All language subtitles for Mahler auf der Couch (2010)

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Original subtitles

Gare centrale d'lnnsbmck.

Le train express pour Amsterdam...

MAHLER SUR LE DIVAN

LA RENCONTRE est avérée, SON DÉROULEMENT est imaginé.

VIVRE POUR TOI ! MOURIR POUR TOI !

LE DIABLE DANSE AVEC MOI.

ALMSCHI !

C'est idiot.

Idiot !

Que puis-je pour vous ? - Gustav Mahler. Le docteur Freud m'attend. - Un instant.

Voici le docteur Freud.

Freud. - Enchanté, Mahler.

Enchanté. Vous avez fait bon voyage ?

Oui.

J'étais sur le point de partir en Sicile,

mais j'ai interrompu mes vacances pour vous.

Entrez.

Bon sang, elles n'ont toujours pas… Je vous l'avais déjà dit il y a 1 heure.

Pardon, Monsieur. Où ? - Là, s'il vous plaît.

Mettez—vous à l'aise.

J'ai assez été assis dans le train.

Mon thé ? - Le thé.

Merci. Je m'en occupe moi—méme.

Que puis-je faire pour vous, M. le directeur Mahler?

Vous...

Je...

Nous... - Vous m'avez écrit qu'in a un probléme avec votre jeune épouse.

De combien est-elle plus jeune? - Est-ce important ?

Oui.

Nous pourrions commencer la séance...

Mais c‘est incroyable !

Oui ? - Votre thé.

J'ai besoin de respirer. Je ne peux pas.

C'est une plaisanterie ?

Monsieur le directeur Mahler. - Vous permettez ? -Je vous en prie...

Il y a six semaines, vous me demandiez de l'aide. Bien que je sois en vacances,

je vous ai donné un rendez—vous que vous avez annulé. Idem pour le second.

Et pareil pour le troisième.

Je croyais en être capable. Mais je n‘y arrive pas.

Névrose ou pas, c‘est un affront ! - Et alors ?

Vous n‘allez pas me prendre pour un imbécile. - Trop tard.

Juste une question. - Allez-y. - Croyez—vous qu'un vieil homme aigri

devrait enchaîner à lui une jeune femme qui a soif de vivre?

Savez—vous combien nous sommes heureux? Avez-vous la moindre idée

de notre bonheur, de notre amour, avec notre musique ?

Ça y est ! La Sixième est terminée !

Mes félicitations !

Merci.

Le bonheur...

Elle m'adore. Je suis à ses pieds.

Nous nous aimons à la folie depuis plus de 9 ans.

Le bonheur de l‘amour.

Le plus grand bonheur, la plus grande joie qu'un homme puisse atteindre.

Alors pourquoi me consulter?

Y‘a rien à lorgner !

Venez donc.

Merci.

Mais venez donc !

Ma fille se plaint de mon pas rapide, mais le vôtre l‘est encore plus.

Ma femme me trompe.

Je n'ai pas été séduite !

Je voulais faire l'amour avec lui. Nous nous sommes aimés passionnément.

Si ce n‘était qu‘une fois… - Non. Pas qu‘une fois.

Chaque nuit passée au sanatorium,

plusieurs fois.

Je dépérissais !

Je dépérissais.

Depuis que j'ai quitté l'opéra de Vienne,

je me consacre davantage à mes œuvres. - Vos compositions.

Oui. On a un appartement àVienne, mais on est beaucoup àla campagne.

Je voyage beaucoup, j'ai été deux fois aux Etats—Unis comme chef d'orchestre.

Alma m'a accompagné, mais elle a une santé délicate.

Elle est souvent très sensible.

Et puis ses grossesses... - Des avortements ?

L‘année dernière une cure à Levico, cette fois-ci àTobelbad.

Quand mon gendre a des problèmes avec Alma, il vient me voir.

« Ma chére maman ! Les lettres d'Almschi m'inquiètent... »

C'est comme cela qu'il l'appelle. « elles sont si étranges.

Que se passe—HI ? »

Aprés mon bain de boue, je viens te rejoindre?

Volontiers.

Qu‘y a-t-il ? - Mon mari va venir. - Quoi ?

Ici ? - L‘année dernière, àLevico, il est venu sans cheveux.

Il s‘était endormi chez le coiffeur. Il avait l'air d‘un criminel.

Je ne pouvais pas le regarder, ni faire l'amour avec lui.

Déprimé, il est reparti. - Tu devrais nous présenter.

Tu es fou.

Quand est-ce qu'il vient ? - Il me laisse décider.

Je lui dirai de venir... - Et tu nous présenteras.

On verra, mon amour.

« Dimanche, j'irai àAltschluderbach. » C'est leur maison d'été.

Dix pièces dans une ferme prés de Toblach, au Tyrol.

« Mais dis—moi s'il ne vaut pas mieux

que j‘aille voir Almschi àTobelbad ? »

C'est le sanatorium prés de Graz, où elle se repose de lui.

Pourquoi m‘aimes—tu ?

Parce que tu es beau.

Ton esprit est beau,

et ton corps est beau.

Embrasse-moi.

Ne vous méprenez pas. Mon gendre et moi nous entendons bien.

Mais cette course effrénée à ses côtés a fait d'Alma une boule de nerfs.

Pauvre Gustav.

Il va venir.

Quand ? - Demain.

Accompliras-tu ton devoir conjugal ?

Je craignais que son traitement ne lui convienne pas. J‘avais peur pour elle.

Des soupçons ? - Non. Aucun.

Je me suis donc directement rendu à Tobelbad.

Munich, c‘était formidable.

Le chœur entier, 25!) chanteurs, s‘est levé quand je suis arrivé.

C'était phénoménal. Mile, ôtez ce chandelier s'il vous plaît.

