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Original subtitles

C'était juste pour me déguiser, histoire de rigoler.

Moi, je suis un mec qui rigole pas, je suis un mec qui corrige.

Merci beaucoup, les mecs. Merci.

Merci, la vie.

Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

- Vous êtes complètement con ? - Qu'est-ce que vous foutez là ?

Je vous ai prise pour un poulpe.

Pauvre conne !

Je viens de me faire corriger par un mec.

Ça vous arrive souvent, de vous faire corriger par des mecs ?

Hein ? Qu'est-ce que tu dis ?

Ça t'arrive souvent de te faire corriger par des mecs ?

- Corriger. Taper dans la gueule. - Oui.

Ça m'arrive tout le temps.

Il faut faire attention.

Merde ! Qu'est-ce qu'elle a ?

Merde. Elle a un malaise.

- Je veux pas voir de toubib. - Je décide.

Je veux pas voir de toubib, je te dis !

Va te faire cuire un oeuf !

J'en ai marre, des toubibs ! Ça sert à rien, les toubibs !

Ils vous tripotent, et ciao ! Démerdez-vous !

Remettez votre culotte. Allez crever plus loin !

Tu crois que tu vas pouvoir le monter, l'escalier ?

Évidemment ! Comme si je t'avais attendue pour monter des escaliers.

Quand je veux m'élever, y a pas d'ascenseur.

D'abord, ça sert à quoi, de monter des escaliers ?

À avoir des varices ?

Ça sert à rentrer chez soi.

- T'en as un, toi, de chez-toi ? - J'en ai un que je partage.

Avec qui ?

Mes parents.

Viens au moins te nettoyer. T'as pissé le sang.

Pars pas comme ça.

J'ai pas envie de voir de parents.

Mais ils sont pas là, mes parents. Ils sont loin.

Y aura personne avant juillet.

Reste avec moi.

T'es la copine que j'attendais.

Un vrai cadeau tombé du ciel.

Oui, mais...

Je suis une fille perdue.

Je te poserai pas de questions.

Pourquoi t'es en mariée ? Pourquoi on te casse la gueule ?

Je te jure, je te demanderai rien.

Faut que je révise mon bac.

Ça fait trois fois que je le loupe.

Pendant que je travaille, t'auras tout le temps de te reposer.

Camille, je m'appelle.

Moi, c'est Joëlle.

Tu la sens, l'émotion qui passe ?

Ça va leur plaire, comme scène, à tous ces dégueulasses.

Quelle scène ?

Ben, nous deux sur notre terrasse...

avec la nuit qui tombe.

À ton avis, ils attendent quoi ?

Qui ça ?

Les dégueulasses, les amateurs de croustillant.

Mais y a personne.

Y a pas une âme à 10 kilomètres à la ronde.

Deux filles sur une terrasse, même tartouilles ou bigleuses,

y a forcément un mec qui mate.

Tiens, regarde.

Regarde un peu le travail.

Dernier étage à gauche.

Est-ce que tu vois la fenêtre ouverte ?

Oui.

Et dans la fenêtre ouverte, est-ce que tu sens le mateur ?

Je sais pas.

Tu sens l'histoire qui s'accélère ?

C'est vrai, c'est excitant.

Bon. Je vais pas tarder à casser une petite croûte, moi.

Ah, non ! Merde !

Merde ! Putain ! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

T'as eu un gros court-jus ?

Et comment t'as fait pour avoir un gros court-jus comme ça ?

T'as mis tes doigts dans la prise ?

Un mec qui met ses doigts partout.

Où sont planqués les mecs ?

Quels mecs ?

T'as vu des mecs, toi ?

Y a toujours des mecs.

Oh, nom de Dieu, nom de Dieu !

Qu'est-ce que tu fabriques ? T'es con !

Écoutez, les filles...

Il faut que les choses soient claires.

On peut passer la soirée ensemble, mais à certaines conditions.

- On fout quoi, dans ce plumard ? - T'aimes pas ça, les plumards ?

Les garçons ont un truc dur dans le pantalon. Montre-nous.

On est vierges toutes les deux.

Je travaille au noir et j'ai pas envie de me faire gauler.

- Ferme ta gueule. - Comment ça ?

De manière à ce qu'aucun son ne sorte.

- On veut voir sortir ton serin. - Enlève ta main de mon froc !

Poli avec la dame ! Poli ou je t'en mets une autre.

Stupéfaction du mec qui vient de prendre sa baffe.

- Écoutez-moi, les filles... - Attention au court-jus !

- Quel court-jus ? - Là ! Là !

Il va y avoir une explosion ?

T'occupe pas des explosions. Laisse monter ton désir.

Le mieux, c'est de pas bouger,

de rester bien imbriqués les uns dans les autres.

Écoutez-moi, les filles...

Ce serait un samedi soir et on irait au bal.

Mais on n'est pas samedi soir.

Avec moi, c'est toujours samedi soir.

D'ailleurs, j'ai ma casquette.

Déjà, on entendait les accordéons.

T'as du pognon pour le champagne ?

Fouillez mes poches, vous verrez bien.

Comment ça se fait que tu deviens sympa, tout à coup ?

Tout à l'heure, tu fouettais, tu voulais pas qu'on te touche.

Maintenant, voilà que tu rigoles.

T'es gai comme un pinson.

Qu'est-ce que tu manigances ?

Peut-être qu'il est amoureux.

Subitement foudroyé.

T'es amoureux, mon gars ?

Ça tombe bien. Nous aussi.

Dès qu'on t'a vu, on a eu le béguin.

Hein, Camille,

qu'on a eu le béguin ?

On connaît même pas son nom.

François, je m'appelle.

Ça fait des semaines et des semaines que je t'observe,

quand tu promènes tes mouettes.

Ah bon ?

Et alors ?

Devine.

T'as l'intention de m'offrir ta vie ?

Je vais t'offrir toutes mes larmes et tous mes battements de coeur.

T'en feras ce que tu voudras.

Elle me fait chier, sa déclaration d'amour. J'en veux pas.

Je le connais pas, moi, ce type-là.

Danse avec ma copine. Allez, danse avec ma copine.

- C'est avec toi que je veux danser. - Je ne danse pas !

Je suis malade, voilà !

J'ai mal au ventre.

Danse avec ma copine.

Merci pour l'enthousiasme.

Laisse-moi le temps de m'adapter.

Adapte-toi, adapte-toi.

Qu'est-ce qu'y a ? Elle te plaît pas ?

C'est pas qu'elle me plaît pas...

Tu vois pas qu'elle est triste ?

Allez, réchauffe-lui le coeur ! Fais-lui tourner la tête.

C'est elle qui en a besoin.

Voilà ! Regarde comme elle s'abandonne.

Fais-lui sentir combien tu l'aimes.

Incruste-toi.

Épouse ses courbes.

Qu'est-ce qui se passe, avec les mariées ?

Elles ont fait quoi ?

Laisse tomber les mariées. Laisse tomber les mariées !

C'est peut-être une fausse.

Occupez-vous plutôt de votre peintre.

Qu'est-ce qu'il a ?

Il est en train de se débiner.

Allez !

Pas la peine de courir, c'est mauvais pour les seins.

Et c'est pas à notre âge qu'on va se mettre à poursuivre les hommes.

On est bien trop jeunes et trop mignonnes.

Attendez-moi, les filles ! Attendez-moi !

Te voilà, mon amour. Tu m'as fait tellement peur.

- T'aimes ça, la musique classique ? - Ouais.

Ça tombe bien, je vais t'en jouer.

De la très pure, de la très classique.

D'habitude, les mecs me donnent des baffes,

mais toi, tu vas me donner de la tendresse.

