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TO TULSA AND BACK
EN TOURNÉE AVEC J. J. CALE
Salut, ça va?
Bienvenue dans le bus Rock 'n' Roll.
On m'a demandé... Je suis sûr qu'il le sait...
J'ai fait une interview-questionnaire
pour ''Vanity Fair'':
ton livre préféré, ton film préféré...
la personne que tu admires le plus...
Et j'ai dit: ''J. J. Cale.'' J'ai pensé à lui en premier,
parce qu'il a un sens inné de la façon d'avoir une super vie.
Je n'ai pas dit que je l'admirais
à cause de son style de vie ou de sa philosophie.
Pour moi, il a créé la musique américaine
la plus importante, en termes de Blancs et Noirs.
Si on joue sa musique à une personne noire
ou à un musicien noir, ils vont tout de suite s'identifier
à cette musique, aucun doute. C'est vraiment
un type très intelligent.
Je m'appelle Leon Phillips.
Je suis chauffeur de bus, aux Etats-Unis et au Canada.
Conduire, c'est ma vie, ma passion et mon amour.
Quand ils m'ont dit d'aller chercher John Cale,
j'ai dit: ''John qui?''
lls ont dit: ''C'est un auteur- compositeur. Je ne le connaissais pas.
Mais c'est un type super. Un type très très bien.
Je n'ai jamais entendu, de ma vie,
quelqu'un dire du mal de John Cale.
Et moi-même, je ne le pourrais pas.
C'est ma soeur, tout le monde l'aime.
Plein de gens ne m'aiment pas, mais ils aiment tous ma soeur.
Je suis un gars nerveux, je suis pas vraiment détendu.
Mais ma musique est détendue. C'est comme ça que j'aime la musique.
J'aime tous les genres de musique.
Mais je ne suis pas vraiment détendu.
Sinon, je ne serais pas dans ce bus, sur la route, face à vos caméras.
Je serais chez moi, genre: ''Je ne veux parler à personne,
je veux être cool.'' J'ai toujours été en arrière-plan.
Monter sur scène,
être le leader du groupe et chanter mes propres chansons,
c'était déjà dur pour moi. Ça m'a pris quelques années pour m'habituer,
au fait que les gens me regardent.
J'ai toujours voulu faire partie du show,
je ne voulais pas être le show.
VlLLE NATALE DE J.J. CALE
On a appelé Cale le ''créateur du son de Tulsa'',
mais c'est injuste.
Sinon, tous à Tulsa auraient ce son.
C'est vraiment le son propre à Cale.
ll l'a très bien décrit en parlant de la 'géographie' d'ici.
On a d'un côté le blues, de l'autre le jazz et partout la country.
Et lui, au milieu de toutes ces influences,
il les mélange et crée son propre style.
Je devrais courir et essayer de sauter en marche.
On appelle ça sauter sur les trains de marchandises.
Tulsa est célèbre comme capitale du pétrole.
Dans les années vingt, on a découvert du pétrole ici. Les grandes
compagnies pétrolières sont parties à Houston. Mais dans ma jeunesse,
les gens venaient pour des congrès. On trouvait du travail bien payé,
parce que les gens du monde entier venaient parler du pétrole
et des pipe-lines et tout ça.
Quand ils ont découvert du pétrole, il y avait des derricks
et des pompes ici. Ça se sentait dans l'air.
Et on le sent toujours.
Tulsa a été la capitale mondiale du pétrole.
Le centre de Tulsa est déserté.
ll n'y a personne là-bas.
''Cain's Ballroom''.
Fondé en 1924.
C'était nouveau, ils ont tout pavé
et tout restauré.
Dans cette rue, de ce côté,
il n'y avait rien d'autre
que des bars les uns après les autres. Le quartier chaud
se trouvait sur la Première Rue.
ll y avait plein de bars, des groupes de country, des juke-boxes.
Un des motifs de la vitalité du milieu musical à Tulsa, qui ne coûtait rien,
c'était la prohibition et l'alcool.
ll y avait toujours des razzias dans les clubs.
Souvent, j'avais fait un grand concert où j'aurais pu gagner pas mal
et la police mettait tout à sac, à cause de l'alcool ou des jeux.
J'ai perdu plein de concerts comme ça,
alors je suis parti en Californie.
Les grands groupes de country jouaient ici.
''Cain's Ballroom''.
La porte est ouverte.
Venez, on entre.
