Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
"Lève-toi et prépare-toi, déterminé à partir
"Le point de rupture est atteint
"Ne reviens pas vers ta famille, ta patrie
"Car celui qui est libre Quitte le mal pour sa propre dignité"
Ali ibn al-Muqarrab al-Uyuni, XIIIe siècle
Je sais, je sais.
Je ne te donne pas tous les détails
parce que je sais que ça ferait beaucoup à encaisser.
Mais je suis sous le coup de nombreuses menaces.
20 janvier 2019
Trois mois après le meurtre de Jamal Khashoggi
Écoute, je vais t'envoyer une vidéo.
Tu l'effaceras tout de suite.
Cette vidéo montre quelque chose...
Elle montre...
Nous faisons quelque chose d'illégal.
Nous sommes en plein développement.
Non, je vais te dire, en fait...
Dieu nous pardonnera.
Les aspects religieux et humains, j'ai tout pris tout en compte.
Mais cette fois, c'est une question de vengeance.
Au début, je n'ai pas voulu croire
ce qui était arrivé à Jamal.
Le grand journaliste saoudien, collaborateur du Washington Post,
a disparu
au consulat de son pays à Istanbul.
Je savais que ce que je faisais était dangereux.
Je n'imaginais pas que ça coûterait la vie à quelqu'un.
Mardi, Jamal Khashoggi
est entré au consulat mais n'a pas été revu depuis.
Les autorités saoudiennes et turques
ont livré des versions divergentes
quant à l'emploi du temps de Khashoggi,
fervent détracteur de la politique du prince Mohammed ben Salmane.
Autrefois conseiller de la famille royale et de l'élite,
il s'est exilé aux USA
et critique ouvertement la politique de son gouvernement.
Il n'est pas question de m'arrêter.
Même pas un jour.
Quoi qu'il arrive dans cette histoire,
si on n'y arrive pas proprement,
j'emploierai d'autres moyens.
Les autorités turques pensent
que le célèbre journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été tué.
En Arabie Saoudite, avoir un avis, c'est un crime.
La mort de Jamal a tout changé.
Je m'appelle Omar Abdulaziz Alzahrani.
J'ai 27 ans.
Je viens d'Arabie Saoudite.
J'y suis né.
Mais je ne pourrai pas rentrer chez moi.
Jamais.
Je ne peux plus contacter ma famille, mes amis, mes parents, mes frères.
Depuis deux mois,
tous les jours, toutes les nuits,
je m'attends
à une mauvaise nouvelle.
Je viens de recevoir ça à l'instant.
Il y a trois minutes.
C'est anonyme, et ça dit :
"Sois prudent, quitte la ville pour une autre.
"N'utilise pas ton téléphone, essaie de changer de numéro
"une équipe va chercher à te tuer."
Ça vient de l'intérieur du Canada.
L'année dernière, j'ai travaillé avec Jamal à différents projets.
J'ai senti que Jamal voulait agir, nous aider.
J'ai cru en lui.
Mais il m'a prévenu.
Il a dit que ce type de travail pourrait me faire tuer.
Je voudrais prendre ma retraite. À 60 ans, je veux profiter de la vie.
Le gouvernement me traite comme si j'avais tué le Roi,
comme si j'étais un traitre.
Après sa mort,
Jamal est devenu un héros.
On pleure, quand on entend qu'un héros a été tué.
Mais son œuvre, ses mots,
sa vision vivront à jamais.
Que sait-on des abeilles ?
Elle aiment leur nation et la défendent avec honnêteté.
Istanbul, Turquie
2 octobre 2018 Jour du meurtre de Jamal Khashoggi
Jamal Khashoggi et sa fiancée, Hatice,
se sont rendus au consulat pour faire les papiers du mariage.
Irfan Fidan Procureur général, Istanbul
Je suis procureur depuis 20 ans.
Je peux dire avec assurance, que selon l'enquête menée jusqu'ici,
Jamal Khashoggi
n'a pas été tué sans préméditation.
Consulat d'Arabie Saoudite Istanbul, Turquie
Les services secrets turcs ont bien les enregistrements du meurtre ?
Oui, nous les avons découverts dès le début de l'enquête.
Les enregistrements on été retranscrits ?
Oui.
Retranscription officielle : Meurtre de Khashoggi, anglais
La victime sacrificielle est-elle arrivée ?
- Il est arrivé. - Dieu merci.
Après son arrivée au consulat, entre 13 h 14
et 13 h 24,
pendant ces 10 premières minutes,
quelqu'un lui met la main sur la bouche
et il commence à crier.
"Vous m'étranglez. Vous allez me tuer,
"je suis asthmatique.
"Ne faites pas ça," dit-il,
alors que d'autres hommes viennent le contraindre.
À partir de là, il n'a plus aucune chance.
Il respire bruyamment,
il grogne.
Ce sont les seuls sons qu'il parvient à produire
pendant qu'on le tue.
Nous savons
qu'il est entré dans ce consulat.
Il lui fallait des papiers pour se marier.
Sa fiancée l'a vu entrer à 13 h,
mais l'attendait encore
à 1 h du matin.
Dès que nous avons appris par les médias
qu'il avait disparu,
nous étions convaincus qu'il fallait aller enquêter.
Recep Kilic Police scientifique d'Istanbul
Nous attendions.
À cause des lois internationales,
nous savions qu'il nous fallait d'abord leur accord.
En résumé,
les Saoudiens ne vous ont pas laissés entrer ?
Ils ne nous ont pas laissés entrer.
Les autorités saoudiennes
nient détenir le célèbre journaliste.
Jamal Khashoggi est porté disparu depuis plus de 24 heures.
La Turquie déclare vouloir coopérer avec les autorités saoudiennes
pour résoudre l'affaire.
Le consulat s'est refusé à tout commentaire
face aux interrogations quant à sa disparition.
Qu'est-il arrivé à M. Khashoggi ?
Que lui est-il arrivé ?
Répondez-nous.
Bon...
Jamal...
Jamal Khashoggi.
Jamal Ahmed Khashoggi.
Je suis un auteur et journaliste saoudien.
Continuez.
Ma génération a grandi
avec le déplacement de la population de Médine,
suite à la Première Guerre Mondiale.
J'étais passionné d'histoire.
Mon père, Ahmed Khashoggi, paix à son âme...
Je connais très bien Jamal.
Je connais son innocence.
Vous devriez garder ça.
Jamal a un sourire qui peut parfois paraître enfantin.
Très ingénu.
Wadah Khanfar Ancien directeur d'Al-Jazeera
On sent vraiment son humanité.
Ce n'est alors pas le journaliste, le politicien, l'activiste ou autre.
C'est Jamal en tant qu'homme.
Jamal souriait tout le temps.
Jamal Khashoggi Université de l'état d'Indiana, 1979
- Quand avez-vous été diplômé ? - En 81.
1981.
En administration des entreprises.
Et depuis,
je suis heureux de constater
que Jamal est un oiseau rare, du moins chez nous.
Il est journaliste professionnel à plein temps.
Il n'a pas l'air tenté par autre chose.
Je connaissais bien sûr Jamal par ses articles.
Faites pression sur les Saoudiens et adieu les réformes.
La démocratie n'est pas la même pour tous
Pour moi, en tant que journaliste,
il incarne tous les plus beaux idéaux du journalisme.
Surtout dans notre pays, l'Arabie Saoudite.
L'Arabie Saoudite est une monarchie. Le Roi décide de ce qui se passe.
C'est une erreur de conception,
le Roi n'est pas un dictateur, il règne par le consensus.
Je suis sûr que la situation tournera
en faveur des réformistes.
C'est difficile,
d'être journaliste en Arabie Saoudite
sans le soutien
des élites dirigeantes.
Ancien chef du renseignement de l'Arabie Saoudite
Et il faut savoir que l'Arabie Saoudite
est vraiment une affaire de famille.
Il était infiltré.
Directeur de l'information, TRT Arabic
À l'international, il était le visage des médias saoudiens.
Nous, médias saoudiens, faisons notre possible
pour ouvrir nos frontières.
Il y a des restrictions.
Dans les médias occidentaux,
aux USA,
on peut parler librement.
Ce n'est pas le cas en Arabie Saoudite.
Certains disent que Jamal appartenait au régime. C'est vrai.
Il était partie intégrante de l'institution.
Les journalistes saoudiens sont les instruments du régime.
Ils sont censés n'écrire
que des éloges du gouvernement,
saluer la sagesse des décisions.
C'est une culture qu'ils ont héritée
de l'époque où, dans le désert,
les poètes venaient voir les chefs
pour vanter leur sagesse, leurs décisions.
Ce que pensent les Saoudiens
du journalisme,
c'est qu'on écrit pour eux.
Jamal a travaillé pendant 30 ans pour le gouvernement.
Mais j'avais le sentiment
qu'il n'était pas du tout comme les autres.
Il était très poli, quand il critiquait les autres.
Comme j'ai 27 ans, je suis parfois
plus agressif.
- Sur Twitter ? - C'est ça.
Ces bâtards m'ont pris mon argent, alors je parle.
Je critiquais tout, sauf la famille royale.
Il a dû arrêter de me suivre.
Je n'étais pas très suivi.
J'étais un type lambda avec 100 abonnés.
C'est ce qui m'a évité d'aller directement en prison.
Riyad, Arabie Saoudite
Puis les autorités ont contacté mon père
pour lui demander de me livrer à eux.
Aéroport international du roi Khaled Riyad, Arabie Saoudite
Mon père m'a emmené à l'aéroport.
Il avait peur qu'on m'arrête.
Il m'a pris dans ses bras et il m'a embrassé le front.
Ce n'est pas habituel
dans notre culture.
Normalement, c'est moi qui embrasse sa main, son front,
en signe de respect.
Cette fois, c'est lui qui l'a fait.