Je le sens.

Ça t'ennuie si je regarde ?

Elle voudrait voir comment ça marche.

Je m'intéresse beaucoup aux choses du sexe.

Tu sais, c'est moins extraordinaire que tout ce qu'on raconte.

Cherche pas des portes de sortie, tu seras gentil.

Occupe-toi plutôt de faire ton entrée dans le monde.

La foule t'attend pour t'applaudir.

Eh ben, tu vois. Ça va tout seul.

Moi, j'aime bien ça, les petits gars qui travaillent au noir.

Ils sont plus disponibles que les autres.

Mon plus joli souvenir, c'est avec un chômeur.

Je l'avais à moi toute la journée.

Jim Pascal, il s'appelait.

C'était un guitariste.

Méfie-toi, ma petite fille. Méfie-toi.

Les larmes, c'est pas toujours des larmes de bonheur.

Qu'est-ce qui se passe ?

Il a un malaise ?

Allez, viens ! Barrons-nous !

Il est peut-être malade. Regarde, il a l'oeil fixe.

Mais ils ont tous l'oeil fixe quand ils ont fini de jouir.

- Je l'ai fait jouir ? - Allez. Barrons-nous.

Je viens de lui piquer tout son pognon.

Tu fais chier, comme gonzesse. J'étais bien dans ses bras.

Reste avec lui ! Offre-lui ta jeunesse !

Va commander le landau.

Attendez-moi, les filles ! Attendez-moi !

Attendez-moi !

Qu'est-ce que tu veux ?

Vous dire merci.

Merci pour quoi ?

Pour l'amour.

L'amour...

Mais c'est nous qui te remercions.

Je voudrais venir avec vous.

Là où on va, c'est trop dangereux. On peut pas emmener de mec.

Mais si jamais on s'en sort, je te promets, je reviendrai.

Je te donnerai un enfant.

Et il aura tes yeux.

Bon...

J'ai pas dîné, avec tout ça, moi.

Tu la sens, la sensation de danger ?

Quelle sensation de danger ?

Ben, je sais pas. La nuit, nous deux sans défense.

Tiens, regarde.

Y a une bagnole en bas de chez toi.

Qu'est-ce que j'en ai à foutre, de cette bagnole ?

J'ai peur que ce soit pour moi.

Reste ici. Je vais jeter un coup d'oeil.

Elle est où, ta copine ?

J'ai pas de copine.

T'es toute seule, alors ?

Oui, je suis toute seule.

T'as envie de t'amuser ?

J'ai pas le temps. Je dois réviser mon bac.

Mon bac, je l'ai pas eu.

Tout ce que j'ai eu, c'est des emmerdes.

En ce moment, par exemple,

je pisse des lames de rasoir.

La chtouille carabinée.

Elle est où, ta copine ?

Quelle copine ?

Une petite grosse avec une bouche comme une crémerie.

Et le reste, c'est du bouillon de culture.

C'est de ma copine que vous êtes en train de parler ?

Oui.

Mon boulot, c'est vigile. Surveillance en tout genre.

J'ai une fille de ton âge.

Tu sais ce que je lui fais ?

Je m'occupe de son minou.

"Papa langue", elle m'appelle.

Et je lui donne du plaisir.

Pendant ce temps, elle se tape pas des voyous.

- Et la mère, elle dit quoi ? - La mère, elle ferme sa gueule.

Elle sait que pour les filles, c'est moi le spécialiste,

que je les bichonne,

que je les protège.

Moi, mon père, il me protège pas.

Il me laisse vagabonder,

et quand je reviens, il a les larmes aux yeux.

Les yeux d'un père, c'est fait pour pleurer.

Vous voulez un Coca ?

Non. Je peux pas boire, sinon je pisse,

et quand je pisse, c'est du verre pilé.

Viens t'asseoir sur mes genoux.

Vous allez me tripoter ?

Mais non, je vais pas te tripoter.

J'ai aucun droit sur toi.

Dis-moi simplement où est ta copine.

En train de vous piquer votre bagnole.

- Qu'est-ce que tu dis ? - Elle pique votre bagnole.

Quelle salope !

C'était qui ? L'avocat ?

- Non, le vigile. - Ah oui ! Robert ?

- Il t'a rien dit pour moi ? - Démarre, bordel de merde !

Démarre !

- T'es en seconde, là ! - Ta gueule !

Mais décramponne-le !

Mais je peux pas le décramponner !

Fonce dans la crêperie, là !

Mais où on va, comme ça ? Où on va ?

C'est la route, ma petite vieille, c'est la route.

Tu les entends, les synthétiseurs ?

Quels synthétiseurs ?

Quand on attaque la route, y a les synthétiseurs.

Espèce de grosse connasse !

Et mon bac, alors ! Comment je vais faire pour le passer, moi ?

Tu les entends, maintenant ?

Ouais.

Vous montez sur Clermont ?

Il commence à faire froid. On en a plein les pattes.

Vous voulez pas nous prendre ?

Vous avez l'air sympa.

On serait même d'accord pour faire un petit effort.

Descendez de mon camion.

Comment ?

- Qu'est-ce qu'il raconte ? - Descendez de mon camion.

Tu nous trouves pas mignonnes ?

Vous allez descendre, oui ou merde ?

Tu parles d'un con !

Et la grande fraternité de la route, alors ?

Tu connais pas ?

Faites voir vos avant-bras.

Fais voir tes avant-bras.

- Qu'est-ce qu'ils ont ? - Fais-lui voir puisqu'il veut voir.

C'est pas camionneur que tu devrais faire, c'est flic.

Je suis désolé, les filles, mais j'ai une femme et des gosses.

J'ai mal aux pieds.

Moi aussi, j'ai mal aux pieds.

Ça t'est déjà arrivé de prendre possession d'une ville ?

Comment ça ?

Une ville...

Tout le monde qui dort, et nous qui arrivons.

Tu vois un peu l'image ?

Ça leur fait comme un rêve, aux mecs, dans leur sommeil.

Qu'est-ce que c'est que ces lumières ?

Quelles lumières ?

Toutes ces lumières qui brillent, là-bas. Tu les vois pas ?

- On s'approche des lumières. - T'es dingue ! Si c'était un piège ?

La lumière m'attire. Quand je suis attirée, je me moque du danger.

- C'est pour nous, ces lumières ? - Et pour qui veux-tu que ce soit ?

Regarde ça.

Regarde ça !

Mais regarde ça ! Regarde ça !

Ça vous plaît, les filles ?

- Vous tournez un film ? - Ouais.

Pourquoi il y a personne ?

Ils sont tous à la soupe. On reprend dans un quart d'heure.

Ça vous dirait, de manger une soupe ?

T'as pas envie d'une soupe ?

Une bonne soupe chaude avec l'équipe ?

Ben...

Oui.

La salope !

Nom de Dieu !

Elle a le culot de revenir ?

Mais quel con ! Il est en train de l'étrangler !

C'est la Joëlle, les mecs ! C'est la Joëlle ! Cette salope !

À moi !

Salope ! Petite ordure ! Pourriture ambulante !

Regardez-moi cette pute ! La petite pute !

Putain !

Messieurs les figurants ! Messieurs les figurants !

Attention aux costumes !

Attention aux costumes !

Vous allez taire vos gueules, oui ou merde ?

Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Je suis le réalisateur du film.

À chaque instant, je peux décider de quitter la ville

et d'aller terminer mon film ailleurs.

Vous savez ce que ça signifie, sur le plan hôtelier ?

Quel est l'imbécile qui a amené cette fille ?

Je pouvais pas savoir.

Qu'est-ce que tu leur as fait, à tous ces pignoufs ? Hein ?

