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Original subtitles

"Lève-toi et prépare-toi, déterminé à partir

"Le point de rupture est atteint

"Ne reviens pas vers ta famille, ta patrie

"Car celui qui est libre Quitte le mal pour sa propre dignité"

Ali ibn al-Muqarrab al-Uyuni, XIIIe siècle

Je sais, je sais.

Je ne te donne pas tous les détails

parce que je sais que ça ferait beaucoup à encaisser.

Mais je suis sous le coup de nombreuses menaces.

20 janvier 2019

Trois mois après le meurtre de Jamal Khashoggi

Écoute, je vais t'envoyer une vidéo.

Tu l'effaceras tout de suite.

Cette vidéo montre quelque chose...

Elle montre...

Nous faisons quelque chose d'illégal.

Nous sommes en plein développement.

Non, je vais te dire, en fait...

Dieu nous pardonnera.

Les aspects religieux et humains, j'ai tout pris tout en compte.

Mais cette fois, c'est une question de vengeance.

Au début, je n'ai pas voulu croire

ce qui était arrivé à Jamal.

Le grand journaliste saoudien, collaborateur du Washington Post,

a disparu

au consulat de son pays à Istanbul.

Je savais que ce que je faisais était dangereux.

Je n'imaginais pas que ça coûterait la vie à quelqu'un.

Mardi, Jamal Khashoggi

est entré au consulat mais n'a pas été revu depuis.

Les autorités saoudiennes et turques

ont livré des versions divergentes

quant à l'emploi du temps de Khashoggi,

fervent détracteur de la politique du prince Mohammed ben Salmane.

Autrefois conseiller de la famille royale et de l'élite,

il s'est exilé aux USA

et critique ouvertement la politique de son gouvernement.

Il n'est pas question de m'arrêter.

Même pas un jour.

Quoi qu'il arrive dans cette histoire,

si on n'y arrive pas proprement,

j'emploierai d'autres moyens.

Les autorités turques pensent

que le célèbre journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été tué.

En Arabie Saoudite, avoir un avis, c'est un crime.

La mort de Jamal a tout changé.

Je m'appelle Omar Abdulaziz Alzahrani.

J'ai 27 ans.

Je viens d'Arabie Saoudite.

J'y suis né.

Mais je ne pourrai pas rentrer chez moi.

Jamais.

Je ne peux plus contacter ma famille, mes amis, mes parents, mes frères.

Depuis deux mois,

tous les jours, toutes les nuits,

je m'attends

à une mauvaise nouvelle.

Je viens de recevoir ça à l'instant.

Il y a trois minutes.

C'est anonyme, et ça dit :

"Sois prudent, quitte la ville pour une autre.

"N'utilise pas ton téléphone, essaie de changer de numéro

"une équipe va chercher à te tuer."

Ça vient de l'intérieur du Canada.

L'année dernière, j'ai travaillé avec Jamal à différents projets.

J'ai senti que Jamal voulait agir, nous aider.

J'ai cru en lui.

Mais il m'a prévenu.

Il a dit que ce type de travail pourrait me faire tuer.

Je voudrais prendre ma retraite. À 60 ans, je veux profiter de la vie.

Le gouvernement me traite comme si j'avais tué le Roi,

comme si j'étais un traitre.

Après sa mort,

Jamal est devenu un héros.

On pleure, quand on entend qu'un héros a été tué.

Mais son œuvre, ses mots,

sa vision vivront à jamais.

Que sait-on des abeilles ?

Elle aiment leur nation et la défendent avec honnêteté.

Istanbul, Turquie

2 octobre 2018 Jour du meurtre de Jamal Khashoggi

Jamal Khashoggi et sa fiancée, Hatice,

se sont rendus au consulat pour faire les papiers du mariage.

Irfan Fidan Procureur général, Istanbul

Je suis procureur depuis 20 ans.

Je peux dire avec assurance, que selon l'enquête menée jusqu'ici,

Jamal Khashoggi

n'a pas été tué sans préméditation.

Consulat d'Arabie Saoudite Istanbul, Turquie

Les services secrets turcs ont bien les enregistrements du meurtre ?

Oui, nous les avons découverts dès le début de l'enquête.

Les enregistrements on été retranscrits ?

Oui.

Retranscription officielle : Meurtre de Khashoggi, anglais

La victime sacrificielle est-elle arrivée ?

- Il est arrivé. - Dieu merci.

Après son arrivée au consulat, entre 13 h 14

et 13 h 24,

pendant ces 10 premières minutes,

quelqu'un lui met la main sur la bouche

et il commence à crier.

"Vous m'étranglez. Vous allez me tuer,

"je suis asthmatique.

"Ne faites pas ça," dit-il,

alors que d'autres hommes viennent le contraindre.

À partir de là, il n'a plus aucune chance.

Il respire bruyamment,

il grogne.

Ce sont les seuls sons qu'il parvient à produire

pendant qu'on le tue.

Nous savons

qu'il est entré dans ce consulat.

Il lui fallait des papiers pour se marier.

Sa fiancée l'a vu entrer à 13 h,

mais l'attendait encore

à 1 h du matin.

Dès que nous avons appris par les médias

qu'il avait disparu,

nous étions convaincus qu'il fallait aller enquêter.

Recep Kilic Police scientifique d'Istanbul

Nous attendions.

À cause des lois internationales,

nous savions qu'il nous fallait d'abord leur accord.

En résumé,

les Saoudiens ne vous ont pas laissés entrer ?

Ils ne nous ont pas laissés entrer.

Les autorités saoudiennes

nient détenir le célèbre journaliste.

Jamal Khashoggi est porté disparu depuis plus de 24 heures.

La Turquie déclare vouloir coopérer avec les autorités saoudiennes

pour résoudre l'affaire.

Le consulat s'est refusé à tout commentaire

face aux interrogations quant à sa disparition.

Qu'est-il arrivé à M. Khashoggi ?

Que lui est-il arrivé ?

Répondez-nous.

Bon...

Jamal...

Jamal Khashoggi.

Jamal Ahmed Khashoggi.

Je suis un auteur et journaliste saoudien.

Continuez.

Ma génération a grandi

avec le déplacement de la population de Médine,

suite à la Première Guerre Mondiale.

J'étais passionné d'histoire.

Mon père, Ahmed Khashoggi, paix à son âme...

Je connais très bien Jamal.

Je connais son innocence.

Vous devriez garder ça.

Jamal a un sourire qui peut parfois paraître enfantin.

Très ingénu.

Wadah Khanfar Ancien directeur d'Al-Jazeera

On sent vraiment son humanité.

Ce n'est alors pas le journaliste, le politicien, l'activiste ou autre.

C'est Jamal en tant qu'homme.

Jamal souriait tout le temps.

Jamal Khashoggi Université de l'état d'Indiana, 1979

- Quand avez-vous été diplômé ? - En 81.

1981.

En administration des entreprises.

Et depuis,

je suis heureux de constater

que Jamal est un oiseau rare, du moins chez nous.

Il est journaliste professionnel à plein temps.

Il n'a pas l'air tenté par autre chose.

Je connaissais bien sûr Jamal par ses articles.

Faites pression sur les Saoudiens et adieu les réformes.

La démocratie n'est pas la même pour tous

Pour moi, en tant que journaliste,

il incarne tous les plus beaux idéaux du journalisme.

Surtout dans notre pays, l'Arabie Saoudite.

L'Arabie Saoudite est une monarchie. Le Roi décide de ce qui se passe.

C'est une erreur de conception,

le Roi n'est pas un dictateur, il règne par le consensus.

Je suis sûr que la situation tournera

en faveur des réformistes.

C'est difficile,

d'être journaliste en Arabie Saoudite

sans le soutien

des élites dirigeantes.

Ancien chef du renseignement de l'Arabie Saoudite

Et il faut savoir que l'Arabie Saoudite

est vraiment une affaire de famille.

Il était infiltré.

Directeur de l'information, TRT Arabic

À l'international, il était le visage des médias saoudiens.

Nous, médias saoudiens, faisons notre possible

pour ouvrir nos frontières.

Il y a des restrictions.

Dans les médias occidentaux,

aux USA,

on peut parler librement.

Ce n'est pas le cas en Arabie Saoudite.

Certains disent que Jamal appartenait au régime. C'est vrai.

Il était partie intégrante de l'institution.

Les journalistes saoudiens sont les instruments du régime.

Ils sont censés n'écrire

que des éloges du gouvernement,

saluer la sagesse des décisions.

C'est une culture qu'ils ont héritée

de l'époque où, dans le désert,

les poètes venaient voir les chefs

pour vanter leur sagesse, leurs décisions.

Ce que pensent les Saoudiens

du journalisme,

c'est qu'on écrit pour eux.

Jamal a travaillé pendant 30 ans pour le gouvernement.

Mais j'avais le sentiment

qu'il n'était pas du tout comme les autres.

Il était très poli, quand il critiquait les autres.

Comme j'ai 27 ans, je suis parfois

plus agressif.

- Sur Twitter ? - C'est ça.

Ces bâtards m'ont pris mon argent, alors je parle.

Je critiquais tout, sauf la famille royale.

Il a dû arrêter de me suivre.

Je n'étais pas très suivi.

J'étais un type lambda avec 100 abonnés.

C'est ce qui m'a évité d'aller directement en prison.

Riyad, Arabie Saoudite

Puis les autorités ont contacté mon père

pour lui demander de me livrer à eux.

Aéroport international du roi Khaled Riyad, Arabie Saoudite

Mon père m'a emmené à l'aéroport.

Il avait peur qu'on m'arrête.

Il m'a pris dans ses bras et il m'a embrassé le front.

Ce n'est pas habituel

dans notre culture.

Normalement, c'est moi qui embrasse sa main, son front,

en signe de respect.

Cette fois, c'est lui qui l'a fait.

