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- Je te préviens, citoyen...
J'ai pour principe d'aller jusqu'au bout.
Ne me demande pas de compte sur le sang qui va couler.
Feu!
Holà!
Quelqu'un pour nous marier?
Heureuse? Moi, oui.
Il faut s'emparer de ce pont.
- Mais comment? Il est sous leurs feux.
On va se faire massacrer.
- Quand nous nous sommes mariés,
je pouvais te demander n'importe quoi,
tu répondais oui tout de suite.
Maintenant, c'est toujours:
demain... peut-être.
- Avec moi...
ou contre moi.
- À vos modestes ambitions.
- L'Égypte est à nous.
Le Caire est une ville française,
le delta du Nil a été pacifié.
Tu veux renverser le Directoire?
Et à sa place, Napoléon Bonaparte...
- Officiers!
Présentez les armes au consul de la République.
- Vive Bonaparte!
- Les bombes?
Mais qui voulait faire sauter ces bombes?
- Le milieu royaliste aidé par I 'Angleterre
qui leur sert de banquier.
C'est la haine!
C'est la haine.
- Ne vous arrêtez pas!
En avant, bon Dieu, en avant!
- L'autre voiture, elle a eu le temps de passer?
- Ma fille... elle était juste derrière nous!
- Il y a des victimes? - Plein de morts, horrible!
- Hortense!
- Occupez-vous des blessés,
il faut les emmener à l'écart, vite!
- Alors, Murat? - C'est une bombe!
- Hortense!
- Il ne faut pas rester ici.
Soldats! Venez avec nous!
- Maman!
- La petite fille qui conduisait la charrette...
- Elle est là.
- Remerciez la Providence de veiller sur vous.
- C'est pas la Providence que j'ai nommée
ministre de la Police, Fouché, c'est vous!
- Ces huit jours, je connaîtrai les coupables.
En attendant, il faut vous montrer...
donner à penser aux gens que vous êtes invulnérable.
Dans 30 minutes, lever de rideaux à L'Opéra.
- J'y serai.
Quel âge pouvait-elle avoir?
- Les enfants pauvres ont toujours l'air plus jeune.
Ramenez-moi le reste du cheval au poste!
- Les pauvres demandent qu'on leur distribue la viande.
- La charité après, la vérité d'abord.
Allez!
Avec les morceaux récupérés, j'ai fait reconstituer l'animal.
Son portrait a été montré à tous les maquignons de Paris.
L'un d'eux croit se souvenir à qui il a été vendu...
Un agitateur royaliste.
- Donc, pour vous, l'attentat est signé...
- C'est évident.
- Trop simple.
Les Royalistes se réclament de Dieu.
Ils n'auraient jamais choisi une nuit de Noël
pour perpétrer un aussi abominable crime.
Ils n'auraient jamais sacrifié une enfant innocente.
- L'Histoire regorge de crimes commis au nom de Dieu.
- Mais pourquoi les Royalistes voudraient-ils ma mort?
- J'ai mis fin aux excès de la Révolution.
Les prêtres ne sont plus persécutés,
les émigrés sont pardonnés.
Non, non, non.
Cherchez plutôt du côté
de ceux qui vantent de n'avoir ni Dieu ni maître.
Les anarchistes.
Les nostalgiques de la terreur.
Les Jacobins, quoi.
- Les Jacobins sont des opposants politiques,
pas des tueurs.
- Ah oui...
Mais qui a envoyé Louis XVI et Marie-Antoinette
à la guillotine?
Après avoir assassiné un roi et une reine,
pourquoi se gêneraient-ils avec moi?
- Ils ont été jugés et condamnés
par un tribunal souverain.
Leur condamnation a été parfaitement légale.
Rien à voir avec un attentat aussi barbare.
- Il suffit, Fouché, si vous n'êtes pas d'accord, partez!
Je peux me passer d'un ministre de la Police, vous ou un autre.
Je constituerai ma propre force de police
et je la dirigerai personnellement.
- Et comment justifierez-vous mon renvoi?
- Justifier?
Auprès du peuple?
Vous croyez vraiment qu'il vous regrettera, le peuple?
- Le peuple, non.
Mais vous... si.
- Ah, M. le ministre, SVP, nous vous cherchions.
Il y a du nouveau à propos de l'attentat
de la rue St-Nicaise.
- Je ne suis plus en charge du dossier.
C'est le premier consul qui s'occupe de tout désormais.
- Nous venons d'appréhender
l'homme qui avait acheté la charrette, un certain...
- Carbon! - Oui. François-Joseph Carbon.
- Jacobin? - Un Royaliste.
- Vous n'allez pas en informer le premier consul?
- Qu'il aille au diable!
Quand je pense que la France a fait la Révolution
pour en arriver à ça...
Ce petit bonhomme tout bouffi de prétention!
J'en viendrais presque à comprendre
messieurs les terroristes...
- Si vous saviez, ma chère mère,
comme je suis contente de vous Voir.
- Et de m'éblouir avec votre palais?
- Voyons, c'est juste une jolie maison de campagne.
- À la campagne, en Corse, nous, on élevait des chèvres...
Qu'est-ce que c'est que ces bêtes bizarres
que j'ai aperçues sur vos pelouses
en train de sautiller de façon grotesque?
- Ce sont des kangourous. Ils sont drôles, n'est-ce pas?
Mais je ne sais pas si je pourrai les garder.
Ils m'ont saccagé un parterre de tulipes...
À 4000 francs l'oignon!
- 4000 francs pour une seule fleur!
- Mais la beauté, la beauté n'a pas de prix!
- Moi, avec 4000 francs,
j'élevais toute la famille pendant toute une année.
- Napoléon ne manque jamais de rendre hommage
à la façon dont vous les avez élevés,
lui et ses frères et sœurs.
Le jour où il aura un enfant...
- Vous auriez déjà dû lui en donner un.
- Croyez-moi, ma chère mère,
c'est mon vœu le plus profond, mais seulement...
- Seulement quoi?
- Tout ce que j'ai tenté a échoué.
Les diètes, les neuvaines, la magie...
J'ai même fait venir un sorcier des Caraïbes.
- Il n'y a pas besoin d'avoir recours à toutes ces bêtises...
pour la chose la plus simple du monde.
À moins, évidemment, que...
vous soyez devenue stérile.
- Il faut aussi un père pour faire un enfant.
- N'allez pas imaginer que je veux absolument être grand-mère.
Non, je ne veux rien de vous.
C'est pour Napoléon que je m'inquiète.
C'est pas seulement un enfant qui lui faut, c'est un héritier.
- Un héritier! Mais pourquoi donc?
Napoléon n'est pas un roi, c'est un Républicain.
Il ne jure que par les idées de la République.
- De toute façon, sans héritier, sa vie est en danger.
- Voici la liste des noms de tous ceux qui sont impliqués
dans l'attentat de la rue St-Nicaise
et la confirmation que c'était bien des Royalistes.
- Fouché avait raison.
- Je crois me rappeler vous avoir dit
que sa disgrâce n'était pas du tout méritée...
Le poseur de bombe a été guillotiné ce matin.
Quant aux autres, ils ont été arrêtés et interrogés.
Nous avons découvert que, derrière l'attentat,
se tramait un complot.
Car après votre élimination,
un prince de Bourbon devait prendre le pouvoir en France.
- Quel prince?
Le gros bonnet qui se fait appeler Louis XVIII?
Non, trop vieux, trop impotent
pour se lancer dans l'aventure de la prise du pouvoir.
- Peut-être, mais il y a son frère, le comte D'Artois.
Réfugié en Angleterre, il a pu trouver là-bas
des appuis et de l'argent.
- Oui, c'est possible, c'est possible.
Les Anglais sont toujours prêts quand il s'agit de me nuire.
Mais Artois...
Il manque d'envergure, il est trop timoré
et puis tellement brouillon!
- Il est certain que vous avez raison.
Il faudrait plutôt imaginer
quelqu'un d'un peu plus... jeune.
Et plus exalté, pour ne pas dire, plus fou...
Pourquoi pas le duc d'Enghien?
- Le cousin de Louis XVI?
- Il possède tous les critères et c'est un Bourbon.