Les gars Wills. Bob Wills et ses deux frères.
lls jouaient du swing western aux premiers temps de la salle de bal.
Du swing western.
La caisse est toujours la même.
lls ont enlevé le plafond.
J'ai joué avec Benny Ketchum dans un groupe de swing.
On devait porter des chapeaux et des bottes de cow-boy.
Ça devait être en 59 ou 60.
Je jouais juste de la guitare, je ne chantais pas.
On jouait avec différents artistes, de la musique pour danser,
les mercredis, vendredis et samedis.
Mais c'est la première fois que je rejoue à Tulsa depuis 25 ans.
Et je joue ici au ''Cain's''.
C'est toujours le Johnny Cale
que j'ai connu en 1959 ou 1960.
ll est relax, calme.
C'est certainement
la personne la moins affectée dans le domaine de la musique.
Quand il a fait son premier tube,
la maison de disques a appelé et a dit
''Tu dois faire la promo de ton tube.''
ll a dit: ''Si c'est un tube, pourquoi en faire la promo?''
Tout autre essaierait de voir
combien d'argent il peut gagner, quelle notoriété il peut avoir.
Lui, il se dit: ''Super, je n'ai plus rien à faire.''
N'est-ce pas remarquable?
Je suppose qu'il a eu une très bonne éducation.
D'habitude, les enfants sont bombardés de ce genre de choses.
Depuis toujours, pas seulement de nos jours.
C'était une grosse pression pour moi. Tout doit être rentable.
Tout ce truc, Toute cette ...
pression commerciale. Visiblement, il ne l'a jamais eue.
ll a reçu de bonnes valeurs pendant son enfance.
Pas de réponse. On dirait qu'il n'y a personne.
Je veux voir si quelqu'un habite dans la maison de mon enfance.
Quelqu'un l'a peinte et restaurée,
mais il n'y a personne. Les rideaux sont tirés.
Enfant, ça me paraissait bien plus grand,
sûrement parce que j'étais petit.
C'était notre vieille maison
ici, au nord de Tulsa.
La musique ne m'intéressait pas, jusqu'à l'arrivée du rock 'n' roll.
Enfant, je faisais de la musique.
Je jouais un peu de guitare, pour le plaisir. Comme hobby.
Je ne cherchais pas à imiter quiconque jusqu'à l'arrivée du rock.
J'ai commencé à écouter les grands. Et leurs guitaristes.
Je ne chantais pas, je jouais juste de la guitare.
J'ai eu un job dans un groupe.
Je jouais de la guitare et le chanteur chantait...
ce qu'on appelle des reprises.
lls imitaient Elvis Presley et Fats Domino et Little Richard,
les stars du rock' n' roll de l'époque.
Je devais apprendre les accompagnements de guitare.
On ne va pas rentrer, je ne connais pas les propriétaires.
Ma chambre était là.
Dans cette petite baraque, j'avais un studio d'enregistrement.
Cette grange à l'arrière n'existait pas avant.
Cet arbre était tout petit à l'époque,
il atteint la clôture maintenant.
Quelqu'un a restauré la maison. Des choses ont été détruites.
ll y avait des cerisiers ici, avant.
Tout semble petit.
C'était ma maison, les gars.
Des fois, je dormais à l'arrière,
quand de la famille venait en visite.
Pas de piscine.
On n'était pas une famille à câlins.
On n'était pas comme ça.
Mais il y avait souvent de la famille. lls sont tous morts maintenant.
ll n'y a plus que moi, ma soeur et quelques autres.
La relation avec mes parents était aussi proche que chez les autres.
lls ne me battaient pas et je ne les battais pas.
A partir du lycée, il voulait tant faire de la musique,
les 3 dernières années.
ll jouait dans les groupes de l'école.
La musique était importante pour lui.
Puis il est parti de l'école, un jeune adulte.
On venait d'une famille sans grands moyens.
On ne savait pas qu'en fait on était pauvres,
notre famille faisait tout pour nous.
Mais c'était: tu peux faire de la musique si tu trouves un vrai travail.
Je n'avais pas d'ambition, je ne rêvais pas.
Et je suis toujours comme ça. Je vis au jour le jour.
La seule différence maintenant,
c'est que quand je me réveille, je suis content d'être encore vivant.
J'ai 65 ans.
A l'époque je ne savais pas que j'allais être dans la musique.
Je ne savais rien du milieu musical. Je traînais juste.
J'essayais d'éviter de travailler.