Il était presque en larmes. C'était dur, pour lui.

Au moment où vous êtes parti,

vous étiez conscient

de partir pour de bon ?

Oui.

En arrivant à Montréal, je ne parlais pas un mot d'anglais.

J'ai demandé l'asile politique.

Et j'ai commencé à hausser le ton.

J'ai aussi commencé à me faire connaître.

Je m'exprimais de plus en plus souvent.

Des gros noms, des gens célèbres, partageaient mes publications.

J'ai commencé à critiquer la famille royale, les religieux,

et même le Roi.

En Arabie Saoudite, en dehors de la famille royale,

il n'y a pas de politique.

Le jet royal saoudien transporte son propre escalier,

au pied duquel attendaient ce matin le prince et la princesse de Galles.

Le Roi d'une des sociétés les plus fermées au monde

semblait à l'aise dans cette ambiance plus ouverte.

John Brennan Directeur de la CIA de 2013 à 2017

La monarchie saoudienne a beaucoup évolué depuis 80 ans,

depuis sa fondation.

Le fondateur de l'Arabie Saoudite, le roi Abdelaziz, avait 37 fils.

Ils se partageaient les pouvoirs politiques et économiques.

Ce pays important accueille à bras ouverts l'homme qui contrôle

près de la moitié des réserves mondiales de pétrole.

À la mort du roi Abdelaziz,

la couronne est transmise à son fils,

qui la transmet à un autre, puis à un autre.

Salmane est devenu roi

et tout a changé.

On n'a plus affaire aux mêmes personnes.

Un nouveau roi dirige ce pays

à l'énorme emprise sur l'économie mondiale

et la lutte contre le terrorisme.

Autrefois, le Roi se reposait beaucoup sur ses frères

pour administrer le royaume.

Quand ils ont disparu,

le pouvoir s'est retrouvé concentré entre les mains de ses héritiers.

C'est ce qui nous a amenés à la situation actuelle.

15 octobre 2018 13 jours après le meurtre de Jamal

L'Arabie Saoudite autorise la police scientifique

à entrer et fouiller le consulat.

Ce n'est que le 15 octobre

que nous avons pu commencer les fouilles,

examiner et ramasser des preuves.

D'après les éléments retrouvés,

ça s'est passé dans la salle de réunion.

Retranscription, deuxième session

1er octobre 2018 21 h 48

Ils ont une mission au consulat.

Ça se passera à côté de mon bureau, pendant 2 ou 3 jours.

Je serai au consulat à 8 h.

Archives de la police d'Istanbul

C'est une pièce privée.

Nous sommes entrés.

Parfois, des lieux semblent étrangement propres.

Archives de la police d'Istanbul

Je ne sais pas ce que c'est.

Nous non plus,

alors on prélève.

Ne sachant pas ce que c'est, ils font un prélèvement.

On va demander au Consul.

Il faut demander au Consul pour tout.

Nous vous informons simplement qu'ils font des prélèvements

et des endroits où ils les font.

Il fallait voir la tête

du responsable saoudien !

Il était surpris : "Qu'est-ce que c'est ?"

Ils n'ont pas pris cette salle de réunion au hasard.

Le fait qu'ils aient choisi cette pièce

nous a amenés à conclure

qu'ils étaient en contact avec leur pays.

Avant, peut-être pendant et après l'événement.

Archives de la police d'Istanbul

Quelqu'un a très bien pu

regarder tout ce qui se passait.

Voire même donner des instructions.

Archives de la police d'Istanbul

Jamal et moi étions amis depuis 35 ans.

Ayman Nour, Ancien candidat à la présidentielle égyptienne

J'étais contre Moubarak

pour la première élection présidentielle

de l'histoire égyptienne.

Après ça, j'ai passé cinq ans en prison.

Je me suis toujours opposé au régime dans mon pays

et dans beaucoup de pays arabes.

Jamal était davantage un réformateur qu'un dissident.

La révolution égyptienne de Janvier 2011

a marqué

un tournant dans la vie de Jamal.

25 janvier 2011 Le Caire, Égypte

Le peuple demande le renversement du Président !

C'est historique. Les manifestants

à l'origine du changement en Tunisie

font basculer l'Égypte,

après presque 30 du régime de Moubarak.

Deux leaders arabes

en deux mois.

Jamal était venu place Tahrir, il était content, il participait,

comme s'il était égyptien.

Aujourd'hui, je suis allé place Tahrir. Quelle chance !

Les gouvernements arabes s'inquiètent que la révolution

ne gagne ensuite leur pays.

Jamal a été très inspiré par le Printemps Arabe.

Mais rapidement,

les contre-révolutions ont anéanti tout espoir.

3 juillet 2013 Le Caire, Égypte

Forte répression militaire en Égypte

où plus de 14 000 personnes

ont été envoyées en prison.

Qui finance ces forces anti-démocratiques,

anti-changement ?

Elles sapent les demandes légitimes du peuple.

Jamal savait que l'argent saoudien

menait les répressions du Printemps Arabe.

Un coup d'état militaire en Égypte déséquilibrerait la région.

Il a condamné ces répressions.

C'était la première fois qu'il s'opposait au régime.

Le Printemps Arabe est un véritable phénomène.

En Égypte, en Jordanie, au Maroc,

il y a des élections partout.

Le peuple s'exprime par le vote.

Alors comment l'Arabie Saoudite peut-elle continuer

à avoir une politique vis à vis du Moyen-Orient

qui permette de ramener la paix

sans reconnaître et respecter

cette partie de la population ?

Oslo, Norvège

Iyad El-Baghdadi Activiste et dissident arabe

Bonjour, John.

Je t'appelle d'un portable temporaire.

N'échangeons pas

d'informations sensibles avant ton arrivée.

Mais d'ici-là, tu peux me contacter comme ça.

Je dis souvent que Jamal et moi n'aurions pas dû être amis.

Je suis un dissident assez connu.

En 2012, il a commencé à suivre mon compte Twitter.

Il s'intéressait beaucoup aux réseaux sociaux

et au phénomène qu'ils représentent.

L'Arabie Saoudite a une population incroyablement connectée.

Il n'y a pas de liberté d'expression.

Alors Twitter est devenu le parlement des Arabes.

Comparons aux USA,

où 2 personnes sur 10 utilisent Twitter.

En Arabie Saoudite, ce sont 8 personnes sur 10.

- 80 % du pays a un compte Twitter. - Oui.

Alors s'ils parviennent à contrôler Twitter...

Ils contrôlent les comptes locaux.

Ils contrôlent le public.

L'avenir est à nous, Vision 2030

... A proposé une série de réformes économiques et sociales

sous le slogan Vision 2030.

Le programme Vision 2030, très attendu,

prévoit de changer radicalement l'image du royaume.

L'homme derrière tout ça est le prince Mohammed ben Salmane...

Mohammed ben Salmane Prince héritier d'Arabie Saoudite

Il est vu comme un chef progressiste qui vante les réformes.

Je pense que le Moyen-Orient intègrera la nouvelle Europe.

Selon ses détracteurs, MBS, comme on l'appelle,

a surtout soif de pouvoir.

Je l'ai rencontré quand il était chef de cabinet de son père.

Nous avons compris qu'il était

très ambitieux, très impatient,

et aussi le fils préféré.

Il a évincé le demi-frère du roi Salmane, le prince Mukrin

et le Prince héritier, Mohammed ben Nayef.

On le décrit comme celui qui détient le pouvoir.

Il est impliqué quasiment

dans tous les domaines du royaume.

Il émancipe les femmes,

introduit la musique et le cinéma,

et fait la guerre à la corruption.

Jamal croyait en Vision 2030.

Il soutenait MBS.

Le prince Mohammed ben Salmane promet

d'éradiquer l'extrémisme d'Arabie Saoudite.

Nous en avons besoin.

Il promet d'éradiquer la corruption et nous en avons aussi besoin.

Mais il fait toutes ces choses positives

en faisant taire les opinions divergentes.

C'est une première pour les États-Unis :

le Président s'est rendu en terre saoudienne

lors de son premier déplacement à l'étranger.

Le moment le plus important

pour Mohammed ben Salmane et Jamal

a été l'arrivée au pouvoir de Trump.

L'Amérique ne cherchera pas à imposer

son mode de vie aux autres.

Nous voulons tendre la main

dans un esprit de coopération et de confiance.

Mes sources m'ont dit

que les Saoudiens, surtout MBS,

essayaient d'approcher la maison Blanche.

Shane Harris Journaliste, The Washington Post

Surtout Jared Kushner,

gendre et premier conseiller du Président.

Mohammed pensait que c'était le moment idéal

pour s'auto-proclamer représentant

de la puissance américaine au Moyen-Orient.

Mars 2018

3 milliards de dollars, 533 millions de dollars,

525 millions de dollars.

Une broutille, pour vous. On aurait dû faire plus cher.

Jamal critiquait Donald Trump.

Trump dit qu'on doit payer pour qu'il nous protège. De qui ?

Il disait qu'il trayait notre pays.

Le régime a commencé à en vouloir à Jamal.

Il a continué à s'exprimer.

Les autorités saoudiennes ont été prises de court

par l'élection du président Trump.

Je pense que ça devrait tous nous inquiéter.

Je crois fermement

que le combat pour la démocratie au Moyen-Orient

est au cœur de tous les problèmes.

Jamal était toujours sur le fil.

Il connaissait les limites à ne pas franchir

dans ses propos.

Mais il allait toujours le plus loin possible.

Parfois, il se trompait.

Jamal Khashoggi ne représente pas le Royaume

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré que Jamal Khashoggi

ne représentait pas le Royaume.

Jamal a été choqué par cette déclaration.

C'était un avertissement.

En 2017, Jamal commençait à être très suivi.

MBS a mis au point un plan

pour contrôler la sphère publique.

