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Original subtitles

Tu as été merveilleuse pendant ce dîner.

Ce type m'empoisonnait.

Tu as sauvé la situation.

Et ton prochain film. Par la même occasion, oui.

Merci.

J'aime notre complicité.

Elle t'aura été très utile, non?

Indispensable.

C'est agréable, d'être "indispensable".

Je rentre la voiture au garage. Demain, je ne tourne pas.

Prépare-moi un verre.

C'est ce que je comptais faire.

Tu t'es changée?

Je vais te faire de la peine, François.

J'en suis navrée parce que je t'adore,

mais je suis obligée.

Je vais m'en aller.

Tu vas t'en aller? Où?

François, je te quitte.

Je t'en prie...

Je suis le seul spectateur.

Mais je ne joue pas. Arrête, tu veux?

C'est pas sérieux?

Écoute, tu n'as pas cessé de travailler,

tu es fatiguée, à bout de nerfs.

Va dormir.

Nous parlerons de ça demain.

Tu ne comprends pas: Je m'en vais maintenant.

Tout de suite.

On m'attend.

Mais qui t'attend?

Tu es folle?

Je t'en supplie.

Ne faisons pas de scène. Ne soyons pas ridicules.

J'ai tellement d'affection pour toi.

Je voudrais tant que tout se passe calmement,

que ce soit digne de nous.

Qui est-ce?

Thierry Damiot.

Le petit qui est au Français?

II a 10 ans de moins que toi.

Ça ne se voit pas.

C'est vrai.

Tu es célèbre, tu es belle...

Tu vas pouvoir l'aider beaucoup. Oui.

À lui aussi, je pourrai être utile.

C'est un enfant. Il est perdu, dans ce milieu...

Je t'en prie.

C'est drôle...

comme en une minute, toute une vie peut basculer.

Tu as ta carrière.

Fais ce film qu'on te propose en Amérique.

Et quand tu reviendras, nous nous reverrons.

Je ne crois pas que je pourrai vivre complètement sans toi.

On s'en fait des montagnes, mais entre gens civilisés,

le divorce, c'est une simple formalité.

Hé, mec,

ce machin ne marche pas.

Regarde.

Ça marche.

Merci.

Je l'ai eu.

Télévision.

Avec un accent français.

Une salade du chef sans céleri avec un œuf dur.

Répétez-moi ça.

Une salade du chef sans céleri avec un œuf dur.

Il veut une salade du chef sans céleri et un œuf dur.

Une salade du chef sans céleri et un œuf dur.

Merci.

Mangez des choses moins difficiles à prononcer.

Je l'ai déjà vu.

À cette heure-ci, ils repassent les vieux films.

Vos œufs vont être froids. Ils le sont déjà.

Parisien?

Oui.

François Combe.

Ici, on m'appelle Kay. Je m'y suis faite.

On se fait à tout.

Vous habitez Paris?

J'habitais.

Du côté de la Muette. Oh! Moi, Auteuil.

On était voisins.

Serveur, une charlotte aux fraises.

Tout ce que vous désirez.

Il est gentil.

Vous êtes ici depuis longtemps? Six mois.

Hier, des siècles...

C'est un peu écœurant, hein?

Je commande toujours des choses que je n'aime pas.

Remarquez, ça, c'est bien. Il y en a beaucoup.

Un gâteau prétexte. Prétexte à rester.

On mange, le temps passe...

Toute cette crème, ça rappelle la Suisse.

"Ll faut boire du lait. Il faut manger de la crème."

Vous connaissez la Suisse?

J'y étais en préventorium.

Longtemps? Quelques mois.

Remarquez, c'est pas tragique.

Et même quand j'y repense, c'est plutôt bien.

C'est calme.

Les gens sont gentils, on vous dorlote.

On s'occupe de vous, on pense pour vous.

Et puis il y a les montagnes.

Merci.

C'est beau, les montagnes.

C'est comme la télévision.

On reste devant des heures...

et puis on ne regarde plus rien, on ne pense plus à rien.

Je crois qu'ils vont fermer. Déjà? Vous croyez?

Arrivederci. Arrivederci.

Un Italien.

Vous avez aussi vécu en Italie? À Rome, oui.

Avant ou après la Suisse? Avant.

Vous avez beaucoup voyagé? Oui.

Oui, vraiment beaucoup.

Maintenant New York. Port d'attache?

Vous connaissez, vous, un vrai port d'attache?

On ferme.

Je déteste les endroits qui ferment.

Au début, j'aimais New York, et puis...

Les villes sont pareilles.

On les aime ou pas en fonction de ce qu'on y trouve.

Vous aimez, vous? Là ou ailleurs.

Oui, mais ailleurs, on peut tricher avec soi-même.

Tandis qu'ici... Oui.

Ici quand on perd, on perd bien.

Vous êtes fatiguée? C'est ma chaussure.

On va prendre un taxi. Non. C'est très bien.

Marchons.

Ce que j'adore à New York, la nuit, ce sont ces fumées.

Comme dans Les Mille et Une Nuits.

Il y a toujours une fumée qui monte et qui se transforme en génie.

Un bon génie, bien entendu.

On lui demande ce qu'on veut, il vous le donne,

et tout change.

Déjà?

Un autre.

Je ne peux pas. Juste un, je vous promets.

Barman...

Merci, Teddy. Je m'appelle Jimmy.

Ah oui, c'est vrai.

La dernière fois que je vous ai vu,

c'était il y a environ trois mois.

J'étais ici avec des amis.

Vous nous avez offert une tournée pour la naissance de votre fils.

Vous vous rappelez? Bien sûr.

Les boissons que vous avez englouties m'ont coûté une semaine de salaire.

Mais ça valait le coup.

Il nous a offert à boire. Oui, pour la naissance de son fils.

Comment l'avez-vous appelé? Willie, pour Willie Mays.

Un type heureux, c'est bien.

Jusqu'à ce que ça craque.

Ce jour-là, il sera comme tout le monde.

Il lui restera des souvenirs et quelques jolies photos.

Tout le monde n'a même pas de jolies photos.

J'en ai pas de ma fille.

Elle a quel âge?

12.

Oh non. Maintenant, 13.

Elle habite avec son père.

À Mexico.

Vous ne?

II faut pas que j'en parle.

Il faut pas que j'y pense.

