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Rose ? Rose ?
Je peux pas marcher.
Rose ?
Viens, viens.
Ma cocotte !
Ils ont bien fait de mettre les scelles.
Merci la police francaise.
Tu viens manger a la maison quand tu veux.
Merci.
Bonjour. C'est pour passer une annonce.
Asseyez-vous, chere madame.
Vous parlez yiddish ?
Vous avez ete deportee ?
Auschwitz, c'est ca ?
Mon Dieu, vous avez laisse votre jeunesse
la-bas.
Vos parents ont survecu ? Non.
C'est terrible.
Votre nom ?
- Helene Krakoupetch. - Ah, c'est joli !
C'est tres joli.
C'est amusant, et en meme temps gai.
Et comment s'appelle la personne que vous recherchez ?
Lili Levy, nee Copfermann.
C'est mon amie de deportation.
On s'est perdues apres la Liberation.
Pendant la marche de la mort.
Elle habitait a Amsterdam.
Elle etait comme ma soeur. J'aimerais vraiment la retrouver.
Voila.
Vous l'avez redigee vous-meme, cette annonce ?
Il ne reste plus qu'a la traduire en yiddish.
- Elle parle le yiddish ? - Couramment.
Et meme l'allemand.
C'est grace a ca qu'on a pu entrer en cuisine.
Avec une autre amie, Rose.
Elle n'a pas pu faire la marche. Elle est morte au camp.
Je ne peux pas vous promettre que vous allez la retrouver.
Mais le journal part dans le monde entier.
- Peut-etre que votre amie le lira. - Merci.
Bonjour, Helene. Ca va ?
Je t'amene un nouveau client.
C'est mon frere.
Helene, je te presente Raymond.
- Bonjour. - Enchante, camarade.
- Elle est pas encore du Parti. - Je suis sympathisante.
Il vient du Calvados, il est chef de service aux PTT,
il lui faut un nouveau costume.
Je vous ai amene le tissu.
On se dit "vous" ou "tu" ?
- Oh, vous pouvez vous dire "tu". - Entrez.
Enlevez votre veste, je vais prendre vos mesures.
Comme ca.
- Alors vous etiez a Auschwitz ? - Oui.
- Ca vous plait, Paris ? - Je sais pas.
J'ai pas encore eu le temps de me rendre compte.
Comment vous avez fait pour vous en sortir ?
Grace a 2 amies au camp.
Il vous le faut pour quand, ce costume ?
Je veux pas vous presser, hein.
Vous savez combien de temps il faut pour avoir le telephone ?
2 ans.
Et encore, il faut etre pistonne.
Je peux vous l'avoir en 2 jours.
Et puis vous, vous le meritez plus qu'un autre.
Il y a pas de raison.
On a pas fait la Resistance pour rien.
Vous etes une vraie Parisienne. Ca se voit.
Je suis nee en Pologne.
Mais arretez de bouger, je peux pas prendre vos mesures.
86...
Ca vous dirait d'aller a la fete de l'Huma ?
Pourquoi pas.
Mais je suis pas comme le telephone. On m'a pas en 2 jours.
- Vous prenez quoi ? - Limonade.
- 4 limonades ? - S'il vous plait.
C'est parti.
Je vous reconnais.
La concierge du 72.
Et vous, vous etes toujours serveur rue du Commerce ?
Bravo, oui.
J'essaie d'y monter une cellule communiste.
Vous n'auriez pas des nouvelles d'Helene ?
Vous buvez quoi ?
Helene Krakoupetch !
Henri. Henri Koumerski.
Ma petite amoureuse.
Ce que t'es belle.
Excuse-moi.
Bon. On va pas rester la.
On va ecouter le discours ?
Au nom du comite central du Parti communiste,
j'ai la joie immense et la grande fierte...
Au camp, je t'ai cherche partout. On m'a dit que t'etais mort.
Pourquoi tu m'as pas fait signe ?
Je t'avais ecrit a Drancy.
La lettre est revenue : "N'habite plus a l'adresse indiquee."
Je peux avoir un cafe, s'il te plait ?
J'aimerais bien qu'on se revoie.
- Ta femme n'est pas revenue ? - Non.
Et ta petite fille ?
Merci.
T'as rencontre quelqu'un ?
Moi non plus.
J'arrive a parler a personne.
Mais t'as le droit de refaire ta vie.
Non.
Je peux plus avoir de rapports avec une femme.
