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-J'aimerais rester. -Impossible,
tu dois vivre avec tes parents.
C'est la loi. -Tu peux la changer.
-Il est difficile.
-On s'est séparés. -J'en parle à la psychologue ?
-Que se passe-t-il ?
Il dit que son papi le touchait.
-Il faut porter plainte. -Je me dois de vous mettre
en détention.
-Je vous dis que je n'ai jamais commis de geste sur mon petit-fils
que j'ai toujours adoré et respecté.
-Par là.
Cris.
Quelqu'un tape contre une porte.
...
-Profession ?
-Elu.
-Je ne trouve pas, j'en ai jamais eu.
Vous n'avez pas autre chose ? -Je sais pas, mettez "Maire".
-Maire.
Il n'y a pas non plus.
-Médecin.
-J'en ai jamais eu mais je regarde.
Médecin.
Ca y est ! Ca marche.
Bienvenue.
-Par ici, à gauche.
Suivez-moi.
Je vous laisse vous installer.
...
-Allez, avance !
Vroum !
Vroum, vroum, vroum !
Mon cheval !
-On n'a pas le droit de se parler.
-Dis-nous ce qui se passe.
-Ils enquêtent.
*-Tu crois vraiment que papa est capable de faire ça ?
Lucas délire complètement.
*-Ils ont trouvé des traces. -Mais ça ne peut pas être lui.
Retire cette plainte.
-Ca ne change rien, la machine est lancée.
*-Tu vas pas laisser faire ça.
*-Il faut attendre, ils enquêtent. -Tu te venges ou quoi ?
-T'insinues quoi ? On n'a pas le droit de se parler, je te laisse.
-Les dents et au dodo !
-Lucas ?
Qu'est-ce que tu fais encore ?
Allez, les dents !
Arrête, arrête !
Arrête un peu ton cinéma, s'il te plaît !
Qu'est-ce qu'il y a ? -Je pense à papi, c'est tout.
-Arrête avec ça.
Il faut pas que tu culpabilises, c'est normal qu'il soit en prison.
-C'est pas ça.
-C'est quoi alors ?
-J'ai eu un flash, mais c'est pas important.
-Non, non ! Tout est important, tu dois tout dire.
-Peut-être que papi faisait ça parce qu'il était obligé.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
Exprime-toi, ne garde pas les choses.
-Il y avait une autre personne qui regardait et qui me touchait aussi.
-Hein ?
Quoi ?
-Je me souviens de lui car il avait une grande villa.
-Mais non !
Mais non, mais non !
Non !
Elle pleure.
Non !
-C'est bon, messieurs, allez-y.
...
-Salut.
-Salut, Claude.
-Arbona, je sais. T'es le maire de Castel.
-Oui.
-Bilal, je suis le mari d'Akima.
-Akima ? -Elle travaillait à la mairie.
Elle fait le ménage. -Oui, je me souviens.
-Ici, t'es comme mon père. Personne te cassera les couilles.
-Merci, c'est gentil. -Normal.
Je vois dans tes yeux que t'es innocent.
Viens, on marche !
Il y a des choses à savoir ici.
Tu veux des conseils ? -Oui, je veux bien.
-Tu vois le mec
avec son sweat rouge ? -Oui.
-Il a violé sa fille, surtout tu lui parles pas.
Vu ton affaire, ça pourrait être mal pris.
Sinon, t'as vu la psy ?
-Non, pourquoi ?
-Si c'est Delage, méfie-toi, c'est une salope.
Et pour le test de je sais pas quoi là,
tu dis pas que
tu vois du sang ou des vagins, sinon t'es dans la merde.
-Le conseil municipal a voté à l'unanimité son soutien
envers Claude Arbona.
Les accusations contre lui sont invraisemblables.
Elles ne correspondent en aucun cas à l'homme que nous connaissons.
-Il y a une anomalie.
*-Les règles de la détention n'ont pas été respectées.