J'y arrive. J'y arrive très bien.

Voilà. Mon verre est fini.

Où habitez-vous?

Depuis ce matin, j'habite nulle part.

Venez.

Venez, Kay.

Venez, Kay.

Où allons-nous? À vrai dire, je n'en sais rien.

Je pensais qu'on allait chez vous. Non.

Oui, bien sûr. Ah non.

Je vis seul. Absolument seul.

Ça ne me regarde pas.

Quand j'ai habité chez Jessy, je la croyais pas comme ça.

Je croyais qu'elle aimait Pierre, un pilote de ligne.

Mais pas du tout, elle s'en fichait.

Et puis ce type du Texas est arrivé...

Les femmes ne résistent pas à un puits de pétrole.

À quoi elles résistent? J'ai voulu lui parler,

lui dire qu'elle avait tort, que Pierre...

Mais elle a été épouvantable. Elle m'a dit des choses terribles.

Ce matin, elle est partie avec lui, sans me prévenir.

Quand je suis revenue, j'ai pas pu rentrer.

L'appartement est au nom de Pierre.

Il était là il y a trois jours. Je sais pas quand il revient.

Et puis j'ai toutes mes affaires, là-bas.

Je n'ai que ce j'ai sur moi.

À l'agence, ils me renseigneraient peut-être sur son arrivée.

Ben, oui. Pourquoi pas?

II y a une odeur de whisky. Ils doivent en avoir.

Kay?

Tu peux entrer.

Bonjour. Bonjour.

Ou plutôt bonsoir.

Tu sais l'heure? Non.

Pas loin de 20 h.

C'est le bruit que j'ai fait qui t'as réveillé?

Je m'excuse, mais la porte ne ferme pas.

C'est pas le Waldorf.

Ce n'est pas le Waldorf.

Je peux prendre ton peigne? Oui.

J'ai une sale gueule. Déjà qu'hier, je m'étais pas rasé...

Oui, j'ai vu.

Pardon.

On ne peut pas tout prévoir.

J'ai pas très chaud. Je voudrais sortir.

Je te laisse.

Ah non, c'est pas ça.

Mais comme ce n'est pas le Waldorf, il n'y a qu'un peignoir.

Je te le donne.

Qu'est-ce que je vais faire?

Je peux pas sortir comme ça, avec une barbe de deux jours.

C'est très simple: Tu téléphones au portier,

qu'il envoie quelqu'un

acheter un rasoir, des lames... Tu veux que je le fasse?

Je peux le faire.

Je fais couler ton bain? S'il te plaît.

Allô, chambre 23.

Pouvez-vous envoyer quelqu'un m'acheter un rasoir?

*Un quoi? Un rasoir.

*Un quoi?

Un rasoir! Attends.

Un rasoir, des lames et de la mousse à raser.

Une brosse à dents?

Et deux brosses à dents. Merci.

Voilà.

Bon. Je vais me dépêcher.

Je suis pas pressée. Tu as faim, toi?

Tu as à faire?

Non, rien. Il faut bien manger.

On va pas rester ici.

Non, bien sûr.

Va prendre ton bain.

Il va falloir que je m'achète des bas.

Tu n'as rien oublié? J'avais pas grand-chose.

Vous gardez la chambre, cette nuit?

Oui, je la garde.

Musique jazz.

Donne-moi encore 10 cents.

Tu aimes? Cafardeux à souhait.

Musique jazz.

Elle chantonne.

Souvenirs personnels?

Non. Seulement un air que j'aime bien.

Qu'est-ce qu'il y a?

Qu'est-ce que tu veux qu'il y ait?

Tu veux que je m'en aille?

Que tu t'en ailles?

Tu peux m'avoir assez vue.

Tu dis n'importe quoi.

Non. C'est l'alcool à jeun...

puis de m'être réveillé avec la nuit.

C'est la fatigue.

Et puis tous ces jours, toutes ces nuits derrière soi...

On sait plus très bien où on en est.

On flotte.

Non?

Oui, c'est ça.

On flotte.

Tiens, la table est libre.

Bonsoir, madame.

Ils ont des steaks merveilleux.

Deux steaks, s'il vous plaît.

On va commander le reste plus tard. Tout de suite, madame.

À point, c'est cela? Oui, à point.

Tu es une habituée? Je te l'ai dit.

Je venais avec Jessy et avec Pierre, quand on m'emmenait.

Nous habitions tout à côté.

On y passera tout à l'heure.

Il est peut-être revenu à New York.

Il n'est pas là. Ce sont les trois fenêtres au second.

Tu y as été heureuse? On dirait que tu regrettes.

Je regrette mes affaires.

Heureuse, non.

Mais j'avais un coin, j'avais un peu de calme.

C'est tout petit. Une chambre, un living...

Jessy était ce qu'elle était.

C'est quand même mieux qu'être toute seule.

Et quand le pilote venait?

Je dormais dans le living.

Toujours? Qu'est-ce que tu veux dire?

Ce que je veux dire... Tu te fais des idées.

Même pas.

Et par ici, quand vous sortiez, où alliez-vous?

Ben... Ah si. Au Number one.

Je pense que tu as envie d'y aller.

Non.

Ça m'est égal.

Égal de boire un whisky?

François, je n'ai jamais couché avec Pierre.

Je sais que tu t'en fiches, mais...

Il y a eu juste une fois...

une chose un peu louche.

Une impression.

Cet été.

Tu sais, le mois d'août à New York,

cette chaleur horrible, cette humidité,

quand tout poisse, tout colle.

On est à la fois mort de fatigue et à bout de nerfs.

Nous étions là tous les trois.

Pierre était torse nu. Il est très bien fait.

Et toi? Quoi, moi?

T'avais quoi, sur le dos?

Juste un petit peignoir, comme Jessy. Il faisait si chaud.

J'ai voulu aller prendre ma douche,

et Pierre m'a barré le chemin.

Il a dit que nous étions des imbéciles,

que nous devrions prendre la douche

ensemble, tous les trois.

Nous avions tous un peu bu.

Jessy s'est mise à rire trop fort.

Pierre nous regardait.

Je suis passée, et je me suis enfermée dans la douche.

Et puis, on n'en a plus jamais parlé.

Tu n'es plus jaloux de Pierre?

Pourquoi le serais-je davantage de Pierre que de...

Paul.

