Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Icelandic
Igbo
Interlingua
Irish
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Polish
Portuguese (Brazil)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
J'ignore pourquoi je n'ai de ma m�re que des souvenirs flous,
et manquant de coh�rence.
Ceci en est une des images les plus nettes.
Celle d'une �poque o� j'�tais si petite.
�trangement, je me rappelle tr�s clairement
les yeux vides de ma m�re � ce moment-l�.
Voici ma m�re, Izumi Suzuki.
Je n'ai aucun souvenir de mon p�re, qui est mort quand j'avais un an.
Bien entendu, il n'est pas l'homme ici pr�sent.
� cette �poque, je n'avais pas conscience de ce qu'ils faisaient.
Tu n'as pas froid ?
Kaoru.
Qu'est-ce que tu dis ?
Tu n'as pas froid ?
On dirait, pourtant.
J'attends ton appel. Bye, Hideyuki Okada
All� ?
Mme Suzuki ? Ici Tanaka, des �ditions Shiratori.
Pardon de vous d�ranger. Avez-vous termin� le premier manuscrit ?
- Oui, c'est pr�t. - Je vous remercie.
Sinon, avez-vous r�fl�chi � ma proposition de l'autre jour ?
- Quelle proposition ? - La biographie de Kaoru Ab�.
Pas encore.
Vous ne vous �tes toujours pas d�cid�e ?
Vous disiez �tre la seule � pouvoir �crire sur votre d�funt mari.
- Oui. - R�fl�chissez-y.
La biographie de Kaoru Ab�, jazzman mythique des ann�es 70,
se vendrait assez bien, le r�tro est � la mode.
D'accord.
C'est une question de vitesse.
La vie est soit "mince et longue", soit "grosse et courte".
Lorsqu'on en vient � bout, on meurt quoi qu'il arrive.
Je vais au nord.
� l'extr�me nord, o� personne encore n'est all�.
L�-bas, il n'y a pas de chaleur. Le son s'efface.
Cr�er un son qui �te toute chaleur.
Bonsoir.
�a fait longtemps. Que veux-tu ?
Un whisky.
Laisse-moi t'offrir ce whisky.
Il y avait un Japonais, l'autre jour parmi les pirates de l'air.
Mais ces gu�rill�ros auraient d� aller bien plus loin.
D�j�, ils n'auraient pas d� tra�ner ainsi � Duba� !
Si j'�tais gu�rill�ro,
je ferais aller l'avion jusque sur Mars.
Donne-moi une clope.
Il y a quelques jours, un politicien cor�en a �t� kidnapp�.
- Quel monde �trange ! - J'ai soif.
Nous osons boire et nous amuser dans un endroit pareil !
Peux-tu me loger ce soir ?
J'ai mes r�gles.
All�.
All� ? C'est moi.
Qui, "moi" ?
C'est moi ! Je veux te voir.
Qui es-tu ?
- Tu n'es pas Y� ?
- Non.
- C'est bien le 0425-40-2935, non ? - Oui.
Alors il n'y a pas d'erreur. J'avais ce num�ro dans ma poche.
Je vois, c'est toi. J'arrive. Donne-moi ton adresse.
Qui es-tu ?
Je suis Kaoru Ab�, n� le 3 mai 1949,
groupe sanguin AB. Et toi ?
Izumi Suzuki. Ancienne actrice. Maintenant on me dit �crivain.
Je suis n�e le 10 juillet 1949. Moi aussi, du groupe AB.
- Tu �coutes du jazz ? - Je n'y connais rien.
Je ne dors plus depuis trois jours. Je cherchais un son.
Quarante morceaux en une nuit, j'en ai compos�s des centaines.
Je ne garde pas les partitions, je m�morise leurs sons.
Ma musique n'existe qu'une fois.
Dans le Free Jazz, l'essentiel est l'�motion du moment.
Parfois le son prend plusieurs minutes avant de sortir,
et il arrive aussi que je ne trouve pas le son.
