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LA CLEPSYDRE
Scénario :
Avec :
Musique :
Images :
Réalisé par :
Nous arrivons.
Où aller ?
Tu trouveras ton chemin toi-même.
J'ai retenu ma chambre.
À qui m'adresser ?
Au docteur, mais il dort.
À cette heure-ci ? La nuit est encore loin.
Chez nous, on dort tout le temps, et...
il ne fait jamais nuit.
Patientez ici.
Au restaurant.
Le docteur vous attend.
Où est-il ?
Nous avons bien reçu votre télégramme.
La calèche vous attendait à la gare,
mais...
À la gare ?
Hélas, nous sommes mal desservis par les trains.
Vous allez bien ?
Mon père est en vie ?
Bien sûr.
Mais dans les limites
permises par la situation.
Pour votre maison,
pour votre pays,
votre père est bien mort.
Vous le savez comme moi.
Ainsi ne pouvons-nous pas le récupérer complètement.
Sa mort là-bas nous limite.
Mon père le sait ?
Rassurez-vous,
il ne s'en doute même pas.
Venez, je vais vous conduire auprès de lui.
Votre lit est réservé dans sa chambre,
comme vous le désiriez.
Nous avons reculé le temps, voilà tout.
Il retarde ici d'un certain intervalle,
dont l'importance est difficile à évaluer.
Cela tient de la relativité.
La mort qui a frappé votre père
dans votre pays,
ne l'a pas encore saisi ici.
Mon père est donc mort
ou sa mort est imminente ?
Non, vous ne comprenez pas.
Nous réactivons toutes les virtualités du passé
donc également la possibilité de guérir.
Nos malades dorment
pour économiser leur énergie vitale.
D'ailleurs que faire d'autre ici ?
Mettez-vous au lit, vous aussi.
C'est tout ce que vous pouvez faire.
Au revoir.
Au revoir.
Je voudrais te parler.
Pourquoi fais-tu courir tous ces mensonges,
ces potins au sujet de mon père ?
- Quels mensonges ? - Tu le sais très bien.
Non. Je ne mens pas.
Tu te rappelles ? Même avant,
il disparaissait plusieurs jours.
Il nous fuyait.
Peut-on savoir s'il vit encore quelque part.
Je dois savoir. Tu me dois la vérité.
Tu m'épuises. Impossible de communiquer avec lui.
Comment comprendre,
saisir tout cela ?
Comment répondre aux questions dont Dieu m'inonde ?
Cela me dépasse.
Le poids de ses persécutions m'épouvante.
- Ne pleure pas. - Ce n'est rien, la migraine.
Tu n'iras pas à l'école aujourd'hui.
À l'école ? Maman...
Je ne suis plus un petit garçon.
Mais si, mais si, regarde tes mains tachées d'encre,
tes genoux couverts de bleus.
Tu es un garnement.
Tu traînes on ne sait où.
Va réveiller ces vauriens, ces parasites,
c'est bientôt l'heure d'ouverture du magasin.
- Pourtant... - Ne me torture pas !
Je t'ai dit que papa faisait du porte-à-porte
dans le pays.
Tu sais bien que souvent, il rentre la nuit
pour repartir encore plus loin avant l'aube.
Et pourtant je suis sûr qu'il va rentrer.
Arrête d'aller et venir, assieds-toi.
- Tu vas t'assoupir, dormir un peu. - Bâiller un peu.
Et après tu te reposeras.
Va, paresseux, chez la fourmi,
apprendre la sagesse.
Chez la fourmi ? Et toi, va au diable.
Ta fourmi, elle,
ne connaît ni maître, ni patron,
elle se porte comme un charme.
Qu'est-ce qu'il dit ?
J'allais
par le champ d'un paresseux.
Et je traversais
le vignoble d'un sot.
Ce n'est pas écrit.
Le Seigneur ne l'a pas dit.
Et tout ceci
est recouvert d'orties,
les ronces ont recouvert sa terre,
le mur d'enceinte est tombé en ruine.
Battez des mains
Louez le nom du Seigneur
D'une voix de fête
Que les chants
Et les trompettes
Accompagnent vos louanges.