Entre autres.

Par moments, j'ai l'impression que tu me détestes.

Mais non.

Il a fallu que tu ailles faire du charme.

C'est pour nous que j'ai fait du charme.

Tu vois?

Quand j'entendrai cet air-là, j'aurai mon souvenir personnel.

Toi aussi, d'ailleurs.

Quoi qu'il arrive.

Ce soir ou demain.

Quand tu l'entendras, tu penseras à moi.

C'est mieux quand tu es rasé.

S'il te plaît, prends-moi contre toi.

Merci. Ce souvenir sera vraiment parfait.

J'en ai assez, de cette boîte. Paie et on s'en va.

Mais pas autant. Tu laisses trop de pourboire.

Ici, un demi-dollar suffit.

Où veux-tu aller?

Tu ne veux pas rentrer?

Si tu veux.

Tu as vu? Le portier nous a reconnus.

Oui, j'ai remarqué.

C'est bête, mais ça m'a touchée.

Elle chantonne.

Assieds-toi.

Tu ne crois pas qu'on a assez bu? Bien sûr.

Ce n'est pas comme hier soir.

Je me sens bien.

Je ne me suis jamais sentie aussi bien.

T'es bien, toi?

Oui.

François, cigarette.

Ça ne t'ennuie pas, si je parle?

J'ai besoin de parler.

De fumer et de boire. Je sais, c'est ton heure.

Ça vient de mon sang russe.

C'est fou, le nombre de femmes qui ont du sang russe.

Mais moi, c'est vrai.

Ma mère était russe.

C'était une pianiste.

Une très grande pianiste.

Elle s'appelait Véra.

Tu aimes ce prénom, Véra?

Tu ne m'écoutes pas.

Mais si, je t'écoute. Mais si.

En pensant à autre chose.

Toujours lucide

ou croyant l'être.

C'est bien, tu es résigné.

"Résigné" à quoi?

À quand même me laisser parler.

Je voulais appeler ma fille Véra.

Mon mari n'a pas voulu.

Il est italien. Il voulait un prénom italien.

Nous étions à Berlin quand elle est née.

J'étais à l'ambassade.

Il trouvait qu'un prénom russe, c'était de la provocation.

Ce n'était pas ça.

À vrai dire, il était jaloux...

De tout ce que j'aimais, de tout ce qui me touchait.

L'ambassadeur avait de l'affection pour moi.

C'était un vieil homme. Il m'a accusée de faire du charme.

Nous sommes repartis pour Rome, dans un immense palais.

Le palais Larsi.

Je suis comtesse. C'est drôle.

Sa mère et ses sœurs... Tout le monde vivait là.

Tout le monde m'épiait.

C'était terrible.

Alors j'ai manqué de courage et je suis partie.

En préventorium?

Non. J'ai d'abord vécu sur la Côte d'Azur.

Seule, sans doute.

Je ne le prétends pas.

Tu as l'air en colère. Pourtant je te raconte ma vie.

Assez. Viens.

Tu permets que je finisse mon verre? Non. Déshabille-toi.

Bon. D'accord.

Après, sur la Côte d'Azur... Assez. Tais-toi.

Tu vois? C'est toute ma vie.

J'adore les écureuils et Central Park en est plein.

Il suffit que j'arrive. Moi, je n'en vois jamais.

Je dois les faire fuir.

Quoi?

Je ne t'avais jamais vue en plein jour.

Ne me regarde pas.

Je suis fatiguée, mal maquillée, pleine de petites rides.

Vous en avez de la chance, vous, les hommes.

Pour vous, l'âge ne compte pas.

Ils sont jeunes tant qu'ils réussissent,

mais s'ils se retrouvent avec leur vie à zéro...

"La vie à zéro", ça n'arrange rien, à aucun point de vue.

J'aurais voulu que tu me parles de toi.

J'aurais voulu que tu craques. Tais-toi.

J'aurais tant voulu que tu mettes ta tête contre moi,

que tu te laisses aller,

que tu te vides de tout ce qui te fait mal...

Tu as failli le faire plusieurs fois.

Mais tu n'as pas voulu.

Qu'est-ce qu'on peut attendre d'une femme levée dans un bar?

Kay!

Avec qui on fait l'amour comme si on se suicidait.

Qu'est-ce que tu as? Tu te trompes.

Il y a tant de choses que je voudrais te dire,

te faire comprendre,

même si tu dois penser que je mens.

Que tu arranges, peut-être. Maintenant, c'est sans importance.

Bien sûr que c'est sans importance.

Après toutes ces boîtes, après tous ces bars,

on aura quand même eu un peu d'air ensemble,

un peu de soleil, un peu de clarté,

pour notre dernière promenade.

Quelle "dernière promenade"?

Tu aurais pu me dire au revoir dans la rue, devant l'hôtel.

Je sais que c'est fini. Je l'ai vu tout à l'heure.

Mais tu as vu quoi?

La chambre, quand tu l'as payée.

Oui, j'ai réglé l'hôtel.

Allez, viens. Viens.

Où?

D'abord traîner, boire un verre, deux verres,

attendre que le jour soit tombé.

Parce que l'endroit où je t'emmène, la nuit, c'est moins laid.

Avoir mis tant de temps à se rencontrer,

alors que nous habitions si près l'un de l'autre...

C'est ici.

Quand je suis sorti, l'autre soir, j'ai oublié d'éteindre la lumière.

Voilà.

Eh bien, entre.

Je m'en doutais, tu sais.

Tu cherches quelque chose? On ne livre pas de lait?

Je n'en bois pas. Ah bon?

Je peux demander qu'on en monte tous les matins.

Merci.

J'ai pensé que pour la matinée, le prince de Galles serait parfait.

Tu me mets à la porte?

Tu as bien quelque chose à faire. Oh, juste un type à voir.

Il n'y a pas de rendez-vous fixe. Autant aujourd'hui.

Tu serais dans mes jambes.

C'est sale. Je vais mettre de l'ordre.

Tu es douée pour ça?

Je déteste ça.

Ce matin, tu ne m'embrasses pas?

Je suis heureux. Moi aussi.

Il ne faut pas le dire.

Habille-toi.

C'est bizarre.

Je n'ai jamais vu un homme avoir autant de costumes.

Je suis acteur, je t'ai dit.

Sa garde-robe, pour un acteur, c'est la moitié du talent.

