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LES COMMUNIANTS
Notre Seigneur J�sus,
la nuit m�me o� il fut trahi,
prit le pain, le rompit, et, apr�s avoir rendu gr�ce,
le donna � ses disciples en disant :
"Prenez et mangez, ceci est mon corps.
"Faites-le en m�moire de moi".
Puis il prit la coupe et dit :
"Buvez-en tous,
"car ceci est mon sang,
"r�pandu pour la r�mission de vos p�ch�s.
"Faites-le en m�moire de moi".
Prions
comme Notre Seigneur J�sus nous l'a enseign�.
Notre P�re qui es aux cieux
Que Ta volont� soit faite sur la terre comme au ciel
Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien
Pardonne-nous nos offenses
Comme nous pardonnons � ceux qui nous ont offens�s
Ne nous soumets pas � la tentation Et d�livre-nous du mal
Que la paix de Dieu soit avec vous.
Le corps de Notre Seigneur.
Le sang de Notre Seigneur.
Que la paix de Notre Seigneur soit avec vous.
Partez en paix.
Notre p�re c�leste,
nous t'offrons ici nos �mes et nos corps.
Nous te prions humblement
de nous accorder ta gr�ce et ta sainte b�n�diction.
Glorifions le Seigneur.
Offrez vos �mes � Dieu.
Recevez sa b�n�diction.
Que Dieu vous garde
et vous accorde sa gr�ce.
Que sa paix soit avec vous.
Au nom du P�re, du Fils
et du Saint Esprit.
- Vous paraissez souffrant. - Si je pouvais me coucher !
Demandez � Broms de vous remplacer � Frostnas, ce soir.
Impossible, il est absent.
C'est une bonne grippe.
Le pire, c'est ma gorge.
- Avez-vous trouv� une gouvernante ? - Non.
Vous ne pouvez pas continuer ainsi.
Pourquoi ? Je me suis bien arrang� pendant 5 ans.
Martha Lundberg serait ravie de vous aider.
Je peux lui en parler.
Non, merci.
Bonjour, M. Ericsson.
Comment allez-vous ? Merci pour votre sermon.
Vous voulez quelque chose ?
Non, seulement voir s'il ne manque rien.
En v�rit�... j'aimerais vous parler un moment.
� Frostnas, � 3 h.
Vous avez le temps ?
Oui, apr�s le service.
J'irai en avance pour allumer le chauffage.
Les m�mes cantiques ?
Vous n'�tes pas bien ?
Non, j'ai la grippe.
C'est le temps, moi-m�me...
Il n'a qu'une pension.
Il faut qu'il gagne quelque chose comme sacristain.
C'est Mme Persson, elle veut vous voir.
M. Le Pasteur, je voudrais vous parler.
Je vous t�l�phonerai ce soir, si je peux vous aider...
Merci, ce ne sera pas n�cessaire.
Vous d�siriez me voir ?
Enfin, c'est-�-dire...
C'est plut�t Jonas qui...
Mais il ne parle jamais. Alors, ce matin, j'ai pens�
venir � l'�glise et vous consulter.
Vous savez, nous sommes tr�s troubl�s.
Moi, pas tant...
C'est Jonas, surtout.
Vous pourriez parler � Jonas ?
Mais oui, s�rement.
Cette angoisse dure depuis longtemps ?
Depuis le printemps.
Jonas a lu un article sur les Chinois.
Il para�t qu'ils sont �lev�s dans la haine.
Bient�t, ils poss�deront la bombe
et comme ils n'ont rien � perdre...
C'est ce que disait le journal.
Moi, je n'y pense pas beaucoup.
On dit que je n'ai pas d'imagination.
Mais Jonas, lui, se ronge sans arr�t.
Nous ne savons plus o� nous en sommes.
Que puis-je faire ?
Avec trois enfants, bient�t quatre.
La m�me peur nous habite tous.
Plus ou moins.
Ayons confiance en Dieu.
Nous vivons notre petite vie.
Puis, des rumeurs terribles nous atteignent.
C'est trop pour nous, et Dieu est si loin.
Je me sens tellement impuissant � vous aider.
Mais je comprends votre d�tresse.
Nous devons vivre.
Pourquoi ?
Vous devriez vous reposer, M. Le Pasteur.
D'ailleurs, les mots ne servent � rien.
Si, parlons. Essayons d'y voir clair.
Non, c'est inutile.
