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DÉCEMBRE 2003
- Si tu pouvais voir la tête que tu fais là !
On dirait qu'on vient de te lobotomiser.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Ça, c'est la réalité.
- Réalité ? Mon cul ! C'est du pipeau !
Dis-moi un truc, hein ?
Combien de fois dans l'émission as-tu vu la Police...
arrêter, tu sais, des tueurs et des violeurs ?
Ou de vrais malfaiteurs.
Combien de fois tu les as vus mettre les menottes
sur un salopard de PDG pourri ?
Qu'est-ce que je vous sers ?
- Une bière. - Une bière.
En bouteille ou pression ?
- Euh... une pression. - Une pression.
Ce qu'on nous montre, c'est toujours des arrestations
de drogués ou des clients de pute.
Des mecs qui ont mal,
qui cherchent un peu de plaisir dans la vie.
Trois dollars.
- T'as une dent contre les flics ?
- J'ai rien contre les fils, bon Dieu !
Je rêve.
Je vais te dire contre quoi j'ai une dent, moi.
J'ai une dent contre la stupidité.
La bonne vieille stupidité,
c'est contre ça que j'ai une dent. Voilà.
- Gardez la monnaie. - Merci.
Vous venez d'arriver ?
- De passage. Si on veut.
- Je te jure, une mouche pourrait entrer dans ta bouche
sans que tu t'en aperçoives.
Tu l'avalerais; La seule protéine
que t'aies jamais bouffée.
- Elle est bonne, la bière.
- Hein ? - La bière est bonne.
- De Pennsylvanie...
- Depuis quand vous avez ce bar ? - Trop longtemps.
- Bonne ambiance.
- Ha ! Vous trouvez ?
Et vous habitez où, vous ?
- New Hampshire. Portsmouth.
La prison de la Navy.
- Oui, je connais bien.
- Tu te souviens pas de moi, hein ?
- Mais attends un peu. C'est pas possible.
- Possible.
- Non, c'est pas vrai ! - C'est vrai.
- C'est incroyable ! Doc !
- Wow ! Doc ! On m'avait pas appelé Doc depuis un sacré bail !
- J'en reviens pas ! Doc ! C'est bien toi !
- Oui.
- Wow ! Hé ! O'Toole !
Regarde ça ! Un vieux pote du Vietnam.
Je lui ai sauvé la vie ! - Il m'a jamais sauvé la vie.
- Ça, je m'en doutais. - Faut m'excuser, Doc,
j'ai du mal à me souvenir du nom des gens.
- Sheppard. Larry Sheppard.
- Shep ! C'est ça ! Un gamin de 19 ans
secouriste dans la Navy, hein ? - Autrefois.
- On a tous fait quelque chose autrefois.
Maintenant, on est juste... autre chose.
- Tu te souviens vraiment de moi ?
- Bien sûr que je me souviens. - Et que j'ai été rétrogradé ?
- Ouais. Ouais. Tellement injuste. Putain !
La bite de la Navy, ils te l'ont mise jusqu'au trognon !
Combien de temps t'as fait ? C'était quoi ? Genre trois ans ?
- Finalement juste deux, pour bonne conduite.
- Oh. C'était pas si terrible alors.
- Si, c'était terrible. Mais c'était il y a longtemps.
- Ouais.
RMC ?
- Ouais. Mais un moment donné,
au lieu de l'appeler renvoi pour mauvaise conduite,
je l'ai appelé reconverti à une meilleure carrière.
- Elle est bonne, celle-là !
Alors, comment est-ce que tu as retrouvé ma trace, dis-moi ?
- Ah. Facile. L'internet.
On peut trouver n'importe qui en ligne ces temps-ci.
- Bon sang ! C'est vraiment taré, ça !
Alors, Portsmouth, hein ? Comment tu gagnes ta vie ?
- Je m'occupe des stocks à l'économat de la Navy.
- Tu te moques de moi ?
Ça va ! T'en fais pas ! T'en fais pas !
- Tu vas pas quelque part quand tu fermes ?
- Et où ça ?
- Chez toi, par exemple.
- J'y reviens demain.
Debout là-dedans ! Debout là-dedans !
Lèche ta bite et lève-toi vite ! Allez, debout !
Hé ! C'est la dernière tranche de pizza.
Tu la veux ? - Non.
- C'est fini. Après celle-là, y aura plus de pizza.
T'es certain ? Une fois, deux fois, adjugé !
Hum ! J'adore la pizza froide.
Hé ! Tu veux une bière ? - Hum !
- T'es sûr ? Le mal par le mal.
Ça marche bien pour moi.
Oh, merde !
Je me sens encore beurré après hier soir, pour tout te dire.
Je crois que je deviens trop vieux pour ça.
Franchement.
- C'est quoi, la partie grill, de chez Sal's Bar and Grill ?
- Ah bien... c'est la partie qui a rouillé.
- C'est dommage.
- Ouais. Plus personne ne veut de bons hamburgers.
Pourquoi ? T'as faim ?
- Non, je me demandais.
- Hé ! Tu sais quoi ?
On a des Mexicains ici maintenant.
On peut avoir du chorizo con huevos.
On peut même avoir du menudo, si t'en as le courage.
- Non, merci. - T'en veux pas un peu ?
- Je veux te montrer un truc, si tu te sens d'attaque.
- Hum-hum. D'accord, je suis toujours d'attaque.
- T'as une voiture ? - Bien sûr que j'ai une voiture.
Je suis un homme d'affaires, moi !
Quoi ? On y va maintenant ?
- Ouais, quand tu veux. - C'est parti.
Ah ! C'est vraiment incroyable, tu sais.
C'est comique !
- Quoi donc ?
- La Navy !
Ils te l'enfoncent jusqu'à l'os
puis ils te laissent travailler à l'économat de la Navy.
- J'ai cinq personnes qui travaillent pour moi.
- T'es une vraie source d'inspiration.
- Tu sais ce qui me sidère avec toi ?
- Non, mais je suis assez sidérant comme mec.
- Tu as donné les clés de ton bar
au type qui s'était endormi sur ton billard puis tu sautes
dans ta voiture et tu me conduis dans un bled paumé
sans même savoir où on va.
- Je me doutais pas que ce serait au diable.
- Prends à gauche là.
- Ici ? - Hum-hum.
- Ça va dans une église. - Ouais.
- Ah non, non, non ! Qu'est-ce tu me fais là ?
- Non, t'en fais pas. Ça va te plaire. Je te promets.
- Je sais pas. T'en as vu une, tu les as toutes vues, non ?
- Ça va être bien, tu vas voir.
- Holà ! Mais dans quoi tu m'embarques là ?
- Vous voyez, en tant que frères chrétiens, nous avons des choix.
Hum ? Nous pouvons choisir de nous soumettre
et de suivre la volonté de Dieu.
- Oui. C'est vrai. - La question, c'est:
tes-vous disposé à le faire ?
- Oh. Mais je rêve là.
- Je n'ai pas dit prêt, mais disposé ?
Parce que si vous êtes disposé,
si vous êtes disposés, vous pouvez faire...
- C'est lui ? - Je savais que ça te plairait.
...que Dieu prendra soin du reste.
Oui, Seigneur.
Oui, il le fera.
C'est extraordinaire. - Qu'est-ce qu'il fout ?
Allez, viens.
- Extraordinaire quand on se soumet à la volonté de Dieu
et qu'elle s'empare de vous.
C'est puissant ! - Oui !
- Quand vous prenez un moment
pour regarder au fond de vous-même.
Alors posez-vous la question:
Est-ce que je suis disposé
à me soumettre à Dieu ?
- Oui. Oui. Oui.
- Savez-vous comment on appelle la réponse de Dieu ?
La réponse de Dieu, vous voyez, ça s'appelle...
simplement passer un moment avec Dieu.
Voyez-vous...
quand on se pose la question:
Est-ce que mes choix...
sont-ils des choix selon le Christ ?
- Enfin, celui-là...
celui-là, c'était un buveur de première,
un gros baiseur, un joueur. - Chut !
...avec votre famille, louez le Seigneur.
- Pardon.
Sûrement camé aux amphis aussi. Comment tu l'as trouvé ?
- Internet. - L'internet !
C'est dingue, bordel.
- Toutes les personnes qui comptent sur vous
et votre personnalité chrétienne.
- Oui, c'est vrai !
- Qui savent que vous allez faire preuve
d'intégrité à l'image du Christ !
- Oui. - Oh oui !
- Amen ! Ouais.
- Je t'en prie, fais pas ça.
- C'est bien.
- Je vois que nous avons des visiteurs
parmi nous ici aujourd'hui.
Bienvenue. Bienvenue, mes frères,
à notre service du dimanche.
Peut-être pourriez-vous...
vous lever et vous présenter. - Très bien. Alors...
Je m'appelle Sal. Salvator Nealon.
Corps des Marines, sergent à la retraite.
Oh ! Hé ! Hé ! Allez, allez, lève-toi ! Allez !
Devine qui on a ici ! Hein ?
C'est Doc !
Hein ? Doc ! Alias Larry Sheppard.
On était ensemble sous les drapeaux avec votre pasteur.
- Dieu me pardonne.
- Dieu soit loué ! - Bienvenue.
Merci de vous être joints à notre communauté
en ce dimanche.
- Hum...
Ha ! Ha ! Ha !
Je me régale là !
Jambon du Sud ! Merci, Madame.
Bon alors, écoutez-moi, Ruth.
J'espère que ce vieux croûton vous apprécie.
- Ah ! Je pense que oui ! - Bon, parce que sinon,
faites vos valises et venez vivre avec Sal.
- Ah ! Vous n'avez pas de femme ?
- Non, M'dame ! Ni femme ni enfants.
Mais bon, j'ai une bonne amie.
Mais elle cuisine très mal.
Bon, elle a d'autres talents. Voyez ce que je veux dire ?
- Et... et vous, Monsieur...
Sheppard, vous êtes aussi célibataire ?
- J'ai épousé une femme merveilleuse, Madame Mueller.
La lumière de ma vie.
Ma Mary.
Un coeur gigantesque.
Une très belle femme.
Avec un beau sourire.
- Hum ! C'est bien.
- Elle...
Elle était un peu lente.
Parce qu'elle avait un défaut depuis la naissance.
- Attends. Qu'est-ce que ça veut dire ? Elle est attardée ?
- Non.
Non, elle pouvait faire...
tout ce que les autres pouvaient faire,
mais juste... un peu plus lentement.
- Ah.
- Super Maman. Super épouse. - Elle a un métier aussi ?
- Ah. Pardonnez-moi.
J'ai perdu Mary en janvier dernier.
Elle est morte d'un cancer du sein.
- Mes condoléances.
- Je suis désolé, Doc.
Tu me connais, je voulais pas t'offenser.
- Nous payons ce que nous disons, Salvator.
- Ouais ? Eh bien... mets-le sur ma note.
- C'est pas grave. Tu savais pas.
- Ta note doit être longue, à mon avis.
- Euh... vous avez... vous avez des enfants, Doc ?
- Euh... oui, juste un.
Un fils. Larry, comme moi.
- Oh. Richard et moi,
nous avons un garçon et une fille.
Et nous avons quatre petits-enfants.
- Dieu soit loué. - Quoi ? Il s'appelle Richard ?
- Chérie, avons-nous du café ou un petit dessert
à offrir à nos invités avant de leur souhaiter bonne route ?
- Richard... - Oh ! Eh bien oui !
J'ai une tarte à la pêche pour dessert.
- Ho ! Ho ! Ho ! Une tarte à la pêche !
Ça, c'est la belle vie ! Ha ! Ha ! Ha !
Wouh !
Hé.
Tu t'es bien casé, mon pote Richard.
- C'est bien de voir que tu surmontes tes difficultés.
- Oui. Je fais de mon mieux.
- Toi, au moins, tu sembles être devenu quelqu'un de bien.
- En tout cas, j'essaye.
- Et moi aussi. - Moi aussi.