Quand tu m'as dit ton nom, j'ai pas fait attention.

Hier, j'ai pas osé te le demander.

François Combe. Ah oui.

J'étais très connu.

J'étais même célèbre.

Pourquoi tu ris?

J'ai vu un film dans lequel tu jouais.

À Rome, je crois. J'ai pensé que t'étais pas mon type.

C'est à ça que tu penses au cinéma? Bravo.

Les femmes ne pensent qu'à ça. Sinon, d'où viendrait votre succès?

Oh, mon café.

Je ne savais pas ce que tu prenais le matin.

Nous n'avions jamais pris de petit déjeuner.

Comme tu es français, à tout hasard, j'ai fait du café.

Merci.

Il n'y avait rien dans l'armoire.

Ni biscotte, ni beurre.

Quand j'avais faim, j'allais au drugstore à côté.

J'aurais dû me lever plus tôt, acheter des tas de choses...

Je ne mange jamais le matin.

La ligne.

J'aurais dû acheter des fleurs.

Oh non. C'est mieux sans fleurs.

C'est comme si ça durait depuis longtemps.

Une cigarette.

Oui?

C'est curieux. Ta cigarette.

Ça ne cadre plus.

C'était machinal. D'ailleurs, je n'en avais pas envie.

Bois ton café. Il va être froid. Oui.

Excuse-moi. Tout est ébréché, tout est cassé et sale.

Ça n'avait pas d'importance, avant. Ça n'a aucune importance pour moi.

Quand ça n'a pas marché à Hollywood et que je suis venu ici,

j'ai d'abord habité le Waldorf.

Et puis un autre... Tu m'as tout raconté, cette nuit.

Nous avons beaucoup parlé.

J'ai beaucoup parlé.

Tu as enfin beaucoup parlé.

Oui... Je n'ai même fait que ça.

Tu m'en veux? De ne pas? Non.

J'en ai même été contente.

C'était tellement mieux. Ça avait un côté vieux ménage.

Ah non. Ça se déteste, les vieux ménages.

Pas tous. Mais si.

Chacun en veut à l'autre de ne pas avoir eu le courage de partir.

Tu l'aimes toujours?

Mais tu ne comprends rien.

Il s'agit bien de ça. Il s'agit bien d'elle.

Toujours cette sentimentalité idiote.

Ce n'est plus ça qui compte pour moi.

C'est moi seul.

Je me suis retrouvé seul.

Seul à crever, seul à hurler.

Si tu ne comprends pas ça...

Viens ici, François.

Viens ici.

Viens.

Assieds-toi, tu veux?

Tu étais seul, mais pas aussi seul que moi.

Il faut que je te dise quelque chose.

Je sais que je vais te faire du mal, parce que tu es jaloux.

Mais j'aime que tu sois jaloux.

Quand tu m'as rencontrée, j'étais si totalement seule

que j'avais décidé de suivre le premier homme venu.

Je t'aime, François.

Il va falloir que tu sortes, maintenant.

Allons, courage, François.

Je te donne deux heures.

Mettons trois.

Ne t'attend pas en rentrant à trouver un déjeuner fantastique.

Ça m'est égal. Non, va.

File. Je ne veux plus te voir.

François!

II faut que j'achète des choses... Pardon.

J'ai besoin de bas. Je peux?

Une porte claque.

La clé. Il faut que je fasse les courses.

Tiens.

Allez, dépêche-toi.

- François Combe, pour le rôle du Français.

Voilà. Merci.

J'ai honte de vous donner ce rôle.

Le Français ridicule avec des moustaches.

Très mal payé. Ça ne fait rien.

C'est à ce point-là?

Je peux encore tenir quelques mois. Alors?

Ne cherchez pas. Je ne me comprends pas moi-même.

Si vous trouvez à m'employer... Je pourrais vous caser.

Une série d'émissions... Il y en a pour 6, 8 mois.

Ça aussi, ce n'est rien. Une "panne", comme vous dites.

Combe, avec votre talent,

le nom que vous avez encore à Paris...

Je ne veux pas rentrer à Paris.

Je n'aime plus Paris.

Ne plus aimer Paris...

Il n'y a plus que les apatrides comme moi pour être patriotes,

et pourtant...

Paris...

J'y étais pauvre, j'y ai fait faillite...

Ce n'est pas vrai, ce qu'ils disent,

que j'ai balayé les studios de Billancourt.

On ne m'aurait même pas confié un balai.

Je sais ce qui vous est arrivé.

Mais si on devait quitter un pays chaque fois qu'une femme vous plaque,

la Terre ne serait pas assez grande.

Beau, accent français... Vous pouvez réussir, ici.

Hollywood m'a prouvé le contraire.

Ici, la chance passe plusieurs fois.

Mais pour réussir ici, il faut le vouloir très dur,

ne penser qu'à ça.

Merci de m'avoir reçu et merci pour le rôle.

Ça vous a coûté 20000 lires.

Vous ne vous souvenez pas?

Vous tourniez à Rome, via Veneto.

On s'est rencontrés.

Je n'étais pas encore dans ma bonne période.

Je vous ai tapé.

Je ne m'en souvenais pas. Non?

Sonnerie.

Oui?

*Monsieur Hourvitch, pouvez-vous venir sur le plateau B?

J'arrive tout de suite.

Accompagnez-moi. Après, nous irons boire un verre.

Toute ma vie, dans l'Europe entière,

j'ai traité des affaires sur les coins de tables de bars.

Les bureaux, même beaux, de temps en temps, je m'en échappe.

On vous attend, peut-être? Non, pas du tout.

Bonjour, monsieur Hourvitch. Bonjour.

Ici, je fais la pluie et le beau temps.

Vous ne pourriez pas trouver un job à une fille que je connais?

Qu'est-ce qu'elle fait? Rien.

Elle pourrait être téléphoniste? Mannequin? Secrétaire?

Je pense, oui. Quel âge?

La trentaine.

Un mari? De l'argent? Une forte pension alimentaire?

Non.

Mais il lui reste quand même des bijoux?

Même pas. Mais elle est foutue.

Je croyais qu'ici, la chance passait plusieurs fois.

Oui. Mais pour les filles, à la trentaine, c'est cuit.

Elles doivent être casées, sinon...

"Sinon"?