Ram�ne-moi et reviens parler au pasteur.
Toi seul.
Quand revenez-vous ?
Il faut 10 min pour rentrer.
Alors, dans 20 min.
Promets au pasteur de revenir.
Je promets.
La voiture est l� ?
Oui, juste au coin.
Soyez de retour dans une demi-heure au plus tard.
Je l'obligerai � venir.
Je l'attendrai.
Je l'attendrai ici.
Quelle image absurde.
Ah ! C'est vous.
Voici quelque chose de chaud.
Merci, j'ai apport� du caf�.
J'attends quelqu'un d'un moment � l'autre.
Je reste une minute, pas plus.
Il commence � faire tr�s froid.
Pauvre Thomas !
Qu'y a-t-il, Thomas ?
Rien qui vous concerne.
Dites-le-moi quand m�me.
Le silence de Dieu.
Le silence de Dieu ?
Jonas Persson est venu avec sa femme.
J'ai dit que nous �tions coup�s de Dieu.
Mais c'est bien ce que je ressentais.
Que puis-je faire ?
Pauvre Thomas !
Votre lit et du whisky, voil� ce qu'il vous faut.
Vous avez une grosse fi�vre.
Pourquoi avoir communi� ?
La communion est une f�te de l'amour.
Avez-vous lu ma lettre ?
Votre lettre ? Non, je...
D�sesp�rant ! Quand l'avez-vous re�ue ?
- Hier, elle est l�. - Non.
Vous la lirez plus tard. Quand vous en aurez envie.
Ou dimanche, dans la vall�e des larmes.
Je ne me sens pas bien.
Vous avez besoin de sympathie ?
Alors �pousez-moi.
Vous devriez m'�pouser.
Pourquoi ?
Pour me permettre de rester ici, par exemple.
Et pourquoi partiriez-vous ?
On peut d�placer une institutrice.
On peut m'�loigner de vous.
Bien, nous verrons.
Je sais.
Vous ne pouvez m'�pouser parce que vous ne m'aimez pas.
Je dois partir. Tante Emma est l�.
Elle s'appr�te � faire un g�teau.
Et si Jonas Persson ne venait pas ?
Alors, vous iriez vous reposer.
Et lire ma lettre.
Vous ne comprenez pas.
Le caf� est l�.
Que voulez-vous, maintenant ?
Pauvre Thomas.
Je ne suis pas gentille.
Je vous ennuie.
N'en parlons pas.
Quelquefois, je vous d�teste. Le silence de Dieu !
Dieu ne parle pas parce qu'il n'y a pas de Dieu.
C'est affreusement simple.
Vous allez attraper la grippe.
Je m'en moque, si elle vient de vous.
Je reste ?
Non, c'est inutile.
Thomas, vous avez beaucoup � apprendre.
Oui, professeur.
Vous devez apprendre � aimer.
Vous me l'enseigneriez, sans doute.
J'en suis incapable.
Je ne sais rien.
Il faut qu'il vienne.
Ma ch�rie...
"Il nous est difficile de parler.
"Nous sommes timides tous les deux.
"Et j'ai une f�cheuse tendance � l"ironie."
C'est pourquoi je vous �cris,
au sujet d'une chose importante.
Souvenez-vous, l'�t� dernier...
j'avais de l'ecz�ma aux mains.
Un soir, tous les deux,
nous d�corions l'autel pour la confirmation.
J'allais mal, alors.
J'avais les mains band�es
et je ne dormais plus.
Mes paumes �taient compl�tement � vif.
Nous arrangions les fleurs,
je me sentais nerveuse, irritable.
Tout � coup, la col�re m'a prise
et je vous ai questionn� sur la pri�re.
Si vous croyiez en son pouvoir.
Vous avez r�pondu oui, bien s�r.
Je vous ai demand� alors si vous aviez pri� pour mes mains.
Non, vous n'y aviez pas pens�.
Je vous ai sugg�r� de le faire
et, � ma surprise, vous avez accept�.
Ce qui a augment� ma col�re. J'ai arrach� les pansements.
Votre d�go�t devant les plaies ouvertes
vous emp�cha de prier.
Vous ne le supportiez pas.
Je vous comprends, maintenant.
Mais vous ne me compreniez pas.
Nous avions v�cu ensemble, pendant deux ans.
C'est l� un petit capital dans notre mis�re,
un pauvre effort... pour �chapper au manque d'amour de nos relations.