Qu'est-ce que je disais ? Ah oui.

Cet ensemble, bien que restreint, était phénoménal. - Restreint ?

J'en avais prévu plus de 800. - Oui, bien sûr.

Aprés la répétition, l'orchestre était enthousiasmé. - Génial.

Fried et Klemperer sont venus me voir. - Klemperer ? C'est gentil.

Je suis exténué. - Bien. - Comment?

Ici, tu vaste reposer. - Merci.

A Munich, il y a tellement de voitures qu'on ne peut plus dormir.

J'espère que ce sera mieux ici, àla campagne.

Quoique, avec toutes ces bestioles...

J'aimerais te présenter M. Gropius.

Bonsoir. Je m'appelle Walter Gropius.

Enchanté. Vous êtes aussi... - M. Gropius est architecte.

II a des idées merveilleuses : une architecture pour tous,

des lignes claires, sans décoration.

Des bâtiments salubres pour la classe ouvrière. Verre, acier, béton,

rien de confiné… - Intéressant...

Nous avons eu d'excellentes conversations.

Mais le confiné, cela ne vous gêne pas pour vous reposer?

Je plaisantais.

C'est gentil de vous occuper un peu de ma femme.

Passez une bonne soirée.

Verre, acier, béton…

rien de confiné…

Gustav est resté 2jours à Tobelbad, puis retour dans la maison d'été.

Il m'écrit : « Chère maman, brièvement,

j'ai trouvé Almschi bien plus fraîche et forte.

Je suis convaincu que son traitement lui est très bénéfique.

Persuade-Ia d‘y rester le plus longtemps possible. »

Aucun soupçon ? - « Adultère » n‘était pas écrit sur son front.

Aviez-vous des rapports sexuels ? - Vous vous répétez.

Donc pas de rapports sexuels.

La chambre n‘y invitait pas.

De retour dans la résidence d'été, j'ai essayé de composer. - Votre Cinquième...

Ma Dixième. Ça fait un moment que vous ne m'avez plus écouté.

Je n'ai encore jamais écouté aucune de vos œuvres.

Comment ? Vous n‘avez... - Non.

J'ai besoin de silence, surtout pour travailler.

Vous devriez me voir.

Je mène de vrais combats contre le bruit.

Les paysans, même en marchant doucement, font trembler les murs.

Mais la musique... ce n'est pas du bruit.

Le bruit le plus dangereux. - Comment cela?

Souffrez-vous de migraines ?

Oui. De crises épouvantables.

Terribles ! - Des syncopes ?

J‘adore les syncopes.

En médecine, une syncope est une brève perte de connaissance

qui peut ètre provoquée parla musique.

MoI—méme, cela m‘est arrivé trois fois.

Au Park Hotel. À Munich.

Dans le hall.

C‘était un piano.

Non… J'ai auto-diagnostiqué une épilepsie musicogénique.

Musico... non ! - Si.

Je craignais la musique.

Et plus maintenant ?

J'ai découvert « Don Giovanni ».

Il est inoffensif ?

Vous reconnaissez ?

Désolé.

Continuez.

Puis Alma est revenue de Tobelbad…

du sanatorium... - Oui.

Et avec elle le calme. Je me suis remis à composer.

Que représente—t-elle pour vous ?

Mère ? Epouse ? Maîtresse de maison ? Critique ? Muse ?

Compagne.

Confidente. Amie. Amante.

Elle est mon tout.

Votre point central.

Oui,

mon point central... jusqu'à...

« Mon Alma adorée ! Je ne pense qu'à toi, jour et nuit ! »

Alma?

Qu'est-ce que c‘est ?

Maman, qu'est-ce qu'in a?

Gusti.

Quoi ? Qu'est-ce qu'in a?

Qu'est-ce que c‘est ?

Qu'est-ce que c‘est ? Explique—moi ça !

Va voir mamie, Gucki. Vas—y !

Lis ! Explique—moi !

Tu es fou ? Tu effraies la petite.

Explique—moi ça !

Où l‘as-tu trouvée ?

Comment votre femme a-t-elle réagi ?

le tien, ton! Mahler, Mahler, Mahler!

Que vous a-t-elle dit ?

Je ne sais pas.

Laisse la porte ouverte.

La tienne aussi... s'il te plaît.

Je veux t'écouter dormir.

Alma?

Je suis trop vieux pour toi, depuis le début.

Ma musique. Mon lied.

Subitement ? Pourquoi ?

Parce que c‘est bien.

Pas juste bien, même très bien.

Viens.

On vaytravai!ler. S'il te plaît.

Après dix ans d'interdiction de composer?

Almschi. Je t'ai tellement attendue.

Il m'a guettée. - Qui ? Ton cher M. Gropius ?

Sous le pont. J'ai eu terriblement peur.

Tu lui as parlé? - Non.

Vraiment.

Tu ne me caches rien? - Tu sais tout.

Tout.

Je vais aller le chercher.

Non. - Si. Qu'il me dise ce qu'il veut.

Vous connaissez nos sentiments.

Nous nous aimons et ne voulons plus nous séparer.

Je n'aime pas les cachotteries.

On a presque le même âge, et les mêmes intérêts.

La même passion pour la vie et l'amour. - Quoi ?

Ma carrière commence à se profiter. Je vous demande

de la laisser partir.

Alma mérite une vie de son âge, une vie accomplie.

Le mieux serait une solution honorable.

Honorable ? - Navré de vous causer du chagrin, mais le destin

semble le vouloir. - « Résister àtoutes les violences », dit Goethe.

Ne vous souciez donc pas pour moi.

Mais vous oubliez que vous parlez de l'épouse de Gustav Mahler.

Votre lettre adressée à moi par erreur est la preuve de votre immaturité.