C'est Marc-Antoine qui a commencé.

C'est Marc-Antoine qui a eu l'idée.

Qui c'est, ça, Marc-Antoine ?

Est-ce qu'il y a un enculé qui s'appelle Marc-Antoine ?

C'était l'époque où j'étais jeune interne

et où je cherchais une combine pour me faire des couilles en or.

Beaucoup de mecs consultaient depuis 48 heures

pour une chtouille foudroyante.

J'étais intéressé.

À qui le tour ?

J'ai la bite en feu, je peux pas marcher.

- Parlez-moi de la mariée. - Comment vous savez ?

- C'était pas une mariée ? - Je veux pas que ça se sache.

Maintenant, ça se sait. Parlez-moi d'elle.

- Que dois-je dire ? - Tout.

D'où elle venait, où elle allait, comment elle s'appelait.

Elle m'a dit qu'elle était de passage.

Qu'elle voyageait beaucoup.

Qu'elle aimait pas se fixer.

C'est pas croyable ce qu'elle a pu me dire.

Qu'elle voulait absolument rester avec moi.

Qu'elle voulait pas me quitter.

Une brune.

Une brune à la peau mate.

Avec des grains de beauté.

C'est le...

genre de fille dans...

dans laquelle on s'enfonce.

Et puis qui vous dit...

"T'en va pas.

"Reste encore un petit peu."

Et puis qui...

vous serre avec ses cuisses.

Ce que je veux, c'est un indice qui me permette de la retrouver.

- Pour quoi faire ? - Pour la soigner !

On peut pas la laisser se balader dans la nature.

Je suis le dépositaire pour la ville de la maison Pronuptia.

Je me trouve dans mon magasin dont je viens de lever le rideau.

Il est 9 h du matin. Je m'apprête à boire mon 1er expresso,

lorsque la vagabonde... fait son apparition.

Description de la vagabonde.

Elle est arrivée par la gauche,

côté porte de Clermont.

Et elle est venue s'immobiliser frileusement devant ma vitrine.

Elle est entrée dans mon magasin

et elle m'a demandé si elle pouvait essayer la robe blanche décolletée.

Vous voulez bien que j'essaye la robe ?

Elle avait l'air d'une fille perdue.

Sa pauvre combinaison, c'était une vraie misère.

"Bien sûr", je lui ai dit. "Essaye tout ce que tu veux."

Elle me regardait avec des yeux éperdus de reconnaissance.

- Et vous m'en donnerez une ? - Une quoi ?

Une robe, imbécile.

Je rêve d'en avoir une.

Bien sûr que je t'en donnerai une.

Et moi, je te donnerai de l'amour.

Tout l'amour qu'une femme peut donner à un homme.

Elle était dans mes bras.

"On ferme le magasin", je lui dis. "On ferme le magasin."

On ferme le magasin, et moi, j'ouvre ma boutique.

Y a de très jolies choses dans ma boutique. Tu verras.

Quand j'ai rouvert le rideau pour qu'elle reparte,

elle voulait plus partir.

"Pourquoi tu m'épouses pas ?", elle disait. "Je suis déjà en tenue."

"Il manque qu'un prêtre."

Je ferai tout ce que tu voudras.

Je ferai tout ce que tu voudras ! T'entends ?

Je tiendrai le magasin.

Tu pourras aller te balader, aller baiser ailleurs.

Je t'attendrai patiemment.

Jamais une réflexion. Je te jure, je te ferai pas chier.

Je l'ai foutue dehors.

- Avec la robe ? - Avec la robe.

- Quelle direction elle a pris ? - Le sud. Elle voulait voir la mer.

Le toubib au volant de sa voiture.

Il fonce.

À la sortie d'un virage, il tombe sur une mariée

qui lui fait signe du pouce.

"Je cherche une fille bonne à marier", dit-il.

"Une fille gentille

et sans histoire."

"Je suis celle que tu cherches",

elle lui répond,

en prenant place à côté de lui.

Bonne à marier, bonne à baiser,

et corvéable à merci.

C'est ça qu'on appelle un flash-back ?

Appelle ça comme tu veux. Pour moi, c'est le bonheur.

Il s'appelait Marc-Antoine. Il était super.

Attention au camion !

Vous êtes complètement cons avec vos projecteurs !

- Je les ai dans la gueule ! - Vous êtes le Dr Warm ?

Alors c'est par ici.

Attention à la tête.

Arrêtez de me tenir par le bras.

Laissez-moi seul avec elle.

Je me sens pas bien, Marco.

Je viens d'avoir un malaise.

J'ai des symptômes inquiétants.

On a tous des symptômes.

J'arrête pas de prendre des baffes.

Maintenant, y a des mecs qui essaient de m'étrangler.

Je sens que ça va mal finir.

Je t'avais dit de pas revenir.

- T'as pas tellement maigri. - Non.

- Je te fais mal ? - Oh non.

Tu tousses ?

Je fais ce que tu veux, Marco.

T'as la chiasse ?

- T'as envie que j'aie la chiasse ? - Réponds, bordel !

Ça rigole plus, maintenant. Ça rigole plus.

Et toi, comment ça va ?

C'est vrai que t'as des enfants ?

- Parle-moi de tes enfants. - T'occupe pas d'eux.

T'en va pas, Marco.

Je suis pas jalouse, je m'intéresse.

Marco !

Qu'est-ce qu'elle a ? C'est grave ?

Avec le Tranxène, elle va dormir.

Pourquoi tu m'as fait tomber ?

Je te sens pas sympathique, comme toubib.

Je te sens plutôt ordure.

Alors, c'est toi, la fille qui fout la merde ?

C'est pas moi, c'est ma copine.

Faut que je révise mon bac.

Je voudrais rentrer chez moi.

Je suis le producteur du film.

Vous êtes un producteur important ?

Très important.

Fais pas la conne, Joëlle. Attends d'avoir signé.

D'habitude, j'inspire confiance. Sinon je serais pas producteur.

Faut que j'enlève ma culotte ?

Tu peux me redire ce que tu viens de dire ?

- Il faut que j'enlève ma culotte ? - Oui, encore.

- Il faut que j'enlève ma culotte ? - C'est ton visage qui m'intéresse.

Mon visage ?

Il t'a déjà baisée ?

On va au maquillage.

Pour quoi faire, au maquillage ?

Si t'achètes les journaux, ils vont tout te raconter.

Moi, ma gueule renfrognée, elle intéresse personne.

Ni ma gueule, ni mon cul.

Tu veux pas connaître la suite ?

Non, merci.

C'est trop coriace pour moi.

Pauvre connasse.

Par chez nous, cher docteur, les gens ne sont pas malades.

Ou on meurt foudroyé, ou on ne meurt pas du tout.

Aucun médecin n'a jamais gagné son pain dans notre ville.

Et si j'apporte la maladie ?

L'idée n'est pas stupide.

Restez dans votre fauteuil et préparez vos yeux.

Un petit laboratoire.

Analyses médicales... En cas d'épidémie, ça peut rapporter gros.

Un matin, je me réveille,

je vais pour aller pisser.

Tout à coup, qu'est-ce que je sens ?

Mais alors, une brûlure...

"Dis donc, Albert", je dis à mon mari.

"Qu'est-ce que t'as fabriqué, pendant que j'étais à Reims ?"

Quand elle disparaissait, on avait le coeur brisé.

Et des fleurs plein la tête.

Je couchais avec le père, je couchais avec le fils.

Je me donnais aux bourgeois, je me donnais aux pécores.

J'avais des brindilles dans les cheveux,

les cuisses tannées par le soleil

et l'oreille perpétuellement humide de leur salive.

