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Original subtitles

Ne pleure pas, Gerda.

Je t'aime Fernand.

C'est la vie !

Qui aurait pu penser...

... qu'il allait revenir ?

Dix ans de silence...

On le croyait tous mort, bien sûr.

Souviens-toi, c'est encore ton mari.

Pense aux souffrances qu'il a dû endurer !

Dix ans en Sibérie !

En voiture !

Fermez les portes !

En voiture !

Fermez les portes !

Dis-moi que tu ne m'oublieras jamais.

Jamais, Gerda. Jamais.

Merci. - Je vous en prie.

C'est beau, hein ? - Ah ! Oui, c'est beau.

C'est encore plus beau chez moi.

C'est où chez vous ? - Aux Martigues.

Martigues ? - Oui.

Contrôle des billets, s'il vous plaît.

Quelles belles photos !

Vous voulez voir ? - Oui.

Ça, c'est moi avec la toque !

Ça, c'est ma femme.

Et ça, c'est mon restaurant.

"À la vraie bouillabaisse."

Parce que je languis de les revoir.

"À la sole normande ?!"

Ça, alors.

Demandez " Provençal Dimanche" ! " Provençal Dimanche tous les sports"!

Demandez " Provençal Dimanche"! " Provençal Dimanche"!

Poché à la crème...

Au beurre blanc...

Au beurre noisette...

Un santon...

Le meunier...

Monsieur ?

Oh !

Pardon.

C'est pour une table ?

Vous êtes seul ou plusieurs !

Vous, vous êtes pas normande !

Je suis née à Marseille à Plan-de-Cuques.

Qu'est-ce que je vous sers ? - Un pastis...

... bien frais.

Avant ici, ça s'appelait bien " La vraie bouillabaisse."

Je sais pas, il faudrait le demander au patron.

Les friands, à feu doux ! -Oui, patron, soyez tranquille.

M. André. - Oui.

Y a le monsieur qui demande si ici, avant, c'était pas " La vraie bouillabaisse".

Bonjour monsieur. - Bonjour monsieur.

"La vraie bouillabaisse". Ah, ça, c'est l'histoire ancienne.

Depuis plus de 10 ans... C'est "La sole normande" ici.

Monsieur a sans doute connu la maison pendant l'occupation ?

Ah ! Non, avant la guerre... Je suis navigateur.

Ah ! Excusez-moi, je vous disais ça à cause de votre...

De quoi ? - De votre blaireau là...

Avec ces touristes, on sait jamais.

Il y en a qui se plaisaient bien en France, alors forcément...

Ils reviennent. - C'est ça.

Vous fumez, monsieur ? - Merci.

Je la garde pour tout à l'heure.

Je la fumerai en douce, parce que ma femme aime pas ça.

Vous boirez quelque chose avec moi ? - Pas de refus.

Juste une toute petite goutte...

... pour vous faire plaisir.

À la vôtre. - À votre santé.

En somme, chez vous, le patron...

... c'est plutôt la patronne.

Ah ! Vous savez...

... on fait pas toujours ce qu'on veut !

Alors, à ce que je vois, monsieur était un habitué de la maison ?

Un habitué ?

Ça, vous pouvez le dire.

C'est qu'on mangeait bien ici. Le patron, c'était un chef.

Un chef ?

Si on veut !

Comment "si on veut" ?

Et sa cuisine ?

Vous avez goûté sa cuisine ?

Son boeuf en daube, son stock au fish...

... ses pieds paquets maison.

Ses pieds paquets !

Ça vous plaît pas les pieds paquets ? - Non, je dis pas ça...

Et sa bouillabaisse ?

Vous savez ce que c'était sa bouillabaisse ?

C'était des boîtes.

Ah ! Oui, c'était des boîtes.

Des boîtes ?

Sa bouillabaisse ?

Vous voulez peut-être dire de la conserve ?

Attention, monsieur, à ce que vous dites !

Vous l'insultez.

Ah non...

... je ne me permettrais pas d'insulter un mort...

Un mort ?

Oui, il est mort...

Vous saviez pas ?

Non, je... Première nouvelle.

Oui, il est mort en captivité.

En captivité ? - Attendez, je vais vous montrer.

Vous allez voir.

Tenez...

Regardez ça.

Fernand Jouvin, soldat de 1e classe...

... s'était déjà illustré pendant la campagne 39-40...

... en sauvant sa cuisine roulante sous le feu de l'ennemi.

Fais prisonnier avec sa division, a disparu en captivité.

C'est beau... - Ah oui, très beau.

Sa femme, vous savez pas ce qu'elle est devenue ?

Sa femme ?

Ah ben, maintenant, sa femme...

C'est la mienne.

Au début, ça a été très dur.

Mais heureusement...

... j'étais là.

Je l'ai vite consolée.

Mais au fait, si vous l'avez connue.

Ça vous fait plaisir de la revoir ?

Non, la dérangez pas, c'est pas la peine. - Mais si.

Christiane ! - oui.

Patron !

Patron, j'ai baissé le gaz, mais les friands sont noirs comme du charbon.

Excusez-moi, il faut que je fasse tout ici.

Je peux pas les laisser une minute tout seuls.

Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Si c'est pas malheureux, on n'a pas une seconde à soi ! Je viens.

Merde, la belle-mère !

Mais... mais Marinette, c'est une honte !

Qu'est-ce que c'est que cette pagaille !

C'est une vraie révolution!

Ça, c'est pas raisonnable.

Ah, cette nouvelle génération ! Il faut faire tout soi-même ici.

Et ces melons ?!

Marius, tu les rentres, ces melons !

Marius !

Il faut avoir l'oeil sur tout !

Hé ben ! Il a de la chance, celui-là.

Il y a qui attend 2 heures avant de venir les ramasser.

M. André. - Oui.

Le soufflé du 7, le client le réclame ?

Le soufflé du 7 ? - Dans 3 minutes !

Le soufflé, plus on attend plus c'est bon, dis-lui ça le calmera.

On voit bien que c'est pas lui qui servait les clients !

Trois artichauts béchamel qui vont bien.

C'est deux-là à moi !

Surveille ça, toi, vite...

Dis, tonton André. - Oui.

Tu sais, je t'aime bien ! - Il ne manquerait plus que ça !

Tu sais ce qui se passe le 24 juin ? - Non.

C'est ma fête.

Ben ! Tu l'auras ta bicyclette.

Mais file, t'es tout le temps dans mes jambes au moment du coup de feu.

Sacré gars.

3 Normandes et 1 Rossini bleu pour le 4.

Dis, ma tante, tu sais ce qui se passe le 24 juin ?

Non, je sais pas ce qui se passe le 24 juin.

...mais ce que je sais c'est que tu vas te coucher et en vitesse.

Allez, va dire bonjour à mon oncle. Bon, au revoir.

Dites, madame...

... au trois, c'est pas deux Pouillys qu'ils ont pris, c'est une.

Et encore, ils l'ont pas fini.

Tiens, je vais refaire l'addition.

Maman, fais attention !

Je savais plus si c'était une ou deux, alors, par précaution, j'avais mis deux.

Oh, maître Sarrazin !

André...

... Maître Sarrazin !

Voilà ma petite Louise, j'ai retenu pour quatre.

Mais oui, Maître Sarrazin, votre table habituelle.

Rose. - Bonsoir, Maître.

Bonsoir, Maître. - M. Colombey, le patron.

Bonsoir, madame. - Mes amis.

Bonsoir, Mesdames et Messieurs.

Le whisky de la maison ?

Vraiment, c'est très bien, bravo ! - Louisette, quatre whiskies.

Mme Christiane, quatre whiskies. pour la table de Maître Sarazen.

Vous avez choisi ?

Ah, choisir, choisir... That is the question !

On mangerait tout.

Il y a 2 jours, j'ai pris une sole normande.

C'est une véritable plaidoirie pour la Normandie.

Ah mon cher, vous êtes Démosthène.

Bon alors, soles normandes.

Laisse, maman, je le prends.

Allô ?

Clinique Saint-Regis...

... Madame Jouvin ?

Oui, Madame Jouvin, c'est moi.

Mon mari ?

Mon mari, il est là.

Qui ?

Fernand Jouvin ! - Qu'est-ce qui se passe ?

Oui, c'était mon 1er mari.

Oh, mon Dieu !

André ! André, viens vite !

Veuillez m'excuser. - Je vous en prie.

Qu'est-ce qu'il y a ?

André, c'est pas possible, je peux pas y croire.

Qu'est-ce qu'il se passe ?

On ne peut pas se tromper.

On a retrouvé sur lui son livret militaire.