La solution honorable serait

de trouver votre propre petite femelle pour bâtir votre nid

au lieu de Ia dérober comme un voleur. - Un sauveteur. - Vous savez quoi ?

Je vous souhaite de pouvoir vivre un jour un mariage comme le nôtre.

Neuf ans de bonheur suprême et de peine profonde.

Accomplissement, dites—vous ?

Nous sommes éternellement liés parla musique

dont tous deux nous parlons le langage. Comment voulez-vous remplacer cela?

Comment, dites—moi ? Avec vos lignes claires?

Nous étions ensemble devant la tombe de notre enfant adoré.

Vous ne savez rien. - Gustav, ton cœur.

Vous ne savez rien.

Rien!

C‘est àtoi de décider, Alma.

Je ne te retiendrai pas.

Je veux ton enfant.

Alma…

où est ta place?

Tu dois attendre.

Ca le tuerait.

Je suis tienne. Mais il faut que je continue à le servir.

On s'écrira,

on se verra, on fera l'amour.

Je vais lui dire que je reste avec lui.

Pourquoi m‘as-tu fait venir?

Va-t'en, s'il te plaît.

Tout ira bien.

Mon Dieu, que se passe—HI ?

Oh mon Dieu!

Il est brûlant.

Vous avez aussi faim que moi ?

Si nous étions àVienne, notre séance serait terminée,

vous reviendriez la semaine prochaine. - Allons donc manger. A l'hôtel.

Sans bruit. - D‘accord. Mais où sommes-nous ?

Ce n'est pas là. On s‘est perdus. C‘est typique.

La décision de votre femme ne vous a donc pas rasséréné ? - Pourquoi ?

Pourquoi seriez-vous venu me consulter? -Je sombre dans un profond désespoir.

Ça me ronge. - Croyez-vous que l'argent joue un rôle pour votre femme?

Pardon ? - En divorcée coupable, elle perdrait tous ses droits.

Alma n‘y penserait pas !

Là.

Essayez-vous de Ia punir?

Bien au contraire, j'essaie de lui pardonner. Mais ce n'est pas si simple.

J'essaie de deviner ses moindres désirs et je l'aime plus qu'avant.

Et vos rapports conjugaux ? - Vous vous répétez.

Vous savez, ces tabous sur la sexualité gangrènent comme un cancer.

Et font de nous des malades mentaux.

Coupable ? - Ma femme... - Non. Vous, vous sentez-vous coupable ?

Moi ? Coupable ? Moi ?

Je suis tout au plus coupable d'être trop vieux pour ma femme.

Mais sinon, je lui offre une vie accomplie.

C‘est elle qui est adultère. Pas moi.

A cause de votre arrivée, j'ai déjeuné à midi aujourd'hui.

Normalement, je déjeune à1 heure précise.

Mais vous en tant qu'artiste, étes sans doute plus libre.

Plus libre?

Mon gendre saute du lit à 7 heures :

petit-déjeuner, travail, à 9 heures à l'opéra.

Déjeuner à 1 heure pile.

Son assistant appelle pour dire que Mahler a quitté l'opéra,

Mahler sonne en bas de la maison,

et au 4e étage, on doit mettre la soupe sur la table.

La porte de l‘appartement doit être ouverte

pour qu'il n‘ait pas à attendre.

Bonjour. Fantastique.

Il passe en trombe dans toutes les piéces, claque un tas de portes,

se lave les mains. Ils se mettent étable.

Bon appétit !

Petite sieste.

Puis une promenade d‘un bon pas, vers le Belvédère ou la Ringstrasse.

A 5 heures pile : goûter. Puis retour à l'opéra.

Il reste pendant une partie du concert jusqu‘à ce qu'Alma vienne le chercher.

S'il a encore du travail au bureau, elle regarde un peu l'opéra,

mais seulement jusqu‘à ce qu'il ait terminé.

Il y a donc beaucoup d'opéras dont elle n'ajamais vu la fin.

Selon lui, elle ne perd pas grand-chose.

Aprés avoir soupé,

ils s'installent sur un canapé et parlent ou Alma lui fait la lecture.

J'ai raté le dernier train...

Lajournée était bien tongue…

Bonne nuit.

J‘emporte le mien en haut. J'ai encore du travail.

On se revoit au petit-déjeuner ?

Peut-ètre. Envoyez-moi votre facture.

Oui, ne vous en faites pas.

Bonne nuit. Faites de beaux rêves.

Je ne rêve jamais. - Tout le monde dit cela… au début.

Eh bien, bonne nuit, M. le docteur. - Bonne nuit, M. le directeur.

« ...mais exclusivement une femme sur laquelle un autre homme :

mari, fiancé ou ami peut faire valoir des droits de propriété.

Point. »

« C‘est seulement lorsqu‘ils peuvent être jaloux que leur passion culmine,

que la femme acquiert sa pleine valeur »

« Il la sauve donc dans la mesure où il ne la quitte pas. »

Excusez-mol. Vous évoquiez le sentiment de culpabilité...

Mon éventuelle culpabilité. Cela me tourmente.

Pourriez-vous m'expliquer ? - Non. - Mais…

Regardez, M. Mahler,

il faudrait retourner loin en arrière et creuser profondément.

Mon processus créatif est semblable. - Et vous devez vraiment le vouloir.

Vous trouverez peut-ètre vous-mème la vérité au fond de votre inconscient.

Je comprends.

C‘est un processus très long. Bonne nuit.

Je crois comprendre. Je ne peux attendre...

J'essaie de travailler et il est tard.

Revenez me voir en août, àVienne.

Je serai à New York. Aidez—moi maintenant. Je vous paie le double.

Ce n'est pas d'argent qu'il s'agit !

Je vous en conjure.

Bien, entrez.