Tout sauf le travail. Pour moi, la musique n'était pas un travail.
lroniquement, c'est devenu beaucoup de travail, au fil des ans.
Je ne pensais pas que je serais guitariste.
Je pensais avoir un boulot, me marier, avoir des enfants. Comme les autres.
Ça ne s'est pas passé ainsi. Je n'étais pas du tout un rêveur.
C'est ironique, je suis compositeur.
''J.J. Cale est un compositeur et un guitariste de légende,
dont le style inimitable a influencé Eric Clapton,
les Dire Straits, Mark Knopfler et beaucoup d'autres.
C'est pourquoi,
en tant que fille du maire de Tulsa, et au nom du maire
de Tulsa, Bill LaFortune, je proclame
le 5 juillet journée J.J. Cale.''
Quel groupe.
On dirait qu'on a répété, non?
On était 15 ou 20 musiciens à partir pour Los Angeles,
dans les années 61 , 62.
Leon Russell,
Chuck Blackwell
et un bassiste nommé Gerald Goodman. On a pris la Route 66
une autoroute célèbre en Amérique, qui a un côté nostalgique.
Tous ceux qui avaient une voiture
ont plié bagages, et sont partis de Tulsa pour aller à Los Angeles.
Une ville très glamour, avec le milieu musical aussi.
On pouvait être musicien à plein temps
sans avoir à faire de petits boulots.
On habitait dans le même quartier,
on se voyait tout le temps.
Vous voyez la chanson de Leon Russell
''Shoot Out On The Plantation''?
C'était une maison dans le quartier
''The Plantation'' était au coin.
Carl Radle avait une maison ici, John habitait là et Lenny,
Et Gary Gilmore... Le même quartier.
On pouvait sortir et aller voir quelqu'un deux rues plus loin.
Ç'a été une époque super, j'ai adoré l'époque hippie.
Je vivais à Hollywood et aux alentours,
sur les collines, le Laurel Canyon et dans la vallée de San Fernando.
Je connaissais des tas de gens. C'était bien, j'étais toujours fauché,
on aurait toujours dit que j'étais sur le point d'aller en tôle.
Plein de whisky, plein de drogues, ce qu'on fait quand on est jeune.
ll faut juste faire attention.
Et courir après les femmes... La jeunesse, c'est la partie de la vie
dont on dit plus tard: c'était le bon vieux temps.
Quelle que soit la génération à laquelle on appartient,
on repense toujours à sa jeunesse comme ''le bon vieux temps''.
Même si on a plus de succès en vieillissant,
la jeunesse laisse son empreinte sur ton cerveau pour le reste de ta vie.
Et cette époque était ma jeunesse.
ll y avait une boîte qui s'appelait ''Whisky à Go Go''.
Elmer Valentine a lancé le night-club ici.
ll y avait des filles dans des cages, de la danse,
et un groupe venait et jouait...
lls ont lancé l'ère disco.
Un soir, on est allés à un concert de Johnny Rivers.
On y est allés,
on a auditionné et le type a dit: ''Vous jouerez quand Rivers a relâche.''
C'était très bien payé à l'époque à Tulsa.
ll a dit: ''ll y a déjà un John Cale.''
Le joueur de violon du Velvet Underground.
''ll te faut un autre nom.''
J'ai dit: ''Ok''. ''Je t'appellerai J.J. Cale.'' J'ai dit:
''Si tu me donnes ce job, tu peux m'appeler comme tu veux''.
lls l'ont écrit comme ça, et j'ai gardé ce nom.
Un nom de scène trouvé par un patron de night-club d'Hollywood.
Je suis retourné à Tulsa
puis je suis allé à Nashville.
Je me suis vraiment appauvri à Los Angeles.
Je n'avais pas de boulot et je ne gagnais rien
comme ingénieur du son. Ça ne marchait pas.
ll y avait du travail, mais j'étais tellement hors du coup,
je me sentais si bien que j'oubliais les concerts.
Je me suis réveillé un jour fauché, je me suis dit: ''ll faut agir,
ou je vais être à la rue.''
J'ai quitté L.A. J'avais une guitare Les Paul.
Je l'ai mise en gage, non, vendue, à Marc Benno. J'ai pris l'argent
et j'ai acheté un billet pour retourner à Tulsa.
J'ai travaillé comme guitariste pour Don White.
Je l'ai été jusqu'à ce qu'Eric Clapton sorte ''After Midnight''.
Quand on a fini en Californie,
on est allés au Texas.
