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Zulu
...
Musique douce
...
...
- À votre avis, l'inconscient au sens psychologique, c'est quoi ?
Alors ?
- Quelqu'un qui mesure pas ce qu'il fait aux autres.
- Inconscient des conséquences de ses actes ?
- Oui. - Non, mais au sens psychologique.
- C'est comme
quelqu'un qui est dans le coma.
Rires
- Vous vous surpassez !
Vous semblez fatigué.
...
D'autres sens. Vite, plus que 10 mn.
Tiens !
Mlle Tessier !
- Mathilde, s'il vous plaît. J'aime pas qu'on m'appelle par mon nom.
- Vous avez 45 mn de retard.
Et encore, vous aviez maths à 8 h.
Mais vous êtes plus exacte que d'habitude.
À quand remonte votre dernière visite
à mon cours ?
À plus de 15 jours. 17, pour être exact.
Vous pourriez attendre que je vous y autorise,
pourvous asseoir.
La seule chose
que vous trouvez à dire
c'est de ne pas vous appeler par votre nom.
Et à vous, l'inconscient, ça dit quoi ?
Carpentier ?
- Elle vient d'arriver. - C'est juste.
Mais pensez-vous que Mlle T...
Pardon. Mathilde.
Pensez-vous que Mlle Mathilde saurait répondre
si elle avait été à l'heure ? - C'est peut-être pas sa faute.
- Ah ! Mlle Mathilde, quelle terrible catastrophe
justifie donc votre retard et vos nombreuses absences ?
Prenez la porte, mademoiselle.
Vous ne reviendrez que quand vous le saurez.
La porte claque.
Notez.
En préparation des cours prochains,
vous chercherez comment les Classiques,
puis Bergson,
puis Freud,
définissaient l'inconscient.
Brouhaha
...
Il démarre.
Sonnerie
...
- Qu'elle est pâle.
- Que se passe-t-il ?
- Elle pleurait puis s'est évanouie.
- On l'emmène à la police ? - Non, je vais m'en occuper.
- Vous êtes professeur ? - Oui, madame.
N'ayez pas peur.
(-J'ai pas peur.)
- Je vais vous ramener au lycée. - Non, non. Chez moi.
- Où est-ce, chez vous ?
(-Je vais vous montrer.)
- Relevez-vous, je vais vous aider.
...
...
...
Vous avez un médecin ?
- C'est pas grave, il faut juste que je dorme un peu.
- Je ne peux pas vous laisser ainsi.
Je reviendrai tout à l'heure, après le cours.
- Les clés dans la poche.
Fermez à double tour.
- Besoin de rien ?
Verrou
Brouhaha
...
- Motif de ton absence ? - Médecin.
- Justification ? - Non.
- Ton carnet ? - Non plus.
- Chez M. le proviseur.
Ça va ?
- Comment vas-tu ? - Ça va.
- Tu as le dossier de Mlle Tessier ? - Des problèmes ?
- Non, c'est rien, c'est de ma faute. - Voilà.
- Merci.
Quel âge elle a ? - 17 ans.
- Et ses parents ?
- Ils habitent Paris. Le père est médecin, la mère, antiquaire.
Elle est chez nous depuis janvier dernier.
- On n'a pas son dossier de Paris ?
- Non. J'ai pourtant écrit 2 fois.
- Pourquoi est-elle venue ici ? - Mlle Tessier est secrète.
- Pas de famille avec elle ? - Non.
- Elle vit seule ? - Sans famille, c'est certain.
- Comment elle est passée en terminale avec un tel dossier ?
- Grâce à Fleurier, son prof de français.
La discussion sur son cas a duré plus d'1 heure. Y a eu vote.
Les représentants des élèves et 1 ou 2 profs ont gagné.
Clavier
...
- Qu'est devenu Fleurier ?
- Dépression. L'administration a accepté son changement d'urgence.
- Que penses-tu d'elle ?
- C'est un drôle de phénomène. Tu t'intéresses à elle ? Méfie-toi.
- Pourquoi tu me dis ça ? Je peux garder le dossier ?
- Oui, mais le proviseur en a besoin demain.
...
*-Cabinet du docteur.
- Bonjour. Ici, M. Hainaut. Est-ce que le docteur...
- Je vous assure que c'est pas la peine.
Restez pas planté là. Asseyez-vous.
- Vous allez mieux ?
- Merci pour tout. J'avais pas dormi de la nuit.
- Je regrette de vous avoir fait pleurer ce matin.
- C'était pas à cause de vous. Ça m'arrive quand je pense à ma vie.
Douche
...
Vous allez pas partir !
- On m'attend.
- S'il vous plaît. J'ai un peu peur de rester seule.