Il était presque en larmes. C'était dur, pour lui.
Au moment où vous êtes parti,
vous étiez conscient
de partir pour de bon ?
Oui.
En arrivant à Montréal, je ne parlais pas un mot d'anglais.
J'ai demandé l'asile politique.
Et j'ai commencé à hausser le ton.
J'ai aussi commencé à me faire connaître.
Je m'exprimais de plus en plus souvent.
Des gros noms, des gens célèbres, partageaient mes publications.
J'ai commencé à critiquer la famille royale, les religieux,
et même le Roi.
En Arabie Saoudite, en dehors de la famille royale,
il n'y a pas de politique.
Le jet royal saoudien transporte son propre escalier,
au pied duquel attendaient ce matin le prince et la princesse de Galles.
Le Roi d'une des sociétés les plus fermées au monde
semblait à l'aise dans cette ambiance plus ouverte.
John Brennan Directeur de la CIA de 2013 à 2017
La monarchie saoudienne a beaucoup évolué depuis 80 ans,
depuis sa fondation.
Le fondateur de l'Arabie Saoudite, le roi Abdelaziz, avait 37 fils.
Ils se partageaient les pouvoirs politiques et économiques.
Ce pays important accueille à bras ouverts l'homme qui contrôle
près de la moitié des réserves mondiales de pétrole.
À la mort du roi Abdelaziz,
la couronne est transmise à son fils,
qui la transmet à un autre, puis à un autre.
Salmane est devenu roi
et tout a changé.
On n'a plus affaire aux mêmes personnes.
Un nouveau roi dirige ce pays
à l'énorme emprise sur l'économie mondiale
et la lutte contre le terrorisme.
Autrefois, le Roi se reposait beaucoup sur ses frères
pour administrer le royaume.
Quand ils ont disparu,
le pouvoir s'est retrouvé concentré entre les mains de ses héritiers.
C'est ce qui nous a amenés à la situation actuelle.
15 octobre 2018 13 jours après le meurtre de Jamal
L'Arabie Saoudite autorise la police scientifique
à entrer et fouiller le consulat.
Ce n'est que le 15 octobre
que nous avons pu commencer les fouilles,
examiner et ramasser des preuves.
D'après les éléments retrouvés,
ça s'est passé dans la salle de réunion.
Retranscription, deuxième session
1er octobre 2018 21 h 48
Ils ont une mission au consulat.
Ça se passera à côté de mon bureau, pendant 2 ou 3 jours.
Je serai au consulat à 8 h.
Archives de la police d'Istanbul
C'est une pièce privée.
Nous sommes entrés.
Parfois, des lieux semblent étrangement propres.
Archives de la police d'Istanbul
Je ne sais pas ce que c'est.
Nous non plus,
alors on prélève.
Ne sachant pas ce que c'est, ils font un prélèvement.
On va demander au Consul.
Il faut demander au Consul pour tout.
Nous vous informons simplement qu'ils font des prélèvements
et des endroits où ils les font.
Il fallait voir la tête
du responsable saoudien !
Il était surpris : "Qu'est-ce que c'est ?"
Ils n'ont pas pris cette salle de réunion au hasard.
Le fait qu'ils aient choisi cette pièce
nous a amenés à conclure
qu'ils étaient en contact avec leur pays.
Avant, peut-être pendant et après l'événement.
Archives de la police d'Istanbul
Quelqu'un a très bien pu
regarder tout ce qui se passait.
Voire même donner des instructions.
Archives de la police d'Istanbul
Jamal et moi étions amis depuis 35 ans.
Ayman Nour, Ancien candidat à la présidentielle égyptienne
J'étais contre Moubarak
pour la première élection présidentielle
de l'histoire égyptienne.
Après ça, j'ai passé cinq ans en prison.
Je me suis toujours opposé au régime dans mon pays
et dans beaucoup de pays arabes.
Jamal était davantage un réformateur qu'un dissident.
La révolution égyptienne de Janvier 2011
a marqué
un tournant dans la vie de Jamal.
25 janvier 2011 Le Caire, Égypte
Le peuple demande le renversement du Président !
C'est historique. Les manifestants
à l'origine du changement en Tunisie
font basculer l'Égypte,
après presque 30 du régime de Moubarak.
Deux leaders arabes
en deux mois.
Jamal était venu place Tahrir, il était content, il participait,
comme s'il était égyptien.
Aujourd'hui, je suis allé place Tahrir. Quelle chance !
Les gouvernements arabes s'inquiètent que la révolution
ne gagne ensuite leur pays.
Jamal a été très inspiré par le Printemps Arabe.
Mais rapidement,
les contre-révolutions ont anéanti tout espoir.
3 juillet 2013 Le Caire, Égypte
Forte répression militaire en Égypte
où plus de 14 000 personnes
ont été envoyées en prison.
Qui finance ces forces anti-démocratiques,
anti-changement ?
Elles sapent les demandes légitimes du peuple.
Jamal savait que l'argent saoudien
menait les répressions du Printemps Arabe.
Un coup d'état militaire en Égypte déséquilibrerait la région.
Il a condamné ces répressions.
C'était la première fois qu'il s'opposait au régime.
Le Printemps Arabe est un véritable phénomène.
En Égypte, en Jordanie, au Maroc,
il y a des élections partout.
Le peuple s'exprime par le vote.
Alors comment l'Arabie Saoudite peut-elle continuer
à avoir une politique vis à vis du Moyen-Orient
qui permette de ramener la paix
sans reconnaître et respecter
cette partie de la population ?
Oslo, Norvège
Iyad El-Baghdadi Activiste et dissident arabe
Bonjour, John.
Je t'appelle d'un portable temporaire.
N'échangeons pas
d'informations sensibles avant ton arrivée.
Mais d'ici-là, tu peux me contacter comme ça.
Je dis souvent que Jamal et moi n'aurions pas dû être amis.
Je suis un dissident assez connu.
En 2012, il a commencé à suivre mon compte Twitter.
Il s'intéressait beaucoup aux réseaux sociaux
et au phénomène qu'ils représentent.
L'Arabie Saoudite a une population incroyablement connectée.
Il n'y a pas de liberté d'expression.
Alors Twitter est devenu le parlement des Arabes.
Comparons aux USA,
où 2 personnes sur 10 utilisent Twitter.
En Arabie Saoudite, ce sont 8 personnes sur 10.
- 80 % du pays a un compte Twitter. - Oui.
Alors s'ils parviennent à contrôler Twitter...
Ils contrôlent les comptes locaux.
Ils contrôlent le public.
L'avenir est à nous, Vision 2030
... A proposé une série de réformes économiques et sociales
sous le slogan Vision 2030.
Le programme Vision 2030, très attendu,
prévoit de changer radicalement l'image du royaume.
L'homme derrière tout ça est le prince Mohammed ben Salmane...
Mohammed ben Salmane Prince héritier d'Arabie Saoudite
Il est vu comme un chef progressiste qui vante les réformes.
Je pense que le Moyen-Orient intègrera la nouvelle Europe.
Selon ses détracteurs, MBS, comme on l'appelle,
a surtout soif de pouvoir.
Je l'ai rencontré quand il était chef de cabinet de son père.
Nous avons compris qu'il était
très ambitieux, très impatient,
et aussi le fils préféré.
Il a évincé le demi-frère du roi Salmane, le prince Mukrin
et le Prince héritier, Mohammed ben Nayef.
On le décrit comme celui qui détient le pouvoir.
Il est impliqué quasiment
dans tous les domaines du royaume.
Il émancipe les femmes,
introduit la musique et le cinéma,
et fait la guerre à la corruption.
Jamal croyait en Vision 2030.
Il soutenait MBS.
Le prince Mohammed ben Salmane promet
d'éradiquer l'extrémisme d'Arabie Saoudite.
Nous en avons besoin.
Il promet d'éradiquer la corruption et nous en avons aussi besoin.
Mais il fait toutes ces choses positives
en faisant taire les opinions divergentes.
C'est une première pour les États-Unis :
le Président s'est rendu en terre saoudienne
lors de son premier déplacement à l'étranger.
Le moment le plus important
pour Mohammed ben Salmane et Jamal
a été l'arrivée au pouvoir de Trump.
L'Amérique ne cherchera pas à imposer
son mode de vie aux autres.
Nous voulons tendre la main
dans un esprit de coopération et de confiance.
Mes sources m'ont dit
que les Saoudiens, surtout MBS,
essayaient d'approcher la maison Blanche.
Shane Harris Journaliste, The Washington Post
Surtout Jared Kushner,
gendre et premier conseiller du Président.
Mohammed pensait que c'était le moment idéal
pour s'auto-proclamer représentant
de la puissance américaine au Moyen-Orient.
Mars 2018
3 milliards de dollars, 533 millions de dollars,
525 millions de dollars.
Une broutille, pour vous. On aurait dû faire plus cher.
Jamal critiquait Donald Trump.
Trump dit qu'on doit payer pour qu'il nous protège. De qui ?
Il disait qu'il trayait notre pays.
Le régime a commencé à en vouloir à Jamal.
Il a continué à s'exprimer.
Les autorités saoudiennes ont été prises de court
par l'élection du président Trump.
Je pense que ça devrait tous nous inquiéter.
Je crois fermement
que le combat pour la démocratie au Moyen-Orient
est au cœur de tous les problèmes.
Jamal était toujours sur le fil.
Il connaissait les limites à ne pas franchir
dans ses propos.
Mais il allait toujours le plus loin possible.
Parfois, il se trompait.
Jamal Khashoggi ne représente pas le Royaume
Le ministère des Affaires étrangères a déclaré que Jamal Khashoggi
ne représentait pas le Royaume.
Jamal a été choqué par cette déclaration.
C'était un avertissement.
En 2017, Jamal commençait à être très suivi.
MBS a mis au point un plan
pour contrôler la sphère publique.