3, 2, 1...
Bonne annee !
Bonne annee.
Bonne annee, mes enfants.
Bonne annee.
- Bonne annee. - Bonne sante.
Bonne annee, les enfants.
Eh bien, moi, je sais ce que je veux pour 1946.
- Un nouveau bebe. - Mais avec plaisir, ma cherie.
Il faut agrandir la classe ouvriere.
Et toi, Raymond, ton souhait ?
- Fais pas le timide. - Je peux en avoir ?
Helene, on se voit une fois par semaine a la reunion de cellule,
le dimanche, on vend l'Humanite,
apres on va dejeuner chez ma soeur,
on a un collage tous les 15 jours, plus la distribution de tracts...
On se voit presque tout le temps.
Alors...
ce serait plus simple si on vivait ensemble.
T'es un vrai gentil, toi.
- Allez, bonne annee. - Bonne annee.
Je disais ca pour arranger les choses.
Et toi, Helene, tu sais ce que tu veux ?
Il est bon, ton champagne.
- C'est ferme, mademoiselle. - S'il vous plait.
Henri Koumerski ?
Descends de la, si t'es un homme.
C'est la.
J'en ai pas pour longtemps.
Helene Krakoupetch, parce que c'est vous,
je vous fais passer l'annonce en grand.
Tous les ans.
Merci beaucoup, monsieur.
J'ai retrouve Lili !
Dire que je passais toutes mes vacances ici.
Je reconnais plus rien.
C'est normal. Tout a ete reconstruit apres la guerre.
Quand je l'ai achete, en 1945, ca valait rien.
Maintenant, les prix ont monte.
C'est surtout ma soeur qui en profite.
C'est agreable. On s'y sent bien.
T'as pas vu le plus beau.
C'est magnifique.
Je vois pas pourquoi la mer serait reservee qu'aux riches.
Ca me fait bizarre de te voir la.
Je peux te faire une confidence ?
Cet appartement, je l'ai achete en pensant a toi.
Je sais pas pourquoi je te dis ca.
- Il fait lit, la, le canape ? - Bien sur.
Regarde.
Attention a pas te coincer les doigts.
Vous aurez chacune votre chambre. C'est un bon matelas.
On aurait pu au moins une fois coucher ensemble.
Raymond !
C'etait pas possible.
Pourquoi ?
Pourquoi ? J'en sais rien... C'etait il y a 15 ans.
Bon.
Les cles sont sur la table.
Si t'as besoin, je suis pas loin.
- Il faut que j'y retourne. - Je t'accompagne.
Allez, tous a l'eau !
Vous etes seule ?
Non. J'attends une amie.
Lili !
Helene, cherie...
Laisse-moi te regarder.
Mais tu n'as pas un peu grossi ?
J'ai une surprise pour toi.
Rose ?
Reizele ?
Pourquoi tu m'as rien dit ? T'es completement folle !
C'etait pour te faire une surprise.
Toi, t'es morte. Tu ne me parles pas !
J'aurais pu etre cardiaque. Tu y as pense ?
- Vous avez fait bon voyage ? - Oui.
Non.
On s'est engueulees pendant tout le voyage.
En meme temps, elle a pas tort.
Pourquoi t'as pris autant d'affaires pour 3 jours ?
Qu'est-ce que ca peut lui faire ?
Je suis plus une petite fille.
Quand on t'a laissee au camp, t'etais en train de mourir.
Pourquoi t'es pas morte ?
Elle ne veut pas en parler.
Je veux pas en parler.
On fait une pause ?
Oui.
Je me souviens encore de ta voix quand tu chantais dans la cuisine.
Ca nous donnait a toutes la force de travailler.
Ecoutez, on va decider une chose une bonne fois pour toutes :
on ne parle pas de la deportation.
On va s'amuser, on va aller a la mer, on va manger du poisson.
J'ai envie d'une glace. Pas vous ?
Allez.
Je vais prendre vanille-fraise -chocolat-pistache.
A Montreal, on peut prendre 3 saveurs.
Il y a le soleil aussi, a Montreal ?
- Et vous mademoiselle ? - Cafe.
- L'autre demoiselle, derriere ? - Fraise-citron.
- C'est moi qui vous invite. - Non.
C'est moi qui ai decide.
Tenez, mademoiselle.
Et c'est moi qui invite. Vous etes mes 1res clientes.
