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Original subtitles

Traditionnellement, les Madrilènes quittent Madrid en été

pour échapper à la chaleur.

La ville a tendance à se vider.

Ceux qui restent, les touristes et quelques visiteurs distraits

se retrouvent autour des bals populaires

qui se succèdent pendant la première quinzaine d'août

dans les quartiers du centre-ville :

les fêtes de San Cayetano, San Lorenzo et la Vierge de la Paloma.

Ce film se déroule pendant ces journées et ces soirées,

et se concentre sur une femme sur le point d'avoir 33 ans,

qui a décidé de rester dans sa ville comme un acte de foi,

et s'essaie à une nouvelle façon d'être dans le monde.

Trois fois rien...

Tout un chacun veut être lui-même : Et moi de même !

Hymne de Madrid Agustín García Calvo

1er AOÛT

Entre.

C'est le plus vieil immeuble de la rue Ribera de Curtidores,

de 1890 à peu près.

Le mieux dans cet appartement, c'est la lumière.

Il a sept balcons, comme dans la pièce de Casona.

L'ennui, c'est que je n'ai pas la clim. En été, c'est un four.

J'ai ce ventilateur qui aide un peu...

- C'est bien. - Mais pas beaucoup.

Le soleil tourne tout autour et se couche là.

Il fait très chaud.

J'ai ces stores,

qu'il y a traditionnellement aux balcons.

Ce que je fais, quand le soleil tape fort,

je ferme un peu les volets.

- Comme ça, il fait plus frais. - Bien sûr.

C'est la pièce la plus fraîche, c'est pour ça que j'y ai mis le lit.

Si tu regardes en dessous, c'est plein de livres et de revues

que je ne sais pas où ranger.

La porte semble être trop près, mais ça ferme sans problème.

Tu peux essayer.

Tu vois ?

La salle de bain et la cuisine ont été rénovées.

L'armoire, la seule de la maison qui est pleine à craquer.

- Désolé, il n'y a pas de place. - Pas grave.

Ce meuble, je le trouve drôle avec les ampoules.

On dirait une loge.

C'était à la dame qui habitait ici, il n'a pas bougé.

Tout ce qu'il faut savoir ici,

c'est que ça, ça peut te rester dans les mains.

La chaudière marche très bien, tu n'as pas à y toucher.

D'accord.

Si tu veux te faire un café...

- Tu veux boire quelque chose ? - Un peu d'eau.

J'ai besoin de déconnecter, quitter la ville et la chaleur.

Tu vas où ?

La première quinzaine d'août, à Valence.

Ma mère vient de mourir, j'ai des choses à régler avec mes frères.

Désolée, je ne savais pas.

Elle était très âgée et assez affaiblie.

Elle s'est effondrée à la mort de mon père, il y a trois ans.

Et me voilà orphelin.

Mais ces jours-ci, j'ai été occupé

par un article qu'on m'a demandé pour une revue.

Un article nécrologique, en fait.

Sur Stanley Cavell, un philosophe américain.

- Je ne connais pas. - Il est très intéressant.

Il a beaucoup écrit sur le cinéma.

Je peux fumer ?

Il s'est fait connaître avec un livre sur les comédies

de l'âge d'or du cinéma hollywoodien.

Je crois que c'est son premier livre traduit ici.

À la recherche du bonheur, ça s'appelle.

Il s'intéresse tout particulièrement aux comédies des années 30.

Pas au cinéma social de l'époque de la Grande Dépression,

mais à ces comédies populaires qui ont l'air d'échapper à la réalité

et sont pourtant très avant-gardistes en matière de tradition et de morale.

Avec ces merveilleuses actrices,

fortes, avec beaucoup de personnalité.

Si différentes les unes des autres : Barbara Stanwyck, Katherine Hepburn...

Je dirais que ce sont les premières à porter des pantalons dans les films.

Ce sont aussi des films sur l'identité féminine,

sur le courage d'être soi-même

ou de savoir qui on est vraiment.

Et tout ça, il le rapproche d'Emerson,

l'un des pères de la philosophie américaine.

Ça ne me dit rien non plus.

Le plus important, c'est tes clés.

J'ai fait des copies et elles fonctionnent.

- D'accord. - Mais attention avec celle-ci.

Pourquoi ?

La porte est très vieille et la clé se bloque,

tu dois la tourner en tirant vers toi, c'est tout.

- Les deux autres ouvrent ici. - D'accord.

Et voilà.

Demain, je pars vers 13h30 pour prendre le train,

donc à partir de là, tu peux venir quand tu veux.

Génial.

2 AOÛT

La présentation des personnages typiques

des fêtes de San Cayetano, San Lorenzo et la Vierge de la Paloma 2018.

Ces gens avaient des tenues particulières

et un certain comportement social.

Ils se différenciaient par les couleurs qu'ils portaient

et les coupes de leurs costumes...

3 AOÛT

Correspondance pour la visite historique près de Platea.

...le palais du Marquis de Salamanque du milieu du 19e siècle.

Prochain arrêt, numéro 12

Musée archéologique

Poppée Épouse de Néron, impératrice de 63 à 65

Elle fut assassinée par l'empereur alors qu'elle était enceinte.

Les historiens romains évoquent sa beauté et son intelligence.

Eva...

Comment tu vas, Luis ?

- Qu'est-ce que tu fais ici ? - Et toi ?

Je n'étais pas sûr que ce soit toi entre les bustes romains.

Je me demandais ce que tu faisais ici toute seule.

- Je te faisais de la peine. - Un peu.

Tu es bête.

Comment ça va ?

Ça fait drôle, tu es tout maigre, avec beaucoup de cheveux.

Tu as vu le cadran solaire, là-bas ?

