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- Ouvrez-nous!
Ici le gouverneur, Hudson Lowe.
[Toc! Toc! Toc! ]
[Toc! Toc! Toc! ] - Ouvrez!
[Toc! Toc! Toc! ]
Je vous somme d'ouvrir la porte, général Bonaparte.
- Il n'ouvrira pas si vous l'appelez général, monsieur.
Il exige que nous lui donnions son titre.
- Quel titre?
Empereur?
Majesté?
Balivernes!
C'est pas autre chose qu'un ogre!
Il le sera toujours pour nous.
Frappe encore. - Oui, monsieur.
[Toc! Toc! Toc! ]
- Sire, j'ouvre?
-[Voix à l'extérieur]: Si vous ne sortez pas, je révoquerai
tous vos privilèges,
j'arrêterai vos provisions de vin.
Saints grands dieux, Napoléon!
Ouvrez tout de suite, c'est un ordre!
[ Rires ]
Mais qu'est-ce que c'est que ces volets?
Vous n'avez absolument pas le droit!
Vous devez rester sous notre surveillance!
Après tout, si ça vous plaît de vous enfermer dans cette maison
comme dans une prison, libre à vous.
Mes hommes en ont assez de vous courir après sur cette île.
Je vais faire établir autour de Longwood
un périmètre de sécurité
qu'il vous sera interdit de franchir.
- Mes respects, M. le gouverneur.
- Vous n'avez pas à traîner ici, mademoiselle Balcombe.
- Vous pouvez me laisser passer?
Merci. - Vous perdez votre temps.
Sa Majesté impériale est... très irritée.
- Avec vous? Toujours.
Avec moi, jamais.
[Rires féminins]
[Toc! Toc! 1
- Général Bonaparte.
- Ah, revenez plus tard, Mme Tallien est occupée.
C'est le jour où elle tient salon.
- C'est comme la mode.
Aujourd'hui, elle change aussi vite que les hommes politiques.
À peine me suis-je ruinée pour une perruque dorée
qu'on me dit que ce n'est déjà plus au goût du jour
et que je vais devoir sacrifier à nouveau 25 louis
pour en acheter une violette?
- Changer de tête, ce n'est pas la perdre.
Je sais de quoi je parle.
[ Rires ]
- Un certain général Bonnepâte ou Bas-de-la-patte,
quelque chose comme ça,
demande à être reçu par madame.
- Bonaparte. Mais oui, faites entrer.
- Un général? Quel général?
- Un général sans affectation réduit à la demi-solde.
Autant dire qu'il meurt de faim.
Enfin, ce n'est pas son estomac qui le préoccupe.
C'est son cul.
Eh bien, oui, figurez-vous que sa culotte est pleine de trous.
Et comme le drap nécessaire à la confection
d'une culotte d'uniforme
est réservé aux seuls officiers en service...
Ah, mais venez, général.
Venez que je vous présente.
Mme Récamier... - Madame...
- Drôle d'oiseau.
- Avec un regard d'aigle.
- Mme de Staehl...
Mme de Beauharnais...
Et Mme de Coigny.
- C'est moi qui suis la jeune captive, général.
Le fameux poème...
La jeune captive,
de Chénier.
- Le général a sans doute eu trop à faire
pendant la Révolution pour s'intéresser à la poésie.
Je sais ce que c'est, la vie d'un militaire.
Je suis veuve d'un officier.
- Oh... Alexandre de Beauharnais, n'est-ce pas?
Général de l'armée du Rhin,
accusé de la reddition de la ville de Maïence et guillotiné.
- Oui.
J'ai été à deux doigts de le suivre sur l'échafaud.
-[Femme]: Mais Dieu merci, vous êtes de nouveau parmi nous.
- Est-il vrai, ma chère Rose,
que vous avez coupé vous-même vos jolies boucles?
De peur que le bourreau ne les massacre?
- Ne me faites pas passer pour une femme futile
aux yeux du général.
- Vouloir être belle pour affronter la mort
n'est pas futile, madame.
- Ni pour affronter la vie, surtout quand on reste seule
avec deux enfants.
- Général...
J'ai pour vous de bonnes nouvelles.
J'ai pu me procurer une pièce de drap.
Il y aura de quoi vous faire faire
non pas une, mais deux culottes.
- Deux fois merci.
Ainsi qu'à toutes ces dames.
- Général... une tasse de chocolat...?
...chaud.
C'est un pur délice.
Nous en buvions des quantités, aux Antilles.
- Aux Antilles? - Oui, c'est là où je suis née.
Mon père possédait une plantation de canne à sucre
avec 200 esclaves.
Un royaume dédié au sucre et au soleil.
Imaginez-vous:
ma baignoire était une rivière
au milieu des hibiscus et des orchidées.
J'adorais m'y baigner toute nue.
- Moi aussi, madame, je viens d'une île.
Mais où les femmes ne se baignaient pas.
Où alors, toutes habillées de robes noires.
Merci encore.
- Général?
Général?
[ Rires ]
Général, je vous ai choqué.
J'aurais... j'aurais...
- Non, ce ne sont pas vos propos qui étaient choquants.
C'est ce qu'ils ont fait surgir en moi.
- Mais l'image d'une petite fille batifolant
au soleil des Caraïbes... - Petite fille? Pas vraiment...
J'ai cru voir une femme...
Elle était belle, et... elle était nue, elle était vous.
- Maintenant, c'est moi qui suis choquée.
- Vous n'auriez pas dû prendre le risque de me raccompagner.
- J'ai pris un risque?
- Vous trouver seule avec moi.
- Vous n'oserez quand même pas...
- Non, pas ici, pas maintenant.
Mais demain, quand je vous reverrai...
- Parce que vous comptez me revoir?
- Pas vous?
- Si. À quelle heure?
- Par là, vite!
- Ce qui m'inquiète le plus, c'est ce secteur.
La rue St-Honoré et le Palais Égalité.
Parce que si les insurgés dévalent sur nous
en descendant depuis St-Rock...
- Raison de plus pour agir.
Crois-moi, Barras.
Pour l'instant, ce n'est qu'une simple émeute.
- Une simple émeute?
Vingt-cinq mille Royalistes enragés
qui marchent sur la convention avec l'intention
de s'emparer des députés et d'assassiner la République,
tu appelles ça une simple émeute?!
- Quelles sont vos forces?
- Rappelle-moi ton nom, citoyen.
- Général Bonaparte, actuellement sans commandement.
- Ah oui, Bonaparte...
Artilleur, c'est ça?
Eh bien, nos forces, ce sont 4000 hommes au camp des Sablons.
Sous les ordres du général Menou.
4000 contre 25000. - Pas de canons?
- Non. Menou les a laissés aux Sablons
sous prétexte qu'ils ralentissaient sa marche.
- Il nous faut cette artillerie.
Demandez au chef d'escadron Murat
d'aller nous chercher ces canons. Je le connais.
Ce n'est pas un homme, c'est un torrent. Rien ne peut l'arrêter.
Sitôt que nous avons l'artillerie, faut la disposer comme suit:
une batterie là, une autre ici,
une autre là, une autre en enfilade sur ce pont,
et une dernière à cet endroit.
- Si les canons arrivent, tu en prendras le commandement.
- Je te préviens, citoyen:
J'ai pour principe d'aller jusqu'au bout
de ce que j'entreprends, alors ne me demande de comptes
sur le sang qui va couler.
Si je sors mon épée, je ne la remettrai au fourreau
que lorsque l'ordre républicain sera rétabli.
- Quel jour sommes-nous?
- Il est minuit. Nous sommes donc le 13 Vendémiaire.
- Ta nomination comme chef d'état-major.
À toi d'agir, maintenant.
[Rumeur de la foule]
[Coup de feu]
- À toi de jouer, Murat. Prends ta position.
- Soldats, suivez-moi. En avant!
- Genou terre!
[Coup de feu] - Ah...
- En position!
Feu!
À l'avant, par la gauche!
-[La foule]: Des canons! Ils ont des canons!