Et il a assez de fougue
pour plaire au peuple
et assez de panache pour séduire la noblesse.
Et quant au retour à la royauté,
ce serait comme une sainte croisade pour lui...
J'ajouterais qu'il a immigré à Ettenheim dans le duché de Bade.
- Oui, ce qui lui laisse toute la liberté de comploter en paix.
Le duché de Bade est un état souverain
et Enghien est sous sa protection.
- Oui, mais ce n'est pas complètement inaccessible.
Ettenheim n'est qu'à quelques heures seulement
de la frontière française...
- Un enlèvement?
C'est possible.
Mais quelle tempête dans les cours d'Europe!
- C'est seulement vis-à-vis de l'étranger
que vous perdrez en réputation.
Car ici, même les plus fervents révolutionnaires
seront les premiers à se réjouir de votre fermeté
à l'égard d'un suppôt de la monarchie.
- Je ne cherche pas l'appui de ces gens-là.
Ils ont trop de sang sur les mains!
Ils ont voté la mort du roi, ce sont des assassins.
- Ah, parce que vous, vous ne l'auriez pas votée?
- Je ne sais pas.
- Mais si, vous le savez.
Le cours de la Révolution était irréversible.
Et je suis sûr que vous auriez agi de façon identique.
On ne lutte pas contre un raz-de-marée.
Mais rassurez-vous, pour revenir sur l'affaire du duc d'Enghien,
ça n'a vraiment rien à voir avec Louis XVI.
Il faut juste nous assurer de sa personne.
Mais naturellement, c'est vous, et vous seul, qui décidez.
- Talleyrand...
- Oui, citoyen premier consul?
- Qui, à votre avis, est assez habile
pour aller arrêter le duc d'Enghien
et le ramener en France?
- Que pensez-vous du marquis de Caulaincourt?
- Comment voulez-vous procéder, M. de Caulaincourt?
- Je tiens à respecter les règles de la bienséance.
Commençons donc par frapper à la porte.
- Et si on ne l'ouvre pas?
- Alors, j'aurai le regret de vous demander...
d'avoir l'obligeance de la faire enfoncer par vos soldats.
Allez.
- Je ne dis pas que je ne veux pas d'enfant...
Mais je ne suis pas si pressé, j'ai assez de soucis comme ça!
Avec mes frères et sœurs pour les marier...
- Tu ferais peut-être bien de ne pas t'en mêler, des mariages.
Celui que tu as arrangé
entre ton frère Louis et la fille de ta femme,
c'est pas une réussite...
- Uniquement parce que Louis ne fait aucun effort...
Cette petite Hortense est absolument adorable!
[Pas]
Ah, Caulaincourt... approchez.
- Mes hommages, madame.
Je vous prie de pardonner cette intrusion...
Enghien est à Vincennes.
- Comment est-il? - Calme.
Fragile, pâle, exténué.
- Malgré tout, très arrogant?
- Non, extrêmement digne.
C'est un prince de la maison de France.
- Merci, Caulaincourt.
- Madame.
Bon appétit.
- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant?
- C'est au tribunal de décider.
- C'est ce que Ponce Pilate a dit...
- Enghien n'est pas le Christ.
- Ça m'est égal, qui il est.
Mais toi, Napoléon, ne deviens pas un assassin.
- Allez, avancez.
- Roustam... nous partons pour...
Non, prépare-moi un bain.
[ Petits grognements du chien ]
- Pour ma fiancée.
- J'ai pas besoin de toi, qu'on me laisse seul.
- Apprêtez vos armes!
À mon commandement!
En joue!
- Feu!
[ Cloches ]
- J'ai entendu du bruit.
Tu ne t'es pas couché?
Regarde-moi.
Pourquoi tu ne me regardes pas?
Tu as fait cette chose-là... cette chose atroce.
Malgré mes supplications,
celles de ta mère et celles de toute ta famille.
- Cette affaire ne concerne ni toi, ni ma famille.
C'est une affaire d'État.
Ça concerne le gouvernement de la France.
Et moi.
- Oui, toi, oui.
Tu pouvais lui faire grâce.
Tu n'avais besoin de personne.
Tu n'avais qu'un seul mot à dire.
- Si lui... si lui m'avait demandé de l'épargner.
Seulement, ces gens-là... ces Bourbon...
Ils sont tellement prétentieux.
- Prétentieux... mais innocent!
Il n'était même pas en France
au moment de l'attentat de St-Nicaise.
- Ses amis l'étaient.
S'ils ne l'ont pas fait en son nom, ils l'ont fait pour lui.
Et contre moi.
- Cette infamie nous portera malheur.
Malheur à toi et malheur à moi qui n'ai pas su t'empêcher.
Et malheur à tous ceux qui ont trempé dans ce crime!
- Oui, d'accord, oui.
- Sans référence.
Approchez, Talleyrand.
Venez admirer ces merveilles.
Personne n'osera plus dire
que mon expédition en Égypte a été inutile.
- Ou encore que la mort du duc d'Enghien a été un assassinat?
- L'affaire est classée.
- Pour vous, peut-être.
Mais l'exécution du duc d'Enghien
était à l'ordre du jour des députés.
Ils l'approuvent.
Et à une très large majorité.
Pour ceux qui avaient voté la mort de Louis XVI,
c'est naturel.
Ils vous considèrent comme l'un des leurs.
Ils ont même un titre à vous proposer:
"empereur des Français".
L'idée n'est pas si mauvaise.
Bien sûr, à condition d'éviter impérativement toute confusion.
On ne doit pas une seconde
songer à un retour déguisé à la monarchie...
- Il n'y aura plus jamais de roi en France, Talleyrand.
Je suis Républicain.
- Mais un empereur peut être élu de la même façon
que les César l'étaient autrefois à Rome...
- Les César étaient élus par le Sénat.
Moi, j'exigerai que ce soit tout le peuple français
qui ratifie et approuve mon élection.
- Je serai donc le premier citoyen français
à avoir l'honneur de vous présenter mes respects...
Sire.
- Sire...
Sire.
- Je vous assure que vous vous y ferez très vite.
- On verra bien.
- Les résultats du plébiscite...
un triomphe!
Personne ne pourra contester
que les Français t'ont voulu comme empereur
et qu'ils souhaitent que...
Qu'est-ce que tu fais?
- Ça me semble évident, je corrige ce qui ne va pas.
- Mais c'est illégal, mais surtout inutile, tu...
Tu obtiens près de 3 millions de "oui"
contre à peine 2500 "non".
Que veux-tu de mieux?
- Il y a pas que le résultat!
La façon dont les votes sont répartis est aussi importante.
La participation des armées est très décevante...
130000 votes seulement, c'est insuffisant.
450000.
Le monde saura que mes soldats se sont déplacés en masse
pour me porter leurs suffrages.
Ça fera réfléchir les puissances
que les Anglais veulent liguer contre nous.
Apporte ça au Sénat
et dis-leur bien que ce sont MES chiffres
qui devront être proclamés officiellement.
- Je persiste à penser que la vérité...
- Quelle vérité?
Tu n'as pas encore compris que...
le pouvoir, c'est avant tout l'apparence.
Allez, va porter ça au Sénat.
- Eh oui, ma chère...
À partir de maintenant, lorsqu'on voudra me parler,
il faudra désormais employer cette formule:
"son altesse impériale, le grand électeur".
- Et moi, ta femme, on m'appellera comment dans tout ça?
- Mais écoutez, Julie,
vous n'êtes que la belle-sœur de l'empereur.
Il ferait beau voir que vous ayez un titre,
alors que nous, ses véritables sœurs,
nous ne sommes même pas princesses!
- Parle pour toi, Caroline.
Moi, je suis princesse.
- Eh bien, ce n'est pas juste.
C'est vrai, ça. Pourquoi elle et pas nous?
- Parce que Pauline a épousé le prince Borghèse.
Est-ce ma faute si toi et Caroline
avez préféré vous marier avec des généraux?
- Mon cher Bonaparte...
J'espère que tu ne considères pas mon mariage avec Caroline
comme une mésalliance!
- Tu es mon ami, Murat,
et ça vaut tous les titres.
Quand je donne mon amitié, je ne la reprends jamais.
