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...

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Ronronnement d'un engin

...

- C'est pas la 1re fois, non ?

- Vous êtes déjà monté à Paris, mais ça tombe mal.

Si ça fait frisquet, vous avez une couverture.

Germaine a mis du thé dans le thermos.

- Pourquoi pas de la quinine et un bonnet ?

On croirait que je pars au Tibet !

- Au revoir, M. Naudin. - Au revoir, Gustave.

- Fernand, la foire battra pas son plein avant dimanche,

si vous pouviez quand même être là.

- J'en ai pour 48 heures maximum.

Vous avez pas besoin de moi pour aligner 10 tracteurs !

Hein ?

Tâchez qu'elle tombe pas en panne, cette fois.

- Qu'est-ce qui était en panne ?

- La dépanneuse. - Oh, M. Fernand...

Musique jazz

...

- "Louis de retour, présence indispensable."

"Présence indispensable" !

Après 15 ans de silence, y en a qui poussent un peu.

15 ans d'interdiction de séjour.

Pour qu'il abandonne ses cactus,

faut qu'il lui en arrive une sévère, au vieux Louis.

Il a besoin de pognon ou il est tombé dans la béchamel.

Roulement de boule

Chute de quilles

- Ma vieille, tu nous fais attendre.

La route a pas été trop toc ?

- Suffisamment.

- Ça fait plaisir de te revoir. Le Mexicain avait des impatiences.

- Il est revenu. C'est pas un char ?

- Non, évidemment ! - Avoue que c'est une surprise.

- Les surprises, t'en es pas au bout. Viens.

Sonnette

- C'est Fernand.

- Fernand est là.

- Oui, qu'il entre.

C'est pas trop tôt.

Je croyais que t'arriverais jamais ou bien trop tard.

- 900 bornes, il faut quand même les tailler, hein.

- Ça fait plaisir de te revoir, vieux voyou.

- Oui, moi aussi.

- J'ai eu peur de clamser, au milieu des macaques,

sans avoir jamais revu une tronche amie.

C'est surtout à la tienne que je pensais.

- C'est pas l'envie qui me manquait d'aller te voir, mais...

on fait pas toujours ce qu'on veut.

Et toi ?

J'ai pas entendu dire que l'État t'avait rappelé.

Qu'est-ce qui t'a pris ?

- Merci, toubib. Merci pour tout. Henri ?

Dis-leur de monter.

- Pardon.

Tu crois pas qu'il...

- Me coupe pas, sinon on n'aura plus le temps.

Henri, fais tomber 100 sacs au toubib.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Je suis revenu pour caner ici

et pour me faire enterrer à Pantin, avec mes viocs.

Les Amériques, c'est chouette pour prendre du carbure.

On peut y vivre aussi à la rigueur,

mais question de laisser ses os,

y a que la France.

Petit rire

Je décambute bêtement en laissant une mouflette.

Patricia.

Je voudrais que tu t'en occupes.

- T'en as de bonnes, toi !

- T'as connu sa mère.

Suzanne "beau sourire".

- T'es marrant. C'est plutôt toi qui l'as connue.

- Côté oseille, je te laisse de quoi tout arranger pour la petite.

J'ai des affaires qui tournent toutes seules.

Me Folace, mon notaire t'expliquera.

Une roulette, ça laisse

60 % de velours.

- Et côté emmerdement, 36 fois la mise, hein !

Écoute, Louis.

Ta môme, tes affaires, c'est bien gentil,

mais moi aussi, j'ai des affaires.

Les miennes, elles sont légales.

- Oui, les potes, c'est quand tout va bien.

- Ho, j'ai pas dit ça !

- Non, non, t'as pas dit ça, mais...

tu livrerais ma petite Patricia aux vautours.

Oh, mon petit ange.

- Ton petit ange ! Ton petit ange, hein !

- Maintenant que tu es dans l'honnête,

tu ne sais plus que le monde

est plein de malfaisants.

Ils vont me la mettre sur la paille, ma petite,

la dépouiller, tout lui prendre.

Je l'ai fait élever chez les sceurs,

apprendre l'anglais, tout quoi.

Elle va finir au tapin par ta faute.

Ce sera de ta faute !

- Arrête un peu, hein !

Depuis plus de 20 piges, je t'ai souvent vu faire ton guignol.

À propos de tout ! De cigarette, de came, de nana !

La jérémiade, c'est ton truc à toi.

Je t'ai vu chialer. Tu vas pas me servir ça !

- Si, mon saligaud ! Patricia va perdre son père.

Je vais mourir.

- T'en serais bien capable.

10 ans que t'es barré.

Tu reviens, et j'accours pour entendre ça ?

Et moi... On frappe.

...

Entrez.

- Théo, t'aurais pu monter tout seul !

- Si cette présence doit vous donner de la fièvre...

- Chez moi,

quand les hommes parlent, les gonzesses se taillent.

(-Je t'attends en bas.) - À tout de suite.

- Voilà. Je serai bref.

Je viens de céder mes parts à Fernand.

C'est lui qui me succède.

- Tu devais m'en parler en 1er.

- J'aurais pu aussi organiser un référendum.

J'ai préféré faire comme ça.

Pas d'objection ?

Parce que moi, j'ai rien d'autre à dire.

Je crois que tout est en ordre.

Non ?

Pa... Pascal...

Pascal !

- Oh, Louis ?

Ben, Louis ! Louis, quoi ? Merde !

Pascal !

- Je... Je vais plus vous retenir longtemps.

- Déconne pas, Louis.

- Oui, oui. Je sais de quoi je parle.

- Tu...

Tu veux pas que j'ouvre la fenêtre, hein ?

- Je...

- Tu vois, Louis ?

Regarde, il fait jour.

- Oui, vu d'ici...

on voit que le ciel.

Et je m'en fous du ciel.

J'y serai dans peu de temps.

Ce qui m'intéresse...

c'est la rue.

Ils m'ont filé directement

de l'avion dans l'ambulance.

J'ai rien pu voir.

Dis donc, ça a dû...

ça a dû drôlement changer, hein ?

- Tu sais... pas tellement, quoi.

- Ben, raconte quand même.

- Eh ben...

C'est un petit matin comme tu les aimes.

Comme on les aimait, quoi.

Les filles sortent du Lido. Pareil qu'avant.

Tu te souviens ?

C'est à cette heure-là qu'on emballait.

Si un jour, on m'avait dit qu'il mourrait dans son lit...

Il parle allemand.

...

...

Chine, 4e siècle avant Jésus-Christ.

- On naît, on vit...

on trépasse.

- Comme tout le monde. - Pas forcément.

On meurt pas forcément dans son lit. Ben voyons.

Roulement de boule

Chute de quilles

- Je tiens plus en l'air.

T'aurais un truc à grignoter ? - Bien sûr.

- C'est à toi ? - Sers-toi.

- Y a 20 piges,

on donnait le Mexicain flingué à 100 contre 1.

C'est sa psychologie qui l'a sauvé.

- Tout le monde n'est pas aussi doué.

- La psychologie, y en a qu'une :

défourailler le premier.

- C'est un peu sommaire, mais ça peut être efficace.

- Le Mexicain, ça a été une épée, un cador.

Je suis objectif. On parlera de lui dans 100 ans.

Mais faut reconnaître qu'il avait décliné,

surtout de la tête.

Roulement d'une boule

Chute de quilles

- Sur la fin, il disait un peu n'importe quoi.

Il avait comme des vapes, des caprices d'enfant.

- Merci, Henri.

- T'y as causé en dernier, t'as dû remarquer.

- Remarquer quoi ?

- T'as pris au sérieux son histoire de succession ?

- Pourquoi ? Il fallait pas ?

Ben, j'ai eu tort.

- Ha, ha ! Et voilà.

- Tu vois, Raoul ? Y avait pas de quoi s'énerver.

Monsieur convient.

Téléphone

- Y en a qui abuseraient de la situation,

mais mon frère et moi, c'est pas notre genre.

On peut faire quoi qui t'obligerait ?

- Décarrer d'ici.

J'ai promis à mon pote de m'occuper de ses affaires.

Je vous ai dit que j'ai eu tort. Là !

Tort ou pas tort, c'est moi le patron.

Voilà.

- Pascal !

- Oui ?

Rasoir électrique

- Écoute. On te connaît pas.

Mais tu te prépares des nuits blanches,

des migraines,

des "nervous breakdown", comme on dit de nos jours.