Saoud al-Qahtani, son bras droit,
a réussi à mettre en œuvre ce plan.
Il a créé une armée de soldats Twitter.
Al-Qahtani travaillait en sous-main
à soutenir le Prince héritier.
Qahtani était connu pour cibler les opposants à Riyad dans Twitter.
Jamal a reçu un appel de Saoud al-Qahtani.
Il disait avoir reçu instruction
du sommet de l'état
de lui dire de ne plus rien faire.
Ni réseaux sociaux ni articles, rien.
On m'a donné l'ordre de la fermer.
C'est effrayant. Ce n'est pas le pays qu'on veut.
Pendant cette période,
Jamal m'a appelé.
Il m'a dit qu'il étouffait, en Arabie Saoudite.
J'avais déjà peu d'espace, et on m'enferme encore plus.
Le quotidien français "Le Monde" l'a confirmé :
trois Saoudiens connus dans Twitter ont été arrêtés récemment.
805 abonnements 3,3 millions d'abonnés
Ils n'étaient pas dissidents, ces gens qu'on a arrêtés.
Ils étaient les faiseurs d'opinion de la société saoudienne,
des auteurs, des intellectuels.
Essam al-Zamil faisait partie de ces détracteurs.
Salman al-Ouda, théologien, a été réduit au silence.
Ils ont commencé à chasser tous les dissidents,
tous les activistes.
Jamal est parti d'un coup.
Il a soudainement décidé de partir.
Sans rien dire à personne.
Archives de la police d'Istanbul
Les chiens de cadavres ont exploré toute la zone.
Il n'a pas disparu comme ça.
Nous savions que certains véhicules avaient quitté le consulat
pour la résidence du Consul,
ce jour-là.
Consulat d'Arabie Saoudite
Résidence du Consul
D'après ce que nous avons trouvé,
le corps de Jamal Khashoggi
a été transporté jusqu'à la résidence du Consul.
J'en suis certain.
Dans le sol du garage, nous avons repéré un regard.
En l'ouvrant,
nous avons découvert un puits.
Nous avons voulu le vidanger dans le cadre de l'enquête.
Mais les autorités saoudiennes présentes ont refusé.
"Conformément à nos accords,
"vous ne pouvez pas travailler ici."
C'est un four.
Près de la piscine, il y avait un tandoor,
un four enfoui à 1,5 ou 2 mètres de profondeur.
La police d'Istanbul a découvert que le soir du meurtre de Jamal,
le consulat avait commandé
plus de 30 kilos de viande
dans un restaurant prisé de la ville.
Si un corps a été brûlé ici,
toute trace éventuelle d'ADN a disparu instantanément.
Nous pensons que cette commande de viande
a servi à masquer
l'odeur dégagée par la crémation du cadavre.
Bruxelles, Belgique
19 février 2019 4 mois et demi après le meurtre
Hatice Cengiz Fiancée de Jamal
On reste ensemble aujourd'hui et demain ?
Aujourd'hui, demain, et ensuite
je viens à Istanbul jeudi.
Pour la première fois, la fiancée du journaliste s'exprime.
Elle demande aux USA de reconnaître l'Arabie Saoudite comme responsable.
Elle dit vouloir se battre jusqu'à ce que tous les responsables
soient jugés.
Siège de l'Union Européenne
C'est comme un rêve étrange.
Rien de tout cela ne m'est familier.
Les caméras,
les médias...
La presse...
Je ne connaissais rien de tout ça.
On va commencer
la conférence de presse. Des questions ?
Je me demande quand tout cela va s'arrêter,
quand je retrouverai une vie normale.
Je n'en sais rien.
J'ai rencontré Jamal
lors d'une conférence sur le Moyen-Orient.
6 Mai 2018 Istanbul, Turquie
J'ai trouvé qu'il avait l'air très seul.
L'Arabie Saoudite est une monarchie vieille de 100 ans.
Les monarchies n'aiment pas le changement.
J'ai commencé à utiliser les réseaux sociaux
il y a 4 ou 5 ans.
Jamal faisait partie de ceux que je suivais.
Je ne suis pas en exil.
C'est temporaire, je rentrerai bientôt dans mon pays.
Sa décision radicale de partir pour un autre pays
m'a poussée à le suivre de plus près.
J'étais une jeune universitaire, une chercheuse aux yeux écarquillés.
J'ai spontanément eu l'idée de le rencontrer pour un entretien.
6 Mai 2018 Enregistrement de Hatice Cengiz
Je ne vous considère pas du tout comme un dissident.
Un dissident n'aime pas son pays.
Je m'inquiète. Un dirigeant qui ne croit qu'en sa propre opinion
entraîne forcément son pays vers des problèmes.
Quand une seule personne décide de tout,
ça ne va jamais.
Je ne pensais pas que ce serait le début d'une histoire d'amour.
Quand j'y repense, ça prend tout son sens.
Connaître Jamal, ça voulait dire en même temps le perdre.
Un jour, j'ai reçu
un message sur mon téléphone.
C'était Jamal :"Je suis à Washington, je vais rester ici."
C'était un mois après son départ d'Arabie Saoudite.
Il était
dévasté par cette expérience.
Sa femme avait dû divorcer.
Il a dit :"Je ne lui en veux pas,
"le régime fait pression sur elle.
"Mais j'ai abandonné mes enfants, ma famille.
"Ai-je vraiment pris la bonne décision ?"
Il vous avait contacté.
Je lui ai donné mon numéro et il m'a appelé.
Il voulait entrer en contact
avec de jeunes activistes comme moi.
12 octobre 2017 Enregistrement d'Omar Abdulaziz
La paix soit avec vous, Jamal. Comment allez-vous ?
J'aimerais vous parler d'un groupe d'activistes du golfe.
C'est un groupe de l'application Telegram.
Votre participation nous honorerait.
Ça va, si j'invite Jamal Khashoggi ?
J'ai dit que le problème était
que tout le monde
ne lui faisait pas confiance.
De quel côté est-il ?
Certains pensaient qu'il pouvait être un espion.
On ne peut pas lui faire confiance.
Il est trop dangereux.
Mohamed Soltan Activiste américano-égyptien
J'ai rencontré Jamal à Washington, Ayman Nour nous a présentés.
Nous nous entendions bien pour la nourriture,
comme la plupart des gens du Moyen-Orient.
Il m'a dit qu'il s'était installé aux USA,
qu'il était très seul,
et ne savait pas quoi faire de sa vie, à 60 ans.
Il a commencé à s'effondrer,
en me racontant que sa femme,
qu'il avait beaucoup aimée,
ne le soutenait pas.
Ses enfants non plus. Personne ne le soutenait.
Il avait tout laissé derrière lui.
Sa famille,
son pays, 60 ans de sa vie... Tout.
C'était une souffrance de tous les jours.
C'est lui qui connaissait le mieux l'Arabie Saoudite de l'intérieur.
Et voilà qu'il se retrouvait à l'extérieur.
Totalement exclu.
Je me suis dit que pour se poser émotionnellement, mentalement,
physiquement, il fallait qu'il recommence à écrire.
J'ai souffert, il y a quelques années,
quand plusieurs de mes amis ont été arrêtés
et que je n'ai rien dit.
Je ne voulais perdre ni mon travail, ni ma liberté.
Je m'inquiétais pour ma famille.
Aujourd'hui, j'ai fait un autre choix.
J'ai quitté ma maison, ma famille, mon travail.
Alors je parle.
Ne pas le faire serait trahir ceux qui croupissent en prison.
Sachez que l'Arabie Saoudite n'a pas toujours été comme ça.
Nous, Saoudiens, méritons mieux.
J'ai été l'ami de Jamal Khashoggi pendant 15 ans.
Quand il est arrivé au Washington Post,
il était aux anges. Il réalisait un rêve.
David Ignatius Rédacteur en chef adjoint
Il faut imaginer ce que c'est, d'être journaliste en Arabie Saoudite.
Dès qu'on dit quelque chose d'un peu dur on est viré.
Étude de la fusion américano-saoudienne
Pourquoi Riyad doit agir vite pour entrer au club
Il ne savait pas lâcher, quand il sentait quelque chose,
il fallait qu'il l'écrive.
Je l'ai vu se faire renvoyer à plusieurs reprises
en Arabie Saoudite.
À chaque fois parce qu'il refusait de taire ce qu'il pensait être vrai.
Malheureusement, le gouvernement m'a traité
comme si j'avais tué le Roi. que j'avais fui,
que j'étais un traître.
L'Arabie Saoudite n'a pas toujours été si répressive.
Au revoir, Jamal. On ne regrette jamais les traîtres.
N'imagine pas que tu resteras dans l'histoire.
Ils ont commencé à m'attaquer dans les médias, les réseaux sociaux.
Avec des propos diffamatoires.
Ton heure est venue, Khashoggi.
Chaque parole compte.
Les mots sont importants.
J'ai appris ça de Jamal.
Il n'avait aucune arme.
Seulement ses mots.
Ça montre toute l'étendue de leur faiblesse.
Il faut rappeler à notre peuple
ce qui se passe réellement chez nous.
J'ai décidé de faire une émission YouTube.
C'était la première
émission saoudienne à critiquer la famille royale,
le Roi, ses fils.
C'était nouveau, pour les gens.
Avoir un avis, en Arabie Saoudite, ça pose problème.
Avoir un avis avec beaucoup de public,
c'est un crime.
Mohammed ben Salmane va opprimer certains des princes.
Il va les faire chanter.
Il va leur prendre leur argent.
Il va essayer de les déposséder de leur argent, de leurs trésors.
4 novembre 2017 Riyad, Arabie Saoudite
Je vous confirme
que personne ne survivra.
Si on verse dans la corruption, qui qu'on soit,
on ne survivra pas.
C'est un véritable bouleversement qui se produit.