Tandis qu'une couronne, ça peut se perdre.
Mais il ne faut plus m'appeler "ton cher Bonaparte".
Quand tu me parles, souviens-toi de dire "sire".
Et cette nouvelle vous concerne également.
- Mais nous sommes en famille! - Oui, la famille impériale.
Sur laquelle tous les princes d'Europe ont le regard fixé.
"Quoi? Ces Bonaparte...
Même pas aristocrate, à peine français,
prétendre au titre d'altesse!"
- Nous saurons leur prouver que nous sommes leurs égaux.
- Ne te fais pas d'illusions, Caroline.
Si nous voulons que ces gens-là nous traitent en égaux,
nous devons nous exprimer et nous comporter comme eux.
Au moindre faux pas, ils nous accableront de leur mépris.
Ce qui me serait tout à fait égal.
Sauf qu'à travers moi,
c'est du respect et de l'honneur de la France qu'il s'agit.
- Serais-tu en train de dire que nous devons renoncer
à la tendresse que nous partageons
pour plaire à une... bande de crétins?
- Je n'en pense rien.
Je suis votre frère et je vous aime comme avant.
- Je suis bien sûre, moi, que tu ne changeras jamais.
Empereur ou pas,
ta culotte blanche sera toujours pleine de taches.
[ Rires ]
Je ne sais pas ce que tu fais avec cette culotte, Napoléon...
- Il essuie dessus sa plume pleine d'encre...
- Bon, parlons de mon sacre.
Ça sera le 2 décembre, à Notre-Dame de Paris
avec la bénédiction du pape.
-[Mère]: Le pape?
Tu veux faire venir le pape ici?
Mais tu ne te rends pas compte de ce que tu dis, Napoléon!
Tu peux aller à Rome pour voir le pape,
il te donnera sa bénédiction.
Mais il ne viendra jamais ici pour toi.
- Il viendra. Il me doit beaucoup.
J'ai voulu qu’on rétablisse la paix entre l'Église et l'État.
Sans moi, il n'y aurait plus de religion en France.
Et Dieu ne serait plus qu'un immigré de plus.
- Je vois que tu as tout prévu...
Enfin, presque tout.
Parce que devenir empereur, c'est aussi fonder une dynastie.
Comment feras-tu avec une femme qui, de toute évidence,
ne peux pas te donner un enfant?
- Je t'en prie, Lucien, tu parles de la mère de ma femme.
- Et alors? Ta chère Hortense n'est pas en cause!
- Bon, ça suffit.
Penses-tu qu'elle m'aurait abandonné si j'avais perdu,
si j'avais été jeté en prison, ou même, exécuté?
Non, Lucien...
Jamais Joséphine ne m'aurait lâché.
Et maintenant que je deviens le maître, je devrais la renvoyer?
Elle sera couronnée en même temps que moi.
Joséphine ne sera plus seulement ta belle-fille,
elle sera aussi l'impératrice.
Tu verras à t'en souvenir.
- Ça ne m'empêchera pas de penser que...
- En silence, à deux pas derrière elle.
Vous écoutez aux portes, Talleyrand!
- Je ne faisais que passer par là, sire,
mais je marche lentement.
- Vous êtes ministre des Affaires étrangères,
pas ministre des affaires de famille!
- Oui, bien sûr, mais malgré tout,
je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter.
Et je dois avouer que votre frère a raison.
Un empereur sans héritier est un homme extrêmement fragile.
Il suffit de mener à bien un attentat contre lui
et tout est totalement balayé.
Non seulement cela concerne l'homme,
mais également son œuvre.
Si vous vous donnez le temps nécessaire,
je suis persuadé que vous trouverez les mots d'adieu
qui ne la blesseront pas trop.
- Ce ne sont pas les mots qui me manqueraient, Talleyrand,
c'est le cœur.
Parce que j'aime Joséphine.
Je l'ai toujours énormément aimée.
- ...Sire.
- Parfait... le pape pensera
que nous sommes tombés sur lui par hasard.
Je tiens pas qu'il s'imagine
que j'ai fait les frais de me porter à sa rencontre.
Je ne lui dois pas davantage d'égards
qu'à un quelconque roitelet.
- Le cortège arrive, sire!
- Alors, allons-y, messieurs, et n'oubliez pas:
nous étions en pleine chasse aux loups quand soudain...
. Wo!
- Pardon pour cette vilaine boue, Très Saint Père.
Mais il a beaucoup plu ces derniers jours.
- Vous vous demandiez si le Pape savait marcher sur les eaux?
Eh bien, non!
De toute évidence.
Mais je possède d'autres pouvoirs...
- Comme celui de me sacrer empereur.
- Oui, et aussi, celui de célébrer votre...
mariage!
- Me marier? Mais je le suis déjà.
- Durant ce long et ennuyeux voyage, un cardinal me disait
que vous et la future impératrice
n'avez pas été unis devant Dieu...
- Non, mais notre mariage républicain est aussi valide.
- Pour moi, il n'a pas de valeur.
Mais soyez rassuré...
Je me ferai une joie de bénir votre union devant Dieu.
- Je n'ai pas l'intention de me marier une seconde fois.
- Je dois ajouter que je ne peux sacrer un homme empereur
lorsqu'il vit en concubinage.
- Soit, mais alors, une cérémonie discrète.
Et sans témoins inutiles.
- Lorsqu'on a le pape pour témoin, sire,
personne d'autre n'est nécessaire.
- Permettez-moi, Très Saint Père.
Je vais vous aider, donnez-moi la main.
- Non, votre épaule.
- Au plaisir.
- Aidez-moi.
- Très bien!
- Poussez, oui, plus fort.
- Et voilà. Magnifique!
. Hue!
- Je fais entièrement redécorer la cathédrale.
Je veux transformer Notre-Dame en temple gréco-romain.
- C'est-à-dire païen?
- C'est-à-dire grandiose!
Dites-moi, est-ce que vous ne m'avez pas représenté plus petit
que monsieur Talleyrand?
- C'est-à-dire, sire, que j'ai cru bon de respecter
les proportions de la nature.
- Ce n'est pas la nature qui détermine
la grandeur des hommes,
c'est leur destin.
- Bien, sire.
- Vous vous tiendrez ici. - Et vous, vous serez là-bas.
Je crains de ne pas avoir le bras assez long.
- Assez long pour quoi faire?
- Pour poser la couronne sur votre tête. - Vous n'aurez pas cette peine.
J'ai prévu de me couronner moi-même.
- Alors, pourquoi suis-je venu ici?
- Pour bénir mon règne.
- Mais à qui exactement
demandez-vous de bénir votre règne, sire?
À notre Seigneur Tout Puissant
ou à son serviteur qui le représente humblement?
- Humblement? Vous trouvez ça humble,
le tonnerre des grandes orgues, les nuages d'encens,
les autels croulant sous les fleurs,
les soutanes brodées d'or...
les processions de diacres, de prêtres, d'archi-prêtres,
d'évêques, de cardinaux...
- Sire, vous confondez Dieu avec la religion.
- Non, au contraire, je les sépare.
D'un côté, une hypothèse, un pari... Dieu.
De l'autre, une certitude, la religion.
C'est elle qui charpente les sociétés humaines.
Sans religion, les peuples n'ont plus de repères.
On a bien vu ce que ça a donné en France.
Quand la Révolution, sous prétexte de libérer les esprits,
a pillé les églises et guillotiné les religieux.
Le pays est tombé dans les folies de la terreur.
On peut vivre sans Dieu...
mais pas sans religion. - Se passer de Dieu?
Est-ce que vous pourriez vivre
sans espérer l'immortalité de votre âme?
Vous pourriez vivre sans croire à la vie éternelle?
- Si vous aviez jamais été sur un champ de bataille,
vous non plus, vous n'y croiriez plus.
- Mais je passe toutes mes journées et toutes mes nuits
sur un champ de bataille!
Le monde entier est un champ de bataille, sire.
Et chaque fois qu'un homme souffre,
c'est une terrible défaite à mes yeux.
Posez la couronne sur votre front
si telle est votre volonté.
Moi, je prierai, afin que, jamais,
elle ne soit trop lourde à porter.