- Les "trois" boules de mademoiselle. - Merci.
Bon apres-midi a vous. Profitez du beau temps.
Si c'est pas le bonheur, ca, je sais pas ce que c'est.
Venez voir.
T'es decue ?
Ca te plait pas ?
Ca va. C'est quand meme pas Auschwitz.
Bon. On s'installe comment, pour dormir ?
Moi, je prends le canape-lit.
Je prends la couchette du bas.
Tu preferais celle du haut.
Maintenant, je prefere celle du bas.
Regarde.
- Prends l'armoire. - Oui.
Ca rentrera pas, elle est deja pleine.
J'ai peut-etre pris un peu trop.
Tu me trouves un peu tsedrait ?
Je te trouve vivante.
C'est peu, mais je l'ai faite avec mon coeur.
Oh, merci !
J'etais pas sure, pour la taille,
mais a mon avis, ca ira. Tu l'essaies ?
Apres le dejeuner. Merci.
J'ai des specialites hollandaises.
Et moi, du sirop d'erable.
Merci beaucoup.
J'espere que les harengs ont survecu au voyage.
Saucisses fumees, chou, du gouda,
et le strudel, c'est moi qui l'ai fait.
Lehaim !
A la vie !
C'est la 1re fois qu'on fait un vrai repas ensemble.
Prenez du hareng.
Prends.
Le hareng gras,
ca se mange comme ca, avec les doigts.
Et moi qui jette ma couverture par moins 15.
Tu n'as pas jete ta couverture. Tu avais une veste.
On m'a donne une couverture a la sortie du camp.
J'ai pas pu la garder parce qu'elle etait trop lourde.
Si tu veux penser ca.
Je suis sure que tu avais une veste.
J'ai fait un tres long voyage.
J'aimerais pouvoir dormir.
Et vous parlez, vous parlez, vous parlez !
Est-ce que tu te souviens m'avoir dit :
"Helene, on est comme deux soldats sur le front.
"On doit avancer.
"Si tu tombes, je t'aiderai pas a te relever."
Non.
J'ai pas pu inventer une chose pareille.
"Deux soldats sur le front."
Apres, tu m'as dit que t'avais ton mari a retrouver et ta fille.
Moi, j'ai pense que tu m'avais trahie.
Je t'en voulais.
Je marchais, je marchais...
Et c'est ca qui m'a donne la force de tenir jusqu'au bout.
Excuse-nous, ma cherie. On va se coucher.
J'ai fait mon temoignage en 1946. Je ne peux pas me tromper.
C'est impossible.
Personne ne prend du sirop d'erable ? Allez, c'est delicieux.
Quand on est arrives a Montreal, on n'avait rien.
Nathan avait achete un stock de moufles au rabais.
Une affaire.
Mais il y avait que les mains gauches.
Mais il les a vendues.
Maintenant, on a une boutique de maroquinerie
dans une rue commercante.
C'est un vendeur-ne.
Il vendrait des lunettes a un aveugle.
Justement, tous les aveugles portent des lunettes.
Vous pouvez pas vous imaginer.
Il est toujours d'humeur egale.
Attentif, adorable avec les gosses.
Le sucre ?
Tous les matins, depuis notre mariage,
il m'apporte mon petit dejeuner au lit.
Il sait pas quoi inventer pour me faire plaisir.
D'ailleurs, l'hiver dernier,
il nous a emmenes patiner sur le Saint-Laurent.
Tu aimes faire du patin a glace ?
Non. Mais ce que j'aime, c'est qu'il est sportif.
Vous savez comment il m'appelle ? Boubele.
"Ma petite meme."
J'ai trouve la perle rare.
Ca, on va pas le jeter.
On porte plus de maillots comme ca depuis les annees 50.
Fais-moi confiance.
- Moi, je le trouve tres bien. - Elle a raison.
C'est pour ta grand-mere.
Ma grand-mere se faisait violer par les cosaques.
Elle avait pas le temps d'aller a la plage.
- Et celui-la ? - Tres bien.
Moderne, simple... J'ai quasiment le meme.
Ca ne va pas. C'est triste.
Ca ne te met pas en valeur. On dirait que tu n'as pas de seins.
Vous n'auriez pas un deux-pieces ? Un vichy un peu gai ?
Non, je ne me mettrai pas en bikini.
Essaie, ma cherie.
Non. Je vais prendre celui-la.
Tu prendras celui que tu veux, mais essaie d'abord celui-la.
