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Zulu
...
Musique d'opéra très rythmée.
Bruit d'une machine à écrire.
...
-Tu as assisté à l'accouchement ? -Oui, Sarah me l'a demandé.
-C'est moi le père. C'est moi qui aurait dû être à ses côtés. Non ?
-Je suis médecin, quand même !
Désolé, je ne pensais pas..
..que tu le prendrais mal. -Je suis juste un peu déçu.
C'est pas grave. -Mehdi, c'est là.
-Ca a été ? -Oui, ça a été, oui.
Un bébé pleure.
...
-Ils disent qu'on peut le prendre ? -Oui, tu peux le prendre.
...
-Trois. -Oui.
-Dame. Tu gagnes. 4 francs.
Tu remets 2 francs pour le pot.
A moi. 9. Merde !
-Salut ! -Que fais-tu là ?
-Tu ne m'embrasses pas ?
-Viens.
-Tu es pâlichonne. -Je suis pas en vacances.
Je t'avais dit de pas venir. -Et alors ?
-Si tu cherches du travail, à Paris, c'est pas évident.
-Comme partout !
-On finit la partie ? -Oui, j'arrive.
-Il y a 6 francs, là.
Tu gagnes. 4 francs.
Je vais vous changer de chambre.
180 francs, petit déjeuner compris. -J'avais pas prévu ça.
Je dois réfléchir. -A toi.
Un ou as ? -As.
-Bon, je vous laisse. -Non mais...
Bon, on va remettre la partie à plus tard.
Attends ! Julie !
-Manu, attends un peu. Je dois trouver un endroit plus grand.
Mais là, c'est pas possible. -Pourquoi c'est pas possible ?
Je viens de finir la saison à Val-d'Isère.
J'ai un peu d'argent. Et on se débrouille mieux à 2.
Ca ne me dérange pas de vivre là. -Moi, si.
-Pourquoi ? La galère,
..c'est pas un déshonneur. -J'ai cherché un studio.
On me paye les cours au black. Sans feuille de paye, ils ne louent pas.
-On sera très bien ici. On s'organisera. Et puis, voilà.
Tu as un amoureux ? -Ca va pas, non ?
J'ai autre chose à faire. Non !
-Comment tu me trouves depuis No l ?
-Pareil. -C'est-à-dire ?
-Toujours narcissique.
-Salut, je m'appelle Adrien.
Tu viens souvent ? -Non, je suis pas d'ici.
-T'es d'où ? -Ariège. Près de St-Girons.
-Un montagnard ! -Oui, les Pyrénées.
Mais j'ai surtout vécu à Lyon.
-Tu es majeur, au moins ? -Oui, vacciné. T'es flic ou quoi ?
-J'ai une tête de flic ? -Un peu.
Pourquoi toutes ces questions ? -Parce que je m'intéresse à toi.
-T'as quel âge ?
-Je suis comme Dalida,
..j'ai 2 fois 18 ans. -Plutôt 3, non ?!
-Ca me révolte d'entendre ça ! La vraie ségrégation, elle est là.
Chez les pédés, pas de barrière de classe, de race, de religion.
Le seul interdit, c'est l'âge.
On a encore beaucoup de progrès à faire. Salut, le montagnard !
-Je reviens. -Attends.
-Adrien !
-Tu te souviens de mon nom ? -Tu peux me tenir ça ?
J'ai peur qu'on me le pique.
-Moi aussi, je pourrais le voler. -Toi ? Ca m'étonnerait.
Ca ne te dérange pas ?
-Ben, euh... -Merci !
Quelqu'un sifflote.
...
-Depuis ce soir-là, Manu et Adrien se voyaient souvent.
Adrien avait pris des vacances. Manu vivait sur ses économies.
Adrien lui faisait découvrir Paris.
L'éclat de l'été était au rendez-vous.
Visite commentée en différentes langues.
...
La présence de Manu suffisait au bonheur d'Adrien.
Ensemble, ils marchaient d'un pas léger.
Adrien ne demandait rien de plus. Manu lui en était reconnaissant.
...
-Oh... -Oh !
-Tu pourrais ranger tes feuilles !
Il y en a partout. -Ce que t'es maniaque !
C'est pas possible !
-Voilà.
Tu as réussi à bosser ? -Oui.
Mais ça n'a pas donné grand-chose. -Inutile de faire garder le petit..
..si t'arrives pas à bosser. -Ben, au moins,
..je l'ai pas entendu brailler.
-Tu t'entends, Sarah ? Comment tu parles de lui ?
-Il me rend folle, je ne vais pas te mentir ! Tu le vois !
-Oui mais ce qui est bizarre, c'est que tu dramatises comme ça.
Je ne te reconnais plus.
-Ben, moi non plus, je ne me reconnais pas.
9 mois à être grosse comme une baleine, 2 mois de nuits blanches !
Je ne suis pas faite pour être mère.
Je ne pouvais pas le savoir avant que ça m'arrive !
-Je vais l'emmener chez mes parents quelques jours. Ils seront ravis.
Et puis, au moins, ils ont l'habitude.
-Tu parles sérieusement ? -Oui. J'aime pas..
..te savoir seule avec lui. -Tu exagères un peu !
-C'est toi qui exagères avec tes états d'âme.
-C'est juste une question d'espace. J'ai même pas une pièce à moi.
Et si je veux fumer, je suis obligée d'aller dehors.
Tu ne voudrais pas..
..qu'on aille à la Salamandre ? -Cet été, je n'ai pas de congés.
-Tu pourrais t'arranger !
-Les week-ends, éventuellement. Mais pas plus. Mes collègues..
..ont déjà posé leurs congés. -Belle perspective !
-Tu dis vouloir une vie modeste et quand ça t'arrange tu te souviens..
..que t'es riche..
..et que ta mère a une villa sur l'eau.
J'en ai marre de tes caprices.
Je ne peux pas t'offrir une autre vie. Voilà. Je suis désolé.
Le bébé gazouille.
...
-Viens.
...
Coup de klaxon.
Pas trop crevés par le voyage ? -Non. On a juste soif. Voici Manu.
-Adrien m'a beaucoup parlé de vous. -Il a dit quoi ?
-"Ce petit est un charme d'Eros, un don d'Athéna."
-C'est quoi, ces conneries ?
-Tu sais pas garder les secrets ? -Ils sont faits pour être répétés.
Vous avez peu de bagages ! -On passe juste voir la villa.
-Voilà. C'est ça.
-Ta mère est là ?
-Non, tu la connais, elle voulait nous laisser. Par là.
Musique entraînante.
...
-La musique donne envie de danser. -Ne vous gênez pas !
...
-On fait un tour en bateau ? -Ma mère l'a loué aux voisins.
Elle savait qu'on viendrait peu. Mehdi aussi était très déçu.
-J'ai promis à Manu ! Il faut faire quelque chose !
-Il n'y a rien à faire.
-Tu peux leur emprunter, quand même !
Tu leur rendras ce soir. -Ne me demande pas ça !
-Si, je te le demande ! Je te le demande comme une preuve d'amitié.
C'est important pour moi.
-Bon... Je vais essayer mais je ne suis pas sûre de les convaincre.
-Je te fais confiance.
-Tu le trouves changé, le petit ? -Il n'a toujours pas de prénom ?
-Non, on n'est pas sûrs.
-Je vais faire un tour.
-Je suis fou de ce garçon. -Tu dis ça à chaque fois !
-Là, c'est pas pareil.
-Ca va mieux, là. Hein ?
C'est qu'on a un petit creux.
-C'est difficile à conduire ? -Une fois sorti du port, ça va.
Vous voulez essayer ? -Ouais !
-Alors, l'aiguille de la boussole doit rester dans la même position.
Plein sud, pour garder le cap.
-C'était bien, ton week-end ? -Oui, super.
J'ai rencontré des gens plutôt friqués mais très gentils.
Une femme qui écrit des contes pour enfants. Tiens, de la lecture.
J'aimerais que tu les connaisses. Ca te dirait ?
-Ecoute, tu es doué pour te faire des amis mais garde-les pour toi.
-Pourquoi tu dis ça ? -J'ai peur qu'on soit trop proches.
On habite déjà ensemble...
-Je peux me doucher ? -T'as vu l'heure ?
A minuit, non. Il faut se doucher la journée.
Le patron est strict.
-Je vais demander. Il m'aime bien. -Non, Manu !
Respecte le règlement comme tout le monde.
-Non mais je pue ! Pff !
Si ça te gêne de me voir à poil,
..tu me le dis ! -Tu n'as aucune pudeur !
On n'a pas le choix.
-On peut installer un paravent.
-Non ! Je ne te regarde pas. Ce qui me gêne,
..c'est que tu me regardes, le matin.
-Normal. Une fille à poil, j'ai pas l'habitude !
-T'as jamais..
..couché avec une femme ? -Non. Pourquoi ?
-Pourquoi ? Ca aurait pu t'arriver. A l'occasion.
Ou à défaut d'autre chose. -Tu crois que c'est nécessaire ?
-Tu me fatigues. J'ai pas envie de parler de sexe avec toi.
-C'est toi qui as commencé. -J'ai eu tort.
-On pourrait aller en boîte.
-Non, merci. J'ai pas envie de sortir.
