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Alex !

Tout va bien...

Tout va bien, chérie.

Je suis là...

On va arranger ça.

Bien sûr.

Je veux les papiers pour mercredi.

Je reviens jeudi...

Je les veux à mon retour. On les massacrera !

Quoi ?

En Allemagne.

Tu y as fait la guerre ? Dans quel camp ?

Bien sûr. Oui.

Je les embrasserai de ta part. Au revoir.

Votre billet. Des chèques de voyage. Et des devises.

Et l'inventaire.

C'est tout.

Bien. Merci.

La petite va bien ?

Bien sûr.

J'ai eu un tel choc.

Ces chiens étaient énormes.

Elle n'a rien, papa.

Elle a déjà oublié.

C'est seulement que...

J'avais la tête ailleurs.

Je ne faisais pas attention.

Pourquoi vas-tu là-bas ?

Pourquoi ?

Rien ne t'oblige.

Tu n'en as pas envie. Pourquoi y vas-tu ?

Il faut que je règle cette chose.

Vous êtes prêt ?

Quelle heure est-il ?

4 h.

Je descends.

Le commandant Richter et son équipage

vous souhaitent la bienvenue à bord de ce vol Lufthansa...

Votre premier séjour à Stuttgart ?

Non.

Monsieur. Excusez-moi...

Il y avait une école par ici, non ?

Vous comprenez ?

Vous parlez anglais ?

Vous êtes de Stuttgart ?

Stuttgart. Oui, vous êtes à Stuttgart.

Il y avait une école ici ?

Juste au coin ?

Le Karl Alexander Gymnasium était là ?

En 1930. Vieille école.

Karl Alexander Gymnasium.

Herr Strauss est ici.

Lot 415.

Suivez-moi.

Descendez. Il y a un ascenseur. On vous attend en bas.

Appelez-moi quand c'est fini.

Bien, merci.

Donnez

votre nom,

votre prénom,

et vos date et lieu de naissance.

Comte von Lohenburg,

Konrad.

Né le 19 janvier 1916

à Burg Lohenburg, Wurttemberg.

Lohenburg !

Baron von Hankhofen. Enchanté.

Enchanté.

Voici le prince Hubertus Petershagen Wildensheim.

Enchanté.

Vous connaissez mon cousin, le comte Dietrich ?

Dietrich ?

Vous étiez chez son père à Wimpfen.

Le duc Ludwig y chassait.

Votre cousin me confond avec un autre.

Un autre ?

Qui me ressemble...

Salut, vos Excellences !

Une des plus vieilles familles.

Ils remontent au XIIe siècle.

Regarde dans l'encyclopédie.

Des gens très distingués.

Des soldats.

Des guerriers germaniques.

Qu'étaient nos ancêtres au XIIe ?

Maquignons.

Distingués ?

Ils n'étaient pas dans l'entourage de l'empereur.

Comment est ton ami ?

On n'est pas amis.

Il est plutôt renfermé. Et ça m'arrange.

Levez les genoux !

Silence.

Regardez bien.

Tout le monde a vu ?

Qui se porte volontaire ?

Moi, monsieur.

Très bien.

Approche.

Silence.

Très bien. Je n'aurais pas cru ça de vous.

Dans un message radiodiffusé,

le maréchal von Hindenburg a annoncé qu'il sollicitait

un second mandat à la présidence du Reich.

"Mon passé de soldat

"exige que je reste au service de la patrie."

Des pétitions, venues de toute l'Allemagne,

le pressent de se représenter...

C'est grec ?

Je fais collection aussi. Je peux ?

Pallas Athenae. Je l'ai.

Qui est-ce ?

Alexandre le Grand.

Bonjour.

Asseyez-vous.

Tu sais comment on nous appelle ?

Non. Comment ?

Le Caviar de la Classe.

Pourquoi ?

On est les plus brillants, les plus cultivés et artistes !

C'est vrai ?

Aucun doute. Demande à qui tu veux.

À qui ?

À nous !

Veux-tu participer à une lecture de pièce, jeudi,

devant un public choisi.

- Quelle pièce ? - Hamlet.

