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Ne me plaignez pas. Surtout ne me plaignez pas.
Évidemment, pour vous qui me voyez pour la première fois,
je ne suis qu'un pauvre paralytique.
Pourtant, je suis heureux.
Mon secret ?
Je regarde ce que j'ai et non pas ce que je n'ai pas.
C'est vrai que mes jambes sont mortes,
mais je suis confortablement installé dans mon fauteuil,
et avec lui, je peux presque tout faire.
Et puis il me reste mes mains, mes bras, ma tête évidemment,
et ma queue. Je vous assure qu'elle fonctionne bien.
Aussi bien que ma petite voiture, n'est-ce pas, Jeanne ?
Et cette piscine ? Cette villa de rêve ?
Elles sont à moi.
Vous croyez que j'aurais pu me les payer sans la prime de mon assurance ?
Tout est simple.
Regardez ce que vous avez, et non pas ce que vous n'avez pas.
Bientôt vous aussi, vous comprendrez.
D'ailleurs pour supporter votre vie, vous n'aurez pas le choix.
Il faut que je mette un peu d'ordre.
Le rapport ? Ah, le voilà !
D'après le rapport de police qui a reconstitué les événements
en se basant sur différents témoignages et constatations,
voici ce qui s'est passé dans la soirée du 11 août de l'année dernière.
Un individu, Durieux Alain, c'est moi,
a tenté de se jeter du dernier étage de l'immeuble de la Mutuelle Vie,
la compagnie d'assurance pour laquelle il travaillait.
Je n'avais pas une égratignure,
mais ils m'ont conduit aussitôt à l'hôpital psychiatrique de la ville.
Qu'est-ce que tu veux, mon amour ?
Je cherche la cassette de l'hôpital.
Je les ai apportés.
Elles sont dans mon attaché-case, sur le fauteuil de l'entrée.
Pierre !
Pierre !
J'ai examiné votre dossier.
Marié, travail régulier,
pas de problème financier.
Apparemment, vous avez tout pour être heureux.
Voilà, c'est exactement ça.
J'ai failli crever de bonheur.
Allons, allons, M. Durieux.
On m'avait toujours dit que les psychiatres ressemblaient aux flics.
Vous êtes encore mieux. Vous le faites aux sentiments.
Je vous écoute.
Après tout, maintenant ou plus tard.
Ce sera qu'une histoire minable de plus à classer dans vos archives.
À 20 ans,
un type a voulu être un grand avocat pour défendre les malheureux contre l'injustice.
À 30 ans, il essaie de fourguer des assurances à ces malheureux,
en les arnaquant plus ou moins.
Je peux vous guérir.
- Une thérapeutique toute nouvelle. - Faudra d'abord guérir ma vie.
Quant à vous servir de cobayes, il n'en est pas question.
Pourquoi tu t'intéressais à moi ?
Tu représentais le modèle parfait du dépressif urbain.
Tout était moyen chez toi.
Ta vie, tes rêves, tes désirs.
Je tenais absolument à ce que tu sois mon premier flashé.
Et comment as-tu réussi à me convaincre ?
Sauvez-le, docteur, je vous en prie.
Je peux guérir votre mari.
Il s'agit d'un tout nouveau traitement qui s'applique à son cas.
Mais il me faut votre accord.
Vous lui en avez parlé ?
Madame, il a accepté.
Mais il est dans un état de dépression aiguë.
Son accord n'a pas grande valeur.
Je ne veux pas qu'il souffre.
Le flashage - c'est le nom de ce procédé - est absolument indolore.
Pierre.
J'ai fait couler le bain très chaud comme tu l'aimes.
Viens vite avant qu'il ne refroidisse.
Excuse-moi.
La suite, Pierre s'était bien gardé de l'enregistrer.
Je crois qu'il avait un peu forcé les événements.
Le lendemain matin, Joëlle, son assistante, est venue me chercher.
Allongez-vous là.
- Qu'est-ce que c'est ? - Il s'agit d'un scanner.
Un appareil de radiographie couplé à un ordinateur
qui permet d'obtenir la représentation de la structure interne de votre cerveau.
Quelle chance vous avez, docteur. Vous allez découvrir des merveilles !
Cette zone est l'hypothalamus.
Je vais focaliser un court instant
sur un point extrêmement précis.
Un rayonnement de micro-onde.
J'espère que votre angoisse disparaîtra.
Vous ne sentirez rien.
Alors, tu rêves ?
- Tu viens avec nous au tennis ? - Non.
Merci, j'ai encore à faire.
Et pourquoi tu écris ?
Pense à notre enfant. Je veux qu'il sache.
Ça l'interessera peut-être. Et puis, il y a les droits d'auteur.
Ah bon !? À tout à l'heure, mon amour.
Une semaine plus tard, je sortais de l'hôpital.
Ne sois pas inquiète. Ça va.
Je ne me souvenais pas à quel point notre ville me plaisait.
C'est bon de se retrouver chez soi.
Vous êtes déjà là ?
Si je voulais lui faire l'amour, il fallait que j'arrange les choses avec Édith.
- Mais on est trois. - Non.
- Elle descendra pas. - Pourquoi ?
T'en veux encore ?
Tu te souviens pas ?
D'accord, je l'ai traitée de "vieux clown peinturluré",
mais il n'y a pas de quoi en faire une histoire.
D'ailleurs, je trouve qu'elle se maquille beaucoup mieux maintenant.
Bon.
Je vais la chercher.
- Qui est-ce ? - C'est moi, Édith.
- J'aimerais que vous nous rejoignez. - Non, je n'ai pas faim.
Édith.
C'est mon premier dîner en famille, je vous en prie.
Je suis fatiguée.
Vous avez pourtant l'air en pleine forme.
Un teint... Une peau de jeune fille.
Vous dites ça pour me faire plaisir.
Non, je vous assure.
Bon, c'est pour vous.
Alors donnez-moi le bras.
- Tiens. - Non merci.
C'est du Châteauneuf.
- Je l'ai acheté spécialement pour toi. - J'ai assez bu. Je suis bien comme ça.
Tu sais qu'Alain m'a dit que j'étais très en forme en ce moment.
Ça fait 3 semaines que je fais cette cure d'extraits placentaires et je trouve que ça me fait...
un teint formidable.
Faudrait que j'en donne à ta marraine. Elle en a sérieusement besoin.
Tu sais qu'on nous a changé notre Alain !?
Il est souriant, poli, propre comme un sou neuf.
Maman, je t'en prie.
Je lui fait un compliment.
Il est là, avec nous, et tu en parles comme s'il n'existait pas.
Écoute, ma petite fille, avec ma sensibilité...
T'en as pas. Comment est-ce que tu veux parler de ta sensibilité ?
L'engueulade a commencé selon un processus que je connaissais bien.
Avec toi, même une sainte perdrait son calme.
Je t'ai donné, tout sacrifié, les meilleures années de ma vie.
- Et les responsabilités quand ton père est mort... - Maman !
J'aime bien ce monde qu'ils décrivent.
Tout est doux, confortable, harmonieux.
Tiens, il faudra que je me coiffe comme lui.
- Mon Dieu, c'est un monde ! - Maman !
Maman, je t'en prie. Arrête !
Maman, ouvre-moi.
Ces bas. Ce qu'ils iraient bien à Jeanne.
Le bas de l'an 2000.
Décidément, il faudra que je lui achète ces bas.
On est bien, hein ?
Oh oui !
Salut Armand !
Alors, toujours tiré à quatre épingles ?