Mais quand l'ecz�ma gagna mon front,
ma t�te...
je vous vis reculer.
J'ai compris votre r�pugnance
bien que vous la cachiez avec tact.
Quand la maladie s'�tendit aux mains, aux pieds,
ce fut la fin de notre liaison.
Et pour moi, un choc terrible.
La preuve absolue
de l'absence d'amour entre nous.
Impossible de vous aveugler plus longtemps.
Thomas,
je n'ai jamais cru en votre foi en Dieu.
D'abord parce que la question religieuse
ne s'est jamais pos�e pour moi.
Dans ma famille ath�e,
je trouvais la tendresse et la joie.
Dieu et le Christ ne repr�sentaient pour moi
que de vagues concepts.
Aussi votre foi m'a-t-elle sembl� obscure.
Par certains c�t�s, primitive, trop �motive.
Et surtout, je ne pouvais comprendre
votre indiff�rence � l'�gard du Christ.
Maintenant, je vais vous parler
d'une pri�re qui fut entendue.
Je vous permets d'en rire.
Naturellement, moi, je n'y crois pas.
La vie est assez confuse d�j�
sans ces facteurs supra-terrestres.
Vous vouliez prier pour mon ecz�ma,
mais le d�go�t vous �touffait,
bien que vous l'ayez ni� par la suite.
La fureur me poussait
� augmenter votre trouble.
Calmez-vous !
Je prierai � votre place.
Dieu, pourquoi m'avoir faite insatisfaite
et si am�re ?
Pourquoi dois-je souffrir
si cruellement de mon indiff�rence ?
Si cette souffrance a un but, dites-le-moi et je la supporterai.
Vous m'avez donn� une �me forte,
un corps solide,
mais tout cela ne sert � rien.
Donnez un sens � ma vie
et je serai votre loyale servante.
Cet automne, j'ai su que ma pri�re avait �t� entendue.
La lumi�re m'a �t� accord�e.
Je sais maintenant que je vous aime.
J'ai pri� pour que ma force ait un objet.
Je l'ai obtenu.
C'est vous.
Maintenant, vous connaissez les pens�es d'une institutrice
quand elle est seule chez elle, le soir.
Je suis incapable de manifester mon amour.
Je ne sais plus que faire.
J'ai �t� si malheureuse
que j'ai failli prier de nouveau.
Mais il reste encore quelque dignit�.
Cher Thomas,
c'�tait une bien longue lettre.
J'ai �crit ce que je n'ose vous dire,
m�me quand vous �tes dans mes bras.
Je vous aime.
Et c'est pour vous que je vis.
Usez de moi.
Derri�re ma fausse ind�pendance,
je n'ai qu'un v�u...
Vivre pour quelqu'un.
Malheureusement...
je ne sais comment m'y prendre.
Je me trompe peut-�tre ?
Dites-moi que non... mon ch�ri.
Je suis content de vous voir.
L'attente m'a sembl� longue.
Excusez-moi.
Non, ce n'�tait pas un reproche.
Enlevez votre manteau. J'ai du caf� au chaud.
Non, merci.
La p�che est mauvaise en cette saison ?
Oui, on ne sort pas beaucoup.
Mais vous travaillez ?
Oui, je construis un nouveau bateau
au chantier de Tornstrom.
Ah oui ? Le mien aussi a �t� construit l�.
Pas d'ennuis d'argent ?
Ils peuvent mener au d�sespoir.
C'est bien vrai.
Il y a longtemps que vous pensez au suicide ?
Je ne sais pas.
Oui, depuis longtemps.
Avez-vous vu un docteur ? Vous �tes en bonne sant� ?
Oui, je crois.
C'est fr�quent quand...
Vous vous entendez bien avec votre femme ?
Karin est une bonne �pouse.
Alors, c'est � cause des Chinois ?
�coutez-moi, Jonas.
Je vais vous parler franchement.
Vous savez que me femme est morte il y a quatre ans.
Je l'aimais.
Ma vie �tait finie.
La mort ne me fait pas peur,
alors rien ne me for�ait plus � vivre.
Pourtant, j'ai continu�.
Pas pour moi, mais pour servir.
Quand j'�tais jeune, j'avais de grands r�ves,
de l'ambition.
J'ignorais tout du mal.
Quand j'ai �t� ordonn�, j'�tais comme un enfant.
Puis, tout se pr�cipita.
