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Rippé, corrigé et synchronisé par Fingersmaster. Bon film !
5 EST LE NUMÉRO PARFAIT
NAPLES, LE 26 SEPTEMBRE 1972
Quand je regarde les lignes de mes mains,
je vois des rues qui ne mènent nulle part.
Quand j'étais jeune,
une prostituée tunisienne qui travaillait dans le quartier
a lu dans ces lignes que je deviendrais un voyageur.
Depuis, quarante ans ont passé
et je n'ai jamais quitté Naples.
Quel étrange destin, pour un voyageur.
Je n'ai jamais cru aux diseuses de bonne aventure.
J'ai toujours été bien trop occupé
à me concentrer sur l'aspect concret des choses.
La ville qui m'a vu devenir un homme
est devenue avec le temps un souvenir fané.
Descendre encore une fois les escaliers anciens
m'a donné d'étranges frissons.
Quand on demande à un homme de tuer un autre homme,
il faut être certain d'être entre de bonnes mains.
J'étais ces mains.
Si je devais tirer des conclusions, maintenant que je suis vieux,
je dirais probablement ceci :
"J'ai vécu comme on boit un alcool trop fort.
On l'avale, on sent que ça décape,
mais on n'est pas certain d'avoir vraiment compris quel goût ça avait."
Salut, Peppì. Bonsoir.
- Bonsoir. - Pardon, je ne vous avais pas vu.
Je viens pour le cadeau dont je vous avais parlé.
Pour votre fils ?
C'est bien cela.
- Regardez ce bijou. - Il préfère les Smith & Wesson.
Le Semper fidelis.
Il est pas mal, mais aujourd'hui, je voulais quelque chose de spécial.
Peppì, regardez-moi ça. Un Browning 765.
Les finitions sont belles.
Regardez le barillet.
Après 30 ans, c'est toujours une arme moderne. Elle est parfaite.
Elle est pratique et fine.
Facile à cacher.
Qu'y a-t-il ?
Il pleut.
Vous rentrez comment ?
Je prends le bus de 10H26.
J'ai un Erma 22, mais je ne vous le propose pas.
Laissez tomber.
Attendez.
J'ai pensé à celle-ci pour vous, Peppì.
Voilà qui m'intéresse.
CHAPITRE UN LES LARMES DE NAPLES
Tu prends un café ?
Non, papa. Je suis pressé.
Tu n'as rien compris.
Si tu arrives un peu en retard,
tu offres des instants de vie précieux à cette ordure.
Tu comprends ?
Tu passeras pour un gentleman.
Papa, vous êtes un gentleman d'une autre génération.
Cette ordure ne mérite rien du tout.
Il ne mérite pas qu'on lui fasse une fleur.
Que tu es beau, mon fils.
Tu sais ce que dit l'adage ?
"Ce qui nous définit n'est pas ce qu'on mange ou ce qu'on chie,
mais comment on tue."
Et par la grâce de Dieu, mon fils tue comme il se doit.
Et donc, buvons ce café.
Merci.
- Tu le connais ? - Qui ?
Le futur défunt.
Non, mais c'est un mouchard.
Un magicien à la con.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Pourquoi cette tête ?
Je ne suis pas d'humeur.
Quoi ? Tu n'as pas envie ?
Pas vraiment, non.
Je comprends.
Toujours à travailler, qu'il pleuve, qu'il vente, quand il fait beau.
Une fusillade après l'autre.
C'est une vie difficile, mon fils.
Et puis, depuis que ta mère n'est plus là...
Qu'est-ce qu'elle était belle. Un ange.
Jolie comme une fleur.
Ce jour-là, j'ai eu un coup au cœur.
Un coup de foudre.
- C'est comme ça qu'on dit ? - Oui.
Alors, j'ai eu un coup de foudre.
C'était la belle époque.
Pour me fiancer avec ta mère, j'ai dû exterminer toute sa famille.
Tous morts.
Sauf elle. Elle n'a même pas sourcillé.
- Tu connais l'histoire ? - Oui.
Tu la connais.
Papa.
Pardon, Nino. Pardon.
Je ne suis plus moi-même, depuis que ta mère est morte.
Regarde ma main. Regarde, Tonino. Regarde.
Elle tremble.
- Papa, arrête. Je suis déjà déprimé. - Tu as raison.
Tu es sûr que tu ne veux pas de poivrons ?
Non, merci, papa. Je dois y aller.
Je le tue, puis je me couche avec une aspirine.