Ça vous est arrivé d'avoir besoin de parler ?
Bon. Vous bougez pas, hein ?
C'est mon dossier ?
- Vous m'intriguez. - Ça veut dire que j'existe.
- Pourquoi avez-vous quitté Paris ?
Alors ?
- Ma mère. J'en avais marre d'aller la voir à l'hôpital tous les 2 mois,
à chaque fois que c'était fini avec son nouvel amant.
- Qu'avait-elle ?
- Tentative de suicide.
Mon père s'est inquiété.
Entre me laisser seule à St-Étienne ou seule avec elle, il a choisi.
- Y avait pas plus proche ? - Vous ne la connaissez pas.
- Votre père est médecin ?
- Psychiatre. Je suis une enfant de la révolution manquée.
En 68, le prolétariat a déçu mes parents. Qu'ont-ils trouvé à la place ?
La philosophie hindoue.
Le monde, l'existence, tout n'est qu'illusion.
Vous devez connaître ça, vous, l'illusion, la Maya.
Il ne s'est plus occupé de rien, enfin, de ce qui l'embêtait. Nous, par exemple.
Elle, c'était le détachement.
Un détachement tel, qu'elle veut trouver son Dieu tous les 2 mois.
Blague à part, lui, il est gentil.
Mais elle, c'est une dingue et une salope.
- Les termes sont contradictoires.
- Pas chez elle.
- Et vos 2 frères ?
- Combien de fois par mois vous baisez avec votre femme ? Ou par an ?
Pardon.
- Pourquoi ? De quel droit serais-je le seul interrogateur ?
- Votre femme fait quoi ?
- Elle dirige sa librairie.
Et elle écrit des articles pour le quotidien régional.
- Elle vous aime ?
- Bien sûr. - Pas d'histoires ! Je connais
pas mal de couples...
Téléphone
...
...
...
...
...
Je vous invite à dîner.
- On m'attend.
- Téléphonez.
N'ayez pas peur, je n'ai plus de larmes à verser.
Vous avez été gentil avec moi. Ça se faisait rare.
*-Vous êtes chez les Hainaut,
*nous sommes absents, vous pouvez laisser un message.
*Bip sonore
- Catherine, je rentrerai plus tard,
vers 22 ou 23 h. T'inquiète pas.
Je t'embrasse.
- On y va ?
- Pourquoi en vouloir
à vos parents ? On est tous des enfants
et c'est dur de voir ses illusions s'écrouler.
- Ils m'ont faite. J'avais rien demandé.
- C'est pas facile d'avoir des enfants.
- C'est pour ça que
vous en avez pas ?
- Écoutez, vous avez assez gâché votre scolarité.
J'aimerais que vous ne pensiez plus à vos problèmes,
et que vous travailliez.
- Pour quoi faire ? On naît, on s'agite et on meurt.
- La culture et les diplômes vous aideraient à vous agiter mieux.
- Vous y croyez ? - Sinon, je ne ferais pas ce métier.
Et puis, la vie est plus riche que la représentation qu'on peut en avoir.
Le désespoir est une forme d'orgueil.
Déguisé.
- Je sais pas si c'est de l'orgueil,
mais quand on l'a attrapé, ça fait mal.
Musique douce
...
- Vous êtes jeune.
Apprenez à être vierge devant tout ce qui peut arriver.
...
Gardez votre argent, vous n'avez rien mangé.
- J'ai jamais eu beaucoup d'appétit. Et vous m'intimidez.
...
Moteur
...
...
Je vous aime bien.
...
Vous êtes comme moi, vous êtes seul.
- Pourquoi vous dites ça ? J'ai une femme, des amis, des élèves.
...
Et vous ? Vous n'avez pas de petit ami ?
...
- Me lier à quelqu'un que j'aurai oublié dans 10 ans ?
...
Et les illusions des autres me font perdre les miennes.
- Que voulez-vous dire ?
- C'est pas assez clair ?
- Vous êtes curieuse.
Il est rare de rencontrer une fille de votre âge aussi désenchantée.
...
J'allais dire "lucide".
...
Promettez-moi quelque chose :
ne vous absentez plus, travaillez et vous aurez le bac.
- Si ça vous fait plaisir.
- Ce serait bête de gâcher votre existence.
- Vous entrez ?
- Non.
- Merci de m'avoir aidée.
- Arrivez tôt, j'ai donné du travail.
Catherine !
Rembobinage
*-François, c'est Catherine.
*Je suis tombée sur un lot avec des raretés.
*J'ai ensuite un article à écrire. Je passerai la nuit à l'hôtel.
*Je t'embrasse très fort. À demain.
