Va jouer, ma puce.

Tu verras le résultat aux élections.

- C'est pas bon. Je suis d'accord.

Mais Rochard a prouvé qu'il était de ces hommes

sur lesquels le parti s'appuiera au moment de prendre le pouvoir.

On doit recruter des électeurs communistes,

et Rochard va nous faire perdre des centaines de voix.

- Les communistes ont la municipalité,

la gendarmerie, les juges.

Les gens ont peur. À qui on le doit?

Toi, as-tu déjà eu le courage de dénoncer quelqu'un?

Tu réponds pas?

Non, mais combien de morts as-tu à ton actif?

Aucun.

Mais Rochard, lui, il a dénoncé à tour de bras.

Il était du peloton d'exécution.

C'est ça qui te gêne.

Toi, le sang te fait peur,

tu voudrais changer le monde avec des votes.

On le garde, Gaigneux.

Rochard est dans le sens de la révolution.

- Jourdan, t'es un fils de bourgeois pas riches.

Mais bourgeois quand même.

Le malheur, c'est que t'aimes rien.

Ni les femmes ni l'amitié, ni rien de la vie.

La misère, tu l'as pas vécue, tu l'as lue dans les livres.

Tu t'accroches au communisme parce que t'es vide.

Tu parles de la révolution, t'as jamais eu faim.

Au fond, t'es pas des nôtres.

Même si chez nous tu prends du galon.

- Je comprends ton hostilité à mon égard.

Toi, tu considères le communisme préférable pour ta ville natale.

Tu votes contre Dupont, contre Durand.

Moi, j'ai une vue plus vaste des intérêts du parti.

Ton communisme... - Oh, ta gueule.

Bon. Ça va pas nous mener à grand-chose.

Je reconnais qu'à la Libération, il a pu nous être utile.

Il ne s'agit plus de faire peur. Il faut rassurer les gens.

- Si on garde Rochard,

le parti démontrera qu'il sait soutenir les siens

même quand ils font des erreurs. Voilà mon idée.

- Même s'il a dénoncé un innocent?

- Qui te dit que Léopold est innocent?

- Tu veux dire quoi par là?

- Rien.

On en parlera ce soir, à la réunion.

À ce soir, Gaigneux.

- J'ai soif.

- Laissez couler un peu.

L'eau est chaude.

Lâchez-moi.

Je crois que l'eau est fraîche.

Un-

- On a commencé à perquisitionner chez les particuliers

pour retrouver le collaborateur qui s'est enfui.

- Ne vous inquiétez pas. Je partirai cette nuit.

-Il n'en est pas question.

- Merci.

- Watrin, je vous demande de considérer ma situation

du fait de ce Maxime Loin.

Je parle pas seulement du risque couru.

Je cache chez moi un homme dont je n'approuve pas les idées.

Alors être complice, c'est grave.

- Vous l'auriez laissé fusiller, vous auriez pas de problème.

Sauf avec votre conscience.

Il me semble que vous avez tranché.

Ça me paraît un peu tard pour l'expulser.

- Je peux tout de même pas le garder indéfiniment.

-Il faut lui trouver un lieu sûr

où il pourra vivre normalement sous une fausse identité.

Ah. Hop.

Bravo, Archambaud.

- J'ai peur de mon fils.

Pierre ne le supporte pas. Ils partagent le lit.

Je vais pas le faire coucher avec ma fille!

- Prenez-le donc dans le vôtre.

- Avec ma femme? - Mettez-vous au milieu.

Regardez-moi donc cette grosse mère-là,

comme elle est tranquille.

Elle comprend qu'on lui veut aucun mal.

- Oh.

- Hein, ma grosse?

- Oui, mais c'est fini.

- Alors, Émile?

- Bonjour. T'as des nouvelles de Maxime Loin?

- Bonjour, M. Péquioux.

- Tu devrais tâcher de savoir où il est.

- T'as raison. On en parle, ce soir.

- Oui, d'accord. À ce soir.

- Ça sent le roussi.

Un coq chante.

Cris d'animaux

Brouhaha

- Tu charries. Ça, c'est gras.

Arrête! - Viens.

- Mets-la dedans.

Viens là. Viens, viens!

Alors? - Alors quoi?

- Je t'ai vu avec Jourdan.

- Le comité s'est réuni.

- Et alors?

-Ils m'ont pas exclu. Il dit que c'est grâce à lui.

-Il t'a rien dit sur moi?

Je crois que tu devrais te méfier.

Il m'a dit : "Pour Léopold, on pense à lui."

- Tu vois où ça mène, tes conneries?

S'ils me foutent en taule, et si je ressors dans 10 ans,

je te fais boire tout le tonneau.

File aux renseignements.

S'ils viennent pour m'arrêter, tu me préviens.