- J'ai...
je regrette profondément d'avoir pris part
à toutes ces... toutes ces idioties
qu'on a pu faire un Vietnam.
- Ouais.
C'est bon.
- Je suis sur le cul.
Où est passé Mueller le baiseur ?
Hein ?
Je veux dire... tu prêches ?
Tu l'as mis dans le programme de protection des témoins ?
Tu l'as planqué sous le divan ou quoi ?
Seigneur...
- J'ai grandi, moi, Sal.
J'ai trouvé... j'ai trouvé ma voie en chemin.
- Tant mieux pour toi.
- Et toi ?
J'ai toujours pensé que tu passerais ta vie
dans les Marines. C'est pas ce qui s'est passé ?
- Si.
J'ai re-signé, bien sûr.
Je m'attendais à ce que tout se passe comme ils l'avaient dit.
J'étais prêt à zigouiller des communistes à San Diego.
Mais ils sont pas venus.
Vous pouvez le croire, vous ?
Maintenant, les gens vont au Vietnam y passer leurs vacances.
Hein ?
Ils payent pour se faire photographier dans les endroits
où 52000 jeunes Américains ont cassé leur pipe !
Putain de merde.
- Alors, tu es parti pour une question de principe ?
- Je suis parti avec une plaque dans le crâne
et la pension d'invalide à 100%. Ça, c'est la bonne nouvelle.
- Moi, je me demande comment c'est arrivé.
- Ah... Ça, c'est une bonne histoire.
Faudrait aussi que je puisse m'en souvenir.
À mon avis, la boisson a joué un rôle.
Oui ! Oui !
J'en suis certain !
À ce propos, c'est la meilleure eau
que j'ai jamais bue.
Vous voyez, Ruth, j'étais plutôt modéré
dans mon insubordination en général.
Et je m'en suis toujours tiré
grâce à mon physique agréable et mon charme naturel.
- Je crois qu'on devrait tous
être reconnaissants d'avoir pu survivre.
- Amen. - Dieu soit loué.
- Je me dis ça aussi.
Tu veux pas manger ta part ? - Hum.
- Bien alors, on va pas jeter ça.
- Est-ce que ça va, Doc ?
- Hum-hum.
- Si tu as quelque chose sur le coeur,
le mieux serait d'en parler.
- Mon fils.
C'est à cause de mon fils que je suis venu ici,
que je vous ai trouvés.
Je n'aurais peut-être pas dû.
- Votre fils ?
- Mon fils, Larry.
Il est entré dans les Marines y a un an.
- Ouah ! - Et il y a deux jours,
des officiers sont venus m'annoncer qu'il avait été tué.
Ça s'est passé à Bagdad.
Ils sont tombés dans une embuscade.
Ils m'ont dit qu'il avait tiré toutes ses balles
et qu'il était mort la baïonnette à la main.
- Mon Dieu.
- Son corps arrive ce soir.
On va l'enterrer à Arlington.
Tous les honneurs dus à un héros.
Et je me demandais si vous pourriez venir avec moi.
...d'entendre les souffrances de tes enfants
en ce temps de deuil - Merde.
- Je te promets, Doc, que tu vas revoir
ta femme et ton fils dans un monde meilleur.
- Ah, mais quelles bêtises.
- Tout cela te semblera
rien de plus qu'une séparation momentanée.
- Ah ! Mais arrête ! Et ton monde meilleur,
où est-ce qu'il est, hein ? Las Vegas ?
Miami Beach ? - Ah...
Doc sait de quel monde meilleur je parle, Sal.
- Alors montre-lui. Il a une carte, même !
Ou bien, il pourrait peut-être le trouver
sur l'internet mondial. - Eh bien...
on ne le reconnaît que lorsqu'on le voit.
Et en ce qui te concerne, sergent,
y a de grandes chances que tu ne puisses jamais le voir.
- Eh bien alors, ça me manquera jamais.
- Oh ! Ça va te manquer !
Ça te manquera cruellement.
À absolument chaque moment de douce éternité.
Sais-tu combien de temps dure l'éternité ?
- Ouais.
Ça n'aura pas d'importance. J'ai une question.
Avec tous les milliards de bonnes personnes
qui se baladent dans ton paradis,
comment ça se fait qu'aucun d'entre eux ne soit revenu
pour nous raconter ce qui s'y passe ?
- Y en a un qui est revenu.
- Ah oui ! Celui-là ! Oui.
Un peu flou sur les détails, à mon avis.
- Je ne veux pas de ton avis.
- OK, Doc. Écoute-moi.
Je suis vraiment très triste pour toi.
Mais je vais pas te raconter une montagne de bobards.
La pire chose qui puisse arriver à quelqu'un,
ça t'est arrivé.
Et maintenant, va falloir que tu t'y fasses.
- Seigneur, aie pitié de lui ! - Quoi ?
- T'étais un danger public quand t'étais jeune,
mais maintenant, tu es... un vieil imbécile.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu sais quoi ?
Je l'ai là, ton danger ! Il se balance, tu vois ?
- Je vais te demander
de surveiller ton langage dans ma maison.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il a, mon langage ?
- Les gars. Je veux pas que ça cause des problèmes.
- OK.
Doc.
Je vais t'aider pour les obsèques de ton fils.
Je pense pas pouvoir te conduire au paradis,
mais par contre, je peux t'emmener à Arlington.
- Mueller.
- J'aimerais vraiment pouvoir t'aider.
Mais... - Mais ?
- J'ai... - Il doit rester ici
et prier pour toi. Ce qui va t'être très utile.
- Richard. - Oui ?
- Je peux te voir une minute ?
- Bien sûr, chérie.
- Mueller, s'il te plaît.
- Je ne peux plus me déplacer facilement,
comme tu peux le voir.
- On bougera pas de la voiture.
- Je sais, mais... ça le fera pas.
Non, non, c'est impossible.
- Je sais qu'il va venir. Je peux te le garantir.
- Non. Il a dit qu'il venait pas.
- Aucune importance, ce qu'il a dit.
Je te garantis que sa femme est en train de lui faire la leçon.
D'accord ? Et en ce moment même, Richard...
- Il faut que tu ailles avec cet homme. Il a besoin de toi.
- Il aura des conseillers professionnels
pour l'aider, à Arlington.
- Oui. Et qui va le protéger contre Sal, ce monstre ?
- Oh ! Seigneur ! C'est vrai !
C'est toujours le bordel quand Sal est dans le coup.
- Richard ! Qu'est-ce qui est arrivé à ton vocabulaire, enfin ?
- Chérie, excuse-moi, pardon. C'est que...
ça m'a échappé. Excuse-moi.
- Hum !
Tu... tu ne peux abandonner des amis en difficulté.
- Des amis ? - Hum-hum !
- Je ne les ai pas vus depuis des années.
- Tu n'as le droit de refuser personne. T'es un pasteur.
- Il représente une sombre période de ma vie, Ruth,
une période très sombre.
- Et tu représentes Dieu.
Il a perdu un fils, Richard.
Je n'en dirai pas plus.
- Je mettrais bien la radio, mais elle marche pas.
T'aurais pas une radio portable ?
Qui marcherait ? Non ?
Dis, Doc, tu peux faire reculer ton siège, tu sais.
C'est séparé. C'est des manettes individuelles.
Juste sous le siège. Devant. Tu vois ?
Y a plus de place pour les jambes. Ouais, c'est mieux, non ?
Alors,
Richard...
c'est quoi le truc avec le col blanc ? Hum ?
Tu dois le porter ? C'est un système de pistage
pour que Dieu sache où tu es à tout moment ?
Tu dois toujours te le mettre ou tu peux te détendre ?
- Je suis détendu. - Vraiment ? D'accord.
Ça ne se voit pas.
Mais si tu le dis.
J'ai jamais su que tu t'appelais Richard.
De toutes les années là-bas. Jamais.
Moi, c'était toujours Mueller. Richard ! Ouah...
Quand t'étais petit,
est-ce qu'on t'appeler Richie ?
Ou Rich ? Dick ?
Ça fait gay, hein ?
J'ai jamais connu de Black appelé Richard.
Je savais pas que ça se faisait.
- Richard Pryor. - Ah ouais.
Ouais ouais... - Richard Wright.
- Ah...
- Richie Evans.
Dick Gregory. - Oh. Je reconnais mon erreur.
- Little Richard.
- Et lui, il est gay.
Il aime les bites. Ouais.
Mais bordel, regarde ce con. Il nous colle au cul.
Il me rentre dans le fion...
- Change de voie.
- Non. C'est ma voie !
Arrête de me rentrer dans le derche !
- Sors de son chemin ! Laisse-le passer.
Allez, ne reste pas là ! Dégage !
- OK, péteux !
Tu veux t'amuser ? On va s'amuser.
- Qu'est-ce que tu fous ? - Tu veux t'amuser ?
Accrochez-vous, d'accord ? - T'essaies d'avoir un accident ?
- Je vais foutre en l'air ce fils de pute.
- Qu'est-ce qui te prend ? Hé ! Pousse-toi !
Change de voie, laisse passer. - OK ! D'accord.
C'est bon ! C'est bon !
- Hé ! T'essaies de nous zigouiller ?
- Hé ! Va te faire enculer, connard !
- C'est à toi que je parle, branleur ! Enfoiré de mes deux !
Si je me fais amocher à cause de toi,
je t'enterre ton cul de merde dans le premier fossé !
Tu m'entends ? T'as compris ? - Ouais !
- Regarde où tu vas, putain ! - Mueller est enfin arrivé !
- Fais pas le con. J'ai une femme et des paroissiens
qui m'attendent. Putain ! Alors conduis, d'accord ?
- Je conduis. T'en fais pas, je conduis.
Je croyais t'avoir perdu pour toujours ! Je t'assure !
CIMETl»RE NATIONAL D'ARLINGTON
Où est-ce qu'on est censé aller, Doc ?
- Base aérienne de Dover.
- Ça... putain, c'est dans le Delaware !
- Oui. Dover, Delaware.
- Alors... qu'est-ce qu'on fout ici ?
- Je sais pas.
- T'avais dit Arlington.
- Oui, c'est ce qu'ils ont dit. C'est ce qu'ils m'ont dit.
- Mais maintenant, tu... tu dis que c'est à Dover.
- Bien... Alors...
c'est parce qu'ils ramènent le corps au pays;
Ils atterrissent à Dover.
Je suis désolé. - OK, non, ça va. C'est bon.
Tout va bien. On va à Dover.
- Je peux prendre le volant ?
- D'accord. Oui. - OK.
BASE AÉRIENNE DE DOVER
- Et s'il y avait un problème ?
- Non.
C'est juste une sentinelle. Il sait rien de rien.
- Je me demande s'il y aura une garde d'honneur.
- Je crois, oui. Forcément.
Ils montreront du respect, et tout. Mais...
Mais pas en public, parce que cette fois-ci,
ils ont décidé de censurer tout ce qui a trait à ça.
- Pas de photo de cercueil. Il faut épargner le public.
Quelle connerie.
- Le corps est en transit.
L'avion arrive à 8 h demain matin.
On peut attendre dans le hangar. - D'accord. Merci.
- En transit. On passe son temps à être en transit,
même quand on est mort. - Allons, Sal !
- Non, ça va. - Désolé.
- Ça fait combien, Madame ?
- Trente-cinq dollars, s'il vous plaît.
- Oh ! Doc ! Tous ces billets !
- Ils ont fait une collecte à l'économat quand ils ont appris.
- Tu vois, t'as plein d'amis.
- Non. Ils ont eu pitié.
Ils voulaient faire quelque chose.
- Voilà votre clé. - Merci.
- Hé ! Les gars ! Vous avez vu ça ?
- Vu quoi ? - Bon sang, ils l'ont eu !
- Qui ? - Ce fils de pute, Saddam !
Ils l'ont trouvé dans un trou à rats.
...ce samedi 13 décembre.
Les Irakiens de Bagdad ont fêté la nouvelle
avec des armes et des cris de joie.
