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Le r�alisateur Stanley Kubrick est d�c�d� � l'�ge de 70 ans.
Kubrick, un Am�ricain, a d�but� sa carri�re � Hollywood,
o� il a r�alis� Spartacus.
Il a d�m�nag� en Angleterre, o� il a tourn� Lolita,
Orange m�canique, 2001, l'Odyss�e de l'espace,
et Shining.
Stanley Kubrick �tait vu comme l'un des plus grands
et plus controvers�s ma�tres du cin�ma.
Il venait de terminer ce qui sera son dernier film, Eyes Wide Shut,
qu'il a mis cinq ans � faire.
Stanley Kubrick �tait surnomm� le Howard Hughes du cin�ma
car il vivait reclus.
Pour moi, c'est le Frank Sinatra du cin�ma.
Car il faisait ce qui lui chantait.
N'importe quel film de Kubrick peut vous r�g�n�rer.
Ce r�alisateur, en 40 ans, n'a r�alis� que 13 films.
Mais chacun d'entre eux �tait un �v�nement.
Ce r�alisateur a fait le meilleur p�plum,
le meilleur film de science-fiction,
le meilleur film de violences urbaines,
le meilleur film d'horreur,
le meilleur film sur la guerre du Vietnam.
Kubrick est un innovateur
qui repousse les limites du possible
dans un film, ce qui est rare.
Il est aussi myst�rieux, et refuse qu'on le regarde travailler.
Il n'�tait pas celui que l'on d�peint dans les journaux.
Lui-m�me disait : "C'est dur. Comment se d�fendre ?
Dois-je �crire un article, 'Cher public, je suis charmant' ?"
C'est plus dur qu'il n'y para�t.
Il ne va pas sur les plateaux t�l�, il donne rarement des interviews.
Cette premi�re question portera sur les interviews.
Vous �tes de plus en plus r�ticent � parler de vos films.
Je n'ai jamais trouv� �a important, ni m�me possible,
de parler de l'esth�tique de mes propres films.
Je n'aime pas particuli�rement �a.
Je me sens toujours oblig� de faire
un r�sum� subtil et remarquable sur l'intention du film.
Dr Folamour aborde le th�me d'une guerre nucl�aire.
2001, celui de l'intelligence extraterrestre.
Orange m�canique, celui de la violence.
Ou des futures structures sociales.
J'ignore ce qui m'a pouss� � faire ces films.
Mon m�canisme de pens�e
est complexe � d�finir,
en termes d'histoires � adapter en film.
Au final, �a devient une chose ind�finissable,
comme de savoir pourquoi telle ou telle fille est attirante,
ou pourquoi on se marie.
C'est aussi difficile pour vous de vous analyser
quand quelqu'un d'autre cr�� le contenu.
C'est plus dur de d�terminer ce qui vous pousse � faire un film
quand vous ne l'avez pas �crit.
Le choix du sujet est tr�s personnel
car vous choisissez un livre parmi des milliers.
Vous devenez l'auteur, en quelque sorte.
Si quelqu'un d'autre a �crit l'histoire,
vous avez la premi�re grande impression
qu'on ne ressent qu'une fois lors d'une premi�re lecture.
On ne peut plus la ressentir ensuite.
L'opinion qu'on a du r�cit, l'enthousiasme,
l'�motion que vous procure l'histoire
est un sentiment qu'on ne ressent pas
si on l'a �crite.
Il est de notori�t�
que vous aimez accumuler les infos, faire des recherches.
C'est exaltant pour vous, tel un reporter ou un d�tective,
C'est un peu comme un d�tective qui cherche des indices.
Pour Barry Lyndon, j'ai cr�� un dossier d'images,
avec des milliers de dessins et de peintures.
Je pense avoir d�truit tous les livres d'art en librairie,
en d�chirant les pages et en les triant.
Mais les costumes sont des reproductions de peintures.
Aucun d'eux n'a �t� imagin�.
C'est futile d'avoir un costumier qui a une id�e du XVIIIe si�cle,
d'apr�s ses souvenirs d'�cole d'art, ou de photos.
Pensez-vous que plus l'illusion fonctionne
plus le film est r�aliste?
Le cin�ma doit-il �tre extr�mement r�aliste
pour cr�er l'illusion ?
Je suis attir� par ce qui offre
des possibilit�s visuelles int�ressantes,
mais �a n'est pas la seule raison.
Et dans une histoire, une partie du probl�me
est de vous faire croire en ce que vous voyez.
Il faut que l'atmosph�re soit r�aliste,
surtout si ce n'est pas un film contemporain.