- Bah... vous-même...
Avez-vous jamais regretté d'avoir été élu pape?
- Cela me terrifie, sire...
chaque jour que le Seigneur fait.
[Cloches et orgue d'église]
- Laissez-nous.
- Dieu que vous êtes belle!
Sais-tu que je te donnerais à peine 25 ans?
- Le maquillage...
C'est un peintre qui l'a conçu,
qui m'a aidée à le poser en travaillant ombres et clartés
à même mon visage.
Comme si j'étais un chef-d’œuvre.
- C'est ce que tu es!
- Ton chef-d’œuvre, alors.
Le chef-d’œuvre de ton amour.
Tu me permets de dire ça?
- Tu en doutes?
- Pas quand tu me regardes comme ça.
Pas quand nous sommes seuls, toi et moi.
Ce qui me fait peur,
ce qui salit tout, ce sont les autres
à qui je vais offrir la plus belle occasion de me haïr.
- Il te suffira de ne pas les voir...
de n'attacher tes regards que sur moi seul.
- Mais au moment le plus grand,
il faudra bien que je te dérobe mon regard,
pour incliner la tête.
- Mais sache bien alors que c'est moi qui ne verrai que toi.
- Vous avez fort bien rendu la physionomie du pape.
On dirait qu'il est assis là, sur son fauteuil,
avec défense d'en bouger.
Comme il a l'air de s'ennuyer, le pauvre.
- Placé où il était, il ne pouvait voir
que le dos de votre manteau. - Et où est ma mère?
- Euh, nulle part, sire.
Madame votre mère ayant préféré ne pas assister à la cérémonie,
je n'ai pas cru devoir... - Elle ne pouvait supporter
de voir glorifier Joséphine.
Querelle de chattes.
Mais la postérité ne comprendrait pas son absence
en un pareil moment.
Là, David.
Vous allez la peindre au milieu des tribunes, bien en vue.
Faites-lui une robe magnifique.
Et veillez à ce qu'elle ait l'air radieuse.
- Sire, je ne sais pas si madame votre mère appréciera...
- Elle commencera par être furieuse.
Elle a un caractère très entier,
comme le reste de la famille!
Avec le temps, elle me sera reconnaissante
de lui avoir évité de passer pour une personne
à l'esprit étriqué et mesquin.
Voilà.
Très beau, David.
Ça sera très beau.
Dans combien de temps pensez-vous l'avoir fini?
- Il faut le temps, sire.
Un an, deux ans peut-être.
- Allons, allons, David, pressez!
Bientôt, cette mer déserte se couvrira
de chaloupes pleines d'hommes, de chevaux et de canons.
Cap à l'ouest.
Six heures de vents favorables et je suis en Angleterre.
- Ça n'est pas seulement une question de vent.
Il y a cette flotte anglaise qui croise au large.
Nos chaloupes ne sont pas de taille.
- L'amiral Villeneuve ne va pas tarder.
Il remonte d'Espagne avec 74 bâtiments de guerre.
Contre la petite cinquantaine dont disposent les Anglais,
la messe sera vite dite.
- Oui, peut-être aurons-nous Dieu avec nous,
mais les Anglais ont Nelson.
- Nelson... vous avez tous ce nom à la bouche!
Mais qu'est-ce que c'est que votre Nelson?
Un petit homme juché sur un fatras de bois et de toile
qu'on appelle un bateau!
Eh bien, Murat...
un bateau, ça se coule.
- Pour avoir été reconnus coupables d'espionnage
au profit de L'Angleterre,
vous êtes condamnés à être passés par les armes.
Soldats...
préparez vos armes!
En joue!
Feu!
- S'il faut vraiment faire couler le sang,
il serait peut-être temps qu'il soit anglais.
La population de Boulogne...
- Qu'a-t-elle à dire, la population de Boulogne?
J'entretiens 200000 hommes aux portes de la ville.
200000 gaillards
qui font la fortune des marchands de vin
et des putains de la région.
- C'est vrai que cette armée sent la vinasse et le cul.
- Rassure-toi, Murat, elle sentira bientôt la poudre.
- Pardonnez-moi, sire,
je crois que vous pouvez cesser de regarder vers L'Angleterre.
- Vous m'amenez des nouvelles de l'amiral Villeneuve...
- En effet, sire.
Monsieur de Villeneuve a estimé
que ses escadres étaient trop vulnérables
et que ses marins étaient trop mal préparés
pour affronter l'amiral Nelson.
Il préfère attendre, sire.
- Derrière un rocher... comme un enfant peureux.
Le lâche, l'imbécile!
Ne sait-il pas qu'à la guerre,
avoir du génie, c'est avoir de l'audace?
Ne comprend-il pas que, sans ses bateaux,
je suis ici comme un cul-de-jatte!
- Mais il est peut-être préférable que votre majesté
n'ait pas traversé la Manche...
Parce que L'Angleterre a réussi
à persuader la Russie et L'Autriche
de lancer une attaque contre nous par l'est,
pendant que notre armée était occupée ici, à l'ouest.
C'est une excellente stratégie... et bien anglaise.
- Les Anglais ont-ils oublié que mon arme, c'est la vitesse?
Dans 20 jours, je serai au cœur de L'Allemagne.
Murat, changement de programme.
Que les clairons sonnent le rassemblement.
Départ immédiat, 40 kilomètres par jour,
5 minutes de pause par heure... ça sera épuisant.
Alors je veux que les tambours battent sans cesse
pour donner du cœur aux hommes.
- Avec vous à leurs côtés, ils n'en manqueront pas.
- Je ne serai pas avec eux, je serai à L'Opéra.
À la comédie,
au bal, à la chasse...
Partout où l'on rit et l'on s'amuse.
Si je suis vu à Paris, jamais l'ennemi n'imaginera
que mon armée se précipite à sa rencontre.
Je sais, messieurs.
On n'a jamais vu 200000 hommes et tout leur fourniment
exécuter une telle pirouette.
C'est parce qu'on le croit impossible
que nous allons le faire.
Et c'est aussi pourquoi, à dater de ce jour,
on ne dira plus l'armée...
mais "la grande armée"!
C'est là que se jouera la partie.
Une fois la Russie et L'Autriche écrasés,
la Prusse, s'il lui prend de rentrer dans la danse,
je serai le maître de L'Europe.
Et L'Angleterre n'aura plus qu'à pourrir dans sa tanière.
Vous avez de la chance, Fouché.
Vous revenez aux affaires quand tout va bien.
- À ce détail près, sire, que les caisses de l'État sont vides.
- Je les remplirai.
Gagner la guerre, c'est faire de l'or.
- Pour gagner la guerre, sire, il faut la faire.
Vos armées sont rangées en ordre de bataille,
mais il n'y a pas de guerre.
- Et bien soit, attaquons.
Nous avons assez donné le change comme ça.
Je rejoins la troupe.
Départ: demain, 4h00.
. A-l-e!
- Je t'ai délivrée d'un ennemi.
- Un éclaireur.
Le gros de l'armée arrivera bientôt.
- De toute façon, tant que nous ferons face ensemble...
- Ensemble?
Mais moi, je serai vieille bien avant toi.
- Je serai peut-être mort avant toi.
- Chut...
- J'ai une guerre à faire qui n'attend que moi.
L'heure n'est plus aux mondanités.
Lève-toi, Joséphine, nous partons cette nuit.
- Nous partons? - Oui, pour Strasbourg.
Lorsque les hommes verront que tu fais partie du voyage,
ils en déduiront que la guerre ne sera ni trop féroce,
ni trop longue.
C'est très important pour leur moral.
- Tu calcules toujours tout.
- Oui, j'essaie.
- As-tu déjà fait l'amour dans une berline,
lancée à toute vitesse dans la nuit?
- Mon pauvre ami, tu es tout trempé!
- Au bivouac, Roustam me préparera un bon bain chaud.
Tu sais que ça me guérit de tout.
- Pas d'être séparé de moi, j'espère.
- Je veux que tu m'écrives... une lettre par jour.
Deux, ce serait mieux.
Mais écoute attentivement:
s'il m'arrivait quelque chose,
c'est toi qui assurerais la régence jusqu'à...