-Tu ne veux jamais t'amuser. Pourquoi ?
Tu ne profites pas de la vie.
-Ben, toi, au moins, tu en profites pour deux.
Brouhaha.
...
-Salut, ma poule. -Ca va, Sandra ?
-Ca se réchauffe.
Espérons que les coeurs aussi. -Oui, je crève de soif !
-Achète un frigo ! Je l'ai dit à ta soeur. J'en ai un mini génial.
Il fait des glaçons !
Salut, ma poule ! -Salut, Sandra.
-Tu as vu ma nouvelle perruque ? -Je crois que je préfère la verte.
-Il faut changer dans la vie.
Les filles sont d'accord pour les vocalises.
Mais pas le matin. -Merci.
Une note.
Vocalises.
...
...
-Non, non, vas-y à pleines mains.
-Voilà.
Je suis nul !
-Tu n'as jamais fait de tartes. -Je n'ai jamais fait aucun gâteau.
-Tu appuies, ça rentre tout seul. -D'accord.
-Occupe-toi plutôt du chocolat, il suffit de remuer.
Un jour, j'aurai un restaurant.
C'est bien de savoir ce qu'on veut.
-Tu as quoi comme formation ? -2 ans d'école hôtelière.
-Tu devrais t'installer à Paris. -Là, j'ai pas les moyens.
-Je peux t'engager comme cuisinier.
Tu aurais ta chambre et... -Arrête !
J'ai pas envie de vivre avec toi. -C'est pas une demande en mariage !
-Heureusement.
Ne te trompe pas sur moi. -Comment ça ?
-Je t'aime bien.
Mais j'ai envie de me sentir libre. -Mais tu fais ce que tu veux !
-C'est pas ça !
J'ai pas envie de te décevoir.
-Ah, mais tu ne me déçois pas.
Plus je te connais, plus je t'admire.
-Tu en fais trop, là. -Non, je t'assure que c'est vrai.
Brouhaha.
-Contrôle de police,
..présentez vos papiers. -Eh, oh !
Des cris.
...
-Allez, on se rejoint à la brigade. Et on traîne pas !
La voiture démarre.
-La circoncision, c'est un truc d'identité.
-Je te croyais athée.
Je ne peux pas te conseiller. Parles-en avec Mehdi.
-Je n'arrive pas à parler de ça. -Les musulmans aussi..
..se font circoncire. -C'est pas la même chose.
Pas le même âge ni la même cérémonie.
Je voudrais bien que tu sois son parrain.
-Un parrain pédé, ça fait désordre. -Tout le monde s'en fout..
..que tu sois pédé.
-Je te remercie d'avoir pensé à moi mais la religion, la famille,
..la tribu hétéro, je préfère éviter.
-Tu exagères. C'est méprisant pour ceux qui t'aiment.
Je sais pas, moi...
Monsieur n'a besoin de personne ? -C'est faux ! J'ai besoin de Manu.
Comment tu le trouves ? -Lequel ?
-Là. -Le rose ?
Je le trouve gros !
Ca risque de l'étouffer. -C'est toi qui vas l'étouffer..
..si tu raisonnes comme ça.
Il prend des photos. -Un inconnu cause avec la Sandra.
-On connaît pas tous ses clients.
-Il est sorti du Beau Séjour.
Elle lui a fait signe.
-Salut, Sandra. -Salut, Mehdi.
-Bah, qu'est-ce que tu fais là ? -Je me rafraîchis !
-Ah, d'accord ! Tu te rafraîchis dans les endroits chauds, toi.
-J'habite à l'hôtel, juste en face. -Tu ne vis pas avec Adrien ?
-Non, ça, je ne veux pas. -Pourquoi tu ne veux pas ?
-Je suis désolé, ça ne vous regarde pas.
-Alors, comme ça, tu préfères le Beau Séjour ?
Tu as de drôles de goûts, toi. -De quoi je me mêle ?
-Je fais mon boulot. -C'est quoi, votre boulot ?
-Inspecteur principal à la brigade des moeurs.
-Les trucs de flics, j'y connais rien et ça m'intéresse pas.
Bonne soirée.
Pardon.
-Bon, à quoi tu joues ? A la PJ, on ferme les yeux mais le Beau Séjour,
..c'est un bordel. T'as remarqué ? -Je sais pas.
C'est pas mes oignons. -Ca t'arrange peut-être.
-Je vis avec les putes..
..mais j'en suis pas une. -J'ai jamais dit ça.
-Mais vous le pensez.
-Je pense juste..
..que t'es le minet d'Adrien et qu'ici c'est un lieu de tapin.
-Je ne suis pas son minet. C'est mon seul ami à Paris.
Ca ne veut pas forcément dire qu'on couche ensemble..
..ni qu'on a un rapport de fric. -Ce que vous faites, je m'en fous.
On se connaît pas. Tu dis habiter à l'hôtel. T'es un pote à Sandra.
Je te mets juste en garde. -Ca va pas !
J'ai rien à me reprocher ! -OK. T'énerve pas.
Un collègue va faire sa ronde. Vaut mieux pas qu'il te trouve là.
Va te rafraîchir ailleurs. Ca t'évitera un contrôle.
C'est un conseil d'ami.
-C'est délicieux !
-Normal, c'est Manu, notre maître queux.
-T'es lourd, Adrien. -Si j'ai envie de faire la folle,
..je vais pas me gêner ! -Fais la folle !
-Ca existe, des flics homos ? -Pas à ma connaissance.
-Il y en a forcément. -Lâchez-moi !
Vous connaissez pas les flics.
Tu leur reproches quoi ? -Tu me passes les cerises ?
-L'intolérance. -Une ogresse !
-C'est bon, je me prive pas.
-Non, ils sont tolérants !
Ils acceptent même que je me laisse pousser les pattes !
Chérie, je vais piquer une tête.
Tu fais gaffe au petit. -Oui.
-Alors, toi ?
Tu restes bien sage.
Je reviens tout de suite.
Le petit gazouille.
...
-Il s'en tire toujours..
..par une pirouette ! -Il est fier de son boulot.
Il faut pas le chatouiller ! Quand je l'ai connu,
..il m'a dit qu'il était étudiant mais je ne savais pas en quoi.
Il a attendu que je sois mordue avant de passer aux aveux.
-J'ai lu vos bouquins. J'adore l'histoire..
..du grand-père qui mange les oreilles des fillettes.
-Ah !
Là, je suis plutôt en panne.
J'ai commencé un roman pour adultes mais je patauge...
Pour l'instant, ça s'appelle "Eros". Vous aimez ?
-"Eros" ?
Je ne sais pas. Moi, je n'y connais rien.
Je peux me baigner ?
-Bah, oui ! Bien sûr.
Gazouillis.
...
Ca te dérange pas si je dors là ? -Mais non, bien sûr !
-Ca ne va pas ? -Je ne suis pas un bon nageur.
Surtout quand on n'a pas pied.
Ca caille ! Et je suis épuisé.
Je peux rester près de vous ? -Oui, pas de problème.
C'est moins crevant sous l'eau.
-Je ne suis pas sûr d'y arriver. -Allez, courage.
Un, deux, trois. Hop !
...
Manu !
...
Ca va ?
Ca va ?
-On fait une partie ?
-Non, merci, pas ce soir. Je suis crevé, je vais dormir.
Il crie.
-Manu ?
-C'est rien.
J'ai fait un cauchemar.
-Tu m'as fait peur.
-J'ai rêvé que je me noyais.
Allez, rendors-toi.
-Tu veux un verre ?
-Oui, une menthe à l'eau. -Une menthe à l'eau.
Dis, ma poule, je t'ai vu causer avec Mehdi.
Tu le connais ? -Je connais un ami de sa femme.
Des fois, on part en week-end, on fait du bateau.
-Le bateau, c'est très chic.
Ta soeur le fréquente aussi ? -Non, elle n'a rien à voir avec ça.
Pourquoi tu me parles de lui ? -Mehdi, c'est une vedette.
Il nous met le marché en main. -Ca veut dire quoi ?
-Bah, c'est simple. Si on balance les types qui nous protègent,
..il nous fait passer pour des victimes et nous fout la paix.
Si on balance pas,
..il nous fait tomber pour racolage et complicité de proxénétisme.
Il est dangereux. Il fait du zèle.
Depuis qu'on l'a nommé à la PJ, c'est la révolution.
Nettoyer le quartier, tu parles ! Résultat, finis les clients.
J'aime mon métier.
Je vais pas me laisser écrabouiller !
-Les autres filles, elles font quoi ?
-Elles restent chez elles, elles ont peur.
Oh, j'adore cette chanson !
-Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne,
..du polystyrène expansé à ses pieds.
Oh, Marcia danse avec des jambes aiguisées comme des couperets,
..deux flèches qui donnent des idées, des sensations.
Marcia, elle est maigre.
Belle en scène, belle comme à la ville.
La voir danser me transforme en excité.
Oh, Moretto !
Comme ta bouche..
..est immense..
..quand tu souris.
-On te demande. Un certain Manu. -Manu ?
-Je te le fais monter ?
-Non. Non, non. J'y vais.
-C'est le dossier Clignancourt ? -Oui.