Je fus nomm� aum�nier dans la marine, � Lisbonne,
pendant la guerre d'Espagne.
Je ne voulais rien voir, rien comprendre.
Je refusais la r�alit�.
Mon Dieu et moi vivions dans un monde ferm�.
Voyez-vous, comme pasteur, je ne vaux rien.
Je croyais en un Dieu absurde,
paternel, qui nous aimait tous...
et moi le premier.
Jonas, voyez-vous mon affreuse erreur ?
Moi, si l�che, si �go�ste,
je ne pouvais �tre un bon pasteur.
Pouvez-vous imaginer mes pri�res
� ce Dieu-�cho si confortable ?
Quand je le confrontais avec la r�alit�,
il devenait hideux.
Un Dieu araign�e, un monstre.
C'est pourquoi je le pr�servais de la lumi�re.
Je le maintenais hors de la vie.
Seule ma femme pouvait voir mon Dieu.
Elle me soutenait, m'encourageait,
comblait les vides.
Je dois partir.
Ne partez pas.
Je vous expliquerai pourquoi je parle tant pour moi.
Je veux vous montrer quelle pauvre cr�ature je suis,
un mendiant.
Je pars, sinon Karin va s'inqui�ter.
Encore un instant...
Nous allons parler tranquillement.
Je vous parais obscur,
mais tout se passe dans ma t�te.
M�me si Dieu n'existe pas,
cela importe peu.
Car la vie a une explication.
Et la mort est simplement
la d�sint�gration du corps et de l'esprit.
La cruaut� des �tres, leur solitude, leur peur,
tout cela est clair, �vident.
Il n'y a pas de "raison" � la souffrance.
Il n'y a pas de Cr�ateur,
de Sauveur.
Pas de pens�e, rien.
Dieu,
pourquoi m'as-tu abandonn� ?
Maintenant, je suis libre.
C'est fait.
J'esp�rais encore un peu
que ce n'�tait pas seulement mon imagination,
des r�ves, des mensonges.
Il faut que je m'appr�te.
Le service � Frostnas est � 3 heures.
Je vous accompagne.
J'ai vu votre voiture, M. Le Pasteur.
Alors je suis entr�e.
Les fils de Fredicsson l'ont trouv�
juste sous les rapides.
Jonas Persson.
Il s'est tir� une balle dans la t�te.
Le chef de la police est l�-bas.
Les gar�ons sont all�s le chercher.
Je les ai rencontr�s.
Ils �taient terrifi�s.
Au revoir, Thomas.
� la semaine prochaine ?
Auriez-vous de l'aspirine ?
Oui, et des pastilles contre la toux.
�a peut servir.
Entrez.
Mais votre tante est l�.
Attendez-moi dans la classe. Ce ne sera pas long.
Comment t'appelles-tu ?
Strand.
Quel �ge ?
Dix ans.
- Que fais-tu ici, un dimanche ? - J'ai oubli� quelque chose.
Comment s'appelle le chien ?
Jim.
Il est � toi ?
Non.
Il est � ton fr�re ? Celui qui sera confirm� bient�t ?
Et toi, tu seras confirm� ?
Pourquoi pas ?
Je ne sais pas.
Et ton fr�re, la confirmation l'ennuie ?
Non... Je ne sais pas.
Bon. Au revoir.
Tu �tais l�, toi ?
Je cherchais quelque chose dans mon pupitre.
Comment va ton fr�re ?
Beaucoup mieux.
Il reviendra � l'�cole la semaine prochaine.
Tr�s bien. Donne le bonjour � tous.
Merci. Au revoir, Mademoiselle.
Attention, c'est chaud.
Faites dissoudre les pastilles.
Tante dit que cela fait beaucoup de bien.
Mais si, Tante dit que c'est bon pour la gorge.
Non, merci.
Prenez l'aspirine, au moins.
Un peu d'eau, pour l'avaler ?
Non, c'est inutile.
Vous �tes odieux.
Quelquefois, j'ai l'impression
que vous me ha�ssez.
Prenez la bo�te.
Tante en a une quantit�.
Puis-je vous accompagner � Frostnas ?
Je passe d'abord chez les Persson.
J'attendrai dans la voiture.
Mais votre tante a fait un g�teau.
Laissez-moi tranquille.
Vous en avez assez de moi ?
Martha, je vous en prie, pas maintenant.
Pourquoi vous d�barrasser de moi ?