- À mitraille, feu!
[cris 1
Grenadiers!
Feu à volonté!
. Feu!
Feu!
Deuxième rang...
Feu!
Levez-vous.
En avant!
Quel horrible carnage... - Je sais, Murat,
mais les canons sont faits pour ça, pour la guerre.
- La guerre?
Dans les rues de Paris? Contre le peuple français?
- Des Royalistes acoquinés aux ennemis de la nation.
Il y a 40 vaisseaux anglais devant Brest,
40000 Autrichiens aux portes de Strasbourg,
qui attendent que la République soit renversée
pour déferler sur la France.
Et moi, je suis un général de la République.
Et je ne le permettrai pas.
Général Bonaparte, pour Mme de Beauharnais.
- Bien, mon général.
- Bonjour.
- Bonjour. - Bonjour.
- Bonjour, général.
Je vois que vous avez fait connaissance avec mes enfants.
- Je ne suis plus un enfant, maman.
- Ah, c'est vrai, excuse-moi.
J'ai placé Eugène auprès du général Hosch.
Comme officier d'ordonnance.
- Ah, je dirais que Hosch a sans doute là
une de ses meilleures recrues.
- Quel bel uniforme, général!
Je peux toucher?
Ah! Drap de laine. Excellente qualité.
Seriez-vous coquet?
- Le nouveau général de l'armée d'ltalie
ne peut pas aller comme un pouilleux.
- L'armée d'ltalie?
Serait-ce votre récompense pour avoir sauvé la République?
- Oui. Cadeau de Barras.
- Venez.
- Eugène a le sens de la discipline,
ça se voit tout de suite.
Si je l'avais sous mes ordres, j'en ferais un grand soldat.
Quant à Hortense, il est clair qu'elle a besoin d'un père,
et elle n'a que 14 ans.
- Elle fait plus âgée.
- Oui, mais elle a 14 ans, je me suis renseigné.
- Vous vous êtes renseigné sur ma fille?
- Non, sur vous, sur tout ce qui vous entoure,
tout ce qui vous touche, tout ce qui vous concerne.
Je sais presque tout de vous, Joséphine.
- Mon nom est Rose.
- Vos amants vous appelaient Rose.
Votre mari a décidé de vous appeler Joséphine.
- Ah, mais mon mari est mort.
- Mort, oui, je sais, oui.
Non, je voulais parler de votre nouveau mari.
- Mais quel nouveau mari? - Il n'y a rien d'extraordinaire
à ce qu'une veuve se remarie.
- Non, pas du tout, mais...
C'est que personne ne m'a demandé ma main.
Je n'ai aucun parti en vue.
- Si...
Moi.
[ Tonnerre ]
Excellent travail de fonderie.
Ces bêtes-là doivent porter largement au-delà des 2000 m,
vous n'êtes pas de cet avis, Muiron?
- Si, mon général, sauf que ces canons
ne sont pas prévus pour nous, mais pour l'armée du Rhin.
- Pour l'armée d'ltalie, qu'est-ce qu'il y a de prévu?
- Rien. - Comment ça, rien?
Comment croient-ils que je puisse repousser
les Autrichiens avec rien?
- C'est-à-dire que la plupart de vos hommes
n'ont même plus de souliers, alors... des canons...
- Pas de souliers, pas de canons...
Nous aurons de la cavalerie, au moins?
- Tout un régiment, général. - Ah, tout de même.
- Mais il y a un problème:
c'est que les cavaliers n'ont plus de chevaux.
Ils les ont mangés. - Pardon?
- Oui, c'était ça ou mourir de faim.
- Voilà plus d'une heure qu'il devrait être là.
Mais voyons, Barras, qu'est-ce qu'il peut bien faire?
Après tout, ce mariage, c'est lui qui l'a voulu.
- Tu ne l'aimes pas?
- J'aime l'amour qu'il a pour moi.
Personne, pas même toi, ne m'a jamais aimée comme ça.
Tu sais ce que c'est, la passion?
- Ah, bien sûr!
C'est...
C'est...
- Ne cherche pas.
C'est lui!
- Mi dolce amore. Pardon, pardon d'être en retard,
mais j'ai tellement à faire.
Il ne me reste que quelques jours
avant de rejoindre mon armée.
Holà!
Quelqu'un pour nous marier?
Heureuse? Moi, oui.
- Général, attendez. J'ai quelque chose à vous dire.
- Oui, quoi? - Vous n'êtes pas marié.
- Comment ça, pas marié?
- Je ne suis qu'officier public remplaçant...
- Qu'est-ce qui se passe? - Je ne sais pas.
- Je vous ai marié, mais je suis pas sûr que ce soit valide.
- Et pourquoi as-tu officié, alors?
- Vous aviez tellement l'air d'y tenir, général, que...
Vous avez une telle autorité...
- Débrouille-toi pour arranger ça.
Ce soir, j'ai une femme à aimer et demain,
l'ltalie à reprendre aux Autrichiens.
Pourquoi tu viens pas avec moi?
- En Italie? - Hum, hum.
- Tu me vois, moi, suivre une armée en campagne?
Massacrer mes souliers dans la boue,
brûler mes robes aux feux des bivouacs,
dormir dans la paille...
- Dormir, dormir... on peut faire autre chose que dormir.
Qu'y a-t-il de si drôle?
- C'est toi qui es drôle.
- Pourquoi? Parce que je suis fou de toi?
- Non, parce que t'es fou tout court. J'adore ça.
[ Cou-plaie! feu ]
[ Forte détonation ]
- Mais comment l'ennemi fait-il pour nous voir?
- Il nous repère au bruit.
Toute une armée en marche, ça fait du raffut.
Eux, ils sont bien tapis, bien immobiles,
bien embusqués dans cette saleté de brume.
Restez derrière!
Il faut s'emparer de ce pont.
Il est impossible à contourner.
- Mais les canons, il est sous leurs feux.
On va se faire massacrer.
- Sauf si on passe au pas de charge.
Non seulement on sera moins longtemps dans leur ligne de mire,
mais ça peut les impressionner, les faire douter.
- Excusez-moi, mon général, mais là, c'est moi qui doute.
- Pas moi.
La charge. Bats la charge. - La charge, général?
- Vas-y, garçon, et mets-y tout ton cœur.
- Allez!
[En allemand]
. Chargez!
- À vos positions!
[En allemand]
- Peur, Muiron?
- Oui, général.
- Alors, tu es un brave.
En avant!!!
Ne vous arrêtez pas, en avant, chargez! Chargez!
Chargez!
[Napoléon]: Général! Par ici, vite!
Amène tes soldats! - Ah!
- Retirez-vous!
- Nettoyez les canons.
- Oh...
- Mauvaise blessure?
- Non, non, ça va.
Ça n'est jamais que la 17e fois.
Ce qui me blesse surtout, c'est que le pont d'Arcole
soit toujours autrichien.
- Oui...
Qu'ils le gardent, leur pont.
Qu'on rassemble des barques.
Des poutres, des planches de bois,
tout ce qu'on pourra trouver pour jeter un autre pont
un peu plus loin.
Sitôt qu'il sera achevé,
Pojerot passera sur l'autre rive.
Il prendra l'ennemi à revers et le poussera sur Masséna,
qui va nous tailler tout ça en pièces.
Je vais leur faire payer cher, la mort de Muiron.
Allez, messieurs, exécution!
- Épuisé?
Inquiet du sort de la bataille?
- Non, c'est à propos de Joséphine.
Elle m'a pas écrit de lettre depuis 15 jours.
J'aurai sûrement une lettre demain ou après-demain.
- Mille pardons, général. Désolé.
Elle est arrivée ce matin.
- Elle est ouverte?
- Mais non, c'est seulement qu'elle a fait la bataille.
-[Joséphine]:Je ne t'écris pas aussi souvent
que je le désirerais, mon cher Bonaparte...
j'ai bien peu de moments à ma disposition...
[La voix de Joséphine résonne en écho. ]
[Voix entremêlées ]
'Ah!