Regarde ce que j'ai achete. Une affaire.
A ce prix-la, j'acheterais tout le magasin.
Je fais ce que je veux.
- Tu n'as pas assez d'affaires ? - Je ne suis pas une petite fille.
Je suis mariee !
- Alors ? - He, ne te gene pas !
Excuse-moi.
Comment ca se fait que je ne t'aie jamais vue nue ?
Tu m'as vue nue quand on se lavait.
Va lui parler. Elle doit en avoir gros sur la patate.
Je suis sure que non.
Ou alors, je t'ai peut-etre vue,
mais je ne t'ai pas regardee, dans ton etat.
J'ai l'impression que tout le monde me regarde.
C'est fait pour ca.
C'est pas tres communiste, comme maillot de bain.
Tu me passes la creme, s'il te plait ?
Tiens.
Je vais vous montrer ce qu'on peut faire avec un trampoline.
T'as une touche, la.
C'est un petit paysan.
Je le trouve mignon.
Tu m'en mets dans le dos, s'il te plait ?
- Une autre ! - Une autre ! Une autre !
Tu m'as tant manque.
Pourquoi tu m'as pas recherchee, apres la guerre ?
Je t'ai cherchee. Tu etais deja mariee.
Tu avais change de nom, cherie.
Je suis pas heureuse, Lili.
Tu te souviens du bloc 10 ?
La ou Clauberg experimentait sur la sterilisation ?
Henri y a passe 2 mois.
Au debut, ils lui ont fait des rayons.
Finalement, ils l'ont castre.
On n'a jamais fait l'amour. Il peut pas.
Bien sur, il m'enlace, il me caresse...
Mais... j'etais vierge quand je l'ai epouse...
- Tu l'es encore ? - Ben oui.
Tu le savais, quand vous vous etes maries ?
Oui.
Tu l'as epouse quand meme ?
C'est moi qui ai insiste. Lui, il voulait pas.
Mais pourquoi tu as fait ca, ma cherie ?
Parce que Henri, c'est l'amour de ma vie.
Je l'aime depuis que j'ai 13 ans.
J'etais une gamine quand il s'est marie, avant la guerre.
Sa femme et sa petite fille ont ete gazees en arrivant au camp.
Alors quand on s'est retrouves en 1945...
Moi, j'avais perdu mes parents.
On etait seuls tous les deux.
J'avais 20 ans.
Viens, on va nager.
Lili, va pas si loin. J'ai peur.
Mais n'aie pas peur, n'aie pas peur.
Mets-toi sur le dos. Tu vas faire la planche.
Oui...
Tu verras qu'on ne peut pas couler.
Laisse-toi porter.
Il fait tres beau. On s'est baignees toute la journee.
Mais non, j'ai pas besoin d'argent.
Elles sont adorables avec moi.
Mais non, j'ai pas besoin d'argent !
Mais si...
Excuse-moi, si je te fais de la peine,
mais quand tu es entree au camp,
tu as pris Rose en charge a cause de son drame,
et quand tu es sortie du camp, tu as fait la meme chose avec Henri.
Tu n'es pas fatiguee de faire le service apres-vente d'Auschwitz ?
Je sais pas faire autrement. T'y es arrivee, toi ?
Oui.
Nicolas, c'est maman...
Pense un peu a toi, cherie.
Je ne veux pas qu'il te donne du chocolat le soir.
Si tu ecoutes pas, je raccroche. Bon. Je raccroche !
Helene n'est pas heureuse avec Henri.
Elle l'aime, mais elle n'est pas heureuse.
Pourquoi ?
Parce que Henri ne peut pas avoir de rapports.
Ca a a voir avec la...?
Oui.
J'ai froid.
Je vais chercher des cigarettes. Je vous rejoins.
- On t'attend ? - Non, pas la peine.
Comme tu veux, ma cherie.
Bonjour, madame Simone. Je peux parler a Henri ?
Mais vous me le gardez pas trop longtemps.
Henri ! Henri !
J'arrive !
Oui ?
Allo ?
Je voulais juste te dire que je t'aime.
Il y a trop de bruit. J'ai pas bien entendu.
Je voulais juste te dire que je t'aime.
J'entends rien.
- Je voulais te dire que je t'aime. - Comment ?
Arrete de te foutre de moi. T'as parfaitement compris.
Ca me faisait tellement plaisir que tu me le repetes.