Mais dis-moi,
j'ai l'impression qu'ils ont changé la couleur de ta combinaison. Elle est plus lumineuse.
T'as remarqué !? Oui, c'est mieux.
Je suis passé conducteur de benne et ça me permet de rester propre facilement.
Bravo, mon vieux. Mais pourquoi tu fais le ménage ?
J'aime bien. Quand j'habitais ici, c'est toujours moi qui le faisais.
Je suis content que ce soit toi qui aies acheté la villa.
Tu t'en occupes bien. Moi finalement, je n'ai que des avantages.
Tu prends un bain ? Tu veux que je t'aide ?
Non, merci.
Amuse-toi bien. Fais comme chez toi.
Et vous souriez ! Mais vous devriez avoir honte, M. Durieux !
Vous mentez à ma secrétaire. Vous lui faites du charme.
Vous obtenez enfin un rendez-vous et vous venez harceler un homme surmené.
débordé de travail comme moi, et sous prétexte d'investissements,
vous essayez de me refiler un de vos contrats de merde !
Mais qu'est-ce que vous voulez que je foute d'une assurance sur la vie ?
Je vais très bien, merci.
Je suis en plein forme, encore jeune. Quel âge avez-vous ?
- 35. - Comme moi.
Vous, mon vieux, quel bilan !
Vous en êtes encore à traîner la savate, à trier, à faire des bassesses...
Avant, je n'aurais pas supporté qu'un type me parle ainsi.
Maintenant, de le voir s'agiter devant moi, ça m'intéressait plutôt.
Comme si j'observais un gros insecte, pris au piège, qui bourdonnait.
Vous n'êtes qu'un minable ! Un pauvre type !
Vous n'existez même pas.
Qu'est-ce que vous attendez pour foutre le camp ?
- Vous ne me l'avez pas demandé. - Oui, c'est vraI
- M. Durieux. - Oui ?
Comment faites-vous pour garder votre calme devant des types comme moi ?
Ça serait trop long, et je ne voudrais pas...
Eh bien voilà :
je regarde ce que j'ai et non pas ce que je n'ai pas.
Vous, par exemple, vous devriez être heureux.
Oui, c'est ce que je me dis.
Pourtant, lorsqu'il m'arrive de faire le bilan, je ne sais plus où j'en suis.
Ça y est. J'avais ouvert les vannes.
Ça devait être mon bon sourire qui maintenant lui inspirait confiance.
Pour réussir, je réussis. Plus je réussis, plus je travaille.
Plus je travaille, plus je gagne. Plus je gagne, plus je dépense.
Je peux plus m'arrêter de travailler parce que je dépense trop.
Ma femme et mes enfants sont habitués. Je leur passe du fric pour avoir la paix.
Écoutez celui-là. Je crois que c'est mon préféré.
M. Durieux, je sens que vous me comprendrez.
J'en ai assez, je ne dors plus. Je ne pense qu'aux traites et au fric.
Et encore au fric. Je ne baise plus. J'ai peur de l'avenir.
Montrez-moi ce contrat.
Je ne veux pas vous forcer, surtout.
Écoutez-le, cet hypocrite. "Je ne veux pas vous forcer, surtout".
Tu as le truc pour les faire parler, ces cons.
C'est facile. Ils sont tous plus ou moins angoissés.
Angoissé ou pas, j'aurais insulté ton mec.
Justement, ce serait la dernière chose à faire.
Donnez-moi votre cassette. Ça intéressera les gens du marketing.
En tous cas Alain, je ne regrette vraiment pas de vous avoir donné une deuxième chance.
Vous avez presque atteint le chiffre d'affaire de Marc, notre meilleur représentant.
C'est à nouveau très performant.
Ah, autre chose :
je viens d'être nommé directeur du département étranger.
Nous sommes très heureux pour vous.
Mon poste actuel va être vacant. Vos résultats seront examinés à la loupe.
Que le meilleur gagne ! À demain, messieurs.
Ce sera à toi de jouer, maintenant.
Tu peux pas savoir comme ça me fait plaisir de te voir rétabli.
Tu m'en veux pas ? J'ai pas toujours été gentil avec toi.
Non, c'est moi qui déraillait. Je m'apitoyais sur moi-même.
Je ne savais plus où j'en étais.
On ne va pas se quitter comme ça !
Je vous invite avec Jeanne. On va faire la fête.
- Oui, mais Édith ? - Eh bien, on l'emmène.
Excusez-moi, je reviens tout de suite.
À ton rétablissement !
Je suis heureuse, tu sais.
Tu es tellement gentil avec moi.
Et avec Édith.
Allez viens. Ce soir, j'ai envie de m'amuser.
- T'en fais pas ? - Non.
J'ai passé l'âge. Je vais vous regarder.
Vous allez voir ce que vous allez voir.
J'ai été championne scolaire.
Votre main, madame.
Eh, maman. Viens !
Allez, le premier au bar !
- J'ai gagné ! - Maman !
- Ma petite maman ! - J'étais la première, hein !? Quand même !
- Tu viens, on va danser ? - Non, on peut pas la laisser comme ça.
Mais si, justement. Elle ne s'apercevra de rien.
Regarde-la, la pauvre vieille. Elle est complètement dans les vapes.
On rentre.
Allez viens !
J'ai compris qu'il ne fallait pas insister.
On s'amusait bien pourtant.
Le lendemain matin, la vieille avait déjà récupéré.
- Bonjour. - Comment ça va ?
Ça va, sauf que... vous avez vu ce bleu.
Enfin. T'as bien dormi, mon bébé ?
- Et toi ? - Ça va.
J'arrive.
Il est gentil, quand même.
M. Borne est un de nos experts les plus remarquables, rien de lui résiste.
Je dois dire que j'en ai coincé plus d'un. Question de flair.
Je repère tout de suite ceux qui veulent nous mettre dedans.
J'avoue qu'avant, je mène ma petite enquête.
Par exemple Vivien, le type que nous allons voir.
J'ai de très mauvais renseignements sur lui.
Je sens qu'on va bien s'amuser. Celui-là, on va le coincer.
J'en suis sûr.
Nous représentons la Mutuelle Vie. On nous attend.
Magnifique !
Voilà le système anti-incendie. Regardez.
Toutes les normes étaient respectées.
Beau résultat, vraiment !
Allô. Oui, ils sont là.
C'est ce que je leur montre. C'est ça, d'accord.
Merde ! Laissez ça. Vous ne trouverez rien.
Qu'est-ce que vous voulez encore savoir. Ça brûle, ça explose, ça vous suffit pas ?
M. Vivien, il s'agit d'un sinistre de plusieurs millions.
Nous devons nous informer calmement.
Attendez.
Oui, ne quittez pas. Si vous y tenez...
M. Cyclier, notre directeur du service sécurité vous pilotera.
Alors, c'est les canalisations d'eau. Tout est normal.
Je pense que c'est pas très prudent de continuer. Venez.
- Il a raison, on pourra plus revenir. - Allons, Marc.
Je suis sûr que M. Borne a encore quelques petits détails à vérifier.
Après tout, ce sont les risques du métier. N'est-ce pas, M. Borne ?
Je suis sûr qu'il n'y a rien à craindre.
Ça va ?
Allez, ce n'est rien.
Dépêchez-vous, M. Borne. Y a pas que ça...
- Après, on pourra plus passer. - Ça y est. Je crois que j'ai...
Je vais chercher du secours. Je reviens.
Il faut le sortir de là.
M. Borne ?
Qu'est-ce que vous avez vu ? Aidez-nous.