*C'est une décision...
-Libérez-le !
Il est innocent, on est avec toi, Arbona !
-Libérez-le ! -Libérez-le !
Bruit de casseroles.
...
-Merci !
Merci, Bilal, merci !
...
-Corinne ?
Corinne ?
Hé !
Mais qu'est-ce que tu fais ?
Ca fait deux heures que je t'appelle.
Heureusement que j'ai tes clés.
Ca va ?
Quelle heure il est ? -Il est trois heures.
T'as pas oublié qu'il fallait emmener Lucas à la police ce soir ?
Hein ?
Hé !
Tous ces médocs, t'as pas fait une connerie ?
Je vais appeler un docteur, d'accord ?
On va appeler un docteur, ça va aller.
-Bonjour, madame. -Bonjour.
Asseyez-vous.
Je suis psychologue, on m'a chargée de faire votre expertise.
-Très bien, et vous êtes madame ? -Pourquoi vous voulez savoir ?
-Une fois, en tant que maire,
j'ai téléphoné à une psy d'ici, je me demandais si c'était vous.
-C'est une menace ? -Pardon ?
-Vous voulez mon nom et vous dites que vous êtes maire.
-Ah non, c'est juste par simple curiosité.
-Je n'ai pas à vous le dire, monsieur.
On va commencer et c'est moi qui vais poser des questions
si vous voulez bien.
-Bonsoir, je viens chercher Lucas. -Oui.
-Sa maman vous a prévenue ? J'ai pas pu faire plus vite.
-Pas de problème. -T'as passé une bonne journée ?
J'ai un pain au chocolat. -Au revoir.
-Au revoir.
-Elle est où, maman ?
-Elle a eu un gros coup de fatigue, je t'accompagne au commissariat.
Comme ton père est en voyage, on ira chercher tes affaires
et tu t'installeras à la maison le temps qu'elle s'en remette.
-Elle est où ?
-Elle est dans... une sorte de maison de repos.
On s'occupe très bien d'elle.
Quand elle ira mieux, on ira la voir.
-D'accord. -Allez mange, chouchou.
-Lucas, je suis venue te voir
à propos du monsieur dont tu as parlé à ta maman.
Tu te souviens quand tu l'as vu pour la première fois ?
-C'était à la villa de papi.
Ca a sonné et il est rentré avec sa voiture.
-D'accord.
Sa voiture, tu te souviens de ce que c'était ?
-Une Saab. -Une Saab.
Tu connais le modèle ?
-Une Saab 900. -Tu pourrais
me la décrire cette Saab ?
-Elle était grosse, bleu marine,
avec une capote électrique noire. -Et t'as vu l'intérieur ?
Tu peux me décrire l'intérieur ?
-Il y avait des sièges en cuir noir,
un téléphone et un ordinateur de bord.
-Tu la connais bien cette voiture.
-C'est à cause de lui,
il m'a fait faire un tour et il m'a tout expliqué.
-Tu peux me le décrire, ce monsieur ?
Si tu réfléchis, tu repenses à des détails.
Il était habillé comment ?
-Il avait des chemises à carreaux.
-Tu l'as vu combien de fois, ce monsieur ?
-Cinq fois.
Trois fois à Castel chez papi et deux fois chez lui.
-Il y avait quelque chose de spécial dans cette maison ?
Quelque chose qui t'a marqué,
peut-être une piscine ou des animaux ?
Je sais pas.
-Il y avait deux piscines,
et plein de chiens, au moins 5.
Ils étaient tous attachés.
-D'accord et tu saurais nous y emmener ?
-Non. -Non.
-Mais par contre, si vous voulez,
je peux vous dessiner le portail.
-Allez maman, on a dit qu'on ne pleurait pas.
-Tout le monde t'a soutenu à la mairie,
tous partis confondus.
-C'était incroyable, cette solidarité.
-On a des nouvelles de Melun ? -On a appelé Pierre quand même.