Saoud al-Qahtani, son bras droit,

a réussi à mettre en œuvre ce plan.

Il a créé une armée de soldats Twitter.

Al-Qahtani travaillait en sous-main

à soutenir le Prince héritier.

Qahtani était connu pour cibler les opposants à Riyad dans Twitter.

Jamal a reçu un appel de Saoud al-Qahtani.

Il disait avoir reçu instruction

du sommet de l'état

de lui dire de ne plus rien faire.

Ni réseaux sociaux ni articles, rien.

On m'a donné l'ordre de la fermer.

C'est effrayant. Ce n'est pas le pays qu'on veut.

Pendant cette période,

Jamal m'a appelé.

Il m'a dit qu'il étouffait, en Arabie Saoudite.

J'avais déjà peu d'espace, et on m'enferme encore plus.

Le quotidien français "Le Monde" l'a confirmé :

trois Saoudiens connus dans Twitter ont été arrêtés récemment.

805 abonnements 3,3 millions d'abonnés

Ils n'étaient pas dissidents, ces gens qu'on a arrêtés.

Ils étaient les faiseurs d'opinion de la société saoudienne,

des auteurs, des intellectuels.

Essam al-Zamil faisait partie de ces détracteurs.

Salman al-Ouda, théologien, a été réduit au silence.

Ils ont commencé à chasser tous les dissidents,

tous les activistes.

Jamal est parti d'un coup.

Il a soudainement décidé de partir.

Sans rien dire à personne.

Archives de la police d'Istanbul

Les chiens de cadavres ont exploré toute la zone.

Il n'a pas disparu comme ça.

Nous savions que certains véhicules avaient quitté le consulat

pour la résidence du Consul,

ce jour-là.

Consulat d'Arabie Saoudite

Résidence du Consul

D'après ce que nous avons trouvé,

le corps de Jamal Khashoggi

a été transporté jusqu'à la résidence du Consul.

J'en suis certain.

Dans le sol du garage, nous avons repéré un regard.

En l'ouvrant,

nous avons découvert un puits.

Nous avons voulu le vidanger dans le cadre de l'enquête.

Mais les autorités saoudiennes présentes ont refusé.

"Conformément à nos accords,

"vous ne pouvez pas travailler ici."

C'est un four.

Près de la piscine, il y avait un tandoor,

un four enfoui à 1,5 ou 2 mètres de profondeur.

La police d'Istanbul a découvert que le soir du meurtre de Jamal,

le consulat avait commandé

plus de 30 kilos de viande

dans un restaurant prisé de la ville.

Si un corps a été brûlé ici,

toute trace éventuelle d'ADN a disparu instantanément.

Nous pensons que cette commande de viande

a servi à masquer

l'odeur dégagée par la crémation du cadavre.

Bruxelles, Belgique

19 février 2019 4 mois et demi après le meurtre

Hatice Cengiz Fiancée de Jamal

On reste ensemble aujourd'hui et demain ?

Aujourd'hui, demain, et ensuite

je viens à Istanbul jeudi.

Pour la première fois, la fiancée du journaliste s'exprime.

Elle demande aux USA de reconnaître l'Arabie Saoudite comme responsable.

Elle dit vouloir se battre jusqu'à ce que tous les responsables

soient jugés.

Siège de l'Union Européenne

C'est comme un rêve étrange.

Rien de tout cela ne m'est familier.

Les caméras,

les médias...

La presse...

Je ne connaissais rien de tout ça.

On va commencer

la conférence de presse. Des questions ?

Je me demande quand tout cela va s'arrêter,

quand je retrouverai une vie normale.

Je n'en sais rien.

J'ai rencontré Jamal

lors d'une conférence sur le Moyen-Orient.

6 Mai 2018 Istanbul, Turquie

J'ai trouvé qu'il avait l'air très seul.

L'Arabie Saoudite est une monarchie vieille de 100 ans.

Les monarchies n'aiment pas le changement.

J'ai commencé à utiliser les réseaux sociaux

il y a 4 ou 5 ans.

Jamal faisait partie de ceux que je suivais.

Je ne suis pas en exil.

C'est temporaire, je rentrerai bientôt dans mon pays.

Sa décision radicale de partir pour un autre pays

m'a poussée à le suivre de plus près.

J'étais une jeune universitaire, une chercheuse aux yeux écarquillés.

J'ai spontanément eu l'idée de le rencontrer pour un entretien.

6 Mai 2018 Enregistrement de Hatice Cengiz

Je ne vous considère pas du tout comme un dissident.

Un dissident n'aime pas son pays.

Je m'inquiète. Un dirigeant qui ne croit qu'en sa propre opinion

entraîne forcément son pays vers des problèmes.

Quand une seule personne décide de tout,

ça ne va jamais.

Je ne pensais pas que ce serait le début d'une histoire d'amour.

Quand j'y repense, ça prend tout son sens.

Connaître Jamal, ça voulait dire en même temps le perdre.

Un jour, j'ai reçu

un message sur mon téléphone.

C'était Jamal :"Je suis à Washington, je vais rester ici."

C'était un mois après son départ d'Arabie Saoudite.

Il était

dévasté par cette expérience.

Sa femme avait dû divorcer.

Il a dit :"Je ne lui en veux pas,

"le régime fait pression sur elle.

"Mais j'ai abandonné mes enfants, ma famille.

"Ai-je vraiment pris la bonne décision ?"

Il vous avait contacté.

Je lui ai donné mon numéro et il m'a appelé.

Il voulait entrer en contact

avec de jeunes activistes comme moi.

12 octobre 2017 Enregistrement d'Omar Abdulaziz

La paix soit avec vous, Jamal. Comment allez-vous ?

J'aimerais vous parler d'un groupe d'activistes du golfe.

C'est un groupe de l'application Telegram.

Votre participation nous honorerait.

Ça va, si j'invite Jamal Khashoggi ?

J'ai dit que le problème était

que tout le monde

ne lui faisait pas confiance.

De quel côté est-il ?

Certains pensaient qu'il pouvait être un espion.

On ne peut pas lui faire confiance.

Il est trop dangereux.

Mohamed Soltan Activiste américano-égyptien

J'ai rencontré Jamal à Washington, Ayman Nour nous a présentés.

Nous nous entendions bien pour la nourriture,

comme la plupart des gens du Moyen-Orient.

Il m'a dit qu'il s'était installé aux USA,

qu'il était très seul,

et ne savait pas quoi faire de sa vie, à 60 ans.

Il a commencé à s'effondrer,

en me racontant que sa femme,

qu'il avait beaucoup aimée,

ne le soutenait pas.

Ses enfants non plus. Personne ne le soutenait.

Il avait tout laissé derrière lui.

Sa famille,

son pays, 60 ans de sa vie... Tout.

C'était une souffrance de tous les jours.

C'est lui qui connaissait le mieux l'Arabie Saoudite de l'intérieur.

Et voilà qu'il se retrouvait à l'extérieur.

Totalement exclu.

Je me suis dit que pour se poser émotionnellement, mentalement,

physiquement, il fallait qu'il recommence à écrire.

J'ai souffert, il y a quelques années,

quand plusieurs de mes amis ont été arrêtés

et que je n'ai rien dit.

Je ne voulais perdre ni mon travail, ni ma liberté.

Je m'inquiétais pour ma famille.

Aujourd'hui, j'ai fait un autre choix.

J'ai quitté ma maison, ma famille, mon travail.

Alors je parle.

Ne pas le faire serait trahir ceux qui croupissent en prison.

Sachez que l'Arabie Saoudite n'a pas toujours été comme ça.

Nous, Saoudiens, méritons mieux.

J'ai été l'ami de Jamal Khashoggi pendant 15 ans.

Quand il est arrivé au Washington Post,

il était aux anges. Il réalisait un rêve.

David Ignatius Rédacteur en chef adjoint

Il faut imaginer ce que c'est, d'être journaliste en Arabie Saoudite.

Dès qu'on dit quelque chose d'un peu dur on est viré.

Étude de la fusion américano-saoudienne

Pourquoi Riyad doit agir vite pour entrer au club

Il ne savait pas lâcher, quand il sentait quelque chose,

il fallait qu'il l'écrive.

Je l'ai vu se faire renvoyer à plusieurs reprises

en Arabie Saoudite.

À chaque fois parce qu'il refusait de taire ce qu'il pensait être vrai.

Malheureusement, le gouvernement m'a traité

comme si j'avais tué le Roi. que j'avais fui,

que j'étais un traître.

L'Arabie Saoudite n'a pas toujours été si répressive.

Au revoir, Jamal. On ne regrette jamais les traîtres.

N'imagine pas que tu resteras dans l'histoire.

Ils ont commencé à m'attaquer dans les médias, les réseaux sociaux.

Avec des propos diffamatoires.

Ton heure est venue, Khashoggi.

Chaque parole compte.

Les mots sont importants.

J'ai appris ça de Jamal.

Il n'avait aucune arme.

Seulement ses mots.

Ça montre toute l'étendue de leur faiblesse.

Il faut rappeler à notre peuple

ce qui se passe réellement chez nous.

J'ai décidé de faire une émission YouTube.

C'était la première

émission saoudienne à critiquer la famille royale,

le Roi, ses fils.

C'était nouveau, pour les gens.

Avoir un avis, en Arabie Saoudite, ça pose problème.

Avoir un avis avec beaucoup de public,

c'est un crime.

Mohammed ben Salmane va opprimer certains des princes.

Il va les faire chanter.

Il va leur prendre leur argent.

Il va essayer de les déposséder de leur argent, de leurs trésors.

4 novembre 2017 Riyad, Arabie Saoudite

Je vous confirme

que personne ne survivra.

Si on verse dans la corruption, qui qu'on soit,

on ne survivra pas.

C'est un véritable bouleversement qui se produit.