Tu aurais le rôle du prince.

Je ne suis pas un acteur.

Je ne comprends pas Hamlet. Et je suis pris.

Et vendredi ?

Hamlet est un cas classique de schizophrénie.

D'un côté, il déplore la ruine

des valeurs,

le déclin de la morale

et des grands principes,

l'échec de l'État...

De l'autre, il maltraite son entourage,

tue Polonius sans remords,

harcèle sa mère, mène Ophélie à la folie,

laisse tuer Rosencrantz et Guildenstern.

Freud y verrait de la schizophrénie.

Freud est juif.

Merci.

Très intéressant.

De quel côté tu vas ?

Karlshohe.

C'est mon chemin aussi.

Qui est Freud ?

Tu as entendu Bollacher : un Juif !

Et à part ça ?

C'est un médecin de l'esprit.

Il a écrit des livres.

Ils sont bons ?

Formidables. Mais j'ai pas tout lu.

Cette école te plaît ?

Je ne sais pas. Je n'ai pas d'élément de comparaison.

Comment ça ?

C'est ma première école.

Pitoyable ! Je n'ai eu que des précepteurs.

Pourquoi ?

Mon père était ambassadeur,

au Brésil, et puis en Turquie.

Alors j'étudiais à la maison.

Et toi, l'école te plaît ?

Vivement la fac, qu'on voie des filles !

L'Amérique me plairait.

L'Université Yale, tu connais ?

Bien sûr. Tu as des chances ?

Je crois, oui.

J'habite ici.

À demain.

Cette revendication n'a aucun sens !

C'est notre patrie ! La Palestine est notre patrie.

Quoi, après deux mille ans ?

C'est ridicule !

Comme si l'Italie revendiquait l'Allemagne

sous prétexte que Rome l'avait conquise !

Aucun rapport !

Et puis je suis né à Stuttgart, pas à Jérusalem.

Et Hitler ?

Un mal passager, comme la rougeole.

Quand l'économie ira mieux, il passera de mode.

Il ne sera plus utile.

Tu ne comprends pas ça ?

Je connais les Allemands...

C'est le pays de Goethe,

de Schiller, de Beethoven.

Ils n'avaleront pas ces élucubrations.

Et les Juifs ?

12 000 Juifs sont morts pour l'Allemagne à la guerre.

Fièrement ! J'ai été blessé deux fois.

Je t'annonce

que mon pays m'a donné la Croix de Fer de 1ère classe.

Je suis fier d'être juif

et fier aussi d'être Allemand.

Juif, toi ? Quel genre de Juif ?

Un Juif allemand !

On va à la synagogue à Yom Kippour

et on chante des cantiques à Noël.

Tu es fou.

Il est fou.

Ce sont de dangereux illuminés.

Bonsoir, Hans.

J'étais avec Lohenburg.

Cette étroitesse d'esprit !

Ne t'énerve pas...

Je m'énerve parce que c'est grave.

Ils ne réfléchissent pas.

Ils s'affolent et déforment tout.

À force d'amplifier les choses,

ils les aggravent.

Tu as plusieurs patients

qui attendent depuis 20 minutes.

- Et l'école ? - Ça va.

Je veux vous rappeler

ce qui s'est passé à mon 50ème anniversaire.

Te souviens-tu ?

Je vais te le dire.

Le bourgmestre

a donné une réception en mon honneur.

Vous étiez à mes côtés.

On a joué la "Petite Musique de Nuit"

pour moi !

Une cérémonie magnifique.

Ils voulaient marquer leur respect pour moi.

Et ils l'ont fait.

Leur respect pour un Juif allemand.

N'oubliez pas ça.

Alors, il est gentil ?

Qui ça ?

Lohenburg.

Pas de quoi en faire un plat. On n'est pas amis.

Votez pour le Parti National Socialiste...

Maman, c'est mon ami Konrad von Lohenburg.

Ravie de vous connaître, Konrad.

Je vous remercie, madame.

Vous avez vécu en Turquie et au Brésil ?

Oui, mais je préfère l'Allemagne.

L'Allemagne est incomparable.