On a été dans trois villes: Houston,
Dallas, où avait lieu le festival Crossroads d'Eric Clapton.
Ce fut un week-end mémorable pour nous tous.
C'était la première fois que John rejouait avec Eric
depuis le début des années 70.
Et ç'a été fabuleux.
Eric était à l'arrière et il a dit: ''Je vais m'y intégrer''.
Et c'est ce qu'il a fait.
On a joué ''After Midnight'' pendant 3 minutes avant que je le reconnaisse.
Je ne savais pas ce qu'on jouait.
Et vers la fin, je me suis dit: ''Mon Dieu,
'After Midnight', et j'ai pas joué le bon truc.''
Pendant au moins 3, 4 minutes, j'ai pas joué le bon truc.
J'étais très nerveux.
Avec mes musiciens, je joue fort, je joue beaucoup.
Et passer de ça au style de J.J., qui est vraiment minimaliste,
vraiment très minimaliste... ll ne compte pas les temps,
personne ne sait ce qu'il va jouer...
C'est léger, c'est tout en finesse.
C'est Delaney Bramlett qui m'a mené au chant,
il m'a beaucoup appris.
ll m'a aussi introduit dans la bande de Tulsa,
et m'a présenté des gens de son groupe. ll y avait le bassiste,
Carl Radle,
qui était ami avec Cale
et connaissait sa musique.
C'est lui aussi qui m'a donné le single ''After Midnight''.
Delaney Bramlett a produit mon premier album solo.
''After Midnight'' était dessus,
et ces musiciens jouaient dessus.
Et j'ai fini par jouer...
Après Delaney, j'ai joué avec mon premier groupe:
Carl Radle, Jamie Oldaker, Dickie Sims.
Tous musiciens de Tulsa et tous de grands admirateurs de Cale.
J'ai vraiment organisé la première partie de ma carrière solo
selon la philosophie de Cale. On a fait des disques...
''461 Ocean Boulevard'' était mon hommage à J.J.
Si tu as une renommée nationale et qu'on joue souvent un de tes titres,
les gens veulent enregistrer avec toi.
Même si ton nom est écrit tout petit en bas.
Ça te donne de la valeur.
On pense: ''ll en a peut-être d'autres comme ça''.
On a donc fait ce premier album et les choses ont commencé
à s'améliorer pour moi et je suis devenu ''J.J. Cale''.
S'il pense
que c'était généreux de ma part d'enregistrer ses chansons...
Je veux dire, j'ai eu des tubes grâce à ses disques.
Avec ses chansons. Je suis très reconnaissant envers J.J.
ll m'a incroyablement inspiré.
On a joué dans cet immense festival Crossroads à Dallas.
ll y avait sûrement 50 000 ou 60 000 personnes
Le soir suivant, on était à Houston.
Le nombre total des gens à cet endroit,
appelé ''The Mucky Duck'', était 125.
On passait d'un concert extrêmement grand à un extrêmement petit.
On blaguait en disant que le festival était la répétition du ''Mucky Duck''.
Je m'appelle Jeff Martinson,
de Tulsa, Oklahoma.
Je suis le manager de tournée, le road-manager de J.J.Cale
et des gens qui l'entourent.
D'après ce que je vois ou entends, pour lui, tout tourne toujours
autour de la musique et des chansons.
Je crois qu'il aime partir en tournée.
Ce sont ses amis, certains jouent avec lui depuis 57.
C'est plus qu'une tournée pour lui, il aime être sur la route avec ses potes.
lNTERDlCTlON DE STATlONNER
Je suis allé plusieurs fois à Nashville dans les années 60.
J'y ai rencontré Audie.
ll est un peu devenu mon agent.
Au moment de ''After Midnight'',
il m'a appelé: ''Tu as un bon morceau.
Viens ici, on va faire un album.''
''Je sais pas faire un album, juste une chanson et une face B.''
C'était encore l'époque des 45 tours.
''ll te faut 10 à 12 titres pour un album.''
J'ai dit: ''Je ne peux pas écrire 10 ou 12 morceaux.''
Audie a engagé les musiciens et il a loué le studio.
On a fait l'album ''Naturally'', un album spéculatif.
Audie a payé la plus grande partie
et les musiciens étaient payés comme pour des démos.
On a fait l'album. Un spec' album.
Tu sais ce que c'est? C'est un album qui n'est pas vendu.