Purge royale en Arabie Saoudite.

Le roi Salmane a ordonné la création d'un comité anti-corruption

dirigé par son fils, le prince Mohammed ben Salmane.

En novembre 2017,

Mohammed ben Salmane rassemble

les hommes les plus puissants d'Arabie Saoudite

au Ritz de Riyad.

Il en fait une prison cinq étoiles.

Il exige d'eux beaucoup d'argent.

100 milliards de dollars.

Mohammed ben Salmane a ordonné l'arrestation

de princes, ministres et investisseurs puissants.

Certains sont ses rivaux au sein de la famille royale.

Il a peut-être cru que c'était bien pour le pays.

Peut-être.

Ou peut-être qu'il voulait tout contrôler dans le pays.

C'est aussi pour faire passer le message,

comme on dit en Amérique,

qu'un nouveau shérif est en ville.

Absolument.

Absolument.

Je soutiens vraiment ses réformes sociales.

Mais en même temps,

il n'a pas besoin

que son peuple le craigne.

Moi-même, parfois, bien que je sois à Washington,

je ne dis rien,

parce que je fais l'objet de nombreuses intimidations.

Jamal a commencé à comprendre

qu'il ne pouvait pas faire grand-chose pour son pays,

de là où il était, sauf écrire.

Le Prince agit comme Poutine

L'Arabie Saoudite provoque le désordre au Liban

Jamal Khashoggi était une sorte de boîte noire des élites au pouvoir.

Ça faisait peur au régime saoudien.

Un homme qui savait autant de choses,

à Washington,

était impossible à discréditer,

à emprisonner

ou à faire taire.

C'est facile, d'être là,

et de dire, surtout devant des Américains,

qu'il faut plus de liberté. Évidemment, tout le monde adhère.

Ali, Ali.

Je ne demande pas la démocratie, juste que les gens puissent parler.

Je demande le minimum.

Il est devenu un orateur très demandé.

Nous avons parlé à l'occasion d'une conférence à Istanbul.

Il disait qu'il se sentait seul.

J'ai dit qu'il lui fallait quelqu'un, comme tout le monde à son âge.

Turan Kachlakji, Président, Association des médias arabo-turcs

Dans le monde musulman, pour rencontrer une femme,

on vient avec ses amis, la femme fait pareil

et tout le monde se rencontre.

Jamal m'a emmené avec lui

et Hatice est venue avec une amie.

Nous avons passé un moment ensemble, à manger,

à boire du café et à marcher dans Istanbul.

Il a commencé à me parler de sa vie privée.

Jamal a regardé sa montre.

Il a dit qu'il allait rater son avion,

qu'il n'avait plus le temps.

Et puis que ça ne l'aurait pas dérangé de le rater.

C'est là que j'ai compris qu'il se passait quelque chose.

Il a dit qu'il reviendrait vite.

Jamal se lançait dans une nouvelle vie.

Il m'a dit qu'il était installé là,

aux USA, que tout allait bien.

En mars 2018, j'ai reçu un appel

de deux représentants du gouvernement saoudien.

Ils avaient un message à me transmettre

de la part de MBS.

Deux hommes. Comment s'appelaient-ils ?

Malek et Abdullah.

Ils ont dit que MBS m'appréciait beaucoup,

qu'il regardait mes vidéos

et qu'il voulait que je rentre au pays.

Vous avez enregistré ?

Oui, dès le premier échange.

10 mars 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz

MBS a dit que c'était avant tout ton pays.

Que personne ne pourrait t'empêcher de rentrer sous sa protection.

Qu'on devait te dire que tu étais sous sa protection.

Quelques semaines plus tard, il a dit

qu'ils voulaient venir à Montréal,

pour parler avec moi.

Mais qu'ils voulaient qu'un de mes frères soit présent.

Ils sont venus avec votre frère ?

Oui, avec mon frère Ahmed.

Ton frère Ahmed est un personnage intéressant.

Il est vraiment gentil, mais entre nous,

parfois, je ne crois pas

qu'il comprenne bien l'importance de la situation.

Jamal m'a mis en garde.

Il m'a dit d'éviter les lieux privés.

De ne les voir que dans des lieux publics.

De choisir des restaurants, des cafés.

De faire attention.

Qui est Malek,

qui est Abdullah ?

Pourquoi sont-ils entrés en contact avec vous

pour vous faire rentrer ?

Abdullah al-Juhani est un avocat.

Malek al-Rougi est présentateur pour MBC Network.

Ils se sont servis de Malek pour essayer de me convaincre.

"Tu pourras faire comme lui à ton retour en Arabie Saoudite.

"Tu pourrais avoir ta propre émission.

"Tu pourrais être la voix de la jeunesse saoudienne."

15 mai 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz

Il y a deux possibilités.

Soit Omar rentre au pays

et il en tire profit.

Le pays en tire profit,

parce qu'Omar travaille dans les médias,

pour des plateformes.

Sinon, Omar va en prison.

Ils ont commencé à insister.

"Pourquoi ne vas-tu pas au moins à l'ambassade

"faire renouveler ton passeport ?"

Vous aviez demandé l'asile politique au Canada.

Oui.

Je n'avais pas besoin de renouveler mon passeport saoudien.

J'avais des papiers canadiens.

15 mai 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz

Omar, l'ambassade saoudienne

attend que tu leur donnes le feu vert pour ton billet retour.

Jamal m'a dit : "Non, non, non. Ne fais pas ça.

"Ne va pas à l'ambassade."

J'ai dit que je n'irais pas.

Alors ils sont rentrés en Arabie Saoudite.

Et ton frère ?

Un mois plus tard,

j'ai appris que mon frère Ahmed

et 23 de mes amis

avaient été arrêtés.

C'est une arme contre moi, pour me faire taire.

14 juillet 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz

Tu continues à publier avec ton compte personnel.

Tu vas causer du tort à tout le monde.

Surtout à tes frères. Nous ne voulons pas qu'ils souffrent.

Vous aviez dit que j'étais sous la protection de MBS.

Quel genre de protecteur enferme mes amis et mes frères ?

Où est son honneur ?

Où est la décence d'un homme capable de ça ?

Celui qui fait ça n'a pas d'honneur, pas de parole.

Rien ne peut l'arrêter.

Raconte-moi ton rêve, mon amour.

Septembre 2018 Message vocal de Jamal

La sensation que tu me touches profondément

me donne envie de te voir ces prochains jours,

dès que possible.

Il m'a dit qu'il était malheureux, aux USA, trop seul.

Je fais des cauchemars, je me réveille déprimé.

Avec toi, ça s'arrêtera.

Tu mérites le meilleur.

Merci d'être entrée dans ma vie.

Je veux te rendre heureuse.

Je n'avais jamais connu d'histoire

avec une telle communion d'idées et de cœur.

Jamal m'a demandé comment nous pourrions avancer ensemble.

"Qu'en penses-tu ?" a-t-il dit.

Jamal m'a rappelé.

"J'ai décidé d'épouser Hatice."

J'ai dit que c'était formidable.

Mais il avait une chose à me demander.

"Tu es mon meilleur ami.

"Tu vas aller parler à son père.

"Tu vas lui dire qu'on veut se marier."

Mon père était un peu perturbé, quand il a vu Jamal.

Je ne sais pas comment il l'imaginait.

Le père m'a dit

qu'il trouvait que c'était un homme âgé.

Je lui ai dit

qu'en amour,

l'âge n'avait pas d'importance.

Mon père m'a dit qu'il faudrait que j'assume ça.

Il m'a demandé si ça en valait la peine.

Septembre 2018 Message de Jamal

Tu es intelligente et forte.

Tu as les qualités qui feront de toi

l'un des plus grands auteurs

de Turquie, parmi ceux qui connaissent le monde arabe.

Je t'aime parce que tu es Hatice.

Je suis attiré par toi

en tant qu'intellectuelle et journaliste.

Je pensais que Jamal apporterait quelque chose de bien

à l'humanité.

Que si je devais passer ma vie avec quelqu'un,

ça ne pouvait être qu'un homme comme lui.

Je voulais l'accompagner, rester à ses côtés.

Sinon, on traverse la vie comme ça.

On naît, on grandit, on mange, on dort, on voyage.

C'est la personne avec qui on fait ça qui donne un sens à la vie.

Je t'aime très fort. À très bientôt. Au revoir.

Bonne fête à notre nation.

Les temps sont durs, mais ça passera.

Tu n'auras pas la paix.

Le plus dur, ce sont les traîtres.

À l'été 2018, ils l'attaquaient tous les jours.

Ils le menaçaient pour le faire taire.

La pire chose est la trahison.

Jamal pensait que tout le pays était contre lui.

Dieu se vengera de toi.

Ça l'affectait.

Tu n'as pas de patrie.

Il m'a dit : "Parfois, je n'ai plus envie

"de parler de quoi que ce soit, de donner mon avis."

J'ai dit qu'il était juste une victime

de ceux qu'on appelle les mouches.

Le gouvernement a engagé des milliers de personnes,

chacune utilise entre 10 et 20 comptes.

Dès qu'une critique du gouvernement est publiée,

une nuée de mouches arrive.

Elle attaque avec des centaines de commentaires négatifs.

En quelques minutes, la publication est noyée

sous des commentaires pro-régime.

La publication originale disparaît.

Chaque mouche fait aussi des publications pro-régime

qui soutiennent la vision de MBS.

Chaque mouche partage des milliers de publications comme ça.

Ce faux discours gouvernemental devient ainsi le sujet central.

Ainsi fonctionne le monstre Twitter, créé par Saoud al-Qahtani,

avec le chef des soldats au sommet.

Quand j'ai expliqué ça à Jamal,

il a été surpris.

On a la sensation qu'une armée nous attend à Médine.

Mais ce n'est pas le cas.