La capture de Saddam Hussein est un moment décisif
dans le nouvel Irak.
Selon un porte-parole militaire,
la capture de Saddam Hussein va marquer le début...
- Merde !
Je ne sais plus faire des ronds de fumée maintenant.
J'étais très bon avant.
Y a eu peut-être un truc avec ma langue, en vieillissant.
Hum. Doc roupille.
Regardez-moi cet enculé.
Putain de merde.
Un jour, il est chef d'État;
Le lendemain, c'est un pauvre type
planqué dans un trou à rats.
Mort de trouille.
- Il m'avait dit de ne pas m'inquiéter.
- Allez.
- Monsieur Sheppard ?
- Oui.
- Monsieur Sheppard, je suis le Colonel Wilits.
Le président des États-Unis
m'a chargé d'exprimer son profond regret
que votre fils ait été tué au combat.
- Merci.
- Il est mort en héros au service de son pays.
Il était un exemple pour ses camarades.
- Je peux le voir ?
- Monsieur, ce n'est pas... conseillé.
Croyez-moi, il vaut mieux ne pas le voir comme cela.
- Ce n'est pas autorisé ? - Ce n'est pas cela.
Mais le caporal a reçu une balle derrière la tête.
Je vous assure qu'il n'a pas... souffert.
Mais la blessure de sortie dans ces cas-là
est dévastatrice. Pour le visage.
- Ils étaient derrière lui. On lui a tiré dessus par derrière ?
- Écoute le conseil du Colonel.
Il vaut mieux t'en souvenir comme il était.
- Moi, je voudrais le voir.
Mais bon, c'est moi.
Le truc, c'est que...
tu n'as plus besoin d'obéir au Colonel maintenant.
C'est fini, tout ça.
- J'aimerais...
J'aimerais voir mon fils.
- Ce que vous verrez,
ça ne pourra pas être effacé.
- Je comprends.
Mais bon, il faut que je le voie.
- Comme vous voulez, Monsieur.
Caporal Washington,
veuillez escorter ces messieurs
à la table des snacks. - Oui, mon Colonel.
- Monsieur Sheppard, veuillez me suivre.
- Hé, jeune homme... Repos, d'accord ?
Ça me donne le torticolis de te voir.
- J'ai jamais entendu quelqu'un parler au Colonel comme ça.
- Les Colonels me font pas peur. Ni maintenant ni jamais.
- Vous êtes un Marine ?
Ouais, je m'en doutais.
- J'ai passé plus de temps au trou que toi dans le service.
- Vous aussi ?
- Ouah. Semper fi, agis ou meurs.
Pourquoi tu crois que j'ai une canne ?
- Hé, petit...
C'est quoi sur ton oreille ?
- Un furoncle d'Irak.
- Comment ?
- Un furoncle d'Irak.
Oui, tout le monde en a un. On se fait piquer
par une mouche des sables et on se retrouve avec...
l'oreille de Frankenstein. - Ça alors.
- Ça va disparaître.
Dans un an ou deux. - Oh oui.
Compte là-dessus. - Oui.
- Vraiment vilain, ce truc.
- C'est une grosse erreur.
Monumentale. Hé, hé. Attends.
C'est trop tard. T'y peux plus rien maintenant.
Sauf si tu veux aller te frotter avec le Colonel.
- Je ne veux rien, moi. D'accord ?
Je suis venu pour l'accompagner.
- Ah oui. D'accord. - Ah...
- Vous étiez au Vietnam avec le Père de Larry ?
- Oui.
- Vous savez ce qui s'est passé à l'époque ?
- Non. Nous, on... tirait dans le tas.
On tuait des niaques.
- Larry disait que son Père s'est retrouvé au trou à la fin.
- Tout ça, c'est le passé maintenant.
- Tu sais quoi là-dessus ?
- Il paraÓt qu'il a malmené des mecs.
Ou que des mecs l'ont malmené.
C'étaient vous, les mecs ?
- Qu'est-ce qu'il t'a dit exactement ?
- Juste qu'il s'est passé des trucs merdiques.
J'étais son meilleur ami.
Alors... il en a parlé à personne d'autre.
- Alors t'étais avec lui pendant l'embuscade ?
- L'embuscade ?
- L'embuscade et la fusillade qui a suivi.
- D'accord.
- D'accord ? - D'où ça sort, ça ? D'accord ?
- Si c'est ce qu'ils ont dit, c'est ce qui s'est passé.
- Hé. Enfin, c'était ton ami. Tu y étais, pas vrai ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Allez, réponds-nous. Fais pas le coup du silence.
Il te regarde pas.
Allez, juste entre nous.
De Marine à Marine. - Entre crânes d'oeuf.
- C'était l'enfer.
Moi et Sherpherd et trois autres,
on trimbalait plein de fournitures scolaires,
des tas de tablettes, de crayons, des bouquins...
C'était le dernier trajet.
Au retour, on s'arrêtait toujours
à un magasin qu'on appelait Abdula G Marché. Avec des colas.
C'était mon tour d'y aller, mais Sherpherd a voulu y aller.
Alors il y va, mais nous, on plaisantait.
Et il arrive une saleté d'enturbanné.
Et il crie...
Allah akbar !
Ou une connerie comme ça !
Dieu est grand !
Il lui explose la cervelle.
- Putain. Et après ça ?
- Putain, on était verts.
On les a tous allumés.
L'enturbanné, Abdul...
on tirait sur tout ce qui bougeait.
On a récupéré Larry et on est partis.
- Tu sais qu'il est censé recevoir
la médaille de l'Étoile de bronze à cause de ça ?
- Oui. Il aura son étoile.
Plus il y a d'étoiles, mieux c'est.
- Ouais. - Ouais.
Hum.
Il ne faut pas lui dire.
- Il faut pas ? - Non.
Laisse-lui son Étoile de bronze.
Laisse-le avoir des obsèques à Arlington.
Avec tous les honneurs.
Laisse-le avoir son héros.
Dieu sait qu'il a déjà eu assez de malheur dans sa vie.
- Tu veux dire, laisse-les lui mentir.
- Réfléchis, Sal. C'est quoi l'important ?
- J'en sais rien. Mais c'est jamais mentir.
- Sal... Sal.
- Je suis désolé, Monsieur.
Mais j'ai toujours une bonne raison pour donner un conseil.
- Sal, il n'a plus de visage maintenant.
- Il faut que tu sois un homme, Doc.
Hé, Monsieur. - Sal.
- Comment est-ce que... ce garçon s'est fait tuer ?
- Pardonnez-moi.
- C'est une question plutôt simple. Que s'est-il passé ?
- Le caporal s'est acquitté de sa mission
avec dignité et honneur. Il est mort en héros.
- Oui, mais bon. C'est tous des héros, je pense. N'est-ce pas ?
- En effet, oui. - Tous des héros.
Ça, c'est clair.
Mais comment se fait-il
que ce caporal ait été abattu
d'une balle derrière la tête comme un chien ?
- Il était un brave Marine. Un honneur pour les Marines.
Et il a bien servi son pays. - Oui, c'est sûr.
Tout comme nous tous. Comme nous tous ici.
Et on le ferait de nouveau si on le pouvait.
- Que se passe-t-il, Sal ?
- J'en sais rien. C'est pour ça que je demande.
- On devrait pas s'occuper des funérailles, là maintenant ?
Je croyais que c'était pour ça qu'on était là.
- Une seconde.
Vous étiez présent quand c'est arrivé ?
- Non, je n'y étais pas.
- Et où étiez-vous ?
- Sauf votre respect, Monsieur,
ça ne vous regarde absolument pas.
- Ah.
Je vois.
Et sauf votre respect...
Doc devrait pouvoir parler à quelqu'un
qui était présent ce jour-là.
Vous ne l'étiez pas.
Très bien.
Et vous ?
- Oui, j'étais présent.
- Très bien.
Caporal Washington, dites-leur ce qui s'est passé.
- Alors ? On en est où avec tout ça ?
- Quasiment où on en était au départ.
Doc veut revoir le visage de son fils.
- On peut pas lui en vouloir.
J'ai appelé ma femme.
Je vais rentrer chez moi.
Je vais prendre l'autobus.
- T'abandonnes ?
- De quoi tu parles ?
- Bien, je vais voir.
Alors, Doc...
qu'est-ce que...
qu'est-ce que tu veux faire ?
- Je peux pas l'enterrer à Arlington. Plus maintenant.
- Il est digne de cet honneur,
il le mérite. - Tenez.
Voilà à quoi il ressemblait.
- Fais voir. - Un beau garçon.
- Ah ouais.
- Les filles au lycée étaient dingues de lui.
Mon beau fiston.
Je ramène Larry avec moi.
- Monsieur, je vous assure que c'est une mauvaise décision.
Et vous allez la regretter.
Monsieur. Monsieur.
Monsieur, s'il vous plaît, arrêtez.
Les Marines vont transporter le corps pour vous gratuitement
là où vous voulez qu'il repose.
Monsieur. Non, Monsieur. Arrêtez, s'il vous plaît.
Je ne peux légalement remettre
le corps du caporal à quiconque, excepté à des pompes funèbres.
- Ou à un membre du clergé.
N'est-ce pas, Colonel ?
- Correct.
- Eh bien...
on dirait que...
cela... me correspond.
Les gars.
- C'est bon.
On y est.
Voilà.
- Ça va pas le faire.
Comment tu vas faire maintenant ? Tu as une idée, toi, Sal ?
Tu vas attacher le cercueil sur le toit de ta voiture ?
- Oui. Pourquoi pas ? Il faut juste un peu d'aide
pour le soulever, le mettre là.
Peut-être le soldat qui a perdu la moitié de l'oreille.
- Ne sois pas ridicule. - Pourquoi pas ?
Tu connais un meilleur moyen ?
Ne parle pas d'être ridicule. C'est trop tard maintenant.
- Doc... tu dois laisser le gouvernement
transporter le corps, parce que ça,
ils savent le faire.
- J'aime pas le gouvernement pour l'instant.
- Pas besoin de l'aimer. - Je n'ai plus confiance.
- Vous savez quoi ? On loue un camion.
- Bonne idée. On fait ça.
Tu prends la voiture. On t'attend ici.
Va louer un camion. - D'accord.
- Et paie avec ça. - Je ramène un camion.
- Je viens avec toi.
Tu me déposeras à la gare routière.
Je crois qu'il faut vraiment que je rentre chez moi maintenant.
- Je comprends, Mueller. Je suis désolé de t'avoir
traîné jusqu'ici. - Je pensais vraiment
que je pourrais t'être utile,
je pensais qu'on allait à des obsèques.
- On ira à des obsèques; On juste va prendre
un peu plus longtemps pour y arriver.
- Ça ira.
Ça m'a fait plaisir d'avoir pu te revoir.
- Ça m'a fait plaisir aussi, tu sais, Doc.
Que Dieu te bénisse.
Je vais prier pour toi.
Toi aussi, sois béni, mon fils.
Je voulais te demander... d'homme à homme...
T'y penses des fois ?
À ce qui aurait pu se passer si on n'avait pas...
- Doc ne se serait pas retrouvé
à faire deux ans au trou. Ça, c'est sûr.
Et toi et moi, on...
on n'aurait pas eu à voir ce qu'on a vu.
- Tu parles de quoi là ?
- Tu te fous de moi ?
Tu veux dire que tu te souviens pas ?
- Je me souviens de plein de trucs.
Mais je sais pas de quoi tu parles.
- Un pote de la patrouille qui se fait tirer dessus.
Il se tordait de douleur pendant qu'il mourait.
Mais on n'avait rien à lui donner pour le soulager,
parce qu'on avait déjà pris toute la morphine.
- Que Dieu ait son âme.
On ne pouvait plus rien faire pour lui à ce moment-là.
- Et. On. N'a. Rien fait.
Et parfois, il faut en faire un peu plus.
- J'ai une camionnette
qui pourrait aller, je crois. - Très bien.