Louez-le avec vos harpes.
Louez-le avec vos cithares.
Louez-le avec vos tambours et par vos cortèges.
Louez-le avec les cordes et avec vos flûtes.
Louez-le avec vos cymbales résonnantes.
Louez-le avec vos cymbales éclatantes.
Que toute âme le loue !
Alléluia !
Battez des mains et chantez.
Chantez.
Chantez pour les pauvres d'esprit.
En rêve, il vit une échelle dont le bas touchait terre,
le sommet le ciel,
les anges montaient et descendaient.
Pas possible...
Notre petit Joseph !
Tu t'es trompé de chemin en allant à l'école.
Ça grouille de salauds.
Le matin quand il faut chercher du pain...
Je ne peux pas...
ouvrir la porte.
Ils pénètrent par les fentes,
envahissent la cuisine,
font du charme,
remuent la queue.
Et quand le feu se déclare, ils sont fous de joie,
battent des mains, dansent comme des sauvages.
Pas question de les utiliser pour éteindre le feu.
Ils sont bons pour les fêtes.
De qui parles-tu ?
De ces vauriens, les pompiers.
À la fin de l'automne, ils paressent, somnolent,
dorment debout.
Tu es de parti pris.
Ils sont gentils.
Un fumiste disait qu'en réparant les cheminées,
on les trouve accrochés
dans les conduits,
immobiles comme des chrysalides.
Ils dorment imbibés de sirop de fraise
et réclament doucement : ''du sucre'', ''du sucre''...
Je regarde l'un d'eux,
et son visage se gonfle d'une viande rouge,
indécente, comme chez le dindon.
Ainsi renaît leur âme,
l'éclat de leurs couleurs :
le pompier les projette en feux d'artifice,
fusées, feux de Bengale.
Ils ne boiront pas mon sirop.
Ce n'est pas pour ces vauriens
que mon teint s'abîme à la cuisine.
Hélas, Adela,
tu as toujours refusé ce qui sort de l'ordinaire.
Regarde.
Est-il possible que les cheveux poussent jusqu'à terre ?
Comme tu es magnifique, comme tu as changé !
Le capitaine des voyous.
Moi, Anna Cwilag, née en Moravie, j'avais peu de cheveux.
J'en voudrais des pareils.
Peut-être voudrais-tu du sirop
- de fraise ? - Non merci.
Tant pis.
Elle souffrait d'un système pileux peu développé.
Ce n'est que par des prières assidues,
des pénitences sévères que l'anathème a été levé.
Elle a accédé à la grâce.
Elle a vu des signes
et a préparé la merveilleuse mixture.
Regarde.
Ce sont ses frères,
ses cousins, ses amis.
Qui est-ce ?
Une amie. Elle a rendu heureux tout le village.
Le village ?
''Elsa, tendresse avec le cygne''.
C'est un baume pour tous les maux et en plus,
il fait des miracles.
D'où vient-il ?
Ce livre a toujours été là, il y en a plein dans les coins.
''... fume beaucoup...
''Neurasthénie sexuelle''.
Nous en arrachons les pages
pour envelopper le casse-croûte du père.
Un livre sacré, quelle déchéance !
Vous êtes venu trop tard. Il n'y a plus de sirop.
Il ne nous reste que de la confiture de roses.
Servez-vous.
Merci,
mais ce n'est pas de la confiture.
Cela ne fait rien, c'est sucré.
Vous êtes Jacob ?
Non, Joseph. Jacob, c'est mon père.
Cela tombe bien.
Mais si vous sortiez de là pour parler à notre aise ?
- Excusez-moi. - Ne vous gênez pas.
Le précieux colis vient d'arriver.
Où est votre père ?
Je le cherche.
Vous permettez ?
''Honduras''
et ''Nicaragua'', approchez.
Piqueté.
Exact, piqueté. Un article très périssable.
- L'oiseau de paradis ? - Pas seulement.
Il faut les faire couver par les poules belges,
ou par soi-même.
Il me semble que je vois votre père...
là-bas.
Ne croyez-vous pas qu'il a un drôle de comportement ?
Il manifeste.
Mon père !