Il dit qu'il n'y est pour rien, que tout vient de Lucas.
-Pourquoi il dit ça ?
-Je sais pas, peut-être qu'il a été violé par quelqu'un d'autre
et qu'il veut pas dire qui.
-Par qui ? En colo, centre aéré ?
-Ils n'enquêtent pas, ils se contentent de l'écouter.
-Et vous, ça va ?
Qu'est-ce que je suis content de vous voir !
-Oui, ça va.
-Qu'est-ce que je vous aime !
Vous me manquez, je suis tellement content de vous voir, je vous aime.
...
-Tu te rends compte qu'il aurait fallu que papa soit en prison
pour qu'il me dise qu'il m'aime ?
-Vous, votre génération, bisous et psy au moindre pet de travers !
On se demande ce que ça va donner tout ça !
-Bonjour, capitaine Savy de la PJ de Nice.
Je suis bien à l'agence immobilière ? Bonjour.
Je suis à la recherche d'une grande villa vers Castel-sur-Mer
avec deux piscines.
-Saab 900 bleu marine, cabriolet, capote électrique noire,
sièges noirs, téléphone et ordinateur de bord.
Vous me faxez ça ?
-Non, j'ai rien. J'ai un dessin
du portail, je peux vous le faxer tout de suite. Très bien !
-Je voudrais savoir si vous avez des clients qui ont 5 chiens.
D'accord. C'est pas grave. -Merci.
-Une villa avec deux piscines, ça vous parle ?
-Bonjour. -Merci.
-Je viens de recevoir
la contre-expertise demandée par le juge.
Elle est sans ambiguïté.
Les examens sur Lucas n'ont pas été assez poussés.
Il faut le réexaminer,
faire une anuscopie, voire une rectoscopie,
et chercher d'autres causes qu'un viol à ses cicatrices.
Ca nous sera utile
pour votre prochaine demande de libération.
Votre enquête de personnalité, nickel.
Tout le monde vous soutient,
même vos ennemis politiques, il y a juste...
Qu'est-ce qui s'est passé avec la psy ?
Elle ne vous a pas loupé.
Elle vous décrit comme un être froid, méprisant,
manipulateur et elle sous-entend que vous l'avez menacée.
Et le pompon, elle émet l'hypothèse que vous avez été abusé
par un homme dans votre enfance.
-Pardon ? -Ouais.
Regardez, là.
-Mais d'où elle sort ça ? -Je sais pas,
de son chapeau de psy.
-On a un Eric Strapi et une Saab en lien avec Claude Arbona.
-Génial, merci ! Super.
On l'a retrouvée.
On a retrouvé la Saab. -Où ça ?
-A Castel, elle appartient
à Eric Strapi.
Il a appelé Claude Arbona
quelques jours avant son arrestation.
-"Mes chéries, un beau dimanche s'annonce.
"J'espère que vous êtes en forme
"et que vous allez profiter de cette journée.
"Moi, ça va. Je me suis réveillé tôt comme d'habitude.
"C'est comme du temps
"de la mairie, c'est là que je pense le plus à l'affaire.
"Puis, je saute du lit. Toilette, lit que je fais soigneusement,
"tous les jours.
"Petit déjeuner avec votre délicieuse marmelade d'orange.
"Puis c'est la promenade.
"On discute, on marche, on joue aux cartes.
"Quel gâchis tous ces gens
"qui végètent sans aucun projet ! Il y aurait mieux à faire ici.
"Puis c'est le déjeuner,
"pas si mal, les siestes, moi qui détestais tant la faire."
-Promenade ! -"Cette après-midi,
"je vous ai dessiné ma cellule avec des crayons de couleur.
"Deux mois ont déjà passé. Hier,
"infime espoir : je suis retourné pour la 3e fois
"devant la chambre d'instruction
"pour demander la fin de ma détention provisoire.
"Comme d'habitude, j'ai proclamé mon innocence
"et j'étais tellement ému que j'en ai pleuré.