- Mais je pense que vous aimeriez mieux le camion
avec élévateur hydraulique peut-être ?
- Hum...
Élévateur hydraulique, c'est bien, non ?
- Qu'allez-vous transporter ?
- Ah, vous savez... un camion avec élévateur, ça ira.
- Vous le ramènerez ici ou dans une autre agence ?
- Ah...
- Vous ne savez pas ?
- Bien, je crois qu'on pourra le ramener ici.
- Et ce sera à quelle date ?
- Je sais pas pourquoi tu me regardes.
- On en a besoin pour combien de jours ?
Euh...
- Vous ignorez pour combien de jours il vous le faut ?
- Je sais pas pour combien de jours je le veux. Une semaine.
- Oh oui, une semaine qu'il dit.
- Mueller. Allez. Ça ne dépend plus de toi, d'accord ?
Alors assieds-toi, détends-toi.
Et laisse la montagne
venir à Mahomet.
On se calme. D'accord ?
- Il me faut votre permis de conduire.
- Ouais.
Le voilà.
Oh.
Ils sont gratuits, non ?
- Norfolk, en Virginie.
- Ouais. Faut vivre quelque part.
- C'est vous le seul conducteur ?
- Non. Je vais me faire aider.
- Alors il me faut le permis de conduire de l'autre personne.
S'agit-il de ce Monsieur qui est là ?
- Sa Sainteté ? Non. Non...
Sa Sainteté... il peut à peine... marcher,
alors il va pas conduire
une semi-remorque à élévateur hydraulique.
- Il me faut le permis de l'autre conducteur.
- Qu'est-ce que tu fous là à te balancer ?
- Je me récite un psaume.
- Un psaume ? Ah...
C'est-à-dire... un psaume à Ben Laden.
- Alors, vous allez être le seul conducteur ?
- Oui, M'dame, ce sera moi le pilote.
- Comment allez-vous payer ?
- Oh. Oui.
Servez-vous.
Là-dedans.
À 16 ou 60 ans, tu mets un mec au volant
d'un gros cul comme ça, et il ne se sent plus.
Le roi n'est pas son cousin !
- C'est un camion de déménagement
à transmission automatique.
- C'est plus gros que tout ce que t'as jamais conduit !
- Sal, le fils de Doc est mort. Essaie de ne pas l'oublier.
- Mais je l'oublie pas.
Bordel.
Mais nous, on est vivant, non ? - Remercie le Ciel.
- Avec le temps qui passe beaucoup trop vite,
s'il peut y avoir une minute qui n'est pas à chier,
j'aimerais pouvoir l'apprécier.
- D'accord.
- Et puis toi aussi, t'aimais t'amuser.
- Encore maintenant. Tant que c'est bon aux yeux de Dieu.
- C'est quoi, ça, les yeux de Dieu ?
Quoi ? Dieu n'a pas d'yeux ! - Oh ! Si ! Il en a.
Dieu a des yeux et il a des oreilles.
Et il entend toutes les insultes que tu sors constamment.
Tu peux me croire quand je te le dis, sergent:
T'auras des comptes à rendre.
- Oh ! Des comptes à rendre.
- Dieu est mon témoin. Je peux te l'assurer.
- C'est super, parce qu'alors du coup,
je vais carrément en profiter pour me mettre au garde-à-vous
et dire à Dieu: Hé ! Où étais-tu pendant qu'on...
qu'on viole les enfants et les génocides et tout ça ?
Où étais-tu quand ils ont percuté des tours
avec des avions et tué des milliers de personnes
qui allaient juste travailler ?
Où étais-tu quand le fils de Doc allait juste
au magasin pour acheter des boissons
et un enturbanné débarque pour lui exploser le visage ?
Hein ? Où étais-tu ?
Ouais, tu vois. Je vais pas rester planté là
et essayer de me justifier devant Dieu.
Je vais lui demander de me rendre des comptes à moi !
- Oh ! D'accord. - Et au bout du compte, il dira:
Hé, hé ! C'est bon ! Je te laisse entrer !
Toi ! T'es mon genre de mec, toi !
Viens là que je t'embrasse !
- D'accord. Oui. Alors bonne chance.
Je prierai pour toi.
- Oui, bien, j'espère que ça marchera.
Mais bon, si c'est un Dieu au cul serré,
putain, moi, je suis foutu.
- Il est grand temps de faire huiler ta plaque dans la tête.
- Hé ! Touche jamais à ma plaque. D'accord ?
Je capte Radio Or à New York.
J'ai le mal du pays.
Attends un peu.
Peut-être que...
- Oh non, non, non ! Éteins ça.
Éteins cette merde, s'il te plaît.
- Cette musique, tu connais ? - Putain...
- Il m'est arrivé quelquefois d'être un peu agressif.
Mais même moi, je suis offensé par ce genre de truc.
Et on peut même pas danser dessus.
- C'est au moins une chose sur laquelle
on est tous les deux d'accord. - Super.
T'as pas un peu honte, franchement,
en tant qu'Afro-Américain ?
- Non. Pas vraiment. Pourquoi avoir honte ?
- Parce que comme tu es l'exemple même
d'un gentleman plein de dignité, toi,
tu seras le premier à reconnaître qu'avec ça,
on est à des milliers de kilomètres de Motown !
Non ?
- Je n'ai aucune honte à avoir, moi,
puisque lui, il est blanc.
- Blanc ! - Oui, affirmatif.
Plus blanc que blanc. - Ce chanteur est blanc ?
- Parole d'honneur.
- Ça sort de la bouche d'un Blanc ?
- Une bouche d'égout blanche.
- Foutaises ! - Non. C'est pas des foutaises.
- Putain de merde.
Alors c'est moi qui devrais avoir un peu honte.
Sauf que je me suis jamais... identifié à la race blanche.
- Vraiment ? - Non.
- Maintenant, je suis curieux. - Non !
- Alors, à quelle race est-ce que tu t'identifies ?
- Verte. - Verte ?
- Oui. Les Marines.
- D'accord. - En fait,
c'est vraiment la seule culture qui pour moi...
avait un peu de sens. - Hum-hum.
D'accord.
- Je voulais te demander. - Hum ?
- Ça te manque pas ?
- Pas une seule minute. Jamais.
- Je te crois pas.
- Tant pis.
Tu crois pas en Dieu non plus,
mais tu peux être sûr que lui, il croit en toi.
- Hé. Pas de problème ?
- Non. Aucun problème.
Sauf que je vais rester coincé dans un bus pendant sept heures.
À part ça, non. - Non, ça ira.
Les bus sont très bien de nos jours.
Sièges inclinables et...
des chiottes au fond des bus.
Peut-être que tu vas rencontrer un bouseux et sauver son âme.
Est-ce que ça te fait des points en plus ?
Je veux dire: Vous avez un système de points ?
- Je te dirai quand j'y serai.
J'espère juste pouvoir dormir.
J'ai pas très bien dormi, hier soir.
- Non, moi non plus. Hé...
Ça va te garder éveillé. Là.
- Oh non, ça me bousille les dents, ces trucs-là.
- Tu te souviens quand on arrivait à pioncer
même dans un trou ?
Les balles nous sifflaient à ras la tête !
Nom de Dieu.
- Ça, c'est le passé, Sal.
- Heureusement ! Qu'il y reste.
- On ne peut pas changer les choix
qu'on a faits dans le passé. Mais on peut apprendre
et essayer de faire mieux à l'avenir.
- Je suis d'accord.
- Mais tu vas quand même le faire, hein ?
- Quoi ?
- Tu vas ramener Doc et son fils mort à Portsmouth.
Et tu veux t'amuser.
- Tu devrais venir.
Hein ? Allez...
Hé.
Ouais... Je vais repartir.
Ha ! Ha ! Ha !
Je peux toujours pas le croire.
Toi, parmi tous les autres, t'es le pasteur.
- C'est pourtant vrai. - Oh...
Et est-ce que tu penses que...
je sais pas, qu'on aura peut-être l'occasion
de se revoir, de temps en temps ?
- Je ne sais pas, et puis...
ses voies sont impénétrables.
- Ça, c'est sûr.
Allez, mon Père, prends bien soin de toi...
et on se reverra au repas dominical.
- Sois béni. - Merci.
Tu me prends pour du pain ?
Oh... Ah !
Allez, je t'ai bien eu !
Bon.
Attends, Doc.
Un, deux,
trois !
Tu sais,
je me demande, tu vois,
ce que ton fils aurait voulu.
- Boire des bières avec ses potes.
Ou courir les filles.
Il n'avait que 21 ans.
Il ne pensait pas à mourir. - Ouais...
Tu sais, Doc, tu pourrais vraiment
te faciliter les choses.
- Eh bien, je veux pas me faciliter les choses.
- Ouais, t'as raison.
Les mecs comme nous,
on s'en prend plein la gueule jusqu'à ce que ça éclate.
Mais après, on est cool.
Le pire est arrivé, on s'y attendait.
- Ils l'ont envoyé dans un désert où c'était l'enfer.
Pourquoi ?
Qui sait ?
C'était pas pour protéger l'Amérique.
C'est comme la jungle où ils nous ont envoyés.
Elle nous menaçait pas.
Et puis, ils me le renvoient là-dedans.
Avec d'autres mensonges.
Un héros.
Les honneurs. Arlington...
Eh bien, je ne vais pas enterrer un Marine.
Je vais enterrer mon fils.
- Ouais.
- Vous prenez le bus aujourd'hui ?
- Oui, pour Richmond. Et vous ?
- Pour Richmond, hein ? - Hum.
- Vous y habitez ?
- Non, mais pas loin. Pourquoi ?
- Alors c'est vous qu'on appelle...
le mullah ? - Le quoi ?
- Mullah.
- Je... j'attends mon bus pour Richmond.
Je m'occupe de mes affaires et je lis la Bible.
- Ha ! La Bible.
Vous testez la concurrence ?
- Qui êtes-vous et qu'est-ce que vous me voulez ?
- Ça dépend.
- On est de la Sécurité du territoire.
- Quoi ? !
- Super camion, hein ?
C'est quoi ça ?
- Plus personne ne bouge !
- Ça avait un sens avant, tu sais.
L'esprit de corps.
L'unité.
Et... un fierté bien méritée, un putain de sens commun.
Mais maintenant, je sais même plus ce que ça veut dire.
- Qu'ils aillent se faire foutre !
On les emmerde !
- On les emmerde tous ! Ouais !
J'ai passé les meilleures années de ma vie à défendre ce pays.
- Tes meilleures années sont devant toi.
- Ah ! Ta gueule ! - Non, c'est vrai !
- Regarde-moi ! D'accord ? Mon avenir est derrière moi.
J'ai un cerveau embrouillé retenu par une plaque en métal.
Ils me regardent et ils voient un putain de terroriste !
- Ils pourraient nous faire des excuses.
- Ouais.
Ils regrettent, je crois.
Ils regrettent de ne pas nous avoir descendus.
N'ouvre pas.
Doc...
Ha ! Ha ! Tu déconnes !
Quoi ? T'as oublié ta brosse à dents ?
Dingue.
J'ai dû appeler ma femme...
du commissariat de Police.
Tu m'entends ?
Depuis le commissariat de Police !
- D'accord.
Raconte un peu.
- Après qu'ils ont vérifié
que j'étais le révérend Richard Mueller,
et bien vu que je n'étais ni un extrémiste musulman
ni un mullah...
- Mueller le mullah ! Ah !
Ah, merde ! C'est la fin, hein !
Notre pays est foutu. - Ruth était fâchée ?
- Oh, elle était plus que fâchée.
Elle voulait que je rentre immédiatement.
Mais j'ai dit: Non, non, non, chérie.
Il y a des moments où il faut que même les vieux hommes
aient besoin d'être une menace.
- T'as raison. C'est comme pendant l'alerte aux Cocos...
- J'étais en train de parler ! - Ouais, c'est vrai.
- J'ai dit à ma femme que je ne rentrerais pas.