C'est indispensable, comme point de d�part.
D'o� votre id�e de tourner en lumi�re naturelle ?
�a m'a toujours d�rang� dans les films d'�poques.
C'est la lumi�re qui semble fausse.
C'�tait un film diff�rent des autres,
en terme de photographie.
De nombreuses sc�nes �taient �clair�es � la bougie,
et film�es avec une installation que Stanley Kubrick avait trouv�e
et qui n'avait jamais servi auparavant.
Ce fut une exp�rience unique.
Et ce fut aussi assez �prouvant.
Parfois, on ne pouvait pas bouger d'un pouce.
Certaines fois, on passait la journ�e � se faire �clairer.
Litt�ralement.
Samuel, je sors prendre l'air.
S'y conna�tre en �clairage, en objectif et en composition,
vous aide en tant que r�alisateur.
Je me souviens, quand je faisais Spartacus,
le cameraman, Russ Metty,
trouvait �a dr�le que je visualise le cadre avec un viseur de champ.
Il me disait :
"On filme dans cette direction. C'est un plan Am�ricain.
Va r�p�ter avec les acteurs,
� ton retour, on aura tout pr�par�."
Il ne voyait pas pourquoi je perdais mon temps � faire la composition.
La photographie fut une 1re �tape pour r�aliser un film.
Comment faire son film sans s'y conna�tre en photographie ?
Quel genre de photo preniez-vous ?
Il y a cette c�l�bre photo du vendeur de journaux.
C'�tait du photojournalisme en lumi�re naturelle.
Dans la rue, comme Cartier-Bresson ?
Malheureusement, Look ne traitait que des histoires grand public,
les sujets �taient souvent idiots.
Par exemple : "Un athl�te est-il plus fort qu'un b�b� ?"
Et je devais mettre un gars dans la m�me position qu'un b�b�.
Ce genre de choses.
Les sujets �taient plut�t b�tes.
Je faisais parfois le portrait d'une personnalit�,
ou un sujet dans une universit�.
Quelques occasions de prendre des photos d�centes.
Vous avez travaill� quatre ans pour Look ?
Oui, environ. J'avais 20 ans.
Dans cette for�t, tout ce qui se passe
est hors du temps.
Seule la forme constante de la peur, du doute et de la mort
sont de notre monde.
Ces soldats sont les gardiens
de notre langue et de notre �poque.
Mais ils n'ont d'autre pays que l'esprit.
Vous avez d�but� en faisant un film amateur,
� 23 ans,
Fear and Desire,
autour de quatre soldats en patrouille.
Qu'y avait-il derri�re ce projet ?
C'�tait un sc�nario tr�s arrogant et d�sinvolte que j'avais �crit
avec un gar�on qui se prenait pour un po�te.
Nous pensions �tre des g�nies.
Nous �tions inexp�riment�s,
c'�tait sans relief,
c'�tait si pr�tentieux, que j'en ai tir� une le�on.
Au moins, c'�tait ambitieux, il y avait des id�es.
On peut dire qu'il y a une coh�rence dans mes autres films
car j'ai toujours voulu m'assurer
qu'ils n'�taient pas simplement un divertissement d�risoire.
Vos films donnent l'impression que le monde est une sc�ne
et qu'il est en guerre, car l'homme se bat en permanence.
Dans une fiction, il doit y avoir du conflit.
S'il n'y a pas de probl�me dans une histoire,
il n'y a pas d'histoire, par d�finition.
Combien de mariages heureux y a-t-il ?
Combien de beaux-p�res aiment leurs beaux-fils ?
Combien de beaux-fils aiment leurs beaux-p�res ?
Les gens qui ont de l'ambition
et qui sont cupides
atteignent-ils souvent un but satisfaisant ?
Caporal Barry.
Vous �tes un brave soldat. Vous venez d'une bonne famille.
Mais vous �tes paresseux, d�bauch� et vous n'avez aucun principe.
Vous avez nui aux hommes.
Malgr� vos talents et votre bravoure,
vous finirez mal, j'en suis s�r.
Barry Lyndon raconte l'ascension et la chute
d'un aventurier irlandais et disons-le d'un goujat,
qui devient un soldat, un d�serteur, un joueur, un duelliste,
et le mari d'une veuve tr�s riche.
Il y a une distance voulue entre le public et les personnages.
On assiste � leurs aventures et m�saventures
sans pour autant s'identifier � eux.
Cette approche est dangereuse, mais elle fonctionne.
Le rythme nonchalant du film fonctionne aussi.
Un rythme qui fait �cho au livre, et � la vie du XVIIIe si�cle.