- Jusqu'à ce que ton fils puisse te succéder...
- Mon fils?
- Tu m'as prise avec une telle passion,
cette nuit, dans la berline,
que je ne serais pas étonnée que tu m'aies fait un bel enfant.
- En cas de malheur,
c'est le fils de Louis et d'Hortense qui me succédera.
Un Bonaparte... Tu vois, j'ai tout prévu.
- Prévois surtout de me revenir.
Moi, je ne peux pas vivre sans toi.
- Sire, pour se loger ici, partout, très pauvre.
Le mieux, c'est maison ici.
- Ça ira, prépare mon bain, je suis glacé.
- Ce n'est pas tout de suite que tu pourras te réchauffer.
Avec cette pluie, tous les fourgons se sont embourbés.
La baignoire est restée à l'arrière.
- Ne pas s'inquiéter, sire.
Roustam va trouver quelque chose pour Votre Majesté.
- Brrr... j'ai jamais eu aussi froid de ma vie!
C'est quoi, ça, exactement?
- Sire, c'est... c'est mangeoire pour les cochons.
Mais Roustam a lavé avant.
- L'Empereur des Français dans une auge à cochons...
Le jour du sacre, à l'instant d'entrer dans la cathédrale,
je me suis retourné vers Joseph et je lui ai dit:
"Si notre père nous voyait..."
Eh bien, ce soir,
si mes frères me voyaient...
[ Porte ] - Regardez!
Des œufs... hum!
C'est tout ce que j'ai trouvé. - Parfait!
- J'ai bien essayé de t'attraper aussi la poule,
mais elle a rien voulu savoir.
En la poursuivant, j'ai glissé dans le purin.
Désolé pour l'odeur.
- C'est un fait que tu pues abominablement!
Mais quand nous reniflerons l'odeur de la mort,
on regrettera celle du fumier.
Donne tes œufs à Roustam pour une omelette!
Et viens te plonger là-dedans, l'eau est encore chaude!
Brrr...
Ah, j'ai toujours aussi froid.
- Tu n'as pas la fièvre?
- Non, c'est pas ça, c'est plutôt comme...
comme si j'avais trop bu.
Ça tourne.
Tourne...
J'arrive plus à respirer.
J'étouffe.
[ Mots déformés ]
- Napoléon!
- Il faut un médecin pour Sa Majesté!
- Il peut avoir la fièvre...
- Oh, ah...
Ah, mais ça va mieux, Roustam, ça va, laisse-moi!
Sous prétexte de me revigorer, tu m'arraches la peau.
- Non, non.
Ne te lève pas avant qu'on sache ce que tu as eu.
J'ai fait appeler le chirurgien des armées, il va t'aider.
Peut-être qu'une saignée... - Non, une saignée, jamais.
Je ne verse mon sang que sur le champ de bataille.
Tu nous la fais, cette omelette?
- Si tu as faim, c'est que tu vas mieux.
- Attends de me voir désosser L'Autriche...
et transformer la Russie en pâté!
Les Anglais vont avoir des raisons de m'appeler l'ogre.
Maintenant, messieurs, que ce soit clair:
Je ne suis pas malade.
Je n'ai pas eu de malaise.
Si l'un d'entre vous fait allusion à cette défaillance,
je considérerai qu'il m'a trahi.
Et je connais une façon de punir les traîtres...
- Douze balles dans la peau.
- Plus mon mépris.
- Je prendrai position le premier.
Je veux obliger les Russes et les Autrichiens
à livrer bataille là où je l'aurai décidé.
- Nous occuperons les hauteurs, bien sûr!
- Je vous reconnais, Caulaincourt.
Vous êtes marqué et vous ne pouvez pas vous empêcher
de vouloir toiser les gens de haut...
- Sire, tous les manuels militaires s'accordent
pour affirmer que la meilleure position pour livrer bataille
est sur les hauteurs.
- Ceux qui ont écrit ces manuels n'étaient pas ici.
Au fait, où sommes-nous?
- Austerlitz, sire.
- Eh bien, messieurs, Austerlitz donnera donc tort
aux manuels chers à M. de Caulaincourt.
Nous offrirons les hauteurs à nos adversaires cette fois.
Je vais leur laisser occuper le plateau de Pratzen.
- Pour qu'ils puissent mieux fondre sur nous?
- Pour qu'ils CROIENT pouvoir fondre sur nous.
La route de Vienne, mes amis... que nous contrôlons.
Essayons de nous placer du point de vue de l'ennemi.
À votre avis, à quoi va-t-il surtout consacrer ses forces?
- À reprendre cette route... et nous couper de nos arrières.
- Qu'ils essaient seulement.
On va se mettre en travers de leur chemin
et les empêcher de passer avant même qu'ils fassent un pas.
- Non, c'est moi qui t'arrête, Murat.
Cette route, nous allons faire croire que nous l'abandonnons.
Nous allons faire mine d'être effrayés par les feux ennemis
et nous reculerons.
- Ce qui encouragera l'ennemi à avancer.
- Pour avancer, il devra dégarnir le plateau de Pratzen
au pied duquel l'attendra notre aile droite
laquelle commencera par reculer. - Reculer? Encore?
- De quoi laisser l'adversaire s'enfoncer dans le piège.
Une fois que nous sentirons l'ennemi sûr de lui,
nous cesserons de reculer.
Bernadotte et Soult
attaqueront le plateau de Pratzen.
Tandis que Lannes et toi,
vous nous prendrez tout ce beau monde à revers.
- Ça a l'air tellement simple...
- C'est simple.
C'est pourquoi c'est imparable.
- Maudit brouillard, sire.
- Bienheureux brouillard au contraire.
Il empêche les Russes et les Autrichiens
de repérer nos positions et de voir nos régiments
se rassembler dans la plaine.
À toi de jouer, Davout.
Profite de cette brume pour te rapprocher au plus près
du corps d'armée de Koutousov - Très bien, sire.
- Moi, sire, donnez-moi dix minutes
et je m'empare du plateau de Pratzen.
- Eh oui, Soult, j'y compte bien.
Attends seulement que la brume se dissipe.
Le soleil va sortir, je le sens.
Il va venir, on se connaît bien, le soleil et moi.
- Le soleil maintenant?
- Oui... le brouillard était pour le piège.
Le soleil sera pour la victoire.
Sa lumière, en révélant brusquement à l'ennemi
que nous sommes plus près qu'il ne le pense,
va lui faire perdre son arrogance.
[cris 1
- Le soleil, sire, ils saluent le soleil.
Ils y voient un bon présage.
- Moi aussi.
Messieurs, la grande armée passe à l'attaque.
Et musique en tête à présent que nous n'avons plus à nous cacher.
- Soult! - Prêt à mener la charge, sire.
- C'est toujours si beau quand ça commence...
À toi, Lannes.
Tu dois balayer cette plaine avec ton cinquième corps.
Murat sera juste derrière toi.
. Feu!
- Tout cela en une seule journée, sire?
- En quelques heures à peine, oui.
20000 tués chez eux,
entre 6000 et 8000 chez nous.
- Sire, je crois que j'en ai... - Assez vu?
Non, Talleyrand, pas encore, ouvrez grand les yeux.
Regardez, écoutez, reniflez jusqu'à la nausée s'il le faut.
Parce que vous allez négocier la paix
et je veux que vous sachiez combien elle a coûté.
[ Tambours ]
- Vous ne descendez donc jamais de votre cheval, sire?
- Il m'est arrivé de dormir en selle...
J'ai fait à cheval à peu près tout ce qu'un homme peut faire.
Excepté l'amour.
Mais je ne désespère pas d'y parvenir un jour.
- Qu'allez-vous exiger des vaincus?
- Je peux tout, n'est-ce pas?
- En effet... vous êtes le maître.
- Bien.
Alors, j'exige la paix.
. La paix?
C'est magnanime.
Et votre modestie va certainement apparaître
comme une plaisante surprise
pour L'Empereur d'Autriche et le Tsar Alexandre...
- C'est tout pour l'essentiel.
Quant aux détails, L'Autriche me remettra le Tyrol et Venise.
Je veux le Tyrol pour sa position stratégique
et Venise pour ses trésors.