Je vous dis que votre mari est là.

Ben, euh, le mari de ma femme, c'est moi.

Fernand, vivant. je peux pas le croire.

Il est bien capable d'être vivant celui-là.

Mlle Pauline, ça vous fait rien de m'arranger les coussins et le lit.

C'est tout défait.

Ça fait 3 fois que je vous les retape !

Oui, je le fais exprès.

Ça me permet de vous voir de près, vous avez de si jolis yeux.

Voilà. - Eh ben...

Des malades comme vous, vous me la copierez.

Là.

Ça va mieux, hein ?

Cathinette, donne une orange à pépé.

J'aurais préféré des caramels.

Il est jamais content.

Allez, asseyons-nous.

Tiens, maman.

Mon Dieu...

... je peux pas croire que c'est lui.

Il faut en avoir le coeur net.

C'est là.

Allez, un peu de courage.

Je suis là, allez...

C'est lui !

C'est bien lui, tu sais. - Ne pleure pas.

T'as tellement pleuré quand il est mort.

Maintenant qu'il est vivant, tu vas pas recommencer.

Je croyais pas que c'était une chose possible.

Fernand...

C'est moi, Christiane.

Tu me reconnais pas ?

Cricri... Cricri...

Cricri... Cricri... ?

Oui. - C'est toi ?

On te croyait mort.

Où tu as été pendant tout ce temps ?

Je t'ai tellement attendu.

Ça, on peut dire qu'on vous a attendu ! - Vous savez...

Fernand...

... je te présente mon mari.

Enchanté. - On se connaît déjà.

C'est lui qui est parti sans payer son Pastis.

Et comment Fernand ?

Tu étais à la maison et tu es reparti ?

Ah ! Oui...

... j'avais tout compris et je voulais pas gâcher votre bonheur.

Mais pendant tout ce temps pourquoi tu n'as pas écrit ?

Je pouvais pas... L'encre...

Qu'est-ce qu'elle avait l'encre ? - Elle gelait.

Mais où tu étais, alors ?

En Sibérie. - En Sibérie ?

En Sibérie ?

Là-bas au pôle Nord avec les ours blancs ?

Comment tu t'es débrouillé, alors ?

Mal...

... au stalag, j'avais qu'une idée :

... M'évader !

... Revoir Martigues.

... Te revoir.

Et alors, un soir, la grande aventure a commencé.

Mes provisions diminuaient à vue d'oeil...

... Ma dernière boîte de sardines.

Il fallait survivre, et pas se faire reprendre !

Un soir, mourant de faim et de froid.

J'arrive près d'une auberge isolée...

Malgré le danger, j'ai fini par rentrer.

L'aubergiste, une vraie brute...

... avait compris que j'étais pas un véritable officier allemand.

J'étais tombé dans un piège.

Le lendemain matin, on frappe à la porte.

C'était la Feldgendarmerie.

J'ai juste eu le temps de passer par la fenêtre et de franchir la frontière.

Malheureusement pour moi, les Russes m'ont pris pour un espion allemand.

Un type qui me ressemblait comme deux gouttes d'eau.

Même gueule, mêmes dents et puis à la fin...

... c'est là qu'ils m'ont déporté en Sibérie.

80 degrés en dessous de zéro.

Vous pouvez pas savoir ce que c'était de travailler...

... dans les mines de sel à ciel ouvert.

Ce cauchemar a duré 10 ans.

Je savais même pas que la guerre était finie.

J'étais un mort vivant.

Un beau jour, il arrive un télégramme officiel.

J'avais été victime du culte de la personnalité.

Enfin, j'étais libre et je pouvais rentrer.

C'est le voyage de retour qui m'a paru le plus long.

Ah ! - Ah ! Oui.

En Sibérie, par moins 80 !

Mais comment tu as pu tenir, toi qui es si frileux ?

C'est une affaire d'habitude. - Oh ! Oui.

Et maintenant, Fernand, qu'est-ce que tu comptes faire ?

Ce que je compte faire ?

Je vais travailler.

Avant de parler travail, il faut qu'il se repose.

Il est fatigué cet homme-là.

Non, quand il sortira d'ici, il viendra "À la sole normande".

André...

... aux Martigues ? - Oui.

Les gens vont parler.

Ben ! Je voudrais bien voir ça.

Un homme qui a travaillé par moins 80, ce serait le comble, alors.

Je veux pas vous déranger. - Mais non.

Une convalescence, c'est pas éternel.

Et puis, ton 1er mari...

... c'est presque un parent.

Ah ! Oui, ça c'est vrai.

Bon, alors Fernand, à bientôt, on viendra te chercher.

On se bise ? - Mais oui.

Bon, ma maison est la vôtre.

Vous êtes brave, vous savez. - Merci, à bientôt.

Allez, à bientôt. - Bon retour.

Dis, pépé, quand je pense que tu te plains pour un estomac en moins !

Alors qu'y a des gens, ils leur arrivent des choses pareilles !

Dites, monsieur, vous voulez pas une orange ?

Mais avec joie.

La nouvelle, vous la connaissez, la nouvelle ?

Ouais ! - Fernand est rentré !

Mais, qui vous l'a dit ? c'est Jeannot vous l'a dit ?

Allez, au revoir, M. Pelletan.

Je m'en vais parce que mon oncle, lui, il plaisante pas.

Ah ! Ça, le Fernand, sa maison, il a dû la trouver changée.

Et sa femme, encore plus.

C'est vrai ça, elle et les sous, ça lui a pas réussi...

Passe-moi les lunettes.

C'est toujours comme ça, les gens qui ont trop de tout.

Pour l'instant, elle a trop de maris !

Deux maris, dites, elle va pas se croiser les jambes.

Pourquoi tu crois qu'ils ont ramené là le Fernand ?

Pour moi, c'est une question de gros sous.

Hé ben, ça va faire une de ces parties, je te dis que ça !

Surtout que Fernand, avec le travail, il s'est jamais bien entendu.

En face de l'autre que toute la journée, il arrête pas.

Même on croirait qu'il veut te faire honte. - Pas à moi, en tout cas !

Parce que moi, avant que j'y remette les pieds là-bas.

Ils peuvent toujours attendre !

Pas moi ! Pour moi, Fernand, c'est Fernand !

Et Rosa, Christiane et le Normand...

Il y a personne qui m'empêchera d'aller l'embrasser !

Vé, les enfants, le voilà, le Fernand. - Fais voir.

Regarde un peu.

À côté du rideau derrière ! - À moi alors !

Je le vois mieux qu'avec les jumelles. - Tu as assez vu.

C'est vrai, je le vois !

Donne-moi ça.

Voilà la belle-mère ! - Celle-là c'est la plus pire !

Elle peut pas me sentir celle-là, pourquoi ? - Et moi, elle m'a dans le nez.

Oh, regarde cette silhouette dégagée !

Tu t'es lavé les mains ? - Oui.

Hé ben, tu l'as fait mal.

Ça va mieux votre jambe. - C'est guéri.

Toi, tu te mets là ! - Bon.

Et dire que tous les ans pour votre anniversaire.

Je vous ai fait lire une messe.

Dites, si c'est pour me les plaindre, je peux vous rembourser tout de suite.

Sole normande à ma façon.

Eh oui !

Eh oui !

Ça, vous allez voir ce que c'est de la bonne cuisine.

Tout le menu est au beurre.

Brochet beurre blanc.

Raie au beurre noir.

Escalope beurre noisette.

Dites, mais l'huile ici.

Vous la mettez dans les moteurs d'automobiles ?

Non, on en met un peu dans la salade. - C'est toujours ça.

Mais dites-moi.

Cette cuisine exotique, là.

Les gens d'ici, ils la digèrent ?

Goûte.

On va voir ça.

Alors ?

Qu'est-ce que tu en penses ?

Ça surprend ? - Ça surprend ?

En Sibérie, vous mangez comment ?

En Sibérie ?

Ah, en Sibérie ! Mais on mangeait froid, pardi.

Par ici, messieurs...

Par ici !

Mon cher Jouvin, je suis très heureux de votre retour parmi nous.

Moi aussi, M. le Maire, vous pensez !

Les messieurs de la presse aimeraient connaître vos impressions.

On va commencer par faire une photo.

T'occupes pas de ça, mon chéri !

Tiens, je vais te servir. Tu aimes ça ?

Tu veux une moule ?

Il va faire une photo, là.

Merci, Mme Rose.

Tiens, prends mon sac. - D'accord.

Alors, attention, là.

J'y vais !

Ne bougez pas, on la double.

Fernand, tu vas avoir ta photo dans le journal !