Je te fais un groisse kish.
- Reizele ? - Oui ?
T'es reveillee ?
Oui.
A quoi tu penses ?
A Nathan.
Il fait des cauchemars.
Il se reveille toutes les nuits en hurlant.
C'est un enfer.
Pourquoi vous faites pas chambre a part ?
Il supporte pas de dormir seul la nuit.
En ce moment, il dort avec les enfants.
Puis tu sais, avec les enfants, j'y arrive pas.
Je suis trop dure.
J'ai beau me raisonner, c'est plus fort que moi.
On dirait que je les aime pas.
Pourquoi on est allees epouser un ancien deporte ?
Je sais pas...
L'attrait pour les pyjamas rayes.
Arrete de dire des betises.
Allez, on se leve.
Je prends la salle de bains en premier.
Pourquoi tu restes dans le noir ?
Le store est coince. Je n'arrive pas a l'ouvrir.
Je peux passer un coup de fil ?
Attends. Je vais d'abord appeler Raymond.
Dis donc, le store du salon est coince.
C'est tres gentil. Ben, on t'attend.
Moi, tu sais, quand je suis sortie d'Auschwitz,
je me suis jure d'etre une femme libre.
Que personne ne m'imposerait plus jamais rien.
Je ne supportais plus mon mari.
Ca n'a pas ete facile, mais j'ai divorce.
Mes livres exasperent la communaute juive.
Je m'en fous.
Mon editrice me soutient.
D'ailleurs, je vais encore aggraver mon cas,
mon prochain livre, c'est sur le droit des femmes a etre rabbin.
Et ca s'appellera Rabbine.
Et personne ne me fera changer de titre.
Tu vis avec quelqu'un ?
Depuis mon divorce, je suis une femme pas tres frequentable.
Pourquoi tu dis ca ?
- Ca va, ma cherie ? - Oui.
On finit d'abord le pain d'hier. On va pas le jeter.
On fera comme tu voudras.
- Je vous ressers un the ? - C'est gentil.
Vous etiez d'accord avec Staline sur les juifs ?
J'etais d'accord avec Staline.
On fait pas d'omelette sans casser des oeufs.
C'est quand meme les Russes qui nous ont sauves.
Raymond, n'ecoute pas.
Raymond, c'est un gars formidable.
Il est gentil, genereux, serviable...
courageux.
Il a jamais peur de se prendre un coup de matraque.
Si j'avais pas ete amoureuse d'Henri,
je l'aurais epouse.
Tada !
Et en plus, il est bricoleur.
Bon. Allez, je m'invite.
Je vais faire trempette avec vous. Les autres pourront bien m'attendre.
Mais il est tres bien, ce type.
Pourquoi tu n'as pas...?
Avec les deux !
Qu'est-ce que tu en penses, Lili ?
C'est un schmock.
Elle est fraiche.
Ca fait du bien. Il faut que j'y aille.
Je vous embrasse.
- Je vais lui dire au revoir. - Profite pour...
Les cocos a Moscou !
Putain, fais pas le con ! File-moi ca.
Tu cries "Vive de Gaulle" ou je le fous a la mer.
- Je crierai pas "Vive de Gaulle". - Comme tu veux.
- Pierre... Vive de Gaulle. - Eh ben, tu vois.
C'est facile.
Aie, aie, aie !
Il me fait rire, ce gosse.
Je l'aime bien.
Il a debarque a Berck a 7 ans.
Il etait "tubar".
Orphelin.
Un gamin qui n'a vraiment pas de bol.
Il a grandi a l'hopital Maritime.
C'est sa tante qui l'a eleve.
Bon...
Allez.
Ca m'a beaucoup touche, ce que t'as dit sur moi.
Mais je le pensais vraiment.
Bon...
Ma petite camarade, on s'embrasse ?
Rentre bien.
Si t'as besoin de quoi que ce soit...
- Elle est bonne ? - Oui.
- On vous chasse pas ? - Non.
On adore les enfants.
Allez, mon Jeannot.
Dans la vie, il faut se jeter a l'eau.
Rene,
je ne veux pas te voir dans la meme equipe que ton frere.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Si t'arretes de pleurer, je t'apprends a danser le twist.
Ca marche ? Allez, va te secher, bonhomme.
Vous dansez le twist ?
Non. Je suis pas a la mode.
Heureusement. Sinon, qu'est-ce que ce serait ?