Installez—vous.

Je me sens mal àl'aise... - Peut-on apprendre le piano debout ?

Allongez-vous.

Mais pour apprendre le piano... - Vous le voulez, oui ou non?

Avec ou sans chaussures ?

Connaissez-vous l‘hypnose partielle ? -Je ne sais pas si je veux le savoir.

Je vais poser ma main sur votre front...

et vous allez essayer de ne penser à rien.

A rien?

Si quelque chose vous traverse l'esprit, dites—Ie àvoix haute.

Ne devais-je pas éviter de penser? - lnspirez...

expirez...

inspirez calmement...

et expirez...

Puis-je rire moi aussi ?

On se dispute sur la beauté.

Notre hôtesse est belle, n‘est—ce pas, Berta ?

Tu dois bien le savoir, Klimt. Tes femmes sont les plus belles.

Et la tête de Socrate ? - Oui !

Il a une belle tète.

Ça me laisse de l'espoir auprés de toi. - Max ! - Zemlinski aussi est beau !

Avec ses yeux exorbités...

ses lèvres épaisses... - Ce garçon immature?

Zemlinsky est un génie. Et ses yeux sont magnifiques.

Il t'en enverra peut-être un !

Comme van Gogh avec son oreille !

Salaud !

Un peu moins de sensiblerie !

Je connais mon frère. J'ai vu le danger.

Je lui ai dit le soir même qu'il avait été piégé.

Berta Zuckerkand| est connue pour son rôle d'entremetteuse,

en deish, c‘est le shidduch.

Sa réputation est faite. Klimt,

qui était à côté d'elle, l‘a dessinée dans toutes sortes de poses indécentes

et lui a donné son premier baiser.

Ses parents ne l‘ont plus jamais invité.

Tu es fou, Klimt.

Tu as perdu la boule.

Burckhard,

le directeur du Burgtheater,

voulait lui donner le deuxième... et plus.

Mais elle s‘était amourachée de son professeur de musique.

Cet affreux M. von Zemlinsky.

Oui, et maintenant,

mon pauvre Gustav, ce marginal qui ne sait pas où il en est

et qui a assez à faire avec ses cantatrices hystériques.

Il a besoin de quelqu'un pour le guider.

Et maintenant cette amourette d'écoliers,

20 ans de moins que lui.

Je trouve cela horrible.

Pourquoi ne donneriez-vous pas « Le Cœur de verre » ?

Quoi ? -Le ballet de Zemlinsky.

Un chef-d'œuvre. -Je n‘y comprends rien.

Je peux vous l'expliquer. -Je suis curieux.

Parce que pour vous, la trame est plus importante que la musique?

Vous n'avez pas le droit de laisser traîner une œuvre pendant un an.

Vous pouvez la refuser, mais vous devez répondre.

Vous étudiez la musique. Pourquoi défendez-vous cette camelote ?

Ce n'est pas de Ia camelote !

Bon, on fait la paix. Je ferai venir votre professeur demain,

puisque vous me le demandez si gentiment.

Dimanche dernier, Alma ajoué du piano.

Gounod, Straull, Wagner,

Tristan, « Liebestod »

On était tous ébahis, touchés, émus. Tout le monde l‘a félicitée.

Je suis allée lui dire: tu es belle, c‘est génant.

Tu joues admirablement bien du piano, C‘est ennuyeux. Et en plus tu composés.

C‘est plutôt provoquant !

Cher M. Mahler?

Vous voulez que je vous ramène? - Non. Je suis àvélo.

Et je dois encore travailler le contrepoint pour le cours demain.

Avec le fameux Zemlinsky... - Exact. Avec lui—même.

M. le directeur Mahler.

Voulez-vous venir demain à 10 heures à ma répétition des « Contes d'Hoffmann » ?

Très volontiers.

L‘automne est tombé amoureux du printemps.

Dommage.

Mademoiselle Schindler!

Je suis venue avec ma mère.

Vous avez bien dormi ? - Très bien ! Il n‘y a pas de raison !

Je n'ai pas dormi dela nuit, pas une minute.

C‘est votre problème. - Venez, Mademoiselle, suivez-mol.

Rideau dans 5 minutes ! - Dix! - Rideau dans 10 minutes !

On est moins pressés maintenant.

Rosé, attendez la seconde entrée.

Oui, Maestro. - Mon premier violon Rosé me suivrait jusqu'en enfer.

Ces perruques collantes ! A la poubelle!

Je viens de les brosser… - Cesse de mentir...

Anna, ménagez votre voix ! -Je lui ai dit de les laver.

Excusez-mol, j'ai du travail.

Veuillez sortir, s'il vous plaît !

Il a des liaisons avec toutes les sopranos.

Avec Mildenburg, Gutheil-Schoder, la petite Michalek. Dégrafe ça.

Et même avec Kurz…

A l'opéra, c‘est un peu comme au jardin d'enfants. - Ça marche.

Viens, je vais te montrer!

Vous êtes déjà montée sur cette scène ? Venez !

M. Gurgel. Comment allez-vous ? - Merci. Et vous ? - Tenez.

Où habitez-vous déjà? - A Hohe Warte.

Alma… Oui, mademoiselle me l‘avait déjà dit hier.

J‘y vais souvent pour me promener. - Passez donc chez nous.

Volontiers. Quand ?

Bites—nous quand vous seriez disponible.

Samedi ? - Pour le souper.

Je ne mange rien le soir. - Venez prendre le thé?

D‘accord, pour le thé. Parole d'honneur.

Parole d'honneur.

Ça va marcher maintenant. Enfin. Allez, dégagez !

On l‘a perfectionné... ça va marcher. M. Schratzenstaller, encore une fois.

Tu entends quelque chose ? - Rien.

Tu vois ? - Formidable !