Thomas, vous vieillissez.
Tout vous p�se. Votre vie, vous-m�me.
Et moi, je ne fais pas partie du tableau.
Ou trop ?
Vous voyez !
Je sais, vous avez vos r�ves, je les supporte.
Quelquefois, je les m�prise un peu.
J'ai pas toujours �t� bonne.
Tout cela est sans importance.
Au contraire.
Vous n'avez pas eu de chance.
Je suis trop autoritaire.
Ne dites pas le contraire.
Voulez-vous m'�couter ?
Pardon, je parle trop.
Tous ces bavardages m'humilient.
Au d�but, personne ne s'occupait du pasteur.
Ou le consid�rait comme un instrument n�cessaire.
Puis les rumeurs commenc�rent.
Ces affreux bavardages sur vous et moi.
C'est cela, la raison ?
Ne soyez pas m�prisante.
�pousez-moi, alors.
Non.
Thomas, ce n'est pas facile de plaider sa propre cause.
Je le sais.
Vous ne devez pas me repousser.
Comment pouvez-vous �tre aussi aveugle ?
Martha, pas d'hyst�rie.
Vous dites toujours cela quand je pleure.
Oui, je suis sans doute un peu hyst�rique.
Calmez-vous. Si votre tante vous entendait ?
Je ne peux pas m'emp�cher de pleurer.
Mais je vous �coute, continuez.
Je croyais avoir invent� une si bonne raison...
La r�putation du pasteur !
Mais vous avez vu clair.
C'�tait un mensonge.
La vraie raison,
c'est que je ne veux pas de vous.
M'entendez-vous ?
Oui, j'entends ce que vous dites.
J'en ai assez de vos soins,
de vos conseils,
de vos petites bougies sur la table.
Je ne supporte pas votre myopie,
vos mains maladroites,
votre timidit�,
vos caresses.
Vous me forcez � m'occuper de tous vos malaises...
de votre estomac d�licat,
de votre ecz�ma,
de vos engelures.
Je veux sortir de ce lot d'ennuis ridicules.
Je n'en peux plus.
J'en ai assez de vous.
Pourquoi n'en avez-vous jamais rien dit ?
Je suis poli.
On m'a appris � regarder les femmes
comme des �tres sup�rieurs.
Des cr�atures � v�n�rer.
Et votre femme ?
Je l'aimais.
Entendez-vous ? Je l'aimais.
Vous, je ne vous aime pas.
Je suis mort quand ma femme est morte.
Je me moque de ce qui peut m'arriver.
Comprenez-vous ?
Elle �tait tout ce que vous essayez en vain de devenir.
Vous la parodiez de fa�on hideuse.
Je ne l'ai jamais vue.
Je pars maintenant.
Avant de dire des choses pires encore.
Que pourriez-vous dire de pire ?
Cessez de vous frotter les yeux.
Pardon.
Regardez-moi. Je peux le supporter.
Je vous vois mal, sans lunettes.
Tout est brouill�.
Vous n'�tes pas r�el.
Je vois maintenant que je me suis tromp�e.
Je pars. Je dois avertir Mme Persson.
Chaque fois que je vous ha�ssais,
J'essayais de changer la haine en piti�.
Vous n'en sortirez pas, cher Thomas.
Rien ne peut vous sauver.
L'horreur de vous-m�me vous tuera.
Assez !
Laissez-moi tranquille ! Allez-vous vous taire ?
Vous venez � Frostnas ?
Vous le souhaitez vraiment ?
Ou est-ce la peur qui parle pour vous ?
Comme vous voudrez. Mais je vous le demande.
Tr�s bien. Je viens.
Je n'ai pas le choix.
Tante !
Je rentrerai � six heures.
Je monte voir si tout va bien.
Votre mari est mort, Mme Persson.
Il s'est tu� d'un coup de fusil.
Une ambulance est venue, mais il �tait trop tard.
Me voil� seule, maintenant.
Nous allons prier.
Non.
Non, merci.
Je dois pr�venir les enfants.
Je serai chez moi ce soir. Si je peux vous aider...
Merci. Je passerai dans la semaine.
Il faut penser � l'enterrement.
Je lui ai parl�. J'�tais impuissant � le secourir.
Vous avez fait tout ce que vous pouviez.
Mes parents m'ont pouss� � devenir pasteur.
Les cloches ont sonn� 20 secondes de trop.
Regrettable, mais compr�hensible.