- J'ai une santé de fer.

Voilà 15 ans que je vis à la campagne,

que je me couche et me lève avec le soleil.

- Y a du suif chez Tomate. 3 voyous chahutent.

Les croupiers demandent de l'aide.

- Ça arrive souvent ? - Jamais.

- Ça doit pouvoir se régler à l'amiable.

- Avant de repartir, tu devrais aller voir.

En plus, c'est sur ton chemin.

- Les Volfoni ?

- T'inquiète pas.

- "La bave du crapaud

"n'empêche pas la caravane de passer."

- Ciao.

- Ça te gêne pas si je t'accompagne ?

- Non, mais je sais pas si ça va vous plaire.

- Ça, je te le dirai.

Musique intrigante

...

- À ton avis,

c'est un faux caïd ou un vrai branque ?

- Pour moi, c'est rien du tout.

Un coup de téléphone et 10 minutes après...

il n'existe plus.

- Ils ont l'air de 2 branques,

mais méfiance, c'est des spécialistes, non ?

Le jeu, ils ont toujours été dedans, les Volfoni.

À Naples, à Las Vegas, partout, ils tenaient le râteau.

- Mais et l'autre ? Le... Le coquet ?

- L'ami Fritz ? - Oui.

- Il s'occupe de la distillerie.

- C'est marrant, l'évolution.

Quand je l'ai connu, le Mexicain recrutait pas chez tonton.

- Vous savez avec l'éloignement...

Il contribuait au reclassement de légionnaires.

- Ah, si c'est une ceuvre,

là, c'est autre chose.

- Voilà. Ici, c'est chez Tomate.

- Je m'attendais à autre chose qu'un clapier.

- D'après Tomate,

le joueur se passionne pour le tapis vert.

Les alentours, il s'en fout.

Il ne voit même pas.

Planque-toi.

Musique intrigante

...

Mitraillette

...

À l'affût, ils auraient eu leur chance.

Il y a de moins en moins de bons techniciens terrain.

L'esprit fantassin n'existe plus.

C'est un tort.

- Ça viendrait de qui ? Les Volfoni ?

- Ce serait assez dans leurs sales manières.

M. Fernand.

Je serais d'avis qu'on aborde mollo,

des fois qu'on soit encore attendus.

Mais, sans vous commander,

si vous restiez un peu en retrait, hein ?

- À la retraite de Russie, ce sont les derniers qui ont trinqué.

- C'est toi qui fais tout ce foin ?

- Je m'excuse.

M. Fernand, le nouveau taulier.

- J'étais pas au courant. - Là, tu l'es.

- Je suis Tomate, le gérant de la partie.

- Bonjour. - Enchanté.

C'était quoi, cette fusillade ?

On se serait pas permis de vous flinguer ici ?

- On s'est permis !

- Tomate ! - Oui ?

- Envoie Freddy faire un tour.

Y a une charrette dans le parc avec 2 gars dedans.

Ça fait désordre.

Où sont les autres ?

- Quels autres ? - Les mecs qui s'énervaient.

- Des énervés, ici ?

J'aimerais comprendre.

- Moi aussi !

- C'est pas vous qui avez téléphoné ?

- La nuit a été des plus normales.

- C'est quoi, cette embrouille ?

- Le numéro d'Henri ? - Balzac 44 05.

Numérotation

...

Téléphone

- Henri ne peut plus expliquer les choses.

À personne.

3 morts subites en moins d'une demi-heure,

ça part sévère, les droits de succession !

- Le Mexicain l'avait achetée en viager,

à un procureur retraité.

Sonnette

Après 3 mois, l'accident bête.

Une affaire !

On ouvre la porte.

- Welcome, sir !

My name is John.

Please.

- Il est mort.

On a été retardés en venant ici.

Une espèce de contestation.

Et puis, Henri s'est fait descendre.

- Les Volfoni ?

- Ah...

- Quand le lion est mort,

les chacals se disputent l'empire.

Les Volfoni font un peu comme les fils de Charlemagne.

Ah !

Me Folace, notaire.

- Bonjour, monsieur. - Enchanté.

J'aurais préféré vous accueillir autrement.

Votre chambre est prête.

Le Mexicain avait donné des ordres.

- Vous êtes gentil. Je vous remercie,

mais peut-on régler nos affaires dans la journée ?

- Vous étiez l'ami de Louis depuis longtemps ?

- Depuis toujours.

- Mademoiselle va être triste. - Stop !

Sujet interdit !

Messieurs, pas de fausse note.

Selon la volonté du défunt,

pour Patricia, le plus longtemps possible,

son papa va pour le mieux.

Il joue les centaures dans les sierras mexicaines,

mal desservies par la Poste, ce qui explique son silence.

- Bon, je dois partir.

Me Folace sait où me joindre.

J'habite chez ma mère.

- Merci.

- Je suis bien content que vous soyez là.

Moi, avec la petite, je n'y arrive plus.

Peut-être parce que je la connais trop bien.

Je l'ai tenue sur les fonds baptismaux.

- Une belle cérémonie.

Mademoiselle était déjà ravissante.

- Mon ami, si vous montiez les bagages de M. Naudin ?

- Yes, sir !

- J'aimerais bien qu'on aborde les choses sérieuses.

Les caprices d'une gamine c'est bien beau,

mais on ne va pas s'en faire pour ça, hein ?

- Mais moi, je ne m'en fais plus.

Maintenant, c'est vous que ça regarde.

- Comment ça, moi ?

- Vous avez accepté de vous occuper d'elle, non ?

- Ben oui.

- À la bonne vôtre, mon cher.

Vous allez connaître tout ce que j'ai connu.

Les visites aux directrices,

les mots d'excuse, les billets de renvoi.

- Mlle Patricia s'est fait éjecter ?

- De partout, mon cher.

Mademoiselle n'a jamais tenu plus de 6 mois.

Juste le temps d'user les patiences.

Je suis bien content que vous soyez là.

- Pas pour longtemps. Ça va changer, et vite !

Va falloir qu'elle reste là où je vais trouver.

Sinon, je vais la filer chez les dresseurs :

la pension avec réveil au clairon !

Non mais sans blague !

- Il faut le lui dire à elle.

- J'y vais. Où est-elle ? - Elle dort.

Elle a organisé une sauterie jusqu'à 3 h du matin.

- Your room is ready, sir.

- Il dit que votre chambre est prête.

- Ah bon ?

Il picole pas un peu, votre British ?

- Oh là là ! Et il n'est pas plus british que vous et moi.

C'est une découverte du Mexicain.

- Il l'a trouvé où ? - Ici,

devant son coffre-fort, il y a 17 ans de ça.

Avant d'y arriver,

l'ami Jean avait fracturé une commode Louis XV.

Le Mexicain l'a alpagué

au moment où l'artiste allumait son chalumeau.

- Je vois d'ici la petite scène.

- Le patron ne pouvait pas le donner à la police,

ni accepter de régler lui-même les dégâts.

Jean est resté ici 3 mois au pair, comme larbin,

pour régler la petite note.

Et puis, la vocation lui est venue. Le style aussi.

Peut-être également la sagesse.

Nourri, logé, blanchi, 2 costumes par an,

pour un type qui passait sa vie en prison...

- Il a choisi la liberté.

Musique romantique

- Oh, c'est drôle !

Je vous voyais plus grand, plus bronzé.

Mais c'est pas grave.

Vous êtes bien l'oncle Fernand ?

- Ben...

Oui.

- On pourrait s'embrasser. Ça se fait.

- Si ça se fait, alors, allons-y.

Heureusement que je viens de me raser, hein ?

- Papa m'avait annoncé votre arrivée.

- Quand ça ?

- Dans sa dernière lettre, il y a bien 1 mois.

Ça vous étonne ?

- Euh... non. Oh non !

- Il y avait 3 pages rien que sur vous.

Vos aventures, vos projets,

sans compter ce que vous avez fait pour lui.

- Hum ! Dis-moi...

J'aimerais bien avoir un peu de thé,

du pain, du beurre et des ceufs au bacon, hein.

Tu peux t'en occuper ?

- Du thé à 7 h du soir ?

- Ben...

En ce moment, je suis un tantinet en décalage horaire.

- Ah bon ?

- Oh, au fait !

Ça a dû être quelque chose la fois

où vous l'avez sorti du fleuve.

- Qui ça ?

- Ben papa.

Il m'a annoncé dans sa lettre :

"Fernand m'a sorti d'un drôle de bain."