Il faut surtout ne pas être méticuleux,
pédant,
ne rien interpréter à la lettre.
Avez-vous remarqué qu'entre les lignes de certains livres
passent en foule les hirondelles,
des versets entiers d'hirondelles.
Il faut interpréter d'après le vol de ces oiseaux...
Père, écoute-moi, j'ai trouvé un incunable.
- Vraiment ? - Mais oui.
Regarde toi-même.
De la paperasse, rien que de la paperasse.
Un livre...
n'est qu'un mythe mon fils.
On y croit enfant,
on n'y croit plus adulte.
Seuls les livres existent,
mais ils vivent d'une vie empruntée.
Chacun d'eux a une page,
un moment où criant,
il s'envole comme Phénix
flamboyant de toutes ses pages.
Regarde.
Pour le moment, nous les aimons
bien que déjà
ils ne soient que cendres.
C'est curieux qu'on ne nous propose plus
de chardonnerets...
Le livre est un mythe, mon fils.
Il s'envole comme Phénix.
Halderabad,
Guatemala,
Tasmanie, Saint-Domingue,
Sierra Leone,
Labrador, Barbados, Trinidad,
Salvador, Bornéo, Sumatra, Pernanbouc...
Hiperaboundia.
Tu dis n'importe quoi. Tu peux aussi dire ''Panfibras''.
''Haleliva'', ''Abracadabra''...
Je crois être déjà venu ici,
il y a longtemps.
Ne connaissons-nous pas d'avance
les paysages que nous rencontrons ?
Peut-il nous arriver quelque chose
que nous n'ayons pas pressenti ?
Tu m'entends ?
Tout ceci a-t-il pu arriver ?
Réponds-moi.
Cela est-il arrivé ou non ?
Oui et non.
Il y a des choses qui n'aboutissent pas,
trop grandes,
trop splendides pour s'accomplir.
Elles ne font qu'essayer d'arriver.
Réponds-moi, a-t-elle existé ?
Si, elle a existé.
J'en suis sûr.
N'aie pas peur, elle ne nous entend pas.
C'est ma défunte mère, elle habite ici.
Elle est pleine de fantasmes de fantômes,
de spectres, de larves.
Elle les héberge dans son sommeil,
à l'aube,
étourdie, ne se souvient de rien.
Le poids de toutes ces vies lui pèse pourtant
et l'attriste.
Connais-tu une histoire que le temps ne peut plus changer ?
Parmi toutes ces histoires,
il en est une, inconnue de toi,
et qui est passée.
Veux-tu l'écouter ?
Quelqu'un avec l'enfant marchera dans le ciel...
toujours en route,
éternel pèlerin,
il nous devancera
à grandes enjambées,
il en sera toujours ainsi.
Toujours à nouveau,
toujours.
Compte sur moi jusqu'à ma dernière goutte de sang.
Alors ?
L'énigme.
Et elle ?
Elle est toute grise.
Le toucher de sa main doit dépasser l'imaginable.
Qu'as-tu vu là-bas ?
Du bariolé, du tropical, des yeux écarquillés.
Enlèvements, poursuites, trahisons.
Je sais, c'est une histoire de princesse enlevée.
Exagérations, affabulations.
Java,
Sumatra,
Bornéo.
Je te nommerai régent avec moi.
Bien sûr, ce sera anonyme.
Le registre et nous deux formerons le triumvirat.
Il répondra de cette mystérieuse affaire.
Avec l'album ?
L'album est un livre universel,
et dans ses sous-entendus,
la somme du savoir sur l'être humain.
Notre histoire sera donc tissée de tirets,
de points de suspension, de soupirs...
et s'adressera à un esprit imaginatif.
Tes paroles deviennent troubles, tu bredouilles.
J'ai de la tendresse pour toi Rodolphe, tu détiens l'album
mais ta jalousie me repousse.
N'oublie pas que tu dépends de moi.
Je dois aller de l'autre côté.
Son père est médecin à bord.
C'est elle qu'attend au port chaque nuit.
Ce bateau à vapeur,
tous feux éteints.
N'y vas pas. Je pressens le pire.
