All language subtitles for 1996.Capitaine Conan (fr)

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Original subtitles

Une femme chante en bulgare.

FRONTIERA BULGARIA, 10 SETT. 1918

-Allez, ça va. Le café sera là dans une heure.

C'est rien, c'est rien. On bouge pas, Ferrandière.

C'est le marmitage de 21 h, ça. On dort, allez.

Qui a donné l'ordre de tirer une fusée?

-Ça bouge, là-bas, mon lieutenant. -C'est un rat. Allons.

-T'as vu comment je te bousillais, toi et tes Pieds Nickelés?

Ça renifle pas, ça tousse pas et ça déchire pas son froc aux barbelés.

-Je surveille l'ennemi. Tu devrais prévenir ou vous vous ferez tuer.

-J'ai 20 min pour être là-haut, avant que la lune passe les crêtes.

Vous m'avez salopé le ravin. Je vais prendre la coulée de gauche.

-Vous montez sur le Socrate? -Non.

-J'ai envoyé un porteur, hier, à Demange. À la cote 915.

Jamais arrivé à son poste. Où je peux récupérer le corps?

-Change rien à la routine. Les fusées: comme les autres nuits.

Si un de tes hommes tire un coup de trop, il Me rendra des comptes.

-C'est toi qui fais ce raffut? -Palu. Ça va passer.

-Tu restes. -Mais…

-Tu restes!

-C'est vache.

-De Scève! il est où, Conan?

-Il est là-haut. En route depuis 20 min.

-Il devait m'emmener!

-Il vous aime bien. Il a pas voulu discuter.

-J'ai l'air d'un con. -"D'un con.”

La roulante a touché du mouton?

-Du quoi? -Du mouton.

Les hommes ont une dysenterie avec le lapin frigorifié australien.

Qu'est-ce qu'ils fabriquent?

-Pour monter là-haut, il faut le temps qu'il faut.

-Les Sénégalais du capitaine Morlan mangent trop de mouton.

Et nous, rien. Depuis Noël. C'est un monde, ça.

Si les nègres sont mieux servis que nous…

-Allez!

-Ils sont où, les prisonniers?

Les vaches! Vous me paierez ça. Beuillard, Rouzic, avec moi!

-Quoi? On y retourne?

-Mon lieutenant.

Vous y avez mis le temps. Mais bravo.

-Tu peux les féliciter, oui! Charognards!

Y en a qui mériteraient que je leur refasse le portrait.

Les nom de Dieu de salauds!

Au moment de rentrer, pas de prisonniers.

-Ceux-là, c'est pas des Bulgares? -Si. On y est retournés.

Il m'engueulerait bien! Toi content? Guerre finie?

Bois ça. Bon. Chaud. Pinard.

Je comprends rien, mais je me doute.

Ta gueule! Tiens. il sait pas ce qu'il perd.

Un peu tard, la quinine, Mahut.

Dis, on s'est loupés. Amène-toi, je t'expliquerai.

Tenez-le mieux que ça, empotés! Soutenez la tête!

Ça ira, petit gars.

On va bien te soigner. Je m'en occupe.

Emmenez-le-moi comme un Saint-Sacrement.

-Comment dit-on désinfectant? -"Désinfectant"?

Et antiseptique?

-Encore pareil!

-Tiens.

Si t'as du courrier, Rouzic l'apportera.

-Merci, lieutenant. -Me remercie pas.

C'est pas toujours de si bonnes nouvelles.

Moi, la semaine dernière, ma fiancée m'a lâché.

Il m'en reste plus que 6.

À la tienne, mon gars.

Je le reprends pas. Il n'a rien,

il retourne à la riflette… -Alors?

-Moi, c'est la tuerie. Une épaule en digue-digue: plus dans la course.

T'as fait Saint-Cyr? -Non.

-Des embusqués qui t'en font baver pour rester au chaud.

-Si nos heures ne vous conviennent pas,

donnez-nous les vôtres.

Nous nous y conformerons.

-Mon commandant…

-C'est ma faute. Je suis allé voir les blessés.

-Je comprends. Mais lui?

-Je l'ai emmené avec moi.

Il sait trouver les mots. Moi… je m'embrouille.

-Oui, enfin… pas si maladroit, tout de même. Asseyez-vous.

Beaucoup de blessés?

-Ça ira, mais faut muter le soldat Perrin.

-Bon soldat? -Prends-le.

-Mon commandant? -Arrangez-vous.

Ne laissez pas refroidir.

La pomme de terre germée, comme la vierge timide,

exige un minimum de chaleur pour rester consommable.

-C'est dommage, mais avoir mis le nez à l'ambulance, ça nous a barbouillés.

L'odeur d'éther, sûrement.

-Réglisse!

-Il se doute que je me fous de sa gueule.

Pourquoi je mangerais leur merde comme si c'était du caramel?

-On va toucher des œufs. -Ils seront bons à plumer.

-Alors vous, mon lieutenant…

-Enjambe. Vas-y, passe.

Ça sonne ou ça pète.

Ça gueule pas. C'est un lièvre. On va avoir du civet.

-Et quand ça gueule? -Parfois, Boche, parfois, Bul.

Chant collectif.

-J'ai une sacrée courante! -Prends du Pernod.

Ravier! Baisse ton cul!

-On me dit que tu es là, mais il faudrait venir à table.

Tout va être trop cuit. -J'arrive. On sera un de plus.

Les gars! Lieutenant Norbert!

Tiens. Lethore, va voir là-bas. Assieds-toi, Norbert.

-Messieurs.

-Rouzic.

Avec des comme lui, on taillerait encore le silex.

Mais question de se battre, un vrai Chouan. Hein?

Tu vois la cote 818, le petit torrent?

I est revenu avec mes chaussettes qu'il avait lavées, et un Bul.

Il le poussait au cul, pour boire un coup, le prenant pour un Grec.

-Comment j'aurais su que c'était pas un Grec?

-Cossu, hein? C'est pas du goût de tout le monde.

De Scève appelle ça… comment? Une caverne de barbares.

Tiens. Bordeaux. Et même, vrai bordeaux.

Il vient de chez les "Angliches”.

Je voulais en acheter. Rien à faire.

Total: on leur en a soufflé 2. Sans payer.

-Vous voulez une lichette de civet? Il reste un fond.

-Amène.

-Non. Ça va être trop.

-Du chevreuil.

Berthelot donnerait son képi de général

pour sucer les os.

-Bon… Pour goûter.

-Tiens. Ramène ton auge. Allez. À la tienne, mon gars.

-Comment vous faites? L'armée claque du bec.

-Régime spécial, tu veux dire? Là-haut aussi, c'est régime spécial.

Je t'aurais emmené hier soir, tu l'aurais trouvé salé.

Chacun fait sa vie avec ce que Dieu lui a mis dans sa musette.

Moi, c'est taper. Fort, vite et tout le temps. Toi, c'est…

Au fait, montre-moi ton flingue.

-Qui c'est?

-Faudra lui régler la détente. Trop molle.

Tu t'occupes de la rouquine?

-La rouquine? -Fais le con.

La ferme à droite après les Turcs. -Qui. Je vois à peu près.

-Elle m'a chtouillé deux gars. Y en a que ça gêne pas.

-La chtouille… La vraie? Ah bon?

Merde. Alors c'est ça que… -Si t'as le nez qui coule…

Embarque-la chez le major, qu'elle plombe pas la division.

-Elle prend que 20 sous. C'est pas elle que je voulais.

Celle que je voulais, c'était la fille du bistrot. Une Grecque…

-Ah oui? Et alors? -Et alors?

Rien à gratter. Elle m'a balancé son fric à la figure.

Pour bien faire, laissez-le-moi jusqu'à demain.

-Et si on monte en ligne? -Trouve-lui-en un.

Ça sera mieux que son lance-pierre.

-Attendez.

J'ai un Mauser, au poil, si vous voulez.

Tenez. -C'est parfait.

-Tu parles bien grec? -Grec ancien, littéraire.

-C'est mieux que rien.

-Elle ressemble à ma sœur. -T'en as une?

-Dis-lui. Ça les rassure.

-Rajoute pas de saloperies.

-Désolé. Le grec moderne… -En "angliche”.

-Ça ira. Si elle baragouine, moi aussi.

Là, pareille.

Incroyable.

-C'est la nuit, les gars! Les perms de minuit, rentrez!

Allez, toi!

-C'est vrai, pour l'offensive? -Quoi?

-On voit passer des cassettes d'artillerie, et on dit…

Comme d'habitude, on dit n'importe quoi.

Je veux pas interrompre, mais faut y aller.

-2 min. Le temps d'être poli avec la demoiselle.

"Sit down, please." Pose tes petites fesses, ma poule.

Voilà. Alors t'as une chambre là-haut?

Fanfare.

-Que se passe-t-il?

-Attaque sur le secteur de De Scève. Du grabuge.

-Merde. Conan!

-Lieutenant Norbert, 2e compagnie, pour la permanence du groupe franc.

Allô? Ici, Norbert, 2e compagnie. Il faut envoyer chercher Conan.

-Raccroche, il est là, Conan.

Ça te la coupe, hein? -Plutôt.

-On m'a envoyé une moto alors que tu remontais à pince.

C'est dommage. Je commençais le grec.

Mieux lotis que nous, ces vaches.

Les Boches leur ont filé des équipements neufs.

La moitié des poilus, tu leur vois les fesses, et eux…

On dirait qu'il n'y a pas que des Bul. Y a des Boches.

-On a trinqué. -Ça m'étonne: de Scève y est pas.

-Il est sûrement prisonnier.

-Moi, je le retrouverai.

-D'après Bouvier, t'as plus d'autonomie.

-Quoi?

-Les bruits étaient vrais: offensive générale.

Question d'heures. -Ça change quoi?

-Ton corps franc fait la guerre

avec les copains. -Ils devront s'adapter.

-Ça pète, là-haut!

-Ton casque!

Levêque! Cote!

-Avancez!

-Courez! Courez! En avant!

-Plus vite, le téléphone! Plus vite!

-On attaque!

-On ne s'arrête pas!

Allez, viens!

Debout!

En avant!

-Agent de liaison, mon lieutenant!

-PC du colonel, mon lieutenant. -Donne.

Ton nom, c'est quoi? -Riquiou.

-Tu m'as pas vu.

-Comment? -Pas vu, pas trouvé.

Si le colonel me disait le contraire, je te remettrais la main dessus.

-Bon. Ben, je vous ai pas vu.

Ben, je repars, alors? -C'est ça, mon Riquiou. Tu repars.

Au fait, t'es d'où? -Issy-les-Moulineaux.

-Ben, t'y retournes.

Hé! "Tenir la crête jusqu'à nouvelle instruction."