- Les hommes disent que tu t'es battu comme un petit caporal.
-[Les hommes]: Vive Bonaparte! [ Cris ]
Vive Bonaparte!
Vive Bonaparte!
[Acclamations ]
- Vive Bonaparte!
- Vive B...
- Vive Bonaparte!
- Posez ça là.
- Napoléon!
Oh, comme tu es beau en grand général!
- Grand général et grand vainqueur.
'Oh!
- Regarde ce que je t'ai ramené d'ltalie.
S'il y en a trop, tu en donneras aux pauvres.
- Il n'y en aura pas trop.
Nourrir tes 7 frères et sœurs, ça n'est pas toujours facile.
En Corse, les gens nous connaissaient,
mais ici, on est comme des étrangers.
Quelle tristesse d'avoir quitté Ajaccio.
- Il n'y avait pas moyen de faire autrement, maman.
Après avoir incendié notre maison,
les ennemis de la Révolution n'auraient pas hésité
à s'en prendre à nos vies.
Tu n'as plus de soucis à te faire.
Désormais, je veille sur vous tous
et vous ne manquerez plus jamais de rien.
Tu dois te préparer à quitter Marseille.
Je veux enfin te présenter ma femme.
Quand tu la connaîtras...
- Je n'ai pas à la rencontrer pour savoir qui elle est.
T'as pas fait un bon mariage, Napoléon.
Tu méritais mieux.
- Tu aurais au moins pu lui écrire pour la féliciter.
- Moi? Je saurais pas le faire.
- Je t'ai préparé une lettre pour Joséphine.
Il te suffira de la recopier et de la signer.
Tu le feras, n'est-ce pas?
- Je tâcherai de le faire.
Mais je ne veux pas cette femme entre nous.
T'aurais pas dû m'en parler.
- Je dois m'en aller, maintenant.
Porte-toi bien.
Adieu.
- Adieu.
Napoléon?
Tu l'aimes?
- Oui.
Elle ne te prend rien.
Elle ne t'enlève rien.
Le jour où tu disparaîtras,
je n'aurai plus que des inférieurs dans ce monde.
- Oh, holà, holà!
- Wrâââ! Wrâââ!
- Bonaparte!
- Mais... tu l'a reçu dans cette tenue?
- Reçu qui?
- L'homme qui sort d'ici.
- Un homme sort d'ici?
- Oui, un officier.
Si j'en crois son uniforme, il sert dans un...
- Ah, oui, je vois qui tu veux dire.
Le capitaine Hippolyte Chardes.
Il me sert de chaperon.
Il venait m'apporter des places de théâtre.
- Ah, parce que tu vas aux spectacles?
- Eh bien oui, où est le mal?
Tu es parti si longtemps,
tu veux pas que je reste cloîtrée ici, non?
- Et tu l'as reçu dans ce déshabillé indécent, à moitié nue!
- Oh! Ha! Ha! Mais voyons, Bonaparte!
Le pauvre garçon n'a fait qu'entrer et sortir.
- Ils sont où, ces fameux billets?
- Je ne sais pas, il...
Peut-être qu'il les a remis à Constant, mon valet.
Demande-lui.
Tu es jaloux?
- Pourquoi ne m'as-tu presque pas écrit,
sinon ces pauvres lettres froides
qu'on s'envoie par politesse après 15 ans de mariage?
- Moi, je ne sais pas caresser avec les mots.
Moi, il faut que je touche.
Peau contre peau.
Tu m'as tellement manqué...
Tu es parti si longtemps.
Maintenant, je suis contente que tu sois là.
- J'ai pensé à cet instant tous les jours.
- Je l'ai bien compris dans tes lettres.
Elles étaient brûlantes.
J'ai même craint que tu allais te précipiter
sur la première Italienne venue.
- Comment dois-je vous appeler?
Monseigneur, parce que vous avez été évêque d'Hautain...
Excellence, parce que Danton vous avait son ambassadeur
en Angleterre... ou M. le ministre,
puisque vous dirigez les relations extérieures de la France?
- La plupart des gens m'appellent Talleyrand.
Juste Talleyrand.
- Simplement comme on dit Dieu.
- Oui, ou Satan.
On a souvent tendance à me diaboliser.
Je suppose que ce n'est pas pour vous effaroucher,
car d'après ce qu'on dit, vous n'avez peur de rien.
- Si, de... de la stupidité.
- Alors, vous devez trembler de peur chaque jour.
J'ai entendu dire que vous aviez un projet
de nouvelle Constitution.
Je m'attendais de votre part à quelque chose de plus...
révolutionnaire, à vrai dire.
- J'aime l'ordre, je suis Républicain,
pas révolutionnaire.
- Certes, il y a là une nuance.
- C'est plus qu'une nuance, c'est une conviction.
Les révolutions basculent toujours
dans l'anarchie, dans le saccage, la sauvagerie.
Rappelez-vous des Tuileries.
Quand les femmes mutilaient les cadavres des gardes suisses...
Alors qu'au contraire, la République,
c'est l'harmonie entre les hommes.
- Je vois que vous avez le goût de l'ordre.
Mais quand vous suggérez un gouvernement concentré,
est-ce que par hasard, ça sous-entendrait, pour vous,
concentré entre les mains d'un seul individu?
- C'est reposant, un homme qui fait les questions et les réponses.
- Oui, mais c'est tout de même assez rare
de trouver un être humain qui, ayant autant de pouvoir,
ne se transforme pas en dictateur.
Qu'en pensez-vous?
Êtes-vous intéressé par le pouvoir politique?
- Moi? Non.
La gloire que j'ai acquise en Italie suffit à me combler.
- Oui, mais il n'y a pas que la gloire en jeu.
Je pense à l'aspect financier, aussi
- Sur ce plan, je me suis assez correctement payé sur l'ennemi.
Non, en ce qui me concerne, j’ai d'autres projets.
- Hum. Vous voulez m'en parler?
Je peux être silencieux comme une tombe.
- Les mathématiques.
C'est grâce aux mathématiques que je suis devenu artilleur.
Et que d'artilleur, je suis passé général.
Et je ne rêve que de revenir à mes premières amours.
- Aux mathématiques?
- Oui, j'espère être élu membre de L'Institut.
Section des sciences physiques et des mathématiques.
- Et c'est tout?
- Pour le moment.
- Oui...
À vos modestes ambitions.
Santé.
- Et ça s'appelle?
- La Malmaison, mon général, la mauvaise maison.
En souvenir des barbares normands
qui débarquèrent ici autrefois
et y commirent d'horribles méfaits.
Je vais ouvrir la maison.
- Eh bien, moi, j'en ferais la maison du bonheur.
C'est vrai que comme ça, elle n'a pas fière allure.
Mais si tu me laisses m'occuper de tout...
- Où avez-vous appris à tenir une maison?
Serait-ce aux Antilles? Comme une petite sauvage?
- Une petite sauvage qui a toujours su ce qui était beau.
- Et qui a toujours su ce qui était cher aussi.
Plus de 300000 francs pour une simple maison de campagne.
- C'est pas toi qui paies.
- Ça, c'est certain, oui.
Mais c'est autant de moins pour ta famille.
- Oh, je t'en prie, Joseph.
Tu ne peux pas m'accuser de négliger ma famille.
J'ai toujours fait passer votre bien-être avant le mien.
- Et puis, mon cher beau-frère, la famille Bonaparte,
c'est aussi moi.
- Je préfère vous attendre dehors.
Ça pue sûrement le renfermé, là-dedans.
- Je vous attends dehors.
(Il renifle.)
C'est vrai que ça sent un peu le renfermé, ici.
- Ah...
Bientôt, ça sentira bon.
La joie, la vie, l'amour...
Tu sais que quand j'étais encore toute jeune,
une voyante m'a prédit qu'un jour,
je serais plus qu'une reine.
Aujourd'hui, je sens qu'elle a vu juste.
Voilà mon palais...
...dont tu seras le roi.