- Non. - C'est hallucinant, viens voir.

C'est dingue.

Le soleil entre par ce petit trou.

Le point de lumière marque les heures, qui sont les lignes verticales,

et il indique aussi le solstice d'été.

C'est hallucinant.

Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

Rien, j'écris un article sur des pièces qu'ils réclament au musée

d'un monastère de Palencia.

Une polémique passionnante qui date de la confiscation de Mendizábal.

J'ai vu le directeur, j'ai fait un tour et j'allais partir.

C'est drôle.

Et toi ?

C'est quoi, ton programme ?

Aucun.

- Moi, je partais. - D'accord.

Si tu veux, on peut sortir en même temps.

- La dernière fois, tu étais en CDI. - Oui, mais ils m'ont viré.

On va à l'ombre, pitié.

Moi et tous ceux qui sont arrivés après.

Ils ont même licencié certains anciens.

Maintenant, je suis freelance. Dit comme ça, ça a l'air génial.

En fait, je fais ce que je peux, ce qu'on me demande.

Je propose des histoires qu'on m'achète.

Mais je dois d'abord les écrire.

Et si j'ai de la chance, elles se vendent.

Quelle chaleur, je n'en peux plus.

- Tu en veux ? - Non.

- Tu as du temps ? - Oui.

On boit un coup, ça te dit ?

- Toi, ça te dit ? - Oui.

Mais pour trouver un endroit par ici, un endroit respirable...

Et pas climatisé, ça me rend malade.

Là-bas, la terrasse avec des parasols, ça peut le faire ?

Oui... Allez.

Si on ne meurt pas en chemin.

Putain !

À l'ombre, il fait 40 degrés, mais là, on cuit.

Il vaut mieux ne pas y penser.

Comment ne pas y penser ? L'enfer transperce mes espadrilles.

Sur cette place, il y avait du gazon avant.

Le journalisme actuel n'est déjà pas hyper rigoureux,

mais en été, laisse tomber.

C'est sûrement la chaleur qui nous ramollit le cerveau.

Je ne sais pas.

Je trouve que le mois d'août est parfait pour faire des trucs

qu'on ne nous laisserait pas faire à d'autres moments.

Oui, tout est plus détendu,

on est moins en recherche de perfectionnisme.

C'est marrant que tu parles de perfectionnisme

parce que je trouve que l'été est parfait.

La perfection est plus facile à atteindre en été.

Peut-être grâce à cette détente dont tu parles

ou parce que les attentes de la société sont moins élevées.

Les fausses attentes, je veux dire, et tous les devoirs et obligations.

Je ne sais pas.

Pense aux attentes des gens par rapport à leurs vacances.

Où aller, quand, avec qui, combien dépenser ?

- Tous les couples qui se brisent en été. - Et ceux qui se forment.

C'est vrai.

Je suis sorti avec Laura en été.

Je crois que l'été est l'époque parfaite pour être toi-même, plus que jamais,

et pour faire les choses mieux que jamais.

Par exemple, toi maintenant.

Tu as l'opportunité de faire le meilleur article pour...

- Pour El Norte de Castilla. - Voilà.

Ça ne dépend que de toi.

Tu sais que le journal va l'acheter car il doit remplir ses colonnes.

Mais tu ne devrais peut-être pas t'en contenter.

On devrait essayer d'atteindre nos propres exigences,

sans se limiter sous prétexte que les autres exigent moins de nous.

Je parle trop.

Ce qui m'emmerde, c'est que tu as raison.

Mais c'est beau de parler comme ça.

On en reprend un ?

D'accord.

- Je reprends la même chose. - Moi aussi.

- Toi aussi ? - Non, un verre de vin blanc.

- Frais. - Oui.

Excusez-moi,

un autre demi et un verre de vin blanc frais.

Mes parents m'ont habillé en chulapo une fois.

- Sérieux ? - Je ne leur ai jamais pardonné.

- Je t'imagine bien. - Ah bon ?

- Très traditionnel. - Détrompe-toi.

Pour porter ces costumes, il faut avoir quelque chose

que je n'ai pas.

Et cette façon de danser...

C'est une des seules danses au monde où la femme dirige.

- Ah bon ? - Oui.

- Fais voir. - Quoi ?

- Guide-moi. - Qu'est-ce que tu fais ?

- Tu te trompes. - Non.

- Non. - Arrête...

Tu ne te souviens pas, c'était clair.

Bien sûr que je me souviens, mais ça ne s'est pas passé comme ça.

Je suis bête, je ne vois pas ces trucs-là.

Je crois simplement que tu ne voulais pas.

- Tu n'étais pas intéressé. - Tu crois ?

Bien sûr. Mais c'est cool, c'est mieux en fait.

Je crois que je n'ai jamais regretté de ne pas être sorti avec quelqu'un,

mais d'être sorti avec quelqu'un, souvent !

C'est logique, en fait.

Non, mais c'est comme avoir peur

d'un truc qui n'est pas arrivé.

Je ne sais pas.

Peur ?

Donc en gros, tu n'es pas amoureux et tu préfères ne pas l'être.

- Non, je n'ai pas dit ça. - Si.

Je n'ai pas dit ça, putain !

Non, je ne veux pas encore merder. J'ai beaucoup merdé.

J'ai accumulé trop de déboires. C'est bon, ça suffit.

- Tu vois ? - Mais ça, c'est comme avoir peur.

C'est peut-être pas mal d'avoir peur parfois.

Peur qu'on te fasse mal, peur de faire mal, peur de merder...

- C'est du lourd. - C'est quoi ?

Je ne sais pas, c'est du très lourd.

Il faut lire.

Je n'étais pas tout à fait mort.