Dans ces cas-l�, tu dois te sentir b�te, non ?
Voil�. Je reste debout � attendre le son.
Mon son ne doit �tre ni mensonger, ni impur.
Si je jouais du piano, les cordes se rompraient.
J'ai d�j� jou� du saxo � m'en couper les l�vres.
Quand j'ai jou� contre des rockeurs, leur ampli a grill�.
Je m'exer�ais sur les rives du Tama, mais plus maintenant.
Je suis un g�nie.
J'avais un appartement � Kawasaki, au-dessus d'un h�tel � putes.
Chaque soir, mon saxo rivalisait avec les voix des femmes.
Un "h�tel � putes"... �a me pla�t.
C'est dans la laideur qu'existe la v�rit�.
Je ne crois que dans les choses laides.
Encore ?
Je suis obstin�. Si quelque chose me pla�t, je vais jusqu'au bout.
Et l�, tu me plais.
O� vas-tu ?
J'ai rendez-vous avec un �diteur, pour mon boulot.
Laisse tomber !
Arr�te, enfin !
Depuis que tu es l�, nous passons notre temps � faire l'amour !
Disparais un peu, voyons !
J'ai laiss� tomber tous mes concerts pour toi !
Tu dois faire pareil pour moi.
Je t'ai rien demand�, tu as d�cid� �a tout seul !
- L�che-moi ! - N'y vas pas !
Sinon, �a va se refroidir !
�a peut bien refroidir ! Laisse refroidir.
Marche du m�me pas que moi.
- Je veux �tre pr�s de toi ! - Et moi, je veux pas !
Pour moi, peu importe que ce soit toi.
Laisse-moi tranquille !
Eh bien va ! Va o� tu veux !
�a fait longtemps.
Tu as un peu maigri ?
Six mois de fi�vres, vertiges, hyst�rie. Je suis malade.
Tu as mauvaise mine.
Toi, tu as l'air en forme.
Je m�ne une vie normale � pr�sent. En �tant employ�e, la sant� prime.
Tu �cris toujours ?
Des textes qui font vomir !
Tu as un talent litt�raire si puissant ?
Tu dois avoir beaucoup � �crire !
Tu sais,
� propos de Kaoru...
J'ai l'intention d'�crire sur lui.
�a fait combien d'ann�es ?
Sept ans.
Je l'ai rencontr� il y a douze ans.
Le l�gendaire jazzman de g�nie,
Kaoru Ab�...
Brian Jones, Jimi Hendrix, et Janis Joplin.
� pr�sent ce sont tous des mythes.
- �a vient d'o�, �a ? - Harajuku.
Pas mal.
Dis, comment il est, Kaoru Ab� ?
Il pr�tend �tre un g�nie, et il est tr�s obstin�.
�a pourrait sembler g�nant,
mais il est tellement obstin� que �a en devient dr�le.
Tu t'es entich�e de lui !
Arr�te ! Il m'a vachement emmerd�e cette semaine !
Dis plut�t qu'il t'a vachement amus�e !
Mais c'est mieux pour toi, un mec obstin�.
Tu te d�sint�resses si vite des mecs avec qui tu couches.
Tu crois ?
Si c'est si dr�le, deviens sa petite amie !
"Deviens sa petite amie"... ?
Je profite de l'occasion...
Je t'aime.
De quelle occasion tu parles ?
�a fait mal !
Tu m'aimes ?
- Izumi ! - Quoi ?
Marions-nous.
- D'accord. - Tout de suite !
- Tu ne reculeras pas ? - Non !
D�CLARATION DE MARIAGE LE 1ER OCTOBRE 1973
Attention � l'angle !
- C'est bon ? - Oui.
Au fond ?
- L�, dans le coin. - Ici ?
Je peux poser �a par-dessus ?
Je ne te comprends pas, Ab�.
Tu pr�tends chercher un son, mais tu t'absentes de tes concerts.
Je suis jusqu'au-boutiste � ce point-l�.