"Me Lancel m'a félicité.
"Il m'a dit que j'avais été très bien.
"Je sais que je n'ai pas toujours été fort mais il faut me pardonner.
"Voilà, je vais vous laisser,
"c'est déjà l'heure de la gamelle et des infos.
"Ca m'a fait du bien de bavarder avec vous. Je vous vois demain.
"Quel bonheur !
"Heureusement
"qu'on s'est soutenus si fort.
"Je suis fier de vous, de votre force.
"Je vous aime."
-Bonjour, Lucas. -Bonjour.
-Ca va ? Tu te souviens de moi ?
Viens t'asseoir là. Hop !
Tu veux boire quelque chose ? -Non.
-Non, ça va ?
Je t'ai fait venir pour une petite chose.
Ca va être très rapide.
Je voudrais que tu me dises si parmi ces photos,
tu reconnais le monsieur de la Saab dont on a parlé l'autre fois.
Prends ton temps pour regarder chaque photo et tu me dis.
-Je sais pas. -Prends ton temps.
-C'est difficile.
Je crois que c'est le numéro 5. -Le numéro 5 ?
T'es sûr ? Tu peux encore réfléchir un peu.
-Je crois que c'est lui.
-D'accord,
la numéro cinq.
Très bien.
La porte s'ouvre.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Votre demande de libération a été acceptée, préparez vos affaires,
je reviens dans 15 mn.
...
-Ca va ?
Sirène.
...
-Bonjour, vous êtes Eric Strapi ? -Oui.
-On peut vous poser des questions ? -A quel sujet ?
-Agression sexuelle sur mineur.
-Quoi ?
-On vous expliquera. J'aimerais faire une perquisition.
-Je vous place en garde à vue pour agression sexuelle et viol
sur mineur. Vous pouvez prévenir un proche.
-Ca, tu l'embarques.
Tu le mets sous scellés ?
...
-Que vas-tu faire aujourd'hui ? -J'en sais rien.
-Tu devrais aller à la mairie. -Ah non, surtout pas.
Je vais rester à la maison.
-Il faut que tu y ailles ils vont tous t'attendre.
-Non.
J'ai peur de ce qu'ils vont dire. -T'as aucune raison.
Toute la ville te soutient.
-Vous connaissez Claude Arbona ?
-Oui, on le connaît tous,
mais je suis pas sûr d'avoir déjà vu son petit-fils.
-Il a parlé de chemises à carreaux qu'on a retrouvées chez vous.
-Je suis pas le seul à en porter dans la région.
-Non, mais il a reconnu votre voiture aussi.
Comment vous l'expliquez ?
-Il parle d'une Saab bleu marine, la mienne est bleu clair
et l'intérieur est beige.
Il n'y avait pas d'ordinateur de bord.
-Vous avez une villa ? -Non.
-Sûr ? -Evidemment...
-Ne mentez pas. -Une villa à l'Olivette.
-On vous prête cette villa.
-C'est pas la mienne, j'y vais pour la piscine.
-Uniquement pour ça ? -Oui.
-Pour y rencontrer des filles ?
-Pourquoi vous avez menti ?
-Je voulais pas que ça se sache.
-Il y a combien de piscines ?
-Une seule. -Vous êtes sûr ?
-Oui.
-Vous téléphonez à Arbona parfois ? -Non.
-8 h du matin, le 5 juillet dans la villa,
vous avez appelé. -J'avais complètement oublié.
-Ne mentez pas, pourquoi vous ne nous le dites pas ?
-C'est bien moi...
par rapport à un voilier.
-Vous avez parlé de quoi ? -Je vous le dis, pour un voilier...
-C'était par pour parler de Lucas ?
-Claude Arbona venait de réserver un billet d'avion pour Lucas.
Quelle coïncidence ! -Je ne connais pas ce gamin.
Il vous dit n'importe quoi.