MISTER X
MISTER X LIT LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET L'AVENIR
MARTINGALES EN TOUS GENRES RENCONTRES DU 3è TYPE
PRIX RAISONNABLES
LES LARMES DE NAPLES
Vous êtes Mister X ?
- Que voulez-vous ? - Un peu de chance.
La nuit dernière, j'ai fait un rêve.
Je vous écoute.
Tout était désert.
Une grande ville, comme Naples.
Mais c'était comme une ville fantôme.
Ensuite, ne me demandez pas pourquoi,
je savais que j'avais un chat mort dans le ventre.
Je sais que c'est une histoire tordue.
Mais j'avais conscience que j'avais ce chat
avec sa fourrure et tout le reste dans le ventre.
Ça me donnait mauvaise haleine.
Puis j'ai vu quelqu'un, je l'ai appelé, mais il n'a pas réagi.
Alors, je me suis mis à courir.
Mais pendant que je courais, ma tête se transformait...
Comment dire, en tête de chat.
Un chat, je crois, je ne me souviens pas.
Et puis je suis tombé.
Je suis tombé et j'ai commencé à rouler.
- Certains rêves sont des présages. - Des présages ?
Ils nous disent ce qui va se passer.
Et puis, il y a des rêves qui sont trompeurs.
Et donc ? Quel type de rêve ai-je fait ?
On va voir.
Il existe une autre catégorie de rêves.
Les rêves qui ne veulent rien dire.
Vous voyez ?
Ce sont de simples rêves.
- Merci, putain. - Ne jurez pas, ça m'horripile.
Et puis, il y a les rêves qui portent bonheur
et ceux qui portent malheur.
C'est ça que je veux savoir, pauvre idiot.
Quel type de rêve ai-je fait ?
- Un chat mort dans le ventre. - Ça veut dire quoi ?
- Une poursuite difficile. - Oui, c'est ça.
Et puis, il y a la question de votre tête qui se transforme.
Elle se transforme. Et donc ?
C'est un rêve qui porte malheur, espèce de fils de pute.
Quel beau petit bijou.
C'est fait. Occupez-vous du père.
CHAPITRE DEUX LA SEMAINE ÉNIGMATIQUE
Une entrée et un jeton pour le téléphone.
Totò, c'est Peppino.
Peppino Lo Cicero.
Ça te dit encore quelque chose ?
La nuit dernière, mon fils est parti travailler et il n'est pas revenu.
Essaie de t'informer. Il s'est passé quelque chose.
Vérifie aussi s'ils sont à mes trousses.
J'ai un mauvais pressentiment.
S'ils ont touché à mon fils, la guerre est ouverte.
Je n'ai pas le choix.
Rendez-vous à la planque. Tu te souviens ?
Totò... il se passe quelque chose.
Le sang appelle le sang. C'est la règle, tu as oublié ?
Je suis Sung Wu-yang. Je n'ai fait de mal à personne.
Vous faites erreur.
ACCÈS INTERDIT DANGER
L'HOMME-CHAT
Nino.
Nino.
C'est pour toi.
Merci, papa, je savais que tu me l'apporterais.
- L'Homme-chat est le plus fort. - Tu n'aimes pas Nebdo Zip ?
- Si, mais l'Homme-chat est génial. - D'accord.
- Un type qui se balade habillé comme ça. - Peppino, ne te moque pas.
Regarde, l'Homme-chat a capturé les méchants.
Il les fait fondre dans l'acide.
- Mon Dieu, qu'avaient-ils fait de mal ? - Ce sont des voleurs.
Des voleurs ? Et pour si peu, il les fait fondre dans l'acide ?
Il n'y va pas de main morte, l'Homme-chat.
Immacolata, tu ne trouves pas que c'est trop violent ?
Ça stimule l'imagination.
Ça stimule l'imagination... Ça va lui donner de drôles d'idées.
Viens, Nino. Écoute ton papa.
Qui sont les ennemis de l'Homme-chat ?
- Les criminels. - Les criminels.
Et il passe son temps à éliminer les criminels.
Exactement.
Et quel est le but ?
- Le but ? - Oui.
- Pourquoi ? - Pour rendre le monde meilleur.
Pour rendre le monde meilleur.
Viens ici. Écoute-moi.
Nino, tu sais que notre planète
fonctionne selon un équilibre biologique très fragile.
Tu sais à quoi servent les insectes ?
- Tu ne sais pas ? - Non.
Les insectes servent à maintenir l'équilibre qui est très fragile.
Comme un fil de soie.
Prenons l'abeille, par exemple. Elle a un dard grand comme ça.