Laisse. J'ai déjà le coeur lourd,
saisi d'épouvante.
Ne vaut-il pas mieux feuilleter le registre ?
Regarder les images du Nouveau-Mexique ?
N'oublions pas qu'aucun Mexique n'est définitif.
Tout Mexique en cache un autre.
Leur inertie n'est pas réelle.
Leur souffle est court.
Tant pis, ils ne résisteront pas à l'histoire.
Ils sont faits pour une fois,
saisis au moment où leur idée fixe,
leur folie,
approchaient
la vérité.
Bref, l'homme a été créé pour la seconde fois
à l'image du mannequin.
L'anarchiste Luccheni, assassin de l'impératrice Elisabeth.
Draga, la démoniaque reine de Serbie.
Là-bas, Edison Bismarck.
Le Bas de Cuir.
Et voici le Jeune génie,
espoir de la famille.
Mais la fâcheuse manie de se masturber l'a perdu.
La ressemblance n'est pas parfaite.
Nous avons pourtant tout fait pour qu'ils se présentent bien.
Ils sont pâles, pommettes rougies
par la fièvre qui les a emportés.
Regardez
l'empereur François-Joseph.
Une certaine composition des rides
donne à son visage l'apparence du sourire
qui vu de près, n'est qu'une grimace sordide.
Son frère
était un esprit tout à fait différent.
Handicapé par sa naissance,
le malheureux cadet portait le nom
de l'archiduc Maximilien.
L'empereur l'aimait,
mais méditait sa perte.
Il l'a nommé amiral,
espérant qu'il ferait naufrage,
l'a fait trahir
par Napoléon II.
Le voici.
L'a poussé sournoisement
dans l'aventure mexicaine.
Le jeune homme, plein d'envergure,
a renoncé à l'héritage des Habsbourg
pour tomber dans le piège
sur le navire français ''Le Cid''.
Selon certains, il n'aurait été que cousin.
Selon d'autres, il n'est jamais né
et n'était qu'un amalgame de craintes et de cauchemars
de l'empereur.
Il était difficile de le recomposer,
de faire cicatriser ses blessures.
Il fut atrocement fusillé à Vera Cruz.
Il souffre d'amnésie.
J'ai essayé de lui réapprendre sa vie.
Je suis arrivé, hélas, à peu de résultat.
Au nom de l'empereur François-Joseph.
Il sort son épée.
Il a même blessé Victor-Emmanuel
qui tardait à s'écarter de son chemin.
Bianca
et Maximilien.
Remonté, il fonctionne mécaniquement
comme de son vivant.
Un simple truc mécanique. Bon sang.
Cynisme tropical.
Non, cynique tropical.
Rodolphe me reprochait l'affabulation.
Ils devraient déjà être couchés, médicaments pris.
Ils restent trop dans cette position incommode.
L'odeur du curare.
Voulez-vous voir
ma collection d'armes ?
Mon pressentiment ne m'a pas trompé.
Il se passe ici des choses
à vous donner la chair de poule.
Qui est Bianca ?
Sa mère était Créole.
L'archiduc l'appelait Conchita,
c'est ainsi qu'elle est entrée
dans l'histoire.
La mère ? Plutôt la grand-mère.
Non, la mère.
Après la chute de Maximilien,
Conchita est partie pour Paris
avec sa fille
et là, se perd la trace
de ce personnage attendrissant.
Je finirai à votre place, voulez-vous ?
Attention, ''top secret'' !
Je vous conseille de ménager vos mouvements.
Cent mille pesos.
Mes affaires vont mal.
C'est très coûteux, tout ceci.
En 1900, une certaine Madame de V...
qui est très belle... Son mari et sa fille
se rendent en Autriche, munis de faux passeports.
À la frontière, à Salzbourg,
toute la famille est arrêtée.
Monsieur de V..., malgré ses faux papiers,
est libéré. Il ne fait cependant aucune démarche
pour sa femme et sa fille.
Il rentre en France et sa trace se perd.
Mon mérite sera
d'identifier ce monsieur.
Cent cinquante mille pesos.
Vous êtes dur. Que cherchez-vous, au juste ?