-Il vous a reconnu sur photo.
-Il m'a peut-être vu dans une rue à Castel !
-Vous avez des chiens ?
-Non.
-Bonjour, M. le maire. -Bonjour.
-Bonjour, Isabelle. -Salut, Claude.
Je suis ravie de te revoir. -Merci.
-S'il vous plaît !
M. Arbona, s'il vous plaît ! -Merci.
-Merci.
-M. Arbona ? -Par ici !
-Un petit sourire !
-M. Arbona ! -Pour "Var-Matin" s'il vous plaît.
-Un sourire ! -Ah !
-Claude !
-Bonjour. -Bonjour.
-Ca va, Claude ?
-Bonjour, Jacques.
Oui, ça va.
Bonjour. -Vous avez tout mon soutien,
M. le maire. -Merci beaucoup.
-Tu vas nous dire quelque chose ? -Oui, bien sûr.
Je voudrais vous remercier pour votre amitié.
Pour votre présence.
Vraiment merci.
Merci Hélène d'avoir créé ce comité de soutien.
Merci, Jacques.
Grâce à votre confiance, j'ai pu tenir la tête haute.
Et ma femme a pu avoir une vie presque normale à Castel.
Merci. Merci vraiment.
-Une photo !
-La 1re chose qu'il fait,
c'est un bain de foule pour clamer son innocence.
Il doute de rien !
C'est l'avocate. Oui, maître ?
Vous avez vu la une de "Nice-Matin" ?
Vous devriez !
C'est quoi cette demande de contre-expertise que j'ai reçue ?
Non, c'est hors de question.
Vous savez ce que c'est une endoscopie ?
Non, c'est pas anodin, ça fait mal.
Mon fils est traumatisé par cette histoire.
On n'arrête pas de le reconvoquer pour enquête, interrogatoire...
Pourquoi ? Pour libérer le coupable qui pérore devant la presse !
Si la justice ne respecte pas les victimes,
qu'elle leur foute la paix !
-Le rassemblement devant la mairie, c'était la dernière chose à faire.
-Ca s'est passé comme ça, on a discuté un peu.
-Les parents
s'en sont plaints, ça fait pression sur Lucas. Le juge m'a dit que
ça peut jouer sur votre libération. -J'ai toujours clamé mon innocence.
-Ca revient à dire que Lucas ment et une victime, c'est sacré,
a fortiori, un enfant. Vous marchez sur des oeufs.
-Quand je vais être confronté à Lucas ?
Il n'osera peut-être plus mentir.
Pourquoi la nouvelle expertise traîne ?
-Le juge est parti à la retraite.
-Pourquoi tout est si long ? -Dans l'esprit des magistrats,
estimez-vous heureux d'être sorti de prison.
Il faut vous armer de patience, mais vous êtes toujours présumé
innocent.
-Avec une accusation de pédophilie sur le dos, vous plaisantez ?
Toute notre vie a été foutue en l'air.
-Je peux la porter ?
-Plus tard, quand elle sera plus grande.
Elle est encore fragile, il faut maintenir sa tête.
C'est pas facile.
Ah oui !
Oh oui !
Tu la surveilles ? -Oui.
-C'est ta mission.
-(Ca va ?)
Chut !
T'as vu ?
C'est joli, hein ?
T'as pas froid ?
-Qu'est-ce que je t'avais dit ?
Tu crois que je vois pas ton manège à faire ton intéressant ?
Comment tu veux que je te fasse confiance ?
Je veux plus que tu la touches sans me demander, compris ?
Plus jamais !
C'est tout, c'est tout.
-Allez-y.
-Bonjour, madame.
-Bonjour, entrez. Asseyez-vous. -Bonjour.
-Bonjour.
Comment vous expliquez
que les médecins aient trouvé des lésions typiques de la sodomie ?
-Suite à une contre-expertise,
votre prédécesseur a ordonné des examens plus poussés
que nous attendons toujours.