Si elle te pique, ça fait très mal.
Tu te souviens quand tu as été piqué à la bouche ?
Tu te souviens ? C'est désagréable. Extrêmement désagréable.
Mais l'abeille est utile.
Quand elle butine de fleur en fleur pour boire le nectar,
elle transporte le pollen qui sert à faire pousser d'autres fleurs.
Tu comprends ?
Qu'est-ce que tu croyais ? Que c'était un hasard ?
Le monde ne fonctionne pas au hasard.
Toi et tes magazines.
Il y a un mot croisé.
Tu vois les cases blanches ?
Si tu les vois, c'est parce qu'il y a des cases noires.
C'est la magie de l'harmonie.
Ninù, si tu tues tous les criminels du monde,
tu ruines l'équilibre biologique.
- Tu comprends ? - Oui, papa.
Immacolata, ils lui apprennent quoi à l'école ?
Peppino.
Toi ?
Je t'attendais.
J'ai vu de la lumière au milieu de l'obscurité.
Ça ne pouvait être que toi.
- Ça fait longtemps. - Vingt ans.
Je savais que tu reviendrais.
Laisse-moi, Rita. C'est dangereux.
C'est plus dangereux qu'avant.
- Tu es devenu chauve. C'est mignon. - Laisse-moi.
On me poursuit, tu comprends ?
J'ai attendu si longtemps et tu veux que je te laisse ?
- Bordel. - Totò, c'est toi.
Oui, évidemment que c'est moi. Ça va pas la tête ?
- Excuse-moi. - Arrête, Peppì.
On est trop vieux pour ce genre de frayeur.
D'accord.
Salut Totò. Ça fait un bail.
- Toi aussi, tu es devenu chauve. - Tu es toujours aussi gentille.
- Et ton frère ? - Il vole toujours.
- Il entre et sort de prison. - C'est son destin.
- Vous avez fini ? - Où vous allez, Peppì ?
Tu as vu qu'ils étaient venus piller ? C'est la guerre.
Tu comprends ou pas ?
- Tu veux me descendre aussi ? - Donne-moi cette arme, Peppì..
Écoute-moi, femme. Laisse-moi tranquille.
Tiens. Garde ça pour moi, c'est un souvenir.
J'y tiens énormément.
Un magazine ? Tu plaisantes ?
Je suis sérieux. Va te coucher.
Comment ça ?
Si tu ne dors pas, fais-moi un café.
- On se voit dans deux heures. D'accord ? - D'accord.
Tu en veux ?
J'ai pas envie.
J'en ai bien besoin.
Il est mort ?
Oui, Peppì. Ton fils est mort.
Arrête-toi, je dois pisser.
- C'est pour toi. - Qu'est-ce que c'est ?
Un petit cadeau pour ton anniversaire.
Merci. Il ne fallait pas.
Ouvre le paquet.
C'est deux semaines trop tôt, mais c'est le bon moment.
- Incroyable. - Il te plaît ?
Je suis ému.
Je suis content. C'est un beau revolver.
Papa, c'est un Colt Cobra.
Il est fantastique.
Un Colt Cobra 38 Spécial.
Le canon est court, mais c'est sa particularité.
- Qu'en penses-tu ? - La crosse est magnifique.
C'est ce qu'on dit.
Merci, papa. Ça me redonne goût à la vie.
N'exagère pas.
Tu comptes faire quoi, Peppì ?
Tu as quoi en tête ?
- Tu en es ? - Pour faire quoi ?
Tu m'as mêlé à tout ça. Fais-moi le plaisir de réfléchir.
Il faut parler à Don Guarino.
Ton fils travaillait pour Don Guarino. C'est à lui d'arranger ça.
C'est la règle.
Tu sais quoi, Totò ? Tu as peur.
Toi l'intrépide, tu as peur des ombres.
C'est l'avenir qui me fait peur. Très peur.
J'étais heureux à cultiver mes bégonias.
Et puis tout part en vrille.
Tu as fini, Totò ?
473, 474...
475, 476...
477...
478...
479...
480...
481...
482...
CHAPITRE TROIS GUAPPARIA
Voilà deux gangsters à la retraite.
Salut, Totò et Peppì. Que voulez-vous si tard ?
Dis à Don Guarino qu'on est là, crétin. Dépêche-toi.
Qu'est-ce que tu as ? Une tarentule t'a piqué ?
Totò le Boucher et Peppino Lo Cicero sont là.
Demandez à Don Guarino ce qu'on doit faire.
Allez-y.
Bonsoir.
Désolé pour l'obscurité, mais ce sont les règles de sécurité.