Si vous vous attendez � un film d'action et d'aventures, oubliez.
Kubrick pose un regard critique
qui n'est ni romantique ni sentimental
sur la vie d'un jeune opportuniste malchanceux.
Certains spectateurs disent n'avoir aucune compassion
pour le personnage.
C'est impossible ne pas avoir de compassion pour lui.
Nous sommes conscients de ses faiblesses
et du pi�ge qui s'est referm� sur lui
� cause de ses ambitions.
Des limites de sa personnalit�
qui d�coulent du cynisme qu'il d�veloppe
dans ses premi�res relations.
Il en devient une personne tr�s limit�e.
Il n'est pas fait pour cette vie, non seulement socialement,
mais aussi psychologiquement.
Il s'enferme dans une cage dor�e.
Et � partir de l�, tout se d�grade.
Comment avez-vous choisi Ryan O'Neal pour le premier r�le ?
Je n'avais que lui en t�te.
Barry Lyndon doit �tre physiquement attirant.
Il ne pouvait �tre jou� par Al Pacino ou Jack Nicholson.
Il devait aussi pouvoir para�tre jeune au d�but
et moins jeune � la fin.
Et les acteurs ?
Comment les dirigez-vous ? Leur parlez-vous beaucoup ?
Ou les laissez-vous s'impr�gner du texte ?
Leur donnez-vous des explications ?
D'abord, on discute du personnage.
Puis de la sc�ne.
De l'attitude du personnage dans la sc�ne.
Puis vient l'instant terrible de la premi�re r�p�tition
� l'endroit o� nous tournerons.
C'est toujours une surprise. Jamais ce � quoi on s'attendait.
On doit souvent apporter des modifications au texte.
Ils doivent amener la sc�ne � un niveau r�aliste et int�ressant.
� partir de l�, �a devient relativement facile.
Jouer dans Orange m�canique a �t� une exp�rience extraordinaire.
Le tournage a �t� tr�s long et laborieux.
�a a pris sept mois.
J'ai �t� bless� deux fois sur le tournage.
Je me suis enfonc� des c�tes.
J'ai �t� arr�t� deux semaines.
J'ai eu une amygdalite.
�a a �t� d�sastreux, au point de vue de ma sant�.
J'ai eu des �gratignures aux corn�es.
Mais cela �tant dit, �a en valait la peine.
Si Stanley vous fait confiance,
si c'est le cas, aucun souci.
Dans le cas contraire, m�fiez-vous.
�coutez-moi attentivement.
La base est en �tat d'alerte rouge.
Avertissez toutes les unit�s.
Ce fut le pire tournage de ma vie.
Pas � cause Stanley.
C'�tait de ma faute.
Le 1er jour, j'ai tourn� � Shepperton.
J'avais beaucoup de jargon technique.
J'ai commenc� � travailler. Et j'ai fait n'importe quoi.
Ces clowns vont m'en faire baver.
Il a fait 38 prises.
Je ne sais pas si je pourrai supporter la torture.
J'�tais mauvais. De pire en pire.
Alors il a fait des inserts.
Une phrase � la fois.
C'�tait p�nible et embarrassant.
Et je voulais bien faire.
Je devrais r�pondre de mes actes.
Et j'ai dit : "D�sol�, je ne peux rien y faire."
Il a dit : "Je sais, moi non plus."
J'ai dit : "Je sais".
Il a dit : "Je vais te dire une chose, la peur dans tes yeux
nous donnera peut-�tre la qualit� recherch�e."
C'est un perfectionniste.
� un niveau indiscutable.
C'est diff�rent dans un film.
Quand on dit : "C'�tait comment ?" � l'op�rateur,
Stanley, lui, a son retour vid�o.
Toutes les raisons qu'il a pour dire qu'une prise n'est pas bonne,
c'est l'essence m�me du perfectionnisme.
On a parl� de la complexit� de la perfection.
Quand on en est � la 75e prise,
d'autres choses tournent mal.
La pellicule se d�croche.
Le chaos prend le dessus.
Et on ne rajeunit pas.
Cette qu�te est extraordinaire. Il n'abandonne jamais.
C'�tait pour une sc�ne avec une horde de soldats
de l'arm�e irlandaise, je crois.
Et nous avons utilis� des instruments authentiques.
Des fl�tes authentiques trouv�es dans des mus�es,
des tambours authentiques, etc.
C'�tait tr�s facile.
J'ai d�j� compos� de la musique avant-gardiste difficile � jouer.
L�, c'�tait un jeu d'enfants.
Nous avons fait 105 prises et la seconde prise �tait parfaite.