Fumier.

- Combien t'as payé ça? -87000.

- Papa, si tu me laisses acheter de la peinture,

on liquide le paquet.

- De la peinture?

Achète. Achète. N'importe quoi.

C'est sûr, ils vont changer la monnaie.

Ah, je suis foutu.

Travailler toute la guerre pour rien!

- Papa,

fais-moi confiance pour une fois.

Laisse-moi acheter de la peinture. On m'a proposé 8 Picasso.

- De la peinture, ça?

- Oui. Entrez.

- Je vous dérange pas?

- Oh non.

Qu'est-ce qui vous arrive?

- Je suis dans la merde.

Rochard m'a dénoncé.

Je cacherais Maxime Loin.

Ils vont m'arrêter.

- Si vous me demandez d'intervenir,

je peux rien faire.

- Allons, Monglat.

- Non. Ça m'ennuie beaucoup.

- Vous pouvez me tirer de là.

- Qu'est-ce que vous vous figurez?

Que je suis le bon Dieu?

J'ai déjà assez de mal à me tirer d'affaire moi-même.

Je suis loin d'être sauvé.

- Hé, Monglat,

c'est pas votre intérêt que je sois arrêté.

Hé, si on me brutalise, moi,

je peux très bien parler malgré moi. Je suis douillet,

une vraie fillette.

- N'attendez pas qu'on vous tape dessus.

Racontez tout ce que vous savez.

La sincérité, c'est toujours un bon calcul.

- Vous avez tort de rigoler, Monglat.

Ils vous prennent pour un marchand

qui a pu mettre à gauche 30 à 40 millions,

mais le jour où ils s'apercevront que c'est 700 à 800,

vous aurez beau avoir des copains ministres,

ils l'auront votre pognon.

Salut, Monglat.

- Léopold. Voyons. Ne partez pas comme ça, mon vieux.

Ne vous fâchez pas.

Je ne demande qu'à vous aider.

Quand vont-ils vous arrêter? - D'une minute à l'autre.

- Aujourd'hui, je peux rien. Demain, c'est dimanche.

Laissez-vous arrêter, et j'irai à Paris.

- Ah non. Il faut intervenir tout de suite.

- Vous croyez que je donne des ordres à qui?

- Mais avec votre pognon,

vous avez le bras long.

- Un commerce de vin n'est qu'un commerce.

Ça n'a jamais fait les sommes que vous dites.

- Et le reste? Le mur de l'Atlantique?

Depuis le ciment jusqu'au saucisson,

jusqu'aux brosses à dents.

Quand le major est parti,

vous avez continué avec son successeur.

Je parle de 7 à 800 millions

pour ne pas dire le milliard. - Pourquoi pas 2?

Je vous ai fait gagner de l'argent, vous l'oubliez.

- Oh, j'ai gagné 500 billets.

Il n'y a pas de quoi fouetter un chat.

J'ai jamais été en cheville avec le major.

Moi, mes apéritifs, mon petit marché noir,

ça faisait mon bonheur. Vous tapiez dans la grosse galette.

- Vous parlez de bonheur, mais moi, rien ne m'intéresse plus.

Je vois à travers cette masse de galette comme dans un brouillard.

Je suis devenu un point de collection de tous ces millions.

Un zéro de plus.

Zéro la nuit et rien la journée. Ça fait un joli total.

Je rêve d'être un ouvrier,

content d'arriver chez le patron le matin et de repartir le soir.

Surtout, qu'on ne me parle plus d'affaires.

Papa, Longumier est là.

- Ah, Longumier. Je reviens tout de suite.

- Oui, j'ai collaboré,

mais pour me sortir de ma solitude.

- Je viens juste de laver par terre.

- C'est tout juste si je peux occuper mon appartement.

Monsieur Maxime,

vous avez l'air tout triste.

- Je ne suis pas gai.

- Qu'est-ce qu'il y a?

- Vous avez été bonne pour moi.

Ici, tout le monde a été très bon.

Mais ça ne peut plus durer.

Je vous compromets inutilement.

Je n'ai aucune chance d'échapper à mon sort.

Je vais me rendre.

- Voyons. Soyez raisonnable, mon petit.

Je comprends que vous soyez déprimé par votre vie depuis 6 mois,

mais ne vous découragez pas. Hein?

- C'est vrai.

Il y a des moments où j'en peux plus.

Je me sens seul.

- Vous avez besoin d'être entouré.

Je suis là.

Pour vous dorloter,

vous faire oublier vos soucis.

On ouvre la porte d'entrée.

- J'ai marché en pensant à la France.

La pauvre.

- Être condamné à mort, jugé indigne de vivre par un peuple,

c'est être vraiment seul.