Mais je connaissais ces gens.

4 AOÛT

Ils m'offraient des couvertures pour me protéger des mouches...

Alors, je me suis demandé...

Quelle cruelle indifférence...

Aidez-les !

Sinon, vous ne pouvez pas imaginer ce qui vous arrivera.

Sofi ?

Je t'ai réveillée ? Pardon.

Non, ce n'est rien de grave.

J'essaie d'ouvrir la porte de mon immeuble

et je dois être débile, mais je n'y arrive pas.

Ça fait une demi-heure que j'essaie...

C'est un appartement qu'on me prête,

les voisins ne me connaissent pas et je n'ose pas sonner.

Comme vous m'aviez dit que vous étiez à Madrid ces jours-ci.

Vous êtes là ?

Oui, c'est pour ça...

D'accord.

Génial.

Je ne savais pas qui appeler, excuse-moi.

Je peux être là dans 20 minutes. Sinon, je prends un taxi...

La vache, ça pue encore.

Tu peux me laisser ton t-shirt, je te le laverai ?

- Tu peux le garder si tu veux. - Non, je te le rendrai.

C'est marrant, comment il mange.

C'est une autre façon de faire. Nous, on nous donnait tout prémâché.

Là, c'est un peu le contraire.

En gros, ils savent ce qu'ils veulent et décident ce qu'ils mangent.

C'est comme un jeu.

Mais il ne risque pas de s'étouffer ?

Au début, ça me stressait aussi, mais on s'habitue.

On s'habitue et on se détend.

- Donc il mange et il expulse ? - Oui.

C'est marrant.

Tu faisais quoi hier soir ? Avant de te retrouver à la rue.

C'était une journée étrange, je me suis laissée porter.

J'étais surtout avec Luis.

- Luis ? - Oui, le fameux Luis.

Comment il va ? Je ne l'ai pas vu depuis un bail.

Ça va. Toujours aussi rabat-joie, tu le connais.

Il se questionne sur son métier, mais ça, c'est bien.

On a bien rigolé et il a fini un peu bourré.

La dernière fois, il était avec Laura, mais ça n'allait pas.

Ça fait un moment qu'ils ont rompu, mais il a du mal à s'en remettre.

C'est drôle de perdre les gens de vue et de les retrouver plus tard.

On reste fidèle à l'idée de la relation qu'on avait,

sans trop savoir si elle est toujours la même.

Moi, je te reste fidèle, même si tu ne m'appelles pas.

Tu ne m'appelles pas beaucoup non plus.

Quand tu as un enfant, tu comprends que tu n'es plus la même pour les autres.

Que tu te sentes comme ça ou pas, tu deviens une pestiférée sociale.

- N'exagère pas. - Je n'exagère pas, c'est vrai.

Tu n'imagines pas à quel point.

La plupart des gens arrêtent de compter sur toi.

Ils te regardent de loin,

avec leurs idées préconçues ou ce qu'on leur a mis dans la tête.

- Tu veux me faire culpabiliser ? - Non, c'est pas ça.

Mais je te le dis parce que c'est pire de ne rien dire.

Tu ne me donnes pas de nouvelles,

et d'un coup, tu m'appelles à 2h30 du matin

parce que tu es à la rue.

J'ignorais même que tu avais un nouvel appart.

Les dernières nouvelles que j'ai eues de toi, c'est par Jorge.

D'abord, c'est pas un nouvel appart, on me le prête.

Mais je ne me cherche pas d'excuses, c'est vrai que...

je ne t'ai pas beaucoup appelée

et qu'on ne se voit pas beaucoup.

Mais c'est peut-être parce que... tu as eu un enfant.

C'est vrai que j'ai eu un enfant, que c'est un bouleversement,

mais c'est quelque chose de très personnel.

En tout cas, tu as décidé de devenir mère,

et c'est merveilleux que tu aies pu le faire.

C'est ce que tu as choisi, non ?

Je me suis peut-être éloignée de toi,

mais c'est pas à cause de Julen

ou parce que tu es devenue mère et pas moi.

Je crois qu'on s'était déjà éloignées avant la naissance de Julen.

Si tu y réfléchis...

En fait, je t'envie.

J'envie ta façon de voir les choses, distante et froide.

Je ne suis pas distante et froide,

j'essaie juste de l'exprimer et c'est bien de l'admettre.

- Ça fait bizarre, mais c'est bien. - De quoi tu parles exactement ?

Je ne sais pas, rien qu'on ne sache pas déjà.

Je crois que la vie nous a changées

et il s'est passé beaucoup de choses.

Maintenant, on en est là et je crois que...

Je ne sais pas, je trouve que c'est bien de pouvoir en parler.

Ça aurait pu être pire. On pourrait ne plus se voir du tout.

Ça m'est arrivé avec plein de gens, à toi aussi sûrement.

Hier soir, je me suis retrouvée là

et je t'ai appelée instinctivement, sans réfléchir.

Ici, je me sens comme chez moi.

Regarde Julen, tellement concentré sur ce qu'il fait.

Mon petit bonhomme.

Ton grand bonhomme.

Il est très sérieux, non ?

Sérieux et sympathique.

- Il est très primitif. - C'est vrai.

Il est super primitif. Tu nous as fait un primitif !

Bonjour, je suis la voisine du premier.

Je suis nouvelle et je n'arrive pas à ouvrir la porte de l'immeuble.

Tu ne peux pas ouvrir ?

Non, la clé ne marche pas. Je ne sais pas pourquoi.

Cette porte est merdique.

- Je descends. - D'accord.

Bonjour, désolée de te déranger. Ça n'ouvre pas.

Je peux ?

Il m'est arrivé la même chose.