On veut se balader en Forêt Noire,

visiter la région, le week-end.

Tu me permets ?

- Et dormir sur place ? - Oui.

- Où ça ? - À l'auberge.

Pourquoi pas !

Vous avez raison, ce pays est très beau.

Vous devriez le découvrir.

Ta mère est charmante.

Quelle bibliothèque !

C'est dans l'original ?

J'ai pas encore appris le russe !

Tu me rassures !

- Il faut lire Dostoievski ? - Oui, c'est superbe.

Un géant !

Tiens. "Crime et Châtiment".

Epatant. Merci.

C'est ma collection.

- Et ça ? - Des dents de requin.

Bonjour. Je suis le Dr Strauss.

C'est un honneur, Monsieur le Comte,

de recevoir le fils d'une famille si illustre.

Je connais plusieurs amis de votre père,

notamment le baron von Klumpf, du 2ème escadron

du Premier Uhlan...

Ritter von Trompeda, des Hussards, et von Grimmelshausen,

qu'on appelait "Bautz".

Votre père a dû vous parler de lui. Un intime du Kronprinz.

Un jour,

m'a-t-il dit, son Altesse Impériale, dont le Q.G. était à Charleroi,

l'appela : "Mon cher Bautz,

"rendez-moi un grand service.

"Gretel, ma femelle chimpanzé, est vierge et veut un mari.

"Il faut un grand mariage devant tout l'État-Major.

"Prenez une voiture, sillonnez le pays et trouvez

"un beau mâle costaud !"

J'espère, Monsieur le Comte,

que vous vous sentirez ici comme chez vous.

Mes respects à M. votre père.

Une belle collection !

Ta chambre me plaît.

Oui, beaucoup.

Oui...

C'est le plus beau pays du monde.

C'est vrai.

Mais je n'ai pas voyagé...

Ou si peu.

Crois-moi sur parole.

Tu es très fort !

Essaie.

Regarde bien.

Je connais un truc !

Mouille ton doigt.

Ça, ça ne marche pas. Le verre est trop épais.

Comme ce type !

Strauss ! Vous rêvez.

À quoi rêvez-vous ?

Je ne rêvais pas.

Cessez de rêver.

Faites votre travail.

Concentrez-vous.

Joli coup !

Je peux essayer ?

Le bras bien droit.

L'épaule souple.

Comment régler cette histoire de désir sexuel ?

C'est un problème !

Je suis d'accord.

Je ne connais pas de filles. Et toi ?

Moi non plus. Juste des cousines.

Le désir n'est qu'un appétit,

et l'acte sexuel calme cet appétit.

- Comme un sandwich ? - Exactement.

- C'est pas si bien, le camping... - Arrête de geindre. Mange.

Ça te fait quelque chose, les cloches ?

Oui, ça me fait de l'effet.

Quoi ? Quel effet ?

Je sais pas. Quelque chose.

Et toi ?

Tu sens quelque chose ?

Oui, je me sens bizarre.

C'est-à-dire ?

Mouillé !

Tu disais que tu ressentais quelque chose.

Quand ?

- Ces cloches. - Ah oui.

Alors ?

Tu sentais quoi ?

Dieu seul sait !

Je n'avais jamais eu d'ami.

Tu es mon premier ami.

- Une belle balade. - Oui.

- Tu veux voir ma chambre ? - Ça oui !

Laisse ton vélo.

Encore un étage.

Tu les as prises ?

Où est-ce ?

Chez ma cousine...

Ça, c'est en Italie.

C'est beau.

J'aime bien ta chambre.

Ma collection.

Voyons-la dehors.

C'est fantastique !

Si tu la prenais ?

Comment ça ?

Garde-la.

C'est un cadeau.

Mon ami Hans. Ma cousine Gertrude.

Ils sont beaux !

Tu dirais ça ?

Je l'ai dit !

Ils ont le crâne en bois.

Tu trouves ?

On peut être beau et avoir un crâne de bois !

C'est-à-dire ?

Pas intelligent.

- Le contraire de vous ? - Exactement.

Entrez aux Jeunesses Hitlériennes

pour qu'ils profitent de vos dons !