II ne reste plus qu'à être ouvreuse dans un cinéma.

Et encore, pas dans le centre.

Je n'ai pas été trop franc?

Ce n'est pas quelqu'un pour qui... Non.

C'est juste une amie. Ah bon? Je préfère.

Parce que dans ce cas,

la fille jouerait avec vous sa dernière carte.

Et ça...

Hourvitch, vous avez vécu combien de temps à Rome?

4 ans.

Vous avez connu la comtesse Larsi? Oui.

Je l'ai même aperçue ici, à New York.

C'est drôle, New York.

On y rencontre tout le monde, en haut ou en bas.

Elle avait plutôt l'air en bas.

Ce n'est pas pour elle que... Non, non.

Que fait son mari? Diplomate, je crois.

Il a été nommé à Mexico.

Le pauvre.

Elle lui en a fait voir. Ah oui?

II y a eu un joli scandale.

Elle a tout plaqué pour partir avec un gigolo.

Excusez-moi. Juste un mot à dire...

Repose-toi. On te voit avant le départ?

Ah non. Ça, pas question.

Il y en a qui savent organiser leur vie.

Il sonne.

Elle est partie.

"Partie"? Mais où?

Mais où? J'en ai aucune idée.

- Daisy! Chérie!

II y a combien de temps?

Depuis combien de temps? Deux ou trois jours, je crois.

Mais c'est pas possible.

Qu'est-ce que tu fais?

Arrête de crier, j'arrive.

Elle vous aura sûrement laissé une lettre à l'intérieur.

Je n'ai pas les clés.

Demandez au concierge de vous ouvrir la porte.

Je lui conseille pas de refuser. C'est moi qui paie le loyer, non?

La même chose, s'il vous plaît.

Le téléphone sonne.

Allô?

Allô?

Allô? C'est toi, François?

François?

Mais où es-tu?

Tonalité.

Merci beaucoup, monsieur.

Match à la radio.

Avez-vous vu l'homme avec qui j'étais venue, l'autre soir?

II avait une veste marron et un accent français.

Oui, oui...

On va les avoir.

Il est parti il y a quelques minutes.

C'est à cause de vous qu'il boit autant?

- Kay!

Kay...

Je ne savais pas où te trouver. Quand es-tu arrivé?

Qu'est-ce que ça peut faire que j'arrive ou que je reparte?

Qu'est-ce que ça peut faire?

Allez, viens boire un verre. Non.

Il faut qu'on parle. Pas maintenant, Pierre.

Ah non! Tu ne vas pas filer.

Non... Tout de suite! Viens.

Deux scotchs. Tu as assez bu.

De la morale, en plus?

C'était notre chanson. Je sais, Pierre.

Je sais.

"Je sais, Pierre. Je sais."

Qu'est-ce que tu sais d'autre?

Tu sais comme j'ai mal?

Toutes les mêmes! Toutes!

Toutes fabriquées de la même manière.

Et nous, comme des cons, on marche, on y croit.

Mais pourquoi? Pourquoi?

Kay, qu'est-ce que j'avais fait?

N'ai-je pas toujours été bien? Si, Pierre, toujours.

Mais alors, pourquoi? Réponds.

Tu ne comprendrais pas.

Comme quand j'étais môme: "Tu ne comprendrais pas."

"Plus tard, tu verras."

J'ai jamais compris. Jamais!

Même quand j'ai grandi.

J'ai jamais rien pigé à vos sales histoires, vos sales combines.

On m'a toujours eu, toujours possédé.

Les grands, les bonnes femmes...

J'avais un cadeau, un truc de Paris.

Et je sonnais, je sonnais...

J'étais tout content, comme chaque fois que j'arrive.

Même pas un mot, une lettre.

Rien, personne.

Plus personne.

Les cadeaux, les belles phrases...

Hop, à la poubelle!

Kay...

Je suis soûl, c'est vrai,

mais je te jure, j'essaierai de comprendre.

Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce qu'il y a eu?

Kay, ma petite Kay, j'ai trop de peine. Dis-moi.

Qu'est-ce qu'il veut?

T'en va pas! Laisse-moi!

Je veux pas être tout seul.

C'est très important. Et pas moi?

Moi, c'est toute ma vie.

La vie! C'est du propre, la vie.

Moi, je m'en fous, de la vie.

J'en ai marre, de la vie.

On est toujours seul, tout seul dans la vie.

Une portière claque.

Me regarde pas comme ça, je vais t'expliquer.

Il ne t'a pas gardée? C'était Pierre.

Je te cherchais partout et je l'ai rencontré.

Ou bien c'est toi qui n'as plus voulu?

II a quoi? 30 ans?

Toi aussi, il te les faut plus jeunes.

C'est excitant. Comment ça?

Mais le coup du petit jeune homme, on me l'a déjà fait.

Tu vas t'en aller!

File! François...

Tu ne sais pas où aller coucher?

Tiens. Mais tu n'as pas le droit.

Là où je t'ai ramassée, tu trouveras quelqu'un.

C'est parfait, ton petit numéro.

Pour tes racolages, c'est toujours le même ou tu en as d'autres?

Qu'est-ce que tu attends?

François... Je ne veux plus t'entendre.

Fous le camp! Fous le camp!

Dépêche-toi! Mais dépêche-toi donc!

Je m'en vais. Avant, je voudrais que tu m'écoutes.

Vite. Tu ne trouveras personne.

Ce n'est pas digne de toi.

Ah oui, je vois.

Le côté ambassade, le côté comtesse.

Avant le gigolo. Après, quelle dégringolade.

Attends.

Viens ici.

C'est idiot, après tout.

Pour toi, moi ou un autre, c'est pareil.

Alors autant faire ta nuit ici.

Déshabille-toi!

Tu fais bien l'amour. Pourquoi me priver de ça?

C'est vrai que tu as de l'expérience.

Avec combien d'hommes as-tu couché?

Tu pourrais compter? Dis!

Réponds! Ça avait si peu d'importance.

Ici, à New York, depuis que tu y es, combien?

Quand je dis "coucher"... Ici, les taxis, c'est la mode.

Et les saloperies dans les cinémas?

Tu les emmenais dans les bars où tu m'emmenais?

Lls marchaient aussi? Lls se laissaient avoir?

Tu leur disais les mêmes trucs? Non.

Tu mens!