Tu vois ? Il y a une espèce de cran, mais il faut continuer et...

- La clé fonctionne, essaie. - D'accord.

J'ai essayé pendant deux heures la première fois.

J'ai fini par appeler ma proprio, une Russe qui vit en Hollande.

Elle a dû envoyer une amie à elle, une autre Russe qui vit à Madrid.

J'ai sonné partout, mais je crois que l'immeuble est vide.

Pardon, c'était toi hier qui faisais une performance avec des pancartes ?

- Oui. - C'était toi ?

- En allemand ? - Oui.

- La vache ! - Tu l'as vue ?

Oui.

Ça t'a plu ?

Oui, c'était étonnant, ça m'a plu.

Tant mieux, ça me fait plaisir parce que, moi, je ne sais pas trop...

- Je suis Olka. - Eva.

Tu viens d'emménager ?

Non, un ami me prête son appartement pour quelques jours.

Pour les vacances ?

Pas vraiment. En fait, je ne sais pas trop.

Je serai là ces jours-ci, si tu as besoin de quelque chose...

Cinquième gauche.

D'accord.

- Tu montes ? - Enchantée.

Non, je vais en profiter pour faire des courses.

- Merci. - Ciao, Eva !

J'ignore pourquoi, en vous voyant,

je me suis souvenue d'une idée assez étrange que j'avais eue.

Faire une pièce dans la rue,

comme une sorte de tour des églises de la ville,

enfin, des portes des églises.

J'imaginais un guide touristique qui emmènerait les gens de porte en porte

et leur expliquerait l'architecture de l'église,

l'histoire de la religion, des trucs techniques.

Et soudain, avec la même intonation,

il se mettrait à parler de son propre rapport à Dieu

ou à la foi, s'il est croyant...

J'imaginais une pièce sur la difficulté de croire,

sur le fait qu'on n'entre plus dans les églises

et qu'il est difficile aujourd'hui de garder la foi, quelle qu'elle soit.

Un truc comme ça.

Mais toi... tu sors d'où ?

Comment ça ?

Tu fais quoi dans la vie ?

J'étais comédienne.

- Un truc dans le genre. - Comment ça, tu étais ?

J'étais parce que je ne le suis plus.

Enfin, je ne veux plus l'être.

Mais on ne peut pas cesser d'être comédien.

- C'est une vocation. - Pourquoi pas ? Comme un autre métier.

Non, ma chérie. Il y a un truc qui cloche !

Mais si, tout va bien, je t'assure.

Alors, tu es quoi maintenant ?

Je cherche, j'y travaille.

Bon, je n'insiste pas plus.

On va danser un peu.

5 AOÛT

Je l'ai entendu à la radio chez moi, toute la famille écoutait

et je ne savais pas...

- Comment ça va ? - Très bien.

- Cool ! Nous aussi. - Génial !

On est un peu bourrés, mais ça ne devrait pas être un souci.

Je ne pense pas. Tout le monde est bourré.

Exact. Il faut tenir compte du contexte.

- Oui. - Vu le contexte, tout va bien.

Ils sont anglais.

Pardon, je ne suis pas anglais.

Il est anglais. Moi, je suis gallois, rien à voir.

Ok. C'est sûr, c'est pas pareil.

Mon cousin Will est venu me rendre visite et nous voilà.

Je suis Will, de Manchester...

- Moi, c'est Eva. - Salut.

- Salut ! - On la fait à l'espagnole.

Deux bises.

- Moi, c'est Joe. - Salut, Eva.

Enchanté.

Enchantée.

Olka.

Vous allez faire quoi ?

- Comment ça ? - Maintenant, vous faites quoi ?

On était justement en train d'en parler.

- On est en train de voir. - De voir ?

On pourrait aller tous ensemble quelque part ?

Ils vont fermer, ici ?

Dans dix minutes, ils arrêtent la musique.

On a envie de danser !

Je connais des endroits super pour danser.

- Ah bon, mais c'est loin ? - À deux minutes.

Il y a du monde, je ne sais pas.

- Joe, tu fais chier. - Ta gueule.

En gros, je l'appelle et il vient nous ouvrir...

- Tu connais le mec ? - Bien sûr.

- Pourquoi tu ne frappes pas ? - Je ne peux pas.

Parce que le type s'énerve, les voisins débarquent.

Je le rappelle, attendez.

Regardez, il nous ouvre.

- Comment ça va ? - Entrez.

Tout à l'heure, en m'abordant,

ou en agissant comme tu l'as fait dans la rue,

tu pensais vraiment qu'il allait se passer un truc ?

Non. Tu t'en fichais !

C'est bien ce que je dis.

Tu aimes te faire passer pour un mec cynique.

D'ailleurs, c'est sûrement ce que tu es.

Et tu aimes garder tes distances, non ?

D'accord, j'accepte tout ce que tu dis.

Mais ça me blesse un peu que tu me prennes pour un cynique.

Ça te blesse ? Les autres options sont pires.

Je veux bien les assumer.

Que tu le veuilles ou non, tu les assumes déjà,

tu acceptes un comportement et tu l'entretiens.

Tu sais que c'est cruel et tu fais l'innocent.

Tu fais de la séduction quelque chose d'absurde et de lâche.

- Voilà. - Ok, je veux bien encaisser ça aussi.

Tu deviens condescendant, c'est pire ! Je vais me fâcher !

"Condescendant" est un très joli mot, je l'utilise parfois en cours.

- Tu donnes des cours ? - Oui.

D'anglais dans une académie de merde. Tu t'attendais à quoi ?

Je ne sais pas.

Je n'arrête pas de te décevoir.

Non, ça me plaît que tu sois prof.

Ça te surprend.

En fait, non.