*Tonalité
*-Mme Hainaut pourrait-elle rappeler M. Raphaël
*au 77.25. 1 1.88...
Chouette
(-Tu me manquais.)
- Et ton article ? (-Réveille-moi demain de bonne heure.)
Corbeaux
Moteur
Brouhaha dans le couloir
...
On frappe.
- Terminale 3 ? - OUI !
Légers bavardages
...
AU REVOIR. - Au revoir.
On frappe.
- Oui ?
- Excusez-moi, j'ai été retenue par le prof de maths. Vous m'acceptez ?
- Oui.
Bon ! Alors, cette notion d'inconscient ?
Vous y avez réfléchi ?
Briseville ?
Je sens que Briseville a quelque chose à dire.
Rires discrets
Toujours dans le coma ?
...
Personne d'autre ?
- Monsieur. - Oui.
- Les Classiques et Bergson.
Pour eux, l'inconscient n'existe pas.
C'est l'ensemble des souvenirs
qu'un effort de mémoire suffit à rappeler.
Pour moi, le seul intéressant, c'est Racine :
Phèdre ou Pyrrhus, sous l'effet de la passion,
sont dominés par des forces qui les manipulent.
Ils sont comme possédés. Pour Racine, c'est Dieu qui agit.
Mais les forces que ce Dieu utilise
sont les mêmes que celles de l'inconscient freudien.
- Mlle Mathilde, prenez ma place.
- À la fin du siècle dernier, il y a Freud.
Il met en forme l'idée d'inconscient à partir de son expérience médicale.
L'inconscient, ce sont des souvenirs,
ou représentations refoulées, ignorés du sujet
qui réapparaissent sous la forme du symptôme.
Les gens sont agis par des forces, des sentiments qu'ils ignorent,
comme dans la névrose de destinée.
- C'est-à-dire ?
- Certains sont prisonniers de leur destinée
et rencontrent toujours les mêmes drames.
Ils sont le jouet de la fatalité.
Pour la psychanalyse, ils sont prisonniers de leur inconscient.
- C'est quoi, la psychanalyse ?
- Au début, Freud essaie de soigner les hystériques,
les malades atteints de troubles.
En fait, ces gens sont prisonniers
de désirs refoulés et interdits, donc inconscients.
Peu à peu, Freud arrive à vaincre
les résistances du malade.
Le souvenir traumatisant devient conscient,
le malade en parle et le symptôme disparaît.
- Ça marche à tous les coups ?
Musique douce Sonnerie
... ...
... Applaudissements
... ...
- Je vous donnerai le sujet de la dissertation demain.
...
Mlle Mathilde, je voudrais vous voir.
...
- T'as été fantastique. Tu m'expliqueras...
Brouhaha
... - Mademoiselle.
Vous avez été remarquable. - Mon père est psychiatre.
- C'est une culture que vous avez parfaitement digérée.
Carpentier !
J'ai un mot à dire à votre camarade.
Vous savez qu'il y a une réunion
à votre sujet ? - La prof de maths veut me faire vider.
- Y a pas qu'elle.
Vous m'avez rendu aucun devoir. - Vous y allez ?
- Oui, à 15 h. Vous serez encore là après ?
- Non, mais vous pouvez appeler pour me dire. On peut se voir chez moi.
- Vous me promettez de vous y mettre sérieusement ?
- Pour vous je veux bien.
- Comment ça, pour moi ?
- Salut. - Salut.
- Bonjour, tu vas bien ? - Ça va.
Bonjour, mesdames. - Bonjour.
- Je vous apporte ce dossier dans une demi-heure.
- Bonsoir, entrez.
- M. le proviseur. - Monsieur.
- Bonsoir.
- Alors... que fait-on de cette gamine ?
(Inaudible)
(-Faut lui donner une dernière chance.)
(Je compte sur toi.) - M. Hainaut. Mme la conseillère.
- Qu'on lui laisse une chance. - Impossible, en anglais,
elle n'a pas ouvert la bouche. Elle n'a fait aucun effort.
Discussion vive
...
- J'ai obtenu un délai jusqu'à Pâques.
Je me suis engagé. Je vous aiderai.
Vous êtes nulle en anglais ?
- Je le parle depuis mes 5 ans. J'ai passé mon enfance à Londres.
- Vous ne parlez jamais en cours ?
- Pour quoi faire ? Le guignol devant une imbécile nulle ?
- Et en maths ? - En maths, c'est autre chose.
- On va s'y mettre maintenant.
En A, on vous demande pas grand-chose. Votre bouquin.
- J'en ai pas. - Que vous manque-t-il encore ?
Elle rit.
- J'ai rien.
- Même pas un cahier, un classeur ? - Non, j'ai rien.
- Et ça vous fait rire ?