Tu mens, comme vous toutes.

Ne m'en veux pas.

Je te demande pardon, je te demande pardon.

C'était sans doute nécessaire.

Mon chéri...

Mon pauvre chéri.

On sonne.

Oh, c'est toi.

Les trois coups de sonnette...

J'y ai pas pensé. L'habitude.

Entre.

Un ami, François Combe. Entrez aussi.

Je viens chercher mes affaires.

Elles sont là.

Tu peux pas te tromper, il y a plus que les tiennes.

Café? Non, merci.

Moi, si.

Pierre le fait très bien. Pas du tout à l'américaine.

C'était vous, au bar?

Ma pauvre Kay, ce que j'ai dû t'empoisonner.

J'étais pas très frais. Oh, mais lui non plus.

Ça va mieux,

ce matin? Oui.

Beaucoup mieux.

Vous avez de la chance.

J'ai gagné qu'une gueule de bois qui n'arrange rien.

On croit qu'on va oublier, qu'on ne va plus penser...

Quand je suis rentré, c'était encore pire.

C'est moi qui t'ai remplacé sur le divan.

J'aurais jamais pu coucher à côté.

Dis, on y est très mal. Très.

Je descends tes valises.

Tu permets?

Alors?

Je t'engueulerai pas, même si tu savais.

Je ne l'ai su que les derniers jours.

Je lui ai dit ce que j'en pensais, et je me suis retrouvée à la porte.

Pauvre Kay. C'était un coup dur.

Non. Plutôt une chance.

Bien sûr. Il y a un gars, non? Si.

Tu le connais? Je l'ai vu.

Beau type? Infect.

C'est bête, mais j'aime mieux ça.

Beaucoup de fric?

Énormément.

Alors là, bien sûr, je faisais pas le poids.

Ça m'apprendra, les rêves imbéciles.

Le retour en France, le mariage, tout le bastringue.

Gratiné, le réveil.

Pigeonné, le bonhomme.

Pour s'être foutue de moi... Dans le genre, j'ai jamais vu mieux.

Kay,

tu la connaissais? Pourtant au début...

Je suis sûre qu'elle t'aimait.

Ça ne doit pas être vrai, mais c'est gentil.

Pierre... Mes cigarettes sont dans le salon.

Qu'est-ce que tu vas faire? Fumer, je te dis.

Ensuite? Te laisser finir tes valises,

sortir, parce que je t'aime bien,

mais te voir ici, ça me rappelle trop de choses.

Et après? Après?

Je vais demander qu'on me change de ligne.

New York, ça suffit.

J'essaierai l'Amérique du Sud.

Les Brésiliennes seront peut-être plus sensibles à mon charme.

Au fait, je pars ce soir.

L'appartement est payé encore pour un mois.

Si le cœur vous en dit... Merci.

Nous avons une chambre.

Donnez-moi l'adresse. Si je revenais à New York...

Que je sache où t'écrire si Jessy donnait de ses nouvelles.

Bon.

Eh ben, salut.

Peut-être à un de ces jours.

Merci.

Et encore pardon, pour hier.

En partant, vous n'aurez qu'à tirer la porte.

Tu comprends, maintenant?

Oui, je comprends.

Elle est jolie, hein?

Un restant de splendeur. Elle a bien 5 ans.

Même pas démodée.

Tu as envie de la mettre? Oui. Comment le sais-tu?

Tu veux?

Qu'y a-t-il?

Rien.

Une autre Kay.

C'est la coiffure.

Pour la robe, c'est mieux, non?

Et maintenant?

Tu viens m'embrasser?

Quoi? Rien.

Un peu aussi comme un autre François.

Cette série d'émissions dont vous m'avez parlé l'autre jour...

Vous y tenez? Oui, j'y tiens.

Bon. Je vous la donne.

Après tout, j'y gagne. Un acteur comme vous

pour une panne pareille... Merci.

Mais ne me remerciez pas.

Ou plutôt si.

Remerciez-moi pour le bon conseil que je vous donne en plus.

Lâchez tout dès demain.

Rentrez à Paris.

Redevenez!

Merci pour le conseil.

Vous ne le suivrez pas? Absolument pas.

Ah, c'est pour la bonne femme.

L'autre jour, je n'ai pas insisté. Je suis très délicat.

Elle se noyait

et vous la sauvez.

Ceux qui se noient vous entraînent au fond.

Hourvitch, "au fond", j'y étais déjà. Je remonterai plutôt.

Ça ne durera pas.

Elle vous entraînera et vous replongerez plus bas.

Vous ne la connaissez pas. Vous non plus.

On ne connaît une femme que quand on s'aperçoit qu'elle vous a roulé.

Foutez le camp, il est encore temps.

Faites comme moi.

J'ai passé ma vie à fuir. Les femmes?

Non. Les créanciers, les persécutions...

On refait une fortune, on retrouve un pays,

mais quand une femme vous a démoli, elle a tout démoli.

Une autre peut tout reconstruire. Comme il a dit ça!

C'est peut-être vrai, après tout,

que les acteurs sont bêtes.

Attendez-moi une minute.

Je te croyais parti. Ce soir.

Des nouvelles de Jessy? J'ai cru.

Un télégramme que j'ai ouvert. C'était pour toi.

Tu l'as? Je suis venu te l'apporter.

Qu'est-ce que tu fais? Que veux-tu que je fasse?

II y a des vols pour Mexico? J'ai appelé pour demander,

mais il n'y a plus de place. C'est impossible.

Je connais une fille à la PanAm. On va essayer.

Ce n'est pas uniquement pour te faire venir?

Tu ne le connais pas.

Les gens peuvent regretter, ils peuvent changer.

Pas lui.

Une décision est une décision.

On doit s'y tenir.

"Michèle gravement malade." II ne dit même pas ce qu'elle a.

Toute petite, elle était déjà fragile.

Depuis quand tu ne l'as pas vue? Longtemps.

Depuis...

Depuis que je suis partie.

C'est ma faute, bien sûr,

mais il a tout de suite fait ce qu'il fallait.

C'est un homme très organisé. Il pense à tout.

Michèle est gravement malade, il a fait son devoir.

Il a même câblé à la banque, au cas où...

Il doit bien se douter.

C'est dur, hein, pour toi? Quoi?

Ta fille...