Quand les autres se débinent. On va leur courir au cul.

Encore là?

-Y a de la gnôle, sur la route. Et du café chaud.

Servaz, t'as pris ta quinine?

-Allez, debout.

En avant! On monte!

-Attention, mon lieutenant. Ils vont nous tirer dessus.

Nous tirer dessus, lieutenant!

J'ai perdu 2 frères, lieutenant. J'ai perdu 2 frères.

-Chargez!

Allez, Rouzic!

Crevez-les!

Allez, viens, Rouzic!

-Camarade!

-Tiens, en v'là, du "camarade". Caboulet!

-Ici, lieutenant! On a 2 tués! Attention derrière vous, lieutenant!

-Crevez-les tous! Pas de prisonniers. Dans le fond!

-J'ai pas compris, mais il semble… -Il a dit "capitulato”.

Ça veut dire qu'on va rentrer? -Va savoir.

-Mes amis!

J'ai à vous annoncer une grande nouvelle.

Nous sommes vainqueurs sur tous les fronts.

Car depuis le 11 de ce mois, la guerre est terminée.

Au 50.…. Tu pouvais pas venir plus tôt?

-Il séchait dans les chiottes, colonel.

-Oui, bon, ça va!

Dernier ordre du jour du général Pétain.

"Au 52e mois d'une guerre sans précédent dans l'histoire,

"l'armée française, avec l'aide de ses alliés,

"a consommé la défaite de l'ennemi."

-Mon lieutenant. -Quoi?

-Caroulier a sa chiasse qui redouble.

-Qu'il y aille. Et surtout, qu'il se planque.

-".D'une sublime endurance et d'un héroïsme quotidien,

"ont rempli la tâche que leur avait confiée la patrie!"

Ordre du jour…

de Foch… du 12 novembre 1918.

-L'important, c'est l'attaque.

Bien qu'on ne soit que 12,

il faut que vous me donniez tout et que ça sonne tout de même.

Ne me faites pas passer pour un con.

-"La plus grande bataille de l'histoire.

"Soyez fiers…

"d'une gloire immortelle

"dont vous avez paré vos drapeaux.

"La postérité vous gardera sa reconnaissance."

Signé: Foch, généralissime des armées alliées.

Et j'ajoute: victorieuses!

Et maintenant?

-La musique du régiment.

Mon colonel.

Je ne vois ni Conan ni ses hommes. -Je les ai exemptés. Malades.

Ils jouent faux "La Marseillaise".

-Qu'est-ce que tu dis de ça, mon Rouzic?

-C'est un peu foiré, mon lieutenant. Mais c'est quand même une victoire.

-Et c'est quoi, pour toi, la victoire?

-C'est quand on peut lever la tête n'importe où sans risquer une prune.

-On fera quelque chose de toi, si les cochons te mangent pas.

-Ne me dites pas que vous avez perdu le coffret à tampons.

Et les timbres humides? C'est quoi, cette armée qui vire tout?

-Mon commandant…

Après le passage sous le Sokol: 2 mulets au torrent.

-Les mulets, le torrent et vous, je m'en fous. Merde, merde!

Je peux plus rien signer!

Le jeu du bataillon. Foutez-moi le camp le chercher.

Ramenez tout. Prenez des molletières propres en passant.

-Voici des feuilles de situation et des imprimés jaunes.

-Je veux un état détaillé des pertes: blessés, malades,

morts de palu ou dysenterie et tués.

La santé militaire décidera si elle attribue une pension.

-Et ça? -Oui, oh…

-L'intendance, c'est fait. Pièces 34, 36.

-Et 37. Ça marche.

-Effectifs: 3 caisses, à, b et c. -Oui.

-Changement de corps, nominations au grade: 1 carton rouge et 1 petit.

-Le petit… -Rouge.

-Je le vois. Ça y est, j'ai l'autre.

-Citations, décorations, les morts pour la France et les refusés.

-1 fichier bois, 1 fichier métal, 1 carton.

-Ça, on le met dans le wagon de tête.

-Où sont les élèves chauffeurs? -Nous, c'est les papiers.

-Et moi, je fais quoi? -Tu dégages!

Hé! T'as pas du pain?

Un homme chante.

-"C'est l'aîné des Poulingue qui note pour moi,

"et je lui ai demandé d'écrire assez gros. J'aime mieux.

"Il est démobilisé. Les gaz lui font cracher le sang.

"Déjà qu'il avait connu 2 blessures.

"Tu ne reconnaîtrais pas Henriette. La voilà amaigrie.

"Elle travaille comme un homme et se ronge de toi.

"Enfin, on se débrouille.

"C'est déjà ça, avec tout le malheur qui démolit le monde.

"Surtout, essaie bien de pas trop te battre. Laisse un peu les copains.

"Tu en as assez fait ta part. L'Argonne et tout ça, ça suffit.

"Je t'embrasse de tout cœur.

"N'oublie pas d'écrire à Henriette pour son anniversaire."

Un homme chante.

-Un quart d'eau, c'est trop pour se laver.

Tu bois.

Tu craches. Le visage.

Tu bois.

Tu craches. La poitrine.

Tu bois.

Tu craches. Le pied.

Et le rab, tu te le bois.

Il Chante.

-C'est ma 1re perm depuis 28 mois.

-Moi, j'en ai eu une. En 1916.

Mais les 2 derniers bateaux avaient été torpillés…

macache pour le bésef.

-Moi, on m’a dit qu'on allait en Égypte.

-Voir les "Angliches”?

-Je crois qu'on va avoir une bonne surprise.

Regardez. Ça, c'est la Bulgarie.

Sofia, d'où nous sommes partis.

On roule pas vers la Grèce, puisque le soleil serait là.

On roule pas vers la Turquie. Il serait là.

Et il est là. Droit derrière.

Donc on file ouest. Ouest- nord-ouest.

Nord-ouest, Belgrade. L'Italie demain soir.

Et après…

-Après l'Italie, c'est la Bretagne.

-J'ai froid et j'ai faim.

Ils chantent.

-C'est de Scève. Amène-toi.

De Scève!

Ici! Conan!

-On ne descend pas. En voiture.

-Va pleurer chez ta mère, toi.

De Scève! On vous embarque avec nous.

-Non. Plus tard. Je vous retrouverai. Je reste là.

-Mais attendez!

Il est bizarre. -Il est pas minet, c'est tout.

Il est pas bizarre, il sauve la face.

-Tiens. Tant qu'il est chaud. -Merci.

En tranchée, il cirait ses bottes. On le surprend en guenilles…

-Un des rares officiers d'active que tu considères avec respect.

-C'est vrai. Il était dragon, peinard sur un dada.

Beau-frère bras droit de ministre. Et il demande la biffe.

Son petit nom, c'est Ghislain. Il a des châteaux, il est vicomte.

Alors je respecte. Un vrai soldat.

-Comme toi.

-Non. C'est un soldat. Je suis un guerrier.

-La différence? -Je suis un loup. C'est pas un loup.

-Y en a qui nous voient repartir sur Salonique.

Ménard dit que les bateaux nous attendent.

-Qu'est-ce qu'il en sait?

-Tout de même. Cuistot.

-Bucarest!

-T'entends comme moi? -Il me semble. Bucarest.

-Bucarest… Roumanie, non?

Ça nous rapproche pas de mère patrie. On n'avait rien parié?

Dis. Et le soleil? Il est où, là, le soleil?

-Bigorneau!

-Tout le monde descend!

Allez, réveil, là!

Bucarest!

-Hé! Il fait quoi, le chasseur? Il a perdu sa compagnie?

-Et le sergent, il est bigleux? -Mon lieutenant…

-Te fatigue pas. C'est comment? -Rien à manger ni à boire.

-Et les poules? -Là, on n'a pas à se plaindre.

-Ça valait le coup de venir. Hé, les gars! "La Mouquère", là…

-J'avais pas vu la caisse. -Tu plaisantes? Au fond.

Sous les livrets périmés. -"Périmés"?

-Pour la solde!

Les tués de l'offensive, on va pas les payer? Andouille.

-Ah oui… -Eh oui.

-Lieutenant! On attend la fanfare du 6e.

-"La fanfare"?

-Défilé devant le roi de Roumanie et l'état-major.

-Les cons. Dis-leur de se tenir à carreau.

Pas de conneries.

-Je vous donne raison si vous passez au travers.

Conclure 4 ans de carnage par un tour de ville… Quelle farce.

À ce soir, au collège français? -Et champagne. Je rince.

-Ah non. Moi. J'y tiens.

Je n'aime pas voir jouer au soldat.

-Messieurs.

Merci à M. le directeur du lycée français de Bucarest,

qui nous accepte dans ses murs. Nous essaierons de nous faire petits.

-J'en suis sûr.

-Et maintenant, je lève mon verre au lieutenant de Scève.

Il a eu le cran de s'évader à 2 reprises…

-Et la maladresse de se faire reprendre.

-Certes. Mais votre geste renouvelé…

-Comme Napoléon, j'estime qu'être prisonnier est un déshonneur.

Je vous serais reconnaissant de…

À l'amitié.

-Il lui a fermé son clapet, avec Napoléon.

Ça aussi, ça me plaît. Il dit ce qu'il a à dire.

-Lieutenant Norbert!

De la part du commandant.

-Oh, ça sent pas bon. Il t'a rien dit à table. C'est un coup en vache.

-"Service en ville.

"Strada Serinda, strada Lipscani…"

Tiens, regarde.

-C'est contre moi.

Il se doute que ça m'emmerde de faire la nouba seul.

Si c'est des rues à bordels, tu pourras te rincer l'œil.

"Que les hommes saluent les officiers roumains et français.”

Ils vont en croiser tous les 2 m. Autant attacher la patte à l'oreille.

"Tenue exemplaire. Toute intempérance doit être sanctionnée.”

Ça commence bien, l'après-guerre.

-Les rues de nos enfances

Se perdent dans la nuit

La nuit sans espérance

De nos rêves enfouis

Les filles sans…

Des femmes appellent en roumain.

-Ça va, pour cette fois. Je ferai pas de rapport.

T'embarques ton copain et tu files vite fait.

-C'est incroyable.

J'aime que les yeux verts, et tu parles français.

-Pas beaucoup bien. -Mais si. Bien assez.

-J'ai seulement appris une année, à l'école. Et après…

conversations.

-Eh ben, voilà. "Conversations." Parfait.

Avec les Allemands aussi, tu faisais "conversations"?

-Comme il n'y avait plus d'argent…

Mais les Allemands, ils avaient des costumes plus "belles"”

et une musique plus "beau”.

-Avec leur "musique plus beau" et les "costumes plus belles",

on les a quand même torchés.

C'est pas grave.

Bon. Concombre, kashkaval, ça suffit. Je veux autre chose sous la dent.