Les musiciens m'ont regard�, je les ai regard�s
comme si nous avions affaire � un fou.
105 prises !
J'ai fini par jeter ma baguette, je l'ai attrap� par le cou.
Je voulais le balancer par la fen�tre.
Tout le monde s'est mis � rire nerveusement.
Il a dit : "Tu es fou !"
J'ai dit : "Tu nous rends tous fous, c'est bien le probl�me."
R�aliser un film, si on le fait correctement,
n'est pas toujours une partie de plaisir.
Vous entrez en conflit avec les gens.
Si vous voulez bien faire et que �a vous tient � c�ur,
c'est ce qu'il y a de plus plaisant au monde.
C'est parfois tr�s gratifiant.
Mais c'est beaucoup de travail.
Il y a eu beaucoup de tension entre les gens.
Une analogie militaire correspondrait parfaitement.
Si Napol�on n'avait pas dirig� ses troupes de fa�on pr�cise,
il ne les aurait jamais men�es dans la bonne ville, le bon jour.
Il �tudiait toutes les options pour y parvenir.
Il faisait les calculs lui-m�me pour arriver au bon moment.
Sans �a, il n'aurait jamais �t� ce g�nie militaire.
Une bataille, c'est comme faire un film.
La clef de son succ�s en tant que r�alisateur,
c'est qu'il �tait le g�n�ral impitoyable
que tout le monde voulait suivre.
Qu'importe la situation,
il voulait que son �quipe adopte ses principes.
Il repr�sentait quelque chose pour nous.
Il vivait dans sa propri�t� d'Angleterre,
il �tait loin d'Hollywood,
il avait ses propres cam�ras, son mat�riel de montage et de son.
Et suivait son propre emploi du temps.
C'est une source d'inspiration,
quand tous les autres ne jurent que par les affaires et la publicit�.
Tu connais le nom de cette cam�ra ?
Arriflex.
Napol�on patiente toujours dans sa tombe qu'on le ressuscite.
Que penserait Napol�on
des producteurs Lew Wasserman et David Picker ?
Est-ce que �a lui plairait qu'ils jugent sa vie ?
Vous avez tourn� dans une usine d�saffect�e ?
Tout d'abord,
l'architecture dans les zones de combat
�tait du fonctionnalisme industriel des ann�es 30.
On a trouv� cet endroit par accident,
qui fait environ 1,5 km carr�s,
con�u par un architecte allemand dans les ann�es 30.
C'�tait la r�plique exacte des photos de Hue et Sa�gon.
De leurs banlieues.
�a tenait du miracle.
En y repensant, j'ignore comment et o� on aurait tourn�,
sans l'authenticit� de ce lieu.
� Hue, on n'aurait jamais pu obtenir cette vision de l'enfer
� laquelle Hue ressemblait.
J'ai fait d'�normes recherches,
j'avais des milliers de photographies
et autant d'images d'archives que possible.
Il y avait tant de documents sur le Vietnam.
Des images jamais tourn�es au cours d'autres guerres.
Des sc�nes o� des hommes meurent.
Visionner des centaines d'heures documentaires
vous en apprend bien plus
que si vous y �tiez sans avoir combattu.
D'o� vient le titre Full Metal Jacket ?
Full Metal Jacket est un type de balle,
dont l'ogive est recouverte de cuivre.
C'est con�u pour augmenter la fiabilit�.
On place la balle dans le magasin avec le chargeur
car c'est plus facile.
Je crois que la convention de Gen�ve a d�cr�t�
que c'�tait un type de balle plus humain
car le plomb se dilate habituellement
mais celle-ci fait un trou bien net.
Pensez-vous que le probl�me, avec les films de guerre,
est de maintenir le public � distance de la bataille,
pour ne pas qu'il subisse une exp�rience par procuration.
N'est-ce pas un probl�me �thique pour un r�alisateur ?
Quand on lit les m�moires des v�t�rans,
pour beaucoup, ce sont les plus beaux souvenirs de leur vie.
Il doit y avoir un aspect vraiment motivant
et litt�ralement spectaculaire.
La camaraderie, la loyaut�, le courage.
Avec le recul, ceux qui y ont pris part s'en �meuvent.
C'est avec une grande fiert� que je souligne l'excellent travail
fait par les soldats de cette unit�.
C'est avec joie que je vous dis :
bon travail !
Si la guerre et son ambigu�t� vous fascine,
votre point de vue sur la hi�rarchie n'est pas ambigu.
C'est le cas dans Dr Folamour, Les Sentiers de la Gloire,
ou bien dans ce film, avec l'instructeur militaire.