Votre décision me dira si vous comprenez
la nouvelle situation.
J'exige les faits.
Assez !
La généalogie de Bianca est prouvée.
Les noirs, des hordes de noirs.
Des noirs, en cette saison ?
Le baromètre doit baisser...
Bianca ?
J'ai pensé que tu ne viendrais plus.
Assieds-toi.
Non, infante.
Je tiens à garder le poste que le sort m'a désigné,
j'accomplirai mon programme.
As-tu apporté à lire ?
Les décrets à signer.
Daisy, donne-moi la réponse.
Orgues de Barbarie.
Les instruments modernes. Ils nous serviront encore.
Je suis allé trop loin,
je me trouve mêlé aux intrigues des plus grandes dynasties.
Cela devient dangereux.
Recourons à la trahison.
- À la trahison ? - Oui.
À moins que tu ne trouves quelque chose de mieux.
Je ne comprends pas.
Cela doit être merveilleux
de s'avilir jusqu'à avoir honte de sa propre mémoire.
Réfléchis,
n'es-tu pas tenté
d'être infâme, répugnant,
mais autre que toi ?
Fais-le, trahis.
Tu deviendras l'un d'eux,
un de ces noirs.
Tu m'incites à la trahison
maintenant, au moment décisif ?
Tu me fais rire avec ta fidélité, ta mission.
Si je te préférais Rodolphe ?
Je l'aime mille fois plus que toi, espèce de pédant ennuyeux.
Il m'obéissait, lui.
Jusqu'au crime. Jusqu'à se détruire lui-même.
Rodolphe, obéir ?
Te rappelles-tu Lonka ?
Tu jouais avec elle.
Lonka, c'était moi. J'étais encore garçon.
Je te plaisais en ce temps-là ?
Bianca, Bianca...
Quelque chose se gâte ici, se dissout.
Tu me décevrais, toi ?
Vos billets.
Monsieur le contrôleur...
Monsieur le contrôleur, par pitié, que se passe-t-il ici ?
Du calme, du calme. Pas de panique.
Nous réglerons tout, sans bruit, tout seuls.
Les faits sont rangés dans le temps,
enfilés sur sa continuité
comme des perles.
Cela compte pour le récit.
D'accord, d'accord, mais...
Mais que faire des faits qui n'ont pas
leur place dans le temps,
des faits accomplis trop tard
quand le temps a déjà été réparti ?
Le temps serait-il trop étroit pour tout contenir ?
Le temps a ses voies secondaires, un peu douteuses, bien sûr,
mais pour des faits sans théâtre,
ne soyons pas trop exigeants.
Qui sait, en ce moment déjà
l'aiguillage est peut-être passé
et nous nous trouvons
sur une voie sans issue.
Et comment en sortir ?
Peut-être en essayant encore... sous le lit ?
Excusez-moi, je dois m'en aller.
Lâche !
J'espère revenir ici.
Tu es bête et ignoble.
Ah, c'est toi.
Tu as mauvaise mine.
Quel embrouillamini, père, quel embrouillamini...
Comment dans ce fouillis retrouver
son texte ?
Une bonne analyse des phrases, de la syntaxe,
peut être très utile.
Des phrases, de la syntaxe... Je, tu, il, nous, vous, ils.
Papa, j'ai trouvé !
Afin de trouver son germe de temps,
il faut éliminer le bavardage trompeur des oiseaux,
leurs adverbes pointus et les suffixes,
leurs particules farouches,
afin d'en extraire le grain.
Le bon grain du temps.
Les livres-légendes,
les livres jamais écrits,
les énormes épopées, pâles et monotones,
les romans sans titre,
les géants sans visage,
textes sombres du crépuscule, les drames des nuages,
livres titubant et perdus
in partibus infidelium...
Tu travailles beaucoup.
Ta lampe s'éteint tard dans la nuit.
Essaye toujours.
Fascinant !
Le plus beau que j'aie jamais vu.
Rappelle-toi... paradisa apoda,
l'oiseau de paradis.
Cardinalis, cardinalis.
Chrysolophus, picpus,
upupa epopa.