-Norbert! J'apprends le roumain. Ça rentre tout seul.

-Je vois ça. -Incroyable!

-Charroyer! Reviens. C'est pas la peine.

-Contrairement à ce que vous croyez, nous sommes en état de guerre.

-Contre qui? -Qu'en avez-vous à foutre?

Contre ceux sur qui il faudra tirer. Hongrois, bolcheviques de Trotski.

En attendant, nous sommes dans un pays ami, allié.

Alors pas de provocations, pas de rixes, pas de beuveries

et pas de pillages.

-Et l'armistice?

-Quoi, "l'armistice"?

L'armistice, c'est pas la paix.

-Ben alors? Berthelot s'énerve, Pitard aussi.

On va pas laisser les "Angliches” ouvrir le bal seuls.

-Attendez! Les femmes: attention.

Pendant le rigaudon: galanterie, esprit français,

mais sans familiarité. Ce sont des noiraudes.

Vous en savez quelque chose. -Coup de foudre, commandant.

-Je comprends la jeunesse. J'ai moi-même.…

Mais ici, attention. Noiraudes.

-Les femmes… là.

Les hommes, à droite.

Musique.

-Si je fais mon rapport, vous serez cassé!

-Faites-le, votre rapport!

Le lieutenant arrangera ça. -Ah oui?

Moi, je vous louperai pas!

Fous le camp. Fous le camp!

-Le général me dit: "Oui ou non, que faites-vous dans l'escalier?"

Alors je lui réponds: "Non, mon général."

Si nos heures ne vous conviennent pas, mon cher,

indiquez-moi vos préférences.

Je me ferai un devoir de m'y conformer.

-Service en ville, commandant.

-Les repas font partie du service, à l'heure fixée.

-Oui, mon commandant. -Arrêt simple. Trois jours.

Fideli prendra le service en ville.

Autre chose pour vous. La division demande un avocat

pour la session du conseil de guerre.

Faut faire honneur au bataillon. Je vous ai désigné.

-Je ne comprends pas. Je n'ai jamais ouvert un manuel de droit.

-Votre niveau d'étude suppléera à l'inexpérience.

-J'ai fait lettres.

-Écoutez.

Loin de sous-estimer le défenseur, j'en conçois mal l'utilité.

-Pardon? -Comment ça?

-Ou bien la faute est patente, et ça vaut tant,

ou la faute n'est pas prouvée, et ça vaut aussi tant, pour le principe.

-Comment vous suivre?

-On croirait des vierges outragées. Dois-je revenir au vocabulaire?

La justice militaire désigne comment les soldats emprisonnés?

-"Les préventionnaires." -Exactement.

Il y a déjà prévention de culpabilité.

-Prévention n'est pas présomption. -Foutaises.

Un préventionnaire n'est jamais un très bon soldat.

S'il a été soupçonné, c'est mérité.

Pour une faute non commise, il est coupable de 10 autres.

-J'ai une autre idée de la justice. -Laisse tomber.

-Je veux bien parier 1000 F contre un bouton de culotte

qu'aucun d'entre vous, je dis bien aucun,

ne peut prétendre ne s'être jamais mis dans un cas de conseil de guerre.

Vous partiez en permission, rabiotiez 3 jours: désertion.

Et la permission maquillée, hein? Le cachet décalqué au carbone?

Contrefaçon de document. Reprenez-moi, si je me trompe.

-5 à 10 ans de réclusion. -Tout de même...

Dix ans? Pour une fausse perm?

-Et quand vous avez demandé à ce commandant d'artillerie

s'il sortait de l'école de tir ou d'une camisole?

-Il nous tirait dessus. Trois morts.

-Oui. Outrage à supérieur, et dans le cadre du service.

-Cinq à dix ans.

-Je maintiens. Pour quelques-uns qui ont écopé à tort,

100000 sont passés au travers du falot.

-Je suis absolument de votre avis.

Ceux frappés pour l'exemple ne le sont jamais à tort.

-Vous m'en fusillerez 3. Ça fera réfléchir les autres.

-Le poteau peut être une arme autant que le poignard de tes nettoyeurs.

-Je dis pas ça pour toi,

mais mes gars, choisis chez les préventionnaires,

ce qu'ils ont fait,

j'en connais peu qui auraient suivi.

Avant de les fusiller pour l'exemple, il aurait fallu suivre le leur.

Me dis pas que tu passes à l'ennemi?

-"L'ennemi." Tout de suite… C'est fini, Conan.

-Que tu crois. Je dis qu'il a changé, c'est tout.

C'est plus les Bul, ni les Turcs, ni les Boches.

Mais, un pas de travers, et les gros galons te feront rectifier la pose.

T'as entendu le commandant? Et même de Scève.

C'est pas notre monde, Norbert.

Si tu rentres dans ce carnaval, tu te feras bouffer.

Tu permets?

Alors… "Caillaut, René, 5e chasseur."

Deux citations: une mitrailleuse en Argonne,

son sergent blessé ramené dans les lignes.

Qu'est-ce qu'il a donc fait de si… "Vol de matériel."

"Deux couvertures”? Un con l'a fait épingler pour 2 couvertures?

C'est lui qui mérite le peloton.

C'est marrant, ces vols. Rien que des poilus.

Les colons qui ont volé leurs ficelles sont pas sur la liste.

Vas-y, entre.

-Je mets tout? -Non, la moitié. Tu laisses le seau.

C'est plus la peine de faire ma piaule ici.

J'ai trouvé en ville. Je te dirai où. Mon petit professeur de roumain.

-Mais qu'est-ce que c'est, ça? C'est du parquet, non?

-Ça se pourrait bien.

-Tu trouves ça où? -Dès l'instant que ça chauffe…

Dis. Y a rien, là-dedans. Rien. Foutaises. J'ai fait 10 fois pire.

Et ça: un tirailleur qui met 3 jours à retrouver son régiment.

Tu vois un peu? Un Bédouin paumé chez les Tziganes.

C'est déjà beau qu'il le cherche, son régiment.

Bon élève, toi. Tout par cœur, zéro faute.

Le nez dans le manuel à apprendre ta leçon.

Fayot. -Arrête.

-Comme maître, tu serais comment? Bon zigue ou peau de vache?

Toujours à chercher à comprendre. Tu serais plutôt bon zigue.

Allez. Y a pas de honte.

Rouzic!

-Ah! Un officier.

Monsieur l'officier. -Monsieur le directeur. Ça cloche?

-Mais tout cloche! Vos hommes se sont battus.

Ils ont cassé le lit, la fenêtre, l'armoire.

Ils cuisinent. Le dortoir empeste! -J'arrangerai ça demain.

-Je vous le conseille, sinon je fais mon rapport…

-Conseil pour conseil: c'est moi que ça regarde. Alors pas de rapport.

-Oui. Je comprends.

Mais le cuisinier avait mis de côté une échine pour le mess… Disparue.

C'est que ça sent, là-haut, le cochon grillé.

-Ça veut dire quoi, ce micmac?

Je vous laisse 5 min et la figure de fesse est contre vous.

Vous avez une cervelle de bigorneau?

-C'est-a-dire… -Tu la boucles!

Vous vous bagarrez entre vous?

-Interdiction de sortir. On s'emmerde.

-Comment ça? C'est pas mignon?

Un pensionnat de filles et le Bon Dieu qui veille.

-"Mignon"… -Te fatigue pas.

Rhabillez-vous et faites vos sacs.

Allez!

C'est comme de dévaliser la cuisine!

J'ai rien contre. Mais la tambouille sous le nez du directeur!

-Cru, ça passe pas. -Fais le malin, toi!

Répare la fenêtre et apporte une échine avant midi.

Exécution!

On se grouille, je suis en retard. Toi, ta gueule.

Rassemblement dans la cour dans 1 min!

Section… halte!

Marche de nuit, sergent.

-"Marche de nuit"? -Ils ont fait les zouaves.

-Bien.

Les sacs font le poids réglementaire.

-6 kg. J'ai même rajouté du sable pour faire bon poids.

-"6 kg"? Très bien. Allez. Bonne marche, messieurs.

-Section… en avant, marche!

-Il fait vraiment très froid.

Ils chantent.

-Section… halte!

Perm de minuit. Tous les sacs sous le porche.

Deux gars surveillent. Les cons qui ont démarré la bagarre.

Demain, on aura une planque.

Ce soir, amusez-vous, mais pas d'esclandre.

Vos gueules!

Reprenez les sacs à minuit moins 10. Beuillard commandera le retour.

Merde. Ayez l'air crevés de fatigue. Salut.

-Tous au claque!

-Je te demande pas la lune, toubib.

Juste de me les coller en isolement sanitaire.

-J'ai pas de place. Je n'ai pas 50 lits.

-La place, je m'en charge. Trouve le microbe.

-On pourrait dire la grippe. -Mais non.

Le commandant me rira au nez.

-Attention. Grippe espagnole. Mortellissime.

-Oui. T'as rien d'autre?

Un truc qu'il oserait pas vérifier. Il aurait peur.

-Là, ça m'étonnerait qu'il aille leur faire un câlin.

Ou alors le choléra. -Pile ce qu'il me faut.

Musique.

-Je cherche…

C'est la prison militaire? -Oui, lieutenant. Annexe 2.

-Je dirais plutôt un bordel, non? -Aussi.

On a le rez-de-chaussée. Les dames restent à l'étage.

En principe.

-Fixe!

-Repos.

Je n'ai que 5 dossiers.

-Il manquait un état nominatif. On a sorti tout le monde.

-Je veux vous entendre isolément. Les autres: attendez.

-Exécution! On ne traîne pas.

-Fourrier, Raoul. -Mais pourquoi moi?

-Vous avez volé?

-Non. Vol.…. C'est vite dit, vol.

-Écoutez, je ne suis pas votre ennemi mais votre défenseur.

Il me faut donc la vérité, la vraie. Ce mouton, vous l'avez volé.

-Échangé, mon lieutenant. Echangé, payé et tout.

Une thune, 2 paquets de perlot, et du gris! Et une poule cuite.

-Le fermier prétend qu'elle lui avait été volée.

-Oui, mais je la lui rendais. Cuite, en plus.

Même les os étaient cuits. C'est pour dire.

En plus, son mouton était gros comme un petit chien,

et on était 7 sur le coup. Alors…

Et c'est moi tout seul qui prends?

-Tu as fait la Marne.

-Je suis une injustice ambulante.

À toi, Slimane.

S'il est franc du collier, ça sera pas la vérole.

-L'histoire de Slimane est simple. Je l'ai interrogé patiemment.

En gare de Videle, 50 km de Bucarest, son chef, le capitaine de Jussieu,

qu'il vénère, profite d'un arrêt pour l'envoyer déposer du courrier

au vaguemestre de la station.