-Je sais, mais les parents s'y sont opposés pour protéger Lucas.
Vous vous rendez compte que votre demande
revient à lui infliger une nouvelle pénétration ?
C'est pas très affectueux de votre part.
-Vous voulez dire que je suis un mauvais grand-père ?
Je me suis inquiété de la fragilité de mon fils avant tout le monde.
J'en ai parlé
à tous mes amis, j'ai écrit à sa maîtresse.
Quel intérêt j'aurais eu à attirer l'attention sur lui si j'avais été
à l'origine de son mal-être ? Ca ne tient pas la route.
Et puis la sonde n'est pas plus grosse qu'un suppositoire.
-C'est curieux ce lapsus, vous avez dit "mon fils"
au lieu de "mon petit-fils". Vous auriez transféré quelque chose
sur lui que vous n'auriez pas eu avec votre propre fils ?
-Oui, peut-être, et alors ?
-Peut-être que vous l'aimiez trop.
-C'est mal de trop aimer ?
-Non, mais c'est pas tout à fait normal.
-Vous ne voulez pas revenir
au fond du dossier ? Vous avez lu son mémoire ?
-J'ai passé tout le week-end sur le dossier.
-Vous me parlez de votre week-end,
moi, ma vie est foutue à cause de ce mensonge.
-Vous ne mesurez pas la gravité des accusations contre vous.
-Madame !
Je n'ai pas les moyens de me défendre. Je ne peux pas obtenir
de contre-expertise ni de confrontation avec Lucas.
-Il n'y a aucune place pour la présomption d'innocence.
Je vous rappelle que c'est à vous de prouver qu'il est coupable,
et pas à lui de prouver
qu'il est innocent.
-C'est quoi ?
-C'est ton grand-père.
Il continue à dire que tu mens.
Il demande l'accord des expertises.
Et aussi à te voir devant le juge.
J'en peux plus de ce cauchemar.
C'est insupportable.
Il profite de son pouvoir.
Ca s'arrêtera jamais.
...
Elle pleure.
...
-Et le personnel sinon, ça va ? Ils ont l'air sympa en tout cas.
-Oui.
Oui, ils sont gentils.
Ils m'ont même donné une chambre toute seule.
Et toi, ça va ? -Ouais.
-Et avec Fabienne ?
-Super ! Elle est gentille et elle m'aide bien pour les devoirs.
-Elle est adorable.
C'est une chance d'avoir une voisine comme ça.
Elle pleure.
...
Je t'aime, je t'aime, je t'aime.
-Au revoir, maman.
...
-Bon !
Euh...
Ecoute, Lucas.
T'es devenu beaucoup trop difficile.
On peut pas continuer comme ça.
Il paraît que tu traînes dans la rue maintenant ?
Ta mère n'arrive pas à te gérer, elle est dépassée.
C'est pas de ta faute.
Cette affaire, ça l'a démolie.
Déjà qu'elle était fragile avant.
Il faut qu'on s'en sorte là.
Je peux pas te prendre à la maison.
Tu t'entends pas avec Isabelle, tu fais des histoires.
Et tu peux pas rester éternellement chez Fabienne, hein ?
On a pensé à te mettre en pension.
J'en ai trouvé une, elle est très bien.
Tu seras mieux suivi scolairement, et ça, t'en as besoin.
Et c'est chouette, la pension.
C'est des copains, c'est la liberté.
Qu'est-ce que t'en penses ?
-C'est celle-ci.
Je te laisse t'installer, Lucas.
Je reviendrai te voir après. -D'accord.
-Bonjour. Entrez, asseyez-vous.
-Tiens, mets-toi là.
-Et les attouchements, ils se passaient où ?
-Dans la salle de bains et dans la chambre aussi,
pendant la sieste.
-Et il te disait des choses ?
-Je sais pas, comme quoi par exemple ?
-De ne pas en parler. -Oui, il disait ça.