Purge royale en Arabie Saoudite.
Le roi Salmane a ordonné la création d'un comité anti-corruption
dirigé par son fils, le prince Mohammed ben Salmane.
En novembre 2017,
Mohammed ben Salmane rassemble
les hommes les plus puissants d'Arabie Saoudite
au Ritz de Riyad.
Il en fait une prison cinq étoiles.
Il exige d'eux beaucoup d'argent.
100 milliards de dollars.
Mohammed ben Salmane a ordonné l'arrestation
de princes, ministres et investisseurs puissants.
Certains sont ses rivaux au sein de la famille royale.
Il a peut-être cru que c'était bien pour le pays.
Peut-être.
Ou peut-être qu'il voulait tout contrôler dans le pays.
C'est aussi pour faire passer le message,
comme on dit en Amérique,
qu'un nouveau shérif est en ville.
Absolument.
Absolument.
Je soutiens vraiment ses réformes sociales.
Mais en même temps,
il n'a pas besoin
que son peuple le craigne.
Moi-même, parfois, bien que je sois à Washington,
je ne dis rien,
parce que je fais l'objet de nombreuses intimidations.
Jamal a commencé à comprendre
qu'il ne pouvait pas faire grand-chose pour son pays,
de là où il était, sauf écrire.
Le Prince agit comme Poutine
L'Arabie Saoudite provoque le désordre au Liban
Jamal Khashoggi était une sorte de boîte noire des élites au pouvoir.
Ça faisait peur au régime saoudien.
Un homme qui savait autant de choses,
à Washington,
était impossible à discréditer,
à emprisonner
ou à faire taire.
C'est facile, d'être là,
et de dire, surtout devant des Américains,
qu'il faut plus de liberté. Évidemment, tout le monde adhère.
Ali, Ali.
Je ne demande pas la démocratie, juste que les gens puissent parler.
Je demande le minimum.
Il est devenu un orateur très demandé.
Nous avons parlé à l'occasion d'une conférence à Istanbul.
Il disait qu'il se sentait seul.
J'ai dit qu'il lui fallait quelqu'un, comme tout le monde à son âge.
Turan Kachlakji, Président, Association des médias arabo-turcs
Dans le monde musulman, pour rencontrer une femme,
on vient avec ses amis, la femme fait pareil
et tout le monde se rencontre.
Jamal m'a emmené avec lui
et Hatice est venue avec une amie.
Nous avons passé un moment ensemble, à manger,
à boire du café et à marcher dans Istanbul.
Il a commencé à me parler de sa vie privée.
Jamal a regardé sa montre.
Il a dit qu'il allait rater son avion,
qu'il n'avait plus le temps.
Et puis que ça ne l'aurait pas dérangé de le rater.
C'est là que j'ai compris qu'il se passait quelque chose.
Il a dit qu'il reviendrait vite.
Jamal se lançait dans une nouvelle vie.
Il m'a dit qu'il était installé là,
aux USA, que tout allait bien.
En mars 2018, j'ai reçu un appel
de deux représentants du gouvernement saoudien.
Ils avaient un message à me transmettre
de la part de MBS.
Deux hommes. Comment s'appelaient-ils ?
Malek et Abdullah.
Ils ont dit que MBS m'appréciait beaucoup,
qu'il regardait mes vidéos
et qu'il voulait que je rentre au pays.
Vous avez enregistré ?
Oui, dès le premier échange.
10 mars 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz
MBS a dit que c'était avant tout ton pays.
Que personne ne pourrait t'empêcher de rentrer sous sa protection.
Qu'on devait te dire que tu étais sous sa protection.
Quelques semaines plus tard, il a dit
qu'ils voulaient venir à Montréal,
pour parler avec moi.
Mais qu'ils voulaient qu'un de mes frères soit présent.
Ils sont venus avec votre frère ?
Oui, avec mon frère Ahmed.
Ton frère Ahmed est un personnage intéressant.
Il est vraiment gentil, mais entre nous,
parfois, je ne crois pas
qu'il comprenne bien l'importance de la situation.
Jamal m'a mis en garde.
Il m'a dit d'éviter les lieux privés.
De ne les voir que dans des lieux publics.
De choisir des restaurants, des cafés.
De faire attention.
Qui est Malek,
qui est Abdullah ?
Pourquoi sont-ils entrés en contact avec vous
pour vous faire rentrer ?
Abdullah al-Juhani est un avocat.
Malek al-Rougi est présentateur pour MBC Network.
Ils se sont servis de Malek pour essayer de me convaincre.
"Tu pourras faire comme lui à ton retour en Arabie Saoudite.
"Tu pourrais avoir ta propre émission.
"Tu pourrais être la voix de la jeunesse saoudienne."
15 mai 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz
Il y a deux possibilités.
Soit Omar rentre au pays
et il en tire profit.
Le pays en tire profit,
parce qu'Omar travaille dans les médias,
pour des plateformes.
Sinon, Omar va en prison.
Ils ont commencé à insister.
"Pourquoi ne vas-tu pas au moins à l'ambassade
"faire renouveler ton passeport ?"
Vous aviez demandé l'asile politique au Canada.
Oui.
Je n'avais pas besoin de renouveler mon passeport saoudien.
J'avais des papiers canadiens.
15 mai 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz
Omar, l'ambassade saoudienne
attend que tu leur donnes le feu vert pour ton billet retour.
Jamal m'a dit : "Non, non, non. Ne fais pas ça.
"Ne va pas à l'ambassade."
J'ai dit que je n'irais pas.
Alors ils sont rentrés en Arabie Saoudite.
Et ton frère ?
Un mois plus tard,
j'ai appris que mon frère Ahmed
et 23 de mes amis
avaient été arrêtés.
C'est une arme contre moi, pour me faire taire.
14 juillet 2018 Enregistrement d'Omar Abdulaziz
Tu continues à publier avec ton compte personnel.
Tu vas causer du tort à tout le monde.
Surtout à tes frères. Nous ne voulons pas qu'ils souffrent.
Vous aviez dit que j'étais sous la protection de MBS.
Quel genre de protecteur enferme mes amis et mes frères ?
Où est son honneur ?
Où est la décence d'un homme capable de ça ?
Celui qui fait ça n'a pas d'honneur, pas de parole.
Rien ne peut l'arrêter.
Raconte-moi ton rêve, mon amour.
Septembre 2018 Message vocal de Jamal
La sensation que tu me touches profondément
me donne envie de te voir ces prochains jours,
dès que possible.
Il m'a dit qu'il était malheureux, aux USA, trop seul.
Je fais des cauchemars, je me réveille déprimé.
Avec toi, ça s'arrêtera.
Tu mérites le meilleur.
Merci d'être entrée dans ma vie.
Je veux te rendre heureuse.
Je n'avais jamais connu d'histoire
avec une telle communion d'idées et de cœur.
Jamal m'a demandé comment nous pourrions avancer ensemble.
"Qu'en penses-tu ?" a-t-il dit.
Jamal m'a rappelé.
"J'ai décidé d'épouser Hatice."
J'ai dit que c'était formidable.
Mais il avait une chose à me demander.
"Tu es mon meilleur ami.
"Tu vas aller parler à son père.
"Tu vas lui dire qu'on veut se marier."
Mon père était un peu perturbé, quand il a vu Jamal.
Je ne sais pas comment il l'imaginait.
Le père m'a dit
qu'il trouvait que c'était un homme âgé.
Je lui ai dit
qu'en amour,
l'âge n'avait pas d'importance.
Mon père m'a dit qu'il faudrait que j'assume ça.
Il m'a demandé si ça en valait la peine.
Septembre 2018 Message de Jamal
Tu es intelligente et forte.
Tu as les qualités qui feront de toi
l'un des plus grands auteurs
de Turquie, parmi ceux qui connaissent le monde arabe.
Je t'aime parce que tu es Hatice.
Je suis attiré par toi
en tant qu'intellectuelle et journaliste.
Je pensais que Jamal apporterait quelque chose de bien
à l'humanité.
Que si je devais passer ma vie avec quelqu'un,
ça ne pouvait être qu'un homme comme lui.
Je voulais l'accompagner, rester à ses côtés.
Sinon, on traverse la vie comme ça.
On naît, on grandit, on mange, on dort, on voyage.
C'est la personne avec qui on fait ça qui donne un sens à la vie.
Je t'aime très fort. À très bientôt. Au revoir.
Bonne fête à notre nation.
Les temps sont durs, mais ça passera.
Tu n'auras pas la paix.
Le plus dur, ce sont les traîtres.
À l'été 2018, ils l'attaquaient tous les jours.
Ils le menaçaient pour le faire taire.
La pire chose est la trahison.
Jamal pensait que tout le pays était contre lui.
Dieu se vengera de toi.
Ça l'affectait.
Tu n'as pas de patrie.
Il m'a dit : "Parfois, je n'ai plus envie
"de parler de quoi que ce soit, de donner mon avis."
J'ai dit qu'il était juste une victime
de ceux qu'on appelle les mouches.
Le gouvernement a engagé des milliers de personnes,
chacune utilise entre 10 et 20 comptes.
Dès qu'une critique du gouvernement est publiée,
une nuée de mouches arrive.
Elle attaque avec des centaines de commentaires négatifs.
En quelques minutes, la publication est noyée
sous des commentaires pro-régime.
La publication originale disparaît.
Chaque mouche fait aussi des publications pro-régime
qui soutiennent la vision de MBS.
Chaque mouche partage des milliers de publications comme ça.
Ce faux discours gouvernemental devient ainsi le sujet central.
Ainsi fonctionne le monstre Twitter, créé par Saoud al-Qahtani,
avec le chef des soldats au sommet.
Quand j'ai expliqué ça à Jamal,
il a été surpris.
On a la sensation qu'une armée nous attend à Médine.
Mais ce n'est pas le cas.