Slimane s'acquitte de sa tâche

mais, dans l'aventure, croise des hommes de son douar, des cousins

qui lui parlent du pays qu'il n'a pas revu depuis 4 ans.

La mesure du temps n'est pas pour eux ce qu'elle est pour nous.

Passe-t-il 10 min, comme il croit, ou 20 ou 30?

Toujours est-il qu'il regagne le quai sans inquiétude.

Son train est là qui s'ébranle, dans lequel il saute.

Mais ce qu'il ignore, c'est que ça n'est plus le sien.

Une manœuvre a eu lieu.

Et pour une fois, rapide.

Et le voilà qui roule vers Tirgu Jiu, terminus, au pied des Carpates,

à 200 km du régiment et du chef, ignorant la langue qu'on lui parle.

-Tiens.

-Plus qu'un. Et l'Arabe sera acquitté. Le petit lieutenant…

les a fait poiler, avec lui.

-Alors, beau merle? On leur a cloué le bec?

-Il est con, ce Ripincèle! À faire du vélo dans la neige, aussi.

-Il est pas rendu.

Tu veux ton avenir?

C'est pour le jeune homme.

-C'est en roumain.

-Comme ça, t'imagines ce qui te plaît.

-Et ta bande, ce choléra, ça évolue comment?

-C'était une petite chiasse de voleurs de prunes.

C'était pour les sortir de cette boîte à rat.

-Qu'est-ce que t'as, là? -Hein?

C'est un grand connard d'Irlandais.

Les trottoirs sont étroits. Il se figurait que je descendrais.

-Comment tu sais qu'il était irlandais?

-Après. On a bu le coup.

-Je t'inviterais bien, mais je suis sans un.

-De toute façon, je suis en main. Une payse à moi. Fréhel. Chanteuse.

Si ça tombe, tu me l'aurais soufflée.

Musique.

-Sa voix fait penser aux cochers de fiacre.

-Quoi?

-Les cochers sont tous châtrés. C'est une secte russe: les skoptzi.

Après le 2e enfant.

-C'est gracieux. Ça plairait aux taxis parisiens.

-Mesdames… et messieurs,

civils et militaires,

-...couples réguliers…

-...et irréguliers,

-...avant de passer

au numéro de danse…

artistique…

-…de miss Fräulein Frida

-...que vous verrez tout de suite…

-…je vous demande d'applaudir…

une grande artiste de la chanson française.

-J'ai nommé

Mlle Fréhel.

-De l'Eldorado.

Oui.

-C'est toi qui m'as fait ce coup? -Une chanson. Obligé. Une chanson.

-Ici, messieurs, j'ai pas le droit.

Ceux qui veulent m'entendre là où je suis payée,

rendez-vous au salon rose dans 30 min.

Musique orientale.

-Couchez-vous!

-Dégage, toi. Dégage de là!

-Deux hommes ici.

Une blessée.

-Au moins, je serai pas venue pour rien.

-Eux non plus, à mon avis.

-Prenez-moi cette valise.

Nous nous occupons de tout.

-Les soldats vont nous aider pour les bagages.

-Oui, madame.

-Une voiture.

Je peux trouver une voiture? Je ne me souviens plus

de l'hôtel.

-Nous nous chargeons du véhicule. -Merci.

Il y a une malle, aux bagages, et la valise de mon fils.

Jeanne va vous montrer. Occupe-toi des cartons à chapeaux.

-Bien, madame.

-Merci, capitaine. -À votre service.

-Lieutenant Nebout, suite 34.

Oui. Donc je dois trouver un remplaçant avant mon départ:

vous.

-Moi? Pour vous remplacer? -Oui.

Je vous ai vu devant le tribunal. Intelligent, rapide,

capable d'improvisation.

-J'ai été commis d'office. Et je me suis pris au jeu.

Défendre ne nécessite aucune technicité particulière,

aucune formation juridique sérieuse.

C'est affaire de compassion pour mes camarades.

-Ce que vous dites me convainc que vous feriez un accusateur,

comme on nous perçoit, mesuré. Choisissant l'esprit, pas la lettre.

-Non. Le mot lui-même me terrifie.

-"Le mot”? -"Accusateur." C'est impossible.

-Vous me consternez.

J'ai le remplaçant idéal, et l'autre va l'emporter.

-S'il y a un autre candidat… -Oui. Une sinistre brute.

Un vétérinaire. Non, je ne plaisante pas.

Imbu de lui-même. Il savoure déjà son pouvoir de punir.

-Je suis désolé. Non.

-Conan. Vous le connaissez? -Qui. C'est un ami. Pourquoi?

-Sale histoire. Un officier roumain expédié à l'hôpital.

-Il est nerveux, mais extraordinaire.

-Son dossier aussi est extraordinaire. Dix rapports.

Des bagarres, des soûleries.

Il reste 24 h au lycée français et il brûle le parquet.

-Vous le voyez voler des lames de parquet?

-Non, mais il prend tout sur lui.

Ça peut aller très loin, cette histoire. Jusqu'à perpétuité.

-Je peux réfléchir? -Plus le temps.

-Techniquement.

-Élémentaire. La procédure est simple. Vous l'assimilerez vite.

Voici la base: Code militaire 1857.

J'ai tout commenté,

annoté, souligné.

-Ce que vous me faites est terrifiant.

-Ah, Loubérac.

Vous tombez bien. -Mon général.

J'ai une bonne femme sur le dos. Une cousine.

Son fils a disparu. Elle organise les recherches.

Et elle n'a pas de logement.

Vous allez lui trouver une piaule et m'en débarrasser.

(C'est un moulin à paroles.)

(-Je vais régler ça.)

Mon successeur: le lieutenant Norbert.

-"Successeur"? Bien. -Général?

(-C'est elle.) -Où êtes-vous, Félix?

Je me suis reposée. Nous pouvons y aller.

-J'ai le type qu'il vous faut. Une seconde, chère cousine.

-Parfait.

-Pardon?-Elle me ressemble?

-C'est elle qui dit ça pour m'obliger à me décarcasser.

Et elle m'appelle Félix.

Puisque vous avez votre remplaçant, quartier libre.

Traînez-la dans les hôpitaux.

Ça m'étonnerait que vous trouviez le fils,

qui doit faire la nouba avec des poules.

Dès qu'elle est calmée, dans le train!

-Bien. Peut-on considérer que le lieutenant…

-Ça va. C'est très bien.

-Je pensais à une chose…

-Allez-y avant qu'elle ne rapplique.

Lieutenant, vous avez du boulot.

Alors vous, c'est les chevaux, la chirurgie, tout ça?

Moi aussi, j'aurais aimé soigner les bêtes.

-Non, mon général, je ne suis pas le vétérinaire.

Moi, c'est la licence de lettres.

-Parfait. C'est très bien aussi.

Voilà votre accréditation. Les paperasses…

Vous compléterez tranquillement plus tard chez vous.

Ça: un cauchemar. L'attaque du Palais des glaces.

Coincez-moi ces types. Et au falot.

Deux bonnes femmes prêtes à claquer.

Vous me direz, la danseuse est boche. Mais ça la fiche mal.

-Mais tu rempiles dans leurs combines!

Ça te plaît, ces conneries!

"Le jour où les mauvais soldats, clientèle des conseils de guerre…"

"Les mauvais soldats."

Que connaît-il des mauvais et des bons soldats?

"Général." Faut 2 étoiles, pour en balancer

de ce calibre-là.

Tu notes! -J'apprends mes droits et devoirs

pour empêcher des choses horribles. -T'empêcheras rien.

Tu sais pas où tu mets les pieds.

T'enverras des poilus au tourniquet en croyant avoir été juste.

Deviens pas flic. Lâche tes bouquins et viens te soûler un bon coup.

-Piotr Romescu, ça te dit quelque chose?

Un officier roumain.

Il est rentré à l'improviste et a surpris son épouse en main.

Un officier français qui l'a jeté dans l'escalier.

-Ah, c'est ce type-là… -"C'est ce type-là"!

Crâne fracturé, genou éclaté… -Tu y étais?

Il gueulait, il voulait me cogner.

Je voulais t'en parler. -J'ai sa plainte. Et 10 autres.

Un salaud devait avoir le poste que tu me reproches.

Il t'aurait sonné à mort.

-Ben, t'occupe. Laisse-moi me défendre. Ils me font pas peur.

-Y a tes gars, dans l'affaire du Palais des glaces.

-Bon Dieu, Norbert. On se connaît assez. On va pas se taper dessus.

Laisse mes gars tranquilles. -Le Roumain, ça s'est fait comment?

-Demain. Ce soir, j'en ai ma claque.

La poule, je l'ai suivie, c'est tout. Bien contente, même.

Ça se passait gentiment, et l'autre s'amène.

-Conan, c'était sa femme!

-Si ça les gratte qu'on y touche, fallait pas nous appeler.

Maintenant, je suis là, elles sont là, je me sers. Salut.

-Vous avez déclaré lors de votre 1er interrogatoire que le 16,

soirée de l'agression pour laquelle vous comparaissez devant moi:

"Après avoir fait un tour, j'ai regagné le cantonnement,

j'ai un peu lu et je me suis couché."

Vous confirmez? -Oui, mon lieutenant.

-M. le commissaire. On dit "M. le commissaire".

-Si vous dites la vérité,

pourquoi on vous a reconnu au Palais des glaces?

-Moi? -Parmi ceux qui l'ont attaqué.

-"Reconnu"?

-À votre taille.

-Vous savez, rien qu'au bataillon, des gars de ma taille, j'en connais.

-Autre chose. Vous fréquentez un café derrière la caserne d'artillerie?

-Avec ce froid…

-Le patron s'appelle Valco. Un homme qui boite.

Vous l'avez payé avec un billet de 100 F. D'où venait-il?

-J'y suis. Des jumelles allemandes vendues à des civils.

-Inutile de vous demander les noms et adresses des acquéreurs.

-Ça se fait de la main à la main.

Ce qui est sûr, c'est qu'il y avait un petit gros.

Disons plutôt moyen. Les yeux noirs. Enfin…

Enfin noir-marron.

-Ça suffit, Beuillard. N'exagérez pas.

Vous savez conduire les automobiles?

Vous avez dit aux camarades:

"Pour coincer les gars…” Vous les connaissez donc.

-Aucunement. Tout le monde disait ça. Pas besoin de les connaître.

-Si. Vous vous connaissez.

-Du corps franc? -Non. Camarade de poker: Forgeol.

-Forgeol.…

-3 ans de pharmacie, beau garçon, joueur. Comme vous, je crois.

Je vous coincerai. Vous, Grenais ou l'autre.