Il venait me rendre visite à l'heure du déjeuner.

Je l'asseyais sur la causeuse et je lui faisais sa gâterie.

Ensuite, il s'endormait

et il bavait un peu.

Faut baiser toute la ville.

Jeunes, moins jeunes. Riches, moins riches. Tous ceux qui bandent.

Et toi, tu me baiseras ?

Je te baiserai quand je serai riche.

Voilà.

Mais dites donc !

C'est vilain, cette affaire-là.

Moi, je trouve pas ça vilain. Qu'est-ce qu'il y aurait de vilain ?

Faut être vilain soi-même pour trouver tout vilain.

Toi, le matin, tu te lèves, tu te regardes dans la glace,

t'es vilain.

Ta femme, elle est vilaine.

Ton appartement, je le connais pas, mais il doit être vilain.

Alors, bon, quand tu sors, même s'il y a du soleil,

tu trouves que le temps, il est gris. C'est normal.

T'es vieux, tu vas bientôt mourir.

Toi aussi, tu vas mourir.

Pourquoi tu me dis ça ?

Je t'aime, Joëlle.

Moi aussi. Mais pourquoi tu me dis que je vais mourir ?

- Il va falloir quitter la ville. - Quitter la ville ? Pourquoi ?

Je te rejoindrai plus tard, après les événements.

De quoi il parle, ce vieux dégoûtant ?

J'ai préparé ta fuite. Une voiture est en bas.

À St-Raphaël, un ami médecin te recueillera.

Il te soignera. Il te sauvera.

J'aime tes seins, ton ventre. Tu ris comme une enfant.

- Je te donnerai mes biens. - Marc-Antoine !

Ton Marc-Antoine, c'est un maquereau.

Il finira pendu, et toi, tu seras tondue.

On te jettera des pierres !

Marc-Antoine !

Où est-ce que tu m'emmènes ?

Hein ?

Où est-ce que tu m'emmènes ?

Pourquoi tu parles pas ?

Je te sauve la vie, imbécile. Je te raccompagne chez toi.

J'ai pas de chez-moi.

Ton chez-toi, c'est la route. T'auras qu'à faire du stop.

- Tu vas pas me laisser là ? - Tu viens de tuer un homme.

- T'as pas un peu de pognon ? - Tu vois bien, je suis en blouse.

Ben, et mes royalties ?

Et mes royalties ?

Coupez.

Vous prenez les gens pour des cons, ou quoi ?

Comment voulez-vous qu'on croie cette histoire ?

C'est ma vie.

J'y peux rien si c'est de la merde, ma vie.

Y a de la merde qui sent bon, y a de la merde qui pue.

Bon. Elle peut aller se démaquiller.

Et le producteur, il en pense quoi ?

Il me trouvait très bien, le producteur.

Rentre chez toi, ma petite poule. Le cinéma, c'est pas pour toi.

T'as eu assez d'emmerdements comme ça.

Camille...

Camille...

Elle s'est barrée, la salope.

J'avais une bonne copine,

et puis elle s'est barrée.

J'avais une bonne copine...

Et puis...

Moteur.

Détresse avec larmes. 210, première.

Partez.

J'avais une bonne copine,

et puis elle est partie.

Mais non, je suis pas partie.

Regarde, je suis là.

Tu croyais pas que j'allais te laisser seule dans la merde ?

Non, mais tu m'as fait peur.

J'ai un bon copain dans le secteur. On va le voir ?

- Qu'est-ce qu'il fait ? - Il est toubib.

Tu vas voir, c'est un mec super.

Marc-Antoine !

Réveille-toi !

C'est moi, c'est Joëlle !

Il répond pas, ce con.

T'es sûre que c'est la bonne maison ?

- C'est pas une maison de toubib ? - J'en sais rien, moi.

Sors de ton lit, Marc-Antoine !

C'est moi, Joëlle,

ton amour de jeunesse !

Je ne suis pas là. Je suis à la clinique.

Qu'est-ce qu'il a dit exactement ?

Il a dit qu'il était pas là,

qu'il était à la clinique.

- Et nous, qu'est-ce qu'on fait ? - On va à la clinique.

Tu crois ?

Mais puisque je vous dis que je suis à la clinique.

Allez à la clinique.

Tu me reconnais, au moins ?

Évidemment que je te reconnais.

Gare à toi. Je veux bien être poire,

mais y a des limites.

Viens. Barrons-nous.

C'est à cause de filles comme vous que des choses comme ça arrivent.

Comment vous savez qu'on est "comme ça" ?

Et puis, des filles comment, d'abord ?

Foutez-leur la paix. Vous voyez pas qu'elles ont du chagrin ?

Mais elles nous engueulent !

- Pourquoi elles nous engueulent ? - Vous y êtes pour rien !

- Alors qu'est-ce qu'elles font là ? - Je sais pas !

Je sais pas, maman !

Barrons-nous.

- Mais qu'est-ce que tu fous ? - Je veux savoir ce qui se passe !

Pourquoi cette atmosphère ? Pourquoi c'est tellement triste ?

Tu veux vraiment le savoir, ce qui se passe ?

- Non, c'est pas la peine. - Je peux te raconter.

Non. Sans façon.

Tu vois, j'avais un amoureux.

Un amoureux beau comme la vie.

Allô, papa ? Viens me chercher. J'ai besoin de protection.

Je suis embarquée dans une histoire pas de mon âge.

Allô ?

Papa, je t'appelle au secours.

Pourquoi il me répond pas ?

Je lui parle et il me répond pas.

Passe-le-moi, je vais lui jouer du violon.

Allô, monsieur ? C'est une amie de Camille.

Joëlle.

Merde, il a raccroché.

En voilà, un connard ! Allô ?

Il pourrait dire bonjour, au moins.

J'aime bien ça, parler à un papa. J'en ai jamais eu, de papa.

Nom de Dieu, Marc-Antoine ! Sors des bras de ta pouffiasse !

On vous demande, Dr Warm.

Je suis sûre qu'il est en train de la baiser, le salopard.

Fais pas la conne, Joëlle.

Je fais pas la conne. C'est ma maison.

J'ai le droit de bousiller ma maison !

On vient chercher nos royalties, maquereau !

Et les mômes, ils font quoi ?

Les mômes ! Les mômes ! Les mômes !

Il y a un problème ?

Y a ma copine qui se sent pas très bien.

On aimerait voir le docteur.

Le docteur est à la clinique.

"Le docteur n'est pas là, il est à la clinique."

On sait qu'il est à la clinique. On vient de le voir.

Alors pourquoi vous venez le chercher ici ?

Par désespoir.

- Pour voir ta jolie gueule, aussi. - Paraît que t'as des mouflets,

d'adorables têtes blondes. - Où ils sont, les amours ?

- Touchez pas aux enfants. - On va se gêner.

Vous voyez bien qu'ils ont pas peur. Ça les distrait, les pauvres chéris.

Tu les sens, mes doigts, comme ils puent ?

C'est ma moule qui est pourrie. Et la tienne ?

Marc-Antoine !

Marc-Antoine est pas là, il est à la clinique.

Tu nous fais pas une blague, hein, Marc-Antoine ?

T'es vraiment à la clinique.

T'es pas caché dans un placard ?

Oh, mon amour.

Joëlle...

Joëlle...

Oh, mais où elle est passée, celle-là ?

Joëlle ?

Comment tu te sens ?

- Tu sais ce qui serait gentil ? - Non. Qu'est-ce qui serait gentil ?

Qu'on engage une femme de ménage.

Je m'en sors plus, dans cette maison.

Elle parle à Marc-Antoine. Elle disjoncte.