C'est le héros du jour.

Alors, c'est parfait. On va faire autre chose.

Venez, madame, une seconde.

Mettez-vous à côté de votre mari, venez.

Ne reste pas là, André, viens.

Si, monsieur, c'est une bonne idée. Venez, approchez.

Là !

Formidable...

... entre deux maris, extraordinaire... ne bougez pas !

Attention !

Souriez !

Ne bougez plus !

Merci.

Venez voir ce que dit la radio.

C'est Radio Monte-Carlo !

Oui, tu parles d'une histoire. - C'est Radio Monte-Carlo.

C'est peut-être pour Fernand.

Attention ! Ne bougez plus...

Merci.

2, 1, 0. Attention, la voiture.

M. le maire, un mot pour nos auditeurs.

En tant que maire des Martigues...

Je suis heureux, au nom de la population.

D'exprimer la grande joie que nous avons...

En retrouvant notre concitoyen, Fernand Jouvin.

Le héros modeste, mais... - Authentique...

C'est ça. Et qui retourne de Sibérie.

Merci, M. le Maire.

C'était le Dr Sitoul, le sympathique maire des Martigues.

M. Fernand Jouvin, pour nos auditeurs également...

Voulez-vous nous dire, dans quelle partie exacte de la Sibérie vous vous trouviez ?

Au nord.

Au nord et comment était-il ce nord ?

Eh ben, au nord, à la pointe du nord. C'était terrible, froid !

Et maintenant M. Jouvin, que comptez-vous faire ?

Rien...

... je suis très bien moi ici...

... entouré de l'affection de ma femme...

... de mon ex-belle-mère...

... et du nouveau mari de ma femme que je trouve très sympathique.

Et je vais essayer d'oublier.

Et qui sait, un jour peut-être...

... me remettre au travail.

Viens, on va leur dire !

Qui c'est, ce monsieur-là ? - C'est M. Jouvin.

Il a parlé...

... j'ai reconnu sa voix !

Qui aurait dit ça, dis ?

Le jour où on a reçu son acte de décès officiel...

... Que le maire, il nous a fait un discours à nous tirer les larmes.

Quand je pense qu'il est là.

Et qu'il est encore sur le monument aux morts.

Avec l'administration, il en a encore pour un bon moment.

Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

Ce qu'il m'a dit ? - oui.

Je vais vous raconter ! - Hé ben, raconte !

Si vous saviez d'où il vient ?!

Mais, d'où il vient ?

Hé ben, dis-le.

On lui pose des questions, c'est extraordinaire !

Il a raconté d'où il vient, c'est merveilleux !

Mais, tu vas nous le dire !

Au revoir, M. le maire.

Au revoir, M. Jouvin. - Au revoir, Monsieur.

Au revoir, M. Colombey. - Au revoir, Monsieur.

Au revoir, Madame... - Colombey.

... Colombey, oui...

Regarde-moi, ça ! Quel chantier ! Un vrai champ de bataille.

Rappelle-toi, ça te fait de la publicité.

Au revoir, monsieur. - Au revoir, monsieur.

Dépêche-toi, on n'a pas encore mangé, j'ai faim.

Attends !

Avec ça, je ne suis pas en avance pour mes soles.

Et personne ne vient m'aider ici !

Louisette !

Oui, j'arrive.

Aide-moi à mettre les couverts là-dessus.

Pierrot, fais réchauffer la sole pour M. Fernand.

Je vais m'habiller pour recevoir les clients.

Dis...

De mon temps, les clients, tu les recevais avec le tablier qui avait les cerises rouges.

Tu t'en souviens encore ? - Je pense bien !

Et pour la fête de ta mère...

... avec le décolleté... Ça, j'ai pas oublié.

Oh, bandit va ! Toi, tu as encore de la mémoire.

C'est pas possible !

Ils auraient pu mettre mon nom ailleurs que sur le monument aux morts !

Ça fait plaisir de te voir. - Il faut que je t'embrasse, Fernand !

Et ben, le voilà !

Et celui-là, tu le reconnais ? - Mais c'est Bernard !

Tu as deviné. - Mon filleul !

Je t'ai entendu au haut-parleur. - Ça alors !

C'est formidable, tu quittes un gosse en culottes courtes...

... tu te retournes, c'est un géant !

Ça, il faut dire que toi, tu t'es retourné pendant 14 ans.

Oui, peut-être, mais...

En tout cas, pour avoir été en Sibérie, tu es superbe.

En Sibérie ? Oui, le froid, ça conserve.

Les amis, Pastis pour tout le monde.

Allez ! Ooooooooh !

Oh, oh, pour moi, ça sera un Scotch.

Un scotch ?

On aura tout vu.

Il a dû se faire naturaliser Américain !

À la vôtre ! - À la nôtre !

Ça été bien brave de le ramener ici, mais je sais pas si on a eu raison.

Demain, dans les journaux, Mme et ses 2 maris...

J'en connais qui vont pas finir d'en parler.

Qu'est-ce que tu veux ? On pouvait quand même pas le laisser là-bas.

Et puis...

Ça me faisait plaisir de te faire plaisir.

On a même plus le temps de se faire plaisir.

Hein, Christiane ?

T'es bête. - -Dis-moi...

M. André ? - Oui.

On vous demande à la cuisine.

Oh, on peut jamais être tranquille, quoi !

Tout le temps...

Dis-moi, je voulais te dire.

Pourquoi vous êtes pas venus à "La Sole Normande"?

Alors ?

Alors, si j'étais pas venu.

Si j'avais pas traversé le canal...

Oh, vous êtes muets ?

Je vais te dire.

Là-bas, on n'est pas en odeur de sainteté.

On est plutôt mal reçus.

Oh, tu comprends...

... on a sa fierté.

Mais moi, j'y serais allé quand même pour te voir.

J'ai été très bien reçu, moi...

J'étais rien.

J'avais rien.

Je suis mort.

Et le Normand comme vous dites...

Il a tenu quand même à me ramener à la maison.

Alors, on boit plus, tu dors là ? -Non, non.

Et alors ?

Pour monsieur, ce sera un Scotch.

Allez, tenez, oooooooh !

Allez... allez...

À la nôtre !

Pierrot, ça marche le 2. - Entendu.

Y a un client au 5 qui mange doucement.

Et inscrit des chiffres sur un carnet.

C'est sans doute l'inspecteur du Guide Michelin.

Je vais peut-être avoir ma 2e étoile, les gars !

La sole du 5 ! - Oui.

Ah ! C'est le 5, attends.

Qu'est-ce qu'il a mangé avant ? - Qui ?

Ben, le 5... - Ah ! Des feuilletés.

Merde alors, ils étaient d'hier.

Non, donne ça, tu vas encore gaffer, pousse-toi.

Bonsoir, monsieur.

Vite, une assiette, Marinette. - Tout de suite, monsieur.

Pardon, monsieur.

Le feuilleté...

La moule...

Voilà.

Tout va bien ?

Ça vous plaît ?

C'est parfait, merci.

Un Mouton-Cadet pour le 3.

Bonsoir, messieurs-dames !

Ho, Christiane !

Y a du monde, hein ?

Pardon, monsieur.

Merci, monsieur.

Ah là, des tomates pour tout le monde.

Moi, je... - Toi, tais-toi, au coin, là-bas !

Dis, Marinette, va me chercher quelques olives là-bas.

C'est ce qu'il vous faut ? - C'est tout.

Marinette, elle a autre chose à faire !

Ah bon ! Elle a autre chose à faire ! Alors, j'y vais moi-même.

Dis, Pelletan, toi qui a l'habitude...

... passe derrière le comptoir, tu feras le patron.

Oh, les olives...

... noires ou vertes ? - Les deux.

Alors, je prends les deux.

Pardon, monsieur, pour les olives.

Il faut que je passe encore une fois.

J'ai les olives, je peux pas...

Attends, Fernand ! - Non.

J'ai les olives, il va la lever.

Il va vous la rendre.

André... André

Venez voir ce qui se passe tout de même !

Alors, ces Tomates, tu les sers ?

Et l'eau, boy ? - Ça, l'eau, mon vieux...

Demande à Rose. - Non !

Ah, elle a dit non. - Elle est là !

D'abord, elle a dit non. - Allez, les enfants ! Hop, hop, hop.

Voilà.

Tu te rappelles le jour de la noce de Maximin ?

Tu avais pris une de ces cuites.

J'avais encore soif.

Et la grosse de Fos-sur-Mer !

Elle était stylée celle-là ! - Un vrai tramway !

Monsieur, écoutez-moi, si vous avez vu cette fille.