Enregistrement d'Omar Abdulaziz
Les mouches sont des armes.
Nous devons employer les mêmes armes
ou en créer une meilleure.
J'ai dit que la meilleure solution
serait de créer nous aussi une armée.
Je pouvais trouver des centaines de volontaires
en Arabie Saoudite, au Koweït, au Yémen, dans des pays arabes.
Chacun disposerait de deux ou trois téléphones
pour créer des centaines de comptes.
Mais il faudrait d'abord s'assurer qu'ils soient protégés.
Quiconque publie depuis l'Arabie Saoudite
est immédiatement identifié,
car le gouvernement possède tous les réseaux.
Pour masquer leur identité,
ils doivent disposer d'une protection américaine ou canadienne.
Pour combattre ces mouches,
nous créons l'armée des abeilles.
Nous rassemblons les volontaires en groupes de 40 ou 50 abeilles.
Chacune sera supervisée par un lieutenant.
Une fois un ordre donné,
chaque lieutenant transmettra à ses soldats la publication
ou le mot-clé à défendre.
Mais notre méthode sera différente.
Nous n'engagerons pas des gens pour en attaquer,
en insulter ou en menacer d'autres.
Nous allons juste dire aux gens ce qui se passe vraiment chez nous.
Nous leur donnons la liberté de dire ce qu'ils veulent.
Les mouches attaqueront.
Mais si nos chiffres sont meilleurs,
nous pourrons surmonter cette machine de propagande.
Enfin, la liberté d'expression existera dans le royaume.
Jamal était enthousiasmé par cette idée.
Il a dit que c'était brillant, qu'il adorait.
Il m'a dit :"Fais-le." Et moi :"Comment ça ?
"Je n'ai pas d'argent."
Un mois plus tard, Jamal m'a fait un premier virement.
J'ai acheté les premières cartes SIM.
Je lui ai dit :
"Si tu commences à travailler avec nous,
"tu changes de catégorie.
"Tu n'es plus un simple journaliste.
"Tu deviens un dissident."
Il a voulu qu'elle soit voyante, grosse, chère.
J'ai dit que je ne pouvais pas porter ça.
Qu'il me fallait une petite bague simple.
Où que la route nous mène,
quels que soient nos moyens,
notre décision était prise,
Jamal et moi voulions nous marier.
Début septembre,
Jamal m'a dit qu'il prévoyait de venir au Canada.
Il a dit qu'il avait des choses à faire en Turquie.
Qu'il viendrait après.
Nous avons monté ensemble le plan des abeilles.
C'était notre stratégie.
Nous avons commencé à chercher un endroit où habiter.
Jamal a acheté un appartement. Il était magnifique.
Il s'était acheté un fauteuil relax.
Vous n'imaginez pas comme il était content.
J'ai demandé à 6 ou 7 de mes copains
de créer entre 5 et 10 comptes.
Nous voulions juste montrer de quoi nous serions capables.
#LibérerLeJournaliste #VoixRéduitesAuSilence
J'étais tellement contente !
Comment allait être notre mariage ?
Je ne voulais pas d'une grande cérémonie.
Ça avance bien.
Mais il faut répartir des téléphones dans d'autres villes.
Chaque chef de groupe recevra une liste de noms à défendre.
Demain, nous leur donnerons une leçon de liberté.
Il ne restait plus qu'une formalité avant de pouvoir nous marier.
Il devait obtenir un document attestant qu'il n'était plus marié
auprès de son consulat.
J'ai eu beau mobiliser des centaines d'abeilles,
nous étions encore loin de faire le poids face aux mouches.
Tout le monde publie dans son coin.
À nous tous, nous avons des milliers d'abonnés.
Impossible d'avoir un unique mot-clé.
Il avait peur d'être emprisonné, ou qu'on garde son passeport.
Je lui ai proposé qu'on y aille ensemble.
Il a dit : "D'accord. Essayons."
Jamal m'a dit que ça allait être une longue aventure,
que je devais être patient.
Alors j'ai continué à travailler, j'ai essayé de nouvelles stratégies.
Nous avons concentré nos efforts sur un mot-clé.
"Que savez-vous des abeilles ?"
28 septembre 2018 5 jours avant le meurtre de Jamal
Nous sommes arrivés au consulat vers 10 h 30, 11 h.
Ils l'ont accueilli avec respect.
Ils ont dit avoir besoin de temps
pour préparer les documents.
Dès que Jamal Khashoggi
arrive au consulat,
un plan très précis se met en œuvre.
28 septembre 2018, 13 h 22 - 20 h 06
Je viens de le voir. Il revient dans 5 jours.
Si Dieu le veut. J'en informe le bureau d'Al-Qahtani.
Dès qu'il est parti, ils ont appelé le bureau d'Al-Qahtani.
Comme il avait été très bien accueilli,
il est sorti du consulat détendu. Il m'a rejointe.
Il m'a parlé, ce jour-là,
le 28 septembre. Il était content.
#QueSavezVousDesAbeilles
C'est là que tout a basculé.
Ça commençait à prendre.
Trois ou quatre jours plus tard,
15 officiers de l'état saoudien sont arrivés.
1er octobre 2018, 21 h 48
Une commission arrivera d'Arabie Saoudite demain.
Ils vont faire quelque chose à mon étage.
Ceux qui ont commis le meurtre
n'ont fait qu'obéir aux ordres qu'on leur avait donnés.
Nous étions vingtièmes en Arabie Saoudite.
Quelques heures plus tard, dixièmes,
septièmes.
La mission est top secret.
Personne ne doit l'apprendre.
Jamal était étonné.
Il a décidé de publier avec notre mot-clé.
Les abeilles aiment leur patrie.
C'est là qu'on a réussi.
Nous étions le premier mot-clé d'Arabie Saoudite.
Les abeilles se réjouissent...
Cette publication est un désastre. Ah, ah.
Encore un peu de temps.
Mais tout à coup,
il a cessé de répondre.
Il était parti. Envolé.
Tout va bien ?
2 octobre 2018
J'ai reçu un appel d'Hatice.
Elle ne savait pas quoi faire. Elle était devant le consulat,
il était 17 h,
et Jamal n'était pas ressorti.
C'était grave.
J'ai dit que je la rappelais et j'ai commencé à téléphoner.
J'ai appris ça alors que je rentrais chez moi.
Mes amis étaient tous en train de m'appeler.
Fatih Oke, Directeur, Association des médias arabo-turcs
"Jamal Khashoggi fait la une."
J'ai appelé quelques journalistes
installés à Istanbul,
à Reuters, Al Jazeera,
au Washington Post.
Il n'y a pas de mode d'emploi, dans ces cas-là.
Mais il fallait agir vite.
En quelques heures, nous avons diffusé une lettre
par l'intermédiaire de l'ambassadeur et du gouvernement des USA
à l'attention du Prince héritier.
J'ai appelé des gens du gouvernement turc,
le porte-parole du Président.
J'étais au quartier général
avec le Président, en réunion.
Je lui ai fait passer un message.
J'ai demandé à rencontrer l'ambassadeur saoudien aux USA.
C'était le frère du Prince héritier.
Il m'a d'abord dit qu'il se renseignait.
J'ai dit :"Je sens qu'il se passe quelque chose de grave.
"Il faut faire quelque chose."
Vous avez tout de suite...
Bien sûr, tout de suite.
- Prévenu Erdogan. - Je lui ai transmis un message.
Recep Tayyip Erdogan Président de la Turquie
Je reste optimiste.
J'espère seulement
que nous ne connaîtrons pas une situation contrariante.
À la fin de la soirée, j'ai commencé à sentir
qu'il s'était passé quelque chose de grave.
Mais nous n'aurions jamais pu soupçonner
qu'il avait été tué. Jamais.
Le premier jour, il y avait
entre 10 et 12 journalistes qui nous attendaient dehors.
Le lendemain, ils étaient 100.
Deux jours plus tard,
200.
Nous demandons qu'il soit libéré
immédiatement s'il est en vie.
Je suis certain qu'il est à l'intérieur du consulat.
Nous attendons sa sortie.
Nous resterons ici jusqu'à ce qu'il sorte.
Personnellement, j'étais sûr
dès le deuxième jour qu'on ne reverrait pas Jamal.
Jamal Khashoggi est entré ici
et à l'heure où nous vous parlons,
nous n'avons aucune preuve qu'il soit sorti.
Tout le monde parlait de son histoire.
Les autorités, les médias,
le monde entier.
Je ne savais pas quoi faire.
Les autorités consulaires
ne peuvent pas se contenter de dire qu'il est parti.
Cela m'inquiète, je n'aime pas en entendre parler,
j'espère que ça finira par se résoudre.
Pour le moment, personne ne sait rien.
Mais c'est une vilaine histoire. Ça ne me plaît pas.
Merci. Je vous retrouve à 19 h.
Je ne sais pas ce que tu es devenu.
Dieu seul le sait.
Dieu seul sait aussi l'ampleur de ma souffrance.
Je ne sais pas ce que tu es devenu.
Dieu seul le sait.
Je ne te laisserai pas tomber.
Je te défendrai toujours.
Porte-toi bien.
Ce jour-là, nous nous sommes retrouvés
en territoire inconnu.
Fahrettin Altun, Directeur de la communication turque
Ce qui est arrivé à Jamal Khashoggi était tellement étrange,
tellement impensable que nous avons dû
annoncer son meurtre deux fois.
Les premiers que nous avons appelés
ont refusé de publier l'histoire.
Ils disaient que c'était barbare et incroyable.
Information spéciale : les autorités turques
semblent penser que le journaliste Jamal Khashoggi a été tué.
Le gouvernement saoudien n'a pas cessé de nous mentir.
L'Arabie Saoudite nie fermement
avoir enlevé, blessé ou tué Khashoggi.
Le pays reconnaît pourtant maintenant
qu'il est mort dans ce bâtiment.