Casser la tête de la caissière comme à la 1re sentinelle venue!

Elle est morte après 8 jours d'agonie,

sans cesser de geindre et de souffrir!

-Je comprends, mais c'est pas moi.

-Allez, ramenez-le en cellule.

-Bien, commissaire.

Je fais comparaître le sergent Grenais?

-Inutile. Ces deux-là connaissent trop bien leur rôle.

Le pharmacien me lâchera le morceau.

-Tenez. Celle-là aussi, je l'ai volée, peut-être?

Un homme chante "La Marseillaise".

Contre nous de la connerie

Des officiers, des chefs, des curés

Des officiers…

-Y en a qui cherchent ce qui leur arrive.

-Oh! Vous!

Enfin! Vous avez mis le temps. -Madame, je…

-Je suis la mère du prisonnier Jean Erlane.

-Madame. -C'est la 2e fois, lieutenant…

Je connais les grades. Lieutenant? -Oui.

-On vole dans les colis destinés à mon fils.

L'autre fois, un couteau suisse. Cette fois, une lotion dentaire.

-Je suis désolé, mais…

-Mais vous ne faites rien pour améliorer les choses.

Mon fils fait l'objet d'une erreur monstrueuse.

Et depuis des semaines,

rien n'a changé. Ah! C'est celui-là.

Vous. Oui, vous.

Le paquet que j'ai fait remettre hier

contenait un flacon d'eau de Botot.

Pourquoi l'a-t-on escamotée? De quel droit?

-Parce que l'eau de Botot est une boisson alcoolisée.

Vous bénéficiez déjà d'une dérogation.

Je ne peux pas aller plus loin.

-Je verrai Pitard de Lauzier. Le général. C'est mon cousin.

-Je sais, madame. Voyez-le. Que voulez-vous que je vous dise?

Si on fait un règlement spécial pour votre famille,

moi, je plie. Je plie.

-Elle peut parler? -Non.

Dur comme du bois. Péritonite généralisée.

Opérer, c'est un charcutage inutile.

Voulez-vous voir la caissière? -Si vous dites qu'elle est morte…

-Vous m'avez convoqué, monsieur?

-Tu veux voir la morte? -J'ai vu plus de macchabs que toi.

-Bon Dieu, regarde! Ces femmes ont été démolies par des brutes.

Des assassins que tu peux pas protéger.

Conan, y a personne que j'admire plus que toi. Mais là…

Je peux plus te suivre.

-Je suis venu te dire:

ça m'est revenu, la nuit du Palais des glaces.

J'avais désigné Beuillard et Grenais de garde à la poudrière.

Va falloir les relâcher. Voici le cahier de roulement.

Vérifie.

-Fais pas ça. Tu risques gros. C'est forcément un faux.

Tu vas trinquer avec eux. -Allez.

-La caissière est morte.

L'artilleur flanchera, les dénoncera. J'aurai des preuves.

-Je leur ai appris à pas se faire baiser par un couillon comme toi.

-Ils ont déconné. Ils doivent payer.

Faudra que tu les lâches un jour.

Ils redeviendront paysans, ouvriers, pères de famille.

Tu feras quoi, pour eux? Tu les siffleras pour un coup?

-Ce serait une riche idée, ça. Oui. Une riche idée.

-Tu faisais quoi, dans le civil?

-"Le civil"?

C'est loin, ça, le civil.

J'étais dans la mercerie. La chemise, aussi.

Avec mon père, on fait les marchés.

-Celui-là aussi?

Après tout…

Vous êtes pour les non-lieux. -Lorsqu'ils s'imposent, oui.

-"Non-lieu." Allez, hop. Ça dégage.

Quand c'est flagrant, faut y aller carrément.

Le Palais des glaces, par exemple. -J'interroge des suspects.

-N'y allez pas de main morte. "Accouche. C'est toi.”

Y a qu'une méthode: les aveux. Pour les avoir, faut faire peur.

-C'est justement ça, le problème.

-Personnellement, je n'ai rien contre les Anglais.

Ce sont des types pas très intelligents mais très pratiques.

Épatants pour les trucs simples.

Des petites feuilles, de l'eau chaude, un pot: le thé.

Le ballon est rond, on peut le pousser du pied: football.

Il va n'importe où, on peut le prendre dans les mains: rugby.

-Je suis désolé, mais…

j'ai déposé une demande de permission exceptionnelle.

J'aimerais savoir. -On m'a informé.

Cinq jours… Faut un motif carabiné.

-Je veux assurer personnellement la défense de mes hommes.

-Qui. Bon. Si vous croyez… Avis favorable, bien sûr.

-Je m'excuse d'intervenir, mais je crains une impossibilité.

Le général a besoin d'un officier

pour le contrôle des modifications de frontières.

J'ai recommandé le lieutenant Conan. L'ordre de mission l'attend chez lui.

-Alors là. Si le général vous a désigné…

Tu m'as eu. Je devrais te casser la gueule.

-Ça les sauverait? -Ça me soulagerait.

Maintenant, tiens-toi à carreau.

-Tu préfères tes voyous? Plus de loi, plus de morale?

-Je blague pas. Chacun sa gamelle. Et fais gaffe. Fais bien gaffe.

C'est ça que tu apprends à tes mômes? À devenir flic?

Musique.

-Bonjour. Inspecteur Stefanesco. -Inspecteur adjoint Romesco.

-Lieutenant Norbert, rapporteur. -On peut y aller?

-C'est pas un peu tôt? -Non. C'est la surprise.

-Commissaire. -Oui?

-Et alors?-On va rien comprendre.

-Il faut demander un interprète.

-Il y a une autre solution: faire confiance.

Et on se dépêche. Ils vont nous semer.

-Comment peut-on aimer ces malheureuses?

-La nuit, elles font illusion.

-Il cherche!-Il fait quoi?

On n'est pas dans un salon de thé. -J'avais remarqué.

-Il dit qu'il y à un Français au bout du couloir.

-Nous vous attendions.

-"Nous”? Je ne comprends pas, mademoiselle.

-Elle et moi, ça fait "nous”. On a entendu votre raffut.

-Tu devrais être en route.

-Je suis en route. Je faisais mes adieux.

-Tu risques… -Mes hommes te suffisent plus?

-On cherche, monsieur l'officier.

-Te laisse pas faire, llyana.

Dis-leur de partir.

Dis-leur! Et à la grosse loche d'enlever ses sales pattes.

Hé, toi!

Belle brochette de salauds.

Mais à toi le pompon.

Pas mal, le coup de la chaise.

Dis à ton coq de s'écarter. -Mais…

-Boucle-la, pétomane. Tu me salues et tu la boucles.

À bientôt, la belle.

Toi…

-Il a frappé mon collègue. Vous le laissez?

-Il part en mission. -Raison de plus pour le retenir.

-C'est moi qui l'ai fait désigner.

Il serait capable d'obtenir l'acquittement de ses hommes.

Et ça, non!

-Il y a une compatriote à vous: Mlle Georgette. Il faut essayer.

-Voilà.

Excusez-moi. J'ai une petite fièvre. Je dois garder la chambre.

Mais ne restez pas debout, mon lieutenant. Asseyez-vous.

-Merci.

Ces policiers m'assistent dans mon enquête

sur l'affaire du Palais des glaces.

-J'y mets jamais les pieds, mon pauvre homme.

Quand je suis arrivée ici, en février 1912.….

Sept ans, déjà? Mon Dieu, que ça passe.

Je venais d'avoir mon brevet.

Il y avait un poste de répétitrice de français.

-Vous le connaissez?

-Non.

Naturellement… Non plus!

Quand le malheur vous tombe dessus,

on croit que c'est d'un seul morceau. Rien du tout.

C'est seulement un peu de malheur, et puis encore un peu. Et puis…

Le salaud.

-Vous le connaissez?

-Un vrai voyou.

Une brute. "Forgeau."

-Forgeol!

-Il a extorqué de l'argent aux filles.

Vous pensez si je l'ai reçu. Mais vous en avez, elles cèdent.

Ça les empêche pas de dérouiller. Ils cassent leurs dents

et les brûlent avec leur mégot. Des bandits. Je leur ai dit:

"Pour des Français, votre conduite est ignoble."

Et l'artilleur, pire que les autres.

Notez: là, il ne manquait plus de rien.

-Comment ça?

-L'argent. Plein les poches.

Il nous voulait 3 ensemble: Theresa, Nina et moi, Georgette,

parce que je parle français.

-Vous pouvez vous souvenir du jour exact?

-Il y a 3 semaines. Un dimanche.

J'y vais que le dimanche.

-Donc le 21. Dimanche 21.

-Après le Palais des glaces.

-Il avait des gros billets.

-Oui. L'artilleur.

-Il a compris. Il est malin.

Que savez-vous de plus sur ce garçon?

-Vous pensez si j'ai cherché à le revoir.

-Et les gens qu'il fréquente?

-Avant qu'on se dispute, il crânait qu'il avait une planque,

qu'il se la coulait douce. Mais où ça, déjà?

Oui. Un hôpital militaire. Spécialiste de la vue.

Il s'est inventé des troubles incontrôlables.

Ça se tient dans un couvent du côté de Ko.….

-Kotrotchen. -C'est ça.

Merci, mon lieutenant.

-Merci, madame. Votre aide nous a été très utile.

-On se reverra. J'espère.

Bientôt. -Oui.

-Enlevez vos lunettes. Je sais que c'est de la frime.

La soirée du 16, vous embarquez une fille au café Valco.

Pour la nuit? -Ben oui.

-Toute une nuit: faut de l'argent. -On marchande.

-Vous parliez, entre les passes? -Elles sont pas françaises.

-À propos: Georgette Raynaud.

Elle vous a vu avec beaucoup d'argent et plusieurs filles.

-Pas du tout. Elle me servait d'interprète.

Elle excitait les autres contre moi.

-Donc vous allez chez la fille. Vous avez son adresse.

-Non. À l'hôtel. On a été à l'hôtel. -Quel hôtel?

-Les rues, les hôtels…

Vous savez, moi, le roumain…

-Le quartier? -Derrière la cathédrale.

-Ensemble? De chez Valco?

Y a une trotte, de chez Valco à la cathédrale.

De quoi se faire poisser 10 fois: racolage de militaire.

Pas froid aux yeux, la Roumaine. -Mais pas ensemble.

Elle m'a donné rendez-vous.

-Et vous ne savez ni le nom de l'hôtel ni de la rue?

-À ce moment-là, je les savais.

-Et son nom à elle? -Nini. Je les appelle toutes Nini.

Ces filles-là, dès l'instant qu'on paye, leur nom…

-Alors vous lui avez dit: "Nini, on se retrouve dans 15 min,

"rue Machin, derrière la cathédrale." -Voilà. À peu près.