Vous me presentez pas vos amies ?
Si. Lili, qui vient d'Amsterdam,
et Rose, qui vient de Montreal.
Moi, je suis de Paris.
On s'est connues dans des circonstances...
Je n'ai pas le droit d'en parler.
Comment vous connaissez Raymond ?
L'appartement ou vous etes etait a ma tante.
J'y ai passe toute mon enfance.
Je vous trouve tres belle.
Mais vous etes un petit peu jeune.
Je suis une femme mariee.
Bon. On va a l'ombre ?
En piste pour la lecon de twist.
Tout le monde se met en place. Les petits devant.
C'est parti ! Prets pour twister, les enfants ?
C'est parti !
On se concentre. On nous regarde.
Helene...
Moi, j'y vais.
Bonjour.
C'est vrai ?
Merci !
C'est pas un vrai shabbat. Il y a rien de kascher, ici.
On a meme pas d'homme pour dire la priere.
On en a pas besoin.
Il est temps que les femmes cessent d'etre les oubliees du judaisme.
C'est moi qui dirai la priere.
Tu me fais bien griller les aubergines ?
Lili, tu me donnes quelque chose a manger pour ma petite Francaise ?
"Tu exageres, Helene.
"Tu te rends compte des risques que je prends ?"
C'est vrai, tu exagerais toujours.
Ou est-il ecrit qu'une femme ne peut pas devenir rabbin ?
Dans la Bible.
On a oublie les oignons.
On n'a pas oublie les oignons.
- Tu mets quatre couverts ? - C'est la place du pauvre.
- Tu es ravissante. - Merci. Toi aussi.
Merde !
Ah ! C'est gentil d'avoir pu vous liberer.
Merci.
Bonsoir.
C'est gentil de m'avoir invite.
Et vous etes venu avec tout le club Mickey ?
Asseyez-vous.
On vous attendait.
La place du pauvre.
Alors je ne peux pas refuser.
On en etait a la priere.
C'est le repas traditionnel du vendredi pour les juifs.
C'est Helene qui a tout prepare.
Rose !
On reprend ?
Il faut qu'il ait la tete couverte.
Voila.
C'est le shabbat du club Mickey.
Amen...
Je croyais que vous etiez communiste.
On n'est pas croyantes.
Parle pour toi, ma cherie. Moi, je crois...
Que vous pouvez enlever votre mouchoir.
Je vais servir.
Vous avez ete deportees ?
- On s'est connues a Auschwitz. - Helene...
Je suis arrivee 6 mois avant elles.
Tu nous sers avant que ce soit froid ?
Rose et moi, on est entrees dans le camp l'une derriere l'autre.
C'est pour ca que mon numero est A5586,
et Rose, c'est A5591.
On ne parle pas de ca.
Rose, tu nous emmerdes.
On s'est pas vues depuis 15 ans,
tu ne vas pas decider de ce qu'on a le droit ou pas de dire.
J'ai dit quelque chose ?
Ca n'a rien a voir avec vous.
Ma petite cherie, c'est tres simple, ce qui t'arrive.
Tu ne peux pas supporter d'etre vivante
parce que tu as laisse mourir ton bebe.
Mais tu n'es pas coupable. Ce n'est pas ta faute.
Tant que tu ne l'auras pas compris,
tu vas gacher ta vie et celle de tes enfants.
Je suis d'accord, mais tu n'aurais pas du lui parler comme ca.
Vous devez nous prendre pour des folles.
Oui... Oui, un petit peu.
Bon. Allez, on mange.
- C'est vachement bon. - C'est un bouillon kneidler.
Des boulettes a base de farine de matz.
La, c'est le caviar d'aubergine, le foie hache,
et la, c'est le tsebeler,
c'est des oeufs avec des petits oignons.
Vous n'avez pas peur d'etre appele en Algerie ?
Quand j'etais petit, j'ai eu la tuberculose.
Je suis reforme.
Alors vous avez grandi a l'hopital Maritime.
Je vois que Raymond vous a tout balance.
Que savez-vous de moi ?
Vous etes venu a Berck pour y etre soigne.
La ville est reputee pour son air pur.
C'est pour ca qu'on m'y envoyait en colonie de vacances.
Vous n'avez plus vos parents,
et c'est votre tante qui vous a eleve.
Et je pense que vous n'avez jamais quitte Berck.
En plein dans le mille.
J'avais un bebe...