-Il va nous sortir de l'ombre.
On n'a rien. Faudrait se faire ce gazier autrement.
Tu l'as promis au tôlier.
Il m'a encore gonflé avec ça.
-Excusez-moi. J'attendais votre pause.
La planton m'a demandé..
..ce que je voulais.
-Je te le demande aussi.
-On prend un café ?
-Non, j'ai des trucs à finir.
Je ne fréquente pas les cafés. Adrien t'a dit que je bossais ici ?
-J'ai trouvé tout seul. Il ne sait pas.
Tenez. C'est pour vous.
-C'est quoi ? -Des lunettes de soleil.
-Je peux pas accepter.
Pourquoi tu me fais un cadeau ? -Pour vous remercier.
Vous m'avez sauvé la vie. -Sauvé la vie ! Tu exagères !
-Si, si. J'y pense tout le temps. -Tu t'es bien remis. T'es en forme.
-J'ai cru que j'allais y passer. Vous, dans votre métier,
..la mort, vous avez l'habitude. -La mort, on ne s'y habitue pas.
-C'était pas dur..
..de me ramener sur la plage ? -J'étais pas sûr d'y arriver.
Combien tu pèses ? -70.
Comment vous avez fait ?
Vous m'avez pris dans vos bras ? -J'étais bien obligé.
-Encore merci. Même si vous voulez pas le cadeau, je vous dois la vie.
C'est pas rien. -Déconne pas, tu ne me dois rien.
-C'est quoi, ça ?
Un truc de police ? -Un écusson d'aéroclub.
Le père de Sarah le dirige. J'en profite parfois pour faire un tour.
J'aime bien. -J'ai jamais pris l'avion.
-Ah, oui ? -Oui.
-Ca te dirait ? -Oui.
Au moins, là, je ne risquerai pas de me noyer !
-La semaine suivante,
..Mehdi s'était levé de bonne heure avant d'aller travailler.
Il avait donné rendez-vous à Manu.
Et maintenant, ils volaient tous les 2 dans l'éclat du matin.
...
-Oh, qu'est-ce qui te prend ? -Excusez-moi.
-Hein ? -Excusez-moi.
Je ne suis pas un poisson ni un oiseau.
J'aime marcher sur la terre. C'est mon élément.
-Ce baptême de l'air t'a pas plu ? -Si ! Je vous remercie.
-Ah. Pourquoi tu me remercies tout le temps ?
-Vous avez raison, c'est idiot. -Et puis, arrête de me dire "vous".
Je te fais peur ? -Non mais...
-Mais ?
-Bah, quand je t'ai touché... -Ah. En voiture, c'est pas prudent.
On est mieux ici. Non ?
Un hélicoptère.
...
...
Viens.
*-Ce retour sur l'Histoire nous rappelle..
*..le prix de la liberté.
*Le dispositif militaire est en place.
*Le temps n'est pas clément en ce 14 juillet.
*Le Pdt est passé devant le 13e régiment du génie.
*Le président est resté debout dans la tribune officielle.
*Toutes les personnalités sont d'ailleurs restées debout.
Bruit d'une douche.
...
-Tu viens pas ? C'est bon !
Ca fait du bien ! -Non, ça va.
La chaleur, j'ai pas de problème.
-Qu'est-ce que t'as..
..à me regarder comme ça ?
-T'as beaucoup d'amants ?
-Qu'est-ce qu'il y a ? On n'en parle jamais.
-Oui, je sais. Aujourd'hui, j'ai envie de savoir.
Je ne veux pas te forcer.
Si tu préfères ne pas répondre...
-C'est le monde à l'envers. Tu ne veux jamais parler de sexe.
On le fait..
..mais on ne le dit pas. C'est ton credo, non ?
-On pourrait faire le point. -Tu parles ! Je vois parfois..
..mon éditeur. Pas original !
-Tu vois encore ce crétin ? -Oui. Ca me fait du bien.
-Physiquement, il est pas terrible. -Physiquement, tu peux pas juger.
-Trouve une autre place pour ce putain d'ours !
-On a tout essayé.
*-Il a participé à la libération de l'Alsace,
*..a passé le Rhin...
-On pourrait décider d'être fidèles, tous les deux.
Comme un couple normal. Non ? -Ah, non ! Je t'aime trop pour ça.
J'ai besoin d'aller voir ailleurs. Ca me rend heureuse.
Sinon, je me sentirais prisonnière. Surtout avec..
..un Don Juan comme toi.
-Tu t'en fous que j'aille voir ailleurs ?
-Je me doute que t'as plein d'aventures.
Mais je crois que ça m'excite.
-Ah, bon ? Carrément ?
-Oui. -Ca t'excite ?
-Je n'arrive pas à être jalouse. Je ne sais pas..
..si c'est parce que je suis fille unique ou enfant gâtée.
J'ai confiance en moi. Je ne me sens pas menacée.
Et je suis sûre que tu ne trouveras jamais mieux que moi.
Mehdi et Manu se voyaient parfois. L'avion était un prétexte.
Le seul moyen de se rejoindre.
Ils s'étreignaient dans les bois, impatients, maladroits.
Ils ne comprenaient pas ce qui leur arrivait..
..et n'en parlaient pas.
Ce bonheur était salutaire. Ils étaient devenus clandestins.
-Ca fait longtemps que je dors ? -Non.
-Pourquoi tu m'as pas réveillé ? -Tu sais, je crois..
..qu'on devrait oublier tout ça.
-Toi, tu fais ce que tu veux.
En tout cas, moi, c'est sûr que j'oublierai pas.
-T'es sûre que tu veux rien ? -Non, je suis venue pour te voir.
Pourquoi tu ne me donnes pas de nouvelles ?
-Je ne suis pas très en forme. Je ne veux pas faire chier le monde.
Je déteste les gens qui se plaignent.
Les peines de coeur, ça m'exaspère. -Manu, je suppose ?
-Je me suis monté le bourrichon. Pas de quoi en faire un fromage.
-Comme d'habitude. -Non, pas comme d'habitude !
Je suis capable de tirer les leçons de ce que je vis.
J'ai même pas cherché à coucher avec lui. Le résultat est le même.
Il est parti.
Comme la chèvre de M. Seguin. -J'ai pas relu. C'est bien ?
-La question n'est pas là. -Ca pourrait adoucir ta peine.
-Je suis pas malheureux. -Bonjour.
-Bonjour. -Bonjour.
-Il est parti où ?
-St-Chéron. 42 km de Paris. -Qu'est-ce qu'il fabrique..
..à Saint-Chéron ? -Il y a un centre de loisirs.
Un camping 4 étoiles.
Il gagne 5 000 francs.
-Bonjour. -Bon appétit.
-MERCI.
-42 km, c'est rien !
-Il bosse comme un malade. Le soir, il est crevé et on ne se voit plus.
-Tu le retrouveras cet hiver. C'est un bon test.
-Qu'est-ce que tu dis ? -Tu sauras si tu l'aimes vraiment.
-Je le sais déjà.
-Ca ne te coupe pas l'appétit !
Le soir, tu sors un peu ?
-J'essaie de faire comme lui.
Le jour, je m'abrutis de travail. Le soir, je m'écroule.
A défaut d'être ensemble, on a la même vie.
-Grâce à Mehdi, Manu avait trouvé un emploi et un hébergement.
Il avait accepté avec joie.
Ce contrat de saisonnier permettait..
..un contrôle de recrutement et renforçait un échange de service..
..entre la police et la direction de l'établissement.
...
-Pourquoi vous me suivez ? -Sécurité. Tu vas où ?
-Au mobil-home 230. -Il est occupé, Manu.
-Bah, c'est pas grave. Je vais l'attendre.
-T'as qu'à aller l'attendre à l'aire de jeux.
Ici, tu déranges les familles.
-C'est pas ta soeur, là-bas ? -Julie !
Ca va ? -Salut.
-Ca fait longtemps que tu es là ? -Oui. Mais c'est de ma faute.
J'aurais dû appeler. -Mais non. Je suis très content.
-Bonjour. -Bonjour.
-Je te présente Mehdi. C'est lui qui t'a reconnue.
-Ah ! Il y a votre photo dans le mobil-home.
-C'est bien un réflexe de flic !
-Toujours au Beau Séjour ?
-Oui. Pourquoi ? -Je vous conseille de changer.
-J'y suis bien.
-Vous serez mieux ailleurs. Je ne peux pas..
..en dire plus. Je vous laisse. Je suis en retard.
-Voilà. C'est chez moi.
-Oh, je n'aime pas cette photo.
J'ai l'air d'une aveugle. -Tu as toujours l'air effrayée.
Comme future diva, ça la fout mal.
Rapproche-toi.
-Ah, ça fait du bien.
-Tu veux te baigner ?
-Oui. Tu reprends à quelle heure ? -On a le temps.
Ah, c'est toi qui a gagné !
C'est normal, t'es chanteuse.
Manu sifflote.
...
-Tiens.
Tiens, tu peux m'aider ? -Oui.
Voilà.
-Merci. -Comment tu as trouvé Mehdi ?
-Ca m'étonne..
..que tu sois avec un flic. -Ca m'étonne aussi !
-Ca m'a gênée.
C'est la 1re fois que je croise un ami à toi.