En attendant,

pauvre,

traqué,

recueilli par pitié

et probablement ridicule,

j'aime sans espoir une jeune fille de 17 ans.

Je serai seul face au peloton.

Ces soldats et la jeune fille blonde

ne sauront pas que je les ai aimés.

- Pourquoi moi?

- Parce que t'as été dans la Résistance.

-"Dans la Résistance"! N'exagérons rien.

Pourquoi? Plus on en fusillera... - Arrête.

- Pourquoi tu te mêles de ça?

Qui c'est?

Tu attends quoi de moi?

- Ton père connaît du monde à Paris.

- Pourquoi veux-tu aider un traître?

- C'est un homme comme un autre.

Il s'est trompé. Voilà tout.

- C'est Maxime Loin?

Tu sais où il est?

Je verrai.

- Merci.

- Je vous ai fait peur? - Non. Un peu surprise.

Elle attache son vélo.

- Dites-moi quelque chose.

Au moins ce que je dois penser.

- Je comprends pas, M. Gaigneux. J'ai rien à vous dire.

Excusez-moi.

Pas pressés

On ouvre le portail.

- C'est très bien.

Il joue bien.

- C'est un as.

- Je joue comme un imbécile. Oui.

- Et alors?

- Ah, j'ai... j'ai vu Ledieu.

J'ai réussi à le faire parler un peu.

C'est sûrement pour aujourd'hui.

- À quelle heure?

- Je sais pas à quelle heure.

- Enfoiré, va.

- Je vais essayer de savoir. Je reviendrai.

- Allez! Fous-moi le camp!

Viens voir là!

- Aïe g

Écoute-moi bien.

Quand je serai là-bas,

tout ce que tu sauras sur moi, tu viendras le dire à ma femme.

- Oui. - Je te le promets.

Si samedi, je suis pas revenu, si samedi, je suis pas là,

prends un congé à la SNCF,

et viens servir au café.

Hein. Tu seras nourri.

Et t'auras ton argent de poche.

Allez. Maintenant, file.

- Sois tranquille. Tu peux avoir confiance.

- Non, mais fous-moi le camp!

Pas de boniments!

- Ah oui, mais hé, ça dépend de ce qu'on veut.

- J'ai une combine avec les Ricains.

- Ah non, non.

Je touche plus à ça, moi. Bordel.

- C'est peinard. - Je peux plus. Je peux plus.

- Allez, Léopold. On t'embarque.

- Non, non...

- PPF.

- Parfaitement. PPF.

Capitaine Maire Joseph.

Médaillé militaire,

croix de guerre, 7 citations.

Sous-lieutenant à Verdun sous le maréchal Pétain.

De Gaulle,

connais pas.

J'ai 35 ans de service : 7 citations, 3 fois blessé.

J'ai jamais vu qu'un général commande un maréchal.

Pendant l'Occupation, j'étais contre Moscou.

À la Libération, on m'arrête :

dénoncé, on me fout en prison.

Moi, capitaine Maire, 35 ans de service, 7 citations.

La guerre et la campagne du Rif.

Voilà comment la racaille communiste traite les bons serviteurs.

- J'ai soif!

J'ai soif!

J'ai soif!

- Lajeunesse au parloir.

Respiration étouffée

- Et boutonne ta chemise. - Non!

Au lieu d'un demi-litre, tu peux faire passer 1 L?

- Impossible. -50 francs?

- C'est difficile. -100 francs.

- Je vais essayer.

- Alors? - Bonjour, Léopold.

Le dossier est insignifiant.

3 lettres anonymes vous accusent d'avoir caché Maxime Loin.

Où sont les preuves?

En fait, il s'agit d'une mesure administrative. Vous comprenez?

Les conclusions de l'instruction n'ont aucune importance.

Et un non-lieu ne vous épargnera pas la prison.

Naturellement, j'ai vu les communistes.

Ils ont l'air embarrassés.

Ce qui m'ennuie,

c'est les socialistes qui contestent votre arrestation, mais timidement.

- Et Monglat?

- Votre femme l'a vu. Il a dit qu'il était allé à Paris

pour intéresser à votre cas quelqu'un de bien placé.

J'ai pas confiance. - Un cochon pareil!

Je sais combien il a gagné sous l'Occupation.

- Tout le monde le sait.

- Oui. Mais moi, j'en sais plus!

- On vous gardera pas plus d'un mois.

Moins, j'espère.

Mais ayez un peu de patience.

Léopold s'esclaffe.

- M. Mégrin,

j'ai peur de faire un sale coup.

- Qu'est-ce que vous dites? Quel sale coup?

Un gaillard comme vous n'est pas pris de mélancolie.

Voyons.

- Je m'ennuie.

- Ben, naturellement. C'est normal.

- Vous pouvez pas savoir ce que c'est.