Je voudrais reprendre mes études, retourner à la fac.

Tenez-la solidement. Je vais appeler la clinique.

- Vous la tenez solidement ? - Mais oui. Merde !

Arrête de faire la conne, Joëlle. Ce serait bien de se barrer.

- Tu crois que je suis déjà morte ? - T'es un peu fatiguée. C'est tout.

Alors pourquoi je suis si légère ?

Laisse-moi partir ! Y a des gens qui m'attendent !

Madame ! Madame !

Je viens chercher...

ma fille.

Je viens chercher ma fille.

Je viens...

Je viens chercher ma fille.

Je viens chercher ma fille.

Tu viens chercher ta fille.

Je viens chercher ma fille.

Quelle fille ? Comment elle s'appelle ? On a plein de filles.

Camille Pelveau. Je suis sûr qu'elle est ici.

Elle m'a téléphoné. Elle m'a appelé au secours.

Inutile de faire ce scanner. Je peux vous le dire à l'avance.

Il suffit de palper les ganglions, et vous avez le topo.

Que fait ce gus ici ?

J'en sais rien. Il arrête pas de me suivre.

- Je viens chercher ma fille. - Allez au bureau d'accueil.

Qu'est-ce qu'ils font à l'entrée ?

N'importe qui peut se pointer, ils laissent entrer.

Ça fait 1/2 heure que je tourne dans les couloirs de votre hôpital

à la recherche de ma fille. Personne peut me renseigner.

Moi, je sais qu'elle est là.

- Comment elle s'appelle ? - Pelveau.

Camille Pelveau. C'est ma fille. Je voudrais bien qu'elle rentre.

J'ai pas d'autre enfant. Elle me manque.

Vous avez ça dans vos services ? Pelveau, Camille ?

J'espère que c'est pas une des deux nouvelles.

Pourquoi ?

Y en a une des deux qui est positive.

Ça veut dire quoi, positive ?

C'est une belle saloperie, mon pauvre.

- Allez, hop ! On se débine. - Comment ça ?

On se débine, je te dis !

- Mais pour aller où ? - Ailleurs.

Là où y a pas le malheur et des films en couleur.

Pourquoi ? On est en noir et blanc, là ?

Évidemment !

Camille !

Papa !

- Tu t'en vas quand j'arrive. - Je veux pas voir ton attaque.

Quelle attaque ?

Y a quelqu'un qui va avoir une attaque ?

- Quelqu'un va avoir une attaque. - Qui ça ?

Un pauvre diable.

Camille !

Camille !

Camille ! J'ai été heureux, tu sais.

Gâche pas ta vie pour moi.

Ma mère était très belle.

J'ai vu des photos quand elle était très belle.

C'était avant que je naisse.

Avant les ravages de la maternité.

Ton père aussi, il était beau ?

Il était mieux que maintenant.

En tout cas, il était plus jeune.

C'était même à se demander si c'était mon père.

- J'ai envie de te toucher. - C'est déconseillé.

Et elle voulait pas d'enfants ?

Elle aimait pas la chair de l'homme. Ni la chair, ni l'odeur.

Rien qu'une fois. Laisse-moi faire. J'ai tellement envie de toi.

T'as toujours envie de moi.

Ben oui, mais je te baise jamais !

Et maintenant, c'est la nuit.

Les parents endormis...

Camille s'approche du lit.

Il faudrait que tu bouges. Ça va pas se faire tout seul.

Qui es-tu ?

Oh non ! C'est pas possible.

Mon Dieu ! Comme tu es jolie !

Je suis encore dans tes couilles. Je commence à m'emmerder.

Faut bien que je la touche pour l'engrosser.

Touche-la. T'attends quoi ?

Tiens, regarde. Voilà son cul.

À 10 cm de ta main. Tu peux bouger ta main de 10 cm !

Si je lui touche le cul, elle me mettra sa main dans la gueule.

- Il est sympa, ton père. - Évidemment qu'il est sympa.

Son seul problème, c'est qu'il est mou.

Moi, ce que je voudrais, c'est que tu sois dur.

- Mais je suis dur. - Ben alors, pénètre-la.

Comment ?

Elle vous fait pas bander ?

Qui ça ?

Votre femme.

Je sais pas si c'est elle, mais...

en tout cas...

Si tu la baises, je serai à toi.

Quand ça ?

Un jour.

Tu verras.

Faudrait que je naisse avant que tu baises mes copines.

Je te ferai plein de cochonneries.

Nom de Dieu de nom de Dieu !

- Regardez bien ma main. - Oui, on la regarde.

Ma main se dirige lentement vers le cul de ma femme.

- Je touche le cul de ma femme. - Quel effet ça fait ?

C'est frais comme la rosée,

avec des fleurs qui s'ouvrent.

Mais qu'est-ce qui se passe dans mon cul, là ?

C'est un doigt qui s'infiltre.

- Ça te va bien, d'avoir chaud. - Toi aussi, t'as chaud.

- Tu transpires. - J'ai envie de te niquer.

- Toujours les mots vulgaires. - Je vais te niquer comme une pute.

Te faire mordre l'oreiller.

Tes yeux appelleront au secours et ta bouche suffoquera.

Et moi, bien tranquillement,

après m'être bien astiqué le manche,

je te balancerai toute la purée dans le cul !

Panique pas. Elle fait semblant pour te culpabiliser.

Mais c'est l'amour de ma vie.

Alors, baise-la. Elle attend que ça.

Tiens, regarde. Elle démarre.

Allez, introduis-toi.

Mais elle est dans les vapes. Faut appeler un toubib.

Au secours ! Un docteur !

- Pourquoi tu gueules ? - Ma femme se trouve mal.

- Tu lui as fait quoi ? - Je l'ai touchée.

- Tu l'as battue ? - Non. C'était juste une caresse.

- Pour qu'elle clapote. - Me dites pas ça !

Mais c'est un médecin qu'il faut appeler !

Légiste, le médecin. Légiste.

C'est le 1er coupable que je coince.

- Coupable de quoi ? - De meurtre.

- T'as eu le temps de jouir ? - Bien sûr que non !

Merde ! Merde !

- Vous êtes de la famille ? - Pas encore.

Vous pouvez vous relever, madame.

Je vous remercie, messieurs.

Toucher une femme pareille !

Moi, si j'avais une femme pareille,

ça me suffirait de la regarder.

C'est ce que je me tue à lui expliquer.

Regarder, tant qu'il veut. Il peut tout regarder.

La toilette, le coucher.

Même dans les cabinets.

Salopard de veinard.

Je déteste qu'on me tripote. Les mains qui collent... Ah non !

Je suis le médecin légiste.

Où se trouve le...

Le cadavre ? - J'interdis que monsieur me touche.

Je suis désolé, mais je dois effectuer quelques prélèvements,

relever les traces de sperme, inspecter tous les plis.

Et si je ne trouve rien, j'ai quelques éprouvettes,

quelques bonnes vieilles semences qui feront une excellente impression

sur un jury d'assises.

Enfin, messieurs...

faites quelque chose. Ne le laissez pas faire.

La parole est à la science,

et lorsque la science travaille, la police se tait.

Reste à déterminer l'heure exacte de la mort

et la nature des violences sexuelles.

Si Madame veut bien prendre la pose.

Comme ça ?

Plus écartées, les cuisses.

Vous êtes sûr que c'est vraiment nécessaire ?

Quand je regarde mon Polaroïd, je vois des cuisses écartées.

Ah non... Ah non, mais j'en ai marre, tout d'un coup.

Je me sens très fatiguée, là. Très !

J'ai besoin de m'étendre. C'est pas trop vous demander ?

Cinq minutes ! Laissez-moi cinq minutes ! Merde !