Dans mon coeur, je fais des concerts chaque jour.
Mais les clients viennent, tu dois jouer !
Sinon, ce n'est qu'une d�ch�ance !
La d�ch�ance a du bon.
Me d�truire ainsi est la fa�on la plus rapide de d�truire le son.
C'est comme �a que tu justifies ta vie quotidienne ?
C'est l� o� je veux en venir.
Tu pousses dans une direction, mais perds ta libert�.
C'est totalement paradoxal.
Tu d�montes le son pour le lib�rer, mais au prix de ta libert�.
- En quoi est-ce compatible ? - C'est vrai, c'est absurde !
Je te vois si tourment�, mais tu essaies le cacher.
J'endure la peine. Pour le son v�ritable.
C'est donc une ardente patience.
Une ardente patience ?
"Dure nuit ! Le sang s�ch� fume sur ma face,
"Et je n'ai rien derri�re moi que cet horrible arbrisseau !
"Cependant c'est la veille.
"Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse r�elle.
"Et � l'aurore, arm�s d'une ardente patience,
"nous entrerons aux splendides villes."
Tu as compris ?
Non.
"On n'a plus beaucoup de musique en soi
"pour faire danser la vie, voil�.
"Et o� aller dehors, d�s qu'on n'a plus en soi
"la somme suffisante de d�lire ?
"La v�rit�, c'est une agonie qui n'en finit pas.
"La v�rit� de ce monde c'est la mort.
"Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi."
C�LINE, "VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT"
- Dis, c'est lui, Kaoru Ab� ? - Oui.
- Ton mari, donc ? - Oui.
Il est venu depuis chez vous dans cette tenue ?
Oui, c'est moi qui ai fait �a. C'est mignon, hein ?
Et donc, c'est une "id�e".
Le Free Jazz est une m�taphysique sous forme d'id�alit� d'Husserl.
Husserl est un philosophe fran�ais, auteur de "La Voix et le ph�nom�ne".
Une sommit� de la ph�nom�nologie contemporaine.
C'est Derrida.
C'est Derrida qui a �crit "La Voix et le ph�nom�ne".
- C'est lui ? - Au passage,
l'id�alit� est plut�t la musique qui inonde le monde.
Le Free Jazz essaie de d�monter cette id�alit� et de l'articuler.
Je te pr�te �a, reviens m'�couter apr�s l'avoir �tudi�.
JACQUES DERRIDA, "LA VOIX ET LE PH�NOM�NE"
Laisse donc Glenn Miller s'occuper de l'id�e !
Tous dans la rue !
On nous a impos� l'�ducation de la d�mocratie de l'apr�s-guerre,
et nous avons d�couvert sa vraie nature
avec la responsabilit� du Japon dans la guerre du Vietnam.
Pour critiquer notre propre criminalit�...
- ... nous allons nous battre ! - Battons-nous !
- �a fait longtemps ! - Eda...
- Merci pour la derni�re fois. - Camarade.
Porte-toi bien. Au revoir !
Soyez ma petite amie, juste pour trente secondes, je vous en prie !
Izumi !
Lily ?
Tu es l�, ouf !
Je suis pass�e par Shinjuku, mais il y a une manif et des CRS...
En tout cas, nous devons nous battre,
en nous mettant � la place des travailleurs et des opprim�s.
M�me si l'on nous abat, il faut ouvrir le chemin aux autres.
Pour cela, nous devons faire quelques sacrifices.
Quand, o�, et comment l'as-tu connu ?
Et quand l'as-tu vu pour la derni�re fois ?
Tu m'emb�tes ! Combien de fois dois-je te dire que c'est mon ex ?
J'ai besoin de tout savoir sur toi.
Pourquoi ?
Parce que nous sommes mari�s.
Notre pr�sent, notre pass�, notre futur � tous deux.
C'est en partageant tout �a, qu'on est un couple.
C'est ton opinion.
C'est une chose �vidente !
Bien, je commence par une question plus g�n�rale.