Je... compte faire transférer cet admirable quadrige
qui se trouve sur la Place St-Marc à Paris.
Eugène de Beauharnais ne pourra pas me refuser ça.
Et j'ai fait le fils de Joséphine vice-roi d'ltalie.
Venise sera donc à ce brave Eugène et le quadrige aussi.
Je ferai couronner mon frère Joseph roi de Naples,
Louis et ma chère Hortense règneront sur la Hollande
et je vais donner la Westphalie à Jérôme.
L'Europe se trouvant alors tout entière
irriguée par mon propre sang,
il n'y aura plus de guerre.
- Hum, hum.
- Oui? Vous avez quelque chose à dire?
- Non, moi, je n'ai rien à dire.
Mais qu'en sera-t-il de la façon de réagir des cours européennes?
À moins que... - A moins que rien.
Personne n'a à discuter mes décisions.
- Mais je ne les discute pas, sire.
Je me permets juste une suggestion
qui permettrait de conforter les cours européennes.
Par exemple, Votre Majesté pourrait...
ce n'est qu'une hypothèse, bien sûr...
répudier L'Impératrice Joséphine
sous le prétexte qu'elle ne vous a toujours pas donné d'héritier
et épouser la jeune archiduchesse d'Autriche.
- Lâcher Joséphine pour Marie-Louise...
- Oui. - Si c'est une idée à vous,
laissez-moi vous dire qu'elle est singulièrement stupide!
- Mais, Votre Majesté, j'ai un très grand respect
pour L'Impératrice Joséphine.
Mais qu'y aurait-il de mieux
pour créer des liens avec la maison d'Autriche
que ceux d'un mariage?
- Après avoir fait la guerre à L'Autriche,
vous voudriez que je lui fasse l'amour?
Mais pour faire l'amour, M. Talleyrand,
encore faut-il aimer!
- Aimer?
Dans le cas présent, il ne s'agit après tout
que de faire un enfant!
- Avec ce gros jambon rose
qui doit parler français avec un accent effroyable...
- Votre Majesté, je vous assure que L'Europe entière
trouve Marie-Louise extrêmement séduisante.
Et d'ailleurs...
Je souhaiterais vous en donner la preuve.
Tenez.
Bien, il est inutile d'insister?
- La France a déjà eu une Autrichienne
avec Marie-Antoinette.
Ce n'est pas avec des mauvais souvenirs qu'on bâtit l'avenir.
- C'est moi, sire, Eleanore Denuelle.
Pardon de venir si tard.
- J'ai dit à Joséphine que je travaillais.
D'ailleurs...
D'ailleurs t'es en retard.
Ce qui fait que mon mensonge n'en est pas vraiment un.
J'ai pu jeter quelques idées sur cette carte.
- C'est quoi?
Où donc se trouve Trafalgar?
- Trafalgar n'a jamais existé.
Savez-vous, Mlle Denuelle,
que ce que vous regardez relève du secret d'État?
Et que pour ça...
je pourrais te faire arrêter, mon ange.
- Mais c'est toi que tu punirais.
À moins de venir me faire l'amour dans mon cachot...
- Oui, au moins, nous serions tranquilles.
J'en peux plus, moi, de ces rendez-vous à la sauvette.
Dire qu'on me pousse à répudier ma femme
pour une princesse autrichienne
et qu'on me traiterait de...
de mari malhonnête si on me voyait en train de caresser
une petite suivante de rien du tout.
- Mais pas "petite suivante"...
Dame du palais et lectrice de Sa Majesté impériale...
- Pardon.
- Dis-moi, ça ne te gêne pas de t'asseoir aux genoux de ma femme
pour lui faire la lecture
en sachant que tu vas te retrouver dans mon lit le soir?
- Vous auriez une maîtresse de toute façon...
Vous aimez trop l'amour, sire.
Vous l'aimez encore plus quand il vous met en danger.
Le risque vous excite.
[ Pas derrière la porte ]
- Joséphine qui rentre du théâtre.
- Pourquoi n'est-elle pas entrée?
- Parce qu'elle a 20 ans de plus que toi
et qu'elle est bien trop intelligente
pour se soumettre à des comparaisons.
- Raté... zut!
- Tu joues vraiment n'importe comment aujourd'hui!
- Veux-tu que je cède ma place à Mlle Denuelle?
Oh, peut-être elle ne sait pas jouer aux échecs...
Elle ne peut pas être douée pour tout!
- Mais tu devrais le savoir mieux que moi, parce que...
Eleanore Denuelle est une de tes suivantes.
- Et une de tes maîtresses.
- Ce sont des ragots, ça!
- Non seulement elle est ta maîtresse,
mais c'est une maîtresse amoureuse.
- Mais... enfin, supposé que ce soit vrai...
la seule chose qui devrait compter pour toi,
c'est si je suis amoureux d'elle?
- Très bonne question.
Et quelle est la réponse?
Elle t'excite...
mais tu n'es pas amoureux.
La, la, la, la, la...
- Tu vois... tu vois, tu n'as rien à craindre.
Joue donc. - Je n'ai pas peur d'elle.
Pas plus que de toutes les autres petites...
que tu as mises dans ton lit
et que tu mettras encore dans ton lit.
La seule chose que je craigne,
c'est que tu m'aimes de moins en moins...
Jusqu'au jour où tu ne m'aimeras plus du tout.
- Ça n'arrivera jamais.
- Mais tout arrive, mon ami.
La preuve?
Échec au roi.
- À moins que je sacrifie ma reine...
auquel cas...
- Je serai échec et mat.
Refaisons une autre partie.
Celle-là ne tourne bien ni pour toi, ni pour moi.
- Allez...
- Arrêtez! Wo!
- Pas trop froid?
Tu ne t'ennuies pas trop à suivre cette chasse?
- Je n'aime pas la chasse.
Je suis venue pour te parler.
Je te vois jamais seul.
Descends de ton cheval
et marchons un peu, tous les deux...
Alors, Napoléon...
Tout le monde dit que tu as remporté
une grande victoire à Austerlitz...
Mais ça aurait aussi pu être une grande défaite.
- Ah, non, ça, vois-tu, je ne crois pas.
- Victoire ou défaite, tu aurais pu te faire tuer.
Et puis, il y aura d'autres batailles.
- Tu as peur pour moi?
Tu as rêvé qu'il m'arrivait quelque chose?
- Une mère n'a pas besoin de rêver pour avoir peur.
- Mère, mais j'ai fait la guerre.
Et si la mesquinerie des nations m'y contraint,
je la ferai de nouveau.
Mais ce n'est plus comme la campagne d'ltalie.
Je ne charge plus au milieu de mes hommes.
Si tu voyais comme ils le protègent, leur Empereur.
Si j'ai le malheur de m'exposer,
ceux de ma garde menacent de cesser de se battre.
Alors, je suis bien obligé...
- Tu crois que c'est pas plus dangereux que la chasse?
- Tu as raison, c'est plus dangereux.
- Si tu disparaissais...
qu'est-ce que je deviendrais, mol?
Tu sais ce qu'il faut que tu fasses?
Il faut me faire donner une rente.
- Tu penses à ma mort, c'est ça que tu vois?
Une rente?
- Préparer l'avenir n'a jamais tué personne.
Puis c'est pas à toi que je demande de l'argent,
c'est à L'État!
J'ai donné mon fils à l'État.
On peut quand même me donner
un petit quelque chose en retour, non?
- Ces dispositions que tu me réclames,
je les ai déjà prises, figure-toi.
Mais je t'en ai rien dit parce que je craignais
de te bouleverser en te parlant de ma mort.
Mais je vois que je me trompais.
Vous êtes tous pareils...
Vous en avez jamais assez... Une famille de vampires!
Pourquoi est-ce que vous n'essayez pas
de vous battre par vous-mêmes?
Pourquoi est-ce que vous attendez toujours tout de moi?
Pour qui est-ce que vous me prenez à la fin?
Pour Dieu?
Foutaise! Je suis seulement Napoléon.
Napoléon Bonaparte!
Le petit Corse qui risque sa vie à chaque bataille.
C'est un coup de dé sur lequel je peux tout perdre.