Cinq !

Oh là là ! Je vous avais dit qu'elle nous ferait chier.

Jusqu'à la garde, elle va nous faire chier.

Évangeline, ma toute petite. Mais t'es merveilleuse !

Pourquoi soudain ce trac ?

- Oh, Maurice ! - Je suis là, ma chérie. Je suis là.

Arrêtez-moi cette putain de pluie, merde !

J'en ai assez, des rôles de garces qui donnent rien !

Mais c'est pour ça qu'on t'engage ! Pense à ton public.

Je craque ! Il me fait chier, mon public ! Je l'emmerde !

Je veux pas écarter mes cuisses.

Pas de scène érotique avec le toubib qui déguste mes sécrétions !

- Un enfant la calmerait peut-être. - Dans la vie ou dans le film ?

Dans le film. La vie, je sais pas ce que c'est.

D'où elle sort, celle-là ?

Ça changera pas grand-chose.

Elle sera toujours chiante, sauf qu'elle aura un enfant.

Allez, soyez pas vache.

Si vous voulez, je joue le rôle gratuitement.

Quel âge as-tu ?

J'ai l'âge que vous voulez. De 12 à 18 ans.

Je peux être belle, moche. Je peux faire n'importe quoi.

Je vous en supplie, monsieur. Je vois bien que vous êtes intéressé.

Vous êtes un bon metteur en scène.

Bof... T'as vu mon dernier film ?

Non. J'ai pas eu cette chance.

"De la merde en bâtons", ont écrit les critiques.

Oui. "De la merde en bâtons."

M. et Mme Pelveau.

Monsieur fait ça tout seul ou avec Madame ?

Monsieur fait ça tout seul.

Voici votre éprouvette, M. Pelveau.

Prenez tout votre temps.

Quand vous aurez fini, sonnez.

La vie. 135, première.

Qu'est-ce qu'il fait ? On va pas y passer la matinée.

Ce sera une belle grosse fille de 4,5 kg.

Arrêtez de vous occuper de ma vie privée.

Vous êtes là pour m'injecter un truc dans le cul.

Vous n'êtes qu'une petite laborantine.

Seize ans plus tard, je me pointe. Dommage qu'il y ait pas de soleil.

La rue a pas changé.

Toujours aussi étroite.

À côté de moi marche ma copine.

- T'es bien ma copine ? - Ouais, je suis ta copine.

- Je vais te présenter à mes parents. - Ah bon ?

Ils habitent par ici ?

Fais pas attention, ils sont un peu vieillis.

Moi, j'aime bien ça, les vieux.

Surtout quand ils sont vivants.

Arrange-toi un petit peu, que mon père te trouve belle.

Voilà. Comme ça.

Tu les entends, les synthétiseurs ?

Oui, je les entends.

C'est joli, toutes ces pendules !

T'occupe pas des pendules.

Occupe-toi plutôt d'être douce.

Mais je suis douce.

Papa...

Oui ?

J'ai un cadeau pour toi.

C'est quelque chose qui se mange ?

Non. Quelque chose qui se touche.

Bonjour, monsieur.

C'est ma meilleure copine.

Bonjour, mademoiselle.

Vous m'avez l'air d'être bien jolie.

Raymond.

À qui tu parles ?

Une nouvelle vie, papa. Une occasion de tout recommencer.

Raymond.

On pourrait savoir ce que tu fabriques ?

Va te faire foutre !

Vieux débris !

Il m'a dit "vieux débris" ?

Vieux débris ! T'as très bien entendu.

Vieux gant éponge merdeux !

On est là, près de la caisse. En train de sympathiser.

C'est qui, cette pétasse ?

C'est mon amour secret.

On va te piquer tous tes sous et se tirer.

Je t'interdis de toucher à mon pognon.

Attention, maman ! Une balle, c'est vite parti.

Tu tirerais sur ta mère ?

Tous les jours, des filles butent leur mère.

Vous préférez qu'on vous frappe avec une pendule ?

À mon avis, on peut faire les deux.

- Barrez-vous. Moi, je vous couvre ! - Oui !

Attendez-moi !

Attendez-moi !

Raymond !

Oh ! Ben non, merde !

Ce serait trop con !

Camille !

Papa !

Mais non !

J'étais comme ça étant jeune. Beau, vif, alerte.

Oh, mon amour ! Tu n'as rien de cassé ?

Et toi ? Comment ça va ?

Tu as l'air pâle, fatiguée.

C'est parce que j'ai couru.

Bon. Ben, à mon avis, c'est pas la peine que je me presse.

Je me demande même si le mieux, ce serait pas carrément de...

Refaire sa vie, refaire sa vie...

Faudrait pouvoir choisir l'époque.

- C'est quoi, ces guignols ? - Des Allemands.

C'est ceux qui tuaient tous les Juifs ?

Je ne veux pas vivre à cette époque-là !

Coupez !

Vous faites du sabotage, ou quoi ?

Vous voulez paner mon premier film ?

Vous voulez que je vous pane la gueule, moi ?

Je sais que je tourne une merde.

Les chefs-d'oeuvre, ce sera pour plus tard.

Et c'est pas avec vous que je les tournerai.

Ah, mais regardez-moi cette gueule.

Pas étonnant qu'on ait perdu la guerre.

Quand je vous regarde, j'ai honte d'être français.

Honte.

Soyez gentil de pas trop me diminuer. Ma fille me regarde.

Excusez-moi. Je suis obligé de gueuler.

C'est le style de la maison qui m'emploie.

Pelveau.

Raymond Pelveau.

L'instant où tout bascule. Première !

Je ne suis qu'un modeste horloger de quartier

qui s'intéresse à ses horloges, pas à la politique.

Qu'est-ce que vous faites dans la rue ?

J'ai un rendez-vous.

Rendez-vous ? Avec qui ?

Avec moi.

Français ! Gros cochons !

Très cochons.

- Et vous avez perdu la guerre. - C'est pour ça, oui.

Un jour, on gagnera.

Regardez-moi cette pute, comme elle était salope.

Prête à tout.

Madame,

j'ai un aveu à vous faire.

Je suis très intimidé.

Moi aussi, je suis très intimidée.

Surtout quand je pense aux scènes terriblement intimes

que nous avons à jouer ensemble.

Attendez, je...

J'y pensais pas encore.

Moi, j'y pense très fort.

La scène de la compresse ?

La scène de la compresse.

La scène de la compresse, puisque vous me posez la question...

Je savais que vous alliez me la poser.

C'est une scène... Comment dire ?

Qui m'a... Qui m'est venue...

Je ne comprenais pas.

Les images me hantaient.

Je savais qu'elles étaient insupportables.

Et elles me hantaient.

La nuit, dans les couloirs de l'hôtel,

pendant que les autres dormaient,

moi, je déambulais, poursuivi par le doute.

La scène de la compresse.

Est-ce que le public supportera ?

Derrière cette porte dort une actrice.

Elle dort sans moi, et elle s'en fout.

Probablement, elle baise avec le perchman ou le cascadeur.

Et moi, le réalisateur du film, elle en a rien à secouer.

Papa ?

Je suis là.

- Je suis là. - Pourquoi je suis attachée ?

J'en sais rien, moi. J'avais pas demandé des menottes.

- Où ils ont pu mettre les clés ? - Papa ! Papa !

Bouge pas. Je vais chercher de l'aide.

Je mets le sang ou je garde la compresse ?

- Ton sang va coaguler. - Non, c'est du sang d'hémophile.

Dans le scénario, y avait pas cette scène-là.

Je l'ai écrit en Normandie.

Y avait des fleurs aux arbres et les oiseaux chantaient.