- Être ton mari me suffit.
Je n'aime pas les rois.
-[Joséphine]: Tu penses qu'on ferait une folie de l'acheter?
- Je pense que 300000 francs, c'est une somme énorme
pour un général qui n'a que sa solde.
- Tu vaux beaucoup plus, car si tu voulais...
- Je sais, c'est aussi l'avis de Talleyrand.
Le fait est que les Français sont excédés d'être gouvernés
par des hommes pourris et corrompus.
Mais pas au point de se soulever.
- Peut-être que ton intérêt, pour le moment,
c'est de te tenir à l'écart.
- L'idéal étant même d'aller chercher au loin
de nouveaux triomphes militaires.
- Si tu dis ça, c'est que tu as déjà ta petite idée.
- Petite idée, oui... Une idée grandiose, Joséphine.
L'Égypte.
- L'Égypte? Pourquoi L’Égypte?
- Parce que tenir L'Égypte,
c'est couper la route des Indes aux Anglais,
leur rappeler que nous ne les laisserons jamais
se prendre pour les maîtres du monde.
De plus, notre consul au Caire nous dit que l'Égypte
est un pays de richesses prodigieuses.
À mon retour, j'aurai largement de quoi te payer la Malmaison.
- Voilà pourquoi tu rentreras dans l'histoire:
Bonaparte, premier général à avoir fait une guerre
pour offrir une maison à sa femme.
. Hum!
Messieurs, les pyramides.
Quarante siècles d'histoire nous contemplent.
Eh bien, Roustam, le thé?
Admirez le travail de mes cartographes, St-Hilaire.
Voici L'Égypte telle qu'elle était au temps des pharaons.
Tout y est, même le canal.
- Le canal, général?
- Ah, vous ne saviez pas? Les pharaons avaient construit
un canal reliant le Nil à la mer Rouge.
- Non. - Commencé sous le roi Nechao
et achevé sous les Ptolémées, c'est un ouvrage prodigieux
qui a résisté pendant près de 1000 ans au temps,
jusqu'à ce qu'il disparaisse, englouti par les sables.
- Croyez-vous qu'on puisse en retrouver les vestiges?
- Oui, sans aucun doute.
Si on entreprenait des fouilles dans cette zone-ci,
nous mettrions certainement à jour des merveilles
qui révéleraient au monde
la splendeur extraordinaire de la civilisation égyptienne.
Une meilleure idée serait de...
...de creuser un autre canal qui relierait la mer Rouge
à la Méditerranée.
En partant de Suez, par exemple. Qu'en pensez-vous?
- C'est-à-dire que moi, je m'occupe de zoologie,
et alors ces histoires de canaux...
- Mon cher St-Hilaire, un savant doit être curieux de tout.
Je me suis bien fait traduire le Coran, moi.
- Et ça, ça vient d'être traduit de l'anglais.
- Je me fais pas d'illusions.
À Paris, on dira que L'Égypte est un échec politique
et un gouffre financier.
Je compte sur vous
et vos collègues pour faire taire mes détracteurs.
À vous de faire savoir partout
que notre épopée aura des effets incalculables
sur la civilisation.
- Ce sera notre façon de vous remercier
pour ce beau voyage, général.
"Soldats de l'armée française, la perfidie des vos chefs
"vous impose une guerre qui n'est pas la vôtre.
Retournez dans vos foyers."
En somme, les Anglais appellent mes hommes à déserter
en inondant nos lignes de ces petits torchons.
Ça n'aura aucun effet sur eux.
- Je n'en suis pas si sûr.
Les hommes ont les nerfs à vif.
La plupart du temps,
il faut les forcer à obéir.
- Que nos officiers les reprennent en main,
ils sont là pour ça.
- Les officiers...
Ils disent que tu es le bourreau de tes soldats.
Que jamais tu ne seras en mesure de conquérir l'Égypte.
- Mais c'est déjà fait, Murat.
L'Égypte, c'est à nous, enfin, presque.
Le Caire est une ville française,
le delta du Nil a été pacifié.
Il ne reste plus que quelques régiments turcs
et une poignée de tribus arabes à soumettre.
- Les Turcs et les Arabes...
...sont protégés par les Anglais.
Mais sois lucide, Bonaparte.
Tu dois t'arrêter.
Tu oublies que nous, on a la peste à nos trousses.
- Les docteurs m'assurent que l'épidémie pourra être contenue.
- Les docteurs...
Ils ne peuvent rien contre la peur.
- Mais moi, si.
Laisse-moi faire, j'ai besoin de toi.
- Mais général... je ne peux plus rien pour vous.
Je meurs.
- Justement.
Le premier qui tourne les talons sera considéré comme déserteur.
Et sera passé par les armes.
L'un d'entre vous connaît cet homme?
- Je crois que c'est Caroubert, général.
- Un de tes camarades?
- C'est-à-dire... on est du même village.
Dans le Jura, général.
- Parle-lui du Jura... qu'il meure un peu content.
- Viens, maman, il faut rentrer, l'air devient frais.
- Tant qu'il y a la lumière, j'aime mieux rester.
- Mais tu vas t'user les yeux et tu risques d'attraper froid.
Et ce n'est pas ça qui le fera revenir plus tôt.
- Et s'il ne revenait pas du tout?
- Mais si, il va revenir, bien sûr.
- Comment?
On dit que les Anglais ont coulé les bateaux français.
Comment peut-il rentrer?
- Allez-y!
- Allez!
- Tire! Tire!
- En avant!
- Allez, allez!
- On lâche pas! Tirez!
- Allez, plus d'efforts!
- En avant!
- Allez, avancez, avancez!
[Musique classique]
- C'est vous qui avez acheté ça?
- Non, c'est mon mari.
Il m'envahit de ses souvenirs d’Égypte.
Il doit trembler que je l'oublie.
- Laissez-moi vous y aider.
- Ho! Ho! Ho! Ne vous prenez pas pour Bonaparte, Hippolyte.
- Mon cher Barras, tu es malvenu de critiquer Bonaparte.
C'est toi qui l'as remis en selle.
- Pour réprimer une émeute,
pas conquérir un pays.
Elle nous coûte cher, son expédition d'Égypte.
- Un conquérant? Il ne sait même pas garder ses bateaux.
L'amiral Nelson les a coulés comme des jouets.
- Le problème le plus grave,
c'est que son armée est décimée par une épidémie de peste.
- C'est fort embarrassant, tous ces désastres.
Ça va finir par lui donner envie de rentrer.
- Son retour sera éclipsé par un autre.
- Tu veux dire: le retour du roi?
- Ne comprenez-vous que le gouvernement du Directoire
est condamné?
Que la montée de Louis XVIII sur le trône est inévitable?
- Mais ta voix vibre, comme si tu n'attendais que ça.
Pourtant, tu es membre du Directoire.
Et s'ils t'ont-- - En cas de restauration
de la monarchie, je suis assuré du titre de duc.
Et du gouvernement de l'île Bourbon.
- Bien joué, Barras. - Je vous engage tous
à faire de même.
Garantissez votre avenir.
Prenez vos précautions, mes amis.
Louis XVIII est prêt à promettre n'importe quoi
à qui l'aidera à coiffer la couronne.
- Madame.
- Mauvaise nouvelle?
Il est de retour.
- Quoi?
- Il est de retour.
- Qui? - Bonaparte!
Bonaparte est en France.
[Acclamations ]
- Vive Napoléon Bonaparte!
- Vive la France!
- Bonaparte!
[Foule en liesse]
- Joseph!
- Tu les entends? Tu entends ça, un peu?
Tu n'as qu'un seul mot à dire et tu auras 25 millions de Français
qui seront disposés à te suivre.
- Pour l'instant, j'ai faim.
[ Rires ]
- Vive Bonaparte!
- Ce qu'il y a de meilleur, ici, à Lyon, ce sont les tripes.
C'est leur spécialité. Deux, je vous prie.
-[Aubergiste]: Oui, monsieur.
- Mais qu'est-ce qu'il fait?