Tu le fais et espères le vendre après. Tout le monde fait ça aujourd'hui.
Quand John a commencé à s'en sortir,
on ne le voyait pas beaucoup.
Son agent Audie Ashworth
a appelé ma mère et lui a dit:
''Votre fils s'en sort si bien que les gens viennent le voir.''
ll y a eu une période où on ne savait pas
qu'il avançait aussi vite. On l'apprenait par Audie.
Dans notre famille, on ne parlait pas du milieu musical.
J'ai écrit ''Cocaine''. Je suis un grand fan de Mose Allison.
C'est un pianiste de jazz. Un type assez cynique.
J'adore Mose Allison.
J'avais écrit un morceau dans le style Mose Allison,
un peu de swing, un peu de old style.
Un morceau jazzy.
Audie m'a dit: ''Le morceau est bien.
ll faut le rendre plus rock 'n' roll''. Je me suis dit: ''Super, mec.''
Je l'ai remodelé, comme vous l'avez entendu.
Ça, au Sud, c'est Colorado Springs,
là, c'est Denver, et là au Nord,
où est Boulder, ce sont les Flat lrons.
Regardez cette remorque Volkswagen.
A la 2ème ligne de ''Cocaine'',
''lf you want to get down ...'',
ça vous donne une idée
de ce qu'il veut dire. ll le désapprouve. Je pense que
le morceau a un degré d'ambiguïïté tel qu'on peut travailler avec.
Si c'était ''anti'', ce serait trop politique, et J.J. ne l'est pas.
ll a sûrement une opinion politique,
mais il ne l'impose à personne.
Je pense que c'est ouvert.
On peut le voir comme on veut.
Mais il y a une pointe subtile de désapprobation.
Ou juste de réalité. La réalité de la cocaïne,
c'est que c'est un cul-de-sac. Personne n'en prend
à l'excès sans que ça se retourne contre lui.
On s'est rencontrés en coulisses,
lors d'un concert pour une prison.
J'étais allée à cet événement musical,
c'était un concert
avec B.B. King et Waylon Jennings, que j'aimais bien tous les deux.
Et il était aussi dans les coulisses à ce concert de charité.
J'adore dire qu'on venait tous les deux de sortir.
Christine est une superbe chanteuse,
compositeur et guitariste.
Elle joue aussi la première guitare.
Elle est arrivée plus tard.
Bill Raffensperger à la basse,
moi et John, je l'ai déjà dit,
on a commencé à jouer ensemble en octobre 1957.
Jimmy Karstein est arrivé avec la batterie et les percussions
au début des années 60.
Nous quatre, ça remonte à loin.
Mais nous 5, on forme une unité.
Dans le bus, on parle, et je dors beaucoup,
on ne parle pas beaucoup de musique.
Et des fois
ce qu'on mange est dégoûtant, des fois c'est délicieux.
On s'amuse comme un bus de vieux en vacances.
Mais après on se met au travail. On se douche,
et puis on commence doucement, et ça coule... comme ça.
Et bientôt, on fait du rock'n'roll comme si on avait tous 20 ans.
C'est un vrai plaisir. Et John en fait un plaisir, grâce à son approche.
C'est le chien de traîneau, il fait tout le travail.
ll fait toutes les interviews radio, etc.
C'est dur pour lui. Je ne sais pas
combien de temps il veut continuer.
Je ne trouve pas que c'est si dur, si on s'y habitue:
un autre hôtel, une autre ville, un long trajet en bus ou en avion.
Et toujours se dépêcher. J'ai environ une heure et demie
pour moi par jour de 24 heures. A part le temps où je dors.
Je suis Ginger. Bienvenue.
Ravie que vous soyez de retour. - Merci.
On le fait ici? - Oui.
Les micros des guitares.
Ginger fait l'annonce.
J'ai un peu perdu ma voix, je ne peux chanter qu'un morceau.
On peut jouer un seul morceau? Vous en voulez deux,
mais je ne peux en chanter qu'un. - Et lequel?
La chanson s'appelle ''Low Down''.
Depuis 1988, il y a la "Live Perfomance".
Bienvenue à la session live au studio C de KBCO.
Bonjour,je suis Kiefer, en direct du studio C de KBCO.
J'ai le plaisir d'accueillir J.J. Cale.
Vous n'étiez pas là la dernière fois. Présentez-vous.
Je m'appelle Christine Lakeland. Ça va?