Pas avant qu'on ait fini.
Où est ton fils ?
- Ils l'ont repris.
- Demain, on va le récupérer.
Et le ramener chez toi.
- Garde-à-vous.
Messieurs, bonjour.
- Alors, Colonel... j'ai oublié votre nom,
où est Larry ?
- Wilits. C'est Colonel Wilits.
- Oh.
- On m'a informé du cafouillage d'hier.
Complètement ridicule.
Apparemment, l'employée du U-Haul a pété un plomb.
Mais voilà. Ce qui est fait est fait.
J'espère qu'après plus ample réflexion,
vous voyez qu'Arlington est une dernière demeure
qui ne devrait pas être refusée par colère.
Des héros y reposent, Monsieur.
Les détails de sa mort sont ce qu'ils sont,
mais ne vous méprenez pas; Sa mort était héroïque.
Il était sur un sol étranger et hostile,
où il faisait son devoir.
Il mérite de reposer parmi les siens
dans le cimetière d'Arlington.
C'est ce qu'il voudrait.
Et je vous exhorte de le faire pour lui.
- Merci.
Je vais amener mon fils chez nous
et je vais l'enterrer au New Hampshire.
Et pas dans son uniforme.
On lui mettra sa toge de diplômé.
- Comme vous voulez.
Le gouvernement transportera le cercueil gratuitement
à Portsmouth...
et aux pompes funèbres de votre choix.
- Non. On va l'emmener avec nous aujourd'hui.
- Sauf votre respect,
Monsieur, vous agissez contre vos propres intérêts.
- Hé. Colonel.
Vous nous avez regardés ?
Nous, on n'a rien à perdre.
Alors on n'en a rien à foutre de votre opinion.
Sauf votre respect.
- On va prendre le train.
- Très bien. Je vais l'organiser.
Le caporal Washington vous accompagnera.
Ici Wilits.
Il y a des dispositions à prendre rapidement.
- Hé. Hé, hé. Wilits. - Un instant.
- On ne veut pas... de baby-sitter.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire.
Washington est en affectation provisoire d'escorte.
Si vous ne voulez pas de lui, il retourne à Bagdad.
- Les gars ?
- Il pourrait être utile.
- Il va être payé ? - Bien sûr.
- Alors c'est bon, Washington.
Mais c'est nous qui lui donnons des ordres.
- Il obéit à mes ordres. C'est bien compris ?
Mais il tiendra compte de vos besoins
dans la mesure du raisonnable.
Parce que c'est moi qui lui en ai donné l'ordre.
Est-ce que c'est clair ?
- Oui. Tout à fait clair.
Colonel.
Mon vieux.
Vous êtes une vraie force de la nature, hein ?
Putain, j'aurais aimé tomber sur vous au combat dans ma jeunesse.
- Ah, vraiment ? Vous pensez ?
- Oh oui.
L'un de nous se serait pris une balle
et l'autre aurait été en prison.
- Attention, halte !
Déposez !
Fixe !
En avant !
En avant, marche !
Garde-à-vous !
- J'en ai rien à foutre de ce qu'ils disent.
C'est bien compris ? - Oui, mon Colonel.
- Le caporal nous appartient.
C'est un Marine jusqu'à ce qu'il soit mis en terre.
Et restera un Marine pendant le temps qu'il passera sous terre.
Plus des milliers de siècles. Est-ce que c'est clair ?
- Oui, mon Colonel. - Je vais pas laisser
trois vétérans croulants et débiles
pisser sur mon corps d'armée.
Vous saisissez ? - Oui, mon Colonel.
- Vous êtes un Marine, votre mission
est de ramener votre frère chez lui.
Vous en êtes responsable,
donc c'est vous qui commandez ! Vous saisissez ?
- Oui, mon Colonel !
- Un détachement mortuaire va vous accompagner.
Vous protégerez la dignité de ce Marine mort
et vous veillerez à ce qu'il soit enterré
avec les honneurs dans son uniforme,
et non pas dans une connerie de putain de merde
d'habit de diplômé qui ressemble à une robe à la con !
Est-ce clair ? ! - Oui, mon Colonel.
- Et ne laissez pas Sal vous contrer.
C'est un foutu vieux con, mais il est dangereux.
Ne vous laissez pas faire.
Tuez-le d'abord. - Mon Colonel ?
- Ce n'est pas un ordre.
- Oui, mon Colonel.
- Et c'est pas parce que
ce pasteur boiteux vous rappelle
votre Père qu'il faut lui faire confiance.
- Je n'ai pas connu mon Père.
- Washington, est-ce que par hasard,
vous avez un problème personnel ? - Non, mon Colonel.
- Alors allez-y ! - Oui, mon Colonel !
- Saluez.
Compagnie, repos.
Quart de tour, droite.
En avant, marche.
- Alors, Washington dit que vous avez servi ?
- Dans l'armée de terre. - Ah oui ?
Vous avez combattu ? - Oui.
J'ai été envoyé à la première guerre du Golfe.
- Ouais, oui... Vous êtes revenu.
- Ouais. Oui, et je pisse pas du sang.
Mes enfants sont normaux. - Hé, c'est bien.
- Hum ? - Ouais.
- John Redman. - Larry Sheppard.
- Enchanté.
N'ayez crainte, je... je veillerai sur lui.
- Merci. - Oui.
Si vous êtes prêt. - Oui, c'est bon.
- D'accord...
Hé. Repos, Washington. Hein ?
J'ai une question pour toi.
Comment t'as autant vieilli ? Hum ?
- Je crois que ça a pris une trentaine d'années, comme toi.
- Moi ? Non. Je le nie catégoriquement.
- Tu peux nier tout ce que tu veux.
Ça n'arrêtera pas le temps.
Et ça ne ramènera pas le passé.
- Pfft...
Et qu'est-ce tu penses du troufion Washington ? Hein ?
- Qu'est-ce qu'il a ? - Je sais pas.
Il parle pas beaucoup.
Avec son furoncle d'Irak,
c'est vraiment horrible, son truc, non ?
- Qu'est-ce tu veux savoir sur lui ?
- Je veux rien savoir sur lui, moi.
- Pourtant, on dirait que cet individu
occupe pas mal tes pensées.
- Y a rien qui puisse occuper mes pensées.
Je me demandais, c'est tout.
- Alors, tu devrais aller lui parler,
s'il est un tel mystère pour toi.
- Toute chose est un mystère pour moi.
Sauf toi.
- Ha ! Ha ! Je t'en prie.
- Je crois que je vais aller lui parler.
- Je suis sûr que ça lui fera plaisir.
- Dis-lui de venir s'asseoir avec nous.
- Très bien. Je ferai passer l'invitation.
C'est pas gai ici.
Y a pas de quoi. - Pourquoi ?
- Pourquoi ?
Est-ce que tu es dans un train à Bagdad ?
Apparemment non.
- Eh bien non. - Ha ! Ha !
Ah, sacrées missions.
Parfois, c'est sympa.
Parfois, c'est la merde.
- Non. Pour moi, c'est bon.
C'était mon meilleur pote.
- Ouais, et tu... tu restais pas avec les frères ?
- Vous faites quoi là ?
- Je sais pas, c'est un truc que j'ai vu à la télé, je crois.
- C'est pas obligé.
- Je dis pas que c'est obligé.
- Je l'aimais bien.
Il comptait sur moi et moi sur lui.
Il était honnête. Il mentait jamais.
Il disait ce qu'il pensait
sans jamais être arrogant.
- Tout le portrait de son Père.
- Même la partie honnête ?
- Doc ? Doc n'est pas malhonnête, crois-moi.
- Et pourquoi on l'a mis au trou ?
- Putain. Ça aurait pu être n'importe lequel d'entre nous.
Il s'est fait avoir.
Et puis Doc était bien plus jeune que nous, un gamin.
Techniquement, il était dans la Navy.
Il voulait être ami avec nous et...
et on en a profité.
On lui avait rendu service et il nous rendait service à son tour.
Et là... tout s'est cassé la gueule
et il fallait que quelqu'un paye les pots cassés.
C'était Doc.
Hé !
Écoute, viens donc t'asseoir avec nous un moment.
Hein ? Redman va s'occuper de ton pote.
Pas vrai ? - Pas de problème.
- Non, ça va. Merci.
- Allez, viens, tu vas pas rester ici;
Il fait plus froid que dans une chatte frigide.
- Ça m'est égal. Vraiment.
- Écoute.
J'aimerais que tu viennes pour parler au Père de Larry.
Hein ? Lui dire un truc gentil.
- Je saurais pas quoi lui dire.
- Tu trouveras bien.
Allez, viens.
Ah, mon vieux, regarde-les.
- Qui ?
- La vache !
Toutes les conneries qu'elles ont pu acheter.
Elles ont vraiment pas idée.
- C'est juste des gens normaux qui ont fait les magasins
pour leurs achats de NoÎl.
- Des moutons de Panurge, voilà ce qu'ils sont.
- Ça me dérangerait pas d'en être un.
- Ah ouais !
C'est mieux que de se faire flinguer.
- Je préfère les combattre là-bas
que les affronter chez nous.
- Ça te rappelle rien ?
- Oh oui.
- On s'est battu contre les cocos au Vietnam
pour ne pas avoir à les combattre
sur les plages de Malibu.
- Bien, ça a marché.
- Oui, comme tu dis.
- Oui... et un Marine doit être prêt à mourir sur commande.
Alors...
- Semper fi: Agis ou meurs.
- Ouais... Ça a toujours été notre mission, hein ?
C'est un tas de foutaises.
- Il faut avoir une raison
de même vouloir aller se battre pour commencer.
Alors, qu'est-ce qu'ils nous disent que c'est cette fois-ci ?
Hein ? Que le danger est imminent, c'est ça ?
Qu'ils accumulent des armes de destruction massive ?
Avec le spectre du champignon atomique ?
- Des mensonges. Toujours les mêmes conneries.
Tenez le cap !
Si on retire les troupes maintenant,
alors tous nos héros seront morts en vain,
tu sais, bla-bla-bla...
- Oui. On voudrait pouvoir avoir confiance
en nos dirigeants et aussi en notre pays.
J'aime ce pays. Car c'est un bon pays, vous ne trouvez pas ?
- Oui, c'est un bon pays.
Mais quand on voit le gouvernement nous mentir,
ça change tout, non ? - Oui.
- Alors, c'est comment la vie là-bas ? Hein ?
- Ça va. - Ouais ?
- Mais c'est sûr qu'ils nous détestent, les mecs là-bas.
- Ça te rappelle rien ?
- Je te jure. On doit être
la seule force d'occupation de l'histoire
qui s'attend à ce que les occupés nous aiment.
- Quand on quitte la base, on sait jamais à quoi s'attendre.
Mais moi, je suis d'Oakland,
et je suis habitué à voir les gens mourir.
- Putain. - Vraiment ?
- Au lycée, un de mes meilleurs potes
a été tué par une balle perdue.
- Que Dieu ait son âme.
- Mon Père... il s'est fait braquer.
Et il s'en est pris une.
Je savais pas qu'il était mon Père
jusqu'à ce qu'il se fasse tuer. - Putain, c'est dur.
- Dieu, aie pitié. - Je dis ça comme ça.
- Alors, tu t'es engagé dans les Marines
pour échapper à l'enfer d'Oakland ?
- Non. J'avais pas le choix.
Alors... - Oui.
- Et puis je voulais renforcer mon caractère.
C'était pareil pour Larry.
On voulait se mettre à l'épreuve.
- Ouais, mon gars, c'était pareil pour nous.
- Hum-hum.
- Chaque génération a sa guerre.
Les hommes font les guerres.
Et les guerres font les hommes.
Ça n'en finit pas.
- Peut-être qu'un jour...
on essaiera de faire autre chose.
- Quand il était petit, Larry aimait beaucoup jouer avec...
des petits soldats.
Il leur creusait des tranchées.
Il les faisait s'entraîner. - Hum-hum.