-Quel genre de phrases ?
-"N'en parle pas" ou des choses comme ça, je crois.
-Pourquoi "je crois" ? Il n'en est pas sûr ?
-Parce qu'il y a des choses que j'ai oubliées.
-Pourquoi avoir parlé du 2e homme plus tard ?
-Parce que je l'avais pas dans mes flashs et dans ma tête.
-Comment vous avez pu l'oublier ?
-Parce que.
-Ca veut dire qu'on se souvient de certaines choses et pas d'autres,
c'est ça ? -Oui.
-Et en fonction de quoi ?
-Je sais pas.
-Tu ne faisais jamais la sieste et moi non plus.
-Vous ne lui parlez pas
directement, adressez-vous à moi.
-Si.
On allait dans la chambre à midi avant qu'il aille à la mairie.
-Mais c'est faux, pourquoi tu mens comme ça ?
-Calmez-vous,
M. Arbona, et vous me posez les questions à moi sinon j'arrête.
-Excusez-moi.
Mais je voudrais encore dire quelque chose.
-Calmement alors.
-Lucas est un enfant
que j'ai toujours beaucoup aimé et que j'aime toujours.
S'il consent à dire la vérité, ce sera sans conséquence pour moi.
C'est un enfant et il est déjà pardonné.
-Si j'ai menti, c'est bizarre.
Il est en train de dire que je suis fou.
-Pas du tout mais il y a
une explication, il a été entraîné dans un engrenage
et il n'ose pas le dire.
-Alors, Lucas ?
Elle est où la vérité ?
-Je l'ai déjà dit et elle a pas changé.
-Tu sais, comme tu n'allais pas très bien,
tes parents ont demandé à reporter les nouvelles expertises médicales,
demandées par ton grand-père.
Mais toi, t'en penses quoi ?
-Je m'en fous, c'est eux que ça dérange.
-Tu ne t'y opposes pas ?
-Non. Un expert et un policier,
ça sait voir la vérité. -Déshabille-toi.
-Sinon, je ne serais jamais arrivé là.
-Arrête !
-Tu t'es cru où ? J'ai pas fini de me laver.
-Fais gaffe, il aime la bite.
Il s'est fait enculer par son grand-père.
-Ca m'aurait pas plu !
Brouhaha.
-Allô ? *-Bonjour Claude, c'est Frédéric.
-Bonjour, maître. Ca va ? *-Mieux que jamais. Les examens
endoscopiques n'ont montré aucune lésion de la muqueuse,
*ce qui contredit les hypothèses des 1res expertises.
*Aucune zone cicatricielle n'a jamais existé.
-Vous me lisez quoi là ?
-Je vous lis les dernières expertises, je les ai reçues.
Hélas, ça ne permettra jamais d'écarter de façon certaine un viol
mais ça met en pièces la 1re expertise. On avance !
*Je vais pouvoir demander un non-lieu.
-Formidable. Merci, maître !
Le dossier est vide
et le non-lieu quasi certain. -Génial ! Tu le sauras quand ?
-C'est autre chose. -Ca peut être avant les élections.
-C'est la 1re chose que j'ai demandée à l'avocat,
mais impossible de le savoir. -Tu voudrais quoi ?
-Je ne me rends pas compte de ce que les électeurs ont dans la tête.
C'est vous qui le savez. -T'as des ennemis et du soutien.
Moi, j'y crois.
-Et toi ?
-Je crois que si t'y vas pas,
les gens vont croire que t'as quelque chose à te reprocher.
-C'est quoi, cette voiture ?
-C'est M. le proviseur !
-C'est par ici. -Je vous suis.
-J'étais dans la douche,
seul, et il est arrivé.
-Et alors ?
-Il voulait que je lui fasse des choses,
je voulais pas, il l'a fait.
-Il t'a forcé.
-Oui, il est plus fort que moi.
-Mais à quoi ?
-Il m'a touché.