Enregistrement d'Omar Abdulaziz

Les mouches sont des armes.

Nous devons employer les mêmes armes

ou en créer une meilleure.

J'ai dit que la meilleure solution

serait de créer nous aussi une armée.

Je pouvais trouver des centaines de volontaires

en Arabie Saoudite, au Koweït, au Yémen, dans des pays arabes.

Chacun disposerait de deux ou trois téléphones

pour créer des centaines de comptes.

Mais il faudrait d'abord s'assurer qu'ils soient protégés.

Quiconque publie depuis l'Arabie Saoudite

est immédiatement identifié,

car le gouvernement possède tous les réseaux.

Pour masquer leur identité,

ils doivent disposer d'une protection américaine ou canadienne.

Pour combattre ces mouches,

nous créons l'armée des abeilles.

Nous rassemblons les volontaires en groupes de 40 ou 50 abeilles.

Chacune sera supervisée par un lieutenant.

Une fois un ordre donné,

chaque lieutenant transmettra à ses soldats la publication

ou le mot-clé à défendre.

Mais notre méthode sera différente.

Nous n'engagerons pas des gens pour en attaquer,

en insulter ou en menacer d'autres.

Nous allons juste dire aux gens ce qui se passe vraiment chez nous.

Nous leur donnons la liberté de dire ce qu'ils veulent.

Les mouches attaqueront.

Mais si nos chiffres sont meilleurs,

nous pourrons surmonter cette machine de propagande.

Enfin, la liberté d'expression existera dans le royaume.

Jamal était enthousiasmé par cette idée.

Il a dit que c'était brillant, qu'il adorait.

Il m'a dit :"Fais-le." Et moi :"Comment ça ?

"Je n'ai pas d'argent."

Un mois plus tard, Jamal m'a fait un premier virement.

J'ai acheté les premières cartes SIM.

Je lui ai dit :

"Si tu commences à travailler avec nous,

"tu changes de catégorie.

"Tu n'es plus un simple journaliste.

"Tu deviens un dissident."

Il a voulu qu'elle soit voyante, grosse, chère.

J'ai dit que je ne pouvais pas porter ça.

Qu'il me fallait une petite bague simple.

Où que la route nous mène,

quels que soient nos moyens,

notre décision était prise,

Jamal et moi voulions nous marier.

Début septembre,

Jamal m'a dit qu'il prévoyait de venir au Canada.

Il a dit qu'il avait des choses à faire en Turquie.

Qu'il viendrait après.

Nous avons monté ensemble le plan des abeilles.

C'était notre stratégie.

Nous avons commencé à chercher un endroit où habiter.

Jamal a acheté un appartement. Il était magnifique.

Il s'était acheté un fauteuil relax.

Vous n'imaginez pas comme il était content.

J'ai demandé à 6 ou 7 de mes copains

de créer entre 5 et 10 comptes.

Nous voulions juste montrer de quoi nous serions capables.

#LibérerLeJournaliste #VoixRéduitesAuSilence

J'étais tellement contente !

Comment allait être notre mariage ?

Je ne voulais pas d'une grande cérémonie.

Ça avance bien.

Mais il faut répartir des téléphones dans d'autres villes.

Chaque chef de groupe recevra une liste de noms à défendre.

Demain, nous leur donnerons une leçon de liberté.

Il ne restait plus qu'une formalité avant de pouvoir nous marier.

Il devait obtenir un document attestant qu'il n'était plus marié

auprès de son consulat.

J'ai eu beau mobiliser des centaines d'abeilles,

nous étions encore loin de faire le poids face aux mouches.

Tout le monde publie dans son coin.

À nous tous, nous avons des milliers d'abonnés.

Impossible d'avoir un unique mot-clé.

Il avait peur d'être emprisonné, ou qu'on garde son passeport.

Je lui ai proposé qu'on y aille ensemble.

Il a dit : "D'accord. Essayons."

Jamal m'a dit que ça allait être une longue aventure,

que je devais être patient.

Alors j'ai continué à travailler, j'ai essayé de nouvelles stratégies.

Nous avons concentré nos efforts sur un mot-clé.

"Que savez-vous des abeilles ?"

28 septembre 2018 5 jours avant le meurtre de Jamal

Nous sommes arrivés au consulat vers 10 h 30, 11 h.

Ils l'ont accueilli avec respect.

Ils ont dit avoir besoin de temps

pour préparer les documents.

Dès que Jamal Khashoggi

arrive au consulat,

un plan très précis se met en œuvre.

28 septembre 2018, 13 h 22 - 20 h 06

Je viens de le voir. Il revient dans 5 jours.

Si Dieu le veut. J'en informe le bureau d'Al-Qahtani.

Dès qu'il est parti, ils ont appelé le bureau d'Al-Qahtani.

Comme il avait été très bien accueilli,

il est sorti du consulat détendu. Il m'a rejointe.

Il m'a parlé, ce jour-là,

le 28 septembre. Il était content.

#QueSavezVousDesAbeilles

C'est là que tout a basculé.

Ça commençait à prendre.

Trois ou quatre jours plus tard,

15 officiers de l'état saoudien sont arrivés.

1er octobre 2018, 21 h 48

Une commission arrivera d'Arabie Saoudite demain.

Ils vont faire quelque chose à mon étage.

Ceux qui ont commis le meurtre

n'ont fait qu'obéir aux ordres qu'on leur avait donnés.

Nous étions vingtièmes en Arabie Saoudite.

Quelques heures plus tard, dixièmes,

septièmes.

La mission est top secret.

Personne ne doit l'apprendre.

Jamal était étonné.

Il a décidé de publier avec notre mot-clé.

Les abeilles aiment leur patrie.

C'est là qu'on a réussi.

Nous étions le premier mot-clé d'Arabie Saoudite.

Les abeilles se réjouissent...

Cette publication est un désastre. Ah, ah.

Encore un peu de temps.

Mais tout à coup,

il a cessé de répondre.

Il était parti. Envolé.

Tout va bien ?

2 octobre 2018

J'ai reçu un appel d'Hatice.

Elle ne savait pas quoi faire. Elle était devant le consulat,

il était 17 h,

et Jamal n'était pas ressorti.

C'était grave.

J'ai dit que je la rappelais et j'ai commencé à téléphoner.

J'ai appris ça alors que je rentrais chez moi.

Mes amis étaient tous en train de m'appeler.

Fatih Oke, Directeur, Association des médias arabo-turcs

"Jamal Khashoggi fait la une."

J'ai appelé quelques journalistes

installés à Istanbul,

à Reuters, Al Jazeera,

au Washington Post.

Il n'y a pas de mode d'emploi, dans ces cas-là.

Mais il fallait agir vite.

En quelques heures, nous avons diffusé une lettre

par l'intermédiaire de l'ambassadeur et du gouvernement des USA

à l'attention du Prince héritier.

J'ai appelé des gens du gouvernement turc,

le porte-parole du Président.

J'étais au quartier général

avec le Président, en réunion.

Je lui ai fait passer un message.

J'ai demandé à rencontrer l'ambassadeur saoudien aux USA.

C'était le frère du Prince héritier.

Il m'a d'abord dit qu'il se renseignait.

J'ai dit :"Je sens qu'il se passe quelque chose de grave.

"Il faut faire quelque chose."

Vous avez tout de suite...

Bien sûr, tout de suite.

- Prévenu Erdogan. - Je lui ai transmis un message.

Recep Tayyip Erdogan Président de la Turquie

Je reste optimiste.

J'espère seulement

que nous ne connaîtrons pas une situation contrariante.

À la fin de la soirée, j'ai commencé à sentir

qu'il s'était passé quelque chose de grave.

Mais nous n'aurions jamais pu soupçonner

qu'il avait été tué. Jamais.

Le premier jour, il y avait

entre 10 et 12 journalistes qui nous attendaient dehors.

Le lendemain, ils étaient 100.

Deux jours plus tard,

200.

Nous demandons qu'il soit libéré

immédiatement s'il est en vie.

Je suis certain qu'il est à l'intérieur du consulat.

Nous attendons sa sortie.

Nous resterons ici jusqu'à ce qu'il sorte.

Personnellement, j'étais sûr

dès le deuxième jour qu'on ne reverrait pas Jamal.

Jamal Khashoggi est entré ici

et à l'heure où nous vous parlons,

nous n'avons aucune preuve qu'il soit sorti.

Tout le monde parlait de son histoire.

Les autorités, les médias,

le monde entier.

Je ne savais pas quoi faire.

Les autorités consulaires

ne peuvent pas se contenter de dire qu'il est parti.

Cela m'inquiète, je n'aime pas en entendre parler,

j'espère que ça finira par se résoudre.

Pour le moment, personne ne sait rien.

Mais c'est une vilaine histoire. Ça ne me plaît pas.

Merci. Je vous retrouve à 19 h.

Je ne sais pas ce que tu es devenu.

Dieu seul le sait.

Dieu seul sait aussi l'ampleur de ma souffrance.

Je ne sais pas ce que tu es devenu.

Dieu seul le sait.

Je ne te laisserai pas tomber.

Je te défendrai toujours.

Porte-toi bien.

Ce jour-là, nous nous sommes retrouvés

en territoire inconnu.

Fahrettin Altun, Directeur de la communication turque

Ce qui est arrivé à Jamal Khashoggi était tellement étrange,

tellement impensable que nous avons dû

annoncer son meurtre deux fois.

Les premiers que nous avons appelés

ont refusé de publier l'histoire.

Ils disaient que c'était barbare et incroyable.

Information spéciale : les autorités turques

semblent penser que le journaliste Jamal Khashoggi a été tué.

Le gouvernement saoudien n'a pas cessé de nous mentir.

L'Arabie Saoudite nie fermement

avoir enlevé, blessé ou tué Khashoggi.