Avec combien d'hommes as-tu couch� jusqu'ici ?
H� !
Je ne me souviens pas !
Plus d'une centaine, peut-�tre.
Mais �a n'est pas la question. Je les ai tous oubli�s !
Eda, en voil� un avec qui je n'ai jamais couch�.
J'y ai pourtant souvent pens�.
Mais comprends-tu pourquoi on ne l'a pas fait ?
Je l'aimais � ce point-l�. Je pense encore souvent � lui,
m�me si je suis avec quelqu'un.
Idiot !
Ne reviens plus !
C'est formidable !
Si l'on s'en tient au son, il est aujourd'hui imbattable.
Prend-il moins de drogue et d'alcool ?
Pas du tout !
C'est d�j� incroyable qu'il joue comme �a,
alors qu'il se d�fon�ait encore tout � l'heure.
Pourrais-tu veiller sur lui quelque temps ?
J'aimerais le faire jouer sur sc�ne moi aussi.
Je projette de le lancer, en tourn�e nationale l'an prochain.
�a sert � rien, il est idiot.
Charlie Parker aussi, John Coltrane aussi,
Albert Ayler aussi, Kaoru Ab� aussi,
ils sont tous idiots.
Il est vain de s'adresser � un idiot.
Izumi, j'�tais fou.
J'�tais fou de jalousie.
Excuse-moi.
Excuse-moi, excuse-moi...
Maintenant, je te hais.
Mais je me suis excus� !
Je suis malade. Une maladie de g�nie.
Dosto�evski et Van Gogh avaient aussi cette maladie.
"On peut parler de la bonne sant� mentale de Van Gogh qui,
"dans toute sa vie, ne s'est fait cuire qu'une main
"et n'a pas fait plus, pour le reste,
"que de se trancher une fois l'oreille gauche."
Dis.
Dis !
- As-tu vu mon manuscrit ? - Non.
Hier je l'ai termin�, et l'ai d�pos� sur le bureau !
Il ne peut avoir disparu !
Il n'y a que toi et moi !
Tu veux dire que je l'ai vol� ?
"Et si d�lirante que puisse para�tre cette affirmation..."
Tu l'as jet� ?
Quoi donc ?
Tu as jet� mon manuscrit !
Pourquoi je ferais �a ? N'importe quoi !
Je dois le remettre demain, comment je vais faire ?
Ne crie pas !
Il n'y a que toi ! Tu agis comme un gamin !
Qu'est-ce que tu racontes ?
Tu �cris pour des revues minables, te prends pas pour un �crivain !
C'est pour vivre !
Pour que tu puisses jouer du saxo dans des clubs minables !
Tu fais la d�vergond�e pour te donner un style, cr�tine !
Tu n'es qu'une esclave de la culture de consommation !
Tu racontes n'importe quoi !
La culture de consommation,
ce n'est qu'une illusion impos�e par de faux intellectuels !
R�veille-toi un peu !
On ne peut vivre avec ces discours futiles.
Si mon manuscrit se vend, vive la culture de consommation !
"Si elle ne devient pas prostitu�e,
"la femme n'a d'autre choix que de devenir m�re."
C'est n'importe quoi. Exactement comme ta vie.
Tu l'as bel et bien jet� !
Cr�ve !
�a fait mal !
Kaoru ! S'il te pla�t, arr�te !
Je m'exerce.
Tu es cens� �tre un g�nie, t'as pas besoin de t'exercer !
Je peux bien m'exercer aussi !
Pas maintenant ! Je t'ai dit que c'�tait pour demain !
Tu es jaloux de mon talent, c'est �a ?
Tu es loin d'avoir mon talent !
C'est dans la laideur qu'existe la v�rit� ? Foutaises !
Cette musique transmet bien plus de v�rit� que ton son laid !
�tre appr�ci� par quelques monomanes n'a aucun sens !
Tu te pavanes avec ton avant-garde, mais la r�alit� te rattrapera !