-Lui, c'est pas pareil. Je suis content que tu l'aies rencontré.
-Pas vraiment une rencontre. -C'est très bien comme ça.
...
Je te réchauffe de la pizza ? -C'est gentil..
..mais je suis en retard.
-J'ai eu peur de te prendre, tout à l'heure.
J'étais pas sûr que t'aies envie. -C'est la première fois.
-Tu as aimé ?
-Je l'ai fait pour toi. -Ca, c'est ce qu'on dit.
Demain, c'est le 15 août.
Si tu peux pas venir, je comprends. -Arrête !
Je ne peux pas me passer de toi !
-Je préfèrerais que tu me le dises sans rigoler.
Il sonne.
Un bébé pleure.
...
-Sarah ?
...
Eh, ben ? Tu es tout seul, toi ?
Oui, oui, oui. Oh, bah, oui, viens là. Viens.
Voilà.
Oh, oui... Bruit d'une machine à écrire.
...
-Ah !
T'es fou ! Tu m'as fait peur ! -Toi aussi !
Une mère aimant son bébé ne met pas de boules Quies.
Le parrain n'est pas d'accord.
Le médecin non plus. -Sans ça, je peux pas travailler.
-Et le petit, quand il a faim, il émet des signaux lumineux ?
-Il pleure.
C'est gentil d'être venu me voir. Tu as meilleure mine.
-Ca va mieux. Je vais pas passer ma vie à jouer les amoureux transis..
..avec un type qui n'est pas mon amant. Le masochisme a des limites.
-Qu'as-tu derrière la tête ? -A bas la mélancolie.
Voilà ce que je pense. Il faut faire la fête, on n'a qu'une vie.
-Tu m'as l'air bien agité, en tout cas.
-J'ai décidé de me secouer.
Ah ! La Jaguar de ton père, tu as les clés ?
-Tu veux faire quoi de ce tank ?
-Sortir de mon couvent, toutes voiles dehors.
On prend un verre ?
-Avec plaisir.
Je joins l'utile à l'agréable.
-Ah, d'accord, je vois.
-Pour arrondir les fins de mois. -Je comprends.
Tu prends combien pour... ?
-Ca se négocie.
-Bah, je vais réfléchir.
-D'accord.
-Adrien comprit que l'inconnu ne lui ferait pas oublier Manu.
Il décida sur-le-champ d'aller à Saint-Chéron.
-Tu pourrais donner des nouvelles. -Je bosse, Adrien, tu vois bien.
Le soir, il y a 2 services. Je ne finis jamais avant une heure.
-C'est un cauchemar, cet endroit. Tout est contrôlé.
Il a fallu que je raque pour avoir un passe.
Il y a des caméras partout. -Pour la sécurité des campeurs.
-On va dans ta roulotte ? -C'est un mobil-home !
-Une virée à Paris, ça te dit ? Ca te changera de ta prison.
-Salut, Shériff. -Salut, Manu.
-Il n'y a pas de caméra. -Si, tu en as une là.
Si quelqu'un veut se pointer en douce, il est cuit.
Ecoute, Adrien, il faut que je te dise quelque chose.
Je n'ai pas envie de te mentir. Je te respecte trop pour ça.
Enfin, voilà, je vois Mehdi.
Je le vois tous les jours. Excuse-moi.
-Comment ça, tu le vois ? -Je vais pas te faire un dessin !
-Et vous couchez ensemble ? -Bah, oui.
Mais ça m'empêche pas de tenir à toi.
Conversation des gens attablés.
-Oh ! -Oh !
-Arrête !
-Non mais là, ça dégénère !
-Lâche-le ! Lâche-le !
-Ne vous mêlez pas de ça ! Ca ne vous regarde pas !
Vous n'avez pas le droit !
-Ca va ? -Au secours !
Au secours !
Au secours ! -Il est malade, ton pote !
-Allez, viens, Adrien, il ne faut pas rester là.
Merci.
Tu es fort comme un boeuf.
J'aurais jamais cru. -Je suis capable de tuer.
-Ah, oui, j'ai vu ça.
-Dégueulasse, ton pinard. Toi aussi.
-Oh, ça va, Adrien. Tu m'as pété le nez, tu t'es vengé. Tu veux quoi ?
-Je ne t'ai pas pardonné, mon petit.
-Arrête de m'appeler "mon petit". Je ne suis pas plus petit que toi.
T'as pas à me rabaisser comme ça. -Si. Dans cette histoire,
..tu es si petit que tu n'existes pas.
Tu n'as aucune place..
..dans la vie de Mehdi. -La ferme, Adrien !
Ca ne te regarde pas. Alors me fais pas chier.
-Pitoyable, cette affaire. Nous pataugeons dans le ridicule.
-Je m'en fous du ridicule.
Moi, je suis heureux, Adrien.
Je n'ai pas de remords.
Même si ça te fait du mal.
-Bien sûr, c'est toi le plus fort. Tout le monde te désire.
-Pense ce que tu veux, Adrien.
Si je dois perdre..
..ton amitié, tant pis.
-C'est Mehdi qui t'a filé cette piquette ?
-C'est les fonds de bouteilles du resto.
-Heureusement que j'ai mon scotch.
-Arrête, Adrien, je te raccompagne. -C'est pas la peine.
-Tu es bourré. Tu vas pas conduire !
-Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Tu m'as assassiné. Si je fonce..
..dans un mur, je serai soulagé. -Arrête, Adrien, s'il te plaît.
-Dormez. Dormez en paix.
Moi, je regarde les étoiles,
..la douce nuit d'été.
Je ne vois que la tempête,
..le mauvais sort qui s'acharne sur moi.
Ah, trahison.
Ce n'est pas le démon,
..c'est l'ange qui poignarde. -Tu fais chier !
Les vigiles vont rappliquer. Viens. -Oh, belle nuit !
Douce, douce...
Douce. -Allez, ça suffit.
-Non. -Tu vas pas rester là, quand même ?
-Si, je suis très bien.
-Allez, relève-toi, Adrien ! -Non.
Qu'est-ce que t'as sur le torse ?
Ca fait longtemps ? -J'en sais rien.
C'est le soleil, je pèle.
-Attends, fais voir.
Ouvre la bouche.
-Pourquoi tu dis rien ? J'ai pas la gale !
-Quelques jours après, Manu a fait un test.
Il ne comprenait pas..
..la nature d'une maladie entourée d'un si grand mystère.
La douleur est venue, accompagnée de fièvre..
..et de nouvelles marques sur le corps.
Manu a rompu avec Mehdi et s'est terré dans sa roulotte.
Adrien voulait le soigner chez lui. Manu refusait sa compassion.
Pour la 1re fois de sa vie, il rêvait d'être invisible.
-C'est Manu, tu m'ouvres ? -C'est ouvert !
-T'es tout barbouillé ! -Je mets de la crème pour l'eczéma.
Alors, avec la pluie... -C'est galère, ces trucs de peau !
Ici, les blondes, quand elles se foutent au soleil,
..elles chopent des saloperies !
Tu veux une bière ? -Oui.
-L'inspecteur a encore appelé. -Il sait que je veux plus le voir.
-Tiens. -Merci.
Je peux m'asseoir ? -Attends ! C'est du pur cuir !
Faut pas le bousiller.
T'es tout trempé, t'as pas d'imper ?
-J'ai que des affaires d'été. -Mais l'été, c'est fini.
T'as pas bonne mine, toi. -Oui.
Oh, la télé. Quelle chance !
-On va l'allumer, si tu veux.
Son de la télévision.
...
-Ce que je t'ai demandé...
tu l'as ?
-Oui mais c'est pas prudent.
-T'as pas confiance ?
-C'est pas une question de confiance.
-Tiens.
Je te file 2 000 balles de plus.
*-Une maladie inconnue..
*..fait son apparition..
*..dans les pays occidentaux.
*Un vent de panique déferle sur les USA.
*Ce virus supprime les défenses immunitaires.
*Il tue dans 3 cas sur 4.
*Dans un centre de transfusion sanguine, on prend soin d'éviter..
*..la propagation de la maladie.
*On interdit même..
*..des cours de respiration artificielle, en Californie.
*A New York, les employés des pompes funèbres..
*..ne touchent plus les corps.
*Les milieux homosexuels manifestent,
*..s'organisent et réclament l'aide..
*..du ministère de la Santé.
*D'autres groupes à risque apparaissent : les toxicomanes...
Bruit des tronçonneuses.
...
Coups de klaxon.
...
-Oh !
*-Shériff, tu me reconnais pas ?
-Ca fait un bail !
Qu'est-ce que tu fous là ? -Pas de nouvelles du 230.
-Il ne veut voir personne.
-Je sais, tu m'as déjà dit. Mais bon, j'ai envie de vérifier.
-Je t'assure, hein ! Je lui ai dit de rappeler l'inspecteur.
-Il aura juste oublié. -C'est pas mes oignons.
-T'arrêtes ton cirque ! Je te demande gentiment..
..de lever la barrière ! -Si on sonne chez toi,
..t'es pas obligé d'ouvrir. -D'accord. Tu obéis ?
-Je comprends pas. Tu as un mandat ?
-Un mandat !
Shériff ! On n'est pas en Amérique !