Le pays reconnaît pourtant maintenant

qu'il est mort dans ce bâtiment.

Ils ont dit qu'il s'était étouffé accidentellement.

Puis qu'il avait eu une réaction à un médicament.

Le gouvernement dit désormais qu'il est mort dans une bagarre.

Les déclarations saoudiennes sont une série de non-sens.

C'est n'importe quoi.

Nous savions qu'ils essaieraient de cacher tout ça

s'ils en avaient la possibilité.

Il fallait donc garder le meurtre de Khashoggi

sur le devant de la scène aussi longtemps que possible.

Un agent saoudien

a été filmé à Istanbul par une caméra de surveillance

avec sur lui les vêtements de Khashoggi.

Nous avons préservé certaines pièces accablantes,

comme l'histoire de la doublure,

pour maximiser l'effet.

Cet homme devait faire diversion.

Il s'est débarrassé des vêtements dans des toilettes publiques.

Il a retiré sa fausse barbe,

il a rassemblé tout le déguisement

et a tout mis à la poubelle.

Ils voulaient éliminer ce problème.

Le plus simple

était de rejeter la responsabilité sur la Turquie.

Le Washington Post vient de publier

le dernier article écrit par Jamal Khashoggi,

transmis peu avant son entrée au consulat saoudien en Turquie.

Beaucoup de questions restent encore sans réponse

dans sa disparition.

La résidence du Consul a été fouillée aujourd'hui.

Je n'ai jamais imaginé qu'on puisse tuer quelqu'un dans un consulat.

Je trouvais ceux qui croyaient ça ridicules.

Je n'y croyais pas.

Je ne pouvais pas y croire.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Pourquoi y a-t-il du noir ?

Nous avons dû relever ses empreintes pour l'enquête et les archives.

Nous sommes désolés.

Mais tout a disparu.

Ses affaires étaient ici.

Nous avons aussi dû prendre ses affaires pour l'enquête.

Nous vous les rendrons dès que possible.

Je n'ai admis que l'incident était un véritable assassinat

que le 19 octobre, avec la déclaration officielle saoudienne.

Nous continuons de suivre la situation en Arabie Saoudite

où le Procureur général a conclu

l'enquête préliminaire concernant Jamal Khashoggi.

Il a annoncé sa mort. Paix à son âme.

L'enquête se poursuit.

Après ça, j'ai perdu tout espoir.

Nous connaissons l'identité

de tous ceux qui ont participé au meurtre.

Les 15 personnes arrivées en Turquie,

les trois officiers consulaires

qui ont participé au meurtre.

Nous avons émis des mandats d'arrestation.

Ces gens qui sont venus

sont de hauts officiers de l'état saoudien.

Abdulhamit Gül Ministre de la justice, Turquie

Ils ont tous des parcours très spécialisés.

Le plus important, le plus haut placé est Maher Mutreb,

parce qu'il fait partie

de la sécurité du prince Ben Salmane.

C'est lui qui a dirigé l'opération et donné les instructions à Istanbul

de procéder au meurtre de Jamal Khashoggi.

Un autre homme est venu, spécialiste de la police scientifique,

Al-Tubaigy.

Il est notamment expert en matière d'autopsie,

et de démembrement de corps.

Mais ces gens ne sont que des pions,

ils ne font qu'obéir à des ordres.

La cour a émis deux mandats d'arrêts supplémentaires

dans l'affaire du meurtre.

Ahmed al-Assiri, numéro deux des services de renseignement,

et proche conseiller du Prince héritier.

Saoud al-Qahtani, conseiller auprès de la cour royale,

et bras droit du prince Ben Salmane.

Actuellement, le dossier de l'enquête

comporte des mandats d'arrêt internationaux

et des notices rouges d'Interpol

pour 20 suspects.

Ils ont enfreint la loi turque.

Le crime a été commis en Turquie.

On a donc le droit de les traduire en justice.

Adel al-Joubeir, ministre saoudien des Affaires étrangères

La victime est un citoyen saoudien.

L'incident a eu lieu au consulat saoudien d'Istanbul.

C'est donc une affaire interne au Royaume.

Le procureur général,

à l'issue d'une enquête conjointe

avec son homologue saoudien, a fait une déclaration.

"Les discussions n'ont apporté

"aucun résultat concret, malgré la quête de vérité des Turcs."

J'ai dit au procureur :

"Travaillez avec nous.

"Coopérez sincèrement.

"Mettons la vérité au jour."

Que pouvez-vous dire sur l'enquête ?

Où est le corps de Khashoggi ?

Je sais pourquoi Jamal a été tué.

C'est à cause de moi.

J'ai reçu un appel : il y avait une cyber-attaque saoudienne

contre des dissidents au Québec, au Canada.

On m'a demandé si j'avais des noms à donner.

J'ai dit :"Non. S'ils attaquent quelqu'un,

"ce sera forcément moi."

Je m'appelle John Scott-Railton.

Je suis expert chercheur pour The Citizen Lab.

Nous sommes un groupe de chercheurs,

d'enquêteurs, qui essayons de comprendre

les attaques numériques contre la société civile,

les journalistes, les activistes,

tous ceux

qui contribuent de façon essentielle à faire vivre la démocratie.

C'est presqu'un miracle, que nous ayons trouvé Omar,

un miracle qu'il ait survécu aussi longtemps.

Le marché mondial de l'espionnage est en pleine croissance.

Des gouvernements veulent écouter

les appels cryptés, lire les conversations.

Ils peuvent le faire, parce que tout passe par leur réseau.

La solution, c'est de pirater le téléphone.

John Brennan Directeur de la CIA, 2013-2017

La CIA savait-elle que les saoudiens avaient des logiciels israéliens ?

Je ne peux ni nier, ni confirmer, mais nous savons des choses.

Je peux aussi dire

que les services saoudiens avaient la possibilité de savoir

ce que leurs citoyens ou même des ressortissants étrangers

faisaient au sein du royaume et en dehors.

L'Arabie Saoudite est clairement

un acteur important dans ce domaine.

Pendant toute ma carrière,

je me suis concentré sur les 4 plus importants :

la Russie, la Chine, l'Iran, la Corée du Nord

et je pense qu'on peut dire que l'Arabie Saoudite

dispose de capacités comparables en matière de cyber-attaques.

Les gens doivent comprendre

à quel point il est facile d'accéder à ces outils.

Contrat

État d'Israël Ministère de la Défense

Grâce à une entreprise israélienne, NSO,

les Saoudiens disposent du meilleur outil de piratage

qu'on puisse se payer.

Pegasus, deuxième version.

Empreintes MMS

Extraction des messages entrants et sortants

Pegasus est un logiciel

qui offre la possibilité

d'infecter un téléphone

pour en faire un espion numérique dans la poche

de la victime.

Il peut récupérer

des conversations privées et cryptées,

des photographies, des messages.

Il peut même déclencher

le micro ou la caméra, faire du téléphone un mouchard.

Ils envoient un lien vicié

qui a l'air normal.

Ça peut être une carte d'embarquement.

On clique et ça s'enregistre normalement.

Mais en même temps,

ça télécharge quelque chose.

Une fois le téléphone infecté,

l'utilisateur de Pegasus dispose d'un accès illimité à l'appareil.

Pensez à votre téléphone,

les gens à qui vous parlez, les photos que vous prenez,

les endroits où vous allez,

ce que vous dites en présence du téléphone,

c'est une énorme partie de votre vie.

Ce sont des données extrêmement intéressantes

pour quelqu'un qui voudrait vous surveiller,

savoir ce que vous faites et détourner votre activité politique.

Une fois que Pegasus contrôle un téléphone,

la partie est terminée.

Quand ils m'ont trouvé, ils m'ont posé une question anodine,

enfin, c'est ce que j'ai pensé sur le coup.

"Où vas-tu tous les jours entre 17 et 20 h ?

Pour transmettre des informations, un appareil infecté

doit communiquer avec un serveur qui le contrôle.

Il doit envoyer un signal chez lui.

Nous avons développé une technique

pour identifier les réseaux empruntés

par des appareils infectés.

À Montréal, à l'été 2018, nous avons découvert

qu'il y avait un appareil comme ça dans un réseau universitaire.

Il répondait à un groupe de serveurs

qui faisait partie du système Pegasus saoudien.

"Où vas-tu tous les jours entre 17 et 20 h ?"

"Pardon ?"

Il a dit :"Non, je n'insinue rien.

"Je veux juste vérifier.

"Nous savons que celui qui est piraté

"change de borne wifi tous les jours de 17 à 20 h."

J'ai dit que j'avais compris.

"De 17 h à 20 h,

"je vais à la salle de sport de l'université."

Alors il a dit : "Pouvons-nous nous rencontrer ?"

Nous sommes allés à Montréal rencontrer Omar.

Nous avons pu trouver le message

dans son téléphone

qui a dû générer l'infection.

Ça ressemble à une notification de livraison de DHL.

Mais ça n'en est pas une.

Ils ont pu le confirmer.

En piratant mon téléphone,

ils avaient tout. Absolument tout.

Regardez les abeilles célébrer la fête nationale.

Ils savaient que Jamal communiquait avec des activistes, des dissidents.

Ils savaient qu'il nous avait financés.

Il avait travaillé pour le régime pendant des années, des décennies.

Il connaissait leurs secrets.

Pour MBS, il était devenu un ennemi d'état.

Ce n'était plus un simple journaliste,

mais un dissident.

C'est pour ça que Jamal a été tué.

Pour ça que mes amis, mes frères ont été arrêtés.

Par dizaines. Par dizaines.

Ahmed Abdulaziz Enregistrement d'Omar Abdulaziz

Frère, je te jure, je n'en peux plus. Dieu ait pitié de notre mère.

Je te jure, tout ça est entre nos mains.

Pour m'aider, il faut te taire. Que Dieu t'apporte la joie. Arrête !