-Allez-y. Dites-moi ça en roumain.

-Quand on veut expliquer,

on peut toujours.

-Expliquez-moi ça, alors?

Les crapules avaient décousu leurs écussons et ce fil est neuf.

Vous venez de recoudre les vôtres.

Là, vous l'avez joliment chopé.

Une carpe. Il avait l'air d'une carpe.

-Je rentre porter les dossiers.

Non!-Je les dépose pas chez vous?

Ça me fait pas plaisir de coincer ces types.

Ce qui me fait encore moins plaisir, c'est que vous y preniez du plaisir.

-Je ne souhaitais pas tenir le rôle qui est le mien aujourd'hui,

sans bien discerner les raisons de mon malaise.

Elles viennent de m'apparaître,

et je m'exprime aussi simplement qu'il m'est possible.

Comment condamner ces hommes

qui sont tous d'admirables compagnons d'arme?

Comment innocenter ces hommes

qui sont tous d'impitoyables assassins de femmes?

Je n'ai pas de réponse.

-Ne faites pas la gueule. Grâce à vous, ils ont le minimum.

Conan sera aux anges. -Je ne comprends pas.

-J'ai apprécié votre habileté manœuvrière.

Cette façon de ménager la chèvre et le chou.

"Condamnez ces héros si vous en avez le courage. Je ne m'en mêle pas."

Ils sont coupables, mais vous l'avez dit:

"Peut-on fusiller ces héros?" Je pense que oui.

Mais bon. Tant mieux pour eux.

Je l'ai connue à l'hôpital. Une Anglaise.

Elle connaît 2 mots de français, mais elle miaule comme une folle.

Je la regretterai. -Elle part?

-Pas elle. Nous. -Comment?

-Vous ne saviez pas?

Nous allons à Sofia remplacer les tirailleurs,

pour ensuite combattre les Russes. -Non…

-Ça ne vous fait pas plaisir? Vous êtes étranges, les civils.

C'est le théâtre des opérations extérieures.

-Pardon?

-On s'appelle comme ça, à présent. Je vous dépose?

;-Non. -À bientôt.

-Nivelle, Mangin, à la guillotine.

Bouchers! 5000 morts par jour, camarades!

Une sous-préfecture: Draguignan. Hop! Plus de Draguignan.

Rayée de la carte. Fumiers, va! Pourris! Assassins!

-Garde tes forces pour le juge.

Un homme chante.

-Oh, putain, c'est le luxe.

-Si j'étais riche, je pisserais toute la journée.

-Tout le monde a pris 3 ans. -Oui. 3 ans ferme.

-Avec les réductions de peine, ils vont tirer 6 mois.

-Plutôt 10. Je dirais 1 an.

-Qu'est-ce que c'est? Un coup de casquette.

Faudra parfois en coller un contre le mur.

Allez, hop! Affaire bouclée, terminée.

Le Palais des glaces, on n'en parle plus.

Où sommes-nous? On remonte au nord.

Le quart d'heure qui suit, on redescend, puis à l'ouest,

on s'arrête, on repart.

-La difficulté est de traverser le Danube.

-Mme Erlane est à Sofia. Elle a su que nous y retournions avant moi.

Quelle glu! Une vraie Sécotine.

Avec mon téléphone, elle appelait le gratin sous mon nez.

Le beau-frère, Berthelot… Elle exige une libération.

"Je connais mon fils. C'est une erreur. il s'est engagé…”

Vous allez me tirer ça au clair en vitesse.

Ça recommence. Envoyez-moi le chef de train, lieutenant.

Trouvez-moi ce corne-au-cul de chef de train.

-C'est quoi, ce bordel? Qui a dit de descendre?

-Hé! Le général veut connaître la position.

-Je serais bien content de la connaître.

Il arrête pas de me faire venir pour lui rendre compte.

-Il vous attend, et de mauvais poil. -On y va.

-Voilà 6 mois que je devrais être démobilisé. Je vais pas le chicaner.

Oh, cette affaire…

Qui a tiré, là? Mais ils sont pas bien?

Mais remontez donc! Ils sont où, les chefs, là?

-Qu'est-ce que ça veut dire? On nous canarde?

-Je ne pense pas. J'ai l'impression qu'on a tiré depuis le train.

-Tiré sur quoi? Faut m'éclaircir la lanterne! On tire de mon train.

-Mon général! Ce sont des sangliers. Ils en ont abattu 1 ou 2.

-J'adore le gibier. Envoyez les cuistots le découper.

-Bien.

-S'il n'est pas trop gros, ce sera savoureux.

-Et la hure. Une terrine de hure.

-Jamais ils ne sauront faire. -Si. Je leur expliquerai.

-C'est bon, la hure. -Excellent.

Que foutez-vous là? Précipitez le mouvement et qu'on reparte.

-C'est le Danube.

-Ne cherchez pas midi à 14 h. Que ça redémarre.

-À vos ordres.

-Bouvier! Un filet, les côtelettes… et la hure!

-Salut, lieutenant.

-T'as vu? J'ai pas perdu l'œil.

Alors? Toujours fouille-merde?

Mes gars, tu leur cries depuis 1914: "Bien tuer, zigouiller. Continue."

Et quand t'en as plus besoin,

une ménagerie de pantins se donne des droits.

Quand ils n'ont plus la chiasse du matin au soir,

allez, hop! 3 ans.

Pour avoir vidé la caisse d'une boîte à macs. C'est raide.

Les généraux faisaient buter 80000 zigues en 20 min.

-Non! -Tout le monde s'est battu.

Tuer quand toute la tranchée tire, n'importe qui le peut.

Bombes, canons, mitrailleuses, mort à l'aveuglette…

Nous, on y allait au couteau. On voyait le blanc de l'œil.

Un poilu, tu le ferais lâcher à l'idée d'être éventré au surin.

Foutre la verte à tout le régiment: le vrai boulot.

On se l'est tapé, à 3000 types. C'est nous qui avons gagné la guerre.

-Et les autres? -Ils l'ont faite.

-Les règles ont changé. Faut s'adapter.

-C'est ça. "S'adapter."

Demande à un clebs de s'adapter à la salade.

Il Chante.

-Le feu, j'arrive à l'allumer, mais pas à le rallumer.

-Quand tu le rallumes, t'as qu'à te dire que c'est éteint,

et tu l'allumes. -J'allume! Je rallume pas.

Ils chantent.

-Où est-ce qu'on est?

Qu'est-ce qu'on y voit? Rien!

J'y vois rien. Strictement.

C'est quoi, ici, Voirin?

-Sofia, mon général.

-Fallait me prévenir. Je suis à poil.

Foutez les officiers de service aux arrêts.

-Vous avez le temps. -N'empêche, je suis à poil.

-Les voitures 8 à 12, vous descendez.

Les autres, remontez.

-Genestier! Toujours pas de calot? -Ça me gratte.

-Pourquoi les 4 premiers wagons?

-Y en a qui vont à Gorna Bania.

-C'est loin? -À côté: 3 lieues, 10 bornes.

Une ville thermale. Avec bains chauds.

-Si les filles sont comme les bains, ça me va.

-Lieutenant Norbert, je suis…

-Je vous reconnais. De Bucarest.

-Oui. La prison de Bucarest.

Pourquoi voulez-vous faire condamner mon fils?

-Je suis chargé de requérir contre lui. Rien de plus.

-Expliquez-moi la différence.

-Je vous en prie.

- N'a jamais pesé son poids de taille. Comprenez-vous?

Le poids qu'il aurait dû peser pour sa taille.

Le professeur Gillet-Pons me le disait à chaque visite:

"il ne pèse pas son poids."

Alors je l'envoyais à Roscoff, pour le calcium.

Aussitôt, il saignait du nez. Aussitôt. Tous les jours.

L'air était trop fort. On me le renvoyait plus maigre.

Et voilà qu'il s'engage!

Refusé à la préparation militaire de Saint-Jean de Passy, mais là…

d'un coup, bon pour cette boucherie?

Il est rentré triomphant: "Mère, je me suis engagé!"

J'ai cru tomber. Tomber.

J'ai fait des pieds et des mains.

Je ne mangeais plus, je priais tout le temps.

Déjà son père, capitaine de vaisseau, mort au combat.

Mon plus jeune frère, aussi, dans son avion.

Et le mari de…

Il me semble que la famille a eu sa part, non?

J'ai couru partout: les ministres, l'état-major, Mgr Pelletier.

On m'a promis sans jamais tenir. -On vous promettait?

-La réforme. L'annulation de cette bêtise.

Tout ce que j'ai trouvé, c'est cette armée d'Orient.

J'aurais dû le pousser quand il a voulu être prêtre.

Comme tous les adolescents un peu fins que le monde bouscule.

Son père grognait. J'ai cédé.

Quelle sotte!

-Nous avons des aumôniers au front. -Ils ne tirent pas, j'espère.

En tout cas, on ne leur tire pas dessus?

Vous m'écoutez, mais vous êtes comme Pitard: "Cause toujours."

C'est un imbécile. Parfaitement.

Félix. Votre général.

Vous pouvez le lui dire de ma part. Vous avez un général crétin.

Liautey l'appelait le "Piteux Pitard".

Il suffirait qu'il prenne sa plume, et Jean serait libre.

Mais non. il pérore. Des phrases, des phrases.

Et pendant ce temps, mon pauvre petit…

Je vous ferai lire ses lettres.

Dans l'une d'elles, il avoue s'être réfugié dans une église

au cours d'une patrouille. Et il était tellement épuisé, à bout,

qu'il n'avait même plus la force de prier. Lui.

Quel mal fait-il dans le monde? Dites-le-moi. Quel mal?

Je vois dans votre dossier que vous êtes engagé volontaire.

Un coup de tête?

-Non. À Saint-Jean, presque toute la classe s'est engagée le même jour.

-Et vous avez suivi le mouvement.

On s'engage, et on déserte?

-Je n'ai pas déserté. Je me suis perdu.

-Le lieutenant de Scève est votre commandant de compagnie.

Que pensez-vous de lui?

Monsieur Loisy, allez me chercher 2 couvertures

pour le prisonnier.

-Moi?

-S'il vous plaît, oui!

Cessez de vous effarer à chaque ordre. C'est irritant.

Cigarette? -Ça me fait tousser.

-Vous êtes en bons termes avec de Scève?

-Hein? Oh, oui. Oui, mon lieutenant.

-"L'Excusateur", hein?

C'est comme ça que vous appelle Bouvier.

Venant de lui, c'est joli, non?

L'accusateur devenu "excusateur”.

Il pense que vous fournissez les moyens d'échapper au châtiment.

-Et vous, qu'en pensez-vous?

-Je suis un militaire d'active: borné, brutal, comme lui.