L'instructeur, dans ce film, est aussi na�f que ses recrues.
Il est programm� pour faire �a.
Tes parents ont eu des enfants viables ?
- Oui, chef. - Ils doivent le regretter.
T'es tellement laid que tu pourrais �tre une �uvre d'art moderne.
Lee Ermey �tait instructeur.
Il jouait son propre r�le.
Il �tait notre conseiller technique.
Et je cherchais un acteur pour ce r�le.
Quand on a commenc� le casting des recrues,
de Parris Island,
on s'�tait dit que Lee improviserait avec eux.
� l'origine, c'�tait pour voir leurs r�actions.
Et il a fait ce qu'il fait dans la sc�ne.
Le dialogue le plus bizarre et d�cal� qui soit.
Il a demand� son nom � un type qui a r�pondu "Lawrence".
Et il lui a dit...
Lawrence d'Arabie ?
Chef, non, chef !
On dirait un nom de roi, es-tu un roi ?
- Chef, non, chef. - Tu suces des queues ?
- Chef, non, chef. - Mon �il !
Tu pomperais une balle de golf par un tuyau d'arrosage.
Certes les instructeurs sont des acteurs,
mais Lee est particulier.
J'aime pas le nom "Lawrence".
Y a que les p�d�s et les marins qui s'appellent Lawrence.
- Tu seras "Grosse Baleine". - Chef, oui, chef.
Vous avez fait le Vietnam. Ce film est-il r�aliste ?
Oui. Quand quelqu'un m'engage comme conseiller technique,
�a me pla�t.
J'aime transmettre le r�alisme.
- C'est bon pour moi. - Pourquoi ?
C'est une bonne th�rapie.
Quand vous regardez, c'est dur pour vous ?
Vous n'aimez pas parler de votre exp�rience au Vietnam.
Ce n'est pas dur � regarder pour moi.
Car je sais que je ne suis pas directement impliqu�.
Je ne vois pas le visage d'un ami.
�a ne me pose aucun probl�me.
Mais c'est r�aliste.
Si vous prenez dix v�t�rans du Vietnam
et que vous les mettez face au probl�me,
vous aurez dix fa�ons de le r�soudre.
Qu'est-ce qui est r�el ?
L'une des caract�ristiques de cette guerre
est la fa�on dont la r�alit� de la guerre a �t� manipul�e
par les technocrates et les intellectuels � Washington.
Ils trouvaient toujours la lumi�re au bout du tunnel.
Ils encourageaient les hommes � mentir,
� exag�rer, � dissimuler les pertes.
Ces intellectuels � Washington �taient arrogants.
Ils menaient la guerre telle une campagne publicitaire.
Il y a eu beaucoup de morts et ils n'ont rien accompli.
Ils pensaient que les gens les soutiendraient.
Mais ils ont franchi la ligne rouge.
La presse et le public ont �t� choqu�s.
C'est un peu comme les g�n�raux dans Les Sentiers de la Gloire.
Mais c'�tait plus l'ambition des g�n�raux versus la vie des hommes.
J'ai ordonn� une attaque.
Vos troupes ont refus� d'attaquer.
Mes troupes ont attaqu� mais elles n'ont pu progresser.
Elles n'ont pas essay�, colonel. Je l'ai vu de mes yeux.
La moiti� est rest�e dans les tranch�es.
Un tiers de mes hommes �taient � terre, sous le feu de l'ennemi.
Ne pinaillez pas, colonel.
Une partie de vos hommes est rest�e dans les tranch�es.
Dix hommes de chacune des troupes de votre r�giment
seront jug�s pour l�chet�, et risqueront la peine de mort.
- La peine de mort ? - Pour l�chet�.
En joue.
Tirez !
Mais les Sentiers de la Gloire
n'a pas une philosophie si diff�rente.
La Premi�re Guerre mondiale �tait sans fondement.
Sans fondement.
La Premi�re Guerre mondiale a �t� un tournant majeur,
comme le Vietnam pour les Am�ricains.
C'�tait la premi�re fois que l'Am�rique perdait une guerre.
C'est un grand choc.
Je pense qu'en Am�rique,
on ne se bat pas parce que des intellectuels d�cident
que c'est la meilleure option.
On ne pourra plus forcer les Am�ricains � faire la guerre,
sauf si �a a vraiment du sens pour eux.
Jusqu'o� ira cet isolationnisme ?
Je l'ignore.
Mon colonel !
C'est quoi, ce badge, sur votre gilet ?
- Le symbole de la paix, colonel. - O� l'avez-vous eu ?
Je m'en souviens pas, colonel.