Où vas-tu cet été ?

En Sicile, je crois. Et toi ?

À Baden-Baden.

Où allez-vous ?

On va en Suisse.

Ah oui ?

À votre place, je me méfierais.

Les Juifs riches

y vont pour se gaver

de fromage.

Hans est juif.

- Vous êtes juif ? - Oui.

Vous n'en avez pas l'air.

Ah non ?

Voilà pourquoi vous n'êtes pas aux Jeunesses !

Tu aimes les Nazis ?!

C'est plutôt excitant, ce nouvel état d'esprit

en Allemagne.

On le sent partout.

En tout cas, ils se battent

pour l'Allemagne. J'en suis sûre.

Papa aussi. Et maman.

Les voilà. Je me sauve.

Vous êtes vraiment juif ? Vous n'en avez pas l'air.

J'ai pas l'air juif ?

Je ne trouve pas.

Ça a quel air, un Juif ?

C'est chez les Bauer !

Qu'y a-t-il ?

- Un drame ! - Quoi ?

Les enfants... Ils sont morts.

Morts ?

Comment ?

C'est un accident.

Ce n'est la faute à personne...

C'est horrible !

Je connaissais ces enfants.

C'est affreux.

Dieu n'existe pas !

C'est impossible !

Ces catastrophes... Il y en a eu de tout temps.

Et alors ?

Comment Dieu a pu laisser mourir ces gosses ?

Qu'y peut-il ? C'est le sort !

- Alors il s'en fiche ? - Mais non !

Dieu n'existe pas !

S'il existe, il est tout-puissant

et alors il est monstrueux...

Et s'il est sans pouvoir, il est inutile.

Trop facile.

Où est la vérité alors ?

Tu peux excuser la mort de ces gosses ?

Tu oses m'accuser de l'excuser ?

- Ecoute-les crier ! - Dieu n'a rien fait.

Si ! Il les a laissés mourir.

Il y a du bien dans ce monde.

Je sais.

C'est étrange...

Il n'y a personne à la barre.

Il n'y a pas de responsable.

Si. Il faut bien.

Tu vas bien ?

J'ai parlé au pasteur de ce que tu m'as dit, sur Dieu.

Je voulais son avis.

Et alors ?

Il dit que tu as blasphémé.

Tu le crois aussi ?

Une Allemagne libre ou bien une colonie française ?

C'est gratuit.

Hitler ou la destruction !

Ce journal est interdit.

Que penses-tu des nazis ?

Pas grand-chose.

Garçon !

Ils n'ont pas d'idées.

Ils aiment marcher au pas.

Des brutes.

Des primaires !

Deux bières, s'il vous plaît.

Et Hitler ?

Lui, il délire...

Tu es d'accord ?

Ça me fait peur.

Hitler est le grand vainqueur des élections au Reichstag.

Avec 13 750 000 voix, son parti gagne 123 sièges de plus,

passant de 107 à 230 élus.

Comme tu es élégant !

Tu es content ?

Oui. Merci beaucoup.

Tu as ton billet ?

Voilà.

Merci encore.

Qu'y a-t-il ?

Qu'y a-t-il ?

- Ça va bien ? - Oui.

C'est rien... J'ai eu un cauchemar.

Quel cauchemar ?

Juste un mauvais rêve.

Reste ici aujourd'hui.

Non, ça va.

- Quelle heure est-il ? - 7 h.30.

Et l'Opéra ?

Je suis pressé.

Pourquoi tu ne parles pas ?

- Je comprends pas. - Ah non ?

Pourquoi tu m'as ignoré ?

Oui ! Je te fais honte ?

Jamais de la vie.

Je ne supporte pas d'être humilié !

Je n'essaie pas de t'humilier.

Tu es mon ami et tu le sais !

- Mon seul ami. - Tu m'as évité.

- Je ne t'ai pas évité. - Oh ça va !

Tu m'as ignoré. Pour ne pas avoir à me présenter. Pourquoi ?

Je vais t'expliquer.

Ça va pas te plaire.

Tu es juif.

Ma mère hait les Juifs.

Je n'ai pas osé te présenter. Elle t'aurait insulté.