Je te jure devant Dieu que ça m'aidera.

Pour l'amour de notre mère, je t'en supplie, arrête.

Deux de mes frères sont encore en prison.

Mon frère Majid a été

sévèrement puni, torturé.

Il a perdu ses dents.

C'est mon plus jeune frère.

Il a tout juste 19 ans.

Quand j'y pense, je me demande

pourquoi c'est lui qui est puni ?

Nations Unies Genève, Suisse

Agnès Callamard Rapporteur spécial, Nations Unies

Quand on étudie l'Arabie Saoudite ces deux ou trois dernières années,

avec les campagnes contre une série d'acteurs,

du point de vue des droits de l'homme,

il y a des éléments qu'on ne peut pas ignorer.

Tout suggère que le Prince héritier

doit faire l'objet d'une enquête.

Bien que pour le moment, ça n'ait pas été le cas.

Je suis rapporteur spécial

nommé par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

J'ai pour mission d'étudier, de rapporter

et d'engager des discussions pour tout ce qui concerne

les meurtres extrajudiciaires ou arbitraires.

2 octobre 2018 3 h 55

Parmi l'équipe de 15 personnes,

8 sont arrivées en jet privé

avec autorisation diplomatique.

Deux membres de l'équipe avaient un passeport diplomatique.

Ces éléments en font une opération d'état :

une opération conduite par des agents de l'état,

avec les moyens de l'état.

Pour moi, c'était très clair :

il fallait que les Nations Unies interviennent.

Le rapporteur spécial des Nations Unies,

Agnès Callamard, et sa délégation,

quand ils ont découvert les détails,

ont tous été choqués.

Vous avez le droit d'entrer ? Les Saoudiens l'autorisent ?

Toutes les preuves

en lien avec le meurtre de Khashoggi

ont été partagées avec les autorités.

2 octobre 2018 13 h 02

J'espère que ça va être facile.

Dans certains des enregistrements qui précèdent l'assassinat,

le docteur, Tubaigy, explique comment le corps

va être démembré...

On va le diviser. Pas de problème.

Le tronc et les hanches rentreront dans un sac ?

Rires.

Ça ne rentrera pas. 1,80 mètre.

Ça fait au moins 90 cm.

"Les articulations seront divisées, ça ira.

"Mais pour couper la chair,

"ça risque d'être plus dur."

C'est la première fois que je découpe un corps au sol.

Rires.

Même un boucher, il suspend les carcasses.

Rires.

"Si on le découpe et qu'on prend des sacs plastiques, c'est bon,

"on pourra l'emballer."

Ensuite, le Dr Tubaigy demande

si la victime sacrificielle est arrivée.

À son arrivée au consulat...

Mohammed al-Otaibi Consul

Il a reconnu le Consul.

Il a fait une remarque : "Tiens, vous êtes là."

On le conduit au bureau du Consul,

au deuxième étage.

2 octobre 2018 13 h 13

Oui, par ici. Entrez.

- Que la paix soit avec vous. - Et avec vous.

- Comment ça va, au consulat ? - Vous buvez quelque chose ?

Vous ne prévoyez pas de rentrer ?

Mais si, pourquoi pas ?

La conversation s'oriente vers son retour en Arabie Saoudite.

M. Khashoggi dit qu'il aimerait vraiment rentrer un jour,

mais pas tout de suite.

Il y a une solution.

Dites-moi.

Il y a une notice d'Interpol pour votre retour.

M. Khashoggi affirme qu'aucune charge ne pèse contre lui.

Il dit rapidement que quelqu'un l'attend dehors.

Si je disparais, ils vont donner l'alerte.

- Votre femme est dehors ? - Oui. Pourquoi faites-vous ça ?

Envoyez-lui un message. C'est un ordre.

Écrivez à votre fils.

- Je me sens pris au piège. - Écrivez.

On sent la peur grandir dans sa voix.

- Vous n'avez pas le droit. - Vite. Enlevez la veste.

- On ne fait pas ça dans un consulat. - Vite, votre veste.

Vous êtes en train de m'attaquer ?

On va vous ramener en Arabie Saoudite.

Ensuite, ce sont des bruits de lutte.

Je vois une serviette, c'est pour quoi ?

On va vous anesthésier.

Quelqu'un lui met la main sur la bouche.

Bruits de lutte.

Étouffement, cris, respiration bruyante.

Ils lui mettent probablement un sac en plastique sur la tête.

En avant. Voilà. Son bras. On y est presque.

Laisse-le pousser. Prends celui-là. Tiens-le. Continue.

Il s'est évanoui ?

Il ne peut plus parler.

Soulève-lui la tête.

Appuie. Ne bouge pas la main.

Ça y est presque.

Voilà, c'est bon.

- Vite, sur la tête. Emballe-le. - Les vêtements.

On entend les autres personnes

qui luttent et qui demandent s'il s'est évanoui.

"Mets ta main là. Continue à appuyer."

Il suffoque pendant

sept minutes trente.

Prends la corde.

- Soulève-le. - Les pieds.

Enlève-lui son pantalon.

- Maintenant. - Que personne n'entre.

Le plus difficile, dans ces enregistrements,

ce sont les bruits

vers la fin.

Ils commencent à découper le corps.

Avec une scie à os.

Laisse-moi les sacs.

Arrête. Ce sac-là, à part. Je le prends à part.

On les emporte à Riyad, pour les empreintes.

Je me suis dit qu'en arrivant dans le consulat,

il était un homme digne.

Un homme courageux.

Quand ils l'ont traîné,

poussé, tabassé,

qu'a-t-il pu ressentir ?

Ce n'était pas quelqu'un qu'on pouvait traiter comme ça.

C'était donc très douloureux pour moi de vivre ses derniers instants.

D'imaginer comme il a souffert.

L'amertume, la peine qu'il a dû ressentir pour son peuple

qui le traitait ainsi.

Il ne le méritait pas.

Il n'avait pas imaginé le mal qu'il y avait en eux.

C'est un régime qui voit les gens comme des esclaves.

"Vous êtes les serfs des terres qui m'appartiennent

"et vous osez me défier ?"

Au début, Mohammed ben Salmane se moquait

que les gens sachent ce qui était arrivé à Jamal.

Il fallait le tuer d'une manière

qui envoie un message à tous les autres.

Car si on peut tuer quelqu'un comme Jamal,

qui ne peut-on pas tuer ?

On peut tuer n'importe qui.

Le Roi a nié catégoriquement être au courant.

Je ne suis pas dans sa tête,

mais d'après ce que j'ai compris, ça pourrait être

des tueurs isolés. Qui sait ?

23 octobre 2018 Riyad, Arabie Saoudite

Des leaders du monde entier se retrouvent en Arabie Saoudite

pour le Davos du désert.

Quelques semaines après le meurtre,

il y a eu une conférence importante en Arabie Saoudite.

Le Davos du désert

doit faire la promotion du programme de réformes

de MBS pour le royaume.

Le Davos du désert, c'était essentiel pour Vision 2030.

Ça a tourné au fiasco pour MBS.

L'histoire de Jamal

a focalisé toute l'attention du public aux USA

et dans le reste du monde.

Ça risque d'anéantir tout espoir pour MBS

de moderniser le royaume.

Il a besoin d'investisseurs,

de gens qui investissent dans le royaume.

Et pour le moment, il est perçu comme toxique.

La pression monte pour les Saoudiens,

plusieurs responsables de presse

et d'entreprises américains

se sont retirés d'une conférence majeure à Riyad.

La conférence a lieu

et beaucoup d'invités importants n'y vont pas.

Jeff Bezos devait être l'invité surprise.

C'est quelqu'un qui est en relation directe avec MBS.

Ils s'envoient des messages.

Ils parlent business, ils parlent de leurs projets communs.

Il devait annoncer un gros contrat lors de cette conférence.

Mais après le meurtre, Bezos a coupé les ponts avec MBS.

Bezos détient le Washington Post, Jamal travaillait donc pour lui.

C'est comme si MBS s'attendait à ce que Bezos dise :

"Je contrôle le journal,

"je vais les museler, leur dire de ne pas en parler."

Mais une fois au pied du mur,

Bezos n'est pas intervenu quand le Washington Post

a lancé sa campagne

"Justice pour Jamal".

Une vie volée

Pour MBS,

c'était une trahison.

Nous réclamons la vérité

Nous avons la preuve qu'après le Davos du désert,

le téléphone de Jeff Bezos a été infecté

par un logiciel malveillant.

Cette technologie est arrivée dans son téléphone

par l'intermédiaire d'un message du Prince héritier.

Je suis rapporteur spécial auprès des Nations Unies

pour la liberté d'opinion et d'expression.

Le travail que je fais depuis 18 mois environ

se concentre sur la surveillance individuelle.

Message contenant une vidéo envoyé par MBS à Bezos.

En 2018, une vidéo a été envoyée

du compte WhatsApp de MBS au téléphone de Jeff Bezos.

Ensuite, on voit

une forte augmentation

des données sortant du téléphone.

Ce n'est qu'après le meurtre de Jamal Khashoggi

que le Washington Post est devenu une cible pour l'Arabie Saoudite.

C'est exactement à ce moment-là

que le National Enquirer a dit à Bezos

qu'ils avaient des preuves d'une liaison adultère.

L'équipe de sécurité de Bezos a ainsi découvert

que son téléphone avait pu être piraté.

En même temps,

Bezos recevait des messages WhatsApp de MBS un peu étranges.

Tout ce que tu entends dire est faux.

En résumé :"L'implication supposée de l'Arabie Saoudite

"est un mensonge."

Si MBS a envoyé ce genre de messages,

c'est qu'il avait connaissance

de ce que Bezos savait de l'implication saoudienne.

Supprimer Amazon ?

Ensuite, il y a une importante campagne saoudienne en ligne

contre Jeff Bezos.