La vanne... le tuyau... c'est pas la même section.
C'est l'alliage de la vanne. Je savais que...
Ça y est. On les tient.
Aide-moi.
Et lui, on le laisse là ?
Il est mort. Qu'il reste ici ou ailleurs, ça ne changera rien pour lui.
Et puis, on peut pas.
M. Borne s'était éteint en mettant sur la paille un client de la compagnie.
Somme toute, une belle mort pour un expert en assurance.
On est bien, hein ?
Y a de la joie bonjour bonjour les hirondelles
Y a de la joie dans le ciel par-dessus le toit
Y a de la joie et du soleil dans les ruelles
Y a de la joie, partout, y a de la joie
Tout le jour, mon cœur bat, chavire et chancelle
C'est l'amour qui vient avec je ne sais quoi...
Faudra la rendre à sa veuve. Allez.
À demain, mon vieux !
Le gris boulanger bat la pâte...
Laissez-moi. Je vais terminer.
- Bonne journée, Alain ? - Excellente, merci.
- Vos collègues ? - Gentils.
Je suis juste un peu déçu par leur manque de sang-froid.
Je les écraserai.
Je veux dire que je les distancerai facilement.
Très bien. Votre sommeil ?
Je dors si bien que je récupère en 5 heures et que je me réveille en pleine forme.
Pour avoir la conscience tranquille, on va quand même faire un petit EEG.
Un électro-encéphalogramme.
Asseyez-vous.
Je vous présente Charles.
Mon premier flashé.
C'est en quelque sorte votre ancêtre.
Je l'ai fait venir du zoo ce matin pour un petit check-up de routine.
Je l'ai réussi aussi bien que vous. Cette comparaison ne vous vexe pas ?
Non, voyons.
Vous savez que c'est un vrai don juan.
Depuis que je l'ai traité, toutes les gueunons sont folles de lui.
Je les comprends. Je le trouve très séduisant.
Vos ondes sont parfaites.
Un tracé idéal, aussi bon que celui de Charles.
Avant le flashage, il dépérissait comme vous.
Mais soyez rassuré, il est complètement guéri maintenant.
Comme vous.
Mais n'essayez pas de me rassurer, docteur. C'est inutile.
Je n'éprouve plus aucune angoisse.
- Vous devriez le savoir, pourtant. - Il a raison, j'oubliais.
Tu as froid ?
Non s'il te plaît. Je t'en prie.
Dors bien, ma chérie.
Dis-moi Alain, pourquoi tu m'aimes ?
Quelle drôle de question !
J'ai pas envie de te répondre.
Allez, dis-le-moi.
Je crois que c'est parce que tu es vraiment jolie.
La plus jolie femme que je connaisse.
Je suis habitué à toi.
Et c'est bon. J'ai pas envie de changer d'habitude.
Qu'est-ce qu'il y a encore ?
Laisse-moi réfléchir.
J'ai toujours envie de te faire l'amour.
Je voudrais un enfant de toi.
Et puis surtout,
il y a ta peau.
Elle est si douce, ta peau.
Je crois que c'est ça le plus important.
Ta peau, elle est formidable.
Éteins, s'il te plaît.
Vous êtes un pauvre type ! Un minable !
Une épave, c'est ça.
Giraud organisait chaque semaine des simulations de résistance passive entre ses représentants.
C'est moi qui le leur avait suggéré.
Et votre femme, qu'est-ce que vous croyez qu'elle fait pendant que vous travaillez ?
C'est une pute !
Une salope, vous m'entendez !?
Non, je ne peux pas. Avec lui, il n'y a rien à faire.
- C'est à vous, Marc. - Non, très peu pour moi.
C'est un jeu de dingue.
D'ailleurs, ça ne m'étonne pas. C'est lui qui vous en a donné l'idée.
- Vous avec mis le doigt dans l'engrenage... - Ça suffit.
Si vous vous sentez fatigué, mon cher Marc, prenez quelques jours de repos.
À tout à l'heure, messieurs. Venez avec moi, le patron veut vous voir.
Je vous en prie, messieurs. Asseyez-vous.
Qui aime bien espionne bien.
Non, je ne peux pas. Avec lui, il n'y a rien à faire.
Vous êtes formidable. Vraiment le meilleur.
Regardez ce pauvre Marc. Lui aussi, vous l'avez fait craquer.
Il file un mauvais coton.
Vous savez que les gens du marketing ont déjà donné un nom à votre technique ?
Ils appellent ça l'effet Durieux. L'effet du silence souriant.
Un test infaillible pour évaluer le degré de résistance nerveuse de nos cadres.
Continuez, mon cher Alain.
Grâce à vous, nous ferons le vide et nous ne garderons que les meilleurs.
Maman, viens voir la voiture.
Quel temps de rêve !
- Bonjour. - Bonjour, comme ça va ?
- Toujours aussi belle. - C'est gentil.
Je lui avais dit que c'était une folie.
Je trouve qu'elle va bien à Jeanne. Elle est dans la même ligne.
Venez.
Tu veux l'essayer ?
Tu ne crains pas que ce soit une trop grosse dépense pour toi ?
Non, mes pourcentages augmentent. Je n'aurai aucun mal à payer les traites.
On dit toujours ça au début.
J'en sais quelque chose.
Les traites finissent par s'additionner, par vous grignoter comme un cancer.
Tu sais, je trouve que tout est beaucoup plus simple.
Si je ne peux pas payer les échéances, ils me reprendront la voiture.
Et alors, j'en aurais profité.
De toute manière,
je n'ai pas d'inquiétude pour mon avenir à la Mutuelle, ou à une autre compagnie.
Détends-toi, mon vieux.
Détends-toi un peu, c'est dimanche.
- Ah non ! - Mais arrête !
Oui !
Allez-y. Ce que c'est bon. Ça fait du bien.
Là.
Maman, ça suffit !
Ça suffit !
Venez, je vais vous sécher.
C'était bon.
Qu'est-ce qu'il a ?
Rien.
J'aime cette villa.
Tu verras bientôt, on en aura une comme ça.
Alain, tu viens faire une partie de ping-pong ?
Maman, viens voir. C'est la première fois que je vois papa en train de perdre.
Bravo Alain ! Allez-y !
21-20 pour Alain.
Salaud, tu l'as fait exprès.
Pour m'humilier devant mes gosses. Dommage que tu aies raté ton suicide !
Tais-toi ! Marc, ça suffit ! Allez viens !
J'aurais sa peau à ce salaud !
Il vaut peut-être mieux partir.
Tu l'as fait exprès ?
Évidemment.
Quand on joue, c'est pour gagner. Comme dans les affaires.
Décidément, j'aime de plus en plus ton mari !
Vous êtes devenu un battant !
Tais-toi ! Comme toujours, tu comprends rien.
Je t'ai déjà dit de ne pas me parler sur ce ton.
Tu me dois quand même un minimum de respect.
Tu t'es vue tout à l'heure montrer tes fesses et ta cellulite à tout le monde ?
- Je n'ai pas de cellulite ! - Anna avait raison.
Regarde-toi en face avec ton rimmel, tes tartines de crème et tes crayons de couleur.
Quand est-ce que tu vas accepter de vieillir ?
Qu'est-ce que vous en pensez, Alain, sincèrement ?
Il te dira rien, Alain. Plus maintenant. Il sera gentil.
C'est pire, il s'en fout, Alain.
Elle n'avait pas tort. Je m'en foutais vraiment.