D'habitude, je fais partir les cloches,
j'allume les cierges
et je reviens � temps pour arr�ter la sonnerie.
Mais aujourd'hui, j'ai pris du retard.
Les cierges �taient neufs, difficiles � allumer.
Mauvaise fabrication, sans doute.
Et puis l'ankylose ralentit mes mouvements.
Enfin ! N'en parlons plus.
Je laisse l'�glise dans la p�nombre jusqu'� l'heure du culte.
� mon avis, l'�lectricit� g�te tout.
N'est-ce pas, Mlle Lundberg ?
Vous vouliez me parler ?
Oui, et m�me d'urgence.
Pour combattre mes insomnies douloureuses,
vous m'aviez conseill� la lecture.
Oui, je m'en souviens.
Pour m'occuper l'esprit,
j'ai commenc� par les �vangiles.
Cela valait bien les somnif�res.
Maintenant, j'en suis � la Passion du Christ.
Et je me suis dit qu'il fallait en causer avec vous.
La Passion du Christ... oui.
Mais on insiste trop sur ses souffrances.
Qu'en dites-vous ?
Nous pensons toujours � ses tortures.
Ce n'�tait pas si terrible.
Excusez-moi, �a peut sembler pr�somptueux mais...
je pense que physiquement, j'ai souffert autant que le Christ.
Et puis, son agonie a �t� courte.
Quatre heures, je crois ?
La douleur morale �tait pire que la douleur physique.
Je me trompe peut-�tre
mais pensez � Geths�mani, Pasteur.
Les disciples dormaient.
Il n'avaient rien compris, pas m�me la C�ne.
� l'arriv�e des soldats, ils s'enfuirent.
Et Pierre l'a reni�.
Pendant 3 ans,
J�sus a v�cu avec eux, leur a parl�.
Ils vivaient c�te � c�te.
Mais ils n'ont rien compris � ses paroles.
Et ils l'ont abandonn�.
Comme il a d� souffrir.
Savoir qu'on ne vous comprend pas.
�tre d�laiss� quand on aurait tant besoin de soutien.
Quelle affreuse douleur.
Et ce n'�tait pas le pire.
Quand il fut clou� sur sa croix,
pr�s de mourir, il cria :
"Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonn� ?"
Il cria tr�s fort.
Il crut que son p�re l'avait vraiment abandonn�.
Il pensa que son enseignement �tait mensonge.
Il fut rempli de doute au moment de mourir.
M. Le Pasteur, ce fut s�rement le plus dur,
le silence de Dieu.
Pas de service. Il n'y a personne.
Vous, ne vous comptez pas.
Qu'y a-t-il ?
Ce pasteur qui vous pla�t tant, il ne vaut...
Je sais, vous prenez ce qui est � votre port�e.
Martha, pour votre salut,
partez d'ici, vite.
Il n'y a que nuit et pourriture, dans ce trou.
Regardez-moi.
Souvenez-vous des soir�es musicales d'autrefois.
Je donnais de vrais r�citals.
Et Thomas, lui-m�me...
Les gens accouraient � l'�glise.
Sa femme �tait l�, alors.
Maintenant, c'est le vide.
Sa femme, oui.
Lui, Thomas, il ne conna�t rien � la nature humaine.
Il ne voyait qu'elle, ne vivait que pour elle.
Il l'adorait.
Tout lui venait de cet amour.
"Dieu est amour"...
"L'amour est la preuve de l'existence de Dieu"...
"L'amour est la r�alit� de l'existence."
Balivernes !
Je peux tout r�citer. J'ai bien suivi ses sermons.
N'est-ce pas, ma colombe ?
Partez, pendant que vous le pouvez.
Non, je ne vous serre pas la main. Gardez votre grippe.
On dit le service ou non ?
Je ne suis pas bien.
�a se voit.
Florence Nightingale va prendre soin de vous.
Moi, je fais un petit somme.
Je joue en ville, ce soir.
Que dites-vous, Algot ?
Rien.
Je m'en doutais. Je monte � l'orgue.
Algot me fera signe pour commencer.
Il n'y a que Mlle Lundberg.
C'est l'heure des cloches.
�a fera venir les gens.
Si nous osions t�moigner notre affection,
si nous pouvions croire.
Si nous pouvions...
Alors, nous commen�ons le service ?
B�ni soit le nom du Seigneur.
Sa gloire s'�tend sur toute la terre.
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