- Il veille sur ma sécurité.
La nuit, il se couche en travers de ma porte.
Je n'ai jamais vu pareille dévotion.
Le sultan qui m'en a fait présent
croyait m'offrir un esclave,
il m'a donné un ange gardien.
Ça va bien, Roustam, tu peux nous laisser.
- Tg entends ça? Écoute-les.
Tu commences à comprendre? - Comprendre quoi?
- Cette ovation qu'ils t'ont faite, elle n'est rien
en comparaison de l'accueil qu'ils te réservent à Paris.
Le pouvoir est un fruit mûr.
Tu n'as qu'à tendre la main pour le cueillir.
- Je suis pas rentré pour prendre, mais pour donner.
Je rapporte d'Égypte des merveilles
dont personne ici n'a idée.
- Je t'en prie, Napoléon.
Je suis ton frère, pas ton public.
Arrête de te mentir à toi-même: l'Égypte a été un désastre.
- Ne dis pas ça.
Ce que nous avons découvert et appris là-bas
suffit à justifier tout ce qu'a coûté cette expédition.
- Oui... - Merci.
- Oui, sans doute...
Mais il y a plus urgent que de remplir les musées.
- Pour moi, le plus urgent, c'est... divorcer.
Joséphine me trompe.
Ose dire que ça n'est pas vrai!
- Oui... oui, c'est la vérité.
- Hum... - Mais comment l'as-tu appris?
- Une lettre de Caroline.
Heureusement que j'avais ma sœur
pour m'informer de ce qui se passait chez moi.
Joséphine...
...elle m'a presque pas écrit, sinon pour me dire
qu'elle achetait Malmaison. Avec mon argent, bien sûr.
Enfin, avec l'argent qu'elle espère que je vais trouver.
- Elle a fait venir son amant
très peu de temps après son installation.
- Capitaine Hippolyte Charles.
Et je le briserai. - Et ce n'est pas tout.
Il y en a d'autres.
Ta femme entretient des relations amoureuses avec Barras.
Et fréquemment, elle s'affiche avec Goyer,
le président du Directoire.
Notre pauvre mère...
- Je devine ce qu'elle ressent.
Mais vous allez pouvoir à nouveau marcher la tête haute,
j'ai décidé d'en finir avec cette, cette...
- Le seul fait de prononcer son nom
a l'air de te troubler. - Pourquoi serais-je troublé?
Je n'éprouve que du dégoût, de la répulsion.
Je déteste tout ce qui est Joséphine!
Son nom, le son de sa voix, son parfum...
Tout!
- Je ne sais pas si tu sais ce qui t'attend, mon cher frère...
mais elle est de trop, dans tout ça.
Occupe-toi de la France...
...et je me chargerai de ton divorce.
- Doucement, mes belles...
- Bonsoir, Constant. - Bonsoir, madame.
Euh, madame, ne peut pas entrer.
Ordre du général.
Ce sont vos malles, madame.
J'ai tout bien emballé.
J'espère que je n'ai rien oublié.
- Tu ne peux pas me laisser dehors, Constant. Il pleut.
- Oui. - Mes enfants?
Où sont mes enfants?
- Mlle Hortense est dans sa chambre, madame.
M. Eugène aussi.
Le général leur a permis de rester.
- Le général n'a rien à leur permettre
ni rien à leur interdire.
Il n'a aucun droit sur eux.
Quel homme mesquin!
Se servir des enfants pour punir la mère, et me punir de quoi?
De n'avoir pas été là pour l'accueillir à son arrivée?
- À la vérité, madame, le général avait l'air
plutôt satisfait que vous ne soyez pas là,
euh, ajoutant que votre absence lui évitait
le désagrément d'avoir à vous flanquer à la porte.
- Oh! - Non, madame, ne pleurez pas.
- Ce n'est que de la pluie, Constant.
Je suis trop révoltée pour pleurer.
Même quand j'ai été traduite
devant le tribunal révolutionnaire,
et Dieu sait si ces gens-là étaient sans pitié,
on m'a permis de m'expliquer.
Mais lui, mon propre mari,
me condamne sans m'entendre!
Tu trouves ça juste, toi?
- Eh bien, non, non.
- Alors, laisse-moi entrer.
- "II est clair que le général Bonaparte n'a quitté l'Égypte
si précipitamment et si secrètement
que pour échapper à une sédition générale de son armée."
[Toc! Toc! Toc! ]
Roustam, va voir.
Tout est bon pour me discréditer, même les mensonges.
- C'était femme pour général.
Elle voulait entrer, j'ai dit non.
- Ma chemise, vite.
-[Joséphine]: Bonaparte? [Toc! Toc! Toc! ]
Bonaparte?
Bonaparte, c'est moi! Ouvre la porte.
[Toc! Toc! Toc! ]
[Joséphine]: Bonaparte...
Bonaparte, je sais que tu es là.
Sois raisonnable, ouvre la porte!
Je veux te parler.
Qu'est-ce qu'on t'a raconté sur moi?
Tu sais que ce sont des mensonges, des calomnies!
Tu sais comment sont les gens
quand ils veulent salir quelqu'un.
- C'est toi qui as tout sali, Joséphine.
Va-t'en, je ne veux plus jamais te voir.
- Non... mais qu'est-ce que je t'ai fait?
Qu'est-ce que tu me reproches?
Je sais que je peux tout expliquer.
- Expliquer quoi?
Tes roucoulades avec le capitaine Charles?
Ta conduite est écœurante.
C'est fini, toi et moi, à jamais.
. Non!
Non, je t'en prie!
Laisse-moi entrer...
Je t'en prie, tu sais que je t'aime.
Laisse-moi entrer, je t'en supplie...
Oh, Bonaparte...
Si tu veux que je parte, je pars.
[ Sanglots ]
- Elle s'était parfumée...
-[Joséphine]: De quoi m'accuses-tu?
D'être sortie dans le monde?
D'avoir donné des fêtes à la Malmaison?
Eh oui, je l'ai fait,
je l'ai fait pour toi, parce que tu veux le pouvoir.
Et pour ça, t'auras besoin d'alliés.
Voilà pourquoi je rencontre ces hommes.
Ah...
Je crois en toi, Napoléon.
- Lucien et moi avons des choses à te dire.
Notre mère est d'accord pour nous recevoir chez elle.
En revanche, il serait souhaitable...
- Vous êtes là, bonjour!
- Mais...
Mais... et ton divorce?
- Je me suis arrangé. Viens, parlons politique...
Est-il vraiment indispensable de fermer les fenêtres
comme si nous étions une réunion de conspirateurs?
- Je suis sûr que la maison de notre mère est surveillée.
Un gouvernement aux abois est capable de tout.
- Bon Dieu, Joseph, c'est simplement un repas de famille.
- Tu es chez toi, maman, tu peux rester si tu veux.
Mais j'aimerais que mes sœurs ne soient pas mêlées à tout ça.
Au cas où ça tournerait mal, elles pourront jurer
d'être au courant de rien.
- Oui... allez, les filles.
Laissons-les parler.
- Il me semble que notre mère t'a priée de sortir, Caroline.
- Je sais ce que Lucien et Joseph veulent te proposer.
Il te faut des appuis.
Je peux t'apporter celui de Murat.
- Murat? Qu'est-ce qui t'autorise à parler en son nom?
- Nous nous aimons, tous les deux.
- Murat a plus de 30 ans, tu en as à peine 20.
Je doute que notre mère approuve.
- Tu donneras tes objections quand Murat
viendra faire sa demande en mariage.
En attendant, je te conjure d'accepter son aide.
- Caroline a raison.
Nous ne pouvons négliger aucun appui.
- Allez...
- La partie qu'on te propose est audacieuse, Napoléon,
mais elle est jouable.
Nous nous basons sur deux choses:
la première, c'est le dégoût qu'éprouve le peuple
pour le gouvernement actuel.
La deuxième,
c'est que pour ce même peuple, tu fais figure de héros.