- Quand X est compris entre un demi
et plus l'infini, F' de X est positif, donc F de X
est croissant de 3 quarts à plus l'infini.
- Bien. Prenez le sujet de la prochaine dissertation.
Une fois intégré l'inconscient freudien à la psychologie moderne,
que devient l'idée de la liberté humaine
et quelle place peut-elle occuper désormais ?
- Tu crois pas
que tu vas un peu vite ?
Choc contre la vitre
- Vous avez entendu ?
... - Tu peux me tutoyer, tu sais.
(-Noé.)
- Laisse tomber. - On appelle Noé.
- Noé !
- Noé, c'est vous je suppose ?
- Mon père m'appelle comme ça.
...
Il ferme la porte.
- Qui c'est, ce type ?
(s'énerve) Qu'est-ce qu'il te voulait ?
- Des sous. C'est un ami d'enfance.
- Alors il vient de Paris ? Que fait-il dans la vie ?
- Rien.
- Il vit de quoi, alors ?
- Je suis pas sa mère.
- Pour lui donner de l'argent, tu te caches ?
- Bon, on se remet au travail ?
À demain, alors !
Porte
Pas à l'approche
- Tu sais ce qu'on m'a demandé
à la librairie ?
Tu vas pas bien ?
- Mais si.
Alors ? À la librairie ?
- On veut ton livre,
"La philosophie mystique chez Simone Weil" par François Hainaut.
Tu vendrais un de tes derniers exemplaires ?
- Qui t'a demandé ça ? - Un jeune homme.
Téléphone
...
Oui ?
Allô ?
Allô ?
*-Bonsoir. Je pourrais parler à M. Hainaut s'il vous plaît ?
- Ne quittez pas.
C'est pour toi.
- Oui ?
*-Je voulais juste te dire bonsoir.
- Bonsoir.
Comment tu as eu
mon numéro ?
*-Dans l'annuaire. Je vais me coucher. Je t'embrasse fort.
* Bien bien fort.
- Bonne nuit.
Elle raccroche.
- Alors ton livre ?
Tu as des ennuis ?
Dis-moi ce qui te préoccupe.
- Rien ne me préoccupe.
- Qu'a-t-elle de particulier ton élève ? - Laquelle ?
- Celle que tu tutoies.
- Tu sais, j'ai pas grand-chose à dire, hein.
- Raconte quand même.
- C'est une gamine assez étonnante.
D'abord, tu te dis qu'elle serait mieux ailleurs que dans une classe,
puis tu tombes sur une fille surprenante.
Parfois, dans tes copies, tu tombes sur un passage brillant,
ça te redonne confiance dans le métier.
Tu finis par donner une note excellente,
sous l'exaltation du moment.
Là...
pour la 1re fois de ma vie, j'ai l'intuition d'avoir rencontré
un personnage... de réelle exception.
Voilà une fille qui, à 17 ans,
a le sens profond de la dérision des activités humaines.
Avec une intelligence aigüe de l'essentiel.
- Elle est si brillante que ça ? - Avec des lacunes énormes !
En orthographe, en maths, mais d'une manière superficielle.
Au début, je l'ai aidée pour éviter son renvoi.
- Et bercé par l'enthousiasme pédagogique, tu l'as tutoyée.
- Non, après seulement.
Je veux la pousser plus loin sur le chemin des idées,
dans la voie de la sagesse.
- Tu ne fais plus ça avec moi.
- Tu n'en as plus besoin !
- Tu n'es pas amoureux d'elle ? - Tu es bête.
- Promets-moi que ça t'arrivera pas. - Tu es bête.
J'ai jamais été porté sur les gamines.
C'est toi la femme de ma vie.
Téléphone
...
- Oui ?
On raccroche. Allô ?
Téléphone
...
Allô ?
On raccroche.
- Qui c'était ?
Téléphone
...
- Vas-y, toi.
...
...
(agacé) - Allô !
*-Bonjour. - Oh, bonjour.
Tu vas bien ? Tu as bien dormi ?
*-Oui. - Tu as besoin de quelque chose ?
*-Juste te dire bonjour. Je t'embrasse. À tout de suite.
- À tout de suite.
- C'était ta gamine d'hier soir ?
Dis-lui de pas raccrocher au son de ma voix.
- Pourquoi ce serait elle ?
Encore
1 heure et demie.
...
(C'est bien, mais c'est bourré de fautes d'orthographe.)
Musique douce
...
...
Écoute, franchement ! Là ! Là ! Là !
T'as rien pour effacer ? - Là !
- Alors c'était toi ?
- J'ai commencé à le lire. C'est beau.
"Dieu attend comme un mendiant, immobile et silencieux,
"devant quelqu'un qui, peut-être, va lui donner du pain.