C‘est époustouflant ! Grandiose !

Alma, parie correctement. Je suis de Hambourg. Notre allemand est pur.

J'ai eu un poste à Hambourg.

Merci.

J'aimerais tellement travailler ici comme chef d'orchestre.

Je vous engagerais sur le champ. Vous seriez un bon chef d'orchestre.

Votre jugement n'est pas très objectif.

Il n‘y a pas de jugements objectifs.

J‘avoue que j‘étais fou d'elle.

Elle était insupportablement séduisante.

Et sa mère aurait aimé qu'elle soit l'épouse du directeur du Burgtheater.

J'ai dit àAlma:

Mahler est trop âgé, pas en bonne santé et coureur de jupons.

Tu l'as laissée aller dans son bureau?

On était juste dans les coulisses.

Sa situation financière est déplorable. - Ses compositions sont huées.

Chez Zuckerkand|, il était fou de toi. - Ils le sont tous.

Il est amoureux de toi. -Je n‘avais pas remarqué. - Et s'il veut t'épouser ?

J'accepterai.

C‘est ce que vous imaginez?

Pourquoi ? - Puisque vous n‘y étiez pas.

Au cours de nos nuits heureuses, Alma m'a raconté tous les détails.

C‘était comme une représentation pour elle, avec da capo.

Des reprises ? - Oui.

Comme un enfant, je voulais qu'elle me le répète.

« J'accepterai ! » Merveilleux !

Et c‘est censé être bon, avoir été composé par un génie?

De la guimauve ! C‘est acidulé, exsangue,

du charabia contemporain prétentieux et artificiellement construit !

Et ces répugnantes teintes pseudo—folkloriques.

Mahler... il devrait changer son nom en… malheur!

« Le Cor merveilleux de l'enfant »…

Un « cor merveilleux » vraiment minuscule... eh oui.

Il en faut plus pour impressionner Alma Schindler!

Ai-je raison?

Tes lieder valent dix mille fois mieux.

Je me demande s'il encouragerait ma musique autant que toi.

Alors à quoi ça rime, tout ça ?

Je suis déconcertée. - Alors restons ensemble.

Il a 19 ans de plus que toi et moi, j'ai presque ton âge...

Huit ans de plus... -Je connais et j‘adore tes lieder.

Je t'idolâtre

et je te désire comme personne d'autre.

Mon pauvre amant.

Reste mon ami. Je ne peux vivre sans toi.

Pardonne-moi s'il te plaît.

Je suis méchante. Et tu es bon.

Qu'est-ce qui se passe, Alma?

Tu aimes Alex. Tu te serais presque abandonnée à lui.

Et maintenant... Mahler?

Il est pur oxygène. Il est incandescent.

Il est largement supérieur àtous les autres.

Je n'aime pas sa musique. Sa 1e symphonie, je ne sens rien.

Mais quand il dirige...

Quand il dirige...

il est divin.

Ses yeux...

quand il s‘est retourné pour me regarder.

Son odeur...

Il m‘élève bien au-dessus de moi-même.

Veuillez excuser ce désordre, nous venons d'emménager.

Et cela prend du temps...

Félicitations pour votre nouvelle demeure. Mlle est—elle...

Montez donc. Alma est en haut.

M. le Directeur.

Bonjour, Mademoiselle. - Bonjour.

Je vous ai apporté ma Quatrième.

Mettez-Ia là.

Vous ne voulez pas la regarder? - Mais si.

C‘est Burckhard qui me les a donnés. -Le directeur du Burgtheater? - Oui.

Nietzsche. Je le dévore. - C‘est du poison. A jeter dans la cheminée.

Sur la cheminée. - Dans le feu !

Un nouveau sujet de discorde. Vous restez à dîner ?

Il est déjà si tard?

Il y a du Burckhard et du poulet au poivron. - Peu m‘importe, mais je reste.

Il faut que je prévienne Justi, ma sœur.

On n'a pas encore le téléphone. Mais en haut du parc…

Excellent. Une promenade ! Venez.

Depuis qu'il afai|li mourir d'une hémorragie l‘année dernière,

mon frère est angoissé parla mort.

Ce samedi-là,

il était en retard pour le dîner. Et quand sa secrétaire m'a appelée,

je savais qu'il construisait un nid.

Il voulait une famille, des enfants.

Et cette jeune Alma Schindler, la muse du beau monde,

semblait être la poule couveuse adéquate.

Ce n'est pas facile d‘épouser un homme comme moi…

L‘épouser ?

Déjà maintenant ?

Il ne m'a pas demandé de l'épouser.

Il m'a dit : « Ce n'est pas facile d‘épouser un homme comme moi… »

Comme si c‘était moi qui t'avais demandé en mariage…

Il a renversé la vapeur.

Ca alors...

Il m'a dit combien il m'appréciait. Moi, je n'ai rien dit.

C‘est astucieux.

E!... Le plaît-i! ?

Il n'est pas beau. - Ah maman...

Pour moi, il est le plus beau.

Je lui ai tenu sa maison pendant 9 ans.

Je lui faisais faire ses chaussures et ses complets à Londres.

Nous habitions près du Belvédère, Auenbruggergasse 2.

Tout en haut.

Avec ses bras de chef d'orchestre, il m'a souvent portée jusqu'en haut,

quand j‘étais fatiguée.

J'ai huit ans de moins que lui.

Il est le second de douze enfants.

Mol, l'avant-dernière.

Il faut que je garde mon entière indépendance.

Que je sois entièrement libre.

Je ne peux pas me lier aux choses matérielles.

Mon poste à l'opéra, je peux le perdre du jour au lendemain.

Et quand on est lié à une autre personne...

N‘oubliez pas que je suis une enfant d'artiste,

que j'ai toujours vécu avec des artistes

et que je me considère mol—mème comme artiste.