Totò, comment vas-tu ?
La retraite se passe bien ? Il paraît que tu cultives des bégonias.
Il paraît.
Il est tombé bien bas pour un gangster.
Et vous, Don Peppì ?
Vous aussi, vous aimez les bégonias ?
Je préfère la pêche.
Tant mieux.
La situation n'est pas très bonne et je suis désolé pour votre fils.
Vous tenez le coup ?
La vie est parfois imprévisible.
Elle a de nombreux visages.
On nous a trahis, mais justice sera faite, croyez-moi.
Mais vous devriez faire profil bas quelques temps.
Jusqu'à ce que ça se calme.
Les jours de cet enfoiré de Lava sont comptés.
Ensuite, vous pourrez continuer à profiter de votre retraite.
Que puis-je pour vous ? Vous avez un endroit où vous cacher ?
Ça ira. Je m'arrangerai avec Salvatore.
Je prendrai soin de lui.
Vous êtes un gangster d'une autre époque.
Totò, rappelle-moi ce que disait toujours le regretté Don Paradiso.
Quand un enfoiré surgit devant toi, tire d'abord.
Ensuite, vérifie à quelle famille il appartient.
En effet.
Mais parfois, même si on sait de quelle famille il vient, c'est la même chose.
La même chose ?
- De quoi parlez-vous, bon sang ? - Vous le savez.
Qu'est-ce que tu dis ?
Don Guarino, Peppino ne sait pas ce qu'il dit.
Je sais ce que je dis.
Espèce de vieux schnock. Vous vous foutez de ma gueule ?
- On s'en va. - Qu'est-ce que t'as fait ?
Totò, allons-y, sinon on est cuits.
T'es complètement givré.
Je ne te pardonnerai jamais.
La famille ennemie nous pourchasse.
Et toi, tu fais quoi ? Tu tues ton chef.
Tu as perdu la tête.
T'es dingue, Peppì.
Ne tirez pas ! Je suis Ilario Lava.
En personne.
Le neveu de Don Lava.
Peppì, ces enfoirés m'ont touché.
Rita ?
Toute cette violence, ce sang.
Je me sens sale. Ça me dégoûte.
Toi, l'emmerdeuse, ne joue pas la sainte nitouche.
Tu as oublié pour qui travaillait ton père ?
Il travaillait pour la famille.
Et alors ? Où tu veux en venir ?
Et voilà que tu soignes un homme que tu as toujours méprisé.
Ce n'était pas du mépris.
Je ne voulais pas être mêlée à vos affaires.
- Je voulais ma vie. - Et tu es tombée amoureuse de Peppino.
Personne n'est parfait, Salvatore.
Enlève-le.
J'ai cru que ça pouvait marcher.
Jusqu'à ton arrivée.
Comment ça ? Tout est de ma faute ?
Peppino était marié.
En bon soldat fidèle aux règles débiles de la Camorra,
il est sorti de ma vie.
Et tu ne le lui as jamais pardonné.
Les femmes pardonnent parfois.
Mais elles n'oublient pas.
Docteur, comment ça va avec ta femme ?
Elle s'est entichée d'un trafiquant.
- Elle est partie il y a six mois. - Les femmes n'ont aucune mesure.
Elle était trop belle. Je ne méritais pas une femme comme elle.
Tu sais quoi ?
Tu as toujours manqué de détermination.
Le monde t'appartient.
Des conneries.
Je n'y ai jamais cru.
Détends-toi. Ça va faire mal.
Ne le charcute pas, docteur.
Il est encore trop tôt pour que ce fumier rencontre Dieu.
La douleur remettra les comptes à zéro
après tout ce qu'il a fait durant sa vie de gangster.
Tu y crois vraiment ?
À quoi ?
À la justice universelle.
En effet.
Ne bouge pas.
La journée a été longue, tu sais.
Le bruit des balles résonne encore dans mes oreilles. Bang, bang, bang !
Quel bordel.
Ce n'est pas drôle.
Il a raison.
Je pensais que j'étais fini, et me voilà qui...
Je sens l'odeur de la poudre, comme à l'époque.
Je ne sais pas pourquoi, mais ça te colle à la peau.
C'est l'haleine de la mort.
Peut-être.
Mais elle ne me fait plus peur.
Toni Trois Doigts ? C'est Peppino Lo Cicero.
Écoute-moi bien, espèce de fumier. Je sais que vous me poursuivez.
Dis à ton chef que vous faites une grosse erreur.
Dis-lui que je tiens son enfoiré de neveu.