Dis, laisse-le tranquille. Ça l'intéresse pas !

Désolé de vous déranger. Bon appétit.

Tu te rappelles, tu chantais " Elle est belle, elle est mignonne."

Oh ! C'est mauvais, pas comme ça, c'était.

" Elle est belle, elle est mignonne. C'est une bien jolie personne."

"De dedans la rue, on peut la voir Qu'elle est assise dans son comptoir."

" Elle a toujours le sourire..."

Chut, assez ! - Ah oui, alors !

Intolérable !

Comment, monsieur ? - J'ai dit "Ah oui, alors !"

Ah bon ? Il a dit : "Ah oui, alors."

André, c'est une catastrophe !

André, bois un coup avec nous. - C'est bien le moment !

C'est une petite fête de famille. Mais c'est pas tous les jours comme ça.

Fernand !

Maintenant, ça suffit. - Ah oui ?

Bon...

Une petite écrevisse.

À la vôtre. - À la tienne.

Vous avez choisi, mesdames ?

Vous partez déjà, vous n'avez pas commencé ?

J'attends la note. - Je vous en prie, c'est pour la maison.

Tout va bien ?

Au revoir poussin, travaille bien.

Au revoir mon gars.

Allez... - Au revoir, Mme Rose.

"Le revenant de Sibérie" !

"Le rescapé de l'enfer" !

"Le mort-vivant des Martigues" !

Je vous le dis, moi !

Fernand dans une maison qui se respecte, c'est une catastrophe.

Bonjour.

Bonjour. - Bonjour.

Hé ben ! Ce matin, le fond de l'air est un peu frais.

Tu t'es vu sur le journal ?

T'es devenu une vedette.

Hé, oui, je me suis vu, oui.

Marius m'a apporté le journal à la chambre.

Le café !

Voilà.

Aaaah !

C'est pas ma faute s'il est chaud.

Un croissant...

Une biscotte.

J'ai faim ce matin, je sais pas ce que c'est.

T'as du miel ?

Le miel, je trouve que, en plus du sucre, ça donne un goût...

Le café, s'il vous plaît.

Ah non.

Voilà.

Il y a des moments dans la vie où on n'a pas grand-chose à se dire.

Ben si justement !

On a à vous dire que votre numéro d'hier soir.

Vous pouvez le garder pour le cirque Pinder. Mais pas pour "La Sole Normande" !

Maman.

Oh, toi, laisse-moi finir ! - Oui, laisse-la finir.

Alors...

On a à vous dire...

... que vos acolytes, les compagnons de la chanson.

Hé ben, ici on les a assez vus !

Ou alors, il y a plus qu'à mettre la clé sous le paillasson.

On mélange pas les torchons et les serviettes !

Et moi, je vais vous dire d'abord qu'ici, j'ai pas demandé à y venir.

On m'y a apporté !

Bon, ben...

... je vous laisse en famille.

Il faut que tu comprennes, Fernand.

C'est plus comme avant.

C'est plus la même clientèle.

Maintenant, c'est du monde qui paye.

Ah, je comprends...

Rien que pour s'asseoir.

Ça coûte presque le prix d'un repas !

Et ce monde aime bien être entre eux pas avec les voyous des Martigues.

Hé ben, ces voyous des Martigues, c'est mes amis.

J'allais à l'école avec eux.

Et Cricri aussi. C'est des braves gens.

Hé ben, puisqu'ils sont interdits de séjour, moi aussi.

Et je sais ce qu'il me reste à faire : la valise !

Maman...

Tu veux que je te dise ?

Tu as exagéré !

Fernand. - oui.

Tu as besoin de rien ?

Tiens, hier, j'ai acheté des chaussettes neuves pour André.

Tu les veux ?

J'ai pas besoin de tes chaussettes...

... ni de ta 403 ni de votre confort moderne.

Fernand, tu sais, moi, je voulais pas te faire de la peine.

Il y a qu'une personne que je regretterais ici, c'est toi, CriCri !

Ne dis pas ça, Fernand, tu sais bien que c'est pas possible.

La dernière fois que j'ai fait cette valise, c'était pour la guerre.

La guerre qui est cause de tout. Sans elle, on serait toujours ensemble.

Ta mère serait peut-être morte et on serait heureux...

Aujourd'hui, c'est le grand départ et tu me regardes même pas.

Mais... je suis mariée.

Tu es mariée.

Tu es mariée, moi, je suis mort.

Mort... administrativement.

En tous les cas, si tu as besoin de quelque chose...

Non, merci !

Un mort n'a besoin de rien.

Et maintenant M. Jouvin, que comptez-vous faire ?

Rien...

... je suis très bien moi ici...

... entouré de l'affection de ma femme...

... de mon ex-belle-mère...

... et du nouveau mari de ma femme que je trouve très sympathique.

Merci, M. Jouvin.

Et maintenant, comme c'est l'usage à Radio Monte-Carlo.

Nous allons demander à nos auditeurs présents dans le studio.

S'ils ont des questions à poser.

Vous, madame. - Mme Legrand, Châtillon sous Bagneux.

Je voudrais savoir, des 2 maris de Mme Colombey, lequel est le bon ?

Le Pr de la faculté va vous répondre.

La législation est formelle.

Le seul mari reconnu par la loi est le premier.

Ce qui veut dire que dans ce cas précis, c'est M. Jouvin ?

Exactement.

Je suis pas d'accord, moi. - Alors, c'est M. Fernand, le patron.

Ça alors, ça change tout !

Je reste.

Bon, si c'est Fernand le patron, je n'ai plus rien à faire ici.

Je n'ai plus qu'à m'en aller ! - André, tu n'y penses pas !

Il n'a qu'à me remplacer aux fourneaux.

Mais qu'est-ce qui demande à te faire disparaître ? Personne.

Hélas, madame, vous êtes bigame.

Mon Dieu ! Moi qui m'étais mariée pour que ma situation soit régulière !

Quant à vous, monsieur, vous êtes considéré comme un mari putatif.

Putatif ?

Putatif ! Qui vient du verbe latin :

Puto, putas, putavi, putare, penser.

Ça signifie que vous pensez être le mari.

Alors, qu'est-ce que je suis ? - Rien.

T'y comprends quelque chose, toi ?

Toi, tu es bigame, moi, je suis putatif ?

Et finalement, je suis rien, moi.

Mais alors, Maître, qu'est-ce qu'il faut faire ?

D'abord obtenir le divorce d'avec M. Jouvin.

Et ensuite, vous pourrez épouser légalement M. Colombey.

Ah ben ! Ça, c'est le bouquet !

On est mariés, va falloir que ma femme divorce pour qu'on soit mariés.

Mais ce n'est pas si simple.

Si c'est Mme Jouvin qui demande le divorce, elle n'a aucune chance de l'obtenir.

Par contre, si c'est M. Jouvin, alors lui, il a un motif sérieux.

Lequel ?

L'adultère !

L'adultère dont madame s'est rendue coupable avec vous.

Et par-dessus le marché, on est adultères ?

Hé ben ! C'était bien la peine qu'on se marie !

Un repas de 40 couverts en plein marché noir.

J'ajoute que M. Jouvin a des droits sur "La Sole Normande"...

... dont vous aurez à le dédommager.

Quoi ?

C'est tout de même lui qui a crée "La Vraie Bouillabaisse".

C'était des boîtes, alors !

De toute façon, pour qu'il demande le divorce...

... il faut qu'il soit vivant.

Qu'est-ce qu'il vous faut ?

Pour être vivant, il est vivant !

Mais vivant légalement !

Pour cela, il doit signer une pièce que vous réclamerez à la mairie des Martigues.

... qui lui permettra de casser le jugement d'état civil qui l'a déclaré décédé.

Attention ! J'ajoute que de la bonne volonté de M. Jouvin.

... dépend que les choses aillent vite.

Ou traînent vraiment plusieurs mois, voire plusieurs années !

Alors du doigté, de la douceur... En un mot, ménagez-le !

Madame, mes hommages. - Au revoir Maître.

À ce soir. - À ce soir.

Ben... va chercher les papiers. - Pourquoi tu irais pas toi ?

De quoi j'aurais l'air, moi ? Tu sais ce qu'a dit Maître Sarazen ?

Le plus tôt il aura signé, le plus tôt on sera débarrassés.

Oh, les hommes !

Oh ! Petit.

Tire-moi celle-là.

Il y en a 3 pour nous, là.

Oh, à condition de faire un carreau.

Mais ça, c'est naturel.

Attends.

Dis, Turpin !

Tu as fini de taper tes boules pour faire de la musique...