''To Tulsa And Back'', le nouvel album. Vous êtes retourné à Tulsa
et vous avez fait la tournée des bars pour retrouver les gars?
Oui, on est tous des vieux, des personnes du troisième âge.
J'y suis retourné et on a tenté de déterrer ceux qui vivaient encore.
Donc vous n'avez pas dû les déterrer. - Non, on n'a pas déterré les morts.
J'ai retrouvé les gars avec qui je jouais quand on était jeunes
dans les night-clubs de Tulsa.
C'était comme une réunion d'anciens élèves, après longtemps.
On a commandé à manger, on a allumé les magnétos,
et c'est devenu quelque chose entre une réunion d'anciens élèves
et l'enregistrement d'un disque.
Six ou sept enrgistrements de cet album ont été faits à Tulsa.
Vous voulez bien jouer pour moi? - Oui,
un morceau d'un album précédent, appelé ''Low Down''.
Je peux en avoir 2? - Vous êtes de Missoula?
Oui, d'accord.
Ça va aller? - Un pour moi et un pour moi.
Un pour vous et un pour vous?
Je ne suis pas si célèbre que ça, je peux aller à la station essence,
faire des courses ou je ne sais où,
sans que les gens disent: ''Vous êtes untel ou untel.''
Mes chansons sont célèbres. Quand les gens me voient aux concerts,
tout le monde sait qui je suis. Je suis célèbre là où je joue.
Un sourire. Je suis trempé.
Moi aussi. - Encore un?
Oui, encore un, pour être sûr.
Merci beaucoup. - Je suis aveugle.
Si j'avais eu du succès à 1 7 ans,
j'aurais peut-être fait des choses que je regretterais maintenant.
Mais j'ai eu un succès tardif.
Je n'ai pas vraiment eu de succès avant le milieu de ma vie.
Je voulais que ce soit en retrait, mais que ce soit authentique.
Vous avez un tourne-disque? - Oui.
Je jouais de la guitare rock, forte, à cette époque.
Quand j'ai fait ''Naturally'', j'ai pris un tournant à 180 degrés
et j'ai décidé de juste jouer
plus en retrait et pas trop fort, et sans trop de post-production.
J'avais écrit les morceaux, c'était essentiel pour ça.
Ça a fonctionné. Je n'ai jamais été fou de l'album ''Naturally'',
mais les gens qui aiment ma musique, les ''fans de J.J. Cale'',
aiment ''Naturally''. Je crois qu'ils aiment les chansons.
Ç'a été numéro 22 des charts américains.
J'étais à Tulsa et Audie a appelé.
ll a dit: ''Si tu passes au 'Dick Clark's American Bandstand'...''
C'est une émission qui est sur le déclin entre-temps.
ll a dit: ''Si tu passes dans ce show, tu seras au top 10.''
J'ai dit: ''Super,
on part pour Philadelphie ou New York ou je ne sais où.
J'ai dit: ''Je viens avec le groupe.'' Lui: ''Pas besoin de les amener.''
J'ai dit: ''Je ne peux pas faire ça tout seul.''
ll m'a dit:
''Tu ne dois pas chanter vraiment, on passe le disque,
et tu bouges les lèvres.'' Maintenant, ça s'appelle play-back.
J'ai dit: ''C'est vraiment kitsch.
Je ne fais pas ça. C'est vraiment du pipeau.
Je sais que sans le groupe, ça n'aura pas le même son que le disque.''
J'ai dit: '' Je ne le ferai pas.''
lls ont dit: ''On ne peut rien faire de toi.''
La semaine suivante, le disque a dégringolé dans les charts.
Je m'en fiche, maintenant.
Le play-back c'est ok, et je sais pourquoi ils font ça.
Mais je suis musicien, pas acteur.
Comment ça va? - Vraiment bien.
Moi aussi. - Je me sens encore bizarre.
Arrière. J'ai une banane.
ll a vécu plusieurs années dans une caravane.
ll aime que sa vie soit simple,
la vie dans une caravane est simple.
Si tu as une maison,
il faut s'occuper du jardin, et du gars des impôts...
Lui non. ll faisait...
ll voyageait beaucoup, c'était pratique.
J'étais fatigué de Nashville, j'ai fait 8 albums là-bas,
je voulais retourner sur la Côte Ouest. J'y avais vécu
dans les années 60. J'ai passé les années 70 à Nashville.
Vers 1980,
je voulais retourner sur la côte Ouest pour avoir une autre...
vision de la vie. Je trouvais que 8 albums suffisaient.