Et que j'ai perdu mon fils.
Je n'ai aucune pitié pour personne.
C'est compris ?
Une autre chose importante,
s'il ne veut pas récupérer son neveu en petits morceaux,
je veux le type qui a tué mon fils.
Je veux une rencontre avec ton chef.
Un face à face. Seuls. Sans armes.
Sans votre sale bande de cafards.
Dis-lui que je veux des réponses à mes questions.
Il y avait un pistolet flambant neuf.
Cette ordure l'aura sûrement emporté.
Je veux le récupérer.
T'as pigé, pauvre type ?
À plus tard ou à quand j'en aurai envie.
Toni, porte-toi bien et va te faire foutre.
- Je t'ai réveillée ? - Non, tiens.
J'ai remis un peu d'ordre.
J'aurais besoin de me changer et de vêtements neufs.
Mais c'est la guerre, j'ai tout perdu.
La voilà, ma maison.
Deux jambes, deux bras et ce visage. C'est tout.
- T'appelle ça une vie ? - Je ne sais pas.
Je ne sais pas.
Les choses suivent leur rythme. Je suis un passager.
Je vivais tranquillement.
Si on peut appeler "vivre" attendre la mort.
Puis tout ça est arrivé.
Je t'ai déjà parlé de mon cousin policier ?
- Non. - Je ne t'ai jamais parlé de Lino ?
Non.
Allons-y.
Il y a quinze ans, plus ou moins,
j'avais un cousin qui s'appelait Lino.
Mais tout le monde l'appelait la Tortue.
Tu sais pourquoi ?
Parce qu'il répétait tout le temps : "Cinq est le nombre parfait."
"Cinq est le nombre parfait."
Quand tu lui demandais ce que ça voulait dire,
il te répondait...
avec son air insolent
et son esprit moqueur.
Deux jambes, deux bras et ce visage. C'est ma maison.
C'est ma maison.
Deux plus deux, quatre. Plus un, cinq.
T'as pigé, enfoiré ?
C'était sa manière de dire qu'il était indépendant.
Et qu'il ne rendait de comptes à personne. Comme la tortue.
Lino aimait bien les animaux.
Il aimait surtout les pigeons.
C'était sa passion, il croisait les races.
Il était toujours sur le toit, avec ses pigeons.
Il était policier et c'était un déshonneur en soi pour ma famille.
Même s'il était dans la police de la circulation.
Il ne comprenait rien à la Camorra.
Un jour, on l'a retrouvé mort.
On a entendu des coups de feu,
ma tante est montée sur le toit
et elle l'a trouvé mort, un pigeon dans la bouche.
Il y avait une note qui disait :
"Cinq est le nombre parfait. Va te faire foutre."
Il a pris cinq balles dans le cœur.
Tu sais pourquoi ?
Il paraît que ses pigeons chiaient sur le linge
de Don Paradiso à l'étage du dessous.
Évidemment, Don Paradiso.
Quand Don lui avait demandé de mettre ses pigeons ailleurs,
Lino lui avait répondu avec sa phrase énigmatique.
- Cinq est le nombre parfait. - Exactement.
Il avait signé son arrêt de mort.
C'est terrible. Tout ça pour des pigeons.
La vie est terrible.
Et pourtant, elle a quand même le sens de l'humour.
Arrête.
Arrêtons.
Regarde-moi.
Qu'y a-t-il ?
J'ai peur.
Tu sens la mort qui se pointe.
Tu me dois le respect. Pigé ?
T'as pigé ?
Tu vas crever, vieux con.
Vous allez tous disparaître.
Mon oncle va te montrer.
CHAPITRE QUATRE LE SOURIRE DE LA MORT
Prends le solvant et verse-le sur le toit.
Ça va marcher, le vernis va fondre.
Ça va le rendre malade, cet enfoiré.
Mais tu l'as versé sur la mauvaise bagnole, crétin.
Dis-lui toi-même, pauvre con.
Bouge ton cul et trouve un bidon de cinq litres.
Ou je te défonce la tronche. Pourquoi je me fatigue ?
Ne t'en fais pas, gamin.
Bon sang, Peppì. Vous m'avez foutu les jetons.
Salut, Ciro.
Comment allez-vous, Peppì ?
Tu n'es pas au courant ?
Bien sûr que si. Je suis désolé pour votre fils.
Mais vous avez du courage.
Que préparez-vous ?
Il est temps de changer certaines choses.
Vous avez déclenché l'enfer au sein de la Famille.
- Vous le savez ? - Oui.