Mais il ne m'a pas dit quel fleuve c'était.

- Sois gentille. Moi, je meurs de faim.

Va t'occuper de mon petit en-cas, tu veux ?

- Vous refusez de me répondre.

- Comment tu veux que je me rappelle ?

Là-bas des fleuves, t'en as à gauche, à droite, partout.

Plein de crocodiles !

T'es contente, maintenant ? Bon !

Laisse-moi finir ma toilette et on parlera.

Tu dois te douter qu'il faut qu'on parle.

- Oui, mon oncle.

- De choses sérieuses ! - Oui, tonton.

Ça ne vous ennuie pas que je vous appelle "tonton" ?

Vous en avez tué

beaucoup ?

Des crocodiles ?

Et là-bas, y a que ça.

À gauche, à droite, partout !

Je vais m'occuper de votre thé.

- Puisque la fermeté a l'air de vous réussir,

vous allez pouvoir vous distinguer.

- À propos de quoi ?

- D'argent.

D'argent qui ne rentre pas.

Depuis 2 mois, les Volfoni n'ont rien versé pour la péniche.

Tomate a 1 mois de retard.

Et Théo, etc.

- C'est quoi ? Une révolte ?

- Non, Sire.

Une révolution.

Personne ne paie.

- Ces mecs veulent engourdir le pognon de ma nièce ?

- On dirait.

- Le Mexicain savait ?

- Ah non ! Non. Surtout pas.

C'était un homme à tirer sans discernement.

Les ragots dans la presse...

Si c'était tombé sous les yeux de la petite,

vous voyez ça d'ici.

- Je vois que si l'on doit flinguer,

vous préférez que je m'en charge, hein ?

- Un tuteur, c'est pas pareil.

- Ça se guillotine aussi bien qu'un papa.

- Qui vous dit d'intervenir personnellement ?

Téléphone Nous avons Pascal.

Je le convoque ou pas ?

- Si je devais pas aller à la foire d'Avignon,

je dirais non.

Mais je suis pris par le temps.

C'est jamais bon de laisser dormir les créances,

et de permettre au personnel de rêver.

- Vous parlez de rêver ? Rêvez-vous en couleur ?

Antoine Delafoy,

le plus respectueux, ancien et fidèle ami

de Patricia.

Je vous admire, monsieur.

- Ah ?

- Patricia vous vante en toute occasion.

Vous êtes le gaucho, le Centaure, l'oncle légendaire !

- Elle m'a jamais parlé de vous.

- Elle n'a pas eu le temps.

Je vais faire mon panégyrique moi-même.

C'est assez édifiant et souvent drôle.

Parfois, je m'attribue des mots d'Alphonse Allais

et des aventures puisées dans la vie d'hommes illustres.

Petit rire gêné

- Il est toujours comme ça ?

- Absolument pas. C'est son côté agaçant.

Il faut qu'il parle. En fait, c'est un timide.

Vous serez séduit quand vous le connaîtrez mieux.

- En plus, monsieur séduit ?

- Je séduis pas, j'envoûte.

Never mind, John. I'll do it.

- Thank you, sir.

- Pour en revenir à vos rêves en couleur,

Borowski les attribue au phosphore du poisson.

Je préfère m'en tenir à Freud. C'est plus rigolo.

Qu'en pensez-vous ? - Rien !

Je ne rêve pas en couleur, ni en noir.

Je ne rêve pas. Je n'ai pas le temps !

- Je vous déconseille l'eau, ce serait un crime.

Il a 10 ans d'âge.

- Tonton est débordé.

- Vous venez avec nous, demain soir ?

- Et où ça ? - Il ose le demander.

Dieu qu'il est drôle.

Frank Mills jouera pour la 1re fois à Pleyel.

Corelli, Beethoven, Chopin, c'est dépassé. Très con.

Mais avec Mills, ça peut devenir féroce.

Tigresque ! Tout le monde y sera.

- D'accord, d'accord.

C'est la coutume d'emmener le tonton au cirque.

Merci d'y avoir pensé, mais ce sera sans moi.

Moi demain à 7 h, je serai vers Montauban.

Mlle Patricia, elle, sera à ses études.

Nous sommes d'accord ?

- Oui, tonton.

- T'as raison. Faut pas le brusquer.

- Que se passe-t-il encore ?

- Notre ami se fera un plaisir de vous l'expliquer.

- Les Volfoni ont organisé une réunion des cadres,

façon meeting, si vous me comprenez.

Enfin, quoi, on parle dans votre dos.

- Et tu tiens ça d'où ?

- Je peux pas le dire. J'ai promis.

Ce serait mal.

- Alors ?

- Eh bien...

Il y a 2 solutions.

Ou on se dérange.

Ou on méprise.

Oui, évidement,

une tournée d'inspection ne peut jamais nuire.

- Alors, on va y aller.

- Monsieur Fernand ?

Vous avez bien une place pour moi dans votre auto,

des fois que la réunion devienne houleuse.

J'ai une présence tranquillisante.

- Vous préférez le foie gras pour commencer ou finir ?

- Je le préfèrerais demain.

Je dois aller à un conseil d'administration.

- Quoi ? Vous ne restez pas dîner ?

Je viens de dire à Jean de monter du champagne.

- Votre invitation me bouleverse. Bon appétit.

- C'est du bidon.

- Sûrement pas. Il vient de Strasbourg.

- Je parle de son conseil d'administration.

À mon avis, l'oncle des pampas...

va courir la gueuse.

- Tu crois ?

- 15 ans qu'on fait le trottoir pour le Mexicain !

Je continue pas à tapiner pour son fantôme !

- Le trottoir, le tapin...

On croirait que tu cherches les mots qui blessent.

- C'est des images.

- Ça m'amusait quand j'étais petite !

J'ai passé l'âge !

Je dis pas que Louis était très social.

Il avait l'esprit de droite. - Ho, dis !

- Quand tu parlais augmentation ou vacances,

il sortait son flingue avant que t'aies fini.

Mais il nous a apporté la sécurité, non ?

- Ramasser les miettes, c'est ça, la sécurité ?

Vous savez combien il nous a coûté en 15 ans ?

Vous savez combien ?

Dis-leur, Paul. Moi, je ne peux plus.

- À 500 sacs par mois rien que de loyer,

ça fait 6 briques par an.

90 briques en 15 ans.

- Plus 30 briques par an sur le flambe.

Vous savez à combien on arrive ?

Un demi-milliard !

Toi, pareil pour la petite ferme.

C'est pas vrai ?

- J'ai rien dit.

- Je lâche plus rien.

Je vous invite à en faire autant.

- Vous invitez, vous invitez...

C'est très aimable, mais il y a des invitations...

- Qu'est-ce qui te gêne ?

- Le climat.

3 morts, depuis hier.

Si ça doit tomber comme à Stalingrad...

Une fois, ça suffit.

J'aime autant garder mes distances.

- Tu veux me faire porter le chapeau ?

Faut le dire tout de suite !

Faut dire : "M. Raoul, vous avez buté Henri

"et les 2 autres mecs.

"Et peut-être le Mexicain !

"Et l'Archiduc d'Autriche !"

- Hé, Léon ? C'est moi, Pascal.

- J'arrive. Qui est avec toi ?

- Je suis avec le notaire.

- Vous êtes pas 2. Vous êtes 3 !

- J'annonce les employés, pas le patron.

- J'attends l'ordre de M. Raoul.

Il tombe dans l'eau.

Léon grelotte.

- Les marins ont toujours ce besoin de faire des phrases.

- Allons.

- Si vous marchez avec moi, il fera quoi, Fernand ?

Un procès ? On frappe.

- Laisse. - Bonsoir, messieurs.

Madame.

- Je croyais pas t'avoir invité.

- T'avais pas à le faire. Je suis chez moi.

Qu'est-ce que t'organises ?

Un concile ? Tu permets ?

- C'est pour savoir ce qu'on fait pour le Mexicain,

rapport aux obsèques.

- Si tu parles des obsèques du Mexicain,

c'est moi que ça regarde.

Si c'est celles d'Henri...

tu pourrais les prendre à ta charge.

- Ça suffit, je vais pas encore endosser le massacre.

- On en reparlera.

On a d'autres problèmes à régler, avant.

Priorité aux affaires.

Je commence par le commencement.

Honneur aux dames.

Mme Mado, je présume ? - Elle-même.

- Chère madame,

Me Folace m'a fait part de quelques...