- Tu veux renverser le Directoire?
- Une chiquenaude suffira.
- Et à sa place, Napoléon Bonaparte?
- Tu as toujours maintenu tes distances avec la politique.
Tu es un homme loyal, tu n'as jamais cherché à intriguer.
Tu es l'homme que toute la France attend depuis longtemps.
- La France est dans un tel état
de faiblesse qu'elle ne supportera pas
une nouvelle révolution. Les Royalistes en profiteraient.
- Mais qui parle d'une révolution?
Les choses se feront dans la plus stricte légalité.
Il suffira de demander aux députés
qu'ils suppriment le Directoire
et nomment à la place un nouveau gouvernement
composé de trois hommes irréprochables:
Sieyes, Roger Ducos et toi.
- Ça peut marcher.
C'est possible, si on réunit les députés des deux chambres
dans un lieu écarté où l'armée pourra faire pression sur eux
sans pour autant déclencher une émeute dans la capitale.
- Voilà l'idée qu'il nous manquait.
Et avec Murat à la tête des troupes,
la situation ne peut pas nous échapper.
- Que dirais-tu du château de Saint-Cloud?
Ce n'est pas trop près de Paris, et c'est très contrôlable.
- Saint-Cloud me convient parfaitement.
- Doit-on conclure que tu approuves cette petite affaire
dont nous venons de parler?
- Ce que tu appelles pudiquement une petite affaire, Joseph,
n'est rien d'autre qu'un coup d'État.
S'il échoue, au mieux, nous nous retrouverons en prison,
au pire sur l'échafaud. Tu es toujours sûre
que Murat voudra nous suivre?
- Je réponds de Murat comme de moi-même.
Il voudra simplement savoir au nom de quoi
il engage sa liberté et sa vie.
- Au nom de quoi?
Si l'on ne tente rien,
Louis XVIII fera bientôt son entrée dans Paris.
La République sera perdue, et avec elle,
tous les acquis de la Révolution.
Pour moi, en tout cas, c'est une raison suffisante
pour prendre tous les risques.
- Vous avez beaucoup de pouvoir, M. Fouché, vous pouvez m'aider.
Il faut que vous contrôliez les portes de Paris le 18 brumaire.
Aucun envoyé du gouvernement ne doit pouvoir entrer ni sortir.
Je veux aussi que votre censure surveille
tout ce qui sera annoncé par la presse.
Les gazettes ne seront autorisées à publier
que ce qui sera décidé par mes amis et moi-même.
- En somme, vous me demandez de favoriser un complot?
- Je n'appelle pas complot le fait de débarrasser le pays
d'un... gouvernement de pourris et de corrompus.
- Même si je n'approuve pas toujours sa politique,
je fais partie de ce gouvernement.
- Vous ferez partie du prochain.
Si je réussis, j'aurai besoin de vous.
Vous serez mon ministre de la Police.
- C'est très généreux de votre part,
mais je suis déjà ministre de la Police.
Alors, si vous n'avez pas d'autres arguments...
- Si, j'en ai un.
Pendant la terreur,
vous avez massacré des centaines de Royalistes.
J'ai même entendu dire que vous les avez mitraillés
à bout portant en les forçant à creuser leurs propres tombes.
Je suis sûr qu'ils n'auront pas oublié.
- Qui est avec vous? - Tous.
Des généraux comme Murat et Lefèvre,
des politiciens comme Sieyes, Roger Ducos, Talleyrand...
- Talleyrand? Vous l'avez mis dans la confidence?
C'est terriblement imprudent.
Il a toujours trahi tout le monde, Talleyrand.
- Il se trahira pas lui-même.
Il sait parfaitement où réside son intérêt.
Il attend beaucoup de moi et il a raison.
S'il ne me manque pas, je ne lui manquerai pas.
Et cette proposition vaut pour vous.
- Bien. C'est entendu.
Je vais y réfléchir. - Non, tout de suite, Fouché.
Avec moi... ou contre moi.
- D'accord, avec vous.
Mais si votre plan échoue... - Au lieu d'être exécuté
pour crime de barbarie,
vous le serez par le Directoire pour conspiration.
Votre seule chance d'y échapper...
c'est moi.
- Quel fichu métier que celui de député!
S'enfermer pendant des heures pour causer.
- Ça fait combien de temps qu'ils sont là-dedans?
- Vingt heures! Ça fait 20 heures qu'ils palabrent.
Tu crois que c'est mauvais signe, toi, Seiyes?
- Mon cher, la politique, ce n'est pas la guerre.
Il faut infiniment plus de temps pour dire une bêtise
que pour tirer un coup de feu.
[Chahut et agitation ]
- Messieurs, veuillez retourner à vos bancs,
je ne tolèrerai pas plus longtemps les insolences
de certains orateurs.
Messieurs, allez vous asseoir!
- Nous sommes enfermés là sans rien pouvoir voir ni entendre.
- Du sang-froid, général.
- Du sang-froid?
Pendant que se joue le sort de la France?
Et le mien? - Le nôtre.
Roger Ducos et moi avons autant à perdre que toi.
Et si tu es victorieux, tu... gagneras plus que nous.
- Non, pas du tout.
Une fois élus, nous assurerons le pouvoir tous les trois.
C'est entendu comme ça, je n'ai qu'une parole.
- Tu n'as qu'une seule parole? - Oui.
Oui, Murat?
Quoi? Quoi? Mais parle donc,
bon sang, au lieu de jouer au sémaphore! Ça y est?
- Non. - Ils ont voté?
- Talleyrand vient juste d'arriver.
Il voudrait te voir.
- Général, j'arrive à l'instant du pavillon de L'Orangerie.
Les choses ne semblent pas se passer
de la façon dont vous l'espériez.
- Si mon frère n'est pas capable de se faire obéir,
à quoi ça me sert qu'il soit leur président?!
- Leur président,
pas leur général. Les députés, ça ne se manœuvre pas
avec autant de facilité qu'un régiment.
- C'est ce que nous allons voir. Soldats! Avec moi!
- Silence! Silence!
Messieurs, allez vous asseoir!
Je vous somme de retourner à vos bancs!
- Si TU fais décréter que le général Bonaparte...
- C'est un coup d'État!
- Hors-la-loi!
- Écoutez-moi, messieurs!
Laissez-moi parler!
Je suis ici pour servir la République.
Gardes!
Lâchez-moi!
Ils ont essayé de me poignarder.
- Mais non, ils ont essayé de t'intimider.
- Non, Sieyes, non. Ils ont vraiment cherché à me tuer.
- Nous avons échoué. Nous sommes perdus.
Il faut partir d'ici.
- Quelqu'un peut essayer de nous faire sortir d'ici?
- Ils viennent de te déclarer hors-la-loi.
- Et nous? - S'ils se rappelaient de vous!
Il y a que mon frère qui compte à leurs yeux.
Tu vas bien? Tu n'es pas blessé?
- Et toi? Toi, ils ne t'ont rien fait?
- Non, ils n'ont pas osé.
J'ai tout de même quelques partisans.
Je ne sais pas comment tout ça a pu dégénérer.
- La chose la plus importante est de sortir sains et saufs.
- Vous n'avez rien à craindre, Murat est là, dehors,
avec toutes ses troupes.
- Murat, bon Dieu, Murat!
J'avais presque oublié Murat!
- Bonaparte, qu'est-ce que tu vas faire?
- J'y retourne parce que j'ai une armée dehors!
Et moi avec une armée...
- Il en a pas le droit, voyons.
Ils l'ont mis hors-la-loi.
- Eh bien, il va les mettre hors-la-salle.
-[Louis]: Officiers, soldats de la République, approchez!
Approchez!
L'assemblée que je préside est sous la menace
d'une faction de furieux armés de poignards.
Il est contraire à tous les principes de la République
qu'une minorité fasse peser la terreur sur une assemblée
élue par le peuple.
- Soldats, en selle! - Oser accuser Bonaparte
de fomenter un coup d'État est une odieuse calomnie.