... et lui couper le bras ?

C'est vrai, ça, quoi ! - Imbécile !

Vise...

Oh !

Tu siffles. - Mais non !

Non ?

Bon, j'y vais, parrain ? - Pardi que tu y vas !

Et doucement, hein ? Et silence là !

Oh, mon pauvre.

Aïe, aïe, aïe...

Aïe, aïe, aïe...

Ah oui, alors ! Aïe, aïe ! Tu joues avec eux, toi ?

J'ai pas fait exprès, parrain. - Pas fait exprès.

Allez, tire-là, toi ! - Forcément que je vais la tirer !

Oh, on fait le point !

Vous avez poussé le bouchon.

La boule est restée, le point est toujours à nous.

Ça me ferait mal, ça !

Je pourrai pas le dire, moi, je mesure ! Gervasoni, passe-moi la ficelle.

T'as la noire, là ?

Ne t'occupe pas de ça, toi ! - Mais, il y a au moins un doigt.

Un doigt ? Une main, il y a.

Alors, à qui il est ?

Enfin, tout de même ce point est à nous quoi !

À toi ?

C'est l'évidence ! - Tu bigles !

Oh...

Ça, c'est le comble, on peut même plus rentrer chez soi.

Tiens, puisque tu as les papiers, profites-en pour le faire signer.

Mais ce n'est pas le moment.

Ils sont en pleine partie !

Et en plus, ils mesurent le point.

Bon, j'ai compris, puisque tu veux pas y aller, j'y vais.

T'es pas un peu fou, non ?

Souviens-toi de ce que t'a dit Maître Sarrazin.

"Il faut le mè-na-ger."

Maître Sarrazin, il s'en fout, c'est pas lui qui est putatif.

Alors, tu y vas ou tu n'y vas pas ? - Mon Dieu, ce que tu peux être désagréable.

C'est pas rien d'avoir ça chez soi, alors !

Attention, laissez passer.

Un... deux... " Je veux revoir ma Normandie."

Fernand, je dois te parler. - En plein travail ?

Vous n'allez pas nous le prendre ? - Je vous le rends tout de suite.

Amundi, remplace-moi deux minutes.

Normand ou Marseillais...

... elle les mène tous par le bout du nez.

Alors, c'est le divorce que tu cherches ? - Fernand, c'est la loi...

Il y a pas d'autre solution.

Il n'y a pas de loi qui oblige à divorcer.

Enfin, on verra...

Tu sais, Fernand, tu n'as même pas besoin de te déranger.

Une signature, et...

Eh, oui...

... une simple signature.

Alors, j'ai même plus le droit de...

Écoute, Christiane.

Je suis ton mari ou je suis pas ton mari ?

C'est pas ça, Fernand.

Mais tu sais André, il faut le comprendre.

Il y a dix ans qu'on est mariés. Alors de voir arriver mon mari comme ça...

Mets-toi à sa place.

Je voudrais bien.

Je sais ce que c'est.

Comment tu sais ce que c'est ?

Enfin, je veux dire, je me l'imagine.

Je devine parce que on est tranquillement chez soi.

Puis on voit arriver tout d'un coup quelqu'un qu'on connaît pas.

Et qui prend ta place, il y a de quoi te couper le souffle.

Vous voulez que je vous dise ce qui va se passer ?

Fernand, à la première occasion, il va la reprendre sa Christiane.

Les femmes aiment les hommes qui les font rire.

Et lui, il la fait rire et vous, vous la faites pas rire.

On vous demande rien, vous !

Enfin, pardon.

Christiane ! Christiane !

Il y a le Normand qui t'appelle au secours. - T'as le droit de parler comme ça !

Pourquoi ? - André, c'est un brave garçon, sérieux.

Ah, sérieux, pour être sérieux, il est sérieux.

Mais avec lui, tu dois pas rigoler tous les jours.

Tu parles comme si on avait encore 20 ans.

On a passé l'âge de s'amuser, Fernand.

"Passer l'âge", mais quand je te regarde, Christiane.

Et malgré la différence qu'il y a entre nous deux.

Il me semble que j'ai toujours 20 ans, et même peut-être moins.

Non, Fernand. - Oui, pardon.

Dis, tu en prends connaissance et une simple signature, hein.

Alors, il a signé ? - Il n'a pas dit "non".

Il n'a pas dit "non". Mais, il n'a pas dit oui !

Ne vous bousculez pas comme tous les jours !

C'est fini, oui ?

Allez, deux par deux !

À quoi on joue demain ? - On jouera à la Sibérie.

La chasse au lion, je suis le lion.

Il y a pas de lions en Sibérie. - C'est mon oncle qui me l'a dit.

Ton oncle ?

Mon père a dit que ton oncle disait que des couillonnades.

Qu'est-ce que c'est ?

Sauvage...

On voit bien que c'est pas lui qui dort !

Dis, tonton Fernand.

Qu'est-ce que tu me donnes pour le prix de mon silence ?

Le prix de ton silence ?

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire que tu me donnes 500 francs, et je dis rien.

Tu dis rien ?

Et qu'est-ce que tu as à dire ?

Mon copain, son père qui est professeur...

Il a dit qu'il y avait pas de lions en Sibérie.

Qu'est-ce qu'il en sait le père de ton copain.

Il n'a jamais foutu les pieds en Sibérie. - Et toi non plus.

Ah !

Tu sais comment on appelle ça !

Du chantage.

Il faut jamais céder au chantage.

Jamais !

Voilà 500 francs, je te les donne parce que je suis un bon tonton.

Maintenant, laissez-moi dormir, et tout ça ne m'intéresse pas.

Dis, ma tante. - Toi, monte vite faire tes devoirs.

Dis, Fernand ?

Je veux pas t'ennuyer avec ça.

Mais il va falloir prendre une décision.

Tu veux pas toujours être mort.

Alors, tu signes.

Mais...

Je sais pas...

Je sais pas si c'est mon intérêt. Tu comprends ?

Mort comme ça avec toi, c'est déjà le paradis.

Je te vois, je te parle...

J'ai les amis, j'ai les boules.

Que tu veux plus ?

Là ! Cette femme !

Dites, oh, j'ai faim, moi !

Alors...

Il a signé, cette fois ?

Oh ! "Il a signé ?"

C'est tout ce que tu sais dire ! Je peux pas signer à sa place, non !

Tu peux pas avoir 2 maris...

Et il peut pas y avoir 2 patrons ici.

Si tu veux que ça soit lui, t'as qu'à le dire.

Ne sois pas bête, maintenant, dis.

Moi, je fais ce qu'a dit maître Sarrazin :

Du doigté, de la douceur et du tact.

Là !

Ne te gêne plus !

Qu'est-ce que tu fais dans ma cuisine avec ton huile-là ?

Une omelette.

Tu goûteras ça, c'est formidable.

Tu te fous de moi, par-dessus le marché.

Débarrasse le plancher, allez.

Ah, dis...

Pas avant de finir l'omelette.

Si tu ne veux pas t'en aller. Moi, je vais te faire partir.

André, qu'est-ce qui te prend ?

C'est pas parce que t'as la loi pour toi que tu vas avoir raison.

Monsieur se croit tout permis, ici !

Tout lui appartient !

Ma cuisine, ma femme !

Et quoi encore ?

Une femme, ça se partage pas, d'accord.

Mais une cuisine, il y en a la place pour deux, non ?

Ce qui me comble.

J'ai même plus le droit de faire une omelette à l'huile !

Toi, l'huile, tu sais ce que c'est. Mais monsieur l'ignore !

Tiens, voilà ce que j'en fais de ton huile !

Oh, mais alors...

Voilà ce que j'en fais de ton papier ! Tiens, là, il flambe.

Euh, c'est le papier qu'il devait signer !

Oui et c'est aussi l'omelette que je devais manger.

Bonjour, Madame. - Bonjour, M. le maire.

Elle est fort belle, cette Christiane.

Pensez-vous que Fernand veuille vraiment divorcer ?

Moi, à sa place, je divorcerais pas.

Hé ! Madame.

Votre M. Fernand, je suis en train de vous le ressusciter.

Eh, continuez.

Tu as d'autres des papiers ? - Oui.

Il faut qu'il les signe. - Où il est ?

Il fait la sieste.

T'as qu'à le réveiller.

André, tu n'y penses pas ? il faut pas le brusquer.

Et puis la sieste c'est sacré.

Ça, c'est le comble.

Moi, je me crève toute la journée.

Lui, il fout rien.

Et la sieste de monsieur est sacrée !

Dites, pour dormir, avec vous, c'est un peu difficile !