Quelques embarras dans votre gestion,

momentanés, j'espère.

Souhaiteriez-vous nous fournir des explications ?

- Des explications, il y en a 2 :

récession et manque de main-d'ceuvre.

La clientèle ne boude pas, mais elle a l'esprit ailleurs.

Le furtif, par exemple,

a complètement disparu.

- "Le furtif" ?

- Le client qui venait en voisin.

"Bonjour, mesdemoiselles."

Au lieu de descendre après dîner,

il reste devant sa télé,

pour voir s'il n'est pas l'homme du 20e siècle.

Et l'affectueux du dimanche,

disparu aussi.

Pourquoi ?

Vous pouvez me le dire ? - La télé ?

- L'auto, M. Fernand.

L'auto !

- Ah...

Mais dites-moi.

Vous parliez de pénurie de main-d'ceuvre.

- Là, M. Fernand, c'est un désastre.

Une bonne pensionnaire, ça devient très rare.

Ces dames s'exportent.

Le mirage africain nous fait du tort.

Elles sont prêtes à aller à Tombouctou à la nage !

- Bien. Je vous remercie, Mme Mado.

On en recausera.

C'est qui, le mec du jus de pomme ?

- Ça doit être de moi dont vous voulez parler.

- Dans ta branche, ça ne va pas fort non plus.

Du pastis, vrai ou faux, on en boit encore, non ?

- Moins qu'avant.

La jeunesse française boit des eaux pétillantes.

Et les anciens combattants,

des eaux de régime.

Et surtout,

il y a le whisky.

- Et alors ?

- C'est le drame, le whisky.

Un ami... Il siffle.

Dis donc ! Je le connais pas, celui-là. Il est nouveau ?

- Le petit dernier de chez Beretta.

Très bien pour le combat de près,

pour le coup à travers la poche dans le métro

ou dans l'autobus.

Mais, note, il faut en avoir l'usage.

Sans ça, tu ne l'amortis pas.

- Le prix s'oublie, la qualité reste.

C'est pas l'arme de tout le monde.

T'as ça par qui ? - Antonio.

- Le frère de Berthe ? - Oui.

- Vous comprenez, M. Fernand,

que le pastis perd de l'adhérent chaque jour.

Le client devient dur à suivre.

- C'est pareil dans tous les domaines.

Si je te parlais motoculture...

Oui, enfin...

- J'espère qu'il est encore chaud. - Merci.

Bien !

Et maintenant, à nous.

Le jeu n'a jamais aussi bien marché, hein ?

- Que tu dis !

- Ce qui vous chagrine, c'est la comptabilité.

Vous êtes des hommes d'action.

Je vous ai arrangé votre coup.

- T'arranges... Et si on était pas d'accord ?

- Ça, c'est pas possible.

J'ai adopté le système le plus simple.

Tiens, regarde.

Les chiffres de l'an dernier, on les reporte.

- Arrête, toi !

- L'an dernier, on a battu des records.

- Eh bien, vous les égalerez cette année.

Vous semblez en pleine forme.

Gais, entreprenants, dynamiques.

- En plus, il nous charrie !

- Pascal ?

- Oui, M. Fernand ?

- Vous viendrez encaisser, sous huitaine.

- Et si on paye pas, tu nous butes !

- Hé... monsieur Raoul.

- Bien !

Messieurs, je vous remercie de votre attention.

Madame.

- Bastien, raccompagne ces messieurs.

- Raoul Volfoni, on peut dire que tu en es un.

- Un quoi ?

- Un vrai chef.

- Il connaît pas Raoul, ce mec !

Il va avoir un réveil pénible.

Je voulais être diplomate à cause de vous. C'est fini.

Je vais le faire marcher à coups de latte !

A ma pogne, je veux le voir !

Croyez-moi, il demandera pardon !

On frappe.

Coup de poing Musique enjouée

- J'avais oublié.

Les 10 % d'amende, pour le retard.

- Il a osé me frapper.

Il se rend pas compte.

...

*Musique classique

- Bonsoir.

- Notre petite fête m'a rajeuni de 20 ans.

M. Naudin a quelque peu

bousculé M. Volfoni senior.

- Mes compliments, monsieur.

...

- C'est quoi, ça ?

...

- Pas au moment où la flûte répondait au cor !

Vous êtes odieux ! - Tonton, ça ne se fait pas.

- Je t'en prie, hein !

- Qu'est-ce qui vous arrive ?

Vos affaires vous ont contrarié ?

- À peine !

M. Delafoy, j'aimerais avoir une explication.

Rechaussez-vous. Vous êtes ridicule.

- Que dois-je vous expliquer, cher monsieur ?

- Tout ça :

lumière tamisée, musique douce,

et vos godasses sur le fauteuil Louis XVI !

- La confusion peut encore s'expliquer,

mais les termes sont inadéquats.

- Parce que c'est pas du Louis XVI ?

- Non, du Louis XV.

Vous n'êtes pas tombé loin.

Les sonates de Corelli ne sont pas de la musique douce.

- Pour moi, c'en est !

Et je suis chez moi !

- J'aime ça.

La thèse est osée et parfaitement défendable.

Discutons de la musique par rapport au local,

de l'élixir et du flacon, du contenu et du...

contenant...

- Patricia, mon petit...

je veux éviter d'être vieux jeu, et encore moins grossier.

L'homme de la pampa reste toujours courtois,

mais la vérité m'oblige à te le dire.

Ton Antoine commence à me les briser menu !

- Si nous parlions de moi pendant que vous dînerez ?

- Tu montes dans ta chambre !

- Bonne nuit, Antoine.

- Quant à vous, brillant jeune homme...

- Je connais le chemin. - Alors, oubliez-le !

- C'est pas gentil, oncle Fernand.

- Monsieur Fernand. Allez, hop !

- Les manières y gagneront ce que l'affection y perdra.

- C'est ça, on s'aimera moins !

- Vous m'avez terriblement déçue.

Vous n'avez pas été gentil avec Antoine.

- Ton père ne supportait pas les voyous, là !

- Antoine, un voyou ?

C'est un grand compositeur. Il a du génie.

- Les génies ne se baladent pas les pieds nus, hein !

- Et Sagan ?

Sonate de Corelli

...

- Bonsoir.

...

- Vous êtes loufs, non ?

C'est quoi, ces façons d'entrer ?

- On ne voulait pas sonner et réveiller toute la maison.

Si la demoiselle se posait des questions...

À cet âge-là, on imagine.

- Et pis, on avait à vous parler.

- Je vous ai déjà vu.

- Tout à l'heure, chez les Volfoni.

J'étais de l'autre côté.

- Asseyez-vous. Je suis en train de béqueter.

- On est vraiment confus.

...

Voilà.

Si on est venus à 2, y a une raison.

Bastien, c'est le fils de la sceur de mon père.

Comme qui dirait, un cousin direct.

Vous saisissez la complication,

M. Fernand ?

- Non. Pas encore.

- Ah, forcément !

Tu lui as pas donné mes références.

Première gâchette chez Volfoni.

5 ans de labeur,

de nuit comme de jour,

et sans un accroc.

- Vous la voyez, l'embrouille ?

Chez les caves, on appelle ça un cas de conscience.

Nous, on dit un point d'honneur.

Entre vous et les Volfoni,

il va faire vilain temps.

En supposant que ça tourne à l'orage,

Bastien et moi, on va se retrouver face à face,

flingue en pogne,

avec l'honnêteté qui commande de tirer.

Non. Un truc à décimer une famille.

- Je vois.

Vous voulez boire un coup ?

- Non merci, jamais entre les repas.

- Chez nous, c'est la règle :

santé, sobriété.

- Beaucoup se sont gâtés la main aux alcools.

- Je peux rien vous reprocher, hein.

Les histoires de famille, ça force le respect.

Alors, qu'est-ce que vous proposez ?

- Bastien a donné sa démission à M. Raoul.

- La tienne va suivre.

- Je peux pas faire moins, faut comprendre.

- Je comprends.

Quand la protection de l'enfance

coïncide avec la crise du personnel,

faut plus comprendre. Faut prier.

"Si la vieille définition n'avait pas tant servi

"à propos de Racine et de Corneille,

"nous dirions que Bossuet a peint Dieu tel qu'il était,

"et que Pascal l'a peint tel qu'il est."

Eh ben, dis donc !

Ils t'ont donné que 16/20 ?