Vous voyez cette lame?
Je n'hésiterais pas à la plonger dans le cœur de mon frère
si je le soupçonnais d'attenter aux libertés.
-[Napoléon]: Soldats! Par les droits que m'en donne
le décret promulgué, hier, le 18 brumaire,
je vous déclare que les représentants de la nation
sont en danger.
En conséquence, je vous ordonne...
- On connaît notre devoir. En avant!
- Doyens représentants, je vous informe que votre sécurité
n'est plus garantie à l'intérieur de cette enceinte.
Et je vous ordonne de quitter ce lieu
sous la protection de l'armée.
- Sortez!
- Grenadiers... en avant.
Tout le monde dehors!
- Crois-tu que ton frère
pourra réunir suffisamment de députés
pour faire procéder à un vote?
- Oui, il a encore suffisamment de partisans.
Quel que soit le résultat,
il sera parfaitement légal.
- Les députés ont dissout le Directoire.
Ils créent à sa place une commission
consulaire exécutive composée du général Bonaparte
et des citoyens Sieyes et Roger Ducos.
Tous trois porteront le titre
de consuls de la République française.
Le décret prend effet immédiatement.
Officier! Faites présenter les armes
aux consuls de la République.
-[Officier]: Présentez...
...vos armes!
- Vive...
...Bonaparte!
-[Tous]: Bonaparte! Bonaparte!
- Bonaparte!
- Quelle heure est-il?
- À peu près 4 h.
- Ça aura pris plus de temps que prévu.
- Oui, plus long. Je pensais que ça n'arriverait jamais.
- Vive Bonaparte!
- Magnifique. Admirable.
Éblouissant.
Incomparable!
- Solide et résistant, j'espère?
- C'est un costume qui vous fera toute votre vie.
- J'ai été nommé premier consul pour 10 ans seulement.
- Mais quel malheur qu'il n'y ait pas un miroir plus grand
afin que vous puissiez voir combien il vous va bien.
- Le voici, mon miroir.
Bien, comment me trouves-tu?
- Mais tu es... oh...
- Je dois être rudement bien mis
pour que mon joli miroir se trouble à ce point.
"Qui tu sais" est toujours là?
- "Qui je sais" t'attend dans la pièce à côté
en se chauffant au coin du feu.
Il a dû être un chat dans une autre vie.
- Un chat? Je dirais plutôt un scorpion.
- Chut! Bonaparte!
Il t'a appuyé sans hésiter.
- Tu veux dire qu'il s'appuie sur moi.
Normal, pour un boiteux.
Non, ne dites rien, Talleyrand, on m'a déjà abreuvé
de tous les compliments possibles et imaginables.
Mais je ne me fais pas d'illusions,
cet habit brodé ne suffira pas à rassurer les chancelleries
que la France en a fini avec les désordres de la Révolution.
- C'est un fait que les cours européennes
ont moins peur de la force de nos armes
que celles de nos idées.
- Il convient donc de les rassurer en leur montrant
que nous sommes redevenus des gens fréquentables.
J'ai pensé qu'un aristocrate, un vrai,
sachant manier l'insolence
avec l'élégance d'un prince, pourrait redorer notre blason.
Vous étiez le ministre des Relations extérieures
du Directoire; le premier consul
vous reconduit dans vos fonctions.
- Je suppose que je devrais me sentir flatté
quand vous faites allusion à mon élégance de prince,
mais j'eusse nettement préféré que vous eussiez fait allusion
à mes talents de négociateur.
- Négocier quoi?
L'Autriche a reprit et occupé l'ltalie
pendant que j'étais en Égypte; rien de négociable là-dedans.
- Bien... ou nous acceptons la perte de l'ltalie, ou...
- Ou nous faisons la guerre à L'Autriche,
c'est ce que vous voulez dire?
- Je suis persuadé qu'on peut éviter le pire.
- Le pire n'est pas la guerre, Talleyrand.
Le pire serait de laisser traiter la France
comme l'idiote du village européen.
Celle qui prend des gifles et qui dit merci.
- Hum.
- Qu'est-ce que vous connaissez à la guerre?
Vous n'avez jamais été à la guerre.
- Hélas.
Un soldat qui est dans l'incapacité d'attaquer
ou dans l'incapacité de battre en retraite,
devient très vite un handicap.
Autrement, j'aurais peut-être fait comme vous
une carrière militaire.
- Vous?
Général? Général Talleyrand?
Ça vous a pas suffi d'être évêque?
Serait-ce ma gloire que vous enviez?
Mais vous la partagerez si vous m'êtes loyal.
- Monsieur, je ne veux servir que vous seul.
- Vous dites ça en inclinant la tête de sorte
qu'on ne voit pas si votre regard épouse vos paroles.
- La parole a été donnée à l'homme
afin de déguiser ce qu'il ressent.
Et le regard afin de déguiser ce qu'il dit.
Ne vous fiez à rien. Et surtout à personne.
-[Officier]: Présentez... vos armes!
- M. Pierre-Louis Roederer, que j'ai nommé conseiller d'État
parce qu'il m'a bien servi, et qu'il continuera.
- M. le conseiller, je suis charmée.
- Soyez la bienvenue aux Tuileries, madame.
J'espère que vous vous plairez, ici.
- Est-ce que tu viens?
- Par ici, s'il vous plaît.
Ici, le salon des nobles...
S'il vous plaît, par ici.
Et ici, nous entrons dans les anciens appartements
de la reine Marie-Antoinette.
On ne peut pas dire que ce soit vraiment très gai.
- C'est le pouvoir qui est comme ça.
- J'espère au moins qu'on a mis des draps neufs.
- Oh, es-tu bête...
- Qu'est-ce que j'en sais?
Si tu veux absolument loger aux Tuileries,
installons-nous dans un autre appartement.
Celui-là sent le malheur.
- Superstition. Quand ce sera meublé
et tapissé selon tes goûts, tu t'y plairas beaucoup.
Et quand l'atmosphère des Tuileries
te paraîtra trop pesante,
nous irons nous réfugier à la Malmaison.
- Je te prends au mot. Allons-y tout de suite.
- Non, allons, ne fais pas l'enfant.
Demain, peut-être.
- Demain peut-être?
Quand nous nous sommes mariés,
je pouvais te demander n'importe quoi,
tu répondais oui tout de suite.
Maintenant, c'est toujours: "Demain, peut-être."
Tu m'aimes moins, Bonaparte.
- Je suis désolé, nous aurions dû penser à refaire les chambres.
- Elle s'y habituera.
Elle est la seule en France à contester mon autorité.
[ Rires ]
Montrez-moi ce qui sera mon cabinet de travail.
- S'il vous plaît.
- Le nombre des agents de change sera limité à 80.
Faites publier un article dans les journaux
rappelant que je suis opposé
au retour de la perruque poudrée pour les hommes.
C'est d'un ridicule...
A-t-on fait le compte exact de ce qui reste
dans les caisses de L'État?
- 167000 francs.
- Scandaleux.
Je suis sûr qu'il y a 10 fois plus
dans la poche de chacun des anciens membres du Directoire.
Ça veut dire que la France est en faillite.
Convoquez-moi le ministre des Finances.
Faudra faire entrer quelques centaines de millions de francs
dès cette année.
- M. le ministre de la Police, général.
- Ah, Fouché!
Approchez.
Maintenant que vous n'êtes plus seulement ministre
mais mon ministre,
j'exige de vous une efficacité sans failles.
Et... on me dit que vous n'aimez pas sévir.
- Tout dépend de ce que vous entendez par sévir.
- Arrêter, emprisonner. - Emprisonner?
Souvent, quand on emprisonne un individu,
c'est parce qu'il a commis un délit.
Autrement dit, il est trop tard.
Moi, je préfère empêcher cet individu de commettre son délit.
- Mais pour empêcher, il faut savoir.
- Oui, tout. Tout savoir sur tout le monde.
- Oh! Vous prétendez donc surveiller la France entière?
- J'ai des informateurs dans tous les milieux.