Moi aussi, il y a des jours où je suis fatigué...
Et où je me demande à quoi demain ressemblera.
Allez, viens, ne reste pas là.
Il faut pas que tu prennes froid à ton âge.
- Voilà qui est parfait, sire, parfait!
C'est excellent.
Ce cheval était fait pour vous, Majesté.
Si la reine de Prusse vous voyait maintenant,
elle serait forcée de réviser son jugement.
- Pourquoi?
Qu'a dit la reine de Prusse?
- Cette femme, sire, plutôt cette harpie,
n'arrête pas de répéter que Votre Majesté,
"ce petit monsieur Bonaparte",
je ne fais qu'utiliser son langage,
n'est qu'un monstre sorti de la France.
- Elle, comment l'avez-vous trouvée... belle femme?
- Non... non, sire, non, mon Dieu, elle a un goitre.
- Goitre? Oh, voyez-vous ça...
La pauvre!
- Cette femme ne mérite pas votre pitié.
C'est une vraie furie!
Elle a traversé Berlin à la tête d'un régiment de dragons
et a fait le serment de conduire ce régiment
jusqu'à Paris.
Et aussi, elle a ajouté qu'il était inutile
d'employer les sabres pour battre les Français.
Des gourdins suffiraient.
- Ainsi, je suis un monstre à la tête d'un peuple de chiens...
C'est extraordinaire, l'imagination qu'elle al
J'ai bien fait de vous envoyer à l'ambassade, Caulaincourt.
- Merci, sire.
- Je commence à me faire une bonne idée
des intentions de la Prusse à l'égard de la France.
- Ce qui me semble extraordinaire, sire,
c'est la sérénité avec laquelle Votre Majesté
a écouté mon rapport.
- Ma sérénité vient du fait que j'ai 150000 hommes
prêts à mourir pour moi, Caulaincourt...
avec lesquels je peux soumettre, écraser, anéantir qui je veux.
Et non seulement je le peux,
mais je vais le faire.
- Mais c'est votre bonne amie...
- Ma bonne amie, sire? Que voulez-vous dire?
- La reine de Prusse... Rien ne l'amuse plus, on dirait.
Les femmes sont tellement inconstantes.
- Quelle heure est-il?
- Près de midi, sire.
- Encore deux petites heures...
Et léna, qui n'était que le nom d'une petite ville,
sera le nom d'une immense victoire!
- Puisque vous me confirmez que léna est une victoire,
qu'est-ce qui retient L'Empereur là-bas?
Vous, vous êtes rentré, vous!
- C'est que je ne suis pas très utile
sur les champs de bataille, moi, madame.
- Les champs de bataille?
Vous voulez dire que, malgré la victoire,
la guerre va continuer?
- Maintenant que L'Empereur a battu l'armée prussienne,
il veut également battre l'armée russe.
Car selon lui, elle représente une réelle menace
pour la paix en Europe.
Alors, il a donc décidé de se lancer à sa poursuite
à travers la Pologne.
- La Pologne?
On dit que les Polonaises sont... très jolies.
- Hum.
- Qu'il me délaisse, soit!
Mais la France, l'a-t-il oubliée?
- Ah, non.
Peut-être que sa France existe non seulement dans sa mémoire,
mais également dans ses rêves.
Tous les jours, on reçoit ses décisions
concernant de nouveaux monuments, des parcs,
des halles et des marchés.
Il veut organiser une exposition universelle
de tout ce qui sort de nos manufactures.
Mais son dossier de prédilection est...
la création d'un code civil
car il veut réformer de façon légitime
les rapports entre les Français.
Dans le domaine de la vie quotidienne, les héritages,
les contrats de mariage, les... - Divorces?
- Oui, les divorces aussi.
- Eh bien, puisque vous semblez dire
que mon époux ne sera pas de retour pour Noël,
j'irai donc le rejoindre en Pologne.
- Je crains, hélas, que ce ne soit pas une très bonne idée.
Si vous revenez de ce voyage plus triste qu'en partant,
vous ne pourrez vous retourner que contre vous-même.
- Il y a là-bas l'homme que j'aime.
- Il faut être deux pour aimer.
- Que voulez-vous insinuer?
- Vous dites "insinuer", madame...
Ceci est curieux:
Tout le monde dit en parlant de moi que j'avance masqué,
que je déguise ma pensée.
Et pour une fois que je dis exactement ce que je ressens,
vous n'avez pas l'air de vouloir entendre.
Mais il se pourrait que ce soit vous qui avanciez masquée...
Non?
- Avec ça, elle sera bien forcée de comprendre.
Lisez.
- Il faut le lui faire savoir.
- À elle?
- Non, à lui. Aussi vite que possible.
- Dépêchez-vous, messieurs.
Allez, plus vite, plus vite!
Désolé, sire.
Poussez, poussez.
Poussez plus fort!
- Sapristi, Caulaincourt,
on dirait que vous pratiquez un accouchement!
- Enfin, vous, sire!
J'arrive de Paris pour vous remettre ceci.
- Avec vous, ce sont toujours de terribles nouvelles.
Qu'avez-vous déjoué, cette fois?
Une nouvelle conspiration pour m'assassiner?
Ça, par exemple, c'est extraordinaire!
Tenez, Caulaincourt, lisez.
- Oui, sire. Bonjour.
- "Le ministre de la Police fait savoir à Sa Majesté impériale
"que le 13 décembre 1806 au 29 rue de la Victoire...
- Rue de la Victoire, c'est un nom prédestiné...
- "une jeune femme du nom de
"Louise-Catherine-Eleanore Denuelle a mis au monde
"un enfant de sexe masculin
"né de père inconnu."
- Caulaincourt, ne faites pas plus stupide que vous ne l'êtes!
Vous ne comprenez pas?
Relisez donc la dernière ligne.
- "A mis au monde un enfant de sexe masculin
"né de père inconnu."
De père inconnu? Ça veut dire...
- L'Empereur! Eh oui, Caulaincourt.
Sa Majesté a un enfant!
- J'ai un fils, Caulaincourt, j'ai un fils!
- Sire, je me réjouis d'être le premier
à présenter à Votre Majesté mes plus sincères félicitations.
- Merci, Caulaincourt, merci.
Et merci surtout à Eleanore.
Merveilleuse, miraculeuse petite Eleanore.
Grâce à qui je suis père.
[Applaudissements ]
- Sire, je vais faire accélérer les choses,
si vous me le permettez.
- Je vous en prie monsieur, aidez-moi,
je dois voir L'Empereur.
- C'est impossible, absolument impossible.
- Allez-vous permettre, monsieur, qu'un de vos soudards
traite ainsi la comtesse Marie Walewska?
- Vous avez dit "comtesse"?
- Oui.
- Sire!
Soyez le bienvenu, sire.
Mille fois le bienvenu
sur notre terre de Pologne qui vous attend pour se relever
et...
Je ne sais plus...
J'avais préparé mille choses dont je voulais vous parler,
et maintenant que je vous vois,
je ne sais plus que dire.
- Moi non plus, je ne sais que dire.
Ce qui va nous obliger à nous revoir.
Quand nous aurons, vous et moi,
retrouvé les mots qui nous manquent...
Vous voulez bien?
- Merci, monsieur.
- Je suis désolé, je vous prie de bien vouloir m'excuser, sire.
- Comment s'appelle-belle?
- Elle s'appelle comtesse...
ces noms polonais, c'est impossible...
- Je veux savoir.
Retrouvez son nom, et surtout, retrouvez-la, elle.
- Certainement, sire.
[Cris de joie de la foule]
- M. le comte Enrik et Mme la comtesse Dabrovnik.
M. le baron et Mme la baronne Slodorowski.
Eh bien, sire, je crois que Votre Majesté connaît désormais
tout ce que la Pologne compte de personnes dignes
de lui être présentées.
- Il manque quelqu'un.
- Je ne crois pas, non.
- M. le comte et Mme la comtesse
Athanase Walewski.
- Voilà, il ne manque plus personne maintenant.
Quand un si vieil homme épouse une si jeune femme,
il devrait avoir à cœur, pour se faire pardonner,
de la couvrir de bijoux.