Qu'est-ce qui est �crit sur votre casque ?
"N� pour tuer", colonel.
"N� pour tuer", sur le casque et le symbole de la paix ?
C'est une blague ?
- Non, colonel. - Qu'est-ce que �a signifie ?
Matt joue sur la dualit� de l'homme, la dichotomie jungienne,
l'altruisme et la soci�t�,
contre la x�nophobie et l'agression.
Les gens ne voient pas leur c�t� obscur,
et tendent � externaliser le mal.
Chacun se voit toujours comme bon,
et voit les autres comme faibles ou mauvais.
Se confronter � sa part d'ombre pose toujours probl�me.
Dans le cas d'Alex,
il doit �tre conscient de sa dualit�
et de sa propre faiblesse pour �tre bon
ou �viter le pire, personnellement et socialement.
Quel crime avez-vous commis ?
L'homicide involontaire d'une personne.
Il a brutalement assassin� une femme, pour la d�valiser.
14 ans, monsieur.
Excellent.
Il est audacieux, agressif, extraverti,
jeune, impudent,
vicieux.
Il fera l'affaire.
Dans Orange m�canique, il est en conflit avec des gens
aussi mauvais que lui, mais diff�remment.
D'un point de vue �motionnel, ils semblent moins sympathiques.
Arr�tez ! Arr�tez ! Je vous en supplie !
C'est un p�ch� !
Que voulez-vous dire par l� ?
L'un des probl�mes sociaux les plus d�routants de nos jours
est "comment maintenir l'autorit� sans �tre r�pressif ?"
Il y a ce sentiment grandissant parmi les jeunes,
que la politique et les moyens l�gaux pour faire �voluer la soci�t�
sont trop lents et s�rement inutiles.
D'un autre c�t�, l'autorit� se sent menac�e par le terrorisme
et ce sentiment croissant d'anarchie.
La question est : "Comment trouver, si c'est encore possible,
un �quilibre ?"
La r�ponse n'est pas dans la vision optimiste tr�s utopique
visant � d�truire l'autorit� pour en tirer du bien.
Et ce n'est pas non plus en disant
que l'autorit� doit s'imposer par la force.
C'est un dilemme.
Le cin�ma Scala est jug� aujourd'hui,
pour violation du droit d'auteur
apr�s avoir projet� le film controvers� Orange m�canique.
Ce film est interdit en Angleterre depuis 20 ans,
� la demande du r�alisateur,
suite aux critiques l'accusant de valoriser la violence.
On voit plus de violence aux infos.
On voit plus de violence dans un film de John Wayne.
John Wayne tire et on se dit : "Ah, ce bon vieux John Wayne !
C'est le gentil, il a tu� le m�chant."
C'est une r�action �motionnelle.
Pour moi, c'est davantage une violence due � l'imagination.
De l'esprit.
Le film est tr�s important
car son message est sur la libert� de choisir.
Bien plus important
que ce qu'en a fait la presse � sensation.
Personne, � part ceux qui essayaient
de prouver qu'Orange m�canique �tait malveillant,
personne ne pouvait croire qu'on �tait du c�t� d'Alex,
Dans cette histoire,
on pr�sente Alex tel qu'il est.
En analysant le film,
vous ressentiriez de la compassion.
Mais comme c'est une satire,
et qu'une satire c'est dire l'oppos� de la v�rit�
comme si c'�tait la v�rit�,
aucune personne sens�e
ne penserait qu'Alex est le h�ros.
Ce qui m'a attir� dans le livre, c'est l'�trange dualit�
d'un personnage fonci�rement diabolique.
Mais comme il agit de mani�re inconsciente,
vous projetez votre personnalit�
et vous vous identifiez � lui.
Vous �tes plus attir� par les personnages diaboliques.
Je pensais � Milton, qui a �crit Le Paradis Perdu.
C'est bien plus int�ressant.
Mieux vaut r�gner en enfer que servir au paradis !
Comment voyez-vous le personnage dans ce film ?
Comment expliquez-vous son comportement ?
C'est tr�s ironique car il veut �crire et �tre cr�atif.
Il veut �tre libre, mais il est esclave de ses propres n�vroses.
On ne peut que donner des d�tails de la personnalit� de Jack.
Il est am�rement d��u par lui-m�me.
C'est un homme qui a beaucoup de rage.
Il est mari� � une femme qu'il m�prise.
Et il n'aime pas son fils.
Puis on le met dans une situation
o� il est expos� aux forces mal�fiques de l'h�tel.
On entre dans la partie surnaturelle de l'histoire.
Et les autres �l�ments servent � le pr�parer
� le rendre servile.