Emporte quelque chose avec toi, mon garçon,
ne serait-ce qu'une pincée,
et reçois-le dans ton sang,
dans ta vie, sauve-le,
fais-le vivre avec toi.
Entrez, entrez !
Va, ils te cherchent.
Je ne veux pas qu'ils me dérangent. Va, petit, va.
De quoi as-tu l'air ?
Couvert de toile d'araignées,
ton paletot déchiré.
Tu as été au grenier.
Les commis nous volent, on ne vend qu'à crédit
et toi, tu t'amuses.
Porte ça au magasin, pour ton père.
Au magasin !
Il me semble qu'ils te cherchent.
Il fait chaud !
Qui me cherche ?
Les commis, surtout Théodore.
Oh, ils vont encore monter et descendre sur l'échelle.
Oh, Joseph !
Dommage, tu es né un peu tard.
Viens.
Viens ici !
Tiens, porte-leur ça.
Holopherne était un homme, Adela.
Je l'ai trempée dans du bortsch rouge
pour qu'elle ait bonne mine.
Je l'achète.
Ce n'est pas à vendre.
Comment ça ! Une tête dans un magasin est à vendre.
Je l'achète.
Père.
Enlève-moi ça d'ici, je manque de place.
Laisse-moi, je n'ai pas le temps.
Jacob marchande...
Père.
Réveille-toi. Réveille-toi Joseph.
Tu n'en peux plus, je sais mais nous sommes tout près.
Faites attention, vous êtes malade.
Il arrive. Tu l'entends ?
Je le connais bien,
nous étions sur le même banc.
Il me dégoûtait déjà, cet égoïste,
avalant d'innombrables petits pains beurrés.
Va, va à sa rencontre, lui témoigner du respect.
Si je ne me trompe, c'est Joseph, fils de Jacob.
Que le ciel soit bleu au-dessus de vos têtes
et la terre humide sous vos pieds !
Dire ceci me semble superflu, cela s'agite chez eux
comme dans une ruche, je le vois d'ici.
Ce ne sont qu'apparences.
Ma mère se plaint, les gens n'achètent qu'à crédit.
- Qu'est-ce qu'il dit ? - Le crédit...
J'ai dû mal entendre.
Ils vendent à crédit. Je m'en doutais.
Assez, ce mot m'importune.
Arrête de saluer !
Reçois les paroles des sages, mon fils.
Prête ton coeur à mon enseignement.
Moi, je vendais au comptant.
Aide ton prochain
selon tes moyens,
mais sans te faire du tort.
Viennent sept ans de prospérité pour votre pays.
C'était monsieur Christian Seipel, si je ne m'abuse, et ses fils.
Filatures, mécaniques, tissages.
Le riche travaillait, ramassant les profits.
Sa vieillesse sera pourvue de biens.
Le pauvre travaillait, ayant faim.
Il finira mendiant.
Viens, viens...
Elle n'est plus dans le parc.
Ils ont dû sentir le danger et la surveillent.
C'est une blague tout ça ! Exterritorialité. Maximilien.
Mexique, plantations. Assez !
Excuse-moi, comment le sais-tu ?
Les documents sur ce complot sont restés secrets.
Bon, c'est moi le propriétaire du registre.
Je ne te le prêterai à de telles fins.
L'affaire paraît invraisemblable, je l'avoue.
Oui, invraisemblable. Qu'en penses-tu, Rodolphe ?
Quel cerveau a pu concevoir une idée si venimeuse
qu'elle dépasse l'imagination ?
J'en suis stupéfait moi-même.
Je ne collabore plus avec toi.
Quoi qu'il en soit, je me suis engagé
à prouver que tout ceci est plus vrai que le vrai.
Monsieur de V... ?
Il est parti.
Bon... et où est l'Infante ?
Sa majesté est partie aussi, tout le monde est parti.
Je n'en doute pas... Va-t'en.
Quelqu'un m'a trahi.
À cheval, messieurs, à cheval.
Messieurs, je vous ai dérangés pour rien.
Ces personnes sont libres
et partiront librement.
Dans mon aveuglement je voulais enseigner l'Écriture,
interpréter la volonté divine.
Et je n'ai suivi que de faux indices.