Mais de mon point de vue, c'est la Famille qui m'a trahi.
Je lui renvoie l'ascenseur.
Asseyez-vous, Peppì.
Quelles sont les nouvelles ?
Tu veux gagner 100.000 lires ?
- Et comment. - Tu es un brave type.
Tu te cultives avec ces torchons ?
Vous devriez les lire, Peppì.
Diabolik, Zakimort. Que des trucs géniaux.
Kriminal est dément.
Des nanas et des costumes super et il vole ce qu'il veut.
La grande vie.
Mon fils Nino aussi aimait ces magazines.
Avec tout mon respect, il lisait les BD américaines.
Je ne les aime pas.
Tous ces héros sont dans le mauvais camp.
Ici, tous ces types sont des criminels. C'est les meilleurs.
C'est comme ça.
Les Américains n'ont jamais rien pigé.
Écoute-moi bien.
J'ai un petit travail pour toi.
Tu connais le Palazzo Dallara, dans le Rione Sanità ?
Oui.
Nous devons organiser un échange de prisonnier.
Carrément. Super. Montrez-moi.
- On entre par là. - Exactement.
Il y a deux entrées. Il faudra être attentifs.
Ciro, j'ai besoin de toi,
parce que Totò s'est fait trouer la peau.
Tu entres par ici, tu me couvres
et tu amènes le prisonnier.
- Tu sais conduire ? - Quelle question.
On entre par ici, pendant que les Lava, l'autre famille,
entrent de l'autre côté.
Don Iginio Lava ?
- Oui. - La vache.
C'est super dangereux, Peppì.
Je peux appeler des amis.
Je ne préfère pas.
Coupe-toi les cheveux. On te reconnaît trop facilement.
C'est vous, le chef.
Aidez-moi à redevenir celui que j'ai été.
Et pardonnez-moi pour ce que je suis.
Amen.
Sainte Marie, vous m'avez pris ce qui comptait le plus à mes yeux.
Mon Nino est-il auprès de vous ?
Occupez-vous bien de lui. J'y tiens.
Je sais que les choses ne tournent pas rond.
Il faudrait plus de pureté, plus de loyauté ici-bas.
Vous croyez que je ne le vois pas ?
Lorsqu'on suit une direction...
Vous comprenez ce que je veux dire.
Lorsqu'on suit une direction,
elle marque notre destin
et on ne peut pas s'en éloigner.
De nos jours, nous sommes entourés d'immondices.
Le monde, avec tout mon respect, est devenu infâme.
La trahison fait partie du quotidien.
Donc, si cela ne vous offusque pas,
je vais vous envoyer quelques types et vous leur donnerez une leçon.
Quelque chose ne fonctionne pas chez eux.
Ici.
Vous me comprenez.
Bien sûr que oui.
Leur âme est sale.
Qui t'envoie, espèce de saloperie ?
Peppino, lâchez-moi. C'est moi.
Vous êtes dingue ? Pourquoi vous me suivez ?
Je ne devrais pas vous le dire, mais quelque chose se trame.
Je le sais.
Vous avez remué la merde et maintenant, ça va chier.
- Et alors ? - Vous ne vous en sortirez pas seul.
Vous avez foutu le bordel.
Ils sont en train de s'organiser. Ils m'ont demandé des armes, beaucoup.
C'est une vraie guerre.
- Vous voulez un conseil ? - Dites-moi.
Agissez le plus vite possible.
- Doucement, Rita. - Doucement.
J'ai de la fièvre.
On est presque chez Concetta. On ne peut pas rester ici.
Courage Titò. Où est Peppino ?
Il nous a plantés ici.
Couche-toi, Rita !
Baisse-toi !
Baisse-toi, Rita !
Baisse-toi !
Bon sang.
Rita, fais attention ! Fais attention !
Pour l'amour de Dieu, couvre-toi !
Donc, ils sont venus.
Espèce de connard. Salaud.
Toni Trois Doigts, c'est fait. On tient ce con de magicien.
Bonjour, Don Lava.
Quel honneur.
Je ne vous avais jamais vu de près.
Vous me devez une faveur.
Je vous ai débarrassé de votre ennemi, Don Guarino.
Après tant d'années à bosser pour lui avec mon fils, ça m'a fait plaisir.
Je suis au courant.
Je n'avais jamais osé penser grand.
J'ai toujours été un simple soldat, qui tirait quand on le lui ordonnait.
Qui eut cru qu'à mon âge, j'aurais osé agir en solo.
Et vous avez buté le chef de votre Famille
qui vous a élevé.