À cette époque, nous, les Allemands,

pratiquions la torture.

La torture raffinée.

Et aussi des expériences.

Des expériences scientifiques.

Est-ce que vous avez un oeil auquel vous tenez plus que l'autre,

monsieur l'horloger ?

N'aie pas peur, mon papa. C'est rien que du cinéma.

Y a quelqu'un qui a chié, ici. Je reconnais l'odeur.

La scène de la compresse.

Attendez un petit peu, on torture mon mari.

Je voudrais rentrer chez moi.

Sois gentille, emmène-moi.

Tu refais plus ta vie ?

Non, l'époque est trop dangereuse. Je préfère mes rhumatismes.

Tu abandonnes ta résistante ?

Je suis pas résistante. J'ai pas le souvenir d'avoir jamais dit non.

- Regarde comme elle est belle. - Désolé, mademoiselle.

Je ne suis pas un héros.

Les héros, c'étaient nous.

On envahissait tout.

Rien ne nous résistait. Ni les villes, ni les femmes.

Madame est votre femme ?

Je vois plus clair.

Là, ça va mieux ?

Oui, je vois très bien.

- Madame est votre femme ? - Oui, c'est ma femme.

Regardez ce que je lui fais.

Bon. Ben, pour moi, c'est quand on veut.

Silence !

- T'es prêt pour la compresse ? - Prêt.

Et vous, docteur ?

- Vous relâcherez mes gosses ? - On les relâchera plus tard.

Moteur !

Scène de la compresse. Première.

Quand j'étais petite, je faisais un cauchemar.

Toujours le même cauchemar.

C'était un bonhomme avec un gros pansement sur l'oeil.

Toujours le même bonhomme.

Il arrachait tout doucement son pansement,

et l'oeil venait avec.

C'est pour ça que je pleurais.

Et tu venais me consoler.

Je veux pas que ma petite fille pleure.

- Tu vas fermer ta gueule ? - Y aura plus jamais de guerre !

Ferme-la !

Je caresse votre femme. Je la caresse au plus intime.

Arrachage de la compresse !

Coupez. Tout le monde au départ, on la refait tout de suite.

Je me souvenais que t'étais douce, mais pas à ce point.

- Alors ? Comment c'était ? - Splendide ! On la refait.

Mettez-lui l'oeil de verre. On arrache l'autre.

Vous voulez pas mes couilles, aussi ?

Prends garde à toi, ma chérie.

Tu as une très grave maladie.

Quel genre de maladie ?

Qu'est-ce que vous foutez ? On est prêts.

Pardon. J'ai un truc à lui dire.

Et moi, j'ai un film à faire.

Et moi, j'ai pas envie de mourir.

La piaule est pleine d'Allemands.

Cette femme est très malade.

Et moi, je suis médecin.

Même si à une époque, je me suis conduit comme une ordure,

aujourd'hui, je fais mon devoir.

Les ordures, c'est vous.

Regarde. Regarde.

Oui,

je suis dans la Résistance.

Oui,

je dirige un hôpital de campagne dans le maquis de Le Vigan.

Oui, plus tard, je me présenterai aux municipales

sur une liste gaulliste. Parfaitement !

Et quand je serai élu,

je serai de nouveau une ordure.

Une grosse ordure de droite.

Mais pour l'instant, je suis un héros.

Vous allez tous mourir.

L'hôtel est encerclé.

Coupez, bande de cons ! Coupez !

C'est quoi, ces impacts ? J'ai pas demandé d'impacts.

Mais arrêtez, merde !

Vous avez rien compris. C'est pas maintenant, l'attaque !

Ils tirent à balles réelles, ces enculés.

Vous préférez lutter contre l'occupant ou rester planqués ?

Rester planqués.

Alors, voilà l'endroit.

- Ta gueule. - Mais j'ai rien dit.

J'ai senti que t'allais dire quelque chose.

Dans ces moments-là, on se tait.

- Mais je dis rien ! - Ta gueule.

- Mais pourquoi ils tirent ? - J'en sais rien !

Papa !

Personne n'est blessé, au moins ?

Je voulais une planque, pas une casemate en première ligne.

C'est la guerre. Juillet 43. Venez, je vous montre vos piaules.

- Vous n'avez pas de bagages ? - J'ai une gueule à en avoir ?

Moi, mes bagages sont dans mon slip.

Papa !

Elle a ramassé un pruneau.

J'ai pas envie de mourir sur un quai de gare.

Elle peut pas, elle est pas née.

T'as pas bientôt fini de nous faire chier, toi ?

Regarde-moi ça.

J'ai les mains pleines de sang.

Tu crois pas qu'on a autre chose à foutre, là ?

Elle me fait peur, votre guerre.

À nous aussi, elle fait peur.

Tu vois pas qu'on a peur ?

Est-ce que c'est une raison pour mourir ?

On va quand même pas mourir de peur.

Et les guerres, elles se terminent.

Et après, c'est la vie.

La vie qui reprend ses droits.

Regarde ton père, comme il attaque. Il la mord à pleines dents, la vie.

Faudra pas que j'oublie de te donner des capotes anglaises.

Pour quoi faire ?

- Écoute pas. C'est un toubib. - Pour quoi faire ?

Mais qu'est-ce que c'est que ce type ? D'où il sort ?

Tu lis pas les journaux ?

Je voudrais qu'on soit d'accord sur l'époque dans laquelle on vit.

Parce que si c'est l'époque du sida, y a pas les Allemands.

Et si c'est l'époque des Allemands, y a pas le sida.

Et on baise !

Bonjour.

Bonjour.

Ça se passerait à une époque où on ferait l'amour librement.

Sans risquer d'attraper une maladie mortelle.

Et qu'il y ait pas d'Allemands.

Moi, les Allemands, j'en ai plein le cul.

Je me retrouve avec un seul oeil, à cause d'eux.

Vous étiez à Verdun ?

Pas à Verdun. Pas loin.

Dans une tranchée pleine de flotte.

J'y ai laissé ma jeunesse, moi, dans cette flotte.

Et si je vous faisais cadeau de la mienne ?

Je suis une brave fille sans prétention.

Ben, écoutez. Je dis pas non.

Un peu d'affection serait pas malvenue.

J'aime bien ça, donner de l'affection.

Je pense même que la seule façon d'en recevoir, c'est d'en donner.

Enfin, je...

- Je veux dire, avec les hommes. - Oui, bien sûr.

J'ai toujours bien aimé les hommes.

Même ceux qui m'exploitaient ou me donnaient des coups.

Vous en avez connu beaucoup ?

J'en ai connu pas mal.

D'ailleurs...

Faut que je vous avoue un truc.

Un truc un peu embêtant.

- Vous êtes enceinte ? - Comment vous avez pu deviner ?

Ça se voit tout de suite, que vous êtes enceinte.

Belle comme vous êtes, y a pas d'autre explication.

Vous acceptez de me prendre quand même ?

Je te prends comme un cadeau.

Ce sera une petite fille.

Camille, on l'appellera.

Camille...

C'est joli, Camille.

Quel effet ça te fait d'être heureux, papa ?

Les larmes sont jamais loin, tu sais.

Les larmes sont jamais loin.

Coupez.

À mon avis, on est bons pour Cannes, les enfants.

On est bons pour Cannes.

Ça fait pleurer les yeux, votre saloperie de fumée.

On peut pas s'en refaire une petite ?

- Ton film, comment ça va ? - Pas mal. On approche de la fin.

J'ai l'impression de connaître cette gare.

- Comment ça ? - Je la connais, je te dis.

- T'es déjà venue ici ? - Toi aussi, t'es déjà venu.