Le but était d'humilier, de punir Bezos.

C'était exactement la même chose qu'avec Jamal.

Le simple fait que MBS ait la possibilité

de faire surveiller

l'un des hommes les plus riches au monde,

c'est non seulement frappant mais aussi effrayant.

4 décembre 2018 Washington D.C.

La directrice de la CIA, Gina Haspel,

a informé un groupe choisi de sénateurs haut placés

des circonstances de la mort du journaliste Jamal Khashoggi.

Gina Haspel, qui dirige la CIA, a rencontré les Turcs.

Elle voulait entendre les enregistrements.

Son travail est d'apporter des informations aux politiques

pour qu'ils prennent des décisions.

Dans ce cas-là, c'était différent.

Si le Prince héritier

comparaissait devant un jury, il serait condamné en 30 minutes.

- Pour meurtre ? - Oui.

Ils nous achètent pour des centaines de milliards de dollars de produits.

Je ne vais pas détruire l'économie du pays

en jouant aux idiots avec l'Arabie Saoudite.

Ce n'est pas un pistolet fumant mais une scie fumante.

Il faudrait être aveugle pour ne pas arriver à la conclusion

que tout a été orchestré par des gens

sous les ordres de MBS.

MBS vous a-t-il menti ?

Il m'a dit n'avoir rien à voir avec ça...

Et s'il mentait ?

Il y a juste quelques jours.

Vous faites avec, car vous avez besoin de lui ?

Saura-t-on jamais vraiment ce qui s'est passé ?

En 20 ans à m'intéresser aux renseignements,

je n'ai jamais vu de conclusions de la CIA

qui soient aussi affirmatives concernant le rôle d'une personne

dans un événement.

À part le Président, tout le monde reconnaît

que MBS a ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi.

Nous...

Nous avons donné les enregistrements

à l'Arabie Saoudite

et aux USA.

Aux Allemands, aux Français, aux Anglais, à tout le monde.

Jamal Khashoggi avait un rêve :

être la voix de ceux qui ne peuvent pas parler.

C'était sa vision des choses.

Manama, Bahreïn 19 décembre 2014

Bonjour.

Bienvenue dans cette conférence de presse

au sujet d'une nouvelle chaîne télé

au Moyen-Orient.

Jamal voulait lancer une chaîne de télé.

Un nouveau canal de communication

qui soit libre de la tyrannie et de la propagande de l'état.

Il s'agit d'une chaîne publique

qui respecte les règles

traditionnelles du journalisme,

l'objectivité, la fiabilité, la neutralité.

Rien à voir avec l'armée des abeilles,

c'était bien plus grand que ça.

J'ai une question au sujet des libertés.

Y a-t-il des limites à ne pas franchir à Al-Arab ?

Bien sûr, qu'il y a des limites.

Et nous allons les repousser.

Alors qu'est-ce qui est interdit ?

Rien n'est interdit.

- Pas de liste noire ? - Non.

Le premier jour de diffusion,

Jamal a invité à l'antenne

des dissidents shiites,

ceux que les autorités bahreïnies craignaient le plus.

Jamal a dépassé les limites.

Il savait qu'une fois qu'on a peur

d'affirmer son opinion,

de critiquer qui que ce soit,

il n'y a plus de liberté d'expression.

Il avait fallu des années de préparation,

des dizaines de journalistes,

de présentateurs, et de producteurs recrutés par Jamal,

des interviews dans le monde entier,

des millions de dollars injectés dans le projet.

Et ça n'a duré qu'une seule journée.

La chaîne a été fermée.

Comme je vous l'ai dit, à un moment,

j'ai cru en Jamal et ses idées.

Et lui aussi a cru en moi.

Allez, les gars. Faites attention.

Quelques semaines avant sa mort,

nous avons parlé de faire un talk show.

Une émission YouTube qui s'adresse

aux jeunes.

Ça s'appelle "Dis-le et va-t'en".

Jamal avait l'habitude de dire :

"Dis ce que tu as à dire et va-t'en."

Je le cite.

Avant, je faisais ça tout seul avec un cadreur.

Maintenant, j'imagine des millions de spectateurs.

Si Dieu le veut.

Refusons-nous de voir la mauvaise influence

de l'Arabie Saoudite,

ou sommes-nous prêts

à donner argent et armes à n'importe qui, quoi qu'il fasse ?

Qu'ils découpent un dissident en morceaux avec une scie,

on leur donne quand même des armes.

Jamal, m'entends-tu ?

Tu es devenu le reste de ma vie.

Congrès américain Sous-comité des droits de l'homme

Je n'arrive toujours pas à croire que ça ait été une telle tragédie.

Ni que le monde ne fasse toujours rien.

Jamal,

le plus difficile,

c'est que tu as laissé les gens

dans un monde politique

privé de tes idées.

J'aimerais que Jamal soit là

pour voir ce que nous avons réussi ensemble.

Dès que je me souviens de lui, j'ai la sensation

que je dois en faire plus.

Je ne veux pas le décevoir.

Bienvenue dans ce premier épisode de "Dis-le...

"Et Va-t'en !"

Les preuves rassemblées suggèrent

que le meurtre de M. Khashoggi

a été supervisé, organisé et soutenu

par de hauts officiers,

et justifient la conduite d'une enquête

concernant le prince héritier d'Arabie Saoudite

et son conseiller principal, Saoud al-Qahtani.

Ils essaient de nous convaincre

que des officiers gouvernementaux ont pris l'initiative

de tuer le plus célèbre journaliste saoudien au monde.

Ils disent qu'on leur a dit de l'enlever ?

Qui leur a dit ?

Il est essentiel que l'ONU conduise une enquête criminelle,

afin que justice soit rendue.

Merci. La parole est à l'Arabie Saoudite.

Merci. On nous accuse,

on nous montre du doigt.

Nous rejetons toute tentative

de soustraire ce dossier

à notre système judiciaire national de quelque manière que ce soit.

Merci.

Même si la moitié des assassins travaillait pour lui,

ou étaient ses gardes du corps,

il n'était pas au courant.

L'équipe a utilisé deux avions de la flotte nationale.

Les assassins sont saoudiens, la victime est saoudienne.

Le territoire est saoudien.

Il ne peut pas être au courant !

Avez-vous ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi ?

Pas du tout.

Je devrais savoir

ce que font les 3 millions d'employés du gouvernement chaque jour ?

Pas du tout.

Je m'appelle Hatice Cengiz.

Je me présente à vous en tant que victime,

un titre qui m'est imposé suite au meurtre de mon Jamal.

Jamal et moi

serions aujourd'hui mari et femme.

Ne pas punir les meurtriers de Jamal

nous affecte tous.

C'est une atteinte à la démocratie, aux droits de l'homme, à la liberté.

M. le Président, la vérité triomphe toujours.

L'histoire s'en souviendra.

S'il vous plaît, agissez. Merci.

Je suis triste que la génération à venir

ne connaisse pas la liberté.

Ils n'auront ni épée ni stylo.

Qu'allons-nous faire ?

Voilà ce que j'ai à dire. Je le dis et je m'en vais.

À bientôt. Soyez libres.

La CIA étant convaincue

que Mohammed ben Salmane a ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi,

le Congrès a bloqué des ventes d'armes

à l'Arabie Saoudite.

Le président Trump a exercé son droit de véto

et autorisé les ventes d'armes.

Le 7 septembre 2020,

l'Arabie Saoudite a condamné 8 personnes, de 7 à 20 ans de prison

pour le meurtre de Jamal Khashoggi.

Le procès et leurs noms ont été tenus secrets,

personne n'a pu consulter les preuves qui les ont fait condamner.

Trois suspects ont été totalement blanchis.

Saoud al-Qahtani conseiller de la cour et de MBS

Ahmed al-Assiri Numéro deux des renseignements

Mohammed al-Otaibi Consul général saoudien en Turquie

Les frères d'Omar et 22 de ses amis sont toujours détenus

dans la prison de haute sécurité de Djeddah.

Aucune charge n'est retenue contre eux.

Le département de la Justice des USA a condamné 2 employés de Twitter

pour espionnage pour le compte de l'Arabie Saoudite.

Des milliers de comptes ont été piratés,

notamment ceux d'Omar Abdulaziz et Jamal Khashoggi.

6 semaines plus tard, Twitter a reconnu

avoir été manipulé dans le cadre d'une propagande d'état.

L'entreprise a supprimé 88 000 comptes liés au royaume.

2 octobre 2019

Un hommage est rendu un an après le meurtre de Jamal

devant le consulat saoudien à Istanbul.

Nous tous aujourd'hui représentons la voix

que Jamal voulait faire entendre au monde.

Nous n'oublierons jamais Jamal,

ni la cause et la mission

qu'il défendait.

Hatice,

vous avez arpenté cette rue et attendu des heures.

Personne ne devrait jamais avoir à endurer ce que vous avez vécu.

Nous sommes là,

vous n'êtes pas seule.

Aujourd'hui, je me tiens devant vous

brisée mais fière.

J'attends encore que justice soit faite.

Je veux que ceux qui sont au pouvoir

prennent la responsabilité de leurs actes.

À ce jour, aucune sanction internationale

n'a été prononcée à l'encontre de l'Arabie Saoudite

pour le meurtre de Jamal Khashoggi.

1er novembre 2020

Les chefs des pays les plus riches du monde

sont rassemblés à Riyad pour le G20 organisé par Mohammed ben Salmane.

Le Moyen-Orient est en train de renaître.

D'autres journalistes pensent qu'il faut garder l'ancien système.

Mais le nouveau Moyen-Orient qui renaîtra

quand la poussière sera retombée

ne devra pas ressembler à l'ancien système,

parce qu'il a échoué.

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Sous-titrage : Stéphanie Lenoir pour AGM Factory

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