Et ta péritonite ? Pendant 5 nuits de suite, je t'ai veillée.
- Tu t'en souviens pas ? - Non, j'avais 10 mois.
Mais les liens de sang. Le cordon ombilical, ça existe.
- Embrasse ta mère. - Arrête.
T'as jamais été une mère pour moi.
Elle est vraiment pas gentille.
Vous, au moins, vous avez du cœur.
Je ne la supporte plus.
Je ne la supporte plus.
Oh non, je t'en prie. Pas maintenant !
Peut-être vaudrait-il mieux qu'on aille vivre ailleurs ?
Je peux pas la laisser seule. C'est ma mère après tout.
Je n'avais pas le choix.
Il fallait que je fasse son bonheur malgré elle.
Vous avez vu comme elle me parle ?
Vous ne trouvez pas qu'elle exagère ?
Ce n'est rien.
Elle est juste un peu nerveuse.
Ça passera.
- Je suis quand même pas mal. - Oui, Édith.
- Mes seins sont bien. - Très bien, Édith.
Ma cellulite.
Elle rêve. Je n'ai pas de cellulite.
- Pas une once de graisse. - Vous avez raison, Édith.
Qu'est-ce que vous faites ?
Ça développe tous les muscles du fessier à l'extension des orteils.
- Je peux essayer ? - Je vous en prie, Édith.
Merci.
C'est amusant.
Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai eu l'idée.
J'ai senti qu'une occasion comme celle-là ne se représenterait peut-être jamais.
Je n'avais pas le droit de la laisser passer.
Je peux plus.
Mais j'ai voulu donner une chance à Édith.
Maintenant, quelques mouvements respiratoires.
Allez, un peu de repos.
Édith.
Vous ne croyez pas qu'il vaudrait mieux que Jeanne et moi quittions la maison, pour vous.
Ah non. Ça n'est qu'une enfant. Elle a encore besoin de moi.
Non, je ne l'abandonnerai jamais.
Tant pis, elle l'aurait voulu.
Bon, nous continuons ?
Suivez-moi.
Allez.
Bien, nous allons exécuter quelques tractions pectorales
remarquables pour les seins.
Bien, Édith. Allez.
Encore un petit effort.
Encore.
Vous me tuez.
Maman !
Décidément, je n'y comprenais rien.
Cette mort ne lui faisait pas plaisir.
Alors là, je m'en doutais pas.
Tu m'as bien eue.
C'est toi qu'a tué maman ?
Enfin, elle sera morte comme elle aura vécu.
En gardant la forme.
Dis-moi, mon chéri.
Qu'est-ce que tu veux comme asaisonnement pour la salade ?
De la vinaigrette ou du citron ?
C'est quoi comme salade ?
De la frisée.
Alors je crois que je préfèrerais du citron.
Très bien, mon amour.
Devine ce que je t'ai préparé.
Ton plat favori : du sauté d'agneau.
J'ai pas faim.
Mais mange.
Je t'en prie.
Tu devrais manger quelque chose, ma chérie.
Non.
Je ne veux pas manger. Je mangerai pas.
Écoute, Jeanne.
Y a presque un mois qu'Édith nous a quitté. Faut te resaisir.
Ça ne sert à rien de pleurer puisqu'elle est morte.
Tiens, c'est vrai.
J'y avais pas pensé.
Qu'est-ce qu'on va faire, Alain ?
D'abord, on va vendre la maison.
On en achètera une autre, moderne, très grande, très claire.
- Je veux des enfants. - Tu veux des enfants ?
Eh bien baise-moi. Vas-y !
Sois patient.
Je suis malheureuse.
Tu devrais aller faire un tour.
Ça ira mieux plus tard.
Vous avez l'air de bien le connaître.
Oui, nous habitions le même immeuble.
Vous me rappelez quelqu'un mais je ne sais pas qui.
C'est ma coiffure ?
La même que la fille des cigarettes Gitanes.
Mais vous, j'y suis.
Vous avez la coupe de cheveux du type de la pub Martini.
- On est bien, hein ? - On est bien, hein ?
Est-ce que par hasard, Charles, vous ne l'auriez pas connu à l'hôpital ?
Venez prendre un verre. On va fêter ça.
Je me sentais encore mieux. Je n'étais plus seul.
- On peut pas dire que ce soit l'extase. - Oh non !
Ça alors !
Et pourtant, qu'est-ce que tu es jolie, Sophie. Tellement mince !
Si tu m'avais vue avant, j'étais énorme.
Tu vois mon ventre ? Dégueulasse, plein de plis.
Tout ça à cause d'un type.
Je trouvais qu'il m'aimait plus autant.
Alors je bouffais. Je devenais de plus en plus grosse.
- Il m'aimait de moins en moins.
- Tu l'as revu ? - Non. Il est parti à l'étranger.
Mais c'est pas grave, tu sais ?
Je finirai bien par rencontrer l'homme de ma vie.
- Faudra que je te présente les autres. - Quels autres ?
Les autres flashés, évidemment. On est une bonne vingtaine en traitement.
- On se revoit souvent. - Mais je ne savais pas.
T'étais le premier. 2 mois au moins avant nous tous.
Tu ne pouvais pas nous connaître.
- Tu veux en rencontrer un ce soir ? - Oui, bien sûr.
Cette villa, dès que je l'ai vue, j'ai compris que c'était celle dont je rêvais.
Et vous voyez, j'ai finalement réussi à me la payer.
Salut. Armand. Alain.
Comme vous voyez, ma femme a presque tout emporté avant de me quitter.
Heureusement elle m'a laissé mes plantes vertes,
ma télé,
et ma piscine.
- Si vous voulez en profiter... - Non merci. Je viens de faire trempette.
Asseyez-vous, je vous en prie.
Ça, ce sont mes vidéocassettes. J'y tiens énormément.
Elle a été très gentille. Elle les a pas prises.
Qu'est-ce que je vous sers ? Pas d'alcool, évidemment.
Non, bien sûr.
J'ai un truc délicieux aux fruits de la passion.
- Ça ressemble à un bonbon acidulé. - D'accord.
- Il est gentil, n'est-ce pas ? - Très.
J'aime sa maison. Il va bien avec.
Tu verras les autres. Ils sont au moins aussi formidables que lui.
- Vous verrez, c'est délicieux. - Merci.
J'ai tout.
Western, dessin animé.
Et une sélection de publicités.
- Oh oui ! - La pub !
Chic, moi aussi, c'est ce que je préfère.
St Marc, je la connais par cœur. Elle est très chouette.
Les déménageurs avec la baignoire après le tableau avec les chaussettes de la fille.
Dis donc, t'es fort !
Après c'est le valet de chambre.
Après, c'est le chevalier avec le drap.
Je la connais par cœur. C'est super !
Les frites !
Végétaline est fluide.
Si fluide qu'aussitôt sorties du bain, les frites s'égouttent rapidement,
se sèchent toutes seules. Dorées, croustillantes...
Celle-là, regardez-la bien.
Qu'est-ce que vous pensez de la combinaison verte à gauche ?
Je la trouve très bien.
Moi aussi. Elle doit pas être salissante.
Ça me fait plaisir. Je viens juste d'acheter la même pour mon nouveau travail.
Oh, c'est celle que je préfère !
Banga, qu'est-ce que c'est ?
Dans Banga, y'a des fruits juste ce qu'il faut
Dans Banga, y'a de l'eau Oui mais pas trop
Y a des fruits, y a de l'eau
On peut boire à gogo, à gogo de Banga
Banga c'est rigolo On n'en boit jamais trop
C'est frais, c'est aux fruits C'est Banga
C'est quand même bon de se retrouver entre gens vraiment normaux.