Bien sûr, vous, vous me prenez pour un alcoolique.

Mais j'ai jamais bu que ce qu'il me fallait.

C'était rare que je dépasse 12 L par jour.

Je peux vous dire qu'en 20 ans, j'ai jamais été saoul.

Ça me révolte d'être ici.

J'en suis malade, là. Je deviens fou.

Pour moi, la prison, c'est l'enfer!

Chez moi, j'occupe ma force.

Les tonneaux, les rangements, les paniers de bouteilles.

Fendre du bois, les tables. Je m'occupe.

Je me remue. Oui.

Je bois un coup. Oui. Je bois, quoi.

Mes clients,

je les aimais bien.

Tous des braves gens.

J'aimais bien...

mes gosses, aussi.

- Vos gosses?

Les élèves de M. Watrin.

La petite Giroux.

Et le petit Gibe, le petit Vermorel.

Ah, M. Mégrin, Andromaque...

"Où fuyez-vous, madame?

"N'est-ce point à vos yeux un spectacle si doux

"Que la veuve d'Hector pleurante à vos genoux?"

- Alors vous aimez vraiment ça?

- Ouais.

La poésie, c'est mon affaire.

C'est bien simple. Vous me donnez des vers

et ma ration de blanc,

et je reste en prison toute ma vie.

M. Mégrin, c'est malheureux à dire, mais...

je suis obligé de le reconnaître,

je crois que le blanc passe avant la poésie.

- Léopold n'a rien fait.

Rien fait. Rien qui mérite la prison.

- Je ne peux rien faire.

- Vous ne pouvez pas admettre

que pour ménager la susceptibilité d'un camarade de parti,

on laisse un innocent sous les verrous.

Jourdan!

Mon petit, soyez gentil.

Pensez à ce bon gros ours qui se cogne aux murs de sa prison.

Comme il doit être malheureux.

- Je suis pas juge d'instruction.

Léopold est accusé d'avoir recueilli le traître Maxime Loin.

- Mais c'est archifaux.

- La justice nous le dira.

En conscience, je le présume coupable.

Rochard affirme avoir vu Maxime Loin chez Léopold.

C'est un excellent communiste, qui a fait ses preuves.

Je ne suspecterai pas son témoignage.

- En admettant qu'il l'ait recueilli et qu'il ne l'ait pas dénoncé,

c'est un crime, ça?

- Je trouve que vous y allez fort.

Qu'est-ce que ça peut bien me faire?

Vous pensez que je peux pardonner à un homme complice d'un traître?

D'un fasciste? D'un vendu?

- Vous connaissez Maxime Loin?

- Non. Je ne l'ai jamais vu.

Je sais qu'il a trempé sa plume dans le sang de nos martyrs.

Je connais par cœur cette pourriture d'intellectuels fascistes bourgeois

et leur haine du prolétariat.

- Jourdan, vous êtes le fils de vos lectures.

Méfiez-vous de vos transports de haine.

Et de fureur.

Vous ne paraissez pas très doué pour la vie.

Il n'est pas indispensable de rêver

à des pelotons d'exécution et à des bagnes

pour prendre goût aux réalités.

- Le mépris et la haine sont des réalités agissantes.

Ce n'est pas en regardant les libellules

que les prolétaires vaincront.

- Merci, la patronne.

Et 2 demis, 2!

Rochard siffle l'Internationale.

Voilà, les gars. - MERCI.

...

- Alors ça marche? - Ça marche.

- Non. Pique!

- Tu passes toujours à pique.

- Si tu veux, je le sors d'ici en moins de 2.

- Non. C'est à Jourdan de le faire.

Trouve-le-moi. On va en causer à la maison.

- À tout de suite.

- Je dois?

- Non. Laisse. Laisse.

C'est pour moi.

Il se remet à siffler.

- Au bain.

Au bain. Au bain.

- Moi, je veux danser. - Au bain.

Allez. Hop-là.

- Hop. Allez. Ça suffit, toi.

Voilà.

- Non, mais, hé, on se lave.

- J'ai froid.

- T'as froid?

Cris de jeu

On frappe à la porte.

- Oui. Entrez.

Salut. - Salut.

- Qu'est-ce qui se passe?

- Je vais te le dire. Asseyez-vous.

Tu sais ce qu'il a fait, Rochard?

Il a plaqué la SNCF pour chez Léopold.

Depuis ce matin, il sert les clients et empoche les pourboires.

On fait arrêter Léopold pour qu'il fasse le maquereau?

Je pense que cette fois, on l'expulse du parti.

Non seulement du parti, mais aussi de chez Léopold

à coups de pied dans le cul.

Avec Ledieu, on a pensé à toi.

C'est à toi de lui donner une correction.

Fais ça le soir, quand il baisse le rideau de fer.