Quand je suis descendue du train...
J'entendais les deportes qui disaient de ne pas...
"Ne restez pas avec les vieux.
"Ne restez pas avec les vieux. Donnez vos enfants."
Mon bebe, c'etait une petite fille.
Dina.
En fait, elle a ete gazee en arrivant au camp.
C'est grace a ca que j'ai pu survivre.
C'est a ce moment-la que je l'ai connue.
Elle etait desesperee.
Comme elle faisait une montee de lait,
tres forte,
elle souffrait terriblement.
A Berck Plage, on est tres bien
C'est la lumiere C'est le grand air
Son refectoire et ses lits blancs
Sans oublier notre donatrice
La gentille madame Janofski
A l'epoque, il fallait toujours remercier les donateurs.
En fait, Mme Janofski, on la detestait.
C'etait une vraie salope.
Elle est morte en deportation.
La pauvre...
Lehaim !
- Lehaim ! - Lehaim !
A la sante de Mme Janofski.
Debout, tout le monde. On va danser ?
Je viens pas.
Qu'est-ce qui se passe ?
- J'ai trop bu. Allez-y sans moi. - Non, non, non.
Vous verrez, c'est un petit bal populaire.
N'insistez pas.
Allez, ne gache pas la soiree. J'ai envie de m'amuser.
Je reste avec toi.
Dans ce cas, moi aussi, je reste.
C'est con, il y a une fete juste en bas.
Ben, je n'y vais pas non plus. Je vais pas y aller toute seule.
Je vais me coucher. Je suis epuisee.
Vous etes compliquees, toutes les deux.
Allez... Je vous emmene au bal.
Bon.
Je vais me pomponner un peu.
Non, non. Vous etes tres bien comme ca.
Non.
Bon. Alors, j'y vais.
Henri, telephone.
Allo ?
Non, je peux pas, demain.
Je peux prendre ma journee, demain ?
Non, pas demain.
Simone, je vous ai jamais rien demande.
Merci, je m'en souviendrai.
Je peux pas demain, mais je serai la dimanche.
Ca ira ?
Je te fais un groisse kish.
Moi aussi.
- Bonne nuit. - Reste avec moi.
Comme ca, on peut continuer a parler.
Ca ne va pas, hein ?
- On dort. - Oui.
Alors, c'etait bien ?
- Je peux allumer ? - Oui.
Vous dormez ensemble ?
Vous auriez du venir.
Il est tres bien, ce garcon.
Il est tres gentil, tres profond.
Et puis il danse comme un dieu.
Il etait malheureux que tu ne sois pas venue.
Je crois qu'il est un peu amoureux.
Bon, c'est pas un intellectuel, mais peut-etre que...
Avec les deux. Tu vois ce que je veux dire ?
Mais foutez-moi la paix. C'est un gamin.
Justement.
Toutes les femmes revent d'avoir une histoire avec un gamin de 20 ans.
C'est comme ton enfant, mais c'est pas ton enfant.
Moi, je serais toi,
je me rhabillerais
et j'irais le rejoindre.
Pour une fois, je suis d'accord avec Rose.
Vas-y.
Je vais dormir dans mon lit.
Pardon, je m'etais endormi.
C'est pas grave. Je repasserai.
Non !
Je suis desole.
Je m'y prends mal.
Venez...
J'ai pas de cafe.
Vous voulez une grenadine ?
Je m'installe ici, l'ete.
J'ai ma chambre a l'hopital Maritime.
Je suis infirmier.
J'ai jamais fait l'amour.
Il te faut combien de temps pour acheter des cigarettes ?
Ca fait un quart d'heure que ton mari t'attend.
- Ca va ? - Oui.
Je m'etais arretee pour manger une glace.
Je reviens tout de suite.
Elle etait bonne ?
Tu veux un the ?
Non.
- Alors... - Ou est-ce que j'en etais ?
J'ai pas pu partir avec Helene et Lili.
Je ne tenais pas debout.
Quand les Russes sont arrives au camp,
ils nous ont confies a des deportes caches a Birkenau.
Il y en a un qui est entre dans l'infirmerie,
et il m'a sortie de la.
Je pesais 35 kilos.
6 mois plus tard,
il m'a demandee en mariage.
C'etait Nathan. Belle histoire, non ?
Maintenant,
on peut plus l'arreter sur la deportation.
Comment t'as fait pour te liberer ?
J'ai negocie ma journee.