Là, ils y vont un peu fort, hein !

Je t'aurais donné plus.

- Vous êtes gentil.

- Patricia, mon enfant... Téléphone

Mercredi dernier, quand je suis arrivé,

nous dérivions et le navire prenait l'eau.

- Un monsieur au téléphone.

Un appel de Montauban.

L'interlocuteur me semble un peu "rustique".

Le genre agricole.

- Allô, oui ?

Oui, c'est moi.

Ça va, ça va. Alors ?

Hein ?

Oui.

Oui.

Si je suis pas rentré, c'est que j'ai pas pu.

Eh bien, je ne sais pas, moi.

8 jours, peut-être 15.

Jean marmonne.

Y a qu'à faire le nécessaire !

À chaque fois, c'est toujours pareil !

Faut qu'il y ait des histoires !

Démerdez-vous !

...

- "Et Pascal l'a peint tel qu'il est."

Moi, j'aurais donné à Mademoiselle 20/20.

Et en cotant vache. - C'est gentil.

- Vous savez combien il reste ? - Non.

- 60 000. 6 briques !

- Ça veut dire qu'il y a du coulage ?

- Du coulage ? C'est bien plus simple.

L'argent qui devait rentrer n'est toujours pas rentré.

Téléphone

L'éducation de la princesse :

cheval, musique, peinture, etc.,

atteint un budget élyséen !

Vos dépenses somptuaires prennent des allures africaines.

Allô ? Oui !

Oui.

Oui, il est là.

Une seconde.

- Qui est-ce ? - Justement.

Raoul Volfoni.

- Ah, tout de même !

Allô ?

On a enfin compris ? On casque ?

- Tu fais des obsessions. T'as des idées fixes.

Je venais t'avertir

qu'à la distillerie, ils sont en plein baccara.

Occupe-t'en, grand chef.

*-De quoi tu t'occupes ?

- Tu vois comme t'es injuste.

T'es jamais satisfait.

- Tu crois que Raoul sera tombé dans le piège ?

- Il ne résistera pas à la joie d'annoncer

une mauvaise nouvelle à l'autre imbécile.

- Étonnant que le butor n'ait pas encore téléphoné.

- Y a des impulsifs qui téléphonent.

Y en a d'autres qui se déplacent.

Klaxon

... Et voilà.

- Et c'est Volfoni qui portera le chapeau.

- T'es rassuré ? - Oui.

- En voilà un...

qui est pratiquement sorti du bal.

Ce n'est plus qu'une affaire de patience.

Dans 1 mois, les Volfoni

et les affaires du Mexicain, ça deviendra

Théo, Tomate et compagnie.

Planque ça.

Tes mégots à la pommade rose, le rustique va trouver ça bizarre.

Klaxon

Voilà, voilà, on arrive.

(Allez.)

Dans 5 minutes,

vous filez.

...

- Ça vient, oui ? - Voilà, j'arrive.

- Vous, monsieur Fernand ?

- Ça a l'air de t'épater.

- Raoul Volfoni est ridicule.

Je lui ai demandé de m'envoyer un chauffeur,

pas de vous déranger.

- De toute façon, maintenant, je suis là.

Dis donc.

Entre parenthèses, il est coton à trouver, ton coin.

Ça fait une plombe que je tourne.

- La police tourne autour depuis 10 ans.

Elle n'a jamais trouvé.

C'est pour ça

que je regretterai cet endroit.

- Pourquoi tu me dis ça ?

Hum ?

- Par...

désenchantement.

Vous n'êtes jamais en proie au vague à l'âme ?

- Ma foi, je n'en abuse pas. Non.

- Vous n'avez pas les mêmes raisons.

Vous avez gagné la guerre, vous.

- Si je suis là ce soir, c'est pas pour défiler, hein.

Où tu veux en venir ? Que se passe-t-il ?

- Eh bien, voilà ce qui se passe.

Un chargement tout prêt.

6 millions de pastis.

Un client qui attend ça entre 11 h et minuit,

à Fontainebleau.

Eh bien...

nous ne livrons pas.

- Pourquoi ? Qu'est-ce qui te gêne ?

- Notre dernier chauffeur est parti pour le Sahara,

dans le pétrole,

à cause des primes et des assurances sociales.

Le goût du lucre, l'esprit nouveau.

- Un chauffeur, ça se remplace.

- Monsieur Fernand.

Le transport clandestin ne repose pas sur les compétences,

mais sur l'honnêteté.

Contrairement aux affaires régulières.

On paye comptant, en liquide.

Ça peut tenter les âmes simples.

- Alors, tu prends le bout de bois et tu livres.

- Faut pouvoir.

- Comment ça ?

- La nuit, en plein milieu de la route,

un homme armé, en uniforme,

qui agite une lanterne et qui crie "halte".

Que faites-vous ?

- Je m'arrête. Je passe pas dessus.

- C'est pour ça que vous avez votre permis.

Ha, ha, ha ! Moi pas.

- Les papiers du bahut sont en règle, au moins ?

- Tout est en ordre.

M. Fernand, vous prétendez pas...

- Avec 6 briques à la clé, je prétends n'importe quoi.

J'ai conduit des tracteurs,

et pendant la guerre, un char Patton.

- C'est pas ma marque préférée.

- Oui.

Et où je livre ? Fontainebleau, c'est grand.

- Vous connaissez la pyramide ?

Y aura une Cadillac noire

arrêtée à l'embranchement de Melun...

- Il devrait être passé.

Tu vois pas qu'il serait tombé sur un barrage, ce cave ?

Ce serait beau.

- Il ne tient pas la moyenne, c'est tout.

Avec les prétentieux...

c'est toujours pareil.

Moi, je ! Moi, je !

Sur le terrain, plus personne.

Musique jazz

...

- Il me semble qu'on annonce M. Dugommier.

- Je crois qu'il va regretter son char Patton.

Tirs nourris

...

- T'attends quoi ? Allume-le !

...

...

Ça va !

Ça va, ça va.

- Petit frère, le monde moderne va vers la centralisation.

- Tomate, t'en fais quoi ?

- S'il faut le virer, on le virera. On frappe.

Je connais que la loi du plus fort.

Musique enjouée

...

- C'est une manie. Qu'est-ce qui te prend ?

- Vous êtes sur la pente fatale, les gars.

Vous vous endettez.

3 briques de camion, plus 6 briques de pastis.

- De quoi tu causes ?

- Une autre fois ! - Bon.

- Ce soir, je suis pas d'humeur à bavarder.

Tout m'irrite.

- Bon, bon.

La porte claque.

On frappe.

- T'es toujours de 50 % dans l'affaire ?

- Ben, bien sûr.

- Va ouvrir.

*Musique yéyé

...

- Convocation à 9 h.

Il semble, mon cher, que nous ne sommes pas en avance.

Vous êtes un ami de Pat ou d'Antoine ?

Je me demande s'il la saute.

- Si qui saute qui ?

- Ben, Antoine... Patricia.

...

Coups de poing

...

...

- Jean !

- Une seconde, monsieur.

...

- Le cercle de famille s'agrandit.

- Encore un peu, s'il te plaît.

- Tu picoles trop. - Ramène une bouteille.

- Oui, d'accord. Allez, ciao.

- Jean, où est Patricia ?

Et Me Folace ?

- À la cuisine. Il aide, lui.

*Johnny Hallyday : "I Dream of You"

...

- Me cacher, c'est désagréable.

...

- Oncle Fernand ?

- Ah, te voilà !

C'est ça, ta dînette au coin du feu ?

Tu vas m'expliquer un petit peu, hein !

- D'où viens-tu ?

...

- J'étais chez des amis.

- Des anciens paras.

Vous avez évoqué le bon vieux temps.

Reptation, close combat...

Vous avez joué au lance-flammes. Tut, tut !

- Sec ou à l'eau ?

...

- Chez soi, ça fait plaisir !

- Tu étais d'accord pour que j'invite des amis.

Ils sont tous d'excellente famille.

Celui qui t'a offert le scotch, tu sais qui c'est ?

Jacques Le Tellier, le fils du contre-amiral.

Tu tiens toujours à ce que je passe mon bachot ?

Alors, sois logique.

Le bachot sans relation, c'est la charrue sans les bceufs,

le tenon sans la mortaise,

une nièce sans son oncle.

Bref, c'est rien.

Tu n'avais jamais pensé à ça, hein ?

- C'est fini ? - Entre nous,

à quoi penses-tu ?