Ils ont dit qu'il s'était étouffé accidentellement.
Puis qu'il avait eu une réaction à un médicament.
Le gouvernement dit désormais qu'il est mort dans une bagarre.
Les déclarations saoudiennes sont une série de non-sens.
C'est n'importe quoi.
Nous savions qu'ils essaieraient de cacher tout ça
s'ils en avaient la possibilité.
Il fallait donc garder le meurtre de Khashoggi
sur le devant de la scène aussi longtemps que possible.
Un agent saoudien
a été filmé à Istanbul par une caméra de surveillance
avec sur lui les vêtements de Khashoggi.
Nous avons préservé certaines pièces accablantes,
comme l'histoire de la doublure,
pour maximiser l'effet.
Cet homme devait faire diversion.
Il s'est débarrassé des vêtements dans des toilettes publiques.
Il a retiré sa fausse barbe,
il a rassemblé tout le déguisement
et a tout mis à la poubelle.
Ils voulaient éliminer ce problème.
Le plus simple
était de rejeter la responsabilité sur la Turquie.
Le Washington Post vient de publier
le dernier article écrit par Jamal Khashoggi,
transmis peu avant son entrée au consulat saoudien en Turquie.
Beaucoup de questions restent encore sans réponse
dans sa disparition.
La résidence du Consul a été fouillée aujourd'hui.
Je n'ai jamais imaginé qu'on puisse tuer quelqu'un dans un consulat.
Je trouvais ceux qui croyaient ça ridicules.
Je n'y croyais pas.
Je ne pouvais pas y croire.
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Pourquoi y a-t-il du noir ?
Nous avons dû relever ses empreintes pour l'enquête et les archives.
Nous sommes désolés.
Mais tout a disparu.
Ses affaires étaient ici.
Nous avons aussi dû prendre ses affaires pour l'enquête.
Nous vous les rendrons dès que possible.
Je n'ai admis que l'incident était un véritable assassinat
que le 19 octobre, avec la déclaration officielle saoudienne.
Nous continuons de suivre la situation en Arabie Saoudite
où le Procureur général a conclu
l'enquête préliminaire concernant Jamal Khashoggi.
Il a annoncé sa mort. Paix à son âme.
L'enquête se poursuit.
Après ça, j'ai perdu tout espoir.
Nous connaissons l'identité
de tous ceux qui ont participé au meurtre.
Les 15 personnes arrivées en Turquie,
les trois officiers consulaires
qui ont participé au meurtre.
Nous avons émis des mandats d'arrestation.
Ces gens qui sont venus
sont de hauts officiers de l'état saoudien.
Abdulhamit Gül Ministre de la justice, Turquie
Ils ont tous des parcours très spécialisés.
Le plus important, le plus haut placé est Maher Mutreb,
parce qu'il fait partie
de la sécurité du prince Ben Salmane.
C'est lui qui a dirigé l'opération et donné les instructions à Istanbul
de procéder au meurtre de Jamal Khashoggi.
Un autre homme est venu, spécialiste de la police scientifique,
Al-Tubaigy.
Il est notamment expert en matière d'autopsie,
et de démembrement de corps.
Mais ces gens ne sont que des pions,
ils ne font qu'obéir à des ordres.
La cour a émis deux mandats d'arrêts supplémentaires
dans l'affaire du meurtre.
Ahmed al-Assiri, numéro deux des services de renseignement,
et proche conseiller du Prince héritier.
Saoud al-Qahtani, conseiller auprès de la cour royale,
et bras droit du prince Ben Salmane.
Actuellement, le dossier de l'enquête
comporte des mandats d'arrêt internationaux
et des notices rouges d'Interpol
pour 20 suspects.
Ils ont enfreint la loi turque.
Le crime a été commis en Turquie.
On a donc le droit de les traduire en justice.
Adel al-Joubeir, ministre saoudien des Affaires étrangères
La victime est un citoyen saoudien.
L'incident a eu lieu au consulat saoudien d'Istanbul.
C'est donc une affaire interne au Royaume.
Le procureur général,
à l'issue d'une enquête conjointe
avec son homologue saoudien, a fait une déclaration.
"Les discussions n'ont apporté
"aucun résultat concret, malgré la quête de vérité des Turcs."
J'ai dit au procureur :
"Travaillez avec nous.
"Coopérez sincèrement.
"Mettons la vérité au jour."
Que pouvez-vous dire sur l'enquête ?
Où est le corps de Khashoggi ?
Je sais pourquoi Jamal a été tué.
C'est à cause de moi.
J'ai reçu un appel : il y avait une cyber-attaque saoudienne
contre des dissidents au Québec, au Canada.
On m'a demandé si j'avais des noms à donner.
J'ai dit :"Non. S'ils attaquent quelqu'un,
"ce sera forcément moi."
Je m'appelle John Scott-Railton.
Je suis expert chercheur pour The Citizen Lab.
Nous sommes un groupe de chercheurs,
d'enquêteurs, qui essayons de comprendre
les attaques numériques contre la société civile,
les journalistes, les activistes,
tous ceux
qui contribuent de façon essentielle à faire vivre la démocratie.
C'est presqu'un miracle, que nous ayons trouvé Omar,
un miracle qu'il ait survécu aussi longtemps.
Le marché mondial de l'espionnage est en pleine croissance.
Des gouvernements veulent écouter
les appels cryptés, lire les conversations.
Ils peuvent le faire, parce que tout passe par leur réseau.
La solution, c'est de pirater le téléphone.
John Brennan Directeur de la CIA, 2013-2017
La CIA savait-elle que les saoudiens avaient des logiciels israéliens ?
Je ne peux ni nier, ni confirmer, mais nous savons des choses.
Je peux aussi dire
que les services saoudiens avaient la possibilité de savoir
ce que leurs citoyens ou même des ressortissants étrangers
faisaient au sein du royaume et en dehors.
L'Arabie Saoudite est clairement
un acteur important dans ce domaine.
Pendant toute ma carrière,
je me suis concentré sur les 4 plus importants :
la Russie, la Chine, l'Iran, la Corée du Nord
et je pense qu'on peut dire que l'Arabie Saoudite
dispose de capacités comparables en matière de cyber-attaques.
Les gens doivent comprendre
à quel point il est facile d'accéder à ces outils.
Contrat
État d'Israël Ministère de la Défense
Grâce à une entreprise israélienne, NSO,
les Saoudiens disposent du meilleur outil de piratage
qu'on puisse se payer.
Pegasus, deuxième version.
Empreintes MMS
Extraction des messages entrants et sortants
Pegasus est un logiciel
qui offre la possibilité
d'infecter un téléphone
pour en faire un espion numérique dans la poche
de la victime.
Il peut récupérer
des conversations privées et cryptées,
des photographies, des messages.
Il peut même déclencher
le micro ou la caméra, faire du téléphone un mouchard.
Ils envoient un lien vicié
qui a l'air normal.
Ça peut être une carte d'embarquement.
On clique et ça s'enregistre normalement.
Mais en même temps,
ça télécharge quelque chose.
Une fois le téléphone infecté,
l'utilisateur de Pegasus dispose d'un accès illimité à l'appareil.
Pensez à votre téléphone,
les gens à qui vous parlez, les photos que vous prenez,
les endroits où vous allez,
ce que vous dites en présence du téléphone,
c'est une énorme partie de votre vie.
Ce sont des données extrêmement intéressantes
pour quelqu'un qui voudrait vous surveiller,
savoir ce que vous faites et détourner votre activité politique.
Une fois que Pegasus contrôle un téléphone,
la partie est terminée.
Quand ils m'ont trouvé, ils m'ont posé une question anodine,
enfin, c'est ce que j'ai pensé sur le coup.
"Où vas-tu tous les jours entre 17 et 20 h ?
Pour transmettre des informations, un appareil infecté
doit communiquer avec un serveur qui le contrôle.
Il doit envoyer un signal chez lui.
Nous avons développé une technique
pour identifier les réseaux empruntés
par des appareils infectés.
À Montréal, à l'été 2018, nous avons découvert
qu'il y avait un appareil comme ça dans un réseau universitaire.
Il répondait à un groupe de serveurs
qui faisait partie du système Pegasus saoudien.
"Où vas-tu tous les jours entre 17 et 20 h ?"
"Pardon ?"
Il a dit :"Non, je n'insinue rien.
"Je veux juste vérifier.
"Nous savons que celui qui est piraté
"change de borne wifi tous les jours de 17 à 20 h."
J'ai dit que j'avais compris.
"De 17 h à 20 h,
"je vais à la salle de sport de l'université."
Alors il a dit : "Pouvons-nous nous rencontrer ?"
Nous sommes allés à Montréal rencontrer Omar.
Nous avons pu trouver le message
dans son téléphone
qui a dû générer l'infection.
Ça ressemble à une notification de livraison de DHL.
Mais ça n'en est pas une.
Ils ont pu le confirmer.
En piratant mon téléphone,
ils avaient tout. Absolument tout.
Regardez les abeilles célébrer la fête nationale.
Ils savaient que Jamal communiquait avec des activistes, des dissidents.
Ils savaient qu'il nous avait financés.
Il avait travaillé pour le régime pendant des années, des décennies.
Il connaissait leurs secrets.
Pour MBS, il était devenu un ennemi d'état.
Ce n'était plus un simple journaliste,
mais un dissident.
C'est pour ça que Jamal a été tué.
Pour ça que mes amis, mes frères ont été arrêtés.
Par dizaines. Par dizaines.
Ahmed Abdulaziz Enregistrement d'Omar Abdulaziz
Frère, je te jure, je n'en peux plus. Dieu ait pitié de notre mère.
Je te jure, tout ça est entre nos mains.
Pour m'aider, il faut te taire. Que Dieu t'apporte la joie. Arrête !