-Tu te crois tout permis ?
-OK, si tu le prends sur ce ton...
...
-C'est toi, Shériff ?
-Non, c'est moi. -Barre-toi, Mehdi !
-Tu crois pas que ce serait bien qu'on discute un peu tous les 2 ?
-J'ai rien à te dire !
-Comment tu fais pour vivre là-dedans ?
Je vais te faire un peu de ménage.
-Je passe ma vie aux chiottes.
J'ai des diarrhées.
Tu as vu ça ?
C'est une nouvelle maladie. Comme la lèpre ou la peste.
Je savais même pas que ça existait.
Et toi, tu en avais entendu parler ?
-Un peu, oui.
Une pute du bois de Vincennes. Une toxico.
-Oui. Elle est morte ?
Tu peux me le dire. C'est ce qui m'attend.
J'ai tout prévu.
Pour l'instant, ça va. Mais si je supporte plus, clac !
Ca me rassure d'avoir ça.
Je me dis que c'est quand même moi qui décide.
-Tu en as parlé à ta soeur ?
-Tu es fou ! Il n'y a qu'Adrien..
..qui est au courant.
-Et il t'a pas dit de me prévenir ?
Je suis quand même..
..le 1er concerné, non ?
Pourquoi tu m'as rien dit ?
Je t'ai appelé tous les jours.
Je croyais que tu avais rencontré quelqu'un.
-Je voulais pas que tu me voies comme ça.
-Ecoute...
je suis quand même ton ami.
Hein ? -Qu'est-ce que ça veut dire ?
Qu'est-ce qu'on peut faire ensemble, maintenant, tous les 2 ?
Tu as envie de moi ?
Vas-y !
-Je vais te faire une lessive. -Les slips sont pleins de merde.
-Ca me fait pas peur !
Regarde-moi ça !
Je vais t'acheter à bouffer. -C'est pas la peine.
Je verrai ça avec Shériff.
Par contre, tu peux me laisser un peu de fric, si tu veux.
Je veux pas que tu reviennes.
Ca me fait trop mal.
...
-Je croyais que tu consultais..
..à l'hôpital. -Ca dépend des patients.
Il y en a que je préfère voir ici. Plus confortable. Plus protégé.
Les gens adorent le luxe quand ils sont malades. Ca les rassure.
Tout le monde vit dans le mensonge, tu le sais.
-Ca commence bien. Tu me traites de menteur ?
-Tu mens à tout le monde. Tu es trop lâche pour t'en rendre compte.
-Tu me traites de lâche ? -Si tu avais du courage,
..tu dirais la vérité à Sarah. -Ne te mêle pas de ça.
Ou alors, si ça peut te soulager,
..annonce-lui toi-même. Dénonce-moi.
Tu me reproches quoi exactement ? D'avoir couché avec Manu ?
-Ce que t'as fait n'a pas de nom.
-Si. J'ai réussi où tu as échoué. C'est la vie.
-Non, c'est ta vie ! Une petite vie merdique avec un plan de réussite.
Mais ça te conduit où ? A niquer tout le monde ?
Tu respectes rien !
T'as épousé Sarah parce qu'elle vient d'un milieu friqué.
Tu couches avec des mecs mais tu craches sur les pédés.
-Je ne donne de leçons à personne !
T'as pas à me juger ! -T'avais pas le droit..
..de me prendre Manu. -Je ne t'ai rien pris du tout.
T'es malade.
Manu, il est pas à toi. T'es pas propriétaire.
-T'es un prédateur, Mehdi. Un petit revanchard qui veut tout bouffer.
-Très, très bien. Un prédateur !
Comme tous les gens de ma race ? -Arrête !
-Moi, je me démerde comme je peux.
-Epargne-moi le couplet social !
Au fait, pourquoi tu as pris rendez-vous ?
-Quoi, tu devines pas ?
Ca fait partie de ton éthique de pas prévenir..
..les amants de tes malades ? -C'est pas moi qui décide.
Si le patient refuse de prévenir ses partenaires, je ne peux rien.
-"Je ne peux rien" ! -Moi aussi, je respecte la loi !
-Je voudrais faire une prise de sang.
Les hôpitaux, les laboratoires, je me méfie.
-Comment ça ? Le dépistage est confidentiel.
-Oui, je sais.
Mais je voudrais que..
..tu t'en occupes.
-Assieds-toi.
Relève ta manche.
-J'aime pas ça, hein.
-Les gens ne le savent pas mais c'est la guerre.
On s'organise pour résister. On a monté un groupe de travail..
..avec des biologistes, des cliniciens, des épidémiologistes.
Et on a monté un centre d'accueil avec des conférences d'information.
Je crois que c'est mieux si tu regardes ailleurs.
Des notes de piano.
...
-C'est vous qui vouliez me voir ? -Oui. Je suis un ami de Manu.
Il m'a dit que vous répétiez ici... -Ne parlez pas trop fort.
-Excusez-moi.
Euh...
Voilà. Manu est à l'hôpital. Il va y rester quelques jours.
Et il souhaiterait vous voir.
-A l'hôpital ?
Il a eu un accident ? -Non, il est en observation.
-Je l'ai eu au téléphone il y a 2 jours, il allait bien.
-Il a menti pour ne pas vous inquiéter. Je suis le seul..
..à savoir. Je suis son médecin. -Il a quoi ?
-C'est trop long à expliquer.
Je vous propose qu'on dîne ensemble après votre travail.
Vous finissez à quelle heure ? -Pas avant minuit. Ca fait tard.
-Non, non, c'est pas un problème.
Ca fait combien de temps que vous ne l'avez pas vu ?
-3 mois. Je n'allais pas au camping pour ne pas le déranger.
Mais on s'appelle..
..tout le temps.
-Il a beaucoup changé.
-Je veux le voir ! -Vous le verrez demain !
Après la toilette et les soins. -Non ! Maintenant !
-A cette heure, les visites sont interdites.
-Tout le monde t'attend, là !
Piano et chant d'opéra.
...
-La théorie la plus sérieuse met en cause un rétrovirus.
Sa présence est révélée par des anticorps qui surgissent..
..en réaction à son entrée dans le sang par une coupure, un orifice.
Ces anticorps sont impuissants à protéger l'organisme.
Pourquoi ? On ne sait pas. On sait que le corps devient perméable..
..à une multitude d'infections qu'il savait combattre avant.
-C'est grave ?
-C'est sérieux.
Dans le cas de Manu, le virus s'est glissé dans le cerveau..
..à travers la barrière méningée.
-Ca se soigne comment ?
-On ne sait pas.
Tenez.
Il y a un article là-dessus.
-Oh, c'est toi.
Je m'étais endormi. Ca fait longtemps que tu es là ?
-Non, j'arrive.
-Je lui en fais voir, à Adrien.
Les infirmières aussi, je les fais chier. Je suis pas un cadeau.
Si au moins, c'était des mecs à poil, je saurais si je peux bander.
-C'est bon signe que tu penses à ça.
-Alors, ça y est, tu es une diva ? -Une diva, tu parles !
Barberine, dans "Les Noces", c'est un petit rôle. Une servante !
Mais j'en reviens pas d'avoir été choisie.
-Tu vas faire un malheur.
-J'aimerais que tu viennes à la 1re. Dans un mois.
-Tu rêves ! Je ne tiens pas debout.
-Adrien m'a dit que tu irais bientôt en convalescence chez lui.
-Convalescence, mon cul ! Adrien, c'est pas le Dr Miracle.
Tu te souviens..
..de cette chanson ?
Dr Miracle s'en va dans sa petite auto.
Dr Miracle s'en va, il ausculte aussitôt.
Et pour soigner la grippe ou bien le lumbago,
..il ne dit que : hou, hi, hou, ha, ha, ting, tang, houla, bing, bang.
Hou, hi, hou, ha, ha, ting tang, houlala, bing, bing.
...
-Attends. Attends. -Hein ?
-Putain, fait chier. -Quoi ?
-Attends. -Chut.
-Pourquoi ? Pourquoi ? -Chut.
-J'y arrive pas.
-Quoi ? -La capote, ça me fait débander.
-Pourquoi t'as mis ça ?
-C'est mieux de se protéger.
-C'est nouveau, cette idée ?
-Oui, c'est nouveau, oui.
-Tu es de plus en plus parano.
-J'ai fait un test.
Il vaut mieux pas qu'on baise tant que j'ai pas les résultats.
-Comment ça, un test ?
Il y a des raisons ? -Oui, il y a des raisons.
J'ai rencontré quelqu'un qui a chopé le virus.
J'ai la trouille.
Il faut que je sorte.
J'ai pas encore fermé l'oeil de la nuit.
-Et le petit ? -Pour une fois,
..c'est toi qui l'emmèneras à la crèche.
Moi, il faut que je bouge, sinon je vais péter les plombs.
Excuse-moi.
-Je voudrais voir le prof Dulac.
-Vous avez rendez-vous ? -Non mais c'est urgent.
-Il assiste à une réunion de l'AMG. -Je vais l'attendre.
-Ca risque d'être long. -C'est pas grave.
-Oui. Et le 1er semestre 84 a vu une reprise de la progression..