Ça vous fatigue pas de parler par cette chaleur !

Dis, Fernand, j'en ai d'autres de papiers. Tu me les signes.

Toi, alors, quand tu as quelque chose dans la tête !

Alors, je viens ? - Eh oui, tu viens.

Hé ben, oui. - Ouais...

Bon...

Il faut qu'il signe.

Ça a assez duré.

Ah, Mme Colombey.

Je vous apporte des sous.

C'est le Ministère des pensions.

C'est votre pension de veuve de guerre.

Tu veux pas toucher ta pension de veuve de guerre ?

T'es plus veuve puisqu'il est plus mort.

Mais j'ai pas signé.

Et tant que j'ai pas signé.

Elle est veuve.

Alors, aujourd'hui, elle prend les sous.

Et demain, je signe.

Bon et merci.

Alors au revoir tout le monde. - Oh !

Maintenant que je suis réveillé, je viens avec toi, avec lui !

Tous les moyens lui sont bons.

Tu verras, il signera jamais.

André, encore un peu de patience, tu veux ?

Attendre 24 heures pour une somme pareille.

Qu'est-ce que t'as à le regarder comme ça ? - Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Bonsoir, monsieur. Bonsoir, madame.

Dépêche-toi, Marinette. Bernard t'attend depuis un bon moment.

Alors, Christiane...

On va se coucher ?

Tu vois pas que je tape les menus ?

Oh ! Toi, depuis que t'as cette machine !

Tu taperas après. Allez, viens.

Chaque chose en son temps.

Bon, ben...

Alors, on tapote un peu ?

T'as pas sommeil ? C'est drôle, moi non plus.

Ça m'étonne de toi.

Qu'est-ce que tu veux ?

Moi, quand je dors, c'est pour oublier.

Dis...

... Tu veux pas qu'on aille faire un tour sur la jetée, en pèlerinage.

Tu m'as l'air d'un drôle de pèlerin, toi.

Allez, laisse-la cette machine. La vie est courte.

Je te vois venir avec tes gros sabots, toi.

Je suis une honnête femme, moi. - Ah, alors...

Tu crois peut-être être aussi une bonne chrétienne ?

Tu sais ce qu'il m'a dit l'abbé Daniel cet après-midi ?

Qu'est-ce qu'il t'a dit ? - Il m'a dit.

Il m'a dit que tout ce qui était lié au ciel...

... ne pouvait pas être délié sur la terre.

Remarque, c'est pas moi qui parle, c'est l'abbé.

André ! - Oui.

Ne te déshabille pas.

Pourquoi, on se couche pas ?

Si, mais pas ensemble.

Quoi ?

André, tu sais que depuis 10 ans on vit en état de péché mortel.

On est pas morts pour ça.

Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ?

Mais c'est l'abbé Daniel qui l'a dit :

" Tout ce qui était lié dans le ciel ne peut pas être délié sur la terre."

Qu'est-ce que ça veut dire tout ce charabia ?

Ça veut dire...

... que devant Dieu, comme devant M. le maire...

... C'est Fernand mon mari.

Voilà le Bon Dieu qui s'en mêle ! Il ne manquait plus que lui.

Alors là, c'est plus fort que de jouer au bouchon.

C'est le point de vue de l'église.

Ils n'ont pourtant pas dit non, pour bénir notre mariage !

Même que pour une messe basse, c'était pas donné !

C'est par erreur.

Tant que Fernand il était mort, y avait pas de mal.

Maintenant qu'il est revenu, c'est pas pareil.

Il faut que tu ailles te coucher dans la chambre du petit.

Alors, je vais coucher tout seul avec le petit ?

Tu veux plus de moi, quoi ! - Non, mon chéri, c'est pas ça.

Mais, c'est le point de vue de l'église, j'y peux rien.

L'église, qu'est-ce que ça peut te faire ? T'y vas même pas 2 fois par an !

Ça m'empêche pas d'avoir de la religion. - Oui, oh...

Puisque ça te contrarie, c'est moi qui vais chez le petit.

Qu'est-ce que ça change ?

Je dis ça pour toi. C'est un mauvais moment à passer.

Ça va durer combien de temps, ça ?

Le temps que Monseigneur fasse le nécessaire auprès du Saint-Père...

... pour faire annuler mon mariage avec Fernand.

Monseigneur, c'est pas lui qui couche tout seul !

Voilà ta brosse à dents...

... ton dentifrice et ton rasoir.

Va te coucher, va...

Tu es fatigué, demain, tu te lèves tôt.

Bon, bon, très bien !

Très bien.

J'ai compris. - Oh !

J'oubliais le réveil !

Tu penses à tout !

Ne fais pas cette tête-là !

Je t'en prie !

Le curé !

Monseigneur !

Le Saint-Père.

Tout le diable et son train !

Vous me connaissez pas !

Le point de vue de l'église, qu'est-ce que j'en ai à foutre !

Fernand ?

Qu'est-ce qu'il te prend ?

Cricri, je te remercie.

Quand j'ai entendu que ton coeur avait parlé.

Regarde dans quelle situation tu me mets.

Et me faire coucher avec le petit garçon ! Ça, j'admets pas !

Péché mortel ! Ça, c'est un peu fort !

L'abbé Daniel ! De quoi il se mêle, lui ?

CriCri, je suis très heureux que tu aies pris ta décision.

Ma décision ?

Quelle décision ?

Eh ben, André, il se casse.

Mais dis ! Qu'est-ce que tu t'imagines ?

Mais c'est toi-même qui m'as dit que je vivais en état de péché mortel !

Mais avec lui, mais pas avec moi.

Avec moi c'est pas un péché au contraire.

Puisque je suis ton mari.

Non ! Non, Fernand, non, vraiment.

Je sais, toi, tu as beaucoup souffert en Sibérie.

Mais lui, c'est un si brave garçon...

... travailleur...

... sobre...

... et fidèle.

Tiens, Louisette, tu tombes bien.

Depuis le temps que j'en avais envie...

Ce soir...

Je t'emmène au cinéma.

Au cinéma ?

Hé ben, dites...

Habillé comme vous l'êtes, on aura un drôle de succès.

Bon, très bien, c'est raté, quoi ! Une fois de plus.

Fernand, n'insiste pas.

Tu veux que je te dise ce que tu es ?

Ce que je suis ? Moi, je vais te dire ce que tu es, toi !

Toi, tu es comme ta mère.

Tu as un porte-monnaie à la place du coeur.

Madame, il lui faut la belle vie, des gens qui font des chichis.

Enfin, je vous comprends.

Vé, Louisette, pas encore couchée ?

Eh non, M. Fernand.

Ça me donne une idée, ça.

Vous voulez pas que nous allions au cinéma ensemble ?

Dites, je sais pas ce que vous avez tous avec le cinéma, aujourd'hui.

Enfin, y a qu'à vous regarder. Le cinéma, il est à la maison !

Qu'est-ce qu'elle a voulu dire par : "Il est à la maison"?

Qu'est-ce qu'il y a, tu me fuis ?

J'ai rien à te dire.

Tu es fâché ?

Qu'est-ce que je t'ai fait ?

Je t'ai fait quelque chose ?

Dis, tu me prends pour un imbécile ?

Tu crois que j'ai pas tout compris ?

Tu veux tout, ici : ma femme, la baraque...

La baraque, tu peux la prendre.

Christiane, ça...

C'est une autre affaire.

Tu es fou, voyons ?

Cricri ?

Cricri ? Pourquoi tu t'appelles Cricri ?

Tu peux pas l'appeler Christiane comme tout le monde, non ?

Parce que je l'ai connue avant toi.

Et maintenant, j'en veux pas de Cricri. - Oh ! On dit ça.

Je te le dis comme je le pense.

Viens boire un coup au "Petit Marseille". - Je ne boirai jamais plus avec toi.

André, tu veux que je te le dise ?

Tu es une victime. - Oh !

Mais oui, une victime des femmes.

Tu travailles trop, tu te lèves au petit jour.

Toute la journée, tu as le nombril devant tes fourneaux.

Tu te fais rissoler comme un beignet.

Et le soir, quand tu montes te coucher, madame ne te reçoit pas.

Elle te ferme la porte au nez.

Tu me fais pitié. - Oh, t'exagères.

Dis que c'est pas vrai.

Ces dames, elles prennent tout le monde pour des couillons.

Elles te font des sourires par devant pour mieux te torpiller par derrière.

Tandis que toi...

... tu peux pas me souffrir, mais...

... tu t'en caches pas.

Pourtant, euh...

Moi...

... j'ai beaucoup d'estime pour toi.