Elle est d'une famille de haute noblesse.

Pour eux, les Juifs n'existent pas.

L'écume de la Terre, des intouchables.

Elle les déteste,

elle a peur d'eux.

Elle n'a jamais parlé à un Juif.

Si elle était mourante, elle refuserait

que ton père la soigne.

Elle te hait encore plus d'être mon ami.

Pour elle, tu m'as corrompu.

Tu es le diable,

un diable juif et bolchevik !

Je me suis battu pour chaque heure passée

avec toi.

Et ton père ?

Lui, il a choisi l'humour.

Il t'appelle le Petit Moïse

et me traite d'enfant.

Je vois.

Il dit que le problème juif sera réglé tôt ou tard,

que ça se résoudra tout seul.

Comment ?

J'en sais rien.

Qu'est-ce que c'est, le problème juif ?

Me regarde pas comme ça.

Est-ce que c'est ma faute ?

Suis-je responsable de mes parents ? Et du monde entier ?

Mûris ! Regarde en face !

Affronte la réalité.

Tout ça, j'aurais dû te le dire avant,

mais j'ai été lâche.

Je voulais pas te blesser.

Essaie de comprendre.

Oui, tu as raison.

On doit affronter la réalité.

Il fera chaud en Sicile ?

Oui, très chaud.

Mais il y a la mer,

je pourrai me baigner.

Comment est-ce, en Suisse ?

Moins chaud.

Restons amis.

Ne laissons pas tout ça abîmer notre amitié.

Alors on reste amis ?

Oui, bien sûr... Naturellement.

Bonnes vacances.

À septembre.

Bonjour, Hans, ça va ?

Très bien, merci.

Et la Suisse ?

Très jolie.

Du bon fromage.

Je suis le nouveau maître d'histoire.

Messieurs...

Il y a histoire

et histoire.

Celle de vos manuels

et celle qui se prépare.

Vous connaissez la première

mais pas la seconde,

car les forces des ténèbres essaient de vous la cacher.

Appelons-les forces des ténèbres pour l'instant...

Elles sont à l'œuvre partout...

En Russie,

en Amérique,

et même dans notre patrie.

Ces forces du mal,

destructrices,

visent à saper nos valeurs morales

et notre héritage national.

Moi...

Je me propose

de consacrer du temps

à cette période de notre histoire. Je suis...

persuadé

qu'elle annonce le reflux de la marée.

L'obscurantisme a suivi la chute de Rome.

Mais est-ce un hasard

si la Renaissance a suivi l'arrivée des empereurs germaniques ?

Non, c'est sans doute le sang allemand

qui a fertilisé le sol italien laissé à l'abandon.

Est-ce une coïncidence

si une civilisation supérieure est née

dès la venue des Aryens ?

Strauss ! Attends !

Lis ça.

Ote ça.

Enlève ce papier.

Lis-le.

À voix haute.

Très bien.

Je vais le lire.

"Les Juifs ont ruiné l'Allemagne !

"Peuple, réveille-toi !"

Rentre donc dans ta Palestine, youpin !

Que se passe-t-il ?

Il m'a attaqué.

- Vous l'avez attaqué ? - Oui.

Pourquoi ?

- Il m'a insulté. - Que vous a-t-il dit ?

De rentrer en Palestine.

Ce n'est pas une insulte, c'est un conseil judicieux et amical.

Un peu de patience.

Regagnez vos classes.

L'ordre règnera dans ce pays,

et je le ferai régner ici.

Ramassez ça.

Nous ne voulons pas voir de saletés ici, n'est-ce pas ?

Nous sommes chez nous !

C'est honteux !

Partez !

Fichez-nous la paix !

Assieds-toi.

Nous devons te parler. Ça va être un choc...

Mais ça doit être dit et ça doit être fait.

Nous avons décidé de t'envoyer en Amérique,

juste quelque temps, pour laisser passer l'orage.

Tu vivras chez ton oncle à New York.

Il veillera sur toi et t'inscrira en fac.

Ici tu ne pourrais pas. Tu le sais, tu n'es pas idiot.

Nous restons ici.