Je les ai associés à des figures de hasard.
Je t'en prie, cher ami.
Messieurs,
et vous Infante !
Tu seras régent, Rodolphe.
J'abdique tous mes droits.
Vous êtes libres mes amis,
et permettez-moi de vous remercier
au nom de notre idée détrônée,
qui pourtant...
Dépêchez-vous !
Vite !
Père ! Père !
Appelez Garibaldi, il s'y connaît en blessures.
Bianca.
La civière !
Vite, la civière !
Cette nuit est vraiment funeste.
Je ne l'ai pas prévue.
Il avait un coeur noble.
J'étais injuste.
Rodolphe, apaise la douleur de Bianca,
aime-la d'un amour d'un mari et d'un père.
Oui.
Vous voulez bien le prendre avec vous ?
Formons le cortège !
Formons le co...
Formons le cortège !
Encore une chose, Rodolphe.
Je devrais assurer la vieillesse
de ces héros sans toit.
Hélas je suis pauvre.
Combien ?
Dix mille.
- Cinq. - Non.
Douze.
Messieurs, vous ne trouverez pas d'asile
après ce qui s'est passé
et vous n'avez pas de métier.
Ainsi, mon ami vous a destiné une somme pour l'achat
de douze orgues de Barbarie.
Vous en jouerez au peuple
à travers le monde
pour lui hausser le coeur.
Et maintenant,
chers amis et messieurs,
fêtons ensemble les nouveaux mariés.
Vivent les jeunes mariés !
Adieu messieurs.
Et que le spectacle que vous allez voir vous avertisse bien
que l'homme ne doit pas pénétrer
l'énigme de Dieu.
Ignorabimus, messieurs.
Ignorabimus.
Est-ce vous Joseph, fils de Jacob ?
Peut-être.
Avez-vous fait le rêve standard
de Joseph biblique ?
Peut-être.
Savez-vous qu'en haut lieu ce rêve a été remarqué
et critiqué sévèrement ?
Je n'en réponds pas.
Si, monsieur.
Au nom de sa Majesté l'Empereur, je vous arrête.
Je suis à vous.
La justice de sa Majesté l'Empereur est lente.
J'ai commis depuis des actes beaucoup plus graves.
J'allais m'en punir moi-même
et voila que ce vieux rêve me sauve la vie.
Ne pleure pas.
C'est la migraine.
Je te ferai servir du thé.
Adèle est là ?
Elle est partie pour l'Amérique.
Elle est partie ?
Oui, son bateau a coulé.
Tous les passagers sont morts.
Depuis, aucune nouvelle.
Et mon père...
Où est mon père ?
Il partait
puis il revenait.
Cela avait ses bons côtés.
Il nous a habitué ainsi
à son départ définitif.
Mène-moi auprès de lui.
Si tu veux.
En effet, il est temps que tu lui rendes visite.
Le magasin n'existe plus.
J'y descends rarement vendre les restes,
le rideau de fer à moitié baissé.
Il était un de ceux dont les visages
furent touchés par la main de Dieu.
Ainsi il savait ce qu'il ne savait pas.
Il devinait.
Il pressentait.
Sous ses paupières fermées
défilaient les reflets
des mondes lointains.
Quand l'homme se rendra à la maison de son éternité,
je marcherai en pleurs dans les rues :
tant que la corde d'argent ne se rompt,
tant que le ruban d'or ne se rétrécit,
ne se casse la cruche près de la source,
ne se brise la roue du puits,
tant que la cendre ne rentre dans la terre dont l'homme fut créé.
Te rappelles-tu ce local d'opticien sur la place du marché ?
Que je suis content, Joseph, de te voir arriver.
Quelle surprise !
Je me sens très seul ici.
Je n'en ai pas, je ne l'ai pas trouvé dans mon bagage.
J'ai connu pire.
Tu sais,
mais ne ris pas.
J'ai loué une boutique ici.
Non, non, ne pense pas qu'elle soit luxueuse.
Chez nous, j'aurais honte d'une pareille baraque.
Mais ici, on a dû renoncer
à tant de choses. N'est-ce pas, Joseph ?
On vit quand même.