Je te jure devant Dieu que ça m'aidera.
Pour l'amour de notre mère, je t'en supplie, arrête.
Deux de mes frères sont encore en prison.
Mon frère Majid a été
sévèrement puni, torturé.
Il a perdu ses dents.
C'est mon plus jeune frère.
Il a tout juste 19 ans.
Quand j'y pense, je me demande
pourquoi c'est lui qui est puni ?
Nations Unies Genève, Suisse
Agnès Callamard Rapporteur spécial, Nations Unies
Quand on étudie l'Arabie Saoudite ces deux ou trois dernières années,
avec les campagnes contre une série d'acteurs,
du point de vue des droits de l'homme,
il y a des éléments qu'on ne peut pas ignorer.
Tout suggère que le Prince héritier
doit faire l'objet d'une enquête.
Bien que pour le moment, ça n'ait pas été le cas.
Je suis rapporteur spécial
nommé par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU.
J'ai pour mission d'étudier, de rapporter
et d'engager des discussions pour tout ce qui concerne
les meurtres extrajudiciaires ou arbitraires.
2 octobre 2018 3 h 55
Parmi l'équipe de 15 personnes,
8 sont arrivées en jet privé
avec autorisation diplomatique.
Deux membres de l'équipe avaient un passeport diplomatique.
Ces éléments en font une opération d'état :
une opération conduite par des agents de l'état,
avec les moyens de l'état.
Pour moi, c'était très clair :
il fallait que les Nations Unies interviennent.
Le rapporteur spécial des Nations Unies,
Agnès Callamard, et sa délégation,
quand ils ont découvert les détails,
ont tous été choqués.
Vous avez le droit d'entrer ? Les Saoudiens l'autorisent ?
Toutes les preuves
en lien avec le meurtre de Khashoggi
ont été partagées avec les autorités.
2 octobre 2018 13 h 02
J'espère que ça va être facile.
Dans certains des enregistrements qui précèdent l'assassinat,
le docteur, Tubaigy, explique comment le corps
va être démembré...
On va le diviser. Pas de problème.
Le tronc et les hanches rentreront dans un sac ?
Rires.
Ça ne rentrera pas. 1,80 mètre.
Ça fait au moins 90 cm.
"Les articulations seront divisées, ça ira.
"Mais pour couper la chair,
"ça risque d'être plus dur."
C'est la première fois que je découpe un corps au sol.
Rires.
Même un boucher, il suspend les carcasses.
Rires.
"Si on le découpe et qu'on prend des sacs plastiques, c'est bon,
"on pourra l'emballer."
Ensuite, le Dr Tubaigy demande
si la victime sacrificielle est arrivée.
À son arrivée au consulat...
Mohammed al-Otaibi Consul
Il a reconnu le Consul.
Il a fait une remarque : "Tiens, vous êtes là."
On le conduit au bureau du Consul,
au deuxième étage.
2 octobre 2018 13 h 13
Oui, par ici. Entrez.
- Que la paix soit avec vous. - Et avec vous.
- Comment ça va, au consulat ? - Vous buvez quelque chose ?
Vous ne prévoyez pas de rentrer ?
Mais si, pourquoi pas ?
La conversation s'oriente vers son retour en Arabie Saoudite.
M. Khashoggi dit qu'il aimerait vraiment rentrer un jour,
mais pas tout de suite.
Il y a une solution.
Dites-moi.
Il y a une notice d'Interpol pour votre retour.
M. Khashoggi affirme qu'aucune charge ne pèse contre lui.
Il dit rapidement que quelqu'un l'attend dehors.
Si je disparais, ils vont donner l'alerte.
- Votre femme est dehors ? - Oui. Pourquoi faites-vous ça ?
Envoyez-lui un message. C'est un ordre.
Écrivez à votre fils.
- Je me sens pris au piège. - Écrivez.
On sent la peur grandir dans sa voix.
- Vous n'avez pas le droit. - Vite. Enlevez la veste.
- On ne fait pas ça dans un consulat. - Vite, votre veste.
Vous êtes en train de m'attaquer ?
On va vous ramener en Arabie Saoudite.
Ensuite, ce sont des bruits de lutte.
Je vois une serviette, c'est pour quoi ?
On va vous anesthésier.
Quelqu'un lui met la main sur la bouche.
Bruits de lutte.
Étouffement, cris, respiration bruyante.
Ils lui mettent probablement un sac en plastique sur la tête.
En avant. Voilà. Son bras. On y est presque.
Laisse-le pousser. Prends celui-là. Tiens-le. Continue.
Il s'est évanoui ?
Il ne peut plus parler.
Soulève-lui la tête.
Appuie. Ne bouge pas la main.
Ça y est presque.
Voilà, c'est bon.
- Vite, sur la tête. Emballe-le. - Les vêtements.
On entend les autres personnes
qui luttent et qui demandent s'il s'est évanoui.
"Mets ta main là. Continue à appuyer."
Il suffoque pendant
sept minutes trente.
Prends la corde.
- Soulève-le. - Les pieds.
Enlève-lui son pantalon.
- Maintenant. - Que personne n'entre.
Le plus difficile, dans ces enregistrements,
ce sont les bruits
vers la fin.
Ils commencent à découper le corps.
Avec une scie à os.
Laisse-moi les sacs.
Arrête. Ce sac-là, à part. Je le prends à part.
On les emporte à Riyad, pour les empreintes.
Je me suis dit qu'en arrivant dans le consulat,
il était un homme digne.
Un homme courageux.
Quand ils l'ont traîné,
poussé, tabassé,
qu'a-t-il pu ressentir ?
Ce n'était pas quelqu'un qu'on pouvait traiter comme ça.
C'était donc très douloureux pour moi de vivre ses derniers instants.
D'imaginer comme il a souffert.
L'amertume, la peine qu'il a dû ressentir pour son peuple
qui le traitait ainsi.
Il ne le méritait pas.
Il n'avait pas imaginé le mal qu'il y avait en eux.
C'est un régime qui voit les gens comme des esclaves.
"Vous êtes les serfs des terres qui m'appartiennent
"et vous osez me défier ?"
Au début, Mohammed ben Salmane se moquait
que les gens sachent ce qui était arrivé à Jamal.
Il fallait le tuer d'une manière
qui envoie un message à tous les autres.
Car si on peut tuer quelqu'un comme Jamal,
qui ne peut-on pas tuer ?
On peut tuer n'importe qui.
Le Roi a nié catégoriquement être au courant.
Je ne suis pas dans sa tête,
mais d'après ce que j'ai compris, ça pourrait être
des tueurs isolés. Qui sait ?
23 octobre 2018 Riyad, Arabie Saoudite
Des leaders du monde entier se retrouvent en Arabie Saoudite
pour le Davos du désert.
Quelques semaines après le meurtre,
il y a eu une conférence importante en Arabie Saoudite.
Le Davos du désert
doit faire la promotion du programme de réformes
de MBS pour le royaume.
Le Davos du désert, c'était essentiel pour Vision 2030.
Ça a tourné au fiasco pour MBS.
L'histoire de Jamal
a focalisé toute l'attention du public aux USA
et dans le reste du monde.
Ça risque d'anéantir tout espoir pour MBS
de moderniser le royaume.
Il a besoin d'investisseurs,
de gens qui investissent dans le royaume.
Et pour le moment, il est perçu comme toxique.
La pression monte pour les Saoudiens,
plusieurs responsables de presse
et d'entreprises américains
se sont retirés d'une conférence majeure à Riyad.
La conférence a lieu
et beaucoup d'invités importants n'y vont pas.
Jeff Bezos devait être l'invité surprise.
C'est quelqu'un qui est en relation directe avec MBS.
Ils s'envoient des messages.
Ils parlent business, ils parlent de leurs projets communs.
Il devait annoncer un gros contrat lors de cette conférence.
Mais après le meurtre, Bezos a coupé les ponts avec MBS.
Bezos détient le Washington Post, Jamal travaillait donc pour lui.
C'est comme si MBS s'attendait à ce que Bezos dise :
"Je contrôle le journal,
"je vais les museler, leur dire de ne pas en parler."
Mais une fois au pied du mur,
Bezos n'est pas intervenu quand le Washington Post
a lancé sa campagne
"Justice pour Jamal".
Une vie volée
Pour MBS,
c'était une trahison.
Nous réclamons la vérité
Nous avons la preuve qu'après le Davos du désert,
le téléphone de Jeff Bezos a été infecté
par un logiciel malveillant.
Cette technologie est arrivée dans son téléphone
par l'intermédiaire d'un message du Prince héritier.
Je suis rapporteur spécial auprès des Nations Unies
pour la liberté d'opinion et d'expression.
Le travail que je fais depuis 18 mois environ
se concentre sur la surveillance individuelle.
Message contenant une vidéo envoyé par MBS à Bezos.
En 2018, une vidéo a été envoyée
du compte WhatsApp de MBS au téléphone de Jeff Bezos.
Ensuite, on voit
une forte augmentation
des données sortant du téléphone.
Ce n'est qu'après le meurtre de Jamal Khashoggi
que le Washington Post est devenu une cible pour l'Arabie Saoudite.
C'est exactement à ce moment-là
que le National Enquirer a dit à Bezos
qu'ils avaient des preuves d'une liaison adultère.
L'équipe de sécurité de Bezos a ainsi découvert
que son téléphone avait pu être piraté.
En même temps,
Bezos recevait des messages WhatsApp de MBS un peu étranges.
Tout ce que tu entends dire est faux.
En résumé :"L'implication supposée de l'Arabie Saoudite
"est un mensonge."
Si MBS a envoyé ce genre de messages,
c'est qu'il avait connaissance
de ce que Bezos savait de l'implication saoudienne.
Supprimer Amazon ?
Ensuite, il y a une importante campagne saoudienne en ligne
contre Jeff Bezos.