Nous te rejoindrons plus tard.

Je t'en prie, accepte.

Je t'en prie, ne dis rien.

Tu as une place sur le "Bremen" qui part le 19 janvier.

Quand pars-tu ?

Demain.

Tout ça est moche.

Mais ça vaut mieux, pour l'instant.

Il va y avoir une certaine effervescence ici.

On veut une nouvelle Allemagne.

Je dois te le dire.

Je crois en Hitler.

Je l'ai vu à Münich.

Il m'a impressionné.

Il est totalement sincère.

Il a une telle... passion !

Il relèvera notre pays.

Il est notre seul espoir.

Tu pourras revenir d'ici un an ou deux.

On a besoin de gens comme toi.

Le Führer fera le tri entre les bons Juifs

et les Juifs indésirables.

Tu m'as beaucoup appris.

À réfléchir !

C'est vrai.

Je t'assure.

Bonne chance.

Excusez-moi... quelqu'un parle anglais ?

Que fait-on dans cette maison ?

C'est le Service des Impôts Spéciaux de Stuttgart.

Vous désirez ?

Des renseignements sur une famille qui vivait ici.

Les Lohenburg... Avant la guerre.

Un problème fiscal ?

Non... Que sont-ils devenus ?

Aucune idée.

- Qui peut me renseigner ? - Là-haut, peut-être.

Bonjour.

La famille von Teining habite toujours ici ?

La comtesse von Teining und Lizen, oui.

La comtesse est là ?

Oui, elle est ici.

Voulez-vous lui donner ma carte ?

Par ici.

Un moment, s'il vous plaît.

Veuillez entrer.

Merci de me recevoir.

Je ne crois pas vous connaître.

Il y a bien des années.

- Mais vous êtes américain ! - Oui.

Nous nous sommes vus là-bas ?

Non. Ici, dans cette maison.

Dans cette maison ?

Asseyez-vous.

Je suis venu avec Konrad von Lohenburg.

Qui cela ?

Konrad von Lohenburg.

Votre cousin.

Quand était-ce ?

En 1932.

Le bon vieux temps.

Je ne me souviens pas de vous.

Ça ne m'étonne pas. J'étais un gamin sans importance.

Et ça fait bien longtemps.

Que faisiez-vous en Allemagne, en 1932 ?

J'habitais ici avec ma famille.

Mais vous êtes américain !

Je suis devenu américain. J'ai quitté l'Allemagne en 1932.

Pourquoi ?

Je suis juif.

C'est mon premier voyage ici en 55 ans.

Que puis-je pour vous ?

J'étais un ami très proche de Konrad von Lohenburg.

Ah oui ?

Qu'est-il devenu ?

J'aimerais le savoir.

A-t-il survécu à la guerre ?

Je ne souhaite pas aborder ce sujet.

Je crois que votre séjour ici sera instructif.

Veuillez m'excuser.

L'hôtel am Schlossgarten.

Montez par là !

Non, montez !

J'ai dit stop !

Mon père s'est battu pour l'Allemagne. Il est mort ici.

Vous comprenez pas ?

Enchanté.

- J'ai téléphoné. - Je sais.

Asseyez-vous.

J'ai vu peu d'"anciens" aussi anciens que vous.

Aucun, en fait !

Mais c'est une autre école !

Elle a été détruite.

Je veux dire... Il y a des filles !

Oui, bien sûr. Vous n'étiez pas revenu ?

Pas depuis mon adolescence.

J'ai perdu tout contact jusqu'à aujourd'hui.

Je n'ai pas lu un livre ni un journal en allemand...

Je n'ai pas prononcé un mot d'allemand depuis lors.

Vous vous intéressez à la classe de 32 ?

Beaucoup sont morts à la guerre.

Nous avons recueilli des renseignements sur eux...

Dans ce livre.

Et nous avons un mémorial. Venez voir.

Où est mort Bollacher ?

Sur le front russe.

Et Erhardt ?

Abattu au-dessus de Londres.

Et Lohenburg ?

Vous ne savez pas ?

Il a été impliqué dans le complot contre Hitler.

Exécuté.

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