"Le temps est l'attente de Dieu qui mendie notre amour.
"Les mendiants qui ont de la pudeur sont ses images."
- Le philosophe est l'homme de la cité : un citoyen qui ne peut pas
exister sans cette notion de polis. Politique : expression de la polis.
L'homme est un homme quand il appartient à la cité et se définit
comme citoyen.
- Personne sait pourquoi Mlle Tessier est pas là ?
- NON.
- Je peux continuer mon exposé ?
- Oui, oui.
- Les Grecs...
Conduite nerveuse
Il frappe.
- Mathilde !
Mathilde ?
...
Le moteur tourne.
...
Il coupe le moteur.
(Inaudible)
(...)
Coups
C'est quoi ce bordel ?
Pourquoi
t'es pas venue ce matin ?
Me dis pas que t'étais malade ! - Crie pas, on va t'entendre.
(crie) - Eh ben on m'entendra !
Fracas
...
Qui c'est, ces mecs qui sortent d'ici ?
- T'es jaloux ?
Je suis contente.
- Ils ont passé la nuit ici ?
- Te fâche pas, ça arrive souvent.
- Tu te fiches de moi ?
Pluie discrète
...
(-Viens, n'aie pas peur.)
...
Chants d'oiseaux
...
Musique douce
...
...
J'avais plus ressenti ça depuis mon enfance.
...
Quand X est compris entre moins l'infini et un demi,
F' de X est négatif.
Elle chuchote.
- On se revoit demain à 8 h ?
- Tu veux pas rester ? - Non, il faut que je rentre.
Chants d'oiseaux
...
Tu es là ? - Oui, tous les soirs.
Tu vas bien ? Tu t'occupes toujours de ta lycéenne ?
- Que veux-tu dire ?
- Tu es amoureux d'elle ? - Pourquoi tu dis ça ?
...
C'est le coup de quelqu'un qui m'en veut !
- Nous sommes heureux
du rétablissement spectaculaire de Mlle Tessier.
Sur ce, je vous souhaite de bonnes vacances.
- MERCI. - Vous aussi.
- Au revoir M. le proviseur.
Au revoir. - Vous aviez raison.
Mathilde a fait des progrès exceptionnels en anglais.
- C'est étonnant, mais bravo. - Merci. Au revoir.
- M. Hainaut. - Oui ?
- On est vraiment contents de ce que vous avez fait pour Mathilde.
- Quoi donc ?
- On avait tous peur. On croyait qu'elle allait sombrer.
Elle s'est reprise grâce à vous. - Grâce à elle !
- Au revoir. Vous partez en vacances ?
- Non. - Bonnes vacances tout de même.
- Bonnes vacances.
- Bravo !
Tu pars avec Catherine ? - Non.
- T'as l'air changé. - En bien ?
- J'ai du mal à te reconnaître. T'as besoin d'aide ?
- Qu'imagines-tu ? Je te dépose ? - Encore un coup de fil, attends-moi.
- François !
François !
(-Tu es folle.)
(Tu es folle.)
(T'es folle.)
Que fais-tu là ? - J'ai envie de faire l'amour.
- Tu veux savoir ce qu'ils ont dit ? - Je m'en fous.
Il rit.
(-Et si on nous voit ?)
(-On y va ?)
Il démarre.
...
- Je suis content : durant les 2 semaines, on va rester ensemble.
On peut s'en aller à la campagne, il fait beau.
- Je commence à avoir besoin de toi.
Téléphone
...
...
Allô ?
*-Bonjour Noé.
- Salut. Qu'est-ce qui se passe ?
*-Ta mère a recommencé. Elle est à l'hôpital.
*Faut que tu viennes. Tu me promets ?
- Oui. *-À demain.
- D'accord. *-Je t'embrasse.
- Je t'embrasse.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ma mère a encore essayé de se tuer. C'était mon père.
- Tu crois que c'est sérieux ?
- Si c'est lui qui appelle, oui.
- Tu vas y aller ?
Je peux venir, si tu veux. Je suis libre dans 2 jours.
Tes frères sont prévenus ?
- On sait pas où les joindre. Ils sont partis en Colombie puis en Inde.
Depuis, on sait pas ce qu'ils sont devenus.
- C'est quoi cette histoire avec la police ?
- Ils avaient 15 ans. C'étaient des dealers pour avoir leur dose.
Ils se sont fait choper et on les a forcés
à partir en désintoxication.
- Ton père n'a rien vu ?
Et toi, dans tout ça ? - Moi ?
J'avais 11 ans, j'étais comme eux.
- Tu te droguais aussi ?
- C'est eux qui m'ont initiée.