- Quand il est de dos.

- Salut.

Tu bois un coup?

Tu bois? -(Viens. J'ai à te parler.)

Quoi? -(Viens, je te dis.)

- Ça va pas? T'as l'air tout drôle.

- Qu'est-ce que tu fous ici?

- Qu'est-ce que je fous ici? Je suis pas là pour mon plaisir.

À 1re vue, ça peut sembler drôle,

mais camarade, moi, j'ai fait du tort à Léopold.

Et malgré qu'on se bagarre, c'est un ami.

Le café avait besoin d'un homme. Je suis là.

- Le parti s'est compromis pour te couvrir.

Tu n'as pas le droit.

Tu vas déguerpir d'ici tout de suite et vite.

- Dis donc, ça va pas?

- Ne me touche pas!

Ne me touche pas! Assassin!

- Tais-toi. - Assassin!

- Eh bien, va... - Assassin!

- Va te promener. Va prendre l'air.

Tire-toi! - Assassin!

”Ma petite maman chérie,

”Dans ma lettre écrite ce matin,

”'e t'ai informée de ma décision de corriger Rochard.

"Je ne t'ai pas caché éprouver une certaine répugnance

ӈ ce genre de besogne.

”Or l'épreuve vient d'avoir lieu

”et a tourné à ma confusion.

”Face a' Rochard,

”ma volonté s'est trouvée paralysée.

"L'homme était la',

”devant moi, en chair,

”les manches retroussées,

"avec du poil sur les bras.

”LI était si peu politique,

”et tellement homme. ”

- Pourris!

Dégueulasses!Alcooliques!

Vous aurez pas la peau de Léopold. C'est moi qui vous crèverai!

Vos gueules, vous, les De Gaulle, les Thorez

et les autres Monglat!

Je vous aurai en descente de lit!

Je vous pisserai dans le dos en buvant avec le maréchal!

Et avec Laval!

Et avec Andromaque!

Andromaque, elle vous emmerde!

Vous et vos Anglais.

Et vos "Amerloques"!

Et Hermione!

Et Pyrrhus et Pylade, et Oreste!

Et M. Watrin! Et Racine!

Et Corneille, et La Fontaine, et Madame de Sévigné!

Et Molière!

Ils vous dégueulent!

Ils vous méprisent parce que vous êtes des cons.

Et des ignobles!

Des salauds!

Pourritures!

Ordures!

- Du calme, Lajeunesse. Tu es libre.

Un-

- Bah,oui

- Andréa.

- Encore? - Ben, c'est toi qui as la main.

- Andréa.

Respiration

- Une tierce. Rien à ajouter?

- J'en prends une. - Ah.

- Voilà. C'est foutu. - Roi.

Bon. Maintenant, on va se coucher.

J'ai sommeil. Allez. Dehors.

Allez. Salut, pépère.

- À demain.

Rentrez bien... Laisse. Je m'occupe de ça.

Allez. Salut. - Au revoir.

- Rentrez bien. Je fermerai. Laissez.

- Ah là là.

-Il aurait dû couper devant un roi.

- Eh oui.

- N'attendons pas...

d'avoir...

les poulets...

à nos trousses,

Andromaque.

Mon Dieu,

c'est-il possible?

Enfin,

voilà un homme.

Coups à la porte

Entrez.

- Ah, que je suis content. Enfin, vous voilà libre.

- Asseyez-vous, M. Mégrin.

Amène un verre, Andréa. Amène.

Oh, monsieur Mégrin...

Monsieur Mégrin, j'ai des vers qui me sortent de partout.

J'ai plus qu'à les écrire.

J'ai mon 2e. Et tenez-vous bien,

j'en ai un 3e qui me vient.

Expliquez ça comme vous voulez.

Voyez-vous, monsieur Mégrin, je vais vous dire,

en prison, c'est presque obligé, l'homme médite.

Résultat, j'ai la poésie dans la viande.

Moi, Léopold.

La poésie, je couche avec.

À la rentrée, j'en ferai la surprise à M. Watrin :

j'aurai 7 à 800 vers.

Et je voudrais qu'il les donne à étudier à ses 3e.

- Ha.

-"Passez-moi Astyanax,

"on va filer en douce.

"Attendons pas d'avoir les poulets à nos trousses."

Hein?

Andromaque :

"Mon Dieu,

"c'est-il possible?

"Enfin, voilà un homme.

"Enfin, voilà un homme.

"Et voulez-vous du blanc?

"Ou voulez-vous du rhum?"

Monsieur Mégrin,

ça me sort de partout.

Rochard siffle.

...

- Je vous demanderai la permission de recopier vos vers.

- Ah, tiens. Voilà, mon arsouille.

Ah, ah. Il a été correct?