Félicitations, Peppì.
En effet.
Je venais ici quand j'étais petit.
Je jouais ici quand j'ai vu mon père se faire tuer.
C'est étrange.
À l'époque, j'ai cru que ma vie était finie. Et puis...
J'ai compris qu'il fallait apprivoiser la vie.
Mais pourquoi je vous dis cela ?
Vous êtes un grand homme.
Vous vous fichez bien des problèmes d'un soldat.
Le vent se lève.
Il est temps d'échanger les cadeaux.
D'abord, le revolver.
Tout doucement. Faites des gestes lents.
Pardonnez-moi si je vous demande de le déposer par terre.
Délicatement.
Maintenant, reculez.
Je veux voir mon neveu.
Vous allez le voir, votre morveux de neveu.
S'il lui est arrivé quoi que ce soit,
je t'arrache les yeux de mes propres mains.
Maintenant, amenez-moi la crapule qui a tué mon fils.
Chef, que se passe-t-il ? Qu'est-ce que je fais ici ?
Mon neveu.
Le voilà.
Doucement.
Le rideau s'est baissé.
Écoutez, je ne connaissais même pas votre fils.
Que pouvais-je faire ?
Vous le savez. Quand on vous ordonne de tirer, que faites-vous ?
Il était élégant.
Vous comprenez ?
Je regrettais de devoir le tuer.
Tu es un garçon sensible.
CHAPITRE CINQ CINQ EST LE NUMÉRO PARFAIT
Sud du Parador, 21 octobre 1972
- Bonjour, Don Peppì. - Bonjour.
- Un petit café ? - Volontiers.
Tenez.
Comment allez-vous ?
Le soleil est bon pour les rhumatismes.
Il paraît.
- Installez-vous. - Merci.
Il ne fait pas encore trop chaud.
Cet endroit me plaît. On s'y sent bien.
Vous savez, Michè, ça me fait bizarre de dire cela.
Moi qui n'avais jamais quitté Naples.
J'ai immigré ici il y a presque 30 ans.
Après la guerre, c'était la misère à Naples.
- La misère noire. - En effet.
Les gens ne roulaient pas sur l'or au Parador.
Mais j'avais un cousin barbier qui avait besoin d'aide.
On était nombreux à la maison. Chacun devait se débrouiller.
J'étais cordonnier depuis que j'étais gamin.
Mais quand on a faim, on apprend tout.
Fermez les yeux, je vous mets une serviette chaude.
Je n'ai pas fini de vous raconter l'histoire d'hier.
Oui, je vous écoute.
Et voilà.
Je prépare la mousse à raser.
J'avais tout fait
pour mettre la main sur celui qui avait tué mon fils.
J'avais le Bossu qui couvrait mes arrières.
Il n'avait pas de masque.
Il voulait voir la tête que ferait Don Lava en le voyant.
C'était un moment assez délicat.
Deux échanges de prisonniers sur trois
finissent en bain de sang.
Michè...
Nous étions fortement exposés. Une cible facile.
Quelqu'un nous avait certainement trahis.
Mais c'est Don Lava qu'ils voulaient liquider.
Je n'étais qu'un détail insignifiant.
Puis ce fut au tour du Bossu.
Il ne lui restait plus que quelques mois à vivre.
Pauvre homme, la maladie était en train de le tuer.
Il avait décidé de quitter la scène comme un comédien.
Une fois dehors, nous avons décidé de nous séparer.
Je me suis retrouvé pris au piège.
Impossible de fuir. Il y avait des hommes armés partout.
J'ai pensé : "Peppì,
c'est fini.
Au fond, tu as eu une belle vie."
Au volant de la voiture, c'était votre frère.
Et j'étais vivant.
Il m'a sauvé la vie.
Il avait décidé de prendre le risque.
Tiens. Fume une dernière cigarette.
De près, cet assassin
n'était même pas un homme, il puait encore le lait.
Sans cette coiffure rock and roll à la con...
Debout.
...je lui aurais donné 16 ans.
Tu as vu cette main ?
Regarde-la bien.
C'est la main qui a tué mon fils.
Et ça, c'est la balle qui aurait dû te tuer.
Prends-la.
Et maintenant, dégage.
Je ne veux plus sentir ta puanteur. Disparais.
Vous êtes sérieux ?
Dégage, t'as pigé ? Dégage.
Peut-être était-ce une erreur.
Je ne sais pas.
Je ne sais pas.
Mais quelque chose s'était brisé.
Michè, sur le moment, je me suis senti soulagé.
Quoi ?