- A Montauban !

On devrait jamais quitter Montauban !

...

- Charmante soirée, n'est-ce pas ?

Vous savez combien ça va nous coûter ?

2 000 francs !

Nouveaux !

- Y en a qui gaspillent. Y en a qui collectent.

Qu'est-ce que vous dites de ça, hein ?

...

- Il faut encore des toasts à la purée d'anchois.

- Le voilà, votre encaissement en retard,

aggravé d'une amende, en plus !

Les Volfoni ont essayé de me flinguer, Maître.

- Ce n'est pas leur genre.

- Ça prouve qu'ils ont changé de genre.

- Quand ça change, ça change.

Faut être prévoyant.

- Vous croyez qu'ils oseraient venir ici ?

- Les cons, ça ose tout.

C'est à ça qu'on les reconnaît.

Sonnerie

...

... ...

...

- Tu t'es pas gouré de crèche ?

- J'me goure jamais, en rien !

...

- Scotch ou jus de fruit ? - Rien !

Si c'est notre pognon qu'ils arrosent, ça va saigner.

Dites, mon brave.

- Messieurs ?

- Il est là, votre patron ?

- Qui demandez-vous ?

- M. Fernand Naudin.

- Fernand l'emmerdeur, c'est comme ça que je l'appelle.

- Si ces messieurs veulent bien me suivre.

- Alors, tu viens ?

- Si vous voulez vous donner la peine.

- Bougez pas ! Les mains sur la table !

On a la puissance de feu d'un croiseur.

- Si ces messieurs veulent bien me les confier.

- Quoi ?

- Mes enfants, nous sommes en panne de toasts.

Tu sais, mon oncle, si tes amis veulent danser...

- Allons vite, messieurs.

Si quelqu'un vient, on pourrait se méprendre

et on jaserait.

Nous venons de frôler l'incident.

- Tu sais ce que je devrais faire,

rien que pour le principe !

- C'est un peu rapproché, non ?

- Je te disais que la démarche ne s'imposait pas.

Au fond, maintenant,

les diplomates supplantent les hommes d'action ?

L'époque serait aux tables rondes ?

Hein ? Qu'est-ce que t'en penses ?

- Je ne dis pas non.

- On n'est pas venus pour beurrer les toasts ?

- Pourquoi pas ?

Au contraire.

Les tâches ménagères ont toute leur noblesse.

Surtout lorsqu'elles constituent le premier pas

vers des négociations fructueuses, hein ?

Merci.

- Maître Folace.

Vous devriez planquer les motifs de fâcherie.

- Oh, M. Fernand...

- Je connais la vie, M. Paul.

Pour en revenir au travail manuel,

ce que vous disiez est finement observé.

Et puis, ça reste une base.

- Ah ça, c'est bien vrai.

Si on bricolait, on aurait moins la tête aux bêtises.

Oui.

Quelqu'un entre. - Jean !

Où il est, Jean ?

- Qu'est-ce que vous lui voulez ?

- Plus de glace !

Plus de scotch ! - Donnez-lui un jus de fruit.

- Non, du scotch !

Vos jus de fruit, vous pouvez... - Mademoiselle !

L'oncle de Patricia dit qu'il n'y a plus de scotch.

- Il a qu'à en acheter, avec ça !

- Touche pas au grisbi, salope !

Musique jazz

...

- De l'alcool à cet âge-là !

Enfin...

- Non mais, c'est un scandale !

- Nous, par contre, on est des adultes.

On pourrait peut-être s'en faire un petit.

Hein ?

- Le fait est...

Maître Folace. - Hum ?

Seulement, le tout-venant a été piraté par les mômes.

On se risque sur le bizarre ?

Ça va rajeunir personne. - Nous voilà sauvés.

- "Sauvés", faut voir !

- Tiens ? Vous avez sorti le vitriol ?

- Pourquoi vous dites ça ?

Il a pourtant un air honnête.

- Sans être franchement malhonnête,

au premier abord, il a l'air assez curieux.

- Il date du Mexicain,

du temps des grandes heures.

On a dû arrêter la fabrication.

Y a des clients qui devenaient aveugles.

Ça faisait des histoires. - Allez !

Faut reconnaître...

C'est du brutal.

- Vous avez raison. Il est curieux, hein ?

- J'ai connu une Polonaise qui en prenait au petit-déjeuner.

Faut admettre que c'est plutôt une boisson d'hommes.

Raclement de gorge

- Tu sais pas ce qu'il me rappelle ?

Cette drôlerie qu'on buvait dans une taule de Bien Hoa,

pas très loin de Saigon.

Les volets rouges.

Et la taulière,

une blonde comac !

Comment elle s'appelait ?

- Lulu la Nantaise.

- T'as connu ?

- J'y trouve un goût de pomme.

- Y en a.

- C'est devant chez elle que Le Cheval s'est fait dessouder.

- Et par qui ?

Hein ?

- Voilà que j'ai plus ma tête.

- Par Teddy de Montréal,

un fondu qui travaillait qu'à la dynamite.

- Toute une époque !

*Slow

...

- Tu boudes ?

- Moi ? Tu plaisantes.

Mais j'en ai assez des amours clandestines.

S'embrasser par téléphone,

même 2 fois par jour, c'est bien mignon,

mais je suis un homme, tu comprends ?

Tout ça à cause de ton oncle !

C'est bête. On dirait que vous avez peur de lui.

Je vais aller lui parler, moi.

- Tu vas lui parler de quoi ?

- Je vais lui parler de notre mariage,

de toi,

de moi.

De nous.

- Répète un peu ce que tu viens de dire.

- De toi.

De moi. - Non, non.

Juste le premier mot. C'était le meilleur.

- D'accord, d'accord.

Je dis pas qu'à la fin de sa vie,

Jo le trembleur, il avait pas un peu baissé.

Mais pendant les années terribles,

sous l'Occup', il butait à tout-va.

Il a décimé toute une division de Panzer.

- Il était dans les chars ?

- Non, dans la limonade !

Sois à ce qu'on te dit !

- Mais j'ai plus ma tête. J'ai plus...

- Il avait son secret, le Jo.

- C'est où ?

- À droite, au fond du couloir.

- Et... Et... Et...

50 kilos de patates,

1 sac de sciure de bois,

il te sortait 25 litres de 3 étoiles à l'alambic.

Un vrai magicien, le Jo.

C'est pour ça que je me permets d'intimer l'ordre

à certains salisseurs de mémoire

qui feraient mieux de fermer leur claque-merde !

...

- Vous avez beau dire...

y a pas seulement que de la pomme.

Y a autre chose.

Ça serait pas, des fois, de la betterave ?

Hein ? - Si.

Y en a aussi.

- On vous apprend quoi, à l'école, mon petit chat ?

Les jolies filles en savent toujours trop.

Vous savez comment je vois votre avenir ?

Vous voulez le savoir ?

- Non, non, non.

Patricia rit.

- Je vais vous le dire quand même.

Je vois une carrière internationale,

des voyages. Oui.

L'Égypte, par exemple.

C'est pas commun, l'Égypte.

Ce qu'y a de bien, c'est que là-bas,

l'artiste est toujours gâtée.

- Patricia.

Monsieur désire un renseignement ?

- Il me proposait une tournée en Égypte.

- Hein ?

- Je disais l'Égypte, comme ça.

J'aurais aussi bien pu dire, euh...

le Liban.

- Monsieur dirige une agence de voyages !

- Mais non, voyons, chéri.

Il fait la traite des blanches.

Mais tu sais

que c'est courant. Allez, viens.

Ronflement

...

- Mangerais bien quelque chose de consistant, moi.

...

- Dis donc !

Ta nièce est maquée à un jaloux.

Je lui faisais un brin de causette,

le genre réservé, tu me connais,

doux et tendre,

et d'un coup, un p'tit cave est venu me chercher.

Les gros mots, et tout.

- Tu as quoi ?

Monsieur Antoine !

Je vais lui faire franchir les portes

et même le faire passer à travers !

- Je serais pas étonné qu'on ferme.

- Dehors, tout le monde. Allez, au dodo !

Dehors ! La famille, ça se respecte, monsieur !

Les foyers, c'est pas des bouics !

- Votre excès de familiarité ne s'excuse que par l'ivresse.

- Non, mais...

Mais qui qu'a bu, hein ?

- Du jus de pomme !

- Du tact, moi, M. Antoine...

Et à toute la bande... Dehors !