Alain, mon chéri. Le repas est servi.
Sois gentil. Va prévenir Armand.
Bien mon amour.
Armand.
- T'as besoin de moi ? - Mais non, à table !
Le premier arrivé, d'accord ? Je compte : 1, 2, 3, partez !
Prem' !
Parfois, je suis un peu jaloux. J'aimerais bien avoir un fauteuil comme le tien.
Je te le prêterai bientôt. Je te le promets.
C'est gentil, merci.
Bon appétit !
Entrez.
- Bonsoir M. Durieux. - Bonsoir Mlle Yvette.
Voilà, ma mère voudrait souscrire une assurance-vie.
Est-ce que vous pourriez me donner quelques renseignements ?
Voici une documentation extrêmement détaillée,
qui prévoit tous les cas avec leur indemnisation.
Maladie, amputation,
incapacité permanente partielle ou totale,
accident de la route, de chemin de fer, etc...
Tremblement de terre, inondation. Vous verrez, c'est passionnant.
Merci infiniment, M. Durieux.
Pardon, Mlle Yvette.
Oui, M. Lebel ?
Vous pouvez me dire pourquoi vous avez parlé à M. Durieux plutôt qu'à moi-même ?
Dites-moi la vérité, je vous mangerai pas.
Eh bien voilà : M. Durieux a l'air tellement heureux.
Il sourit tout le temps. Ça inspire confiance.
Et puis tout le monde sait qu'il va bientôt remplacer M. Giraud comme chef de secteur.
Merci, mademoiselle.
Tu vois, t'es plus fort que nous.
Tu te laisses aller, c'est tout.
Regarde ta chemise, elle est sale.
Tu n'as pas mis les pieds chez le coiffeur depuis un mois.
Tiens, tu commences à ressembler à ce que j'étais avant.
Ça c'est vrai, tandis que toi...
Mon vieux, fais attention.
Si tu n'atteins pas ton chiffre d'affaire le mois prochain,
nous allons être obligés de nous séparer de toi.
Je sais, je sais.
Écoute, ce soir, je suis invité chez des amis.
Il y aura des gens très sympathiques, viens !
- Ça te changera les idées. - C'est ça, d'accord !
Merci d'être venu.
Oh, formidable !
Exactement ce qu'il fallait pour ma télé.
Venez.
Bon, je vous laisse.
Je te remercie de m'avoir invité à un déménagement.
Les amis, si vous voulez piquer une tête dans la piscine avant qu'on s'en aille,
c'est le moment ou jamais.
Je fais la bombe !
On arrive!
Ah tiens !
Je vous présente Nicole. La meilleure vendeuse que je connaisse.
Haut-de-gamme. Si t'as besoin d'une collaboratrice vraiment performante,
pense à elle.
Marc.
- On se baigne ? - J'ai pas de maillot.
Ça !
T'as raison. Elles sont très sympathiques.
Les amis, il est temps de partir. Dépêchez-vous.
On va au bal masqué ?
Non, il vient d'entrer au service du nettoiement. Enfin, il est éboueur.
Dis donc, ça rapporte, les ordures !
Je suis heureuse que vous ayez rencontré Sophie et que vous nous ayez rejoint.
On commence à former une vraie famille, regardez.
Il y a tout parmi nous.
Ingénieur, ouvrier, industriel, avocat. Il y a même un flic.
- Et vous, quel est votre travail ? - Je suis négociante.
Je vends des chaussures dépareillées sur les marchés.
- Ce n'est pas trop difficile ? - Non.
Je choisis des quartiers minables.
Plus les gens sont pauvres, plus on a de chance de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.
Voilà la représentante qu'il nous faut !
Elle a déjà l'esprit de la compagnie.
Mais elle ne connaît rien aux assurances.
Si elle est capable de fourguer des chaussures dépareillées, elle peut tout vendre, même une assurance-vie.
Elle est mignonne, n'est-ce pas ?
Et puis tellement plus facile à entretenir que l'autre, pour un célibataire comme moi.
Et elle est à deux pas de mon nouveau travail !
J'adore la soupe et la salade de choux. Je vais en planter des tas.
Pour le desser, vous devriez faire pousser quelques ananas.
Au docteur Valois, qui nous a apporté à tous le bonheur.
- Vous étiez tous à l'hôpital ? - Oui.
Allez mange !
Je te prends un bout de pain.
Il ne faut jamais désespérer.
Armand, c'était un industriel à la manque qui a fait faillite.
Maintenant, il a trouvé sa voie.
Regarde comme il est heureux.
Pour nous, l'avenir n'est jamais bouché.
Il y a toujours un espoir, mon vieux.
- Tu n'as pas faim ? - Non, ça suffit.
Ou tu te fiches de moi, ou tu es complètement cinglé.
Mais vu l'ambiance générale, j'opterais plutôt pour la seconde proposition.
Salut vieux.
Mesdames.
Qu'est-ce qu'il a, ton copain ?
Ça ne va pas. Je crois qu'il devrait voir le docteur Valois.
Ah, je comprends. Il n'est pas flashé.
Je le trouvais un peu bizarre, aussi.
Regardez.
Le soleil qui se lève sur la montagne de verre.
Regardez comme elle brille.
Voilà, nous zoomons de Charles vers M. Durieux
sur le texte suivant. Je vous demande de le dire pour le minutage.
- Moteur. - Ça tourne.
- Annonce. - Dr. Valois, 15, première.
Joëlle, à vous !
Sans Charles le chimpanzé, premier être vivant à avoir été flashé,
jamais M. Alain Durieux ne serait devenu en quelque sorte
le premier explorateur du bonheur électronique.
Coupez !
Parfait. C'était parfait.
Bon, maintenant nous allons passer à l'interview du docteur Valois.
Docteur, si vous voulez venir avec moi. Jacquie
Viens avec la caméra vidéo. Le son suit.
J'espère que vous êtes aussi comblé que lui.
Je n'ai pas à me plaindre.
Vous ne trouvez pas qu'il a une attitude bizarre ?
C'est Johnny. Avant, il était le chef de la bande.
Charles a pris sa place. Il crève de jalousie, c'est normal.
Il ne va pas bien du tout.
Si ça empire, on le flashera, voilà tout.
Dr Valois, 20, première.
Mme Durieux, avez-vous quelques mots à ajouter ?
Jamais je ne remercierai assez le docteur Valois pour le bonheur
- que j'ai enfin retrouvé dans mon foyer. - Coupez !
Très bien, madame. C'est parfait.
Mais souriez un peu.
Non madame. Excusez-moi.
Vous allez recommencer avec un peu plus de douceur.
Si je vous le fais en ménagère cochonne, vous aimez ?
Parfait, c'est exactement ça, madame.
Mon Dieu, le plat d'Édith !
Laissez-moi vous aider, madame.
Non merci, docteur, vous avez déjà tant fait pour moi.
- Vous voulez qu'on arrête le tournage ? - Non.
Jamais je n'oublierai ce bonheur que j'ai enfin retrouvé dans mon foyer.
Je vais me changer.
Je trouve votre femme bien nerveuse.
Elle a perdu sa mère il y a un mois. Elle est encore très affectée.
Ah, je comprends.
Je suis désolé.
Encore merci, chère madame, de votre hospitalité.
Vous avez été très patiente.
Docteur ?
Non, rien.