Tu t'avoueras vaincu par mes convictions !
Narcisse.
"Fin de la lutte contre le Trait� de s�curit� nippo-am�ricain,
"se mit soudain � d�biter Tadao.
"Quand il sauta sur l'escadron de police,
"il se cogna violemment l'arri�re de la t�te..."
Qu'est-ce que tu lis ? Arr�te !
Rends-moi �a !
"Je veux que Tadao sache tout de moi."
Rends-le-moi !
Comment �a, "Tadao" ?
�a parle d'Eda, le type de l'autre jour, non ?
- Et alors ? - Pourquoi tu �cris sur ce mec ?
Je peux bien �crire d'apr�s quelqu'un de r�el.
- Il ne faut pas. - Pourquoi ?
Gagner ta vie en d�voilant ta vie priv�e, c'est d�gueulasse.
Tant mieux pour moi. Je n'ai aucune imagination.
Comme tu dis, je ne peux d�crire que des �v�nements r�els.
- Tu as tort. - Pourquoi �a ?
Une oeuvre doit venir du fond du coeur.
On n'imite pas. Tu commets une erreur fondamentale.
Et c'est pour exprimer ton oeuvre venant du coeur, que tu te shootes ?
M�me mon grand-p�re alcoolique n'utiliserait pas un tel pr�texte !
Ne change pas de sujet !
C'est toi qui en as chang� ! Sois honn�te,
dis que tu es toujours jaloux d'Eda.
Et aussi de mon talent.
Si tu me jalouses tout ainsi,
tu finiras par te f�cher avec toi-m�me !
Au secours !
Encore vous ?
C'�tait pour rire !
On s'amusait gentiment,
mais les voisins n'ont rien de mieux � faire.
Ils pourraient comprendre.
Il est le seul � jouer le jeu jusqu'au bout avec moi.
En tous cas, vivez plus calmement, merci.
Je t'aime tant que je ne sais plus comment te le montrer.
C'est � cause de toi ! Comment tu vas faire ?
Tu passes tes journ�es coll� � moi !
� cause de toi, je peux plus bosser.
Tu comprends ?
Si tu n'arr�tes pas, je vais te tuer !
Tu me tuerais ?
Tu es capable de tuer quelqu'un ?
Bien s�r !
Depuis toujours, j'ai envie de tuer quelqu'un !
Pourquoi ?
Pour l'int�r�t anatomique !
Par exemple,
pour ne pas le faire souffrir,
avec une hachette... Tu vois ce que c'est, une hachette ?
Avec une hachette ou autre, je lui fends la t�te d'un seul coup.
Et comme �a, j'examine l'int�rieur.
Les intestins sortent comme �a, mous et brillants, n'est-ce pas ?
Je veux sentir �a contre mes mains !
De plus, si je tue quelqu'un,
je pr�f�rerais que ce soit une femme.
Pourquoi ?
Le corps de l'homme est trop dur,
l'os freinerait la hachette tout de suite, c'est pas dr�le !
Ah bon ? �a doit �tre pareil pour les femmes.
Pas du tout ! Regarde, j'ai l'air facile � couper, pas toi.
- �a me semble pareil. - Absolument pas ! Regarde.
C'est pareil.
- Si je me coupais pour voir ? - Vas-y.
Vraiment ?
D'accord.
Je vais me couper !
Regarde bien.
J'y vais !
C'est vrai !
Hein, exactement comme je t'ai dit !
Tu n'as pas mal ?
Non.
Quand j'�tais enfant,
je me suis coup� la main,
et j'ai vers� mon sang dans une assiette blanche.
Sur le moment, �a m'a amus�e, mais je n'avais pas du tout mal.
Alors, tu peux tout faire en gardant ton calme.
Bien s�r !
Je peux m�me faire la cuisine par exemple.
Si je te cuisais une omelette par exemple ?
Tiens, l'orteil d'Izumi !
Le sang se d�place !
Comme dans "Les fleurs du soleil", je te fais une grande omelette !