J'ai fait une pause pendant 5 ans.
L'indépendance signifie pour moi
que tu peux faire tout ce que tu veux.
Personne ne te donne d'ordres, tu n'as pas de comptes à rendre.
Mais demain, je donne un concert,
et si je n'y vais pas, ils vont me poursuivre en justice.
C'est pas vraiment de l'indépendance.
Mais c'est ce que j'ai voulu.
J'ai été marié plusieurs fois, j'étais souvent sur la route,
je vivais en caravane. J'aimais le style gypsie.
Ça n'est pas très compatible avec la vie de famille.
Bonjour.
Les gens se demandent
si travailler avec Cale me rend fou.
Huit ans entre deux enregistrements...
Dont six ans sans accepter une seule offre de concert en direct.
Ce qui est incroyable, surtout quand
on a de telles opportunités.
Même si ça n'est pas rentable pour moi,
c'est très bien pour lui. Et je l'apprécie beaucoup.
C'est l'une des personnes que j'aime le plus.
Je n'aime pas trop les téléphones, je communique par la musique.
Souvent, le téléphone, ça voulait dire du travail, quand je n'en voulais pas.
Mike ou Audie appelait et disait: ''Tu n'as pas de téléphone?''
J'avais des appareils d'enregistrement et l'électronique dernier cri
j'aurais pu faire un disque dans ma caravane. Mais je ne voulais pas,
je voulais juste jouer un peu.
Les oiseaux chantent avec moi.
Le meilleur exemple de musique ''laid back'', c'est Billie Holiday.
Billie chantait toujours après le rythme.
Que le rythme soit rapide ou lent.
Elle chantait toujours après le beat. J'adore ça.
Ça donne une autre sorte de son
que si on joue exactement sur le beat.
''Laid back'', ça donne ça.
Ce sont des pauses minimes, ça ne s'entend pas.
On m'a donné cette étiquette parce que j'aime ce son.
Même pour un tempo rapide, je joue derrière le beat,
et j'appelle ça ''laid back''. lls ont essayé de comprendre
ce que je fais. Je ne l'ai pas inventé.
Plein de musiciens jouent comme ça mais on m'a collé cette étiquette,
une stratégie de marketing. Ça a marché.
Tu vois ces deux grands immeubles avec le carré orange?
Le grand immeuble qui dépasse?
J'ai été groom d'ascenseur, là.
En vieillissant, je suis devenu claustrophobe,
et je ne prends l'ascenseur que s'il le faut.
Mais j'étais groom d'ascenseur, avec un petit uniforme
et je gagnais 1 ,25 dollar de l'heure. Je l'ai fait trois, quatre mois.
Je suis allé à l'école ici,
en 3ème, 2nde, et 1ère. J'ai eu mon bac en 1956.
Dans ce bâtiment-là.
Je me souviens des réveils matinaux et des trajets en bus jusqu'ici.
D'être assis là et de regarder les filles
et d'espérer en finir avec l'école pour faire autre chose.
Après l'école, j'ai dû chercher du travail,
j'ai travaillé pour des stands de bière, à faire des hamburgers.
Quoi d'autre?
J'ai été enrôlé et j'ai rejoint l'Armée de l'Air comme réserviste.
Pendant sept mois.
Pour l'entraînement de base, j'étais à San Antonio, au Texas.
Puis ils m'ont envoyé
à Champaign, dans l'lllinois, à 160 km au sud de Chicago.
Je ne voulais pas porter d'arme, je suis entré dans l'Armée de l'Air
et j'ai fait un apprentissage technique.
C'est là que j'ai appris des trucs sur l'électronique et tout.
ll se tient au courant des innovations techniques.
ll mixe beaucoup de ses disques lui-même.
Ça arrive souvent qu'il aille en studio
et enregistre 24 morceaux.
ll les mixe en studio, les emmène,
et ça ne sort jamais.
Et ce n'est pas tout. ll enregistre des guitares, des voix,
ou il jette tout et recommence à zéro.
On ne sait jamais. C'est très intéressant.
Quand tu es ton propre ingénieur, tu peux dire:
''Là, j'ai pas un bon son, je m'enlève.''
C'est ce que fait l'éditeur. C'est bien de pouvoir
le faire soi-même, d'être l'ingénieur du son
pour mes propres trucs. Et j'aime bien mixer,
pour d'autres artistes aussi. J'ai une passion pour ça.
ll fait vraiment frais ici, ça ne va pas vous plaire.