Vous regardez quoi ?
Totò, tu regardes quoi ?
Je ne comprends rien.
Docteur, donne-moi une clope.
Je sais.
Le Peppino d'avant ne l'aurait pas laissé partir.
Mais il s'est passé quelque chose.
Tout à coup, je me sens fatigué.
Vraiment fatigué.
Rita, je me sens comme une tortue.
Je veux rentrer dans ma carapace et dormir.
Ce n'est pas le moment de dormir. Tu dois partir d'ici.
J'ai une adresse pour vous.
Peppino, on doit s'enfuir. On doit partir tout de suite.
Que vas-tu faire ?
Je dois guérir. Je disparaîtrai quelque temps.
Je cultiverai des bégonias comme un homme ordinaire.
Sois prudent, ils sont partout.
Tu as vu ? Le Peppino d'avant est de retour.
Pourquoi il faut que tu m'énerves ?
Réponds.
Ce fut un vrai massacre.
Je lui avais laissé la vie sauve
et ce magicien à la con,
pour me remercier, était allé chercher les hommes de Lava.
Les types qui me l'avaient livré quelques heures plus tôt.
Votre frère,
je regrette de devoir vous le dire,
a été le premier touché.
J'étais devenu complètement étranger à la scène.
C'est terrible. C'est vraiment terrible
de se rendre compte qu'on s'est complètement trompé.
Peppì, il est mort ?
Vas-y. Vas-y.
Totò, monte, c'est dangereux.
- Viens. - Allez-y. Le temps presse.
Nous vous en faites pas, je m'en sortirai.
C'est dangereux. Monte.
Je ne peux pas. Ma blessure s'est ouverte.
Allez-y.
Comme tu veux.
Regarde.
Ça doit faire 20 ans qu'elle est dans ma poche.
C'est une carte de ma sœur.
Je n'ai jamais pris le bateau.
Ils sont beaux.
Oui.
Ce temps...
rendait mon Nino mélancolique.
Quand nous sommes arrivés ici,
Rita et moi avons trouvé la lumière et le soleil.
C'était comme une renaissance.
Pardonnez mon égoïsme.
Je me rends compte que tout cela a peu d'importance.
Le temps passait et j'essayais d'oublier.
Je n'avais pas le courage de venir vous trouver.
Pour vous dire quoi ?
"Bonjour, je m'appelle Pepino Lo Cicero.
Votre frère est mort à cause de moi."
J'ai hésité pendant presqu'un mois.
Puis j'ai pensé que cet homme voulait que nous nous rencontrions.
Votre frère était quelqu'un de bien, Michè.
Un homme comme on en rencontre peu.
Je suis désolé.
Je ne voulais pas gâcher votre journée.
- Don Peppino, j'ai une question. - Oui.
À quoi ressemblait-il ?
Il était gros ? Maigre ?
Il me ressemblait ?
Quand l'avez-vous vu la dernière fois ?
En 1946.
On était encore des gamins.
Vous vous ressemblez beaucoup.
Comme deux gouttes d'eau.
Allez-y, prenez-le.
Il a quelques jours.
- Lisez-le. - Il ne vous sert plus ?
Non, pas de problème. Je n'ai jamais le temps de lire.
Lundi, j'en recevrai un plus récent.
Merci, Michè. À demain.
ARRESTATION DU NOUVEAU CHEF DU CLAN LAVA
C'est pas vrai.
Ne vous en faites pas. Je m'en sortirai.
C'est fait.
Occupez-vous du père.
Regarde.
"Arrestation du nouveau chef du clan Lava.
Totò, le Boucher."
Il était comme mon frère.
Il a vendu mon fils.
Peppì.
Totò, avec qui j'avais passé toute ma carrière de criminel,
celui qui m'avait sauvé maintes fois,
m'avait utilisé pour faire éclater une guerre.
Il avait fait tuer mon fils Nino,
sachant que je ne serais pas resté sans rien faire.
De cette manière, il m'avait fait faire la sale besogne.
Je l'avais débarrassé des chefs
et je l'avais aidé à accéder à la tête des deux familles rivales.
La vie m'avait fait avaler cette pilule amère,
enrobée de la douceur de ces journées sous le soleil.
Visiblement, tout se paie.
D'une manière ou d'une autre.
C'était peut-être le prix à payer pour vivre une vieillesse paisible,
comme quelqu'un qui a la conscience tranquille.
5 EST LE NUMÉRO PARFAIT
Je suis Sung Wu-yang. Je n'ai fait de mal à personne.
Vous faites erreur.
-- Français --
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