Comme c'est moi qui ai exp�riment�, c'est toi qui nettoies !
D'accord !
- Non ! - C'est juste du papier toilette !
Mais j'ai fait la queue deux heures pour les acheter !
�a va, c'est que �a !
Tu avais mal, en v�rit� !
Tu avais mal !
Voici l'orteil d'Izumi.
Pourquoi tu le conserves comme �a ?
On est quand m�me all� � l'h�pital.
Encore heureux !
Mais m�me la m�decine moderne ne peut recoller un orteil coup�.
Et donc ?
Donc je le conserve comme �a pour qu'il ne pourrisse pas.
Dans 200 ans, quand la m�decine aura progress�, on le recollera.
GYN�COLOGUE OBST�TRICIEN
J'en ferai un �crivain.
Comment comptes-tu l'�duquer ?
Je ne l'�duquerai pas,
je lui apprendrai seulement � ne pas fr�quenter de saxophoniste.
- C'est peut-�tre un gar�on. - C'est une fille, j'en suis s�re.
All�, Nobuko ?
C'est Ab�.
J'ai l'intention de me s�parer de ma femme.
Mais en fait elle est enceinte.
Si j'avais l'argent pour avorter, on pourrait se s�parer.
Mais je l'ai pas.
- D�sol�e d'�tre en retard. - Merci d'�tre venue.
Je te donne cet argent, comme une avance pour quinze concerts.
Tu ne peux donc plus t'absenter aux concerts avant longtemps.
C'est qui, cette femme ?
La productrice. Elle donne des boulots � Kaoru.
- Non ! J'ai d�j� un gros ventre ! - �a va !
Mais il est endormi, l� !
Alors r�veille-le.
Il se r�veille pas.
Un homme qui cr�e du son doit �tre libre,
mais tu utilises notre enfant comme pr�texte pour refuser.
- Tu veux dire que c'est ma faute ? - C'est �a.
J'ai fait ce que tu voulais ! C'est toi, qui ne bandes pas.
Je ne suis pas impuissant. C'est donc de ta faute.
J'en sais rien ! �a d�pend de notre �tat d'esprit !
Tu ne comprends rien !
C'est toi qui ne comprends rien ! Tu me montes dessus quand tu veux !
Si je ne suis pas fid�le � mon �tat d'esprit, je ne peux cr�er le son.
Et voil�, tout de suite le son comme pr�texte !
Pourquoi ne respectes-tu pas plus mon envie ?
Tu as dit avoir couch� avec une centaine d'hommes, non ?
Ils ont tous bien respect� ton envie ?
T'es vraiment con !
Pourquoi suis-je le seul � qui tu te refuses ?
Parce que les autres n'�taient pas impuissants comme toi !
Arr�te !
J'ai mal ! Excuse-moi !
Ne me frappe pas au ventre ! S'il te pla�t !
Va-t'en !
Ne reviens jamais !
Izumi !
Izumi !
Izumi !
Les souvenirs que j'ai d'Ab� ?
Je te le dis, parce qu'il y a prescription.
Honn�tement, j'ai peu de bons souvenirs de lui.
Il faisait vraiment n'importe quoi !
Il n'y avait pas de probl�me lorsqu'il jouait en solo,
mais quand on jouait ensemble il nous faisait chier.
Qu'est-ce que tu fous ? Magne-toi !
Et � propos de sa musique ?
C'�tait sans doute formidable, puisque tout le monde le dit.
Moi, je n'ai jamais entendu Ab� jouer bien.
Jouer ensemble, c'est pas �a.
"Mon p�re est Eric Dolphy. Ma m�re est Billie Holiday."
Il disait �a tout le temps. N'importe quoi !
La musique est une courtoisie envers les musiciens avec qui on joue.
Celui qui manque de politesse ne peut cr�er qu'un son impoli.
Celui qui est d�sordonn� ne peut cr�er qu'une musique d�sordonn�e.