Moi, ça me surprend.

Je ne sais pas, j'ai commencé...

J'ai commencé les cours par hasard, je suis venu ici un été,

je suis resté et je suis toujours là.

- Tu faisais quoi avant ? - Ce que je faisais ?

Rien, j'avais 20 ans et...

- J'aimais chanter. - C'est vrai ?

Will et moi, on avait un groupe avec des potes.

- Sérieux ? - Will était bassiste et moi, chanteur.

On chantait des chansons des Brigades internationales.

On est venus ici en tournée, avec un van, à l'arrache.

On est restés un été et, à la fin, Will s'est barré et je suis resté.

Notre grand succès a été de faire la première partie des fêtes du PC.

Pourquoi des chansons des Brigades ?

On avait un grand-oncle brigadiste et on a grandi avec ces chansons.

- C'est pas vrai. - Si.

- Tu blagues. - Non.

- C'est une technique de drague facile. - Ah bon ?

C'est impossible.

Il y a en Espagne une vallée appelée Jarama

C'est un endroit que nous connaissons bien

C'est là que nous avons montré notre virilité

Et où tant de nos courageux camarades sont tombés

"La Vallée du Jarama" est l'une des plus mythiques.

Tu t'es gouré de paroles.

Je chantais l'originale, et lui, la dernière version.

Celle qu'il essayait de chanter parle de Madrid.

C'est beau.

Elle a été écrite par Alex McDade, un ouvrier de Glasgow,

en 1936 ou 1937, et elle est sortie en 1938.

Mais lui, il avait déjà été tué.

Il est mort en 1937 dans la bataille de Brunete.

Et en 1939, les vétérans qui avaient survécu ont écrit ça,

avec la référence à Madrid et tout...

Tout ça, tu l'expliques en cours ?

Non, en cours, je me sers de trucs comme "Help" et "Yellow Submarine".

Non, je ne fume pas.

- Ok. - Quoi ?

C'était... Comment tu as dit ? "Le truc classique de séduction facile".

Facile, oui.

Non, j'aimerais bien fumer, mais je n'y arrive pas.

J'essaie, mais c'est toujours un échec, c'est pas pour moi.

- Oui, ça ne te va pas. - Pourquoi ?

Je ne sais pas. Plein de trucs ne te vont pas.

Tu es un peu bizarre.

Moi aussi, je suis bizarre, ce n'est pas méchant.

Je ne sais pas...

Maintenant que j'y pense,

je ne t'ai rien demandé sur toi de toute la soirée.

Aucun problème, c'est mieux comme ça.

Tu n'aimes pas parler de toi ?

Là, tout de suite, je ne saurais pas trop quoi dire.

Par contre, tu peux dire des choses sur les autres, c'est ça ?

Moi, par exemple, tu m'as traité...

de lâche, de cynique, d'abruti.

Abruti, non.

Tu as raison, mais je l'ai déduit du reste.

Non, en fait, je pense que... tu es un mec cool.

Ce n'est pas si facile d'être un mec cool.

Et toi, par moments, tu as l'air plutôt cool.

Merci.

De rien.

Salut, ma chérie.

Pas trop la gueule de bois ?

Je me disais que...

on pourrait appeler les Anglais-Gallois

et aller à la rivière.

Tu en penses quoi ? Ce serait une folie ?

Je n'ai pas pris leur numéro, mais toi peut-être ?

Si possible, j'aimerais venir avec une amie et son bébé.

Tiens-moi au courant.

Bisous. Courage, ciao !

Les gars sont partants.

Si on prend notre van, on rentre tous, à six, c'est parfait.

Gros bisous. Ciao !

Ma chérie, c'est super !

Je vais prévenir ma copine Sofía, d'accord ?

À demain. Merci.

Pardon, un dernier service.

Tu peux me prêter un maillot de bain ?

6 AOÛT

On se baigne ?

L'an dernier, on s'est baignés à la mer.

Ça lui a plu ?

Tu t'es déjà baigné dans une rivière ? Celle-ci est super !

- On va au bord ? - Allez.

Elle est bonne !

Tu nages vraiment bien.

- J'ai arrêté. - Ah bon ?

- Je nageais quand j'étais petite. - Trop bien.

- Tu ne te baignes pas ? - Après, peut-être.

- Tu n'es pas très espagnole ! - Pourquoi ?

Tu es très couverte.

- Tu trouves ? - Oui.

Le maillot ne te plaît pas ?

Si, il est très bien.

Il est un peu ouvert ici, mais bon...

- C'est mon préféré. - Ah bon ?

Oui, il était à ma grand-mère.

- Je ne t'ai pas prêté n'importe quoi. - Non, je sais bien.

C'est pas le maillot, c'est moi.

Tu es pudique ?

Un peu.

Mais ce n'est pas gênant pour une actrice ?

Un peu, si, parfois.

Mais je pense que la pudeur est un atout pour le jeu.

- Quel paradoxe ! - Pourquoi ?

Tu es drôle !

D'où tu la connais ?

Sofía ?

On est amies depuis très longtemps.

Une vieille copine.

D'ailleurs, quand on vivait ensemble, on avait la vingtaine,

on faisait un classement des hommes, répartis en quatre groupes.

Les hommes "primitifs",

les hommes "agiles",

les hommes "comics".

Et les hommes "fumée". C'était infaillible, ils rentrent tous.

Joe, tu le mettrais dans quel groupe ?

- Il serait "agile", non ? - Exact, c'est le genre de Sofía.

- Les "agiles" me plaisent aussi. - Oui, ils sont bien.

Les "comics" ne sont pas mal non plus.

Mais chez les filles, c'est elle que je choisirais.

J'aime les filles comme elle.