Viens mon chéri. On va dîner, pour de vrai, cette fois.
Je suis sûre que tu dois avoir faim.
Un peu d'eau, mon chéri ?
Merci, mon amour.
Veux-tu que je te pèle ta poire, mon amour ?
Oui, merci.
Ce que tu es jolie, comme ça.
Tu me rappelles la fille des petit pois Riquet. Tu es formidable.
Merci, mon amour.
Pourtant, je croyais que je ressemblais à la fille des saucisses Poppie.
C'est vrai. Tu as raison. Les saucisses Poppie.
- On est bien, hein ? - Oui.
On est bien, on est bien, on est bien, on est bien...
Il fallait qu'elle arrête. Elle allait se blesser la gorge.
Excuse-moi, ma chérie.
Allô, oui ?
Bon d'accord, M. Giraud.
Je comprends. Je passe.
Oui, j'arrive.
Voilà notre nouveau chef de secteur qui accourt,
au volant de sa puissante voiture.
Salut, Alain.
Ça fait plaisir de te voir.
D'abord Jeanne, maintenant Marc. Qu'est-ce qu'ils avaient tous, ce soir-là ?
Faut arrêter ça !
Dès qu'on veut approcher, il menace de se jeter dans le vide. Il est capable de le faire.
Quelle publicité pour la compagnie. Y a déjà eu votre suicide, et maintenant l'autre.
Ne vous en faites pas, je vais arranger ça.
Et cette merveilleuse machine, Triomphe Adler.
Non, pas la machine !
À mémoire et correction automatique !
En l'honneur de notre ami Alain,
un,
deux,
trois.
Non, foutue.
Vous êtes assuré contre le bris de matériel.
Oui, mais pas quand il est provoqué par le personnel de l'entreprise.
Vous oubliez l'article 55b du paragraphe 3 ter
qui concerne les cas de démence manifeste.
Eh Alain, tu viens me donner un coup de main ?
J'arrive !
Vous voyez ce que je vous disais ?
- Qui est-ce ? - Moi.
N'essayez pas de me tendre un piège sinon je tire.
Tu vois, moi aussi je sais faire le vide.
C'est mieux, n'est-ce pas ?
Tant pis. Cigare ?
Non merci.
C'est vrai, j'oubliais. Tu ne bois plus, tu ne fumes plus.
Il est parfait, notre Alain.
Tout beau, tout neuf.
C'est affreux, ce machin-là.
Viens. Aide-moi.
Encore un effort.
Quel silence ! Quelle paix !
Tu vois, dans 2 minutes, le père Marc...
- Et puis plus rien. - Écoute, mon vieux.
Tu devrais consulter le docteur Valois.
Ouais, pour devenir comme toi et les autres ?
Jamais. Je préfère me suicider, tu comprends ?
Seulement moi, je ne veux pas me rater.
D'ailleurs, j'ai un petit conseil à te demander.
Viens voir.
Si j'essaye de me jeter de là, je risque de m'accrocher à la lettre.
On m'accuserait de plagiat. Ça m'embêterait beaucoup.
Qu'est-ce que t'en penses ?
Ben voilà, si tu sautes d'ici,
en prenant bien ton élan,
il n'y a aucun risque, ça marchera.
Mais tu n'as pas peur que je te balance dans le vide ?
Tu ne me détestes pas à ce point.
Non c'est vrai. Je ne peux même pas te détester.
On ne déteste pas une machine.
Pas d'attendrissement.
Alors adieu. Mes amitiés à Jeanne.
Marc.
Je crois que tu fais une erreur.
Je connais un moyen beaucoup plus efficace, à tous les points de vue. Viens.
Tu n'en es pas à quelques minutes près.
Je sais que tu as une assurance sur la vie et que Christiane et les enfants toucheront la prime.
Même en cas de suicide, puisque tu as signé ton contrat il y a plus de 2 ans.
Mais tu calcules mal. Imagine.
Imagine que tu meurs dans un accident de voiture.
En cas d'accident de la circulation, il y a triplement automatique du capital.
Ta veuve et tes enfants seront à l'abri du besoin pour le restant de leurs jours.
Ils auront de la peine, certes.
Mais pour eux, ça ne sera jamais aussi affreux qu'un suicide.
Moralement, ils...
Bravo, Alain.
Tu es le meilleur. La Rolls-Royce des vendeurs.
Si, si.
Tu as réussi à me vendre ma propre mort ?
N'insiste pas. Pas un mot de plus. Tu m'as convaincu.
- J'en suis très heureux. - Allons annoncer la bonne nouvelle !
Avoue, ça t'arrange bien !
Et la compagnie surtout. Une mort discrète, sans bavure.
J'aimerais bien que cette fameuse ceinture d'Apollon se dessine.
Aujourd'hui, j'en fais quarante.
C'est affreux. Christiane vient de m'appeler.
Marc s'est tué en voiture cette nuit.
Parfait. Tout s'est déroulé comme je l'espérais.
Marc a eu un accident, il est mort. Tu m'as entendue ?
Oui, oui.
Ça ne m'étonne pas.
Il ne fonctionnait plus très bien ces derniers temps.
Heureusement, il avait une bonne assurance.
Christiane et les enfants seront à l'abri du besoin.
Tu devrais faire aussi ces exercices. C'est excellent pour le ventre.
C'est pas vrai !
Mais c'est pas vrai !
Bonjour docteur. C'est drôle, je voulais justement vous téléphoner à propos de Jeanne.
Elle ne fonctionne pas très bien, n'est-ce pas ?
Vous l'entendez, docteur ? Il parle de moi comme d'une machine.
Mais c'est lui.
Voyez docteur, elle ne va pas bien du tout.
Taisez-vous, tous les deux.
Vous prendrez deux pilules trois fois par jour.
Vous irez mieux.
C'est lui que vous devriez soigner avant qu'il ne soit trop tard.
Vous ne croyez pas, docteur, qu'il serait plus prudent de l'hospitaliser ?
Docteur, je vous en prie ! Tout ça, c'est votre faute !
Venez.
C'est terrible ce qui est arrivé à votre ami Marc Lebel.
J'ai l'impression que votre femme l'aimait beaucoup.
Oui. Sa mère aussi, elle l'aimait à sa manière.
Mais ils ne sont plus là ni l'un ni l'autre. Ça ne sert à rien de les regretter.
Je vous assure que la meilleure solution serait de flasher Jeanne.
Je vais y réfléchir.
Le patron vous a demandé. Il veut vous voir immédiatement.
Bon, j'y vais.
Sois gentille de t'occuper du client avec qui j'avais rendez-vous.
Tu l'écoutes et tu dis non.
Je sais. Je commence à avoir l'habitude.
Tu vois, dans 2 minutes, le père Marc...
- Et puis plus rien - Écoute, tu devrais consulter le Dr Valois.
Je vous avais prévenu. Qui aime bien espionne bien.
En plus du système de sécurité vidéo, j'ai un magnétophone branché en permanence.
Et ça, vous n'y avez pas pensé.
- Vous voulez que je continue ? - Oui, je trouve le rendu des voix exceptionnel.
Oui, pour devenir comme toi et les autres.
Jamais ! Je préfère me suicider. Seulement, je ne veux pas me rater.
D'ailleurs, j'ai un petit conseil à te demander.
Faudra que vous m'indiquiez la marque des amplis, ça m'intéresse beaucoup.
Si j'essaye de me jeter de là, je risque de m'accrocher à la lettre.
Vraiment.
On m'accuserait de plagiat. Ça m'embêterait beaucoup.