Mes compositions sont essentielles pour moi. C‘est ma vie.

Je mourrais pour elles.

Mlle Schindler?

Oui ?

Alma. - Oui?

J'ai un amant.

Tu aimes ton professeur. C‘est compréhensible.

C‘est plus que ça. - Mais je suis là maintenant.

Regarderez-vous mes lieder ? - Alma, appelle—moi Gustav.

Regarderez-vous mes lieder ? - Oui, bien sûr.

Si vous me les montrez.

Je ne m'attendais pas à cela.

C‘est remarquable... même très remarquable.

Très bon. - Franchement ?

Franchement !

Merci... Gustav.

Et quand nous marions-nous ?

Gustav.

Soyons mari et femme. Je ne peux pas attendre !

Jouons.

Wagner, La Walkyrie.

« L'âpre hiver a fui. Le printemps vainqueur... »

Tu as omis une croche. - Pardon.

Je t'en fais cadeau. Même d'une noire.

Une blanche.

ou même la ronde. Mol.

Tu es fou. - Oui, je suis fou…

de toi.

Et mes journées, mes soirées libres, je les ai passés avec elle.

Souvent nous nous attardions tant, que je ratais le carrosse de retour.

Mais cela ne faisait rien. Parce qu'en rentrant à pied,

j‘étais heureux comme jamais auparavant.

J‘avais évincé Zemlinsky !

Que dites—vous des fiançailles de Mahler?

Sa fiancée Alma Schindler a 22 ans, est grande et mince.

La plus belle jeune fille de Vienne, issue de bonne famille et très riche.

Mais nous, ses amis, nous nous inquiétons.

Elle est habituée à mener une vie sociale brillante.

Et lui, si reclus et aimant la solitude.

Notre fiancé est mal àl'aise et se fâche lorsqu'on le félicite.

Félicitations, Gustav !

Les journaux m‘ont fiancé, mais c‘est bien vrai.

Ne me félicitez pas, ou alors rapidement. -Je vous félicite.

Bon, ça suffit comme ça.

Parlons plutôt de ma sœur Justi et de Rosé.

Eux aussi se sont fiancés.

Maintenant applaudissons !

Alma, qu‘y a-t-il ?

Une lettre horrible.

Mahler croit que ma vie entière n'est qu‘une plaisanterie.

Comment ? - Il ne croit pas que je travaille,

mais queje m'amuse.

Mes études de contrepoint sont inutiles,

Klimt et Burckhard sont quelconques...

Mon travail enrichit moins l'humanité que le sien.

Il veut que je renonce àtout et ne sois là que pour lui !

Comme si sa musique, qui est huée, enrichissait l'humanité !

Il veut que je m'accomplisse dans son enrichissement de l‘humanité.

Tu sais ce qu'il a écrit?

Il veut une femme...

pas une collègue.

Il trouve qu'un couple où les deux composent est ridicule.

Et lui alors, que fait-ll si c‘est moi qui suis inspirée?

Moi ? Non !

Seul lui compte, et moi, pas du tout.

Comme un être de seconde catégorie.

Donc juste une femme.

Eh bien.

Il m'a menti, m'a bernée,

a fait comme si mon travail lui plaisait.

Si maladroit et brutal. Il aurait pu laisser venir les choses d'elles-mêmes.

Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?

Tu n'es pas celle qui fera des sacrifices.

Romps tes fiançailles ! Tout de suite !

Quelconque !

Comme s'il était génial, lui !

Nietzsche, l'auteur préféré d'Alma, dit : « Si tu vas voir les femmes, n'oublie pas

le fouet ».

Si je peignais comme il compose, je ne vendrais rien.

Je dois organiser ma vie future en fonction de ses besoins

et n'espérer en retour que son amour.

L‘amour ?

C‘est de l'égoi‘sme pur !

Il croit qu'il vaut mieux que Wagner...

Gustav trouve que les rôles doivent être bien définis.

Son rôle est celui du compositeur,

et le mien, celui de la compagne compréhensive,

du camarade aimant.

Mieux vaut se séparer maintenant que de poursuivre une erreur.

Car ce serait une catastrophe pour nous deux.

Il a froidement extirpé mon cœur de ma poitrine.

Il bat tout près du mien.

Je l‘aime...

indescriptiblement.

Il aurait été le meilleur choix.

Quoi ?

Le roc commence à s'ébranler.

Tu es plus rapide que moi.

Jamais personne n'a aussi bien écrit les voix pour moi.

Tu veux bien me faire une copie du deuxième cor?

Le sixième cor tient le si bémol pendant 7 mesures.

Aie. - Qu‘y a-t-il ? - Ton fils m'a donné un coup de pied.

Il a les mêmes gestes saccadés que toi.

Tel père, tel fils.

Tu es céleste... Gustav.

Pour toi… Almschi.

Un peu de patience. - Vous allez la tuer ! C‘est surhumain.

Ça ne saurait tarder. - C‘est insupportable !

Une fille!

Pour toi… Gustav.

Putzi ! Qu'est-ce que tu as ?

Jeu de confiture !

Jeu de conficonficonfiture !

Arrête.

Maman, qu'est-ce que c‘est ?

«A»

« A » comme Almschi".

Voyons, Mme von Mildenburg, c‘est incroyable.

Vous n‘allez pas m'interdire d‘acheter une maison d‘été où je veux.

Non. Mais juste à côté de celle de Mahler, votre ex-amant,

c‘est vraiment de mauvais goût. - De mauvais goût?

En voilà des propos ! C‘est vous finalement qui me l'avez piqué.

Quel infâme mensonge !

Il vous avait lâchée depuis un bon moment déjà.

Vous êtes une garce.