-Sérieusement?

-Après ce que ces hommes viennent de vivre,

c'est vous qui avez raison.

-Ça me touche. J'ai un cas à vous soumettre.

-Que faites-vous?

-Ma selle tourne.

-Eh bien, je vous écoute. Ce cas terrible.

-Il s'agit d'un de vos hommes: Jean Erlane.

Il s'est mis en mauvaise situation. -Attendez. On l'a retrouvé?

-Qui. Je l'ai même interrogé. -On a retrouvé ce petit fumier?

-Il s'est perdu lors d'une liaison.

-Ce salaud a tout bonnement déserté.

-Une famille de marins, de soldats…

-Je la connais très bien. Nous sommes apparentés.

-Alors?

-Ce garçon est la tache, le déchet qu'on devrait tuer à la naissance.

Hélas, lâcheté et veulerie ne se voient que plus tard.

Quand un obus pétait, il tombait dans l'abri, il n'y descendait pas.

Fallait le forcer à remonter.

C'était 100 fois par jour, qu'il désertait.

-Déserteur: il faut le trouer.

Je suis volontaire pour mener le peloton.

-T'as rien écouté, alors? J'ai besoin de toi, Conan. Besoin.

-Pourquoi tu me racontes tes misères?

-Arrête! On s'entendait bien, non?

-Alors vas-y. Dis-moi.

Qu'est-ce que tu voudrais savoir?

-Tes prisonniers, tu les interrogeais?

-Évidemment.

-Est-ce qu'ils trahissaient? Tous? Tout de suite?

-Ça t'arrangerait, hein? Eh ben non.

Ils lâchaient que ce que je savais.

Si ça tombe, il a rien dit.

Une lope qui a les foies, t'en tireras rien.

"Les mitrailleuses, elles sont là?" "Oui-il

"Pas plutôt là?" "Euh, oui."

"Ça, c'est un carré de bégonias?" "Bégonias. Oui."

-Comment savoir?

-Mais si. Mais si, on peut. Faudrait que je le voie, ton foireux.

-Capitaine.

-Et alors? Je me demande si tu peux encore me tutoyer.

Ils me collent 3 ficelles et ils veulent me flinguer. Bande de…

Ça se fait pas, de rallumer un cigare, mais moi…

Erlane.

C'est breton, ça, non?

Breton de Dinan?

Alors tu t'es amené aux avant-postes bulgares le nez enfariné?

Je vois le tableau.

T'avais balancé ton flingue, levé les bras en l'air: "Moi, kaputt.”

Et t'as été embarqué dans la sape d'un officier.

-Oui, mon capitaine.

-C'est lui qui t'a interrogé?

-Oui. Après, il m'a emmené à l'arrière.

-Ton officier n'y entendait rien.

Il faut interroger à chaud, sur le terrain.

Rien ne vaut un tour d'horizon sur le tas.

Donc te voilà à l'arrière, dans un QG. À Kevgueli?

Et ils rigolaient quand tu te confessais.

Ils rigolaient, hein?

Et tout à coup, tu te retrouves avec un commandant…?

-Fiornagev.

-Fiornagev. Et il n'est plus seul.

-Si. Euh, non. Non. Y en avait un autre.

Un autre. Un autre un peu plus…

-Plus méchant. C'est ça?

Je vais te dire ce qui s'est passé.

Le Fiornagev t'a dit: "Voilà le plan du secteur.

"Vous allez me répondre… ou je vous tue.”

Avoue que tu leur as parlé, petite merde! Ou je te bute!

Je compte jusqu'à trois: 1, 2.….

Un peu de gnôle. Il va nous claquer dans les pattes.

Qu'est-ce que je te disais?

Cette lope est incapable de vendre quoi que ce soit aux Bul.

Même le plan de Paris. Tiens. Bois ça.

Allez.

-Il a pas de défenseur. Tu voudrais pas…”?

-Ah non. Tout de même. Tout de même.

-Elle vient ici tous les jours.

-Attends. Il faut lui parler. Une femme comme ça, il faut…

-Lui dire que son fils a une chance sur 1000 de s'en tirer?

-T'as pas su t'y prendre avec de Scève.

Tu diras que je me mêle de ce qui me regarde pas. Oui et non.

J'ai réussi des coups

en connaissant le niveau de frousse de mes gars

et celui des types d'en face.

Ton Erlane, c'est le trouillard pur jus, 100 %.

-Oui. J'en suis convaincu. Et alors?

-Alors tu laisses tomber.

C'est un malade. Chez les malades. C'est simple.

-Il se jette dans les bras de l'ennemi et j'offre son retour?

-Tu te balances vite l'absolution.

-Moi? -Oui.

Les toubibs ont trié les bancals.

C'était à toi de trier les lâches, les vrais.

T'es le mieux placé pour les voir au boulot. Tu l'as pas fait.

Ton Erlane a foiré,

tu devais t'y attendre.

Vouloir le bousiller, c'est dégueulasse.

Rien à faire. Bouché à l'émeri.

Le môme a du sang bleu.

Il a trahi l'armée, mais il a aussi trahi la caste.

-C'est foutu. -Pourquoi, "foutu”?

L'aumônier assure sa défense?

On va lui travailler la couenne, à ce gros. Sur place.

Dans la montagne. Entre la tranchée de De Scève et la cote 915.

On peut trouver des choses.

-Pas perdu la boussole.

On tombe en plein dessus.

Tu ramasserais rien qui vaille un centime.

Les paysans sont venus faire le grand nettoyage.

Ça fait tout drôle, non?

Le gourbi de De Scève, d'où est parti Jeannot-les-Chocottes.

Et moi.

Voilà. Le mamelon Socrate.

C'est là qu'il devait apporter son pli à Demange.

J'ai feuilleté les rapports. -Moi aussi. Rien d'exceptionnel.

-Ah, minute. 2 batteries ont arrosé vers 19 h. Boches. À coups de 105.

C'est noté par l'adjudant Perdrix.

-Exact.

-Ah. 19 h: Erlane débarque pile dans le feu d'artifice.

Perdrix tient le poste, cote 915, mais les autres le secouent.

Pa! Pa! Pa!

Et la cote 915, c'est ça, là-bas.

Regardez. Ça tombe ici, là, là, là, là où vous êtes. L'enfer.

Le pauvre malade choisit pas, va où ça bille le moins.

Droit chez les Bul. Allez, on y va.

Il va planquer toute la nuit.

On lui a dit qu'un convoi de Bul allait arriver.

-On va monter encore longtemps?

-Le plus gros est fait. Ça sent pas encore la poudre?

Les patrouilles bull venaient jusque-là.

-Le petit a pu tomber sur l'une d'entre elles.

Prisonnier. Tout bêtement prisonnier.

-Il l'a jamais évoqué.

-Chocha.

J'en ai bigorné, dans ce quartier-là, mes pauvres amis. À la grenade.

On a fait du hachis, là-dedans. Du parmentier. Là. Un grand Bul.

Il se tenait le bide, les mains pleines de sang, de merde…

Je l'ai flingué à bout portant. Il me faisait de la peine. Allez!

Ils avaient plusieurs femmes, vos nègres?

-Polygames, oui.

Des natures simples qui font au vu de tous ce que nous dissimulons.

-En plein soleil. Je relancerais bien la mode.

-Tout de même, un peu choquant, non?

-On s'y fait vite. On comprend à quel point on a eu raison de venir.

-Leur apprendre à baiser à l'ombre? -Les soigner.

Piqûre de 914, syphilo.

Les paysans sont rentrés chez eux? Regardez. Ça fume.

La vie, tout de même.… Ça ne s'arrête jamais.

-Ça dépend pour qui.

-Oui, capitaine.

-On marche depuis 1 heure.

Ton Erlane, il a les foies.

La vraie nuit est tombée, sans lune. J'ai vérifié.

Et ça tire encore ici et là. Il connaît pas le secteur.

Il aura mis plus du double. Si vous êtes crevés…

Lui, il tient plus debout, lessivé, mort.

Dès qu'il aperçoit un casque, il lève les pattes.

"Moi, prisonnier.” Peut-être même en boche.

Quant à parler de nos positions: incapable et inutile.

-Comment ça?

Sur le pli qu'il portait, il y avait toutes les positions,

les axes de tir des mitrailleuses. Ils savent lire. Ça leur suffit.

-Vous apportez beaucoup d'arguments pour la défense

et beaucoup d'espoir. Je vais vous citer comme témoin.

-Déconne pas, curé. Témoin de moralité? Ça l'enfoncera.

Les lascars d'état-major voient pas les choses comme vous et moi.

Pas un qui soit allé assez près de la chicore pour avoir eu peur.

Si je dis ça, il est cuit.

-Vous étiez son chef direct. Selon votre rapport sur son comportement,

vous ne lui accordiez guère d'estime.

-Aucune estime. Ce n'est pas un soldat.

-Pouvez-vous être plus précis? Reprochez-vous son insubordination?

-Au contraire. C'est le subordonné idéal.

Le subordonné de tous. Une servilité de domestique.

-J'écarte l'insubordination.

Vous affirmez: "Ce n'est pas un soldat.”

Indiquez-vous une inaptitude physique ou morale?

-Je vois très bien où vous souhaiteriez m'amener,

à quelle déclaration. Je m'étonne que vous ne laissiez pas ce soin

au défenseur de l'accusé, dont c'est la mission.

-Puisque vous me mettez en cause,

une question:

lorsque vous le désignez, ce triste soir,

sait-il ce que contient le message qu'il emporte?

-Non. -Il en ignore l'importance?

-Il ignore celle du rôle de soldat.

-S'il ignore le plan de tir, les axes, les cotes,

que les Bulgares vont déchiffrer… Ils savent bien lire les documents.

Ce n'est plus un déserteur conscient

qui va porter à l'ennemi des informations capitales,

mais seulement un jeune homme de 20 ans, affaibli, fragile.

L'aventure dépasse ses capacités de résistance

et de lucidité.

Lieutenant, il y a les forts et les faibles.

-On voudrait m'entraîner à dire que Erlane est un malade,

un être d'une sensibilité exquise et morbide

que l'émotion peut conduire à une incapacité à décider,

à la privation de toute volonté?

En somme, dans certaines circonstances, un irresponsable?

C'est le mot qu'on eût aimé m'entendre dire?

Non.

Il vient d'un monde que je connais car il est le mien.

Un monde de privilèges, de vie facile.

Le monde de la naissance et de l'argent.

Il avait tout, acceptait tout, profitait de tout.

La contrepartie s'appelle "courage au feu".

-La gravité d'un acte, mon lieutenant,

dépend beaucoup de ce qu'on met de volonté à l'accomplir.

-Je sais faire la différence entre un péché véniel et un péché mortel.