- Aïe g

- Messieurs, dames. - Au revoir, monsieur Mégrin.

- Ha!

À moi!!

Au secours! À moi!

- Oh, monsieur Mégrin.

Viens là. Viens là.

- Ça va, monsieur Mégrin? - Ça va.

- Non I Non l

- Ah,tiens!! - Non!

- Viens là.

Fumier, va. Salaud.

- Et tiens!

- Vous vous livrez à des agressions?

Un professeur de collège?

Pourquoi vous m'avez attaqué?

- Pourquoi?

- Je me suis trompé. Je vous ai pris pour un autre.

- Oui. Il croyait que c'était moi, ce fumier. Fumier!

- Je lui arrache la tête? - Léopold, restez tranquille.

- Rester tranquille?

Et eux, ils me laissent tranquille?

Ils m'envoient en prison.

Ils attaquent mon avocat. Demain, ils brûleront mon bistrot.

Ils vont me descendre. Mais pardon, moi, j'existe.

Il n'y a pas de communistes qui tiennent.

Je vais leur montrer ce que je pense.

- Fumier!

- Citoyens, citoyennes,

on VOUS cause.

Ici, Léopold Lajeunesse,

dit "Léopold de Cambrai",

champion d'Europe et des Balkans,

un homme sans peur et sans reproche,

qui a été injustement emprisonné

par des communistes!

Des voyous.

- Tais-toi! - Oh, ta gueule, toi.

- Des abrutis...

- Il a raison. -(Tais-toi.)

-...ont essayé d'écraser dans l'œuf

l'intelligence et la poésie.

- Ta gueule!

- Mais l'intelligence se relève

pour uriner au fondement de ses adversaires

sans scrupules.

Et la poésie se relève aussi

pour faire chier le monde

et crier avec les personnes loyales :

"À bas De Gaulle!

"À bas Thorez!"

- Taisez-vous. -"À bas la patrie!"

- Vas-y, Léopold.

-"À bas Monglat!"

Monglat,

ce collabo

qui a pris des milliards avec les Boches.

Je vais vous dire combien il gagné, Monglat.

Je vais tout vous dire.

Clairon

- T'en as trop dit, hier soir.

- Je me souviens de rien.

-Il y en avait pour la Résistance, l'armée, les communistes.

- Et quoi sur les communistes?

- Tu les as traités de cons, d'assassins.

- J'ai nommé personne? - Ah, tu t'es gêné.

Gaigneux, Jourdan, Flourgère.

Ledieu. Ah, tu t'es pas gratté.

Et surtout, surtout, Monglat.

- Qu'est-ce que j'ai dit?

- Qu'il a gagné plus d'un milliard avec les Boches.

- Ah, merde.

- Léopold, j'ai peur.

Il faut te cacher. Ils vont revenir.

- Me remettre en prison, il n'en est pas question.

J'ai trop souffert.

Ils peuvent venir, je les attends.

Qu'est-ce qu'on leur donnait à boire, là-bas?

5 ans.

Mourir de soif,

j'aurais pas supporté.

- Mon cher petit, courage.

Ta maman est morte sous un bombardement.

Il faut pas que je rigole.

- La dernière fois que je l'ai mis, c'était pour le maréchal.

- Oui.

- Je vous retrouve à la gare. - Oui.

Alors, tu es sûre?

Tu veux pas venir? - Oh non.

J'ai la migraine.

- Vous pourriez m'aider? Je n'arrive pas à l'attacher.

- Vous auriez pu mettre une cravate noire.

- Vous avez raison.

Mais l'idée de porter le deuil ne m'est jamais venue.

Ça aura plutôt été une grande joie pour moi.

- C'est votre fils, tout de même. Il aimait sa mère.

Comment allez-vous lui dire? - Je ne sais pas.

Je vais prendre une tête de circonstance.

Bon. On y va?

- On y va.

- Marianne...

Marianne, marions-nous.

J'ai des économies. J'ouvrirai une galerie à Clermont.

-Il faut que je sois à Paris en octobre.

- Je te parle sérieusement.

- Moi aussi.

T'as parlé à ton père?

- Pas vraiment.

Je sais pas ce qu'il a aujourd'hui.

Je veux plus de son sale fric.

Mais qu'est-ce que t'as?

- Je veux plus me marier.

Brouhaha

...

- C'est bon.

Chuchotement

Brouhaha

- Que va-t-il penser de moi qui me réjouis de la pluie,

et ne vois dans la vie qu'une inépuisable joie?

Me prendra-t-il pour un monstre d'égoïsme? Un gâteux?

Ou un indifférent?

De toute façon, il me prendra pour un étranger.

Fanfare

...

Oh.

Charles.

Charles, mon grand bonhomme.

- Papa... Papa...