Oui, Sofía est géniale.

Toi, tu veux des enfants ?

Avant, oui.

J'ai toujours voulu en avoir. Mais... je ne sais pas.

Je ne suis plus si sûre.

Et toi ?

J'ai congelé mes ovules il y a quatre ans.

- Ah bon ? - Oui.

C'était juste après mon arrivée au Danemark

et je savais que j'avais besoin de temps pour moi,

que je ne pouvais pas encore avoir d'enfants.

Je ne voulais pas rater ma chance. Alors je les ai congelés.

J'ai congelé la décision en quelque sorte.

En fait, ce n'est pas vraiment une décision congelée, mais plutôt...

repoussée.

- Oui. - Je dois payer à nouveau.

Pour les maintenir congelés, il faut payer tous les deux ans.

- Ah bon ? - Oui.

Et je trouve ça tellement bizarre

qu'un truc à moi soit congelé dans un autre pays, si loin.

Je ne sais pas, il y a quatre ans, j'étais différente.

Maintenant, je ne sais pas si j'ai envie de payer à nouveau.

En fait, je crois que je n'en ai pas envie.

Je ne sais pas.

Mais je sais que si je ne paie pas, je n'aurai sûrement pas d'enfants.

Parce qu'après 40 ans,

la probabilité de tomber enceinte naturellement

est inférieure à 5 %.

Donc...

Je crois que je préfère garder ces 5 % de hasard.

Pour le moment.

Toi, tu as quel âge ?

Je vais avoir 33 ans.

Pont des Français

Pont des Français Ma foi, personne ne te traverse

Parce que les Madrilènes

Te gardent si bien !

En passant par la Casa de Campo

En passant par la Casa de Campo Ma foi, et le Manzanares

L'hiver est morne et gris. Et les gens de Manchester...

Ici, ça doit être beaucoup mieux, donc peut-être...

- Tu vas venir ? - Peut-être.

Moi, quand j'ai quitté le Nord, j'étais adolescente.

Tu veux du maïs ?

J'ai l'impression que, d'une certaine façon,

le fait d'être partie...

ça m'a aidée à être moi-même, à me construire.

Et si j'envisageais de retourner à ma terre natale,

je le ferais forte de cette expérience.

Pars de Manchester !

- Je ne sais pas. - C'est marrant ce que tu dis...

Ça t'a aidée à être toi-même.

Je pensais justement à ça l'autre jour

parce que dans six mois, ça fera dix ans que je suis à Madrid.

- Dix ? - Dix ans. J'en ai 30.

- C'est 33 % de ma vie. - Carrément !

Je ne sais pas...

Mes parents sont au pays de Galles, mes amis aussi.

Mais ce truc, je ne sais pas...

Est-ce que j'ai quitté le pays de Galles parce que je suis comme ça ?

Ou est-ce que je suis comme ça parce que je suis parti ?

C'était quoi en premier ?

J'imagine qu'il y a un peu des deux, comme cette expression en espagnol...

- L'œuf ou la poule, non ? - Le serpent...

Le serpent qui se mord la...

Je comprends, tu ne sais pas si tu es comme ça parce que tu es parti

ou si tu étais déjà comme ça avant et tu as trouvé ce qui te convient.

Moi, j'ai changé plusieurs fois de pays,

et à chaque fois, c'est comme recommencer à zéro.

C'est beau, car tu ne connais personne, tu es comme une feuille blanche,

tu peux réinventer ta vie.

Tu changes...

Ça te libère, mais ça doit faire peur aussi ?

Je trouve que c'est une chance.

Cette énergie du début est très puissante et belle,

ça te permet de faire un tas de choses.

Mais j'admire aussi beaucoup les gens qui ne sont jamais partis,

qui ont eu le courage de se libérer dans un environnement connu.

C'est plus facile d'être libre quand personne ne te connaît.

- Bien sûr. - De te réinventer.

Mais le faire en restant dans ton environnement,

je trouve ça courageux aussi.

Dans un sens.

Toi, tu n'es jamais partie ?

- Tu as vécu à l'étranger ? - Je suis la seule de Madrid.

Moi, je suis adopté. Dix ans à Lavapiés.

Tu as pas mal voyagé, mais tu n'as jamais vécu...

Non.

À l'étranger.

Non, je ne sais pas pourquoi.

Je vous envie un peu.

J'imagine que c'est très difficile de devenir une vraie personne

quand on ne s'est pas vraiment émancipé de ses parents

ou de l'endroit où...

Tu parles d'une expression...

- Laquelle ? - "Être une vraie personne".

Comment devient-on une vraie personne ?

À quoi tu penses ?

Tu es bien pensive.

- Vive l'actrice pudique ! - Je te déteste !

Devenir une vraie personne.

Comment devient-on qui on est ?

Vraiment ?

7 AOÛT

Vive le roi Cayetano !

Vive la Vierge de la Paloma !

8 AOÛT

Bonjour, ça va ?

Je voudrais une place pour la première séance, à 16h30.

Merci.

- Tu te souviens de David ? - Bien sûr.

- Salut. - Ça va ?

- Comment tu vas ? - Bien.

- Vous allez au cinéma ? - Oui.

- Toi aussi ? - Oui.

- Je prends les places. - Oui.

Deux places pour 16h30, s'il vous plaît.

Je pensais que tu n'étais pas là.

Je suis parti, je t'ai dit que j'allais en Italie ?

- Oui, je savais. - Je suis rentré il y a deux jours.

D'accord.

- Tu es bronzé. - Oui, tu as vu ?

Tu es restée finalement ou tu es partie ?

Je suis restée à Madrid.

- Tu vas bien ? - Oui.

- Et toi ? - Oui.