Cet homme a trahi. Il était porteur d'un pli qu'il n'a pas détruit.

L'ennemi a su comment nous surprendre sans perdre un homme.

Et nous avons eu 37 morts!

37.

-Vous êtes impitoyable avec lui.

Vous affirmez des choses… que nul ne pourra jamais prouver.

Ni même démentir. Pas même lui.

Je n'aimerais pas être à votre place, lieutenant de Scève.

-Je n'aime pas être à cette place, mais j'y suis.

J'ai fait ces dernières années des choses que je n'aimais pas faire.

-Entre cet officier… certes valeureux, formé au combat,

et cet adolescent jeté dans la violence et la peur,

vous aurez à choisir. Parole contre parole. Ni preuve ni certitude.

On vous demande cependant justice.

Mais les juges aussi, un jour, seront jugés.

Et la question ne sera pas: "Avez-vous été juste?",

mais: "Avez-vous été bon?"

-Tête haute, camarade.

-Il[ nous reste le recours en grâce, madame.

-Votre menu, monsieur Ménard, voilà ce que j'en fais.

Je veux un merlan Colbert. Le sanglier, c'est terminé.

Vous m'avez fait

bouffer le plus gros tout seul. Si! Terminé. Marre.

C'est pas sorcier, le merlan Colbert. Un merlan frit, fariné: Colbert.

-Mon général. Par ici, le merlan court pas les rues.

-"Impossible is not french." Démerdez-vous.

-Oui. On va faire avec.

-Il veut quoi, lui? Ça va finir, cette vadrouille?

Sofia, Bucarest, Sofia!

Et maintenant, le delta du Danube. On va foutre quoi, dans un delta?

-Les hommes ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas démobilisés.

-Nous sommes une armée en opération. Il y a la paix, la guerre et ça.

Les opérations, c'est la paix sur le pied de guerre.

Je vous écoute.

Vous n'êtes pas venu me parler de la pluie.

-Non. Je demande à être relevé de mes fonctions de rapporteur.

-"Relevé"? Démission?

Vous venez me tirer la sonnette au milieu d'une séance de bagages

pour me parler de démission?

Vous me prenez pour un chef de rayon des Galeries Lafayette?

Démission, ça n'existe pas. Je vous vire.

Vous rejoignez votre corps. Direction ce putain de Danube.

-Je l'ai!

Je l'ai!

Je l'ai, le dossier.

-On va se la geler encore longtemps? Vas-tu retrouver ton wagon?

-Conan! Que se passe-t-il? -L'officier roumain.

-J'ai engagé le processus de classement de l'affaire.

-Mais il est mort, ce con. Alors ton processus…

Quoi? Tu veux y aller? On y va. En avant, marche.

-Ça fait 8 ans que je suis parti de chez moi. Merde!

-Et moi, 7 ans. Ça va plus. 7 ans, ça va plus.

-La guerre pour la France, on l'a faite. Même ici.

Mais maintenant, on se bat contre des ennemis

qui ne sont plus les nôtres: les Hongrois.

Ou même qui sont d'anciens alliés: les Russes.

Nos familles nous attendent. Nos femmes,

des enfants qu'on ne connaît pas tous,

le travail, les champs. La vie, quoi.

Ça ne peut plus durer. C'est tout.

Maintenant, on met les pouces. En tout cas, moi.

-En France, c'est fini depuis 1 an. Crosse en l'air, merde.

Le père chante.

-Il nous bluffe comme une tenancière de boxon.

Je suis ratissé, moi. À sec. Je cale.

Hé! T'avais rien.

Ben, dis-le: t'avais rien.

-M'emmerdez pas. Sinon je vous enlève vos ceintures et vos bretelles.

-Hé, Pandore! Je te croyais moins con que les autres.

Chant collectif.

-En avant… marche!

-De l'autre côté du fleuve: les bolcheviks. Vous, vous êtes là.

-De l'autre côté du fleuve: les bolcheviks. Vous, vous êtes là.

Moi, je suis derrière la colline. -Et alors?

-On attend qu'ils passent.

Je viens de voir Erlane. -Qui. Exécution dans 3 jours.

Pas de remords?

-Reposez arme!

Repos!

Sergent Lanzec! Sortez du rang!

Vous avez refusé d'assurer la garde?

-Mais, mon colonel, la garde contre qui?

La guerre est finie depuis 7 mois. Je n'ai plus d'ennemis.

Les camarades et moi, on demande le retour en France.

-Ceux qui sont d'accord avec le sergent: 2 pas en avant.

Gendarmes! Embarquez-les!

Et foutez-les-moi en cabane avec les autres.

-Pour les hommes sortis du rang, à gauche, gauche!

En avant, marche!

-Lanzec. Je t'aurais bien pris avec moi, mais t'avais de l'asthme.

Si c'était à refaire,

je te jure, je me demande…

-SOUS LES GRANDS ARBRES D'ITALIE

J'AI SI SOUVENT MARCHÉ VERS TOI

QUE LORSQUE LA LUNE PALIT

C'EST PARCE QUE C'EST TOUJOURS VERS TOI

QUE VONT MES RÊVES D'ITALIE

JAMAIS JE N'OUBLIERAI JAMAIS

-Tout ça me paraît tellement stupide et inutile.

-Vous êtes de ceux qui croient que la guerre est finie?

-La guerre, non. Les guerres, toutes.

-Tu n'y comprends rien. Elles commencent.

Rouges contre blancs, l'anarchie contre la loi,

croyants contre cyniques, le bien contre le mal.

La lutte finale, mon cher. Ils le chantent.

-Ils sont démunis de tout. Ni armes, ni vivres, ni chef.

-Ils ont l'espoir. C'est terrifiant.

-C'est le vieux qui a combiné le dispositif?

Ça se voit. -On défend la route.

Par là, c'est inaccessible. Défense naturelle.

Trop de profondeur, ça.

-Le zigoto qui a décidé ça a dû faire 3 pas dans la bouillasse.

"Regardez, mon général. Ça descend.

"À peine 2 m et j'en ai jusqu'au mollet."

Quelle bande de…

Moi, je viendrais de par là. Planqué sur des radeaux, des barcasses.

Et d'un seul coup…

Alors vos mitrailleuses fixes, elles iront bigorner les grenouilles.

-Il à raison.

-Alors? -"Alors?"

Tu te mets là, et tu te couvres. Seulement: abandon de poste. Tarif?

-Trois ans de forteresse.

-Faites ce que vous voulez.

Un conseil: les mitrailleuses, pas trop fixes. Tu viens, mon cogne?

-Alerte! Ça bouge!

-Alerte! T'as vu quelque chose, là?

-Rien, justement. Mais ça bouge, je te dis.

-Alerte!

-1re, 2e section, avec moi!

Les mitrailleuses en batterie face au marais!

-C'est pas nous, l'ennemi! C'est cette bande de moujiks!

-Je dois en référer au commandement, et il répond pas.

-Il est aux tinettes. Vous devriez comprendre ça!

Un beau mouvement. Deux caisses de grenades.

Bon. Grenais, Beuillard, aux grenades!

-Allô?

Allô?

-Allez. Ça va bien, lieutenant. Je prends tout sous mon bonnet.

Allez, les gars! Chopez les mitrailleuses à droite,

et les mitrailleurs avec, que ça plaise ou pas.

Si la gendarmerie a des mousquetons, vous vous servez.

-Capitaine!

Nitro.

-Tiens. Amène-toi ou je te brûle.

-J'ai jamais lancé de grenade. -C'est le moment.

Ce sera toujours mieux que le peloton.

-Pas de quartiers! En avant!

-Beuillard! La mitrailleuse.

-Fumier! Saloperie!

-Arrête, Conan! Ils se replient!

-Faut y aller, petit vieux! Faut continuer!

Allez, Rouzic! Allez, mon gros.

On va vous crever, charognes! Dans la gueule! Bande de rats!

-Il s'en est gobé une dans la nuque.

-C'est ainsi que Jean Erlane a trouvé la mort face à l'ennemi.

Rachetant par une conduite héroïque son attitude déconcertante du passé.

Je puis vous assurer qu'il n'a pas souffert,

et qu'il reste associé à l'action de dégagement

par laquelle le groupe des préventionnaires et condamnés

s'est signalé à la reconnaissance du régiment.

Je sais que les mots, même sincères,

sont impuissants à atténuer le malheur.

Cependant, je veux en mon nom vous assurer de ma compassion…

Un bock, s'il vous plaît.

M. Conan vient ici de temps en temps?

-Pour vous, monsieur Roger. -Il a un nom, j'espère.

-Lieutenant Norbert, capitaine.

-Nom de Dieu.

Amène-toi, lieutenant.

Qui t'a demandé d'allumer, toi?

-Je passais.

-Ben, tu vois, moi aussi.

Je passe.

Même je trépasse, mais à petits coups.

T'as pas trop changé, toi. Juste comme il faut.

Tu fais quoi?

-Tu sais bien: j'essaie de comprendre.

-"Comprendre"? -Mes élèves.

-Ah oui.

C'est bien.

T'aurais mieux fait de pas venir.

Je pense à toi souvent, tu sais.

Je me dis:

"Lui, au moins, il m'aura connu que vivant."

-Tu m'as l'air bien.

-Tais-toi donc. J'ai pris mes arrangements.

On t'enverra ma croix avec le ruban, et puis 2 ou 3 bricoles.

Des photos. Enfin, tu verras.

Le toubib m'en donne pour 6 mois.

6 mois. Il dit ça pour me faire plaisir.

C'est un gentil. Un âne, mais c'est un gentil.

Oui. Pas venir, ça aurait été mieux.

Je suis tout de même rudement content.

-T'es bien, ici? -Penses-tu.

Des bigorneaux, tous.

Personne avec qui parler.

Les bons sont sur le monument aux morts, et les autres…

de la soupe à cochons.

En plus, je suis marié. -Je sais.

C'est ta femme qui m'a indiqué où te trouver.

-Si tu l'as vue, tu comprends que je peux pas t'inviter.

-J'aurais pas pu. J'ai pas le temps.

-Tu mens toujours aussi mal.

Tu te rappelles ce que je te disais, quand on roulait vers Bucarest?

On était 3000... -Sofia.

-Hein? -On roulait vers Sofia.

Y avait de la neige.

-Ah oui.

Oui.

On était 3000 au plus, à l'avoir gagnée, cette putain de guerre.

-Très bien. Je me rappelle très bien.

Nous, on l'avait faite, et… et vous, vous l'aviez gagnée.

-Oui.

Si tu navigues un peu…

t'en trouveras sûrement un ou deux, ici ou là.

Regarde-les bien, mon vieux Norbert.

Regarde-les bien.

[is seront comme moi. Tous.

Allez.

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