- Tu t'es pas fait prendre par la police ?
- J'avais 11 ans ! Ils se sont pas doutés.
- Comment tu as fait quand ils sont partis en cure ?
- Je me suis prostituée.
Je suis rentrée dans un réseau. Y avait d'autres gamines.
C'étaient des hommes qui venaient, des fois avec leurs femmes.
Mais faut pas croire que c'était dur ou traumatisant.
On faisait ça comme ça, quoi.
- Ça a duré longtemps ?
- 2 ans... Non, 3 ans.
Et après j'ai réussi à m'arrêter, toute seule.
Je suis très forte pour certaines choses.
Mais sois pas fâché. S'il te plaît. Je t'ai dit ça
parce que je te fais confiance.
Tu comprends ?
- On m'a dit que les drogués devenaient des menteurs,
qu'ils disaient tous qu'ils allaient s'arrêter.
C'est pas vrai ?
- Si.
- Pourquoi ce serait pas pareil avec toi ?
- Je te le jure sur toi.
Je mens pas. Si tu me crois pas, tant pis pour toi mais...
Tu veux mon numéro là-bas ?
Musique douce
...
- Pour quoi faire ?
...
- Attends.
...
...
- Arrête. T'es trop douée pour ça.
...
La porte claque.
Téléphone
...
...
...
...
...
...
...
...
- Ça n'arrête pas depuis tout à l'heure.
On raccroche au son de ma voix.
Tu vois pas qui ça peut être ?
Tu l'as interrogée à propos de la lettre ?
Alors ?
- C'est peut-être toi qui l'as écrite pour me sonder.
- Elle te joue la demoiselle
en détresse ?
- Et toi, la jalouse ?
À ton âge ?
- Salaud !
Téléphone
...
...
Elle pleure.
...
Elle ferme à clé.
Une porte claque.
Écoute, j'en peux plus. J'ai besoin de faire le point.
Il vaut mieux qu'on se sépare le temps des vacances.
Moi, je pars de mon côté, toi, tu fais ce que tu veux.
Mais réfléchis sérieusement. En attendant, je dors à la librairie.
Ces histoires de téléphone devront cesser. Règle ça, ou je m'en charge.
Porte
*Musique calme
* ...
*-Hé !
*Pleurs de femme
* ...
*Musique douce
* ...
- Bon, eh bien, bonnes vacances.
- Merci, vous aussi.
- N'oubliez pas la dissert à la rentrée.
* ...
Il compose un numéro.
...
Ça sonne occupé.
Il raccroche.
Téléphone
...
Allô ?
(Mathilde) *-Bonjour. Tu vas bien ?
- Je suis heureux de t'entendre.
J'ai essayé de t'appeler mais c'était occupé.
*-Tu me manques.
- Et ta mère ?
*-Elle s'est ouvert les veines. Cette fois, c'était sérieux.
*Elle s'est réveillée et tu sais ce qu'elle a dit ?
*"C'était beau, comme un océan immense.
* "Moi, je m'y fondais et c'était doux."
- Tu veux que je vienne ? *-Il vaut mieux pas.
*Un de mes frères est revenu. L'autre, on sait pas où il est.
*Faut que je m'occupe de tout le monde, surtout de mon père.
- Pardonne-moi, j'ai été bête.
*-Tu me manques. - Tu me manques aussi.
*-Faut que je raccroche. Je rentre dès que je peux.
*Faudra que je te parle. Au revoir. Je t'embrasse. Je t'aime.
- Moi aussi. Essaie d'appeler de temps en temps.
Ça fait du bien d'entendre ta voix.
Elle raccroche.
Téléphone
...
Allô ?
*-C'est Mathilde. Tu es seul ? - Oui.
*-Alors va jusqu'à ta porte.
Elle raccroche.
Aboiement lointain
...
Moteur
Aboiements
Pas pressés à l'approche
...
Musique douce
...
J'ai tellement besoin de toi. Comme tu m'as manqué !
...
J'ai eu peur tout à coup. Peur que tu sois plus là.
Là-bas j'arrivais plus à penser à autre chose qu'à toi.
Je tournais en rond. Tout le monde m'était indifférent.
Ma mère à moitié morte et défigurée par la souffrance.
Même mon père et mes frères.
J'arrive plus à me passer de toi.
Flanque ta femme à la porte.
- C'est pas possible.
- Alors quitte-la.
On vivra chez moi. C'est pas grand mais on déménagera, si tu veux.
- C'est pas possible.
- À cause du lycée ?
- Tu as 17 ans. - Et alors ?
- Dans 10 ans, je serai déjà un vieillard.
- C'est quand tu me parles comme ça, que tu l'es.