- Monsieur Sheppard, Larry était là où il voulait être.
Il détestait ça.
Tout le monde détestait.
Mais une fois là-bas,
il ne s'agit plus de ce qu'on peut vouloir.
Ni même de la guerre.
On est là pour ses frères.
C'est tout ce qui compte vraiment.
- Ça avait dû l'embarrasser que j'aie passé
la dernière partie de la guerre en prison.
- Non, m'sieur.
Ça l'embarrassait pas.
Ce qui rendait Larry différent de nous tous dans le bataillon,
c'était son enfance heureuse.
- Il a dit ça ? - Oui, Monsieur.
Il avait des parents qui l'aimaient
et qui s'aimaient.
Ouais... Il avait une belle maison.
Il mangeait bien, il parlait toujours de son lycée,
du foot, de ses amis.
Et il vous aimait.
- Hum.
- Monsieur Sheppard, c'était mon tour d'acheter des boissons.
C'était pour moi, pas pour Larry.
- Hum-hum. Non. Non, non, non.
Une voiture s'est garée devant la maison.
Un lieutenant et un aumônier des Marines.
Des boucles de ceinture qui brillaient.
Je fixais ces boucles qui brillaient.
Le président m'a demandé d'exprimer
son profond regret.
Tué au combat.
Au combat ?
Rien sur une balle derrière la tête
en achetant des cocas pour ses potes.
Ni un mot...
sur sa mort...
tandis qu'il livrait des fournitures aux écoles locales.
- Et... voilà.
Et... voilà.
Ah...
Ah...
- T'as soif ? - Hum ?
- T'as descendu ça vraiment vite.
- Ouais.
Bien, je bois pour deux,
maintenant que t'es devenu vieux et emmerdant.
- Peut-être que t'es alcoolique.
- Tu crois ?
- Moi, je le suis.
- Vraiment ? - Hum-hum.
Mais je l'ai reconnu.
Et je l'ai pris en main.
C'était la première étape.
- Hum. Alors tu pourrais prendre cette bière-là en main...
- Ah... Arrête.
- Tu sais, je... ça va très bien pour l'instant.
Avec ce café, tout va bien.
- Bon. Hé, au moins, on n'est pas des drogués.
- Dieu soit loué, on ne l'est plus.
- On ne l'est plus.
Tu l'as jamais été.
- On en prenait, Sal.
- Oui. Parce qu'on en avait besoin.
- Si c'était le cas,
le corps des Marines nous l'aurait fournie.
- Oui. C'est un peu ce qu'ils ont fait.
- Les drogues, c'était pour la douleur.
Comme toutes les drogues. - Et alors ?
Où est le mal quand on en prend ?
- La morphine, ça rend accro.
- Oui, bien, la douleur aussi.
- Mais enfin, c'était pas nous qui souffrions.
- Comment ça, c'était pas nous ?
- C'était pas la même douleur.
- Pas de différence.
- Bon, au prochain arrêt, il faut que j'appelle Ruth.
- Tu sais quoi ?
T'as besoin d'un de ces téléphones portables.
Tu pourrais parler à Ruth tout de suite.
Même dans le train, tu pourrais lui parler.
- Comment ?
- Ouais. Tous les gamins de 10 ans en ont un.
Ils ne font pratiquement plus de cabines téléphoniques.
- Alors, on a fini à Disneyland
pour ressusciter Doc, qui s'était métaphoriquement noyé.
- Je comprends la métaphore, mais ça suffit,
tiens-t'en aux faits, s'il te plaît !
- Attendez, attendez, attendez, que je vous suive.
Alors, il y a un Disneyland au Vietnam ?
- Bien oui, mon grand !
C'est comme ça qu'on appelait les maisons closes
et tous les bars
qui apparaissaient autour d'une base.
- Et tout ça, c'était la faute du putain de commandant !
Tu vois, c'est lui qui nous a dit:
Il faut que vous preniez quelques jours de repos.
Et emmenez Doc à Disneyland avant qu'il fasse une crise
et nous explose à la gueule !
- J'avais quelques petits problèmes.
- Ouais ! Ça, c'est le moins qu'on puisse dire !
Et le problème numéro un pour lui,
c'est qu'il était grand temps qu'il se fasse dépuceler.
Donc oui. Hé, Washington, t'avais quel âge, toi ?
T'avais quel âge la première fois ?
- Treize ans.
- Seigneur !
- Oh ! Wow !
- Impossible.
- L'équipe ! Rien à ajouter. Tu vois ?
- Que Dieu ait pitié de nous.
- Doc avait 18 ans.
- J'avais 19 ans. - Dix-neuf ans !
Un an de pire que 18 ans !
- Comment, un an de pire ? - Il était temps !
- Non. Non, non. Le bon moment, c'est quand j'ai rencontré Mary
et qu'on s'est engagés l'un à l'autre.
- Moi, je voulais juste dire que je trouve que 13 ans,
c'est vraiment trop jeune.
- D'accord, d'accord, d'accord. Enfin bref.
On est à Disneyland.
Et d'un côté, y a Tomorrowland et là, Fantasyland.
Et puis on a trouvé
un des plus magnifiques bordels que j'ai jamais vu,
et j'en ai vu beaucoup. Hou-hou !
- Je... Non, je sais pas.
- Quoi ?
- Ouais, l'idée de payer pour du sexe...
et les macs, les putes, c'est... ça me dégoûte plutôt.
- Non, en fait, c'était pas si mal.
- Ouais !
Voilà mon gars ! Ouais !
- Bien quoi ? C'était bien. Agréable.
- En vérité,
Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était pas encore entré
dans mon coeur. - Pitié.
- Donc j'ai cédé à de mauvais penchants.
- Il a cédé.
T'as entendu ? Il a cédé ! - C'est la vérité.
- Non. Je vais te dire ce qu'il a fait avec ses penchants.
Il buvait des penchants, hein.
Il fumait des penchants. - Oui.
- Et il baisait des penchants. - Oui, je le confesse.
- Il baisait des penchants. Il avait un...
Tu sais comment on le surnommait ?
Mueller le tringleur.
Il était célèbre pour son spécial 5$ pour cinq minutes.
Pas vrai ? Il forniquait comme un lapin.
Je veux pas dépenser plus que ça.
- Pas cette jambe !
C'est celle qui me fait mal ! Merde !
Fils de pute !
Arrête, enfin ! Ça va, quoi.
Enfin quoi ?
J'étais aussi célèbre pour foutre des raclées monumentales.
Écoutez.
Tout ça,
ça semble bien marrant maintenant.
- C'était super marrant.
- Oui, mais c'est du pur...
du pur manquement au devoir.
Manquement au devoir, pur et simple. N'oublie pas ça.
- En fait...
c'est comme aller chez une amie.
Et ensuite, ensuite on...
Ensuite, on couche avec l'amie.
- Et après ? - Et ensuite ?
On lui donne de l'argent.
- Et tu payes ton amie.
Attends que je te dise.
On en a eu marre de l'entendre parler sans arrêt
de sa belle pute asiatique.
Tu sais ? - Ça oui.
- Il était si fier.
Il disait qu'il bandait tellement dur
qu'il avait l'impression d'être dans un plâtre.
Genre: Plus rien ne bouge.
Il pouvait pas cligner de l'oeil ni même bouger les doigts.
- Non. C'est pas... C'est pas vrai, non.
- Ah, la vache. Putain, ça me manque, tout ça.
Quand on avait...
une gaule sur laquelle tu peux pendre ta serviette.
Putain.
J'avais un gourdin qui se levait
pour me regarder me raser.
Oh ! Comme ça !
Comment ça va ? Ouais, ça roule ?
Ça se passe bien, la journée ?
Maintenant...
Maintenant, il me regarde me mettre les chaussettes.
Et c'est... Ah, d'accord, ah...
- Quand c'est parti, c'est parti.
- Sympa ! - Non, il faut pas...
Ne l'encourage pas dans ses prédictions.
- Je m'en sers quand même encore.
- Oui, j'imagine. J'imagine...
son pénis qui l'aide à ramasser ses chaussettes.
Imaginez cette scène.
- Ha ! Ha ! On est chez moi ici. Ouais, New York.
Mon New York à moi.
- Ne nous éloignons pas trop.
- Non, non, non, juste assez loin
pour trouver mon bar préféré, qui est...
D'après moi, c'est par là.
Oui, oui, oui, c'est par là.
Respirez. Respirez profondément.
Alors, c'est fait ? Vous sentez quoi ?
Y a une odeur bien distincte, c'est laquelle ?
L'urine.
J'adore.
C'est le parfum officiel de la ville.
Hein ?
On y est.
Papapapam !
Blarney Stone.
Barman, je vais en prendre un de plus. Merci.
Et puis encore un après.
- C'est ça qu'on appelle avoir un problème avec l'alcool.
Ça, ce que tu fais. - Non, non, non.
J'ai pas de problème, t'inquiète, je maîtrise.
Né dans la douleur, vis dans la peur, meurs tout seul.
- On pourrait pas être plus Irlandais que toi, alors.
Ce serait possible d'être plus Irlandais que toi, là ?
- Non. Je ne crois pas que ce soit possible.
Ah, attends. Ouais. Je dois confesser
que ma mère est en fait à moitié italienne.
- J'en ai perdu un et lui deux.
- Ouais, bien...
peut-être que ça en valait la peine pour lui.
- Ça ne la vaut pas pour moi.
Et ça vaut la peine pour... pour ses filles ?
Il a des jumelles, non ?
- Qui ? Oh ! Le pompom boy. - Quoi ?
- Bien...
- Il secouait des pompons à l'université
avant de devenir président.
- Est-ce que ça vaudrait leurs vies ?
Même rien qu'une ?
- Doc...
Écoute...
Là, il n'y a pas de réponse.
D'accord ? Les réponses que tu veux,
tu pourras les trouver dans la prière.
- D'accord. Merci.
- Allez ! Vous êtes prêts pour une aventure ?
Hein ? Allons-y. En route. - Où on va ?
- Ah, c'est un secret. Tu verras quand on y sera.
- J'aime pas ça. - Comme le paradis.
- Ça n'augure rien de bon.
- Alors, j'ai combien de minutes avec ça, déjà ?
- Avec ce forfait ? - Ouais.
- Cinq cents.
- Tous les mois ?
- Oui.
C'est suffisant ?
- Suffisant ? - Oui.
- Comment on peut parler au téléphone
pendant plus de 500 minutes par mois ?
C'est du délire, putain. Pardonnez mon langage.
- Bonne question. Très bonne question.
- On va rater notre train
aussi sûrement que Dieu a créé
de belles pommes vertes. - Calme-toi.
- Et aussi, si vous appelez des personnes
qui ont le même abonnement, ces minutes-là ne comptent pas.
- C'est... mais c'est formidable, ça !
- Oui.
- Mais pourquoi c'est formidable ?
Qui tu connais avec l'abonnement ?
- Je connais deux abrutis. Allez, on achète des téléphones.
- Je n'en veux pas. Je n'en ai pas besoin.
Merci.
- Moi, ça m'intéresse, un portable.
- Ah !
- En fait, j'y ai souvent pensé.
- Patronne, une tournée de portables
pour mes deux potes ici. - Parfait !
- Bon alors lui et moi, on peut parler n'importe quand,
même s'il est à Norfolk et moi au New Hampshire,
et donc ce ne me coûtera rien du tout ?
- C'est bien ça. - Wow.
- Je le crois pas. - Allez, Mueller.
- Quoi ?
- Allez, Mueller ! - Comme tu dis.
- Avec la conférence à trois,
on peut parler tous les trois en même temps.
- Mais on n'est pas en train de se parler tous les trois,
là, en ce moment ? - Oui,
mais ce sera au téléphone.
- Ah... Alors mais si ça me plaît pas ?
Je veux dire, on est coincé avec le contrat
pendant quoi, un an, deux ans ?
- Juste deux ans. - Deux ans !