J'ajoute que ce système vous a déjà
sauvé la vie.
J'ai déjoué plusieurs attentats visant à vous éliminer.
- Et vous ne m'en avez pas parle?
- Puisque les bombes ont toutes été désamorcées à temps.
- Les bombes?
Et qui voulait faire sauter ces bombes?
- La signature est toujours la même.
Les milieux royalistes aidés par L'Angleterre
qui leur sert de banquier. Une bombe...
c'est plus cher qu'une fiole de poison...
ou un poignard.
- C'est donc ça, la politique.
- Non.
Ça, c'est la haine, M. le premier consul.
C'est la haine.
- Comment? Vous n'êtes pas habillée?
Mais enfin, les voitures sont déjà attelées
et rangées dans la cour!
Avez-vous oublié que nous allions à l'opéra?
- Non, mais Bonaparte travaille,
et quand il s'enferme dans son bureau,
Dieu sait quand il en sortira.
Mais vas-y, toi, vas-y, à l'opéra.
Pars avec Murat et Caroline, ils te serviront de chaperons.
- Merci, mais je n'ai pas besoin qu'on me chaperonne.
- Mais tu n'as que 17 ans, Hortense.
Une jeune fille, à ton âge,
se laisse facilement tourner la tête.
Et tu sais, les hommes...
- Et quand bien même la tête me tournerait...
- Bonaparte a d'autres projets pour toi.
Il n'y a rien de fait, bien sûr, mais j'ai cru comprendre
qu'il songeait à te faire épouser son frère Louis.
- Louis? Moi?
Alors ça, jamais.
Enfin, quoi, vous ne l'avez donc jamais regardé?
Il n'a aucune allure,
il a l'air malade. Et si mélancolique...
- Mais mon enfant, si le premier consul le veut...
- Le premier consul devrait s'occuper des affaires de l'État
et non des miennes.
Et d'abord, qu'il s'occupe de vous.
- De moi?
Mais il m'aime comme au premier jour!
- Alors, espérons que ce que tout le monde attend
finisse par arriver.
- Qu'est-ce que tu veux dire? - Vous le savez très bien.
On s'étonne que vous ne lui donniez pas d'enfant.
- Ah... bientôt, peut-être. Qui sait?
Peut-être je suis enceinte.
Ce matin, j'ai eu comme
un commencement d'étourdissement...
- Racontez pas d'histoires, vous n'êtes pas enceinte.
Et il n'est pas certain que vous le soyez un jour.
- Mais qu'est-ce que tu racontes?
Mais qu'est-ce que vous avez tous à me croire stérile?
Toi et ton frère Eugène, ne vous ai-je pas mis au monde?
- Pardon, maman, mais c'était il y a longtemps déjà.
- Six mille Français sont tombés à Marengo,
transformant ce que tout le monde pensait être une défaite
en une éclatante victoire.
C'est grâce à Marengo que j'ai repris et libéré
une partie de l'ltalie.
Il faut qu'un monument commémore à jamais
le souvenir de cette bataille.
- Un arc de triomphe, c'est ce qui s'impose.
- Non, messieurs, une fontaine.
- Mais une fontaine, c'est très banal.
Ça n'a rien de grandiose, une fontaine.
- Paris manque d'eau, Paris est sale,
Paris meurt de soif. Alors, quand les Parisiens iront puiser
de l'eau à cette fontaine, ils auront un sentiment
de gratitude pour ceux qui sont tombés à Marengo.
Vous en ferez le dessin.
Et Fortin, vous réaliserez la sculpture.
Je suis en conférence, ma chère.
- Messieurs, le premier consul vous reverra demain.
Cette nuit, c'est la nuit de Noël, la nuit la plus sainte.
On ne traite pas d'affaires profanes, la nuit de Noël.
- Mais pour qui te prends-tu?
- Pour ta femme.
Nous avions prévu d'aller à l'opéra, et nous irons.
Viens! - Certainement pas.
Vas-y, toi; moi, j'ai du travail.
- Je tiens à ce qu'on nous voie ensemble.
Il court dans Paris des rumeurs qui me font beaucoup de peine
et auxquelles ta présence à mes côtés
apportera le plus cinglant démenti.
- Quelles rumeurs?
- On dit que tu me reproches de ne pas t'avoir fait d'enfant
et que tu envisagerais de féconder une autre femme
qu'on paierait pour abandonner le bébé à la naissance.
- Qui a pu inventer un si mauvais roman?
- Viens.
J'ai envie de musique. - Pas de musique ce soir.
- Tu ne seras pas forcé de l'écouter.
Je me pencherai à ton oreille pour te murmurer des choses
très douces...
et très excitantes.
- Tu es le diable.
- Oui, mais chut! Ne le dis à personne.
C'est la nuit de Noël.
[ Il chante. ]
- Allez, viens, avance!
Viens! Viens, allez!
Allez...
Avance!
- Qu'est-ce que tu essaies de faire, petite?
- On m'a dit d'écarter ma charrette.
Un cortège doit passer.
- Il ne passera pas.
Il a pris un autre itinéraire.
Belle bête.
- Tiens...
On prend la rue St-Nicaise?
- Par sécurité, on emprunte chaque fois
un itinéraire différent.
- Même la nuit de Noël?
C'est une nuit sacrée...!
D'ailleurs, des ennemis, tu en as de moins en moins.
Même la presse est unanime à chanter tes louanges.
- Il a fallu pour ça que je fasse interdire
une soixantaine de gazettes.
- Hmm...
- Vive le premier consul!
- Vive Bonaparte!
- Joyeux Noël!
- Joyeux Noël, Bonaparte!
- Joyeux Noël!
- Eh bien, que se passe-t-il?
- Il y a une charrette, premier consul.
- C'est pas ma faute, on m'a dit de m'en aller
et après, c'était plus la peine.
Faudrait savoir, aussi.
- C'est pas grave, mes soldats vont t'aider.
- Enfin, que se passe-t-il?
- Je n'en sais rien.
- Hé, vous! Poussez cette charrette!
- Plus vite, poussez!
Reculez, reculez!
- Plus vite!
- Comment t'appelles-tu?
- Isabelle. - Dans les contes de Noël,
les princesses s'appellent souvent Isabelle.
- Je suis pas une princesse. - Cette nuit, non,
mais demain? Tu dois croire en l'avenir.
Joyeux Noël, petite. - Joyeux Noël, monsieur.
- Allez, en avant!
- Pauvre gamine!
Pourquoi lui mettre des rêves plein la tête?
- Joyeux Noël!
- Tu sais bien qu'elle ne sera jamais qu'une pauvre mendiante.
- C'est toi qui le dis.
Moi, je veux une France où rien ne sera impossible.
[Chant et rires]
- Aah!
- Dieu merci, la Providence veillait sur vous.
- Et pourquoi les Royalistes voudraient-ils ma mort?
- Ne deviens pas un assassin.
. Feu!
- Messieurs, la grande armée passe à l'attaque.
C'est toujours si beau quand ça commence.
- La France a fait la Révolution pour en arriver à ça?
Ce petit bonhomme tout bouffi de prétention.
- J'ai donné mon fils à L'État.
On peut me donner un petit quelque chose en retour, non?
- Vous en avez jamais assez, une famille de vampires!
- La seule chose que je craigne,
c'est que tu m'aimes de moins en moins.
Jusqu'au jour où tu ne m'aimeras plus du tout.
- Ça n'arrivera jamais.
- Lorsqu'on a le pape pour témoin, sire,
personne d'autre n'est nécessaire.
- Empereur des Français.
L'idée n'est pas si mauvaise.
- Je rejoins la troupe: départ demain à 4 h.
- Soyez le bienvenu, sire.
Mille fois le bienvenu.
- Au fait, ils sont où, exactement, les Russes?
- À côté d'une ville qui s'appelle Eylau.
- Est-ce que ça va suffire?
- Non.
Mais il n'empêche que c'est magnifique.
Sous-titrage DVD: CNST, Montréal
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