..après la stabilisation de fin 83. -Oui. 180 cas au 15 juillet.
Le tiers ayant été connu dans le 1er semestre 84.
Pour les 3 derniers mois, le rythme est de 3 à 4 cas par semaine.
On avance même le chiffre d'1 cas par jour.
-Serrez le poing.
Attention, je vous pique.
Pleurs de bébés.
...
-Qu'est-ce que tu fous là ? -Me parle pas sur ce ton !
-Tu sais bien que je viens le soir. -Je sais mais tu as vu..
..comment tu as filé, ce matin ? -Je me suis excusé.
Je peux recommencer. -Viens.
-Je l'amène chez mes parents.
On peut pas s'en occuper. -On doit parler.
-Je sais pas faire. Tu me connais. -Non, justement.
C'est Adrien qui m'a raconté.
J'aurais aimé que ce soit toi. -Moi aussi, j'aurais préféré.
Mais tu as vu, ce matin, j'y arrivais pas.
Au moins, comme ça, c'est fait. -C'est fait ?
-Et en attendant les résultats, je dormirai dans ma famille..
..ou chez un collègue. Enfin, je me débrouillerai.
Je te laisse rentrer à pied. C'est à côté.
Je vais pas t'imposer ma présence. J'ai fait assez de conneries.
-Je compte pas te faire de reproches.
-Oh, putain, j'ai honte.
...
-Tu m'as apporté ton manuscrit ?
-Mon manuscrit n'existe plus.
Mais je te rembourserai les à-valoir.
-Il faut pas s'arrêter. C'est pas un drame. Ca arrive, d'être bloqué.
-Je ne suis pas faite pour ça.
-Sarah, qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
T'as qu'à retourner au roman pour enfants.
Ca, tu sais faire.
-Ras le bol des livres pour enfants !
J'aime pas les enfants.
Maintenant, je le sais. -Ca parlait de quoi,
..ce que t'as détruit. -D'une femme..
..qui arrivait pas à aimer son enfant.
Il n'y avait pas d'homme. Elle vivait seule avec son bébé.
Elle n'avait pas d'argent. Elle essayait de survivre.
Elle parlait pas.
Elle était étrangère et ne parlait pas français.
-Ca se termine comment ?
-Elle le dépose sur une plage, en hiver, il n'y a personne.
La mer couvre les pleurs du bébé et la mère part en courant.
-Ben, dis donc ! C'est un crime, ton truc, là !
-Peut-être, oui.
...
-Ca a l'air d'aller mieux.
-Je fais mon testament.
-C'est quoi, cette idée ? -Je déconne.
Qu'est-ce que tu veux que je laisse ?
J'ai rien !
Ce serait bien que je raconte ma vie, non ?
Tout ce qui m'est arrivé.
J'aurai peut-être pas le temps. Il faut de la force pour écrire.
J'arrive à peine à..
..tenir le stylo. Je me fatigue vite.
Si j'avais un magnéto... -Je peux t'en trouver un.
Tu as toujours mal à la tête ? -Oui.
Et des fois, tout est flou. Je vois que d'un oeil.
Ton opération n'a servi à rien.
T'as vu ? -Fais voir.
-Ca recommence. Encore une verrue. Ca repousse, c'est le printemps !
J'étais pas fait pour mourir comme ça. J'ai jamais été malade.
Même à l'école quand je me battais.
Un petit bobo, ça passait tout de suite.
Une fois, je me suis fait tabasser. J'ai refusé qu'on me console.
-Tu vas manger pendant que c'est chaud.
Après, je t'emmène chez l'ophtalmo.
-C'est quoi, ce truc ?
-Daube provençale. C'est le plat du jour du traiteur.
-C'est des conneries. La daube provençale, c'est pas ça.
Je vais t'expliquer ce que c'est. Le secret, c'est le vinaigre.
Tu fais macérer les morceaux de sanglier..
..dans du vieux vinaigre de vin avec de l'oignon émincé.
Tu flambes avec du vin. Tu rajoutes du zeste d'orange..
..avec de l'ail et du thym. Et tu laisses cuire 2h à feu doux.
Ca n'a rien à voir avec cette merde !
Et j'ai pas faim. Il faut que j'aille aux chiottes.
-Attends. -Non, c'est bon. Arrête.
Tu me traites comme un bébé. Si ça continue, tu vas me torcher le cul.
-Adrien n'avait pas le temps de me voir. On s'appelait tous les jours.
Il travaillait sans relâche.
Trésorerie, expérimentation des traitements,
..soutien aux patients.
Il se battait sur tous les fronts. Son champ de bataille était vaste.
-A Djibouti, les filles qui sont positives se font zigouiller.
-Ici, la police vous protège. -Tu sors d'où, ma poule ?
Ils veulent coincer nos fiancés. Le reste, ils s'en foutent.
Manu t'a rien dit ? -Il a juste parlé de ton travail.
-Et tu m'as convoquée ?
-Ecoute, il s'agit de sauver ta peau. T'as pas l'air de réaliser !
Tiens, lis ça. Ca sort juste.
T'es la 1re lectrice.
-Qu'est-ce que ça veut dire : "prophylaxie" ?
-C'est l'ensemble des mesures destinées à empêcher..
..la propagation de la maladie.
Bon, je peux compter sur toi pour les distribuer ?
-Si tu crois que c'est utile. -Oui, ça s'adresse à vous.
Vous faites le plus vieux métier du monde.
-Et le plus beau. -Vous faites partie de la cité.
Vous avez des droits, non ?
-On nous parle pas comme ça, d'habitude.
Bruit d'une sirène.
...
-Mignon, le petit loup.
Un look un peu répression. Mais la maison veut ça...
-T'es resté discret, j'espère. -Oui, j'ai juste dit que..
..je venais pour l'h de la pipe. -Te pointe pas à la PJ !
-J'ai tes résultats.
Bonne nouvelle, tu es négatif.
-T'es sûr ? -On refera un test dans 3 mois.
Mais apparemment, tu as réussi à passer au travers.
-C'est le plus beau jour de ma vie. -Je l'ai dit à Sarah.
Elle m'a demandé de passer. C'est pour elle que je l'ai fait.
Allez, salut ! J'ai pas que ça à faire.
-Et Manu ? Comment il va ? -Ne compte pas sur moi..
..pour te donner de ses nouvelles.
Tu connais la brigade qui chasse les pédés..
..des lieux de rencontre ? -C'est de la vieille histoire.
-Certes, mais la police menace les bars.
Ils exigent de supprimer les "backrooms".
-Ca va se calmer. -Ca me console.
Merci du renseignement.
Donne mon numéro au colosse de l'entrée, on sait jamais.
Coup de sonnette.
...
-Pourquoi tu sonnes comme ça ? T'as pas tes clés ?
-Si, si mais... je...
Je voulais pas me pointer comme ça.
-T'es chez toi.
-Tu es sûre que je ne dérange pas. -Non.
Je dormais.
-Tu as fini ton bouquin ?
-Mon bouquin...
-J'ai pris ma journée. On se fait un resto, si ça te dit.
Maintenant, il n'y a plus de souci. Je parlerai de ce que tu voudras.
Je vois que t'as débranché le téléphone.
-Oui, je suis crevée, je...
j'arrête pas de dormir depuis que t'es parti.
-Je suis venu pour te demander si...
si tu voulais encore de moi.
-J'ai encore envie.
...
-J'en reviens pas que tu sois retournée avec lui. T'es maso.
-Possible. Mais on revient de loin. On est si heureux d'être vivants.
On en profite. -Comment ça ? Que faites-vous ?
-On s'envoie en l'air. On n'arrête pas.
-C'est pas original comme réaction.
Ca te gêne pas..
..qu'il couche avec des garçons ? -On n'a jamais été fidèles.
Alors, homme ou femme, j'ai pas de préjugés.
Du moment que je gagne. -Je ne veux plus le voir.
-C'est toi qui en a parlé. -J'ai eu tort.
Tu as choisi ton camp. Pas sûr qu'on reste amis.
-Ca va pas de dire un truc pareil ! -C'est vrai.
On ne vit pas dans le même monde.
Toi, tu roucoules. Moi, je me bats. -Je vais te montrer que c'est faux.
Moi aussi, j'ai eu peur du passé.
Tiens. Tu rempliras l'ordre. J'ai pas su quoi mettre.
-Mets association AIDES.
-AIDE ? -Oui, au pluriel.
C'est récent. Ca date du 4 décembre.
C'est chiant mais on peut compter que sur les dons et le bénévolat.
Merci.
-Et Manu ? Comment il va ?
-Toxoplasmose rétinienne.
Il continue d'enregistrer ses souvenirs sur mon magnéto.
Il est devenu agressif, cruel même. C'est bon signe.
-Attends.
J'ai un dictaphone miniature.
Ce sera plus pratique que ton vieux machin ! Tiens, regarde.
-Pour son dernier No l, je vais faire un dîner avec sa soeur.
Tu n'as qu'à venir, si tu veux.
Tu lui donneras toi-même.
-Ca se passe très bien. On refuse du monde tous les soirs.
-La journée, vous faites quoi ? -Je donne des cours de chant.
Mais je n'avance pas..
..avec mes élèves. Ils débutent, ils manquent de rigueur.