- Et si jamais tu tombes.
T'as pensé à ça, hein ?
Avec ta jambe boiteuse, ça pourrait vraiment arriver.
Si jamais tu tombais dans un fossé
et que tu peux pas te relever
et qu'y a personne pour te voir ?
Je veux dire, ça, c'est: Adieu mon Père.
Mais ah...
Avec ce téléphone, tu le sors...
et si t'arrives à voir les chiffres sans les lunettes
et... Ah, j'y vois rien !
Aidez-moi ! Aidez-moi !
Je suis tombé et j'arrive pas à me relever !
- Aussi, les appels d'urgence
ne sont pas déduits de vos minutes non pus.
- C'est bon, allez !
- Bon, d'accord. D'accord, d'accord !
Si je dis oui, tu vas te taire
pour qu'on puisse prendre notre train ?
- Absolument ! - D'accord.
- Ouais !
Super !
- Allô ? - Allô, ici Dieu.
Révérend Mueller ? - Qui est-ce ?
- Dieu. - Comment ?
- Vous n'irez après au paradis, en fait.
- Qu'est-ce que...
- Je suis très mécontent de vos discussions
sur la fornication avec des prostituées.
- J'ai dit: Qui êtes... - C'est bel et bien Dieu.
- Hé ! Hé ! Sal ! - C'est pas Sal, c'est Dieu.
- Arrête un peu. Arrête, ça va.
Tu bouffes mes minutes avec toutes ces bêtises.
- Attends. Tu devrais appeler John Redman dans le train.
- Oui, oui, oui. Voilà.
Ce sera mon deuxième appel officiel.
Au fait, tu sais, quand t'appelles Dieu,
ça te coûte pas de minutes.
Il me l'a dit.
Hé, John Redman ? Devinez qui c'est ! Hein ?
Oui. Comment vous saviez ?
Écoutez, là, j'appelle...
depuis mon téléphone portable cellulaire
sans fil tout neuf.
- Dont tu ne sais même pas te servir.
- Toi, la ferme.
Alors, je voulais vous donner mon numéro.
Comment ça, vous l'avez ? Je vous l'ai pas donné.
- Ça s'affiche sur le sien. - C'est ce qu'il vient de dire !
Le numéro apparaît sur l'écran ! Tu peux croire ça ?
Wow ! Alors, écoutez un peu.
On est à...
Ah, d'accord.
Han-han, d'accord.
Oui...
Très bien. D'accord.
D'accord.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ils sont en route vers Boston. Ouais.
- Le train est parti sans nous ? - Ouais.
- Excellent. Oui, excellent. - Quoi ? Quoi ?
- Je te l'avais dit, non ? Je te l'avais pas dit ?
- Quelle importance ? On a manqué ce train,
on prend le prochain, d'accord ?
Y a des millions de trains pour Boston. Tu sais quoi ?
Tu t'inquiètes trop. C'est pour ça
que t'as les cheveux tout gris, d'ailleurs. Tu t'inquiètes trop.
Ha ! Ha ! Ha ! On est bons !
On est dans le train express direct jusqu'à Boston.
- Quand ? - Sept heures du mat'.
- Ah non. - Eh bien quoi ?
C'est la ville qui dort jamais. Et nous non plus.
Allez. On va s'amuser.
Tu prends un tir en suspension.
Wow !
C'est vraiment une chose de toute beauté.
- Mais c'est les lancers francs
qui gagnent ou perdent un match.
- Ah... Ça, c'est quand y a rien à voir.
- C'est vrai. - Oui, mais c'est chiant.
Ils arrêtent le jeu tout le temps.
Y en a beaucoup trop de ces merdes à la con.
On n'est pas censé y aller et de pousser tout le monde,
se bousculer, passer son temps à se pousser.
Les fautes... sérieusement, les fautes...
ça devrait...
être honteux.
Hum.
Mais plus personne n'a honte de quoi que ce soit.
- Dis, tu peux parler.
Est-ce que tu as jamais eu honte de quoi que ce soit
que tu as fait dans ta vie, une seule fois ?
- Une fois.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Tu sais pourquoi.
Car tu te souviens qu'il était de Boston.
Tu le sais bien.
- Je me souviens qu'il était de Boston.
- Alors, j'ai cherché si...
si je pouvais trouver, peut-être qu'il a encore
de la famille là-bas.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il est saoul, c'est pour ça.
- Quoi ? Qu'est-ce que ça... Ça n'a rien à voir.
- Ha ! T'es dans cet état chaque fois que tu bois ?
- Plus ou moins.
- Arrête de boire, alors.
- Hé, c'est ce que j'ai à la place de Dieu.
- Oh, je vois, je comprends. - Ouais.
- J'ai pris Dieu.
Doc a fait de la taule.
Tu t'es saoulé.
- Ouais.
- Ouais.
- Peut-être que c'est lui qui a eu le plus de chance.
- Il allait mourir de toute façon, Sal.
- Non, non.
Il n'avait pas besoin de souffrir.
Pas comme ça.
- Mais c'est arrivé. - Non.
- Jimmy Hightower.
On peut même pas dire son nom.
On se sent tous coupables qu'il ait souffert quand il est mort.
Mais qu'est-ce que ça vous a effleuré
que peut-être personne n'aurait été touché ?
Et tout le monde serait peut-être en vie
si en fait, on avait fait notre boulot
au lieu de faire les cons ?
- Appel d'embarquement pour le train express Amtrak
numéro 2150 à destination de Boston...
- Sal.
Sal.
Sal, on doit y aller.
Il faut qu'on aille prendre le train.
Mueller. C'est l'heure.
Je peux te poser une question personnelle ?
- Non. - Merci.
Pourquoi est-ce que tu as épousé une femme noire ?
- Oh. Quoi ?
- Réponds. C'est pas comme si t'avais jamais été
avec une femme blanche.
Tu le sais bien, c'était dans les années 70 et tout ça.
- Ah. Des années, si je m'en souviens bien,
pendant lesquelles les mecs blancs
avouaient avoir un faible pour les femmes noires.
- Moi, je suis gaga des frangines.
Elles m'aiment bien aussi.
Enfin, une.
Pas longtemps.
- Premièrement, Sal...
qui j'ai épousé, c'est pas tes affaires.
- Et c'est pour ça que je suis resté extrêmement poli.
- D'accord, je vais te le dire.
Dieu me l'a dit.
- Dieu t'a dit d'épouser une femme noire ?
- Non.
Dieu m'a dit d'épouser Ruth.
- Hum.
Et pourquoi Dieu me parle pas ?
- Parce que t'écoutes pas.
- J'entends très bien.
- T'entends bien, mais tu n'écoutes pas.
- Alors toi, t'écoutes, et c'est pour ça...
qu'il te parle ?
- C'est pas ce que j'ai dit.
J'ai dit que Dieu
m'a dit d'épouser Ruth,
d'être un homme bon
et de prêcher sa parole.
- Donc tu vois, il te parle.
- Il a touché mon coeur.
- Peut-être que c'est Ruth qui a touché ton coeur.
- Oh oui.
C'était Dieu
à travers Ruth.
J'étais... j'étais fauché.
Un alcoolique réformé avec une patte folle, et un jour...
j'ai trouvé Jésus.
- Où ? Où tu l'as trouvé ?
Au coin d'une rue par hasard ?
- Non, dans mon coeur, Sal.
Le seul endroit où on peut le trouver.
Je suis allé très profond dans mon coeur,
comme si c'était un lieu inconnu, une grotte inexplorée.
Ce qui était le cas.
J'y suis allé tout seul, effrayé.
Et quand je suis remonté, j'étais sans peur,
avec Jésus à mes côtés.
Et là, le dimanche qui a suivi...
je suis allé à l'église...
- Et y avait Ruth.
- Et il y avait Ruth.
Et tout s'est mis à sa place pour moi.
- C'est vraiment une belle histoire.
- Désolé d'avoir posé la question.
Alors, si Dieu existe...
enfin, ça le tuerait de me taper sur l'épaule ou je sais pas,
peut-être me serrer la main comme un homme ?
Et pendant qu'il y est,
s'il pouvait me livrer une jolie fille noire
avec un beau cul, ce serait encore mieux.
Hé, hé, hé.
J'ai une autre question pour toi.
Quand Ruth était petite,
on l'appelait Baby Ruth ?
Oui. Tu piges ?
- Vous savez où je vais
quand je suis fatigué ?
- Où ? - Je vais au pad-Doc.
- Elle est bonne, Doc !
- D'accord, oui, oui, oui.
Non, c'est ça qu'on veut.
- Qu'est-ce qu'il manigance encore ?
- Une de ses magouilles. Monsieur
Téléphone Portable ! - Bon. Alors...
on a une course à faire. - On a assez de temps ?
- Ah oui, on a tout le temps.
J'étais au téléphone avec Redman.
Lui et Washington sont déjà au New Hampshire.
On les y retrouvera.
Je sais pas comment j'ai pu faire sans ça.
Vraiment.
- Présentez ! En avant !
Gauche ! Gauche ! Gauche !
- Elle vit avec ça depuis des années.
Qu'est-ce que ça va lui apporter ?
- Il est plus que temps de le faire, à mon avis.
Elle devrait savoir la vérité
et on devrait avoir le courage de lui dire.
- Oui, mais comment tu l'as trouvée ?
- J'ai demandé à O'Toole d'appeler sa petite-fille.
Elle l'a trouvée sur l'internet mondial.
- Mais enfin, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir lui dire ?
- On lui dit la vérité.
Non, c'est un peu plus loin.
Encore un peu, c'est sur la gauche.
Là. Voilà. C'est là.
- C'est à l'escalier rouge. - Oui. C'est là.
- Il y a des marches.
- Bon.
- Elle est peut-être pas là.
- Hé, on a fait tout ce chemin.
- Madame Hightower ? - Oui ?
- Je suis le révérend Richard Mueller.
J'étais avec votre fils au Vietnam.
- Ah oui. Un moment, s'il vous plaît.
Bienvenue. - Merci.
- Entrez. Entrez.
- Bonjour. Je m'appelle Sal. - Bonjour, Sal.
- Bonjour, Larry Sheppard.
- Votre visite me fait plaisir. - Merci, Madame.
Je vais vous montrer des photos.
Ha !
Celle-là...
c'est la dernière qu'on ait reçue de Jimmy.
- Regardez-le.
- Ha ! Ha ! Oui...
- Tu te souviens de ce sourire ? - Il était beau garçon,
n'est-ce pas ? - Ça oui.
- Oh, que Dieu vous bénisse.
Et ça, c'est sa fille.
Une adulte maintenant.
- Seigneur. - Ouais.
- Mon Dieu.
- Quel âge elle avait quand il est mort ?
- Quatre mois.
Sa mère a fini par se remarier
et elles sont parties à San Diego.
- Hum-hum.
- Et ça...
c'est mes arrière-petits-enfants. Hum ?
- Regardez-les.
Il serait grand-père.
- Je ne les ai jamais vus en personne,
mais ils appellent.
De temps en temps.
Alors...
vous étiez à l'armée avec mon Jimmy ?
- Oui, Madame. Troisième Division.
Un régiment très uni.
- Madame... je vais vous dire...
Vous voyez,
on s'était battus pendant toute une année déjà.
Et la plupart d'entre nous...
était encore en vie.
Mais la prolongation...
ces... ces quatre mois qu'ils nous ont ajoutés,
ça, c'était...
c'était très dur.
Et...
parmi nous,
y en a qui l'ont pas supporté. Voyez ?
Et... je... je pensais même pas que...
- C'était pour quoi ?
Hum ?
À quoi bon tout ça ?
- Oui, eh bien...
ils disaient qu'ils savaient, on les croyait sur parole.
Mais maintenant...
Madame Hightower...
nous sommes venus pour vous dire ce qui s'est passé.
- Étiez-vous...
tes-vous ceux à qui Jimmy a sauvé la vie ?
Oh, mon Dieu.
tes-vous parmi ceux...