Et allez, hop ! - Et hop ! On ferme.

- Allez, allez, allez !

Allez !

- Allez, allez !

Allez. Allez.

On ferme. Allez.

Allez, on est partis.

Ouste, on retire sa main de là. Allez !

Cris de protestation

...

- Allez, au lit ! Au lit, tout ça !

...

Papa vous attend.

- Et hop là !

Musique mélancolique

...

- Bon, ben...

On... On causait de quoi, hum ?

- De notre jeunesse.

- Hé ? Hé ho ?

Ho, réveillez-vous.

Réveillez-vous.

- Qu'est-ce que vous faites là ?

J'ai le regret de vous apprendre

que Mlle Patricia a séché son cours, ce matin.

- Quoi ?

- Patricia n'est pas allée en cours.

L'institution vient de téléphoner.

- Je vous garantis qu'elle va y aller.

Elle va même y aller tout de suite !

Mais elle est partie ?

C'est pas possible.

Enfin, c'est pas possible.

- Vous avez connu sa mère.

- Quel rapport ? - L'hérédité.

Sa maman avait la manie de toujours faire ses valises.

- Elle a été élevée à Bagneux sur la zone.

À 16 ans, elle était vedette chez Mme Reine.

Je vois pas le rapport.

- On pourrait peut-être prévenir la police ?

- Vous voulez que le Mexicain se retourne dans sa tombe ?

Sa fille recherchée par les perdreaux !

Y a des jours où vous déconnez ferme !

Jean !

- Monsieur ?

- Vous avez vu passer la petite, ce matin ?

- Comme d'habitude, à 8 h.

- Vous avez rien remarqué ? - Si, les valises.

- Mais...

Non, mais c'est...

C'est maintenant qu'il me dit ça ?

Mais c'est un monde. Non, c'est pas vrai !

Une môme s'en va à l'école avec des valoches,

et vous, vous trouvez ça naturel !

- John, go on

or he'll break your dirty face.

- On peut dire que je suis comblé.

Merci, messieurs !

Ah oui !

C'est quoi, ça ?

- Le numéro du Radio-Taxi qu'elle a pris.

Yes, sir !

- Vous êtes sûr que c'est là ?

- Un peu, j'ai coltiné les bagages à la 3e baraque.

- Mais elle est folle ?

- On croit ça chaque fois qu'elle se tire.

- Attendez, j'en ai pour 5 min.

- Appelez plutôt un collègue.

Si la dame me voit, je serai le vilain.

Cafarder, c'est pas beau.

6,50.

Dans le métier, les ruptures, les retrouvailles,

les fluctuations de la fesse, on veut pas s'en mêler.

J'ai un collègue, transporteur de cocus,

qui s'est retrouvé criblé, en plein jour, rue Godeau,

par une maladroite.

- Ça va ! - Merci, monsieur.

Merci.

Hé ?

Soyez quand même pas trop dur.

*Musique contemporaine

...

- Nom de Dieu de nom de Dieu !

Où faut-il s'expatrier pour avoir la paix ?

Au Groenland ? A la Terre de Feu ?

J'allais toucher l'anti-accord absolu !

Absolu !

La musique des sphères.

Vous n'y comprenez rien, homme singe !

Sifflement aigu

- Vous permettez, hein ?

...

- Ah non !

- M. Delafoy, quand vous en aurez terminé

avec vos instruments de ménage...

- J'attendais ça. Mes "instruments de ménage" !

L'ironie du primate !

L'humour louis-philippard !

Le sarcasme prudhommesque !

M. Naudin, vous êtes expert en bulldozer, tracteur...

mais vos opinions sur la musique et l'art moderne,

je vous conseille de les utiliser en suppositoire.

Et encore, pour enfant !

M'ayant jeté de chez vous, je comprends mal...

- Où est Patricia ? - Votre présence chez moi.

- Où est Patricia ?

- Ici, mon oncle.

Bonjour.

...

- Mais enfin...

Enfin, Patricia...

Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Je civette, je bain-marie, je ragougnasse.

Bref, je donne à Antoine

tout apaisement dans l'avenir.

- Hein ? - Logique, non,

s'il doit passer sa vie avec moi ?

- "Passer sa vie" ?

- Naturellement, tu restes à déjeuner.

Chéri, tu devrais descendre chez l'Italien.

On manque de vin. - Bordeaux ou bourgogne ?

Hein ? On prendra les deux.

- Ça ne va pas ? Qu'est-ce que tu as ?

- Rien. Je deviens louf, c'est tout.

- Mon civet brûle !

Tu peux venir, tu sais.

- Écoute, Patricia.

Qu'est-ce qui t'a pris de partir comme ça ?

Tu nous as fait faire un mauvais sang du diable.

- Qu'est-ce qui t'a pris de renvoyer Antoine ?

- Tu veux mon avis ? - Bien entendu.

- Il manque du thym.

Il s'agit pas de ça !

C'est mon avis sur ton Antoine.

- Mon Antoine ! Tu l'as très bien dit.

Il m'épouse.

- Non, non, Patricia. Ne nous emballons pas.

Tu l'aimes ? Enfin, assez pour l'épouser ?

- Presque trop ! C'est du gâchis.

Ça méritait une liaison malheureuse, tragique.

Quelque chose d'espagnol ou de russe.

Allez, viens donc boire un petit scotch.

Ça te fera oublier ceux d'hier.

- Hier, j'ai rien bu. Pas ça !

- Pourquoi as-tu déambulé toute la nuit ?

Tu as même fait couler 2 bains.

- Les nerfs !

Dis-moi...

Tu... Tu comptes rentrer pas trop tard ?

Faudrait pas que la belle-famille pense

que nous menons une vie de bohème.

Ton Antoine, il est bien gentil avec ses airs,

mais il va nous faire surgir une famille.

- Seul rescapé d'une famille

ébranlée par les guerres, les divorces et les accidents,

papa : Adolphe Amédée Delafoy,

dit "le président".

Il collectionne les pendules et les contraventions,

les déceptions sentimentales et les décorations.

Il les a toutes, sauf la médaille de sauvetage.

La plus belle, mais inaccessible quand on n'est pas breton.

- Un homme curieux, dites donc.

- Un père.

Adolphe Amédée témoigne pour l'art

les mêmes perversions que vous.

Défenseur de Puvis de Chavannes et de Reynaldo Hahn...

- Je connais pas.

- Lui, si !

À part ça, c'est un grand honnête homme,

porté sur la morale et les soubrettes,

la religion et les jetons de présence.

Vous connaissez sa dernière ?

Il vient de se faire bombarder vice-président du FMI.

- Oh ?

- À quoi penses-tu ?

- Au Fonds Monétaire.

Pas bête, ça, tu sais.

Musique intrigante

- HAPPY BIRTHDAY TO YOU

HAPPY BIRTHDAY TO YOU

HAPPY BIRTHDAY, FERNAND

HAPPY BIRTHDAY TO YOU

- Bon anniversaire, mon oncle.

- Joyeux anniversaire, mon cher.

- Good health and happiness, sir.

Santé et prospérité, sir.

- C'est trop gentil.

- On a apporté celui-là, tout à l'heure.

"Expéditeur : Volfoni frères."

- Même si on a fait la paix, ça fait quelque chose.

Je dois dire que le geste est délicat.

Tic tac

- C'est sûrement une pendule. Écoute.

...

On frappe.

- Happy birthday to you

Happy birthday to you

Happy birthday

to you

Happy birth...

Musique enjouée

...

- Il est parti.

- T'as déjà vu ça ? En pleine paix ?

Il chante et crac, un bourre-pif.

Il est complètement fou, ce mec !

Moi, les dingues, je les soigne.

Je vais te lui faire une ordonnance.

Et une sévère.

Il va voir qui c'est Raoul.

Aux 4 coins de Paris qu'on va retrouver des morceaux.

Quand on m'en fait trop, moi, je dynamite.

Je disperse.

Je ventile.

Étincelle

...

- Pff ! On aurait pas dû venir.

- Ta gueule !

Assure-toi qu'il s'est recouché.

Alors, il dort, le gros con ?

Il dormira mieux après s'être pris ça.

Il entendra chanter les anges, le gugusse de Montauban.

Je vais le renvoyer à la maison mère,

au terminus des prétentieux.

...

Fumier, va !

Fumier !

- Ben...

- Oh le fumier !

- "Énigme dans l'affaire du camion incendié."