Qu'est-ce que t'en penses ?
Ben voilà, si tu sautes d'ici,
en prenant bien ton élan,
Quand je pense qu'il y en a 25 comme ça qui se baladent dans la nature !
Qu'est-ce que je vais faire ?
En cas d'accident de la circulation, il y a triplement automatique du capital.
Durieux, j'ai la preuve que vous avez voulu escroquer la compagnie.
- Une bagatelle de 3 millions de francs. - Oui.
C'est une bagatelle pour faire d'une mort gênante une campagne de publicité bien vivante.
Imaginez un film sur l'enterrement de Marc Lebel.
Avec, à ses côtés, le directeur et les cadres de la compagnie,
ses beaux enfants, dans leur villa ensoleillée,
- Quoi, il s'agit de la vie d'un homme et vous... - Je vous en prie, docteur. Nous parlons affaires.
Continuez, Alain.
Et dire que c'est pour des salauds dans votre genre que j'aurai travaillé.
- Allons, docteur ! - M. Rousseau, je vous en prie.
C'est intéressant ce que vous me disiez. Nous en reparlerons plus tard.
En attendant, débarrassez-moi de lui. Il commence à me fatiguer.
Salope ! Dire que je peux même pas lui casser la gueule !
Ça s'est bien passé ?
Très bien. Tiens, bonjour docteur.
C'est gentil d'être venu nous voir.
Vous avez l'air fatigué. Vous voulez pas venir vous asseoir ?
Ne vous mettez pas dans des états pareils.
Est-ce qu'on peut vous aider ?
Vous me donneriez un coup de main ?
Évidemment, après tout ce que vous avez fait pour nous.
Eh bien voilà :
Je voudrais voir tous ceux que j'ai flashés le plus vite possible à l'hôpital.
- Je sais que vous vous rencontrez souvent. - J'appelle Sophie.
À nous trois, je vous garantis qu'en moins de 2 h, on réunit tout le monde.
J'aimais bien la couleur de ces couloirs : fraise écrasée.
Ils étaient presque tous arrivés dans la salle de jeu de l'hôpital.
Bonjour docteur.
Les amis, merci.
Merci à tous d'avoir répondu si rapidement à mon appel.
J'ai un problème et j'aimerais que vous m'aidiez à le résoudre.
Nous ferons tout ce que nous pourrons. Vous le savez, docteur.
Depuis quelques temps, j'ai été alerté par des réactions étranges de votre entourage.
C'est vrai, nous en avons parlé.
Les gens se comportent souvent avec nous de façon bizarre.
J'ai bien réfléchi et je n'ai trouvé qu'un seul moyen pour remédier à cet état de choses.
Vous mettre en observation dans cet hôpital.
En somme, ce que vous nous proposez, très gentiment d'ailleurs,
c'est de nous reboucler parce qu'on est trop bien guéris.
C'est un peu ça.
On aura l'impression de passer des grandes vacances ensemble, c'est merveilleux.
Regardez comme tout est simple avec nous.
Laisse-moi.
C'est à nous.
Allez docteur. Vous ne pouvez pas refuser deux fois à une jolie fille.
Assez !
Assez ! Ça suffit maintenant !
Je vous ai menti.
À tous.
Je dois m'absenter une heure environ. Une urgence.
Essayez quand même de m'attendre. Ce ne sera pas long.
Il nous a guéri mais c'est un paumé comme les autres.
Allô. Ici Grange, salut.
Est-ce que vous avez entendu parler de quelque chose de particulier dans le SAMU ?
Oui ?
Quelle bagarre !
Vous, laissez-moi ! Tout ça est votre faute.
Je m'en doutais avec vos expériences à la gomme !
Faites ce que vous voulez avec les hommes, mais touchez pas à mes singes.
Plus jamais !
J'adore ça.
Arrêtez !
Je vous en prie !
Vous deviez me prévenir à la moindre alerte, je vous l'avais dit !
Je ne me suis pas inquiété puisqu'on pouvait les flasher.
Vous n'avez rien compris à l'expérience. C'est foutu à cause de vous.
On ne peut plus rien faire. Fichez le camp, sale conne !
Vous avez vu comme il me parle !? Il n'a pas de cœur, lui.
Ne touchez plus jamais à mes singes ! Vous entendez ?
Voulez-vous que je leur demande de vous rejoindre à l'hôpital ?
Non merci. Pas aujourd'hui.
Tu ne viens pas avec nous ?
Non, je reste avec lui. Je voudrais savoir ce qu'il a dans la tête.
Vous êtes là, vous ?
C'est quand même gentil, de me tenir compagnie.
Un scotch. Un double.
Je crois que vous en avez besoin, docteur.
Et pour moi, un diabolo grenadine.
Vous êtes un monstre bien sympathique.
- Mais un monstre quand même. - Merci.
Voyez-vous, Alain,
je crois que la seule chose à faire, ce serait de vous descendre tous.
Mais voilà, je suis médecin et où irions-nous si
je devais supprimer tous les malades que je loupe.
Vous vous en foutez. Vous ne m'écoutez même pas.
- C'est mon problème, hein ? - Regardez.
Notre émission passe. Vous êtes rudement photogénique.
Ce que je peux m'en foutre, maintenant.
J'ai maintenant assez de recul pour être convaincu de l'efficacité du traitement.
Il va falloir que je fasse très vite un démenti.
Ce sont les confrères qui vont être contents.
Je ne savais plus ce qu'était une vie normale. J'avais perdu mon mari.
C'était devenu un étranger.
Jamais je ne remercierai assez le Dr Valois pour le bonheur...
C'est vraiment la plus jolie femme que je connaisse.
Vous avez raison. Elle est très belle.
Et sa peau. Si vous caressiez sa peau !
Elle est douce.
Docteur, je voudrais un autographe.
Ben oui, la télé.
Je suis une angoissée, docteur. Et votre méthode m'intéresse beaucoup.
À chaque fois que je vais au travail, j'ai une barre sur la poitrine.
Qu'est-ce que vous en pensez ?
S'il vous plaît. Vous pouvez m'en signer un ?
C'est vrai que vous êtes heureux tout le temps ?
Même dans les encombrements ?
Alors, racontez-moi parce que je suis chauffeur de taxi.
Alors, avec les embouteillages et les gaz dans la gueule !
Docteur, c'est moi qui vous ai servi votre scotch.
Vous pouvez signer là s'il vous plaît ?
Merci.
Dites-moi docteur, c'est normal que je sois toujours triste en fin de journée ?
M. Durieux, c'est comment d'être toujours heureux ?
Docteur, c'est la seule femme que j'ai jamais aimée. Elle m'a quitté.
Je m'ennuie, je m'emmerde. Je veux être heureux.
Docteur, faites quelque chose. J'en peux plus des motos la nuit.
Docteur, mon mari m'a quittée. Aidez-moi.
Docteur, j'ai trop de responsabilités. Le téléphone, le télex, le répondeur.
J'aime la campagne, mais j'ai les pieds qui enflent.
Ils deviennent tout rouge. Je ne peux même plus me promener.
Docteur, un rendez-vous !
Docteur, j'ai plus d'appétit. Mon patron me fait travailler même pendant les repas.
Docteur, un rendez-vous !
Vous ne pouvez pas me refuser ce rendez-vous.
Le docteur est fatigué.
Il vous verra tous demain à l'hôpital.
-On veut être heureux ! -On veut être heureux !
Mais oui, vous serez heureux aussi.
Je vous verrai tous à l'hôpital, lundi.