à qui Jimmy a sauvé la vie ?
Parce qu'ils m'ont dit qu'il avait sauvé
trois ou quatre de ses camarades avant de mourir.
C'était vous ?
C'était vous ?
- Oui, Madame, c'était nous.
- Jimmy...
était formidable.
- Oui. Je l'oublierai jamais.
- C'est pour ça qu'on est là, Madame.
On lui doit beaucoup.
- Oui, on...
on voulait venir vous présenter nos respects.
- Et aussi vous dire...
qu'il a toujours été présent dans nos coeurs.
- Que Dieu vous bénisse.
Je ne pourrai jamais assez vous remercier.
- Madame Hightower,
ça a été un vrai plaisir.
- Pour moi aussi. Vraiment.
- Merci. - Merci, Madame.
- Au revoir. - Au revoir.
- Soyez bénie, Madame Hightower.
- Ah...
On dirait qu'on fabriquait des choses ici.
- Y a longtemps.
- Oui, c'est le mot clé, y a longtemps.
Putain. Je me tiens une envie de pisser !
Hé, Mueller !
- Ouais ?
- Maintenant, je vois Dieu !
- Sal, si tu avais des manières, tu serais un chien.
- Est-ce que tu vas vivre ici, tout seul ?
- J'ai pas vraiment réfléchi à la question.
- Portsmouth. Putain.
Avec la prison juste là.
Tu devrais peut-être déménager.
Nouveau départ. - Hum.
Mary sera là.
Larry aussi.
- Tu peux toujours les visiter.
Hé.
Tu as des amis proches ici ?
- Pas beaucoup.
Pas très proches.
- Viens à Norfolk.
Viens travailler à mon bar.
- Je... Je connais rien au travail dans les bars, tu sais.
- Crois-moi, y a pas grand-chose à apprendre.
- Ton bar n'a pas l'air très fréquenté.
- C'est vrai.
Mais c'est ma faute, tu sais. Je l'ai laissé aller.
J'ai besoin de sang neuf. Tu vois ?
On pourrait relancer le gril et faire à bouffer.
Je veux un partenaire.
- Un partenaire ? - Ouais.
La moitié du bar serait à toi.
Et quand je clamserai, il sera tout à toi.
- Sal, tu ne me dois rien du tout.
- Non, ça n'a rien à voir avec, tu sais, rembourser une dette.
Crois-moi.
J'ai besoin d'un partenaire.
Tu pourrais habiter chez moi.
Pour quelque temps. Après, tu te prendras un appart,
parce que... j'aime courir les dames,
tu vois ce que je veux dire ?
Franchement, le prends pas mal,
mais tu me pourrirais la vie,
toi. - Hum.
- Tu y réfléchis, là ?
- Oui. Je me l'imagine.
C'est assez marrant.
- Hum-hum. Ouais.
Il est peut-être temps d'avoir une nouvelle RMC, non ?
- Reconversion à meilleure carrière.
- C'est ça.
En tout cas, je te le garantis,
on s'amuserait bien.
- Hum.
- Aucun mal à ça.
Ah... - T'es amoureux de ce truc.
Regarde-toi, tu peux pas le lâcher.
- Non. J'arrive pas à joindre ce connard d'O'Toole.
Il répond pas.
Mon bar a peut-être été réduit en cendres, si ça se trouve.
Réponds, corniaud.
- Bon.
La voilà, la toge de diplômé de Larry.
- Ah, c'est chouette.
- Oui, c'est bien.
- Ça a l'air petit.
- Tu crois ? - Oui.
Larry s'est étoffé.
Alors, ça va être un peu serré sur lui.
- Ah, d'accord. Bon. Je suppose que je pourrais
aller lui acheter quelque chose de neuf.
- Ou alors...
on a son uniforme bleu.
- Oh, mon Dieu.
L'uniforme bleu d'apparat.
Tu te souviens comment on l'appelait ?
- Le smoking. Oui.
- Légalement, on pouvait le porter
pour toutes les fonctions officielles.
- Bien que... on n'y était jamais invités.
On n'y serait pas allé de toute façon.
- C'était quand même bien de savoir
qu'on pouvait s'habiller pour l'occasion.
- C'est vrai.
Et un homme n'oublie jamais la première fois
qu'il met cet uniforme, je peux te le dire.
- Oh, ça non. - Hein ?
- Tu restais pas devant le miroir à t'admirer
dans cette tenue, hein ? Hou !
Je fais partie du corps des Marines américains
et j'ai vraiment de l'allure.
- Je me souviens. C'était grisant.
- Oui.
C'est bien que ça n'ait jamais changé.
- Ouais.
- Je parie que ça lui allait bien, à Larry, non ?
- Ça oui. Il était fier comme Artaban.
- Oui. J'ai pu le constater.
- C'est ça le plus important, Doc.
C'est la fierté.
Et c'est pas un péché.
- Oh non, pas cette sorte de fierté, non.
- Je crois que je pourrais...
l'enterrer dans son uniforme.
Même si...
- Oui, tu pourrais.
- Ouais. Ça veut dire que t'as fait quelque chose,
que t'as servi.
On se fout de ce qu'ont fait les politiciens;
Toi, t'as servi. Hein ?
T'as pas essayé de te défiler
ou de dire que c'était le boulot des autres.
- Non. - Tas assumé, tu vois.
Et tu l'as fait avec panache.
- Comme un homme.
- Eh bien alors, je vais l'enterrer dans son uniforme.
- C'est bien, Doc. - Hum.
- Vous ne le regretterez pas.
- Bien dit. - Très bien.
- Hé. Washington.
Tu te détends jamais ? Allez, assieds-toi.
Alors, non ?
D'accord. Oui, c'est bien mieux.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Je prends tes mesures.
Tu sais quoi ?
J'ai décidé de t'acheter un nouveau costume.
- Pardon ? Quoi ? - Oui.
Je vais t'habiller pour l'occasion.
- Puis-je savoir pourquoi ?
- Bien...
parce que je t'aime.
Hé. Ah...
- Premièrement, j'ai pas besoin d'un nouveau costume.
Deuxièmement, c'est toi qui aurais besoin
de prendre soin de ton apparence.
- Et troisièmement, ni toi ni moi
ne sommes habillés correctement.
Mais on va l'être, tu verras.
- Les choses qui te passent par la tête
et te sortent de la bouche...
- Ça fait peur, hein ?
Tu sais ce que je pense ?
Je crois que quand j'ai dit je t'aime,
ça t'a déconcerté, pas vrai, vieux ?
- Profondément.
? ? There's a sorrow in the wind ? ?
? ? Blowing down the road l've been ? ?
? ? I can hear it cry ? ?
? ? While shadows steal the sun ? ?
? ? But I cannot look back now ? ?
? ? I've come too far ? ?
? ? To turn around ? ?
? ? And there's still a race ahead ? ?
? ? That I must run ? ?
? ? I'm only halfway home ? ?
? ? I've gotta journey on ? ?
? ? To where l'll find ? ?
? ? Find the things ? ?
? ? I have lost ? ?
? ? I've come a long ? ?
? ? Long road ? ?
? ? But still I've got ? ?
? ? Some miles to go ? ?
? ? I've got a wide ? ?
? ? A wide river to cross ? ?
? ? I have stumbled ? ?
? ? I have strayed ? ?
? ? You can trace the tracks l've made ? ?
? ? All across the memories ? ?
? ? My heart recalls ? ?
- Doc, je sais pas à quel point la nation est reconnaissante,
ou si le président déplore la perte de ton fils.
Mais le voilà.
Le drapeau de ton pays.
- Merci.
- Mets-le quelque part, qu'il te rappelle ce qui était...
dans le coeur de ton fils.
- Une fois qu'on est un Marine,
on est toujours un Marine.
Et bien que je ne sois plus en service actif,
si je l'étais... - Oui ?
- Franchement, vous voyez un homme dans cet uniforme.
Hein ? Vous pourriez y résister ? Hein ? Hein ?
- Non, je... je crois pas que je pourrais.
- C'est l'uniforme ou l'homme dans l'uniforme ?
- C'est un mélange irrésistible. - Oui, c'est le mélange, oui.
- C'est très séduisant.
- Merci. Vous êtes une jeune femme vraiment perspicace.
- On en a tous écrit une.
J'ai donné la mienne à Larry et... il m'a donné la sienne.
- Et ça dit quoi ?
- Je ne sais pas, Monsieur Sheppard.
- D'accord.
- Parce qu'en fait, si on y réfléchit,
pour un jeune homme, c'est difficile de démarrer.
Quand il sort avec une fille,
il doit emprunter la voiture de son Père,
il doit aussi emprunter de l'argent.
Alors qu'un homme plus mûr et établi
n'a pas à faire tout ça.
- Sal. Il faut que tu viennes tout de suite.
- Tu vois pas que je suis occupé pour l'instant ?
- Je vais devoir vous l'emprunter...
- Il faut vraiment que ça se passe maintenant ?
- Oui, maintenant. Doc a besoin de nous.
Au pas de course.
- J'en ai pas pour longtemps. - D'accord.
- On reprendra la discussion. - Oui.
Au revoir, sergent.
- Larry...
- Tu dois l'ouvrir, Doc.
- Il voulait que tu la lises.
- Cher papa, si tu es en train de lire ces mots,
c'est que tu as été informé.
J'ai toujours été prêt à sacrifier ma vie
pour mon pays.
Il faut être prêt à mourir pour défendre ceux qu'on aime.
Je veux que tu comprennes
que c'est un honneur d'être mort ainsi.
Ne sois pas triste que ma vie ait été si courte,
c'était une belle vie.
Je sais que tu ne voulais pas
que je sois dans les Marines.
Mais tu m'as quand même soutenu.
TU ES UN PÈRE FORMIDABLE ET JE T'AIME.
À PRÉSENT, JE SUIS AVEC MAMAN.
NOUS VEILLERONS TOUS LES DEUX SUR TOI.
PAPA, JE VEUX ÊTRE ENTERRÉ DANS MON UNIFORME,
À CÔTÉ DE MAMAN.
TON FILS QUI T'AIME, LARRY.
UN DERNIER POUR LA ROUTE
? ? Shadows are falling ? ?
? ? And I've been here all day ? ?
? ? It's too hot to sleep ? ?
? ? Time is running away ? ?
? ? Feel like my soul has ? ?
? ? Turned into steel ? ?
? ? I've still got the scars ? ?
? ? That the sun didn't heal ? ?
? ? There's not even room enough ? ?
? ? To be anywhere ? ?
? ? It's not dark yet ? ?
? ? But it's getting there ? ?
? ? Well my sense of humanity ? ?
? ? Has gone down the drain ? ?
? ? Behind every beautiful thing ? ?
? ? There's been some kind of pain ? ?
? ? She wrote me a letter ? ?
? ? And she wrote it so kind ? ?
? ? She put down in writing ? ?
? ? What was in her mind ? ?
? ? I just don't see why ? ?
? ? I should even care ? ?
? ? It's not dark yet ? ?
? ? but it's getting there ? ?
? ? Well l've been to London ? ?
? ? And I've been to gay Paris ? ?
? ? I've followed the river ? ?
? ? And I got to the sea ? ?
? ? I've been down on the bottom ? ?
? ? Of a world full of lies ? ?
? ? I ain't looking for nothing ? ?
? ? In anyone's eyes ? ?
? ? Sometimes my burden is more than I can bear ? ?
? ? It's not dark yet ? ?
? ? But it's getting there ? ?
? ? I was born here ? ?
? ? And I'll die here ? ?
? ? Against my will ? ?
? ? I know it looks like l'm moving ? ?
? ? But l'm standing still ? ?
? ? Every nerve in my body ? ?
? ? Is so vacant and numb ? ?
? ? I can't even remember ? ?
? ? What it was I came here ? ?
? ? To get away from ? ?
? ? Don't even hear ? ?
? ? A murmur of a prayer ? ?
? ? It's not dark yet ? ?
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