- Allez. Viens donc. Viens donc.

Mon grand bonhomme.

- Fernand Gallien. On était ensemble.

- Bonjour. - Bonjour.

- Et maman?

- Ta mère est morte.

Elle a été tuée par le bombardement.

Elle était chez des amis.

Et notre maison a été détruite.

Allez. Viens.

La fanfare joue la "Marseillaise".

...

- Mes chers enfants,

après 5 années de séparation,

qui ont été pour vos familles 5 années de souffrance,

vous voilà enfin revenus sur le sol natal.

C'est avec fierté et avec joie

que notre vaillante cité accueille ses fils.

Comme vous, elle a souffert.

- C'est toi, Gallien?

Sale collabo. Tiens.

Tiens. - Arrêtez.

- C'est un collabo. Il a collaboré avec les Boches.

Fumier.

- Salopard. - Collabo.

Coups portés

- Ce qu'ils lui mettent!

- Salopard. Collabo.

- Arrêtez.

Arrêtez!

Allez-vous-en. Allez-vous-en.

Charles, aide-moi.

- Vive De Gaulle.

Vive la France.

Vive Blémont.

- Oh, tu n'es plus une petite fille.

Tu es en âge de comprendre

qu'aucune femme n'est à l'abri de certaines tentations.

En introduisant cet homme ici, ton père nous condamne à l'intimité.

Il ne se rend pas compte du danger.

Quand je pense à ce qui aurait pu t'arriver!

Allez. Essuie tes larmes et va porter le poulet.

J'arrive.

- Ça m'a scandalisé.

- Ils y ont été de bon cœur.

- J'étais pour De Gaulle. Je m'engueulais avec Gallien.

On n'était pas d'accord, mais c'était un copain.

- Ils l'ont drôlement arrangé.

- Mais oui.

Buvons à votre retour. À votre retour!

- Charles. - À ta santé, Charles.

- À votre santé, Charles.

- Donnez, madame. - Merci.

À votre retour.

Bien.

- Je me suis toujours lavé les dents qu'avec une main.

Je ne bois que du blanc depuis que je suis enfant.

Un coq chante.

- Salut, patron.

- Salut. - Déjà au boulot?

- Je ne bois que du blanc depuis que je suis enfant.

Andréa, écoute ça.

Andromaque : "Mon Dieu, c'est-il possible?

"Enfin, voilà un homme.

"Voulez-vous du blanc? Ou du rhum?"

Léopold :

"Du blanc."

Andromaque :

"C'est du blanc que buvait mon Hector au front.

"Il avait pas tort."

Léopold :

"Je me suis toujours lavé les dents qu'avec du blanc.

"Je ne bois que du blanc depuis que je suis enfant."

C'est beau, ça. - Léopold.

Les gendarmes. - Les gendarmes?

Les gendarmes?

Mais nom de Dieu!

Depuis quand la poésie est au service des gendarmes?

La poésie en a rien à faire de vos képis et de vos ceintures!

- Pas d'insolence, Léopold. J'ai un mandat.

- Un mandat? Un mandat? Et moi, j'ai la poésie qui m'attend.

Qu'est-ce que vous croyez? Que je suis Léopold, le bistrot?

C'est fini tout ça.

Non. Je suis... Léopold, le poète.

- Je me moque de ce que vous êtes.

- Silence!

Respect pour la poésie. Allez, tirez-vous de là.

Tirez-vous! Torchez-vous avec mon mandat.

- Passez-lui les menottes.

- Quoi?

Oh, mais je vais vous aider.

Hurlement d'Andrea

...

- Attends...

- Non!

Hurlement d'Andrea

Non!

...

- Pauvre con, va.

Andromaque.

Andromaque.

- Léopold.

Mon amour.

Pleurs

Mon amour.

- Qu'est-ce que tu as?

Reste pas planté là.

- Prends une feuille et écris.

Dépêche-toi.

Note la date.

"Mon cher fils, la vie m'est insupportable.'

- Qu'est-ce qui te prend?

-"La vie m'est insupportable.

"J'ai décidé de me tuer."

- Non?

Tu veux que je me suicide?

- Écris ou tu iras en prison.

- Pardon?

- Tu m'as associé à tes sales trafics,

tu m'as envoyé dans le maquis pour te couvrir.

Tu m'as fait le chien de garde de ton argent pourri.

Mais aujourd'hui, c'est fini.

Tu vas payer pour l'assassinat

de Léopold. - C'est un accident.

- C'est trop facile.

Tu vas payer.

Assassin!

- Tu vas la fermer, imbécile.

Ou c'est moi qui te fais arrêter.

Tu te prends pour quelqu'un?

Si je ne m'étais pas enrichi avec les Boches,

tu serais juste bon à faire chauffeur de taxi.