T'en connais beaucoup des couples qui durent longtemps ?
Regarde autour de toi.
C'est toi que j'aime.
Que tu sois âgé, gros, maigre, malade, ça n'y changera rien.
C'est profond en moi.
De toute façon, où on sera dans 10 ans ? Morts, si ça se trouve.
Toi...
Ou moi.
Je t'aime comme j'ai jamais aimé.
C'est toi qui as fait de moi une femme.
Tu vois pas que je te supplie ?
Il s'approche.
...
- On vivrait de quoi ? D'amour et d'eau fraîche ?
- Ce serait romantique.
Que veux-tu dire ?
- Jamais on n'acceptera qu'un prof de mon âge vive avec une de ses élèves.
En plus tu es mineure.
- Demande ton changement dans une autre ville.
Je ferai semblant d'être ta fille.
Ou je me cacherai.
Je resterai enfermée comme une recluse.
Musique douce
...
Je n'ai plus d'orgueil, pourvu que je reste avec toi tout le temps.
...
- Ça ne durerait pas 2 mois.
...
- Un jour tu m'as dit
que personne pouvait savoir ce que la vie pouvait lui réserver,
que le désespoir était une marque d'orgueil.
Qu'il fallait restervierge devant la providence, alors...
...
Les autres peuvent penser ce qu'ils veulent, on est différents.
Il nous faut notre voie à nous.
...
Aie confiance en moi et en la vie.
...
- Je n'ai pas le droit de te prendre ta vie.
...
- T'as pas le courage de quitter ta femme pour moi.
...
On va faire l'amour une dernière fois.
...
Après, il restera rien. Si on a encore besoin de se voir seuls.
...
... Stridulations
... ...
...
...
- Tu souffres ?
Tu ne la vois plus ?
Ça vaut mieux pour toi. - Qu'est-ce que tu en sais ?
- Ça passera avec le temps.
Tu ne veux pas me parler ?
- Elle voulait que je te quitte.
- Pourquoi tu l'as pas suivie ? C'est à cause de moi ?
À cause de ses 17 ans.
Chants d'oiseaux discrets
...
Brouhaha
...
- Les conversations sont terminées ?
J'espère que vous avez passé de bonnes vacances
et que vous avez fini vos dissertations que Carpentier
se fera un plaisir de ramasser. - Oui, monsieur.
- Je l'ai oubliée, monsieur.
- Pour Nietzsche, la pensée pure n'existe pas.
Et la prétention de la philosophie à énoncer une vérité pure
dans le ciel métaphysique,
est une mystification.
Pour Nietzsche, le métaphysicien, c'est celui qui a choisi la mort.
C'est celui qui veut faire de la métaphysique,
qui aime Dieu, l'idéal, mais qui ne veut pas vivre.
Il ne peut supporter la vie.
Et il s'en débarrasse avec une grande élégance philosophique
pour en inventer une autre qui s'appelle
"l'autre monde", "Dieu", "l'autre vie",
"la Morale" avec un grand "m".
Mais ne nous y trompons pas, toute cette construction philosophique
n'est là que pour cacher cette donnée inconsciente :
je ne peux supporter... Je ne peux supporter la vie,
alors... j'en invente une autre,
tout cela pour des raisons très concrètes, très prosaïques.
Toute cette construction philosophique
n'est là que pour cacher...
une existence misérable,
épuisée,
du philosophe qui a nié
sa propre vie.
Mademoiselle !
Mathilde !
- Pardon, vous me parliez ? - Levez-vous, je vous prie.
Vous pouvez répéter mes propos ?
- Non, monsieur.
- Vous ne faisiez pas
attention à moi ? - Si, mais...
vous parliez trop bas. - Restez à la fin du cours.
- Non, je dois voir la conseillère. - Je vous excuserai.
- Je dois aussi voir l'intendant et...
- Je vous donne
un ordre !
Désapprobation, bavardages
...
Je voulais vous parler seul.
- Excusez-moi, monsieur,
mais ce qu'on voulait vous dire,
c'est que l'adresse de Mathilde a changé.
On habite ensemble, chez moi.
- Vous pouvez très bien me parler devant lui :
il me conseille et me prendra toujours en charge.
- Fichez-moi le camp. - Je croyais
que ça vous ferait plaisir.
- Fichez-moi le camp.
- Vous pourriez nous parler plus poliment.
...
Musique douce
...
...
Grincement
...
(-Non, y en a pas.)
Chuchotements
Pas discrets à l'approche
...
...
- Qui c'est celui-là ?
Putain.
- Arrête, laisse tomber.
Vous n'avez pas le droit de frapper les élèves.
Vous pouvez les punir si vous prouvez qu'ils ont tort, mais autrement.