J'ai dû casser le mécanisme.
Tu as sommeil, Joseph.
Dors encore.
Comme il m'était difficile d'obtenir des crédits !
Avec quelle défiance
on traite ici les vieux commerçants
au passé pourtant solide !
Te rappelles-tu ce local d'opticien sur la place du marché ?
Notre magasin se trouve juste à côté.
Tu le trouveras facilement.
Et le paletot ?
Je n'en ai pas, je ne l'ai pas trouvé dans mon bagage.
Prenez le mien.
Asseyez-vous.
Vous êtes gravement malade, faites attention.
Ne me dérange pas. Je n'ai pas le temps.
Il y a une lettre pour toi.
Elle est sur le bureau, avec les papiers.
Imaginez-vous : le premier jour,
on m'a servi un de ces filets de boeuf
aux champignons.
Un vrai plat d'enfer.
Je vous préviens que si jamais on vous proposait
le filet de boeuf...
Le filet
de boeuf...
Je sens encore le feu dans l'estomac,
et diarrhée après diarrhée...
Je ne sais plus où me mettre.
Ou, par exemple, le rôti à la hussarde,
servi avec une sauce...
Ici, nous ne nous refusons rien.
Nous pouvons faire la noce ici comme dans une capitale.
C'est un garçon précieux.
Avoue, qu'il est charmant.
Du feu !
Les écolières ici se nouent les cheveux
d'une façon toute particulière,
et quand on regarde l'une d'elles,
elle a un regard aguichant
qui vous refroidit
par sa promesse de plaisir.
Je veux voir le docteur.
Il est au restaurant.
J'en viens.
Pardon, il est dans la salle d'opération.
Pas de doute, nous sommes tombés dans un piège.
La direction ne se donne même pas la peine
de faire semblant de nous soigner.
On nous laisse à nous-mêmes.
Je n'arrive à avoir ni lit ni draps propres.
Vos secrets et mines affairées
ne m'impressionnent plus.
J'ai envie d'ouvrir toutes ces portes
pour vous démasquer.
Couchez-vous, dormez un peu. Vous tenez à peine debout.
Ah, Joseph, Joseph...
Je reste là, sans aucun soin,
les fils sont coupés,
personne ne vient,
on ne peut même pas
avoir de thé.
Mon propre fils me délaisse,
il court les jupons,
tout gravement malade que je sois.
Joseph,
tu devrais descendre plus souvent au magasin.
Les commis nous volent.
Tout pourrit.
Tout tombe en ruine.
Regarde comme mon coeur bat.
Je perds mes forces.
Joseph,
n'y a t-il pas eu
du courrier de chez nous ?
Docteur !
Vous n'avez pas bonne mine. Ôtez votre veste.
Je vous ausculterai.
C'est normal.
L'organisme et surtout le système nerveux
doivent s'adapter à de nouvelles conditions.
J'étais idiot de me laisser prendre
au piège de la publicité,
d'envoyer mon père ici.
''Le temps reculé''.
Cela sonne bien, oui, mais qu'est-ce que cela signifie ?
Le temps ici est-il valable, honnête ?
Mais non, il est usé, trop porté par les gens
effiloché.
C'est un temps en quelque sorte vomi.
Pourtant vous le voyez, votre père.
Vous pouvez lui parler,
être avec lui.
Soyez-en reconnaissant au docteur.
L'espace, oui, il est pour l'homme.
Dans l'espace on ne peut évoluer,
bondir d'une étoile à l'autre. Mais ne touchons pas au temps.
Tout ceci résulte de la décomposition trop rapide...
du temps.
Nous savons tous
que cet élément rebelle
ne peut être maîtrisé
que par un réglage rigoureux
et incessant.
Privé de contrôle, il joue des tours,
n'est-ce-pas ?
Vous devriez faire attention à votre santé,
vous couvrir un peu plus.
Pour commencer,
bougez un peu, promenez-vous, après nous verrons.
Allons, du courage.
Quel bonheur que mon père ne vive pas réellement,
que tout cela, en fait, ne l'atteigne pas.
Sous-titrage : C.M.C.- Paris Relecture : Cadiot & Co
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