Je l'ai toujours su.

J‘achèterai cette villa. Et vous ne m'en empêcherez pas.

Allez les enfants, venez.

Tout le monde attend.

Anna. Vous avez été merveilleuse.

Chut. Taisez-vous.

Anna ! Elle ne me croirajamais.

Anna, venez voir cela!

C‘est incroyable !

N'est-ce pas merveilleux?

Pardon !

Que se passe—HI ?

Ça commence. -Je vais chercher la sage—femme...

Où étiez-vous ?

Au bord de l'eau. - Non,

dans vos souvenirs.

Dans les années heureuses.

Croyez-vous toujours que vous n'avez aucune responsabilité ?

Va chercher les enfants. Je vais vous jouer ma Sixième.

Restons seuls, s'il te plaît.

Va chercher les enfants. Vite.

Responsabilité ?

Je ne sais pas.

Mon désespoir ne cesse de croître. - Et après les années heureuses ?

Vint la catastrophe. - L‘adultère.

Pourquoi avez-vous démissionné ? - Viré ? - Des indemnités?

Et vous, combien avez-vous touché ? - Quoi ?

Pour vos calomnies ? - Mais je le soutiens ! - Messieurs !

Jusqu‘ici et c‘est tout. Vous connaissez le règlement de la maison.

Tu as vraiment bien réussi !

Quoi ?

Quelle honte ! Renvoyer Gustav Mahler ! Tu aurais dû le protéger.

Donner carte blanche à ce M. Roller! Et plaquer l'amante du Kaiser !

Défendre les discordances de Schünberg. Ça t'en a imposé?

Ca lui a coûté sa réputation mondiale. L'apogée pour un musicien.

Tout perdu ! C‘est une honte !

On est libres. On ira en Amérique.

On n'a plus besoin de tes conseils. - Salope !

Mol, contrairement à d'autres, je ne suis là que pour lui. - Alma, viens!

Mahler est un connard arrogant.

Vous n'êtes pas au bistro ici ! - C‘est vous qui avez creusé sa tombe.

Le prof Roller est un visionnaire... - Ils nous ont réduit au silence !

L‘opéra n'est plus drôle ! - Plus de discussions ! - Ni d'applaudissements !

Pas de sifflements ! - Interdiction de lancer des fleurs !

Le ténor n'a plus le droit de tenir ses aigus. - Il a baisé toutes les sopranos.

Plus que « de l‘art » !

Merci ! Oui, exactement, de l‘art !

Au cours des 10 dernières années… prenez des notes !

Gustav Mahler a créé avec son Tristan, Fidelio

et Don Giovanni un opéra exemplaire qui servira de modèle àtous les autres.

C‘était un patron peu commode. - Il a viré Fihster—Lauterer.

Elle chantait bien. - Elle déclinait. - Maintenant, au directeur de déchanter.

Et l'argent alors ? - Quel argent ? - La dette de 200 000 couronnes.

Aucune idée.

J'ai enquèté. C‘est du vent.

Cette montagne de dettes, c‘est une erreur de calcul, délibérée ou non.

Mahler était habite comme intendant. Le meilleur que l‘opéra n‘ait jamais eu.

Je me souviens bien de cette campagne de calomnie.

Et cela vous a plus affecté que l'adultère de votre femme ?

Non, ce n'est pas ça.

Putzi... - Non ! - Putzi aussi ! - Non !

Si!

Elle dort.

Trachéotomie.

Putzi, la fille adorée de Mahler,

âgée de même pas cinq ans,

est morte dela scarlatine et de Ia diphtérie.

Après,

Mahler ne pouvait plus regarder mon Alma dans les yeux.

Pourquoi ?

Je crois qu'au fond, je la rendais responsable de la mort de Putzi.

Le décès de Putzi a porté un coup mortel à notre couple.

Lorsque je te sentais plus proche d'elle que de moi,

ce sentiment m'envahissait, quelque chose d'indicible... d'interdit.

Si Putzi n‘était plus là...

Mon Dieu.

Croyez-vous toujours ne pas avoir une part de responsabilité ?

Je ne sais plus.

La clé, c‘est comment votre femme a réagi àla lettre de l‘architecte,

Si, vous le savez ! Mais vous le refoulez. C‘est là-dedans !

Toi, le tien, ton ! Mahler, Mahler, Mahler!

Tu m'as pris toute ma personnalité et ôté toutes mes forces.

J'ai peur.

Vous n'êtes pas le maître de votre maison.

Vous vous laissez dominer par votre inconscient.

Mais vous dépendez des maigres informations de votre subconscient !

Tu m'as pris toute ma personnalité et ôté toutes mes forces.

Voilà pourquoi j'ai toujours été malade. Ton horrible lettre est devenue réalité.

Je n'existais plus et n'ai vécu que pour toi. J'ai partagé ton enfer, ton…

J'ai subi la torture dans ton purgatoire. Qu'ai-je reçu en retour?

Qu'ai-je reçu en retour?

Notre musique. - Ta musique !

Ma musique, tu l‘avais confisquée.

Bannie.

Je ne suis pas un génie,

mais j'aurais aimé le découvrir moi—méme.

Ma musique était répréhensible.

Chez les Mahler, il n‘y a qu'un seul artiste, qu'un seul génie…

et son bon compagnon qui avale tout, paie pour tout,

arrange tout, encaisse tout…

Ma vie d'épouse àtes côtés n'a été que souffrance !

Et maintenant...

c'en est assez.

J'ai saisi un brin de paille de la vie.

Un jeune homme m'a sauvée de ma noyade.

Je l'aime et ne renoncerai pas à lui.

Je quitterai ta geôle.

Je te quitterai.

J'ai compris bien trop tard que tu n‘étais marié qu'à ton œuvre.