Alors, pourquoi tu veux pas me signer le papier ?

Dans ton intérêt... - Oh !

Je te rends service.

Ça te plaît de te mettre le col dur ?

Ça te plaît qu'elle t'empêche de fumer ?

Ça te plaît t'entendre dire tous les jours. "Tu as pris ton bain ?"

Comment tu sais tout ça, toi ?

Parce qu'elle me l'a fait à moi. - Ah bon ?

Vois-tu, André...

Dans la vie, il y a qu'une chose qui compte :

... la liberté.

La liberté ?

Y avait longtemps.

J'ai déjà fait la guerre pour la liberté.

C'est même pour ça que je suis venu me cacher à Martigues

La liberté ? Plutôt de l'esclavage.

L'esclavage ? Moi, je suis pas esclave.

Je fais ce qu'il me plaît !

Oh, Christiane à mis le réveil à 5 h, il faut aller se coucher.

Allez, à la tienne.

Vé, Christiane !

Y a pas à dire, hein.

Christiane...

... c'est une belle femme.

De mon temps...

Il n'y a rien de changé.

Si je te le dis !

C'est bien.

Ça vaut pas...

Oh, mon Dieu !

Moi, non. - Non.

Ah ! Non, non.

Ah, si je te le dis !

Parce que...

... une raison.

Oh ! Tu exagères. - Non, non !

Oh ! Tu es bien de Marseille ! - Je suis de Marseille, mais quand même...

Ça a pas empêché que...

Ah ?

Ah ! Bon ? - Oui.

C'est dommage.

Attention. - C'est la table.

Tu boiras bien un petit Calvados ?

Je l'ai rapporté de chez moi, il est bon.

Ce soir, je vais le boire, ton Calvados.

Ça doit être amusant.

Ben, vas-y.

Aïe, aïe !

Oh, tu vas la réveiller.

Mais c'est drôle.

Tiens, rince-toi les dents avec ça.

Allez, cul sec. - Cul sec ?

Tu vas bien ? - Fais-moi le plein.

Ça va faire du bruit, ça ? - Avec ça, vous réveilleriez un mort.

C'est justement ce que je cherche.

Je suis content. Vous mettrez ça sur mon compte.

Bravo !

Ça fait combien, ça ? - Cinq.

Allez, envoie.

Pas trop loin.

Là, c'est bien.

Oh, oh...

Où vous allez, là, alors ?

Et qu'est-ce que c'est, ça ?

Prends ton temps, on est pas pressé.

Tu vas me faire une crème de bouchon.

Une crème ? Ça, ça me connaît.

Ça vous fait pas rire, vous imbéciles ?

Regarde-moi ces tronches, là ! - André ! Et les soles ?

Elles ne sont pas prêtes ! - Ah !

Ah ! Oui, c'est dommage. Tu devrais y aller, elle a raison !

Il faut que tu sois à tes fourneaux en ce moment.

Si c'est toi qui m'envoies travailler. - André.

Elle t'appelle, il vaut mieux que tu ailles, vas- y.

Pour une fois, peuchère, que j'allais faire une crème de marrons !

De bouchon ! - De bouchon !

Il vient ! Il vient !

Je veux revoir ma "Normandie".

Tu as fini de chanter, l’imbécile ! Qu'est-ce que c'est ça ?

Tu peux pas respecter le travail des autres, non ?

Le travail, c'est sacré !

Allez, on y va. À moi.

Regardez ça !

Té, regarde-les.

Je te le dis bien.

Fernand dans une maison, c'est la ruine.

Hier les boules, aujourd'hui, la pêche et demain...

Dis, André, tu pourrais le dire, quand tu pars !

Mais je pars quand je veux.

J'irai à la pêche tous les matins si ça me fait plaisir.

Et c'est pas toi qui m'en empêcheras.

Tu fumes ?

Alors, raison de plus !

Tiens, prends ce bon cigare !

Je vais te l'allumer.

Tu vas humer ce parfum !

Bon, je vais me coucher. Tu viens, André ?

Oh, pour dormir seul ! - Tu me fais de la peine, André.

Alors...

... viens.

Bon !

Bonsoir.

Tu vas pas te dégonfler, surtout ce soir !

Oh !

Alors...

Joue !

C'est toi, Fernand ?

Oui, c'est moi.

Qu'est-ce que tu fais ?

Euh... je suis en train de réparer le... - Avec un couteau ?

Quand j'étais le patron ici...

... je faisais ça avec une fourchette.

C'est pour arrondir mes semaines.

Ah !

Maman ! - Qu'est-ce que tu as ?

Ils ont vidé le tiroir-caisse.

40 000 francs !

Les canailles !

Il faut appeler les gendarmes. - Pourquoi les gendarmes ?

Oui, pourquoi ?

Qui c'est les patrons, ici ? C'est nous.

Ça, par exemple. - Et c'est pas fini.

André, dis-leur ce qu'on a décidé.

Vous avez décidé sans nous ? - Parfaitement.

Quatre semaines de vacances par an et on fermera un jour par semaine.

Tiens, prends ça.

Louisette ! À votre travail.

Hé ! Regarde ça... Hop !

Dis donc, j'ai failli en attraper deux.

Hé ben ! Des petits comme ça, moi, je les jette.

Tu peux bien parler, t'as encore rien pris.

Ah oui, moi, je pêche au gros.

Deux en cinq minutes, t'es témoin.

Il y a 15 ans que ça m'était pas arrivé.

Chez moi, dans la Manche, on m'appelle le roi du maquereau.

Dans la Manche !

Eh ben sans moi, tu serais encore le roi de la sole normande !

Oui.

T'es pas mieux ici que devant les fourneaux ?

Allez, dis-le !

Ah ben, sûrement, l'air est meilleur.

Ah ben, forcément, oui.

Ho là !

Oh ben, dis donc, il est gros, celui-là. - Ah oui, alors.

Pourquoi j'en prends pas des gros ? - Ils te connaissent pas !

Ah, ils sont jobastres.

Ah ! Eh ben, il m'a piqué.

Eh, regarde !

Eh, regarde !

Qu'est-ce que tu fais ?

Ça t'épate ça !

Tu mets du vernis à ongles aux poissons ?

Non.

Je peins l'hameçon.

Ça les attire.

Ah oui ?

Pourquoi tu pêches pas à la dynamite, alors ?

Ah, celui-là, alors !

Attention, j'envoie.

Jeannot, lève-toi de là !

Tu vois pas que je mets le maillot ?

T'as pas honte de regarder ta tante s'habiller ?

Elle s'habille pas, elle se déshabille. - Ah bon !

Qu'est-ce que tu fais-là ? - Rien.

Tu fais rien ? Menteur !

T'as pas honte ?

Tu mériterais que je te tire les oreilles. Fiche-moi le camp tout de suite !

André, j'ai pensé à toi. Tu veux un petit Calvados ?

Apporte-le-moi.

Tu veux que je l'apporte à domicile ? Tu viens pas trinquer avec nous ?

Quand je pêche, je pêche.

Écoute-moi.

André, il est normand, mais la mer, ça lui plaît.

Tu vois, Cricri, de quoi tu l'as privé !

Tiens, porte ça à tonton André et surtout, ne le bois pas en route.

C'est du 80 degrés. - Oooooh, y a plus d'enfants !

Dis, Cricri, si on faisait une sieste ? - Non, je préfère prendre le soleil.

Tu préfère pas le prendre à l'ombre. - Non, je préfère le soleil.

Ah ben, ça, question de goût.

Eh ben, ça fait rien.

Pour une bigame, y en a un qui pêche et l'autre qui sieste !

On peut dire que je suis gâtée.

Dis, tonton, André, donne-moi 500 francs et je te dirai un grand secret.

Tu vois pas que je pêche ! - Ça t'empêche pas de me donner 500 francs.

Tiens, les voilà et que je te revois plus.

Tu as tort parce que je t'aurais dit :

Tu sais que tonton Fernand. - Oui.

C'est un menteur. il a jamais mis les pieds en Sibérie.

Ah ! Si c'est pas malheureux d'entendre ça !

Fernand ! - Oh !

Tu sais pas ce qu'il dit ? - Non.

Il dit que t'as jamais été en Sibérie.

Là ! Attends que j'arrive !

Viens ici, viens !

Écoute, ne l'écoute pas, il ment comme il respire ce petit.

Non, ils sont terribles ces enfants !

Tu vois si tu l'avais cru, c'était le même prix, ça.

Allons, voyons !

Ah, merde !

Eh oui, c'est le moulinet. - Ben oui, il me parle, ce gosse.

Vous avez de la place, là. - Merci.