Pour moi, "se donner un genre", ce n'est pas "avoir du style".
"Autrefois, la Terre n'�tait peupl�e que de femmes.
"Mais peu � peu, le nombre d'hommes commen�a � augmenter.
"Ceux qui ont invent� la guerre et les armes, ce sont eux.
"Pire encore, ils se mirent � jouer et s'enthousiasmer pour des id�es.
"La r�volution, le travail, l'art, toutes choses abstraites,
"ils consacrent leurs �nergies inutilement..."
Maman.
C'est pas int�ressant !
Ah bon ?
J'ai l'intention d'en faire un livre et de le vendre en librairie.
J'ai sommeil !
Alors dors bien, bonne nuit.
Ma m�re m'a mise au monde en 30 h. Je pesais 2400 grammes.
En bonne sant�, le teint clair, je ressemblais bien � mon p�re.
Je ne te frapperai plus jamais.
Tourne-toi, et souris.
Alors je n'ai pas frapp� notre enfant ?
Je t'en supplie, ne pleure pas,
ne d�range pas le travail de maman.
Qu'est-ce que tu as ?
Salut !
- Tu n'as pas le b�b� ? - Je l'ai confi� � ma m�re.
Sans Kaoru, et sans le b�b�,
je sens que je me suis enfin retrouv�e.
Ab� n'est donc pas rentr� chez vous.
�a fait d�j� deux mois.
Ah oui ?
Ces derniers temps, il cr�e un son magnifique. Il joue comme f�ch�.
- Ah bon ? - Mais je suis inquiet.
Quand je l'ai accompagn� au concert en province,
il a murmur� d'un ton grave : "on va traverser la mer ?".
Il te frappe toujours ?
C'est peut-�tre un g�nie pour le son,
mais pour moi c'est un salaud.
� 9 h 02 ce matin � Sapporo, au rez-de-chauss�e d'un immeuble
a eu lieu une forte explosion.
Le plafond s'est en partie �croul�, et des fen�tres se sont bris�es...
Dis, j'ai �bauch� un planning pour ta tourn�e.
Regarde.
Arr�te !
Vous �tes bien l'�pouse de M. Ab� ?
Pourquoi ignorez-vous o� se trouve votre mari ?
- Il est l�, non ? - Qu'est-ce que tu racontes ?
Laissez-moi lui parler !
J'ai � faire, je raccroche.
Qui est l� ?
Kaoru.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Une vielle dame est assise l�-bas.
Elle me regarde.
Elle fixe son regard sur moi.
Elle me dit quelque chose.
Hein ? Quoi ?
Kaoru. Il n'y a personne.
C'est pas seulement elle. Tout le monde est l�.
Tout le monde est l� !
Ne me regardez pas !
Va-t'en !
Kaoru ! Kaoru !
Reprends-toi ! Kaoru !
La guerre !
La guerre ! La guerre nucl�aire a commenc� !
Tout va devenir radioactif, Izumi ! Cache-toi vite !
C'est la guerre ! Izumi !
Cache-toi ! La radioactivit� va nous tomber dessus ! Izumi !
Tout va �tre radioactif !
Monsieur Ab�.
Je me demande si ce n'est pas plut�t moi qui suis folle.
Pourquoi ?
Parce que mon mari le dit.
Il dit qu'il est normal, mais que je suis folle.
"Vol au-dessus d'un nid de coucou", donc.
Ici, il y a beaucoup de patients qui disent la m�me chose.
"Est-ce le monde qui est fou ? Ou est-ce moi ?"
Docteur,
qui peut d�cider que quelqu'un est fou ou pas ?
Il y avait des gens qui disaient que notre vie �tait folle.
Mais...
qui peut dire si ceux qui ont dit �a sont normaux ?
Vous �tes fatigu�e.
Cessez de vous tracasser.
En tout cas, il faut qu'il arr�te la drogue.
Si votre mari doit revenir ici,
je ne pourrai plus garantir sa gu�rison.