On enregistre avec lui, on l'écoute et on se dit:
''Je ne suis pas sûr pour celui-là''.
ll emmène les enregistrements
et y ajoute sa sauce secrète.
Personne ne sait, pas même ici, ce qu'il fait dans la nuit noire.
Et puis il revient et on se dit: ''Ouah.''
Je connais pas de meilleure technique.
Personne ne sait...
ll utilise beaucoup de pistes. ll murmure presque à ton oreille.
Et en même temps
je n'ai jamais eu de problème pour comprendre le texte. C'est clair.
ll est présent, presque comme s'il était dans ta tête.
Je ne sais pas comment il fait ça.
Mais je vais le trouver.
ll aime la soupe qu'on obtient
quand on a tout au même niveau.
Bien sûr, comme chacun sait, comme les fans de Cale le savent,
il aime que sa voix soit aussi dans la soupe.
ll ne se considère pas comme chanteur.
Parfois, j'ai envie de le secouer, parce que j'adore sa façon de chanter.
J'adore ce style.
Et j'aimerais la mettre plus en avant.
On est tous fans de J.J. Cale
et on veut l'entendre plus. Mais il ne veut rien entendre.
C'est un équilibre entre ce que l'on voudrait
et ce qu'il autorise.
La composition part de zéro.
Une feuille blanche. C'est un processus de création.
ll faut être observateur quand on écrit.
Qu'on écrive des livres, de la musique ou des chansons, peu importe.
C'est un produit de l'imagination, on invente des trucs,
comme une fiction pour un livre. Certaines chansons sont vraies,
à partir de mes expériences. D'autres parlent des expériences d'autres gens.
La musique naît de la vie.
La vie ne naît pas de la musique.
Comme c'est beau.
Quand a-t-on l'occasion de voir ça? - Moi, jamais, je ne fais pas de ski.
C'est tout simplement magnifique.
La musique que l'on écoute, c'est la bande originale de notre vie.
Les musiciens essaient
de faire de la musique qui s'adapte à la vie des gens ou les aide
ou les rend mélancoliques.
C'est la beauté de la musique.
ll joue pour son propre plaisir.
Et finalement pour le plaisir de tous.
Musicalement,
il a un style relativement simple, comparé à d'autres grands musiciens.
Mais quand son style rencontre celui des grands musiciens,
ils commencent à jouer comme John Cale et pas l'inverse.
Ça veut tout dire.
Le summum pour un compositeur,
c'est quand d'autres gens enregistrent tes chansons.
Ça leur prend du temps, qu'ils fassent du bon boulot ou pas.
Plein de gens ont enregistré mes chansons, ça fait du bien à mon ego.
Ce qui est super, c'est qu'il a repris un de mes morceaux, une fois.
Ça s'appelait ''Golden Ring'', une chanson sur ma première femme.
Elle était mariée à George Harrison, elle a divorcé, on s'est mariés...
Quand George s'est remarié,
Patti était hors d'elle. J'ai écrit cette chanson là-dessus.
Et J.J. a repris cette chanson, ce que j'ai trouvé super.
C'est le plus beau compliment qu'il pouvait me faire.
Où est-ce que vous nous emmenez?
En passant par là, vous arrivez à un grand...
Regarde qui est là.
Je vais... - Par là, vous traversez le 1er bâtiment pour arriver au 2ème.
Ça nous fait un peu d'exercice.
Roland, à plus tard.
Je vais sûrement faire ça
jusqu'à ma mort. Je ne sais pas si je partirai en tournée
ou si je ferai des disques. Mais il faut bien que je m'amuse
et que je sois créatif, pour me mettre k.o.
Et me dire: ''Oh, oui''.
Je fais de la musique pour moi.
Quand on rentre à la maison, tout est calme et on se dit:
''Rien n'a changé.
Où est le chien?
L'herbe a poussé.''
Tout est calme comparé à ce rythme.
Et ça dure trois à quatre jours
parfois quelques semaines, avant qu'on repose les pieds sur terre.
On passe d'un truc agité,
où on s'agite presque 24 heures sur 24,
à ''il ne se passe rien''.
Le téléphone ne sonne pas parce que tous pensent que tu es parti.
C'est presque aussi dur que de repartir en tournée.
Quand on repart en tournée, au départ, c'est une vraie comédie,
pendant les deux, trois premiers jours.
Ça n'a pas vraiment fait un tube...
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