Alors, qu'est-ce t'attends ? Va t'asseoir !

Moi, j'avais pas soif.

J'aurais pu pêcher encore pendant une heure.

La pêche, la pêche, tu ne penses qu'à la pêche.

On a passé une bonne journée ! - Ah ! Oui.

Tu es contente au moins ? - Mais, le mardi, on faisait 40 couverts.

Allez, toi, tu ne penses qu'à tes sous.

Hé ! Un tango.

On le fait ? - N'y pense pas.

Tu vas pas refuser un tango à un homme qui a pas dansé depuis 12 ans.

Ah ! Tu vois ?

Allez, dansez.

Merci, André.

Deux diabolos à la table. - Bien, monsieur.

Et monsieur ? - Qu'est-ce que tu bois ?

Une limonade, tonton André. - Une limonade !

Et pour moi...

Vous avez du cidre ? - Oui, monsieur.

Bah, il va pas être bon.

Ben ! Donnez-moi de la bière. - De la bière, d'accord.

C'est le meilleur moment de la journée.

C'est le meilleur moment de la journée.

Les poissons ne mordent qu'au coucher du soleil, c'est bien connu.

Je reviendrai mardi et seul, comme ça, je serai plus tranquille.

Pour vous, c'est la bière. - Oui.

Tiens, enlève ça.

Le petit, c'est la limonade.

Pour la Dame, pour Monsieur... - Je vous remercie.

Dis, tonton, le tango c'est la danse des frotadoux.

Le tango, c'est toute notre jeunesse qui revient.

Je t'aime bien, Christiane. - Fernand, tu vas pas recommencer, dis.

Oh non, je vais finir.

Tu sais, André, c'est un brave garçon.

Tu es bien tombée, mieux qu'avec moi.

Oh, Fernand, qu'est-ce qui te prend ?

Tiens...

Regarde.

Qu'est-ce que c'est ?

Ton papier...

Signé...

Tu sais, je t'aime bien, moi, tonton André.

Où il est passé, tonton André ?

Il est parti prendre l'air !

Il aime pas le tango !

Mon Dieu !

Qu'est-ce qu'il est encore allé imaginer ?

La voiture ?

C'est pas possible !

Ça, ça serait trop bête !

Eh mon ami, il fait beau dans ton pays de Normandie.

J'y reviendrai !

Quand tu pars, tu pourrais avertir.

Tu me fais faire 1 000 km pour que je tombe devant les muets ?

Je t'ai rien demandé, moi !

Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

Tu manques pas de culot après ce qui s'est passé !

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Oh excusez-moi, tu crois que je vous ai pas vu vous embrasser.

C'est pour ça ?

Alors, tu crois que pour un baiser fraternel...

T'as pas compris que je lui avais donné le papier signé.

C'est encore une histoire !

Si tu crois que je te crois.

Tu mens comme tu respires.

Quand je pense que c'est pour un malentendu...

... que tu as laissé ta pauvre femme en pleurs avec des larmes comme ça ?

Maintenant, c'est plus la mienne, c'est la tienne !

Devant le maire, devant le curé !

Parce que les lois sont mal faites. - T'as pas toujours dit ça.

Allez, laisse-moi travailler.

André, tu veux que je t'aide ? - Non, j'ai pas besoin que tu m'aides...

... ça pourrait te fatiguer.

Oh... Imbécile !

Il pleut, hein ?

Vous me préparez ma note, madame. -Oui, monsieur.

Imbécile !

Pardon, madame, vous permettez que Mlle me tape une lettre à la machine ?

Bien sûr, monsieur, si ça peut vous rendre service.

Vous êtes bien aimable, vous savez madame.

Je peux la prendre en sténo si vous voulez.

Voilà :

Mon chéri. Sans "e".

Je suis désespérée. Avec un "e".

Je me demande pourquoi tu es parti le jour où Fernand a signé le papier ?

Pour le reste, le curé a dit que...

... ça s'arrangerait et qu'on irait à la pêche tous les mardis.

Reviens vite.

Hé !

Oh ! Je rentre ou je rentre pas ? - Je crois que tu ne rentres pas.

Alors, je rentre pas ? Tu me laisses dehors sous la pluie ?

T'as pas de chance, y a 40 ans qu'il avait pas plu comme ça.

40 ans ? Eh ben, mon vieux !

Tu sais pas pourquoi je suis revenu.

J'ai oublié de te remettre une lettre de Christiane.

Oui. Allez, ouvre-moi. - Non.

Tu la lis pas ? - Oh, j'ai bien le temps.

Tu as le temps, mais moi, quand on me donne une lettre, je la lis tout de suite...

... parce que des fois, c'est urgent.

Oui, mais moi, je ne la lirai que quand tu seras parti.

Eh oui ! Alors, au revoir. - Au revoir.

Eh oui, au revoir.

Écoute-moi... pour te prouver que tu es un ami...

Je vais te faire une confidence...

... que je ferais pas à mon frère. Jure-moi de ne pas le répéter !

T'as pas de frère !

Et puis, j'ai pas besoin de confidence.

Laisse-moi dormir ! - Je te le dirai quand même !

J'écoute pas.

Je n'ai jamais mis les pieds en Sibérie. Tu écoutes ?

Menteur !

Où t'étais, alors ? - Au Tyrol !

La fiancée de Fernand ? - Oui.

Il a vécu 13 ans chez moi à Krems.

Ah, Krems, en Sibérie ?

Quelle idée... Non...

Krems, c'est pas en Sibérie.

Krems, c'est dans le Tyrol !

Je comprends tout !

La Sibérie, les mines de sel, l'encre qui gelait ! C'était ça.

Il ne vous a jamais dit qu'il avait une femme qui l'attendait ?

Non, il a dit qu'il vit avec sa vieille mère.

Madame.

Madame.

En somme...

Il vous a jamais parlé de moi ?

Non.

Il a dit seulement que les femmes françaises c'est des paresseuses.

Je voudrais pas vous déranger.

Au contraire, il va arriver dans un moment.

On va l'attendre. Il sera ravi de vous voir.

Aaaah !

On est quand même content de rentrer chez soi.

Tenez, gardez tout.

Tu as eu une bonne idée.

Les fleurs, ça lui fera plaisir.

Oui, ça, c'est une délicate attention.

Dis, tonton Fernand, qu'est-ce que tu me donnes si je te dis un secret.

Une raclée à te laisser sur place ! Fiche-moi le camp de là !

Ça recommence.

Mais enfin ! Passe le 1er, puisque tu as les fleurs.

Ah ben, oui.

Bonjour. -Bonjour.

Bonjour.

Christiane, je te le ramène, ton déserteur. Il a dit qu'il le refera plus.

Je suis heureux de te revoir, Christiane.

Surtout après ta lettre. - Quelle lettre ?

La lettre... - Il a apporté des fleurs !

Elles sont jolies ces fleurs, excellent, elles sentent bon.

Ça, c'est gentil.

Tu peux l'embrasser, tu sais, le passé est mort.

Tu peux l'embrasser aussi, il s'en est donné du mal.

Attends, Fernand !

Puisque André le permet...

Viens que je te fasse la bise. - Me voilà.

Tiens, voilà pour la Sibérie ! - Mais ça fait mal !

Les mines de sel, l'encre qui gelait !

Houuuuu !

Fernand, mon chéri !

Gerda.

Fernand.

Quel sale temps.

Toi, monte. - André, le temps a changé.

Ne t'occupe pas, monte.

Et les fleurs ? Au prix que ça coûte. - Monte, je te dis !

Je comprends pas, dans ta lettre... - Quelle lettre, je t'ai jamais écrit !

T'as pas écrit ça ? - Non ! Monte !

Komm, komm, Gerda.

Qu'est-ce t'es venue faire ici et ton mari ? -Il avait une maîtresse.

Une maîtresse ? Le misérable.

Il est reparti en Sibérie pour la retrouver.

Alors, moi, je suis venue parce qu'il a vendu la maison.

Vendu la maison ?

Je vais le ramener ton déserteur. - Non, Fernand.

Je suis libre !

On va... être heureux. Et ensemble travailler.

Arbeit, Fernand, arbeit.

Arbeit, Gerda, arbeit.

La choucroute du 6, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Alors, mes soles, elles viennent ? Schnell, schnell.

Ben, il faut le temps, quoi !

Une, ça allait encore, mais deux, c'est plus possible.

Oh dis, tu l'as laissé prendre au fond.

Les hommes français c'est des paresseux. - On n'a pas le choix !

André ! André !

C'est quand le jour de fermeture ? - Ben, mardi !

Mardi... ?

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