La porte claque.
Téléphone
...
...
...
...
...
...
- Allô ?
On raccroche.
Téléphone
Allô ? On raccroche.
- Qui est-ce ?
- Devine.
- C'est pas possible.
- Ce matin, à 7h50, j'ai reçu un coup de fil.
C'était elle. Elle m'a traitée de garce et de salope.
Elle a promis de me faire la peau.
J'ai eu un message du même genre avant-hier.
Avec les appels la nuit, ça commence à bien faire.
Téléphone - Oh !
...
...
Allô ?
Allô ?
...
- Viens, je t'en prie, j'ai besoin de toi.
Brouhaha
...
... Sonnerie
... ...
Brouhaha
...
- Jeunes gens, on monte.
...
Vous aussi
Mlle Tessier.
...
Je peux te voir une minute ?
Flanque-la à la porte.
Ou change-la de classe.
- Sous quel prétexte ?
Plus que quelques semaines à tenir. T'es plus un gamin.
- Parfois, je me le demande.
Téléphone
- Allô ?
Oui.
M. Hainaut.
C'est votre femme. Elle dit que c'est grave.
- Oui ? Dis-moi ce qui se passe.
Crissement
Verre brisé
...
Que s'est-il passé ? - Deux types en moto.
Ce n'est pas tout :
quand j'ai pris la voiture, quelqu'un m'est rentré dedans avec sa camionnette.
Il semblait m'attendre.
Il a reculé pour me rentrer dedans une 2e fois.
J'ai cru qu'il allait me tuer.
- Des témoins ?
- Non, quand les gens sont arrivés, le conducteur s'est enfui.
- C'était à quelle heure ? - 9 h un quart.
...
Y a pas que ça.
Le patron du journal a reçu des lettres.
On le menace s'il ne se sépare pas de moi.
- Grotesque ! - Oui, mais y a eu 3 alertes à la bombe.
Il retarde la parution de mes articles.
C'est elle.
- À 8 h, elle était au lycée. - Alors ses complices !
Ça peut pas
continuer !
J'en peux plus.
Accélération
...
Crissement
- La terminale A3 a cours de quoi ? - Anglais, salle 112.
Il frappe.
- Mlle Tessier, venez avec moi.
Brouhaha
Alors tu viens, oui ? Contestations
... - Mais monsieur !
...
...
Porte
- Tu vas nous emmerder longtemps ?
- Oui.
Je t'aime, François.
Musique douce
...
Je t'aime.
...
...
...
...
...
- Que veux-tu ? - J'ai oublié mon sac.
- Plus tard. - J'ai plus cours.
- C'est fermé à clé. Attends, on va arranger ça.
- Vous avez vu Hainaut ? Le proviseur veut le voir, avec Mlle Tessier.
Ça fait une drôle d'histoire.
...
- Il doit être dans la salle des profs ou dans une classe.
...
Ou dehors. Suivez-moi.
...
- Y a un prof qui baise une meuf toute nue !
...
- La mère de Mathilde mourut le lendemain et la jeune fille repartit à Paris,
après avoir en vain essayé de revoir François.
Lui, fut traduit devant l'administration, blâmé et déplacé
à Dunkerque, où il fut nommé en hâte.
Catherine, blessée, ne pardonna pas.
Ils se séparèrent. Il lui laissa la maison de St-Étienne.
Mathilde disparut de leurs vies à tous les deux.
...
Près d'un an avait passé.
...
Brouhaha
...
...
Téléphone
*-M. Hainaut, 30 rue des Corderies ? - Oui.
*-Ici l'officier de police Gabaston.
*Vous pourriez passer immédiatement au 6 rue Jean Bart ?
*On vient de retrouver le corps d'une jeune fille, Mlle Tessier.
*Mathilde.
*Allô ? Vous êtes toujours là ?
- Ici, à Dunkerque ? *-Oui, ici, à Dunkerque.
...
M. Hainaut ?
Vous la reconnaissez ?
- Pauvre gamine.
Vous vous rendez compte ?
Elle s'est laissée mourir.
Elle a pris cette chambre y a 2 mois.
Elle sortait pas. Elle voyait personne.
Elle vivait en recluse.
Elle passait toutes ses journées
assise,
regardant
par la fenêtre.
Il soupire.
C'est moi qui lui faisais ses courses tous les 2 jours.
- Le numéro, l'adresse, c'est bien les vôtres ?
Vous la voyiez bien de temps en temps ?
Vous ne saviez même pas qu'elle vivait ici ?
Mais, François, c'est bien vous ?
Alors ? Elle a voulu dire quoi ?
Musique triste
...
...
...
...
...
...
Sous-titrage : Monal Group
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