-C'est tout ce qu'il a fait ? -C'est déjà pas mal.
-Ca s'est arrêté comment ?
-Du monde est venu dans les douches et il est parti.
-Donc, c'était le lundi 23 vers 19 heures.
T'es sûr ? -Oui.
-Le problème, c'est qu'il y avait un match de foot dans la cour,
que Jérémy y était.
Tout le monde l'a vu.
-C'était peut-être à la mi-temps, je me souviens qu'il transpirait.
-Et c'était vraiment le lundi, t'es sûr ?
-C'était peut-être le mardi. -Le mardi ?
-Vous me faites douter.
-T'es pas sûr de la date en fait.
-Vous savez,
tous les jours se ressemblent ici.
-Pourquoi tu l'as pas dit tout de suite ?
-Je vous l'ai dit, j'avais peur. Je voulais pas qu'on me tape.
-Bonjour, Claude Arbona. Agissons ensemble, votez bien !
-Merci, c'est gentil.
-Bonjour, "En avant, Castel !" pour Arbona.
-Tenez. -Salut, Claude !
Courage, on est tous avec toi. -Merci.
-Tiens, Claude.
-Merde. -C'est anonyme, bien sûr.
-Il y en a partout.
-Il est assez flou dans ses accusations
et dans la date exacte des faits
et il a refusé d'être confronté à Jérémy.
A vous, il vous a dit quelque chose ?
-Oui, il m'en a parlé une fois.
Mais je ne l'ai pas trop cru.
Il l'a senti et il ne m'en a plus jamais reparlé.
Mais tout ça, c'est à cause de cette histoire, il mélange tout.
-Quelle histoire ?
-Il a été abusé par son grand-père.
C'est un pauvre gamin, il est traumatisé, instable.
Cette affaire dure depuis des années.
Il confond tout, il faut être indulgent avec lui.
-On est vraiment désolés pour l'enfant qu'il a accusé.
Et pour sa famille.
On peut leur faire des excuses si vous voulez.
-Bureau numéro trois, M. Pesson.
353 voix.
M. Arbona.
250 voix.
Bureau numéro sept, j'écoute. M. Pesson,
632 voix.
Et M. Arbona,
327 voix.
-OH !
-Alors ? -Voilà !
-Oh non, merde !
-Tu ne méritais pas ça.
-Tu reviendras.
-Merci.
-On est avec toi.
-Merci. -Courage.
-L'absence de preuve médicale, le caractère fantaisiste,
incohérent des accusations de l'enfant et l'absence d'éléments
concrets venant les prouver nous amènent à vous demander
de rendre un non-lieu.
Il est temps, après tant d'années de souffrance et d'humiliation,
de rendre sa dignité et son honneur à ce grand-père
aux qualités humaines reconnues de tous et dont le seul tort
a été peut-être de trop aimer son petit-fils.
Pour l'enfant, il est temps enfin
qu'il soit libéré d'un mensonge qui l'asphyxie
afin qu'il puisse prendre
un nouvel essor pour affronter la vie et ses difficultés.
-Lucas a réitéré les mêmes accusations tout le long
de la procédure.
Les expertises psychologiques ont conforté ses dires.
Sur le plan médical,
les lésions ont été constatées même si les examens sont plus nuancés.
Par conséquent, au vu des réquisitions de M. le procureur,
j'ai décidé de vous renvoyer devant une cour d'assises pour viol
et agression sexuelle aggravée sur mineur.
-"Ne désespère pas, Lucas.
"Nous nous retrouverons, je te le promets,
"dans cette lettre que je n'ai pas le droit
"de t'envoyer. On se retrouvera avant que je ne monte au ciel
"et sans avoir rien à nous dire, nous nous serrons fort,
"si fort que les souffrances et les peines s'envoleront.
"Et tu verras, un coin de ciel bleu apparaîtra,
"aussi bleu que le jour où tu m'as dit que la vie
"était trop belle ici."
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