On était cachés là-haut. Tu vas reconnaître.

T'étais dans le lit avec Joëlle. Vous faisiez l'amour tout le temps.

J'ai l'impression que c'était hier.

Tu vois bien, y a pas de lit.

Mais y en avait un, à cette époque-là.

Et vous, vous étiez dedans.

C'étaient des gémissements, des sanglots, des éclats de rire.

J'étais là, sur mon matelas moisi. Je vous regardais.

Votre bonheur, je le buvais.

Quand c'était, cette belle histoire ?

Mais pendant la guerre, papa. Pendant la guerre.

Tu l'as pas connue, la guerre.

Elle était finie depuis longtemps, quand tu es née.

Je vous présente ma petite fille qui vient d'avoir son baccalauréat.

Où elle est passée, Joëlle ? Elle dîne pas avec vous ?

Non. Elle est dans sa chambre.

Pourquoi ? Y a quelque chose qui va pas ?

- Elle est fatiguée. - Comment ça, fatiguée ?

Fatiguée.

Regarde ce que t'as fait de ma beauté.

Regarde.

Avant, j'étais comme elle.

J'ensorcelais les hommes. J'avais une taille et des fossettes.

Picole moins et ta taille reviendra.

Parfaitement,

je picole.

Et j'ai pas honte de le dire.

J'aime mieux ça que d'être stérile, un fruit sec.

Je suis pas stérile, je me réserve pour mon public. Nuance.

Mais il fout le camp, ton public.

Rien qu'à te voir à l'affiche, il fuit en hurlant.

Et ta fille, hein ?

Qu'est-ce qu'elle fait, en voyant ta vieille gueule ?

Je t'interdis de parler de ma petite fille.

C'est ma petite fille !

J'ai peut-être l'air d'une peau de vache, mais je l'aime bien.

Je suis un vieil acteur.

Ben oui. Et alors ?

Ben alors, c'est chiant.

Voilà tout. C'est chiant.

Mais t'es un vieil acteur qu'on aime bien, qu'on réclame.

Pour des petits rôles.

Des petits rôles : des horlogers,

des mecs qui subissent, des quantités négligeables.

Jamais l'histoire bascule quand j'arrive. Jamais.

Elle poursuit son chemin.

Elle s'en branle, de ma prestation.

Ce que j'aurais voulu, c'est être un grand acteur.

Mais j'ai toujours été un petit.

Y a les petits, y a les grands. Chaque pierre tient l'édifice.

Mais maintenant, je suis vieux.

Le mieux pour moi, c'est de mourir en jouant un petit rôle.

Vous vous souvenez de Raymond Pelveau ?

Il était bien, Raymond Pelveau.

Il était...

Il était bien.

Joëlle !

Pourquoi tu viens pas me voir ?

Moi aussi, j'ai une chambre pas marrante.

Moi aussi, j'ai le froid qui me gagne.

Je viendrai te voir tout à l'heure.

Faut que je voie Joëlle.

Elle est à la 29. La plus belle, naturellement.

Maman...

Oui ?

C'est vrai que ça se passe comme ça ?

Quoi ?

La vie.

T'as une bonne petite bouille, tu sais.

T'as une bonne petite bouille.

J'ai bien cru que t'allais me laisser tomber, toi aussi.

J'étais avec mon père, et en plus, il me parlait.

Comment ça va, ton film ?

Ça va.

T'as pas l'air en grande forme, dis donc.

T'as pas l'air en grande forme.

Non, non. Ça va.

T'es sûre ?

Il est pas marrant, leur film.

Il est pas marrant, je t'assure.

Il est pas marrant.

Pourquoi ? Ça raconte quoi ?

C'est une fille qui est malade.

Gravement malade.

Tellement gravement malade qu'elle va en mourir, la fille.

Et c'est moi qui joue le rôle.

C'est un beau rôle, une fille qui meurt à la fin du film.

Y a rien à dire.

C'est un beau rôle.

Qu'est-ce qu'elle a comme maladie ?

Ils savent pas.

Ils cherchent, mais ils savent pas. Enfin...

Je veux dire, ils savent pas comment la guérir.

Parce que la maladie, ils la connaissent.

Ça, pour la connaître, ils la connaissent.

Ils en ont plein la bouche, de leur connaissance du mal.

Et je te fais des congrès, des émissions spéciales...

Ça les passionne. C'est formidable.

Sauf que moi, pendant ce temps-là...

J'ai pas envie de partir, Camille. J'ai pas envie de partir.

Même si j'ai trop baisé et que c'est bien fait pour moi,

ce qui m'arrive aujourd'hui.

Parce que moi,

personne n'est venu me prévenir que c'était dangereux de baiser.

Personne.

Je... je pensais que c'était la vie.

Je la trouve belle, la vie.

Je suis trop jeune pour partir.

Trop jeune.

Non ! Non !

Non !

Ben, et moi, alors ? On m'arrête pas ?

Mais arrêtez de pousser, merde !

C'est encore à cause des Juifs qu'on est dans la merde.

De quelle merde vous parlez ?

La guerre, connard. Et nos vies bousillées.

C'est pas la guerre. C'est un tournage.

- Je suis le producteur. Et elle est où, la caméra ?

Justement, je l'ai perdue de vue. C'est bien ça qui m'inquiète.

Laissez-moi passer. Je vais reprendre tout ça en main.

On peut pas te laisser passer. Ils vont nous tirer dessus.

Mais c'est des balles à blanc, imbécile.

Moi

Si t'étais le bon Dieu

Tu rallumerais des vagues

Pour les gueux

Fermeture des portes.

Toi

Toi, si t'étais le bon Dieu

Tu ne serais pas économe

De ciel bleu

N'aie pas peur. Des trucs comme ça, ça n'arrive plus.

Seulement au cinéma.

On en fera d'autres, des films. Tu verras.

Des films américains.

Tu m'emmèneras à Hollywood ?

- Tu peux me le redire ? - Tu m'emmèneras à Hollywood ?

Encore une fois.

Tu m'emmèneras à Hollywood ?

Oui.

Que c'est bon, de respirer un peu d'air,

C'est vrai qu'il pue, nom de Dieu !

Évidemment, il chie dans son froc.

Fallait pas partir un 1er août.

6 heures en pleins bouchons à respirer la merde...

- Personne t'oblige à venir. - Même pour lui, c'est pas une vie.

Rester 6 heures dans les bouchons, en plein soleil, la merde au cul.

Regarde comme il a l'air malheureux.

On le sait, qu'il a l'air malheureux. Toute sa vie, il a eu cet air.

Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il était malheureux.

Et moi, je veux pas être comme lui,

gâcher ma vie parce que je vis avec un minable !

Attention. Je sens venir la dispute.

Ça veut dire quoi, "minable" ?

Excuse-moi pour "minable".

Allons, les enfants. Il faut aller au Mammouth.

Ils vont fermer.

Excuse-moi pour "minable" !

Mais merde ! Pourquoi tu cries comme ça ?

Et pourquoi elle crie comme ça ?

Pourquoi elle crie comme ça ?

Maman...

Excusez-moi, les enfants, mais moi aussi, je suis nerveuse.

Bon. Ben moi, je vais au Mammouth.

Allez, viens. Les valises...

Faut pas trop te faire de bile, tu sais.

Y a des moments où c'est beau, tu verras.

Quoi ?

Mais la vie, ma petite fille. La vie.

Tu verras. C'est pas toujours la merde.

- Y a des moments où c'est bon. - Tu crois ?

Ben oui ! Bien sûr, puisque je te le dis.

Allez. Viens, on va se prendre une jolie douche.

On l'aura pas volée.

Sous-titrage : Eclair Group

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