Mais je verrai à y remédier.
- Sire, ce n'est pas cela que j'espère de Votre Majesté.
Mon pays n'existe plus.
La Prusse, L'Autriche et la Russie l'ont dépecé.
Rendez-moi ma Pologne.
- Léon, sire.
- Quoi?
- Votre fils... Mlle Denuelle l'a appelé Léon.
- La moitié de Napoléon.
Elle me crée des pans...
- Vous crée des quoi?
- Non, rien.
- Trois kilos cinq à la naissance.
Un gros garçon bien joufflu, il paraît.
Vous voyez, sire, comme votre police est bien faite?
Nous savons tout.
- Qu'on le fasse comte avec une rente de 25000 francs.
Vous avez de quoi écrire?
- Inutile, je m'en souviendrai.
25000 francs de rente et un titre de comte.
- Il ne s'agit pas de ça.
Un billet pour la comtesse Walewski.
"Je n'ai vu que vous, je n’admire que vous."
"Je ne désire que vous."
"Une réponse bien vite pour calmer l'ardeur de..."
Inutile de signer, elle comprendra.
Arrangez-vous pour qu'elle le trouve chez elle en rentrant.
Faites appeler ma voiture.
- Mais sire, le bal...
- Puisqu'elle ne danse pas, aucun intérêt.
- Me feriez-vous l'honneur de cette danse, madame?
- Si vous n'avez rien à me demander en échange...
- Madame.
Puis-je, comte Walewski?
En y réfléchissant...
je vais peut-être vous demander quelque chose.
- S'il vous plaît, ne dites rien.
- Sire? Sire... - Pas maintenant.
- Sire, elle est ici. - Qui?
- Elle, la comtesse Walewska.
- Elle est là...
- Oui, dans votre chambre.
Ai-je eu tort de la convaincre de venir ici?
- Doucement, sire.
Venez à moi comme un homme, pas comme un conquérant.
- Pourquoi avez-vous peur, madame?
- C'est sans importance. - Ah si, si pour moi, ça en a.
N'êtes-vous pas ici de votre plein gré?
J'ai cru comprendre que M. Caulaincourt
s'est montré persuasif,
mais il n'aura pas osé vous forcer.
Je le connais, ce n'est pas son genre.
Un marquis, pensez donc!
- D'autres que lui m'ont conseillé
de profiter de cette opportunité pour peut-être...
pouvoir toucher le cœur de Votre Majesté.
Le prince Poniatowski et jusqu'à mon propre mari!
C'est toute la Pologne, sire, qui me jette dans vos bras.
- N'ayez pas peur, vous n'êtes pas encore dans mes bras.
Voyez...
Voyez, plus je m'approche de vous et plus vous reculez.
- Je serai bientôt le dos au mur.
- Et que croyez-vous que je ferai alors?
- On dit que vous ne vous embarrassez guère
pour prendre ce que vous voulez.
- Il ne vous arrivera rien que vous n'ayez voulu,
je vous le jure, madame.
Au revoir, comtesse.
- Sire!
Rendez la Pologne souveraine.
- C'est ça que vous êtes venue me demander?
Donner un roi à la Pologne...
Je ne peux pas prendre un tel engagement.
J'ai toute L'Europe pendue à mes basques qui cherche à me saigner.
Non, mais je peux vous promettre que...
Je peux te jurer que,
de même que je n'oublierai jamais cet instant,
jamais non plus je n'oublierai ce qui t'a amenée ici ce soir.
Donne-moi un peu de temps si...
je vois que les Polonais sont dignes d'être une nation.
- Bien sûr qu'ils en sont dignes.
Regardez-moi, jugez-les d'après moi.
Je suis l'une d'entre eux.
- Impétueuse, passionnée,
courant vers moi comme une folle
au risque de te faire étouffer par la foule...
et ensuite, refusant de me revoir.
Si la Pologne te ressemble, quel petit pays fantasque!
- Que faut-il faire pour que vous aimiez
ce petit pays fantasque?
- Te laisser aimer.
[On frappe à la porte. ]
- Bonjour, sire, j'espère que la nuit a été bonne...
Voilà des nouvelles qui le sont moins, hélas!
Ça vient du maréchal Bernadotte.
Ses hommes sont affamés,
les chevaux n'ont plus que l'écorce des arbres à manger,
ses canons sont embourbés.
- Alors, ils reculent?
Ah, ne mélangeons pas tout.
Envoyez tout de suite un courrier à Bernadotte.
Qu'il n'essaie pas de résister.
Au contraire, qu'il continue sa retraite
afin d'attirer les Russes vers nous.
Faites atteler ma berline, je pars pour le front.
Au fait, ils sont où exactement, les Russes?
- À côté d'une ville qui s'appelle Eylau.
- Vous partez, n'est-ce pas?
- Je reviendrai...
- "Je reviendrai"?
Vous avez dû dire ça bien souvent.
- Je suis toujours revenu.
- Mais pas toujours à la même adresse.
- Tu serais plus rassurée si je t'épousais?
- Ne soyez pas cruel.
Nous le savons que ce n'est pas possible.
Vous êtes déjà marié et moi aussi.
La seule chose que vous puissiez épouser ici, c'est...
- Ta cause?
La cause de la Pologne.
- Cette nuit, je n'y ai pas pensé.
Pas une seule fois.
Cette nuit, mon pays, c'était vous.
- Ils manquent pas de courage, ces bougres-là.
- Sire, notre quatorzième de ligne est anéanti.
Augereau est gravement blessé.
Et il a perdu 5000 hommes en 20 minutes!
. Feu!
- A-t-on enfin des nouvelles du maréchal Ney?
- Nous ne savons pas où il est, sire.
J'ai envoyé des éclaireurs à sa rencontre,
mais aucun n'est revenu.
- Bien, recommencez!
- Sire, il faut vous éloigner d'ici
pendant qu'il en est encore temps.
- Il n'en est pas question.
Vas-tu nous laisser dévorer par ces gens-là?
- Allez, ha! Ha!
- Si Ney et ses hommes ne sont pas ici ce soir à 10h00,
je n'aurai d'autre alternative que de me retirer.
Rochier et Pertier formeront l'arrière-garde.
Faites-leur savoir que je compte sur eux
pour arrêter les Russes s'ils nous poursuivent.
- Très bien, sire.
- Mais je me demande si...
- S'il est prudent d'attendre jusqu'à 10h00 ce soir?
C'est ça que vous n'osez pas dire?
Je n'ai pas encore perdu!
- Messieurs, L'Empereur nous regarde!
Nous allons avoir l'honneur de lui montrer
ce que nous savons faire.
Sabre au clair!
Avec moi...
Chargez!
- Est-ce que ça va suffire?
- Non, mais il n'empêche que c'est magnifique.
Je n'ai pas encore perdu.
- Faites donner la garde.
- La garde, sire?
- Je sais, c'est la première fois...
Exécution!
- Oublions l'idée de la résurrection de la Pologne.
Et je persuaderai les Anglais
de ne plus monter L'Europe contre vous, sire.
- Intéressant.
- Si tu avais le courage de me dire ce que tu veux,
quelle forme de sacrifice tu attends de moi...
Mon suicide?
- Je n'ai aucune envie de Naples.
Je veux L'Espagne.
- J'envoie Caulaincourt.
Qu'il soit là-bas avant que le tsar ne s'aperçoive
de ce qui s'est passé en Espagne.
Tu ne dois pas laisser Alexandre douter de ma force.
- Mais qui t'a trahi? - Tous.
Tous mouillés... Talleyrand, Fouché.
- Si les gens n'ont pas applaudi,
c'est qu'ils sont inquiets.
- À qui la faute?
- Vous savez que vous pouvez compter sur moi.
- Après avoir tout fait pour détruire les monarchies d Europe,
tu vas coucher avec une couronne.
- Liebe ich.
- Il faut que tu m'écoutes, Napoléon.
Le tsar russe a massé plus de 300000 hommes
à la frontière du grand duché de Varsovie.
- Et toutes les pompes à eau
ont été sabotées.
Dans deux ou trois jours,
Moscou ne sera plus qu'un amas de cendres.
Sous-titrage DVD: CNST, Montréal
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