Travail, ambitions élevées et renoncement auxjoies simples.

Aspirer à l‘éternité. - Nous le voulions... tous les deux.

Pourquoi n‘ai-je pas dit « non » devant l‘autel ?

Tu m'as privée de mon mariage.

Tout Vienne voulait me voir.

Ils étaient tous là, l‘après—midi.

Comme tu l‘avais annoncé dans les journaux.

L'église était bondée l‘après—midi, mais atrocement vide le matin.

Je te voulais comme tu m'as voulue.

Je voulais un homme comme mon père,

chaleureux, autoritaire, connaissant la vie

et ayant du succès.

Je te voulais. Toi, Gustav.

Mais je ne m'attendais pas

à devoir sacrifier ma vie miroitante et prometteuse.

D'où venez-vous en Bohème ?

De Kalischt.

Moi de Freiberg, on est presque voisins.

Combien de frères et sœurs avez-vous ?

Huit ont survécu.

Et vous ?

Onze.

Six sont morts jeunes... dela scarlatine et de Ia diphtérie.

A l'époque il y avait plus d'enfants morts que vivants.

Mon frère Ernst est mort à 13 ans,

d‘un épanchement péricardique.

Mon frère Otto s‘est suicidé par balle à 28 ans.

Ma mère, je ne l'ai connue qu'enceinte.

La mienne était cardiaque

et boitait.

J'aimais son Visage marqué parla souffrance.

J'aurais aimé qu'Alma soit pareille... parfois.

Marquée parla souffrance ?

Une fois tu m'as dit :

si j'attrapais Ia vérole

et que je sois défigurée,

alors seulement...

alors seulement tu pourrais me montrer combien tu m‘aimes.

Les visages empreints de souffrance de nos mères…

Tu es mon Dieu.

Jamais je n'ai rien vécu d‘aussi grand qu'avec toi.

Jamais je n'ai aspiré à autre chose qu'à toi et àton amour.

Tu as tenu toutes tes promesses,

tu m'as élevée jusqu‘à toi.

Je suis dans ta musique.

Je continuerai à évoluer en elle.

Et rien…

rien ne m'en dissociera.

Tu es fort.

Je suis faible. A ton altitude, je n'arrivais plus à respirer.

Je t'en prie, pardonne-moi.

Je t'en prie.

Il faut que tu t'accomplisses.

Je veux être àtes côtés.

Et essayer de t'aimer à nouveau.

Le lendemain, elle s‘est rendue à Toblach...

pour poster une lettre et en ramener une autre.

De l‘architecte. - Oui.

Ça l'attire.

L'obsession. La chair.

Alors je suis venu vous voir.

Docteur Freud ?

Il est six heures passées. Vous vouliez qu'on vous réveille.

Merci.

Mon train part un peu avant 10 heures.

Le mien aussi.

J'ai une correspondance àAmsterdam. - Moi aussi.

Vous savez, M. le directeur Mahler...

j'ai presque l‘impression...

que votre femme aurait été obligée d'inventer cet adultère...

s'il n‘avait pas réellement eu lieu.

Pour vous ouvrir les yeux.

Gusti.

Sigmund...

Sigi.

Peu après sa rencontre avec Freud,

j'ai revu Gustav Mahler à Munich.

Plusieurs chefs d'orchestre préparaient la première mondiale de sa Huitième.

Des chœurs et des musiciens venant de toute l'Allemagne.

Je faisais répéter les solistes.

Mille participants.

Cette soirée à Munich,

dans une salle gigantesque, Mahler connut le triomphe de sa vie.

Toutes les célébrités du moment lui rendirent hommage.

Parmi eux, Sigmund Freud, et un jeune homme

qui devint parla suite le second époux d'Alma, Walter Gropius.

Après sa visite chez Freud, Mahler dédia sa Huitième àAlma.

Peu après ce concert, les Mahler se rendirent aux Etats-Unis

où Mahler loua les compositions de sa femme qu'il avait fait publier.

Il était déjà marqué par la mort.

L'angine dont il souffrait depuis son enfance

avait atteint son cœur.

En Amérique, il dirigea malgré une forte fièvre,

s'effondra et dut être ramené en Europe.

Il était tellement affaibli, qu'en arrivant à Paris,

il fallut le faire sortir du train en le hissant par la fenêtre.

Il mourut au cours d'une violente tempête...

dans la nuit du 18 mai 1911, à Vienne.

Le médecin d‘Alma lui interdit d‘assister aux funérailles.

« Mon amour !

La répétition est terminée, chaque note t‘étant dédiée.

Cela m‘a bouleversé comme si j‘étais assis au bord de ton lit.

Freud a raison. Tu as toujours été ma lumière, mon point central.

Et le bonheur de savoir cela accroît mes sens jusqu‘à l‘infini.

Quel tourment que tu ne puisses plus y répondre.

Mais tant que l‘amour éveille l'amour, et que la fidélité suscite la fidélité,

tant qu‘Eros régnera, je veux tout reconquérir...

le cœur qui jadis fut le mien...

Demain, c‘est mardi. Ne voulais-tu pas venir?

Mets—moi un mot si tu veux que je dorme dans l‘autre pièce.

Ta lettre était tellement gentille. Et pour la 1e fois depuis 8 semaines,

je ressens cette béatitude que confère l'amour.

Mais il faut que tu me le répètes, car demain, je n'y croirai déjà plus.

Maintenant bonne nuit, ma douce.

Préviens-moi quand tu arrives,

mon amour,

ton Gustav. »

Esa-Pekka Salonen et l‘Orchestre symphonique de la radio suédoise ont joué

le 1er mouvement de la 10e de Mahler et des extraits de ses 5e et 4e symphonies.

Film und Video Untertitelung Gerhard Lehmann AG

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