Le milliardaire, c'est moi.

Je lève le petit doigt, et tu vas en prison.

Léopold, tu vois ce que ça lui a coûté.

- Tu es une ordure.

Mais une ordure riche.

Une ordure qui tremble pour ses millions.

Tu es tellement bête que tu n'as pas appris à me connaître.

Tu me crois le bon vivant d'avant la guerre.

Le papa rigolard

qui rencontrait son fils au bordel à 2 h du matin.

Tu comprends pas que je n'ai plus d'amis,

plus de plaisir?

Ma seule joie, c'est la souffrance des autres,

de lire dans les journaux la liste des fusillés,

les comptes-rendus des procès.

Les dénonciations,

ça me fait jouir.

Les juges bien dégueulasses, les besogneux de la Résistance,

ceux qui vendent leurs copains pour une place au soleil

ou un reflet à la boutonnière, ça me fait jouir.

Moi, le gros dégueulasse,

je suis considéré.

J'ai le préfet à mes bottes,

les sourires des ministres.

Et toi, tu t'amènes en justicier,

tu me fais la morale.

Monsieur joue les jolis cœurs.

Ce collabo, donne-moi son nom qu'on l'exécute.

Tu ferais ça?

- Je vais me gêner.

Crois-tu que si j'avais eu un fils dont j'aie pu être fier,

j'aurais fait toutes ces saloperies

pendant 4 ans?

Mais tu me ressembles

trait pour trait.

Quand je te vois,

je me dégoûte.

Allez.

Fous le camp.

Ou c'est moi qui te fais coffrer.

- Fumier.

- Il y a quelqu'un là-dessous.

Mais qui? - Les socialistes?

- Les gens vont dire que c'est nous.

- Si on avait viré Rochard au lieu d'écouter ce con de Jourdan...

- Un innocent serait toujours en vie.

-Il y a une solution.

Arrêter Rochard pour préparation d'un attentat fasciste avec Léopold.

Les preuves, on les trouvera.

- On passe déjà pour des dégueulasses.

Malheureusement, c'est vrai.

La lutte des classes, OK, le meurtre, non.

La force du parti, c'est des gens honnêtes.

Si on fait des faux témoignages,

qu'on fourre des innocents en prison,

on sera pas crédibles longtemps.

Je suis pas au parti pour ça.

- Les intérêts supérieurs du parti passent avant tout.

Les capitalistes ont des scrupules?

Peut-être. Mais je mange pas de ce pain-là.

Tiens? Le fils Monglat.

Monglat.

- Allez. Je vais être en retard.

Marianne, j'ai préparé le dîner.

Et toi? - Je me débrouillerai.

- Amusez-vous bien.

- Toi aussi, ma grande. - À ce soir.

Piano

...

- Papa revient. Jouez bien toutes les deux.

- C'est ça?

- C'était une berceuse.

...

- T'es là depuis quand?

- Un quart d'heure.

T'es sûr?

- Tu n'es qu'un indicateur. Fais ton métier.

Je vais le faire.

- Comment va ton père?

- Bien, merci. Il est à la retraite. Et le tien?

-Il est mort.

-Il n'a pas à rougir.

- Rougir de quoi?

Toi, tu rougis.

Je n'ai pas honte de mes idées.

- Dommage.

- Les tiennes sont meilleures?

Dans l'horreur, elles se valent.

- Si la situation avait été inverse,

si t'avais eu l'occasion de me dénoncer,

tu l'aurais fait?

- Oui.

- Tu me facilites la tâche.

Allons-y.

Prêt?

- Livrer un homme traqué, vous ne pouvez pas faire ça.

- Ne vous mêlez pas de ça.

Allez. On y va.

- Je suis content que ce soit par terre. La vie y était triste.

Tu te rappelles?

Si je te disais que j'ai menti? Je ne t'aurais pas dénoncé.

- Je ne t'aurais pas cru.

- Et voilà.

Si je l'avais dénoncé, Léopold serait vivant.

- Ne pensez pas toujours à ce que vous auriez dû faire.

Vous avez essayé de sauver la vie d'un homme.

- Mais Léopold est mort.

Je me sens sale jusqu'au fond de moi-même.

Je me suis associé à tellement de saloperies.

- Par votre silence. Uniquement. Moi aussi.

Nous sommes des lâches comme la majorité des gens.

C'est ce qu'il faut être en ce moment.

Vous connaissez beaucoup de gens courageux?

Des héros?

Des amis?

N'empêche que les hommes sont admirables.

Un homme ne viendrait au monde que pour voir une marguerite,

il n'aurait pas perdu son temps.

Et il y a les bois et les bons éléphants.

Et les communistes.

- Uranus.

- Uranus.

Fanfare

...

Sonnerie aux morts

...

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