C'est comme une espèce de douleur sourde

qui se réveille quelquefois quand je vois un enfant,

ou comme ça, pour rien.

Je peux pas la fermer. Tu peux m'aider?

Et s'il te demandait de rester pour elle?

Oh, ça me surprendrait.

Ça t'ennuie pas si je laisse des affaires?

Non, puisque tu reviendras.

Tu vas revenir, n'est-ce pas?

Mais bien sûr, François.

Tu aurais dû mettre une robe moins légère.

Là-bas, il fait très chaud.

Tu veux manger quelque chose? Non. J'ai pas très faim.

Et dans l'avion, on vous donne toujours...

Détends-toi, repose-toi.

Tu as le temps. Il y a encore deux heures.

Donne-m'en une.

Viens près de moi.

Tu me téléphoneras?

Si je peux. On peut toujours.

Je te téléphonerai.

C'est encore pour toi que ça me fait le plus de mal,

parce que tu vas te retrouver tout seul.

Tu vas m'accompagner, n'est-ce pas?

Je sais que c'est égoïste de ma part, mais...

Mais bien sûr, je t'accompagnerai.

Et même si je n'ai plus de courage, il faudra que tu me forces à partir.

Parce qu'il faut que je parte.

C'est ça...

Je te forcerai.

Je suis la comtesse Larsi. Comment va ma fille?

Je vais prévenir Son Excellence.

J'ai eu beaucoup de mal pour vous retrouver.

Vous changez souvent de domicile.

Le standard est assailli de coups de téléphone.

L'émission a formidablement plu.

Combe, venez ici.

Je ne vous présente pas,

vous travaillez ensemble.

Hello! Vous étiez très bien.

Et vous n'étiez pas mal non plus.

J'adore le français.

Venez, on va dîner et boire un verre.

Je regrette, je ne peux pas.

Pourquoi non? Venez!

J'attends un coup de téléphone.

Je l'invite toujours et c'est la même chose.

Il est amoureux. C'est bien.

Il ne faut pas se moquer.

Cloche.

L'intervention s'est très bien passée.

Il y a dans ce petit corps une telle résistance...

Elle tient de vous, madame.

J'ai admiré le courage avec lequel vous l'avez veillée.

Merci.

Elle est réveillée?

Pas avant demain. Mais elle sera très faible.

Ce sera votre dernière nuit pénible.

Je repasserai.

Tous mes compliments. Au revoir.

Je vous remercie. Vous avez été parfaite.

Vous êtes épuisée.

Je vous ferai préparer une chambre à l'ambassade.

Demain, je vous envoie le chauffeur.

Vous ne voulez pas qu'elle me voie? Vous n'avez pas le droit...

De lui éviter toutes émotions dans son état? Si.

D'autant que...

Vous rentrez quand, à New York?

Dès que je serai certaine qu'elle va bien.

Demain, vous serez rassurée.

Pourquoi m'avoir appelée?

J'ai cru faire mon devoir.

Elle m'a réclamée?

Une enfant qui souffre...

C'est un genre de réflexe purement automatique.

Votre billet est pris pour demain. Merci.

Vous m'excuserez de ne pas vous conduire à l'aéroport,

comme vous m'excuserez de vous laisser seule ce soir.

Un de ces dîners d'ambassade.

Je vous verrai avant votre départ.

Je dois régler une question.

Quel genre?

Pécuniaire.

Je l'aurais fait depuis des années si j'avais su comment vous joindre.

Ma fille?

Mais vous avez choisi.

Je n'ai pas choisi ça.

Et puis, je ne sais plus.

Ce qui est arrivé, c'est...

C'était une autre femme, dans une autre vie.

Mais elle?

En quoi aurait-elle sa place auprès

de cette autre femme, dans cette autre vie?

Sachez que sa vie est parfaite, bien organisée, bien équilibrée.

Elle ne souffre de rien.

Elle est joyeuse, elle est gaie.

On ne compte jamais assez avec le manque de cœur

et l'égoïïïsme des enfants.

C'est leur seule défense.

Elle sait?

Je lui ai dit la vérité. Que vous aviez...

Que vous étiez partie.

Oh, rassurez-vous, sans les détails.

Ce sera pour plus tard.

Même si vous ne le faisiez pas, je le ferais moi-même.

Comme ça, si un jour elle souffre,

et elle souffrira,

elle saura que je peux la comprendre,

et elle me reviendra.

Rien d'autre?

Si. Puis-je téléphoner à New York?

À la clinique, c'était délicat.

Vous êtes heureuse?

Oui.

Je suis heureuse.

Il y a un téléphone dans votre chambre.

Elle chante en anglais.

Ïïï

Excusez-moi, j'ai un rendez-vous.

Attendez! Non.

Restez, amusez-vous, buvez. J'ai un compte ici.

Vous raccompagnerez June.

Je peux rentrer seule. Bien sûr, la politesse française...

Faites-le boire, faites-le danser, qu'il vive.

Vous voulez danser? Non.

Je ne vous ferai pas ça. Merci.

Quand vous avez bu, vous êtes triste ou gai?

Je vous demande pardon. Je ne suis pas très...

Je n'ai plus d'essence.

Bon...

Parlez-moi d'elle.

C'est le seul sujet qui vous intéresse.

Il vous ennuiera. Non.

J'aime bien l'amour, même celui des autres.

Alors?

Elle fumait comme vous.

Pourquoi "elle fumait"? Je pense qu'elle fume toujours.

Jolie?

Émouvante.

C'est le plus important.

Et puis?

Fatiguée, blessée, blasée même.

Et puis par moments...

C'est difficile.

C'est bien d'être aimé comme ça.

"Aimé"...

Je sais qu'elle m'agace.

Je sais que je lui en veux.

Mais je sais que j'ai besoin d'elle.

Elle m'a fait comprendre

l'importance du contact humain.

Oui. Je sais.

Vous écoutez bien.

Quelque chose a dû l'empêcher.

Elle téléphonera et elle reviendra.

Non, non. Je m'étais trompé.

J'ai voulu me tromper.

Hourvitch a raison.

C'est mieux comme ça.

Ïïï

Ça manquait!

C'est votre chanson? Oui.

Ce n'est pas très original.

L'amour, ce n'est jamais très original.

Vous aimez cette boîte? Lci ou ailleurs...

Alors pourquoi pas ailleurs?