Piti� !
Dans cette histoire, la fa�on dont vous filmez
sugg�re la possibilit� que tout se passe dans sa t�te.
C'est ce qui est si ing�nieux
dans la fa�on dont le roman a �t� �crit.
On suppose, en lisant,
que ce qui arrive vient s�rement de son imagination.
Et �a vous permet de l'accepter.
Y a-t-il une interaction entre les esprits de l'h�tel et lui ?
Ce n'est pas qu'une projection de son esprit.
On peut l'interpr�ter ainsi ?
Pour moi, l'histoire est r�elle.
J'accepte, dans le cadre de l'histoire, que tout soit vrai.
Il y a trois labyrinthes, si je me souviens bien.
Il y a le vrai labyrinthe, il y a la maquette.
Mais il y a aussi l'h�tel qui symbolise cela.
Les h�tels sont aussi pleins de couloirs.
Cette id�e est extr�mement puissante.
Elle va avec la dimension imaginaire du film.
Je me souviens avoir lu
que le labyrinthe est la parfaite m�taphore
pour beaucoup de choses dans la vie,
et quelqu'un disait que dans un labyrinthe,
tout le monde se donne des conseils
et ce faisant, ils s'induisent en erreur.
Personne ne sait quoi faire.
Ils se donnent de mauvaises id�es.
Beaucoup de films de genre sont une fa�on de penser � la mort.
Sur le plan psychologique,
c'est une fa�on d'explorer les r�actions face � la mort.
Vos films donnent un sentiment de grand d�sespoir.
Si vous faites des suppositions sur la nature humaine,
et que vous construisez une situation sociale
sur de mauvaises suppositions,
et si vous supposez que l'homme est fondamentalement bon,
vous allez �tre d��u.
Notre mission, pour le film 2001, L'Odyss�e de l'espace,
est de montrer ce que nous d�velopperons dans le futur
apr�s avoir conquis l'espace.
La prochaine g�n�ration explorera les plan�tes.
Elle rapportera des connaissances, r�pondra aux questions.
Et s'en posera de nouvelles.
C'est la prochaine �tape dans l'�volution de l'humanit�.
Il y a un demi-si�cle,
Tsiolkovski, le pionnier de l'exploration spatiale a dit :
"La Terre est le berceau de l'humanit�,
mais on ne peut passer sa vie dans un berceau."
C'est vrai.
Et l�, parmi les �toiles,
se trouve la destin�e de l'humanit�.
L'esp�ce humaine n'a pas chang� depuis l'Homme de Cro-Magnon.
Du point de vue de l'�volution,
on ne changera gu�re d'ici 100 ou 200 ans.
Le probl�me critique pour notre survie
est d'arriver � le r�soudre bien avant 100 ou 200 ans :
d'o� viendra notre source d'intelligence ?
- Bonsoir, Dave. - �a va, Hal ?
Tout se d�roule bien. Et vous ?
- �a va. - Vous avez avanc� ?
- J'ai fait des croquis. - Je peux les voir ?
Bien s�r.
C'est tr�s r�ussi, vous avez fait des progr�s.
Quelque chose se produit aujourd'hui,
on pourrait parler de m�chaniarchie.
L'amour que nous avons pour les machines,
ce que nous ressentons pour une belle cam�ra ou un magn�tophone.
Il y a une esth�tique presque sensuelle qui s'en d�gage.
Conna�tre les sentiments humains
lui permettra de mieux nous comprendre.
Le 9 000 est l'ordinateur le plus fiable qui soit.
Aucun ordinateur 9 000 ne s'est jamais tromp�.
Nous sommes tous, par d�finition,
infaillibles et incapables de commettre une erreur.
Hal, malgr� votre intelligence,
�tes-vous parfois frustr� d'�tre d�pendant des hommes ?
Pas le moins du monde.
J'aime travailler avec les gens.
Nous avons besoin d'une source d'intelligence
d'une plus grande ampleur
que celle qui existe actuellement.
La survie de l'homme d�pend de l'intelligence artificielle.
Je ne vois pas pourquoi ce serait une perspective effrayante.
Pour moi, l'intelligence est une bonne chose.
En quoi l'intelligence artificielle serait-elle pire que l'homme ?
Ouvre les portes des lits, Hal.
D�sol�, Dave, je ne peux pas.
Quel est le probl�me ?
Vous le savez aussi bien que moi.
De quoi parles-tu ?
Cette mission est trop importante pour que je vous laisse la saboter.
J'ignore de quoi tu parles.
J'ai peur.
J'ai peur, Dave.