Le but était d'humilier, de punir Bezos.
C'était exactement la même chose qu'avec Jamal.
Le simple fait que MBS ait la possibilité
de faire surveiller
l'un des hommes les plus riches au monde,
c'est non seulement frappant mais aussi effrayant.
4 décembre 2018 Washington D.C.
La directrice de la CIA, Gina Haspel,
a informé un groupe choisi de sénateurs haut placés
des circonstances de la mort du journaliste Jamal Khashoggi.
Gina Haspel, qui dirige la CIA, a rencontré les Turcs.
Elle voulait entendre les enregistrements.
Son travail est d'apporter des informations aux politiques
pour qu'ils prennent des décisions.
Dans ce cas-là, c'était différent.
Si le Prince héritier
comparaissait devant un jury, il serait condamné en 30 minutes.
- Pour meurtre ? - Oui.
Ils nous achètent pour des centaines de milliards de dollars de produits.
Je ne vais pas détruire l'économie du pays
en jouant aux idiots avec l'Arabie Saoudite.
Ce n'est pas un pistolet fumant mais une scie fumante.
Il faudrait être aveugle pour ne pas arriver à la conclusion
que tout a été orchestré par des gens
sous les ordres de MBS.
MBS vous a-t-il menti ?
Il m'a dit n'avoir rien à voir avec ça...
Et s'il mentait ?
Il y a juste quelques jours.
Vous faites avec, car vous avez besoin de lui ?
Saura-t-on jamais vraiment ce qui s'est passé ?
En 20 ans à m'intéresser aux renseignements,
je n'ai jamais vu de conclusions de la CIA
qui soient aussi affirmatives concernant le rôle d'une personne
dans un événement.
À part le Président, tout le monde reconnaît
que MBS a ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi.
Nous...
Nous avons donné les enregistrements
à l'Arabie Saoudite
et aux USA.
Aux Allemands, aux Français, aux Anglais, à tout le monde.
Jamal Khashoggi avait un rêve :
être la voix de ceux qui ne peuvent pas parler.
C'était sa vision des choses.
Manama, Bahreïn 19 décembre 2014
Bonjour.
Bienvenue dans cette conférence de presse
au sujet d'une nouvelle chaîne télé
au Moyen-Orient.
Jamal voulait lancer une chaîne de télé.
Un nouveau canal de communication
qui soit libre de la tyrannie et de la propagande de l'état.
Il s'agit d'une chaîne publique
qui respecte les règles
traditionnelles du journalisme,
l'objectivité, la fiabilité, la neutralité.
Rien à voir avec l'armée des abeilles,
c'était bien plus grand que ça.
J'ai une question au sujet des libertés.
Y a-t-il des limites à ne pas franchir à Al-Arab ?
Bien sûr, qu'il y a des limites.
Et nous allons les repousser.
Alors qu'est-ce qui est interdit ?
Rien n'est interdit.
- Pas de liste noire ? - Non.
Le premier jour de diffusion,
Jamal a invité à l'antenne
des dissidents shiites,
ceux que les autorités bahreïnies craignaient le plus.
Jamal a dépassé les limites.
Il savait qu'une fois qu'on a peur
d'affirmer son opinion,
de critiquer qui que ce soit,
il n'y a plus de liberté d'expression.
Il avait fallu des années de préparation,
des dizaines de journalistes,
de présentateurs, et de producteurs recrutés par Jamal,
des interviews dans le monde entier,
des millions de dollars injectés dans le projet.
Et ça n'a duré qu'une seule journée.
La chaîne a été fermée.
Comme je vous l'ai dit, à un moment,
j'ai cru en Jamal et ses idées.
Et lui aussi a cru en moi.
Allez, les gars. Faites attention.
Quelques semaines avant sa mort,
nous avons parlé de faire un talk show.
Une émission YouTube qui s'adresse
aux jeunes.
Ça s'appelle "Dis-le et va-t'en".
Jamal avait l'habitude de dire :
"Dis ce que tu as à dire et va-t'en."
Je le cite.
Avant, je faisais ça tout seul avec un cadreur.
Maintenant, j'imagine des millions de spectateurs.
Si Dieu le veut.
Refusons-nous de voir la mauvaise influence
de l'Arabie Saoudite,
ou sommes-nous prêts
à donner argent et armes à n'importe qui, quoi qu'il fasse ?
Qu'ils découpent un dissident en morceaux avec une scie,
on leur donne quand même des armes.
Jamal, m'entends-tu ?
Tu es devenu le reste de ma vie.
Congrès américain Sous-comité des droits de l'homme
Je n'arrive toujours pas à croire que ça ait été une telle tragédie.
Ni que le monde ne fasse toujours rien.
Jamal,
le plus difficile,
c'est que tu as laissé les gens
dans un monde politique
privé de tes idées.
J'aimerais que Jamal soit là
pour voir ce que nous avons réussi ensemble.
Dès que je me souviens de lui, j'ai la sensation
que je dois en faire plus.
Je ne veux pas le décevoir.
Bienvenue dans ce premier épisode de "Dis-le...
"Et Va-t'en !"
Les preuves rassemblées suggèrent
que le meurtre de M. Khashoggi
a été supervisé, organisé et soutenu
par de hauts officiers,
et justifient la conduite d'une enquête
concernant le prince héritier d'Arabie Saoudite
et son conseiller principal, Saoud al-Qahtani.
Ils essaient de nous convaincre
que des officiers gouvernementaux ont pris l'initiative
de tuer le plus célèbre journaliste saoudien au monde.
Ils disent qu'on leur a dit de l'enlever ?
Qui leur a dit ?
Il est essentiel que l'ONU conduise une enquête criminelle,
afin que justice soit rendue.
Merci. La parole est à l'Arabie Saoudite.
Merci. On nous accuse,
on nous montre du doigt.
Nous rejetons toute tentative
de soustraire ce dossier
à notre système judiciaire national de quelque manière que ce soit.
Merci.
Même si la moitié des assassins travaillait pour lui,
ou étaient ses gardes du corps,
il n'était pas au courant.
L'équipe a utilisé deux avions de la flotte nationale.
Les assassins sont saoudiens, la victime est saoudienne.
Le territoire est saoudien.
Il ne peut pas être au courant !
Avez-vous ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi ?
Pas du tout.
Je devrais savoir
ce que font les 3 millions d'employés du gouvernement chaque jour ?
Pas du tout.
Je m'appelle Hatice Cengiz.
Je me présente à vous en tant que victime,
un titre qui m'est imposé suite au meurtre de mon Jamal.
Jamal et moi
serions aujourd'hui mari et femme.
Ne pas punir les meurtriers de Jamal
nous affecte tous.
C'est une atteinte à la démocratie, aux droits de l'homme, à la liberté.
M. le Président, la vérité triomphe toujours.
L'histoire s'en souviendra.
S'il vous plaît, agissez. Merci.
Je suis triste que la génération à venir
ne connaisse pas la liberté.
Ils n'auront ni épée ni stylo.
Qu'allons-nous faire ?
Voilà ce que j'ai à dire. Je le dis et je m'en vais.
À bientôt. Soyez libres.
La CIA étant convaincue
que Mohammed ben Salmane a ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi,
le Congrès a bloqué des ventes d'armes
à l'Arabie Saoudite.
Le président Trump a exercé son droit de véto
et autorisé les ventes d'armes.
Le 7 septembre 2020,
l'Arabie Saoudite a condamné 8 personnes, de 7 à 20 ans de prison
pour le meurtre de Jamal Khashoggi.
Le procès et leurs noms ont été tenus secrets,
personne n'a pu consulter les preuves qui les ont fait condamner.
Trois suspects ont été totalement blanchis.
Saoud al-Qahtani conseiller de la cour et de MBS
Ahmed al-Assiri Numéro deux des renseignements
Mohammed al-Otaibi Consul général saoudien en Turquie
Les frères d'Omar et 22 de ses amis sont toujours détenus
dans la prison de haute sécurité de Djeddah.
Aucune charge n'est retenue contre eux.
Le département de la Justice des USA a condamné 2 employés de Twitter
pour espionnage pour le compte de l'Arabie Saoudite.
Des milliers de comptes ont été piratés,
notamment ceux d'Omar Abdulaziz et Jamal Khashoggi.
6 semaines plus tard, Twitter a reconnu
avoir été manipulé dans le cadre d'une propagande d'état.
L'entreprise a supprimé 88 000 comptes liés au royaume.
2 octobre 2019
Un hommage est rendu un an après le meurtre de Jamal
devant le consulat saoudien à Istanbul.
Nous tous aujourd'hui représentons la voix
que Jamal voulait faire entendre au monde.
Nous n'oublierons jamais Jamal,
ni la cause et la mission
qu'il défendait.
Hatice,
vous avez arpenté cette rue et attendu des heures.
Personne ne devrait jamais avoir à endurer ce que vous avez vécu.
Nous sommes là,
vous n'êtes pas seule.
Aujourd'hui, je me tiens devant vous
brisée mais fière.
J'attends encore que justice soit faite.
Je veux que ceux qui sont au pouvoir
prennent la responsabilité de leurs actes.
À ce jour, aucune sanction internationale
n'a été prononcée à l'encontre de l'Arabie Saoudite
pour le meurtre de Jamal Khashoggi.
1er novembre 2020
Les chefs des pays les plus riches du monde
sont rassemblés à Riyad pour le G20 organisé par Mohammed ben Salmane.
Le Moyen-Orient est en train de renaître.
D'autres journalistes pensent qu'il faut garder l'ancien système.
Mais le nouveau Moyen-Orient qui renaîtra
quand la poussière sera retombée
ne devra pas ressembler à l'ancien système,
parce qu'il a échoué.
Informez-vous
Agissez
Changez les choses
Sous-titrage : Stéphanie Lenoir pour AGM Factory
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.