J'ai ete voir Simone, ma patronne.
Je lui ai dit :
"Ou vous me donnez ma journee ou je vous donne ma demission."
Et alors ?
Elle a accepte ma demission.
Je suis un homme libre.
Allez...
Pendant la guerre, Hitler etait la,
face a l'Angleterre, il arrivait pas a y aller.
Un jour, il y a Moise juste a cote de lui.
Il lui dit : "Comment vous avez fait, avec la mer Rouge ?"
"Moi, Dieu m'a donne un baton,
"j'ai fait comme ca et la mer s'est ouverte."
"Je le veux, le baton. Il est ou ?"
"En face, au British Museum."
Ca te reussit, toi, le bord de mer.
Je vais vous raconter une blague. Elle est tres courte.
C'est deux vieux qui se retrouvent apres la guerre.
Il y en a un qui voit l'autre et qui lui demande :
"Tu me reconnais ?
"Tu me reconnais pas ?
"Isaac ! Auschwitz !"
Et l'autre : "Oy, Auschwitz !"
"Oy, Auschwitz !"
C'etait bien ?
C'etait...
Mazel tov !
Qu'est-ce que vous complotez ?
Je voulais vous dire, Henri...
Au Quebec, on est directs : je vous trouve tres sympathique.
Je vous fais la bise.
Merci.
Je vous trouve tres sympathiques, aussi.
Qu'est-ce que vous lui avez fait, a Helene ?
Elle est toute chose.
Elle n'a pas envie qu'on se separe.
Bonne nuit.
Je prends la couchette du bas.
Tu m'excuses de te demander pardon, mais j'ai trop bu.
Rose, je peux le jeter, maintenant ?
Mais oui.
- Je descends les valises. - C'est gentil, merci.
A ta place, je ne quitterais pas Henri. Je ferais les deux.
Elle est trop communiste pour ca. Elle ne saura pas mentir.
- Je peux donner mon avis ? - Henri est quelqu'un de bien.
Si elle le quitte, il ne s'en remettra jamais.
Il a survecu a Auschwitz. Il survivra a votre separation.
Pourquoi vous avez pris autant de bagages ?
Nathan a peur que je manque.
C'est bon, plus rien a descendre. Je pars devant, hein.
Tu vas faire quoi ?
Je sais pas.
Mes cheries, je vous dois des excuses.
Les chaussures qu'on t'a apportees a l'infirmerie avec Helene
pour que tu puisses partir avec nous,
je les avais prises aux pieds de la petite Suzie.
Elle etait encore vivante.
Elle me regardait...
Au debut, elle n'a pas compris ce que je faisais.
C'est peut-etre la derniere chose qu'elle a vue avant de mourir.
Et toi, tu n'as meme pas pu faire un pas avec ces chaussures.
Inconsciemment, je t'en ai toujours voulu.
C'est pour ca que je ne t'ai pas dit que Rose etait encore vivante.
Ca suffit comme ca.
Henri, vous pouvez nous prendre en photo ?
Oui.
Ouistiti !
Merci.
- Au revoir. - Au revoir.
Au revoir.
Je vous laisse entre vous.
Je voudrais dire quelque chose.
Je vous propose
qu'on se revoie toutes les 3 chaque annee
et qu'on passe quelques jours ensemble comme on fait,
ici, a Berck.
Vous etes d'accord ?
Helene ?
Oui.
"Oy, Auschwitz !"
Merde, j'ai oublie mes lunettes de soleil sur la plage.
Depose-moi, je sais ou elles sont.
T'as entendu ce que j'ai dit ?
- On peut aller se baigner ? - Non.
C'est vous qui avez fait ca ? Vous etes un malade !
Tu me feras penser a remettre de l'essence.
Il faut faire le plein.
A Berck Plage, on est tres bien
C'est la lumiere C'est le grand air
Son refectoire et ses lits blancs
Et son dortoir et ses lits blancs
Tous les jeudis, c'est le courrier
Nous ecrivons a nos parents
Que nous nous sommes bien amuses
Et que nous voulons rester longtemps
Mais quand le jour du depart vient
Nous nous quittons tous tristement
Car nous ne voulons pas quitter
La colonie pour nos enfants
Sans oublier nos bienfaiteurs
Ainsi que Mme Janofski
Bravo !
Bravo, pour Mme Janofski.
Il y a longtemps qu'elle a quitte ce monde.
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