-Vous leur apprenez quoi ?
-Les bases ! Les voyelles, par exemple.
Prenez A, E, I, O, U. Trouver le bon espace..
..dans la bouche pour que ça sorte, c'est déjà un gros travail.
-C'est de l'art.
-Mais non, c'est pas de l'art !
C'est du sport. La voix, c'est un muscle.
Excusez-moi, il faut que je parte. Je dois être au maquillage à 20h.
Allez, à demain.
Je passe vers midi ? -Oui.
Joyeux No l, ma vieille branche.
-Joyeux No l à tout le monde.
Merci.
-Attendez ! Je vais vous déposer. -Non, c'est pas la peine.
-Ne faites pas de manières !
-Merci pour le dictaphone.
Ca me fait drôle de raconter ma vie.
J'en suis encore qu'au début. Je ne sais pas si c'est intéressant.
Adrien vous passera les cassettes. Vous en ferez ce que voudrez.
Au moins, j'aurais laissé quelque chose à quelqu'un.
Ca vous donnera peut-être l'idée d'un roman !
Je vous fais peur ?
-Non. Pourquoi ?
-J'espère que vous ne m'en voulez pas.
Restez pas là. Si je ne vous fais pas peur, venez.
J'ai toujours froid.
Je deviens une vraie chochotte. -Vous voulez une couverture ?
-Non, non, ça va. Restez près de moi.
Embrassez-moi.
-Je n'ai pas compris pourquoi il me demandait ça. Mais je l'ai fait.
J'ai su alors que je recommencerai à écrire..
..et que j'irai jusqu'au bout.
-C'est Mehdi, je peux monter ? *-Non.
-Putain !
*-Je descends !
-Pourquoi je peux pas voir Manu ? -C'est lui qui décide. Pas moi.
-Et pourquoi j'étais interdit de visite quand il était hospitalisé ?
-Pour la même raison. Je vais pas le forcer ! Pardon, je suis pressé.
-Tu as réussi ton coup. Tu peux en faire ce que tu veux.
Personne ne te l'enlèvera. -Je le soigne, je l'accompagne.
-Tu es une araignée.
Et tu joues les saints. -T'es remonté.
-Tu profites d'un gosse qui crève. Ca te donne bonne conscience.
Sarah te trouve admirable. Tu milites à fond !
Tu deviens un héros ! Bravo ! Mais c'est la mort qui te fait bander.
Parce que la vie te rend trouillard.
-Ah, oui ? Je t'ai vu avoir peur aussi. Au moment du test.
T'as oublié ? -J'avais peur de perdre la vie.
Je suis dans la vie. Pas toi. -Tu crois qu'il suffit de baiser..
..pour ça ? C'est bête. -Ca te ferait du bien.
-Peut-être.
Mais Manu ne veut plus te voir parce que vous avez juste baisé.
Vous n'avez rien vécu d'autre. Il préfère que tu gardes..
..une belle image de lui. Mais avec moi, c'est pas son physique..
..qui compte. -Non, c'est son âme !
Tu me fais marrer. -Bah, marre-toi !
Oh, et puis, tu me fais chier, tiens !
-Adrien ! C'est quand même normal que je veuille le voir..
..une dernière fois. -Ca va le perturber.
-Tu as dit que j'étais là ? -Non, il dort.
-Laisse-moi le voir. Je ne lui dirai rien. S'il te plaît.
-Non, Mehdi, il a confiance en moi. Je ne peux pas.
Allez, ne reste pas là. Ca ne sert à rien.
...
-C'est entre Dracula et Frankenstein, non ?
-De jour, ça ferait peur. La nuit, ça va.
-Alors, je ne sortirai plus que la nuit, comme les vampires.
C'est normal que je ne voie presque rien ?
-Oui, c'est normal. T'as pas envie d'entendre ta soeur ?
On peut y être pour le début du 4e acte. Elle serait contente.
-Non. Moi, l'opéra... -C'est ta soeur, quand même !
Vous vous aimez beaucoup. -C'est pour ça..
..que je ne veux pas y aller. Ca me ferait pleurer.
Et en plus, mon maquillage coulerait..
Voix des visites guidées.
...
Ici, au moins, je vois des lumières.
...
-Il n'y a personne.
C'est pas la saison. -Si, si. Ils sont là.
Je ne les vois pas mais je les entends.
-Fais attention, il y a une branche.
Tu es sûr que tu veux y aller ? -Oui, j'ai envie.
J'ai pris des capotes mais je ne bande plus.
-Ca ne sert à rien qu'on soit là. Viens, on rentre.
-Même si ça ne sert à rien...
il faut que j'y aille, Adrien.
Brouhaha de plus en plus intense.
...
-A la demande de Manu,
..Adrien avait atténué ses souffrances..
..en augmentant les somnifères.
Il avait réglé les papiers..
..et pris en charge le transport du corps en Ariège.
Le voyage et les obsèques ne devaient durer qu'une journée.
Julie devait être à Paris le soir-même pour chanter.
...
Ils ouvrent la camionnette et s'affairent.
...
-Vous n'avez pas froid ?
Vous seriez mieux dedans. -Non, ça va.
-Prenez des biscuits, au moins. -Merci.
-Vous ne pouvez vraiment pas rester déjeuner ?
Une omelette, c'est vite fait. -On n'a pas le temps, maman.
-C'est son père ? -Oui.
C'était en Algérie. A Constantine, il était notaire. Il rédigeait..
..les actes en arabe et français. -Il était musulman ?
-Oui.
Il avait de l'instruction. Une licence de droit.
Il avait été élu..
..sénateur. Il pensait..
..qu'on pouvait changer les choses. Il l'a payé de sa vie.
-C'était la guerre.
N'en parlons plus ! -On a dit que c'était un renégat !
-Arrête, maman !
-Je t'ai préparé du miel. Je vais le chercher.
Je vous laisse.
-J'ai pas de photo de Manu.
J'aurais dû en prendre une quand il était vivant. Je n'y ai pas pensé.
-Vous voulez laquelle ?
-Celle-là.
On le reconnaît bien.
C'est où ?
-A Lyon.
Il devait avoir 17 ans.
C'est l'année où il a commencé l'école hôtelière.
Dis, ça t'embête si je prends cette photo ?
-Mais non, voyons. Tu sais, maintenant, ici, tout est à toi.
-Vous avez le temps de vous préparer.
...
-Je tenais à vous remercier. -Non, non, non, je vous en prie.
-J'avais peur pour ma voix à cause du froid.
Je n'arrivais pas à penser à Manu. -Filez, vous allez être en retard.
Musique classique.
...
Chant mélancolique en italien.
...
Elle tape à la machine.
Coup de sonnette.
... -Oui !
-Tu fais chier, Sarah !
T'as pas à t'enfermer comme ça. -Ca m'aide pour écrire.
-Oui, oui. -J'ai besoin de me couper du monde.
-J'ai pris de la dinde et des petits pois. Ca te va ?
-Je peux t'aider ? -Non. Je m'en occupe. Tiens.
-Tu as vu le petiot, aujourd'hui ? -Oui. Ca va mais mes parents..
..vont pas le garder 10 ans.
-J'espère finir avant !
J'avance bien en ce moment.
On peut parler de Manu ?
Pourquoi tu dis rien ?
-Ne me torture pas avec ça. On ferait mieux d'essayer d'oublier.
Tu ne crois pas ? -Non, je ne crois pas.
-Qu'est-ce que tu veux savoir ?
-Bah, par exemple, si ça a été le coup de foudre dès que tu l'as vu.
-Mais non, pas du tout. C'est...
C'est quand je l'ai ramené sur la plage.
J'étais le 1er surpris. J'étais obligé de le serrer contre moi.
Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.
J'ai pensé : "J'ai qu'à le lâcher.
"Il faut que j'arrête de bander. J'ai qu'à le laisser couler."
Tu as d'autres questions ?
Pourquoi tu planques tes papiers ?
D'habitude, tu laisses tout traîner.
Dans ce que tu écris, tu parles de Manu et moi.
-Pourquoi tu demandes ça ? -Je te demande.
-Oui. Mais bon,
..c'est pas le centre. Le centre se déplace, comme dans la vie.
-T'as pas le droit de faire ça. -J'ai changé les noms.
-C'est une vengeance ? -Non, un témoignage.
-Un témoignage de quoi ? -De son passage parmi nous.
-Ce que tu fais, c'est un viol. Un viol, c'est pire qu'un délit.
C'est un crime. -Bon, on n'est pas au commissariat.
-Pourquoi tu fais ça, bordel !
Tu réalises que t'es en train de me faire un enfant dans le dos ?
Que fais-tu ? -Si ça te gêne,
..on peut se séparer.
-T'es sérieuse ? -Oui, je vais à Marseille,
..chez ma mère, je serai au calme. -C'est quoi, cette histoire ?
-Je déteste me disputer.
Et je vois bien que c'est ce que tu cherches.
-D'habitude, tu me forces à parler. Là, tu te casses.
-Je serai mieux pour bosser. -Mieux sans moi !
-J'écris mieux sans toi.
Je reviendrai quand j'aurai fini. -Et si je ne suis pas d'accord ?
Je ne veux pas que tu écrives ça. -Te fatigue pas, je ne cèderai pas.