Tu ne vas pas me croire, mais je disais à David :

"Imagine qu'on tombe sur Eva au cinéma."

- C'est normal, vu le film. - Oui.

- Tu les as ? - Oui.

- C'est l'heure. - Oui...

D'accord.

J'entre.

- Je te rejoins. - Ciao, David.

Tu veux qu'on entre ou...?

Non, vas-y, toi.

David t'attend.

Mais tu vas venir ou...?

On ne s'était pas vus depuis trois mois.

Tout a été très vite.

Mais c'est comme si ça avait duré beaucoup plus.

Je l'ai trouvé en forme.

Il m'a avoué qu'il avait pensé me trouver là, à cet endroit même.

Il a failli m'inviter à boire un verre, mais ne l'a pas fait.

J'imagine que c'est mieux comme ça.

Je suis restée devant l'entrée comme une idiote.

Je ne sais pas pourquoi, en fait.

J'avais très envie de voir le film.

J'y retournerai demain.

9 AOÛT

Merci.

En rentrant à Madrid, en faisant les calculs,

j'ai réalisé que mon ovulation coïncidait avec l'éclipse.

- Avec l'éclipse ? - Oui.

Quoi ?

Tout est lié.

Je pourrais te faire une séance, ça te ferait du bien.

- Je ne sais pas. - L'autre jour, je l'ai fait à Lucía.

- C'est vrai ? - Je suis allée chez elle.

Ça l'a bien aidée.

C'est la première fois qu'elle les a eues sans douleur.

- Vraiment ? - Presque sans s'en rendre compte.

Tu n'as rien à perdre.

Je vais d'abord appeler mon médecin

pour avoir un rendez-vous chez un spécialiste.

L'un n'empêche pas l'autre, ça te ferait du bien.

Je ne sais pas, je vais y réfléchir.

Tu me le fais à la prochaine pleine lune.

Le 26 août.

Tu es folle.

Moi, j'aime bien quand la fin est ouverte.

Mais si tu ne refermes rien...

Excusez-moi.

Désolée de vous déranger.

Tout à l'heure, je vous ai entendues parler de...

Avant le film...

De quoi on parlait ?

Je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter, j'étais juste devant,

mais voilà, je serais intéressée.

- D'accord. - Tu vois avec elle.

Moi, je n'y connais rien.

- Ça t'intéresse ? - Oui.

Je ne sais pas comment ça marche, mais...

C'est très simple. Je peux venir chez toi et...

- Chez moi ? - Oui.

Super.

- On s'échange nos numéros. - Oui.

- Moi, c'est María. - D'accord.

- María aussi. - Les deux María !

- Eva. - Enchantée.

- Je suis là tout le mois d'août. - Moi aussi.

- Ok, alors un jour qui t'arrange. - D'accord.

10 AOÛT

María, comment ça va ?

- Très bien. - Entre.

Merci.

Merci d'être venue.

C'est rapide en métro. Il fait un peu chaud, mais ça va.

C'est très joli chez toi !

- Ça te plaît ? - J'adore.

Ce n'est pas mon appart, une connaissance me le prête,

mais c'est joli, oui.

- Comment tu te sens ? - Bien.

Un peu stressée, je ne sais pas ce qui m'attend.

Ça va bien se passer. Je ne vais pas te faire mal.

Où veux-tu qu'on se mette ?

J'avais pensé faire ça ici si ça te convient.

- Parfait. - C'est bon ?

Je laisse ça ici.

On va prendre cette chaise et la mettre...

- Tu veux quelque chose à boire ? - Je veux bien un verre d'eau.

Merci.

Ferme les yeux.

Tu peux les ouvrir quand tu veux.

Comment ça va ?

Bien.

- Comment tu te sens ? - Bien.

- Je l'éteins ? - Oui.

- Il faut tout boire ? - Comme tu veux, mais...

Au cas où.

Comment ça s'est passé ?

Bien, non ?

Bien, non ?

Bien, je crois. Maintenant, je plane un peu.

Elle m'a un peu sonnée, mais ça s'est bien passé.

J'ai senti de la chaleur à un moment, le truc que tu me faisais quand...

Je soufflais ?

Oui, je sentais un souffle bizarre.

- Oui, parce que... - C'était quoi ?

J'utilise les trois centres énergétiques féminins

qui sont ces deux...

C'est lié aux chakras.

Le front et le crâne, le cœur et l'utérus.

- En gros, c'est du reiki. - D'accord.

Le souffle chaud sert à focaliser l'énergie

et vise à réguler nos chakras, surtout ceux en lien avec la femme.

J'ai mis tes mains en coupelle.

Ça représente notre utérus qui peut porter la vie,

qui a beaucoup de force et de pouvoir.

On vient tous d'un utérus.

- Oui, d'une coupelle. - D'une coupelle.

C'était tabou, nos grands-mères n'en parlaient pas.

On te disait : "Tu vas faire tourner la mayonnaise."

Juste parce que j'ai mes règles !

"Ne te douche pas, ne te baigne pas..."

"Écarte-toi de la société".

Maintenant, c'est plutôt :

"Fais comme si de rien n'était, comme si tu n'avais pas tes règles".

Comment veux-tu faire ?

Comme si c'était une faiblesse de faire un break pendant nos règles,

comme si on ne s'en sortait pas.

Tu dois prouver que ça ne t'affecte pas, que ça ne te diminue pas,

alors qu'on a aussi le droit de souffler un peu.

- J'ai presque fini. - On reprend une tournée !

- Ce soir, on se lâche. - Prends-en un autre.

- On est bénies ! - Je suis très bénie !

Ça cogne plus que d'habitude. C'est normal ?