Mais oui. Pourquoi pas?

Le téléphone sonne

ïïï

Allô! *M. Combe?

C'est lui.

*Un appel de Mexico pour vous.

*- François! Allô!

*J'entends mal. C'est toi? Allô, Kay!

J'ai attendu ton appel.

Je ne pouvais pas quitter la clinique.

*Ta fille va mieux? Oui. Elle est sauvée.

Je pensais tellement à toi, tu sais.

Et toi, je t'ai manqué?

Beaucoup.

*Tu es sorti souvent?

Je rentrais tous les soirs.

Mon pauvre chéri.

Toutes les idées que tu as dû te faire.

J'étais inquiet. Je ne comprenais pas.

*J'ai l'impression que tu m'en veux.

Ce n'est pas ma faute. Tu ne me crois pas?

- Pourquoi?

Tu as une drôle de voix. *Je te jure que non.

C'est quoi?

Rien. Je ne sais pas. Le téléphone, la distance...

*Je ne sais pas. Je te sens bizarre.

C'est que j'ai été réveillé en sursaut.

*Je t'ai appelé plusieurs fois ce soir.

Tu m'as entendu?

C'était le soir de l'émission.

Je suis rentré et je me suis endormi.

*Tu es content? Tout a bien marché?

Oui. Ça s'est bien passé.

Et après, tu es sorti avec Hourvitch et tu as bu.

Absolument pas. Qu'est-ce qui te fait croire ça?

*Ne coupez pas, je parle toujours.

Allô! On va nous couper.

Je rentre demain. Attends.

Par l'American Airlines, vol 302.

Je ne connais pas l'heure d'arrivée.

François?

Tu es content?

Tu en doutes?

Pourquoi?

Je ne sais pas, une impression.

Je dois me tromper.

Tu seras là?

Bien sûr.

*Je suis tellement contente. Je t'embrasse.

Oui. Moi aussi, je t'embrasse.

Excuse-moi de t'avoir réveillé.

Dors vite.

À demain, François. * À demain.

Je m'habille et je te raccompagne.

J'ai l'habitude de rentrer seule.

Et puis, elle pourrait rappeler.

Je le ferais.

Mais j'ai toujours des mauvaises réactions.

Elle a deviné?

Je ne sais pas.

Vous lui direz? Oui.

Elle en a, de la chance.

J'avais de l'essence.

Ne soyez plus triste puisque demain elle sera là.

Tu es gentille.

Et puis, ne regrettez pas tout.

Parce que tout le temps, c'est à elle que vous avez pensé.

Ces choses-là, les femmes les remarquent.

Pardon.

De quoi?

De ça, de ne pas te reconduire,

de cette situation.

Tout est ma faute.

Bonne chance, François.

Bonne chance, June.

S'il vous plaît, je voudrais appeler New York.

*Quel numéro?

Ce n'est pas la peine.

Excusez-moi,

j'ai changé d'avis.

Tu es déjà là?

J'ai pris un avion plus tôt.

Tu m'as tant manqué.

Depuis quand es-tu là? Une heure.

Je craignais que tu ailles à l'aéroport.

Et ta clé?

Mais je n'en ai pas.

Oui, c'est vrai.

Mon pauvre chéri!

Je comptais ranger avant ton arrivée.

Je ne pouvais pas prévoir. J'aurais dû attendre.

Non, tu as bien fait.

Je ne voyais pas ton retour comme ça.

François!

Tu ne m'as même pas embrassée.

Bonjour, Kay.

Je dois avoir une de ces têtes.

Et ta fille?

Je te raconterai.

Quoi?

Rien.

Il y a longtemps que je ne t'ai pas vue.

Alors je regarde.

Toi,

tes gestes...

Ils t'agacent, je sais.

Larsi m'a fait un chèque assez important.

Ça t'ennuie?

Non.

Il va voir son avocat. Il va me faire un genre de pension.

Ainsi, je ne serai pas à ta charge.

Comment a-t-il été?

Toujours le même.

Il ne comprend rien. Ou bien il s'y refuse.

Il y a des hommes comme ça.

C'est notre forme d'orgueil, ou de défense, peut-être.

François...

Qu'est-ce qu'il y a de changé? Rien.

Rien et beaucoup de choses.

Bon.

J'espère que j'aurai le droit de savoir.

Ne la défais pas... pour la refaire demain.

Qu'est-ce qu'il y a?

C'est vrai, excuse-moi, je suis déjà plus loin.

C'est fini, cette chambre.

C'est déjà le passé.

Et où sera l'avenir?

Bof! Lci, à Paris...

Maintenant, c'est sans importance.

"C'est sans importance"...

Somme toute, j'ai bien fait de partir.

Oui.

C'était nécessaire.

Hier soir quand j'ai téléphoné,

j'ai eu l'impression qu'il y avait quelqu'un.

Il y avait quelqu'un.

Ici, dans notre chambre?

Et moi, imbécile, qui étais si heureuse de téléphoner.

Oui, je sais.

Je voudrais t'expliquer.

Elle était...

C'est à cause de toi.

C'est trop difficile.

Kay!

Laisse-moi! Laisse-moi!

Je sais que je t'ai fait mal.

Mais ne t'en va pas pour une chose pareille.

Tout ça, tu l'as dépassé. Je t'ai rejointe enfin.

"Rejointe"?

Je t'aime.

C'est ce que je voulais te dire tout de suite à l'aéroport.

Peu importe ce qui arrivera,

si je serai heureux ou malheureux.

D'avance, j'accepte.

Depuis hier soir, j'ai envie de te crier ça.

Depuis hier, je vis dans la peur.

Moi, depuis hier soir, je vis avec toi,

sur un plan nouveau.

Je t'aime, quoi qu'il advienne,

quoi que j'aie à subir, quoi que...

Excusez-moi.

Kay!

C'est un drôle d'endroit pour parler de ça.

Tu as raison. Viens.

Pas dans la chambre. Je préfère sortir.

Prends tes cigarettes.

Je ne croyais pas pouvoir être jalouse.

Crois-moi, ce n'était... Ne dis rien.

C'était idiot de ma part.

On va au petit bar?

Non. Plus besoin de bar, plus besoin de disque.

Maintenant, ni toi ni moi, plus jamais nous ne serons seuls.

Sous-titrage: Éclair Vidéo

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