"Parmi les bouteilles de pastis clandestin

"transportées par les fraudeurs,

"certaines contenaient de l'essence."

Évidemment, ça brûle mieux.

- Oui.

Mais, monsieur Fernand,

ce que vous avez fait à Volfoni, c'est pas bien.

- C'est surtout pas juste.

- Elle est belle, celle-là !

Il me flingue à vue. Il me bute Henri.

- Justement pas.

- Euh... Explique, toi !

- Monsieur Fernand.

Si les Volfoni vous avaient seringués, vous et Henri,

qui aurait été aux commandes ?

- Moi, première gâchette.

- Et c'était pas toi.

Dites donc...

Théo, l'ami fritz...

question mentalité, il cote combien ?

- Bof, c'est pas du blanc bleu.

- Vous feriez une commission pour moi ?

- Si les Volfoni ne sont plus dedans...

- Présentée comme ça, la chose peut nous séduire.

- Vous pourriez passer voir Théo à sa campagne.

Il a sans doute besoin de parler.

De causer.

Et à vous, qu'il connaît bien...

il se confierait peut-être, hum ?

- Je ne vois pas pourquoi il nous ferait des cachotteries.

- Je ne vois pas non plus.

- Ou ce serait par goût de taquiner.

M. Fernand, on est passés à la distillerie.

Théo était pas là. On est tombés sur Tomate.

Curieux, non ?

*-Que faisait-il là ?

- Détendez-vous, M. Fernand.

Il nous l'a dit.

- Pauvre Tomate.

Je le voyais pas s'en aller si vite.

- Et on n'aura pas à le faire.

C'est par lui qu'on devait clôturer.

- C'est tout ce que tu as trouvé ?

Si Tomate n'est plus, c'est que le branque a compris.

Et ce sera bientôt notre tour !

Seulement, maintenant,

on a le droit pour nous.

- Le droit ? - Légitime défense.

Avec moi, ça ne pardonne pas.

- Mon cher, nous avons de la visite.

- Bravo, l'effet de surprise. On se fait flinguer.

Coup de feu

- Hé !

- Ho, saloperie !

- Je te demande pas si tu sais les ouvrir.

- Je ne vous demande pas si vous savez vous en servir.

Quelqu'un approche.

...

Corelli : "Sonate"

...

- Monsieur attendait quelqu'un ? - Non.

- D'après monsieur, serait-ce une feinte de l'ennemi ?

...

Sonnette

...

- Voulez-vous m'annoncer auprès de M. Fernand Naudin,

je vous prie ?

- De la part ?

De la part de qui, monsieur ?

- Qu'y a-t-il, mon ami ?

Articulez.

- De la part de qui, monsieur ?

- De la part du président Delafoy.

Le père d'Antoine Delafoy.

Coup de feu

- Le président Delafoy.

...

- Puisqu'on ne m'annonce pas, je vais le faire moi-même.

...

Il tousse fort.

Moi aussi, M. Naudin, je suis ravi de vous connaître.

Rire gras et forcé

Vous êtes habitué à mener les choses rondement.

Ils rigolent.

Ce n'est pas pour me déplaire.

J'aime l'action, l'initiative. ...

Quand j'étais jeune, je jouais au hockey sur gazon.

Carillon Oh, grand Dieu !

...

Oh... fin 18e,

de Ferdinand Berthoud !

Peste ! ...

Oh ! ...

À moins que ma future belle-fille y tienne,

je le lui échangerais bien.

...

Hein ? Oui.

Il rigole.

...

Pardonnez-moi, j'anticipe.

...

Monsieur, j'ai l'honneur

de vous demander la main

de votre nièce, Patricia,

pour mon fils Antoine. ...

...

... Oh !

Ce oui est un cri du cceur !

Je n'en attendais pas moins.

Air de tango

...

Mais... Mais... Eh bien, voilà.

...

...

Cette maison est un ravissement !

Oh...

Cette verdure... Ce calme...

...

...

Monsieur.

...

Voyez-vous, cher monsieur, rien ne vaut

ces vieilles demeures de famille.

... Ces greniers,

où nous avons joué enfant.

Il me semble avoir entendu...

- Euh... Oui, c'est...

C'est le jardinier qui tue des taupes.

James !

- Monsieur ?

- Dites-lui de faire moins de bruit, merci.

- Je vais essayer de lui faire comprendre, monsieur.

- Dites-moi que c'est un héritage, un cadeau,

un objet de famille.

Ne me dites que vous l'avez trouvée à Paris.

Vous me tueriez !

- Quoi ?

- Ça !

...

Oh mais... Qu'est-ce que c'est ?

- Euh... Des termites. - Hein ?

- Des termites. Ça bouffe tout.

L'ennui de ces vieilles demeures

où nous avons joué enfants. ...

Sales bêtes !

...

- Les horribles.

Séparément, ils sont déjà pas drôles.

Je suis pas pressé de voir leur numéro de siamois.

Théo siffle.

- On doit admettre que Dieu n'est pas avec nous.

Il ne sera pas dit qu'on a sorti le matériel pour rien.

...

Je te dis pas que c'est pas injuste.

Je te dis

que ça soulage.

...

- Parfait !

Absolument parfait.

Et pourtant, une jaquette,

c'est difficile à porter.

Et monsieur la porte à ravir.

Monsieur a une morphologie

de diplomate.

- Très bien. Envoyez-moi votre facture rapidement.

Je repars en province après-demain, moi !

Musique romantique

...

- S'il vous plaît, on ne bouge plus.

Merci.

- Mon oncle, c'est merveilleux !

Je ne pensais pas qu'on avait autant d'amis.

- Nous en avons bien plus que tu ne le penses.

- Mademoiselle, s'il vous plaît.

...

- Vous avez l'air exceptionnellement détendu,

heureux de vivre.

- Oui, ça, vous pouvez le dire.

Ma mission de tuteur est terminée. Et croyez-moi...

Quant aux diverses affaires,

constituant la dot de notre Patricia,

votre papa a accepté de les prendre en charge.

Évidemment, elles sont un peu particulières,

mais avec un vice-président du FMI à leur tête,

tout ira bien, non ?

- Surtout avec papa qui ne comprend rien à rien,

rien à la France, rien à l'Europe...

Mais il comprendrait l'incompréhensible

dès qu'il s'agit d'argent.

- C'est pas du toc ?

- M. Fernand, du vieux Paris...

- Ah... (-M. Fernand !)

M. Fernand !

- Quoi ?

- Y a du nouveau. Théo est reparu.

Il est à la distillerie avec tout son monde.

- Ils démontent tout. Ils vont se faire la malle.

- Et t'es là ?

Jean.

Ah, bravo ! - Bastien monte la garde.

On aurait pu les flinguer doucement,

mais on a pensé que Théo vous revenait de droit.

On a déjà vu des patrons se vexer.

- Jean, dites à mademoiselle que j'ai une course à faire

et que je rejoindrai le cortège à l'église. Voilà.

- Pour ce genre de course, ne partez pas la musette vide.

- Tu m'as déjà vu ne pas emporter ce qu'il faut ?

- Pardon, M. Pascal, aujourd'hui, j'ai plus ma tête.

- Bon, bon... On y va. Allez.

- Non, non ! Vous, à l'église, hein !

Là !

- J'en ai repéré 3. Y en a peut-être d'autres.

- Qu'est-ce qu'on fait ? On attend qu'ils sortent ?

On fait un fermé ou un rabat ?

- Non, non. Je suis de cérémonie à 10 h.

Allez, allons-y.

- Bon.

- Les horribles, ils arrivent.

- Qu'est-ce que je vois là ?

Ça ?

- Je l'ai pris des fois qu'il faut tirer en rafale.

Des fois qu'ils seraient tous sortis d'un coup. Tatata !

- Tu as gardé un petit côté maquisard.

T'es pas en âge d'arrêter tes mômeries ?

- C'est fini, oui ? Je vous dis que je suis pressé !

Coups de feu

(-Pascal, hé ?)

...

(-Ça y est.)

...

...

...

...

Patron. - Oh, merde !

- Avec la jaquette, ça ira.

- Ça va ?

Musique romantique

...

Envolée de cloches

...

J'ai eu chaud.

...

Musique yéyé à l'orgue

...

Musique inquiétante

...

"Gloria" (Version cantatrice)

...

Explosion

...

Envolée de cloches

Sirène de pompier

Musique yéyé à l'orgue

...

Sous-titrage : Eclair Media

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