Tu plantes en plein hiver ? -Pour les arbustes,
..c'est la bonne saison.
Les genêts, c'est bien, non ?
J'avais aussi pensé à des mimosas mais c'est tellement fragile.
Si ça te gêne que je sois là,
..je peux te laisser la maison. C'est comme tu préfères.
-Oui, c'est peut-être mieux que je sois seule pour écrire.
-C'est toi qui décides.
-Je voudrais que..
..tu me parles de ma naissance.
Est-ce que tu m'as désirée ?
Est-ce que tu m'as aimée tout de suite ? Et...
-L'accouchement a été pénible.
J'étais épuisée par la canicule.
Tout de suite, tu as eu une grosse fièvre avec beaucoup de diarrhées.
Tu ressemblais..
..à un petit squelette avec le nez tout rouge.
Je ne sais pas pourquoi, tu refusais d'ouvrir les yeux.
Puis, très vite, je n'ai plus eu de lait.
Ton père était inquiet, le médecin aussi.
J'ai cru que j'allais devenir folle.
Et puis, tu vois, tu es là !
C'est un miracle d'être vivant.
C'est toi qui m'as appris ça.
*-Le plus dur quand on est pédé,
*..c'est le risque qu'on prend en cherchant quelqu'un à aimer.
*N'importe quel crétin fait la différence entre homme et femme.
*Nous, on est obligés de tourner autour d'un inconnu qui nous plaît.
*On a peur de se tromper..
*..et qu'on nous crache à la gueule..
*..ou qu'on raconte à tout le monde qu'on est une pédale.
*Pour le sexe, on se contente..
*..d'endroits où c'est facile d'en trouver.
*Pour ne pas faire de mauvaises rencontres, on va là où on sait..
*..que les gens sont comme nous.
*Jardins publics, toilettes, saunas, bars.
*Mehdi a été l'exception.
*C'est pour ça que je l'ai aimé plus que les autres.
*Est-ce que lui m'a aimé ? Je ne sais pas !
-Putain !
Y'en a un qui s'barre !
-Reste là.
-202, c'est bon. Police, ouvrez !
Police ! Ouvrez !
Vas-y, allez.
Des cris.
...
209, c'est bon.
Police ! Ouvrez ! Des cris.
Ouvrez !
...
-Police !
-Préparez vos affaires, on ferme l'hôtel.
-Tu t'habilles, on t'embarque ! -T'as un mandat, connard ?
-Pas besoin. Habille-toi. Vite ! -Ca va !
Tu me lâches !
-Donne-moi ton nom. -Minoti.
-Il est là, regarde. Regarde. -Tiens. "André Voisin".
C'est un proxénète notoire. Oh !
Il était dans ton hôtel du 17 au 24.
-"Voisin". Là aussi, pareil. -Il est encore là.
Elle chantonne.
...
-On avait le patron dans le collimateur.
L'objectif, c'est de démanteler un réseau.
-Vous auriez pu..
..me prévenir. -J'ai essayé. Au camping.
Je pouvais pas prendre de risque. C'est dur de tenir sa langue.
Vous avez peut-être des amis dans la racaille.
Manu connaissait Sandra. Vous auriez pu les aider..
..en croyant bien faire. Je vais vous trouver un hôtel.
-Je ne veux pas rester à Paris. Je veux aller à Munich.
Il y a du travail pour les chanteurs français.
Et ici, je vois Manu partout. -A Munich, vous n'y penserez plus ?
-Si, bien sûr. Mais ce sera quand même une vie nouvelle.
-C'est pas bien, les coups de tête. -C'en n'est pas un.
Je veux tenter ma chance à l'étranger.
Maintenant qu'il n'est plus là, je vais vivre pour 2.
-Vous n'allez pas partir tout de suite.
Rien ne vous retient ?
-Non. Pas de famille, pas de vie de couple.
Je crois que je ne suis pas faite pour ça.
Je vais juste écrire une lettre à Adrien, l'ami de mon frère.
-Adrien...
Que pensez-vous de lui ?
-Bah... J'aime les hommes élégants et solitaires.
Je le trouve très attirant.
Ne vous sentez pas obligé de me tenir compagnie.
-De toute façon, j'ai rien à faire. Je reprends le travail à midi.
D'habitude, je rentre dormir un peu mais j'ai pas sommeil.
-Depuis la lointaine époque des rendez-vous avec Manu,
..Mehdi n'avait pas repris les commandes d'un avion.
La vie humaine en oiseau lui paraissait de nouveau possible.
La présence de Julie lui donnait des ailes.
Il avait envie de monter, descendre et traverser les nuages.
Julie l'entraînait..
..dans son rire enfantin.
Personne sur la Terre ne pouvait voir qu'ils devenaient des anges.
Elle disait :
.."J'aime le ciel."
-Salut.
Moi, c'est Steve. -Steve ?
Les prénoms yankees, je trouve ça tarte. Excusez-moi !
-Je suis de New York, monsieur.
-Je n'avais pas remarqué votre accent.
-Un compagnon français m'a donné des cours.
Mais je préfère parler anglais ou italien.
-Vous voyez, ça se passe ici.
-Ah, oui, oui, oui.
-Ah, non !
Nous protestons car on cherche..
..à réduire l'histoire du sida..
..à celle d'un virus exotique..
..introduit dans le monde occidental.
Aux USA, les Ha tiens sont carrément visés.
Entre les homosexuels et les drogués,
..l'opprobre est maximale.
Des boat people sont incarcérés.
Demain, je parlerai du casse-tête du sang.
Quels produits sanguins sont en cause..
..et la question des fractions anti-hémophilie. Merci.
-T'as le temps de prendre un café ? -Non, j'ai rendez-vous à Fresnes.
On doit établir un suivi médical des toxicos..
..à la sortie de prison. -Je t'accompagne à la voiture.
-Si tu veux. -Je voudrais que tu lises..
..mon manuscrit. -J'ai pas 1 mn.
-J'attendrai !
-Ca ne servira à rien. -Si !
Il faudra faire des corrections.
Et tu connaissais mieux Manu. -Tu écris ce que tu veux.
Tu l'as montré à Mehdi ? -Oui, ça a été dur.
-Tu arrives toujours à tes fins. -Oui, bah, pas avec toi.
C'est vrai, depuis que Manu est mort, j'ai perdu ton amitié.
Tu m'évites. -C'est un reproche ?
-Non, Adrien. Tu me manques.
-Hétéros et pédés..
..ne sont peut-être pas faits pour vivre ensemble.
-T'es fou de penser ça ! -Non, c'est le monde qui est fou.
-Ton filleul va avoir un an. -Je sais. Le 21 juin.
Je n'ai pas perdu la mémoire. -Tu viendras à l'anniversaire ?
-On verra. Ne me force pas, Sarah. -Je ne te force pas.
-Je ne peux pas te déposer, je ne suis pas tout seul.
-Alors, j'y vais.
-Sarah !
Tu as oublié de me donner ton manuscrit.
J'ai pas été trop long ? -J'ai tout mon temps.
Un hélicoptère démarre.
...
-Adrien n'avait pas envie de lire mon livre..
..et de se replonger dans une évocation de Manu.
Ce n'était pas le moment.
Il était dans un autre temps, celui d'une belle rencontre.
Car les humains ne possèdent pas un âge fixe. Ils savent rajeunir.
Adrien flottait dans un fleuve dont le niveau changeait constamment..
..et le mettait à la portée tantôt d'une époque, tantôt d'une autre.
Steve parle italien puis espagnol.
-Tu parles combien de langues ?
En anglais.
-Si je vivais longtemps à l'étranger, je ne me sentirais..
..plus chez moi nulle part.
Coup de klaxon.
-Bonjour ! -Bonjour.
Je te présente Steve... -Hou !
-Je ne suis pas un cabri. -Bonjour.
-Bonjour.
-Vous êtes américain ? -Oui. Et canadien par mon père.
Je suis né en Australie. -Steve est un grand voyageur.
Attention !
-Tu m'aides à allumer la bougie ?
-Il s'appelle comment ? -Justin.
-Ah ! -Je t'avais dit.
Je ne suis pas spécialiste. -Attends. Je pose le verre.
-Mets-les comme ça.
-Tu peux m'aider ? -Oui, j'arrive.
Tiens, Steve, vas-y, continue.
-Tiens, donne ça à Steve.
Il faudra profiter du bateau parce que ma mère l'a mis en vente.
C'est le dernier été. -Ah, bon.
Tiens. Voilà. -Allez.
-Voilà. A toi ! A tes un an. -A Justin !
-A Justin ! -Bon anniversaire !
-Vous restez longtemps en France ? -8 jours.
-Et après ? -New York or Vancouver.
-Adrien sait que vous allez repartir ?
-Tu sais que Sandra est positive ? -Oui, je sais.
-Vous n'allez pas..
..la laisser crever en prison ? -On s'en occupe.
-Tu parles ! -Tu sais bien..
..que ça ne dépend pas de moi.
Tu ne crois pas qu'on devrait faire la paix ?
-Je ne sais pas si c'est possible. -On pourrait quand même essayer.
Musique d'opéra très rythmée.
...
Sous-titrage MFP.
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