Dites-le-lui bien. D'accord ?
Quand nous et notre fille aurons vieilli,
je voudrais vivre pr�s de la mer.
Oui.
J'aimerais habiter une maison blanche, claire.
Oui.
D�sormais, je veux jouer de la musique latine, du bandon�on.
Le "tango acaciano" !
J'ai l'intention de jouer avec autre chose que des jazzmen.
Je m'inspire de beaucoup d'id�es !
Bon courage.
Moi, je suis fatigu�e.
On se s�pare ?
D�CLARATION DE DIVORCE
Oui.
Kaoru !
Kaoru !
Qu'est-ce que tu as ?
Oui ?
"SI ELLE NE DEVIENT PAS PROSTITU�E,
"LA FEMME N'A D'AUTRE CHOIX QUE DE DEVENIR M�RE."
IZUMI SUZUKI
C'est quoi ?
Je l'ai retrouv� en rangeant pour le d�m�nagement.
C'est vous qui l'avez �crit, n'est-ce pas ?
Un jour, il l'a amen� chez moi,
en me demandant de le garder.
Il disait avec admiration : "Elle a �crit un si beau texte !"
Il m'a dit que vous aviez du talent, et voulait vous faire une farce.
Comme c'est une vieille histoire, j'ai pens� le jeter sans rien dire,
mais il para�t que les �crivains gardent leurs manuscrits ?
�a vous a emb�t�e ?
Non, je vous remercie.
Alors je vous laisse.
- Qui �tait-il ? - Quoi ?
Qui �tait Kaoru pour vous ?
Je l'aimais. Du moins, je voyais les choses ainsi.
Mais il semble que pour lui, je n'�tais qu'une de ses fans.
Je m'en suis enfin rendu compte r�cemment.
Kaoru.
Nous deux,
qu'est-ce que c'�tait ?
Kaoru.
C'est tr�s rapide, sept ans d�j� ?
Hier soir aussi Kaoru est venu.
�a fait plusieurs jours qu'on est ensemble.
C'est vrai !
Izumi.
Reprends-toi !
En fin de compte, c'est lui qui m'a le plus aim�.
Je ne rencontrerai plus jamais quelqu'un qui me comprenne si bien.
Par exemple, Eda ne t'a sans doute pas comprise aussi bien que Kaoru.
Qu'est devenu Eda ?
S�rement quelqu'un de banal, qui a de l'entregent ?
C'est gai, comme chanson !
- Au revoir. - � bient�t.
Oui.
Mme Suzuki ? C'est Tanaka. O� en est le livre ?
�a n'avance pas.
Pas du tout ? C'est emb�tant... Qu'est-ce qu'il y a ?
Vous n'avez pas besoin de r�fl�chir � ce point.
Vous n'avez qu'� raconter vos souvenirs avec Kaoru Ab�.
Ce n'est pas du pass�.
Ce n'est pas qu'un souvenir.
�a continue encore.
Encore � pr�sent, et peut-�tre pour toujours.
�a ne peut devenir un pass� sous forme d'exp�riences.
Qu'est-ce que �a signifie ?
Je ne peux pas �crire.
D�sol�e.
� ce moment-l�, je l'ai vu.
J'ai clairement vu mon p�re.
Pour la premi�re et derni�re fois, l'image de mon p�re.
Il est parti quelque part, loin, avec ma m�re.
Mais o� ?
R�cemment j'ai enfin commenc� � trouver la r�ponse.
"JE VEUX DEVENIR PLUS RAPIDE QUE N'IMPORTE QUI.
"PLUS RAPIDE QUE LE FROID, LA SOLITUDE, LA TERRE, ANDROM�DE.
"O� EST-IL ? O� EST-IL, LE P�CH� ?"
KAORU AB�
Avec :
Reona Hirota
Machiz� Machida
D'apr�s le roman original de Mayumi Inaba
Sc�nario : Sh�sei Shinma, Izuru Deguchi
R�alisation : Koji Wakamatsu
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.