Merci de m'avoir tiré de là.
Où est-ce que je vous dépose ?
Chez moi.
J'habite 87, boulevard de l'ouest, près du parc.
Quel triomphe ! Vous les avez vus ?
C'est un désastre !
Voilà l'appartement de l'homme qui voulait guérir l'humanité de son angoisse.
Un pauvre célibataire qui n'a jamais eu le temps de s'occuper de lui-même.
- Vous connaissez Francis Bacon ? - Oui.
J'avais exactement le même, avant.
Je n'aime plus ça du tout.
Vous avez raison.
Excusez-moi, je dois faire le ménage avant d'aller au ciel.
Kafka.
Proust.
Dostoïevski.
Miller, trop triste !
Trop angoissé. Tous à la poubelle !
La bible.
Qu'est-ce que j'en ferais ?
Vanité des vanités dit l'ecclésiaste.
Vanité des vanités. Tout est vanité.
Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne au soleil ?
Une génération s'en va, une autre vient et la terre subsiste toujours.
Mais c'est sinistre. Aux ordures ! La bible aux ordures !
Bach, Beethoven, Wagner,
Verdi, Stravinski, allez hop !
Voilà, c'est une musique que vous devriez aimer.
Vous savez, docteur,
j'obtiendrai peut-être des autres qu'ils acceptent de se laisser enfermer à l'hôpital.
Après tout, on est bien n'importe où.
Merci.
Ça me touche beaucoup mais c'est trop tard.
Ici ce sera parfait avec l'installation de flashage dans le fond.
Allez, venez.
C'est simple. Vous avez juste à appuyer sur ce bouton.
- Vous êtes prêt ? - Oui, je suis prêt, docteur.
Démarrez.
Aujourd'hui, j'ai décidé de me flasher,
parce que je n'ai pas le choix.
Docteur,
je suis tellement content. Vous allez nous rejoindre enfin.
Merci Alain. Mais recommençons vite.
Aujourd'hui, j'ai décidé de me flasher,
parce que je n'ai pas le choix.
C'est comme un suicide, mais en plus lâche.
On me regardera là sur cet écran
et on se moquera de moi.
On ne comprendre pas pourquoi je voulais interdire
cette merveilleuse méthode que j'avais inventée.
Les gens se battront, renonceront à eux-mêmes pour accéder à...
Mais vous m'entendez ? Je déraillais complètement.
Ça doit être ça, l'angoisse. J'arrive même plus à sentir ce que c'était.
- Jeanne, tu t'en souviens ? - Non.
Heureusement.
C'est si loin, tout ça.
J'ai peur.
Je ne veux pas être le dernier homme à prêcher dans le désert.
Ce que tu étais barbant !
Dépêche-toi, mon amour. Ça commence dans une heure.
C'est presque fini. J'en suis juste après le flashage du docteur.
À bientôt.
- Tu n'assistes pas à la cérémonie ? - Non, je travaille tôt demain matin.
Je vais faire une sieste. Je te verrai à la télé, ce sera encore mieux.
Quand nous sommes sortis de l'hôpital, tôt le matin, Pierre rayonnait de bonheur.
C'était un autre homme.
Dieu comme je me sens bien !
Et dire que j'aurais pu passer à côté de ça !
Vous voyez !? On vous l'avait assez répété, pourtant.
Maintenant docteur, il faut s'occuper de Jeanne.
Pour une surprise, ce sera une surprise.
Une fois remise au point, vous verrez, ma femme est le haut de gamme.
Oui.
C'est vrai que sa peau est si douce ?
Je n'en ai jamais trouvé une comme la sienne !
Tu me mets l'eau à la bouche. Tu permets que je te tutoie ?
Oui, bien sûr.
Elle te plaît, ma femme ?
- Oui, beaucoup. - Tu sais, tu pourras l'essayer.
Quand tu l'auras guéri, évidemment.
Tu es très gentil.
Pourvu qu'elle soit là !
Jeanne.
Devine avec qui je suis venu.
Bonjour Jeanne.
Bonjour docteur.
Vous pouvez m'appeler Pierre.
Un peu de café ?
- Oui, merci. - C'est une bonne idée.
J'en ai pour une minute.
C'est peut-être le moment.
Qu'est-ce que vous avez ?
Rien, on est bien.
- N'est-ce pas qu'on est bien, Alain ? - Oui.
Ah non !
Ma chérie.
Mais c'est pour ton bien ! Le docteur va te guérir.
- On va t'emmener à l'hôpital. - Je veux pas être heureuse.
Non !
Jeanne !
Ne m'approche pas !
Mon amour ! Tu as mal ?
Non, pas trop. Ça va passer.
Pierre,
appelle une ambulance. Faut vite s'occuper de nous.
N'est-ce pas, Pierre, que j'avais raison ?
Oui, elle est merveilleuse.
- Comment te sens-tu ? - Ça va.
J'ai les jambes en coton, mais ça va.
Tu es guéri, alors !?
Mais tes jambes resteront paralysées.
Pierre t'a déjà commandé un fauteuil roulant électronique.
Oui, et ce qu'il y a de mieux. La Formule 1 des fauteuils.
Vous dites les deux jambes ?
Alors, ça fait une incapacité d'au moins 70% !
Tu sais, ma chérie, qu'entre la prime et la rente de mon assurance accident,
on est tranquilles pour très longtemps.
C'est formidable, mon amour.
Tu vas rester souvent à la maison. Je vais encore t'avoir plus à moi.
Ils viennent tous se faire flasher.
La Sécurité sociale a donné son accord de principe pour le remboursement.
Tant de personnes qui n'encombreront pas les services par des maladies imaginaires.
En vertu des pouvoirs qui me sont conférés et au nom du Président de la République,
je vous remets, professeur Pierre Valois,
la médaille d'officier dans l'ordre de la légion d'honneur.
Notre gouvernement a tenu également à temoigner sa reconnaissance
à celui sans qui rien non plus n'eût été possible,
à l'homme qui fut en quelque sorte le premier explorateur d'un bonheur nouveau.
Au nom du Président de la République, je vous remets, Alain Durieux,
la médaille de chevalier dans l'ordre national du mérite.
M. le maire, mesdames messieurs, encore merci à tous.
Mais je ne voudrais pas que cette cérémonie se termine
sans vous donner la primeur d'une information qui viendra, je le pense,
prolonger notre joie à tous.
Je vais demander au docteur Joëlle Mallet de s'approcher.
Vous reconnaissez sans doute tous notre ami Charles ?
Eh bien Charles a eu un enfant.
Frédéric, qui est âgé de 6 mois.
Depuis sa naissance, le Dr Mallet et moi-même
avons soumis le jeune Frédéric à de nombreux examens et tests.
Aujourd'hui, nous pouvons annoncer avec certitude qu'il y a transmissibilité génétique du flashage.
ce qui signifie que toutes les personnes flashées,
et heureusement, il y en a chaque jour de plus en plus,
transmettront à leurs descendants ce parfait équilibre mental que leur confère notre thérapeutique.
Et Frédéric nous confirme ainsi l'avènement d'une humanité nouvelle,
qui saura vivre naturellement dans le bonheur.
Tu as vu comme la couleur de ton nouveau complet s'harmonise bien avec le tissu de ton fauteuil ?
- Je l'ai choisi exprès. - Merci, ma chérie.
Tu veux que je laisse la lumière ?
Non, mon amour. Ce soir, je préfère que tu éteignes.
On est bien, hein ?
Oui, comme des bêtes.
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