En ce moment, les probl�mes du monde subsistent
car l'homme n'est pas assez intelligent
pour se tirer du pi�ge dans lequel il se trouve.
Dave.
Je me sens partir.
Je le sens.
- Avez-vous de nouveaux projets ? - J'aimerais bien.
Et Schnitzler ? Vous ne voulez toujours pas faire ce Traumnovelle ?
Pas s�r, peut-�tre.
C'est int�ressant. Vous l'avez lu ?
C'est extraordinaire.
�a n'est pas une histoire sur le sexe.
Stanley n'a jamais dit que �a l'�tait.
C'est un thriller sur l'obsession sexuelle et la jalousie.
Il y a eu des rumeurs,
les histoires les plus folles ont circul�.
Ce n'est pas de la pornographie.
S'il l'avait voulu, il l'aurait fait.
Si vous saviez, vous, les hommes !
Ce que je sais, c'est que tu planes ce soir,
tu veux qu'on se dispute,
et tu essayes de me rendre jaloux.
Mais tu n'es pas du style jaloux ?
Non.
Tu n'as jamais �prouv� de la jalousie ?
Non.
Pourquoi n'as-tu jamais �t� jaloux ?
J'en sais rien, Alice. Peut-�tre parce que tu es ma femme.
La monogamie est-elle un �tat naturel ?
C'est un choix, je crois.
Si c'est un �tat naturel,
pourquoi d�sirons-nous d'autres personnes ?
Pensez-vous que chacun de nous
peut tomber dans la d�cadence,
ou dans le danger extr�me du d�sir ?
C'est en nous ?
Bien s�r, oui.
�tre honn�te � ce sujet, c'est autre chose.
Mais c'est en nous.
Lorsqu'une personne est follement amoureuse de quelqu'un
alors qu'elle ne le devrait pas,
�a tend � �tre physique.
Et la plupart des relations tragiquement masochistes
sont surtout dues � une attirance physique.
C'est ce que cette histoire raconte.
Cette partie primitive de votre esprit
est fascin�e par le c�t� myst�rieux de ce qui se passe.
�a fait partie d'un �norme fantasme,
le fantasme sexuel masculin.
L'histoire deviendrait impossible si on essayait de la rationaliser.
Vous �tes un innovateur,
et vous aimez essayer de nouvelles choses.
Mais vous �tes parfois soucieux des traditions.
Je pense que...
ce qui caract�rise les �checs artistiques du 20e si�cle,
toutes formes d'art confondues,
c'est l'obsession de l'originalit�.
L'innovation c'est savoir aller de l'avant,
sans abandonner la forme classique d'art
avec laquelle vous travaillez.
Mais je pense que le vrai changement arrivera
quand on lib�rera enfin la structure narrative.
Vous n'avez aucun pr�jug� envers le choix du sujet,
tout peut arriver.
Sans doute, mais je n'en suis pas conscient.
Une bonne histoire qui devient un bon film est un miracle.
C'est tr�s dur de faire des miracles.
Quelqu'un m'a envoy� un article sur Schnitzler,
il a eu une mort formidable.
Il �tait assis, il tapait � la machine,
quelqu'un �tait dans la pi�ce d'� c�t�,
il s'est lev� pour lui donner des feuilles
et il est tomb�. C'�tait fini.
Il n'�tait pas malade. Il travaillait et il est mort.
Je devais lui parler dimanche. Parfois, Stanley appelait la nuit.
Le t�l�phone a sonn�. C'�tait soit Nick, soit Stanley.
Les seuls � m'appeler la nuit.
C'�tait Leon.
Il a dit : "Tom, Stanley Kubrick...
est mort dans son sommeil."
J'ai pens� : "�a ne se peut pas."
Rendre la fin d'un film d�cevante
est une question de go�t ou d'�quilibre artistique.
On se confronte au choix de renforcer l'illusion,
ce que le m�lodrame facilite,
ou au choix de refl�ter ce que l'on per�oit de la vie.
Dans un m�lodrame, tous les probl�mes du monde,
tous les d�sastres arrivent aux protagonistes,
pour au final vous montrer que
le monde est un endroit bienveillant et juste.
Et chaque �preuve, chaque malheur,
renforcent cette croyance.
Mais la trag�die, ou l'honn�tet�,
qui tend � �tre plus r�aliste que le m�lodrame,
peut vous laisser avec un sentiment de d�sespoir.
La formule qui consiste
� vous montrer le monde sous un autre jour
n'a pas grand m�rite,
� moins de ne faire que du divertissement.
Merci beaucoup.
Adaptation : Sandrine Momon pour Temps Noir
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