- Ça me fait très plaisir. - Je me sens très ouverte.

Tant mieux.

Moi, je ne suis pas bénie.

- Parce que tu ne veux pas. - C'est pas ça...

Attends...

Tu ne m'as pas ratée, hein ?

- Non. - Si, tu m'as vannée !

En plus, elle se marre.

Elle pense que je suis sceptique à propos de tout ça, mais non.

- Je sais. - Je crois que c'est en partie...

On est connectées à la lune, ok.

- On est faites d'eau à 60 %... - 80 %.

- 80 ? - 80.

Si ça joue sur les marées, évidemment que ça joue sur nous.

C'est clair.

Mais ce qui m'inquiète un peu par rapport à tout ça,

c'est de penser que si on nous écoute parler du rituel,

de la bénédiction de l'utérus, tu vois ?

- Tu rigoles, mais... - Parce que je te comprends.

Ce qui m'inquiète c'est qu'on nous écoute et qu'on dise :

"Voilà cette bande de cinglées qui n'ont que ça à faire

"et n'ont rien trouvé d'autre pour régler leurs problèmes

"que d'invoquer le cosmos,

de consulter l'univers et l'horoscope..."

- C'est vrai. - Je sais.

- Et on fait quoi ? - C'est pas ça.

- On fait quoi ? - Je ne sais pas.

Mais je peux vous assurer que si un homme devait souffrir

de douleurs chroniques comme nous plusieurs jours par mois...

- Laisse tomber ! - Non.

L'arrêt maladie ne serait pas remis en question.

Ça existerait, point.

- Tout le monde à la maison, et voilà. - Carrément.

Ça ne fait aucun doute.

11 AOÛT

Ce sont les "larmes de San Lorenzo".

La nuit du 11 au 12,

c'est le meilleur moment pour voir la pluie d'étoiles.

Il n'est pas nécessaire de regarder dans une direction précise.

Il faut juste avoir une large vue du ciel,

habituer ses yeux à l'obscurité

et attendre assez longtemps.

12 AOÛT

L'espace d'un instant, j'ai cru voir Luis.

Luis, oui.

Avec la touriste.

Elle lui explique

d'où viennent les étoiles filantes.

Les comètes ne se déplacent pas très vite dans le ciel.

Mais certaines en traversent une grande partie en une seule nuit.

Les étoiles filantes, elles, sont rapides.

Ce sont des poussières de comètes qui se forment à l'approche du soleil.

La Terre continue de bouger

et la poussière d'étoiles entre en contact avec l'atmosphère,

elle se réchauffe, puis brûle.

Excuse-moi.

Tu m'entends ?

Tout va bien ?

Pardon, mais je crois qu'on n'a pas le droit d'être là.

Ils ont mis ça en prévention pour empêcher les gens de passer.

Oui, je sais, ne t'inquiète pas. Tout va bien, d'accord ?

Désolée de te déranger,

mais je t'ai vu là et ça m'inquiète un peu.

Je suis passée par-dessous.

Tu es passé par où ?

Par là-bas.

Bien sûr, je vois.

On est bien ici, non ?

L'air est plus frais.

Ça vient des montagnes au loin.

Là, on ne les voit pas.

- Bien sûr. - Et de la Casa de Campo.

Je reviens de Debod.

J'ai regardé la pluie d'étoiles.

Il y en a eu plein, c'était très joli.

- Les larmes de San Lorenzo. - Oui.

Tu les as vues ?

En réalité, je ne les avais jamais vues.

J'étais toujours en train de faire la fête.

Comment ça ?

Je suis de Huesca.

C'est les fêtes là-bas en ce moment, San Lorenzo est le saint patron.

Mon téléphone est plein de messages.

Tu aimerais y être ?

En fait, je ne suis jamais là où je veux être.

Je vois.

Je te comprends, c'est une sensation assez terrible.

Tu es d'ici ?

Oui, je suis née là-bas, de l'autre côté de la rivière.

À la Quinta de Goya. Tu connais ?

Bien sûr.

Ça me semblait très loin.

Puis, je suis venue vivre en centre-ville avec des amies.

J'ai déménagé plusieurs fois.

Là, on m'a prêté un appartement pas loin, pour quelques jours.

Après je ne sais pas trop où je vais aller.

Et toi ?

J'habite de l'autre côté de la rivière, près du Pont des Français.

Je m'appelle Eva.

Agos.

Comment ?

Agos. D'Agostino.

On s'habitue.

On m'a raconté une histoire sur ce viaduc,

une sorte de légende.

Je me souviens qu'elle m'a plu quand on me l'a racontée.

C'est l'histoire d'une fille d'une famille très riche

qui est tombée amoureuse d'un pauvre garçon de Carabanchel.

Quand la famille de la fille a appris qu'ils étaient amoureux,

ils ont interdit à la fille de le voir.

Cet amour l'a rendue folle, elle est venue sur ce viaduc

et elle a voulu se jeter.

Quand elle a sauté,

elle portait une jupe très longue,

et pendant la chute,

la jupe a fait l'effet d'un parapente,

en se gonflant comme ça.

Elle a fini par atterrir lentement sur le sol

et elle s'en est sortie.

D'autres versions disent qu'elle s'est accrochée à un arbre.

Quand sa famille a su ce qu'elle était prête à faire par amour,

ils ont levé l'interdiction et les amants ont pu se retrouver.

Et ils vécurent heureux,

plus ou moins.

Je ne sais pas pourquoi je t'ai raconté ça.

Je suis un peu...

Je crois que je vais avoir mes règles.

Je ne sais pas.

Je ne te dérange pas plus.

Je vais sortir.

- Par là, c'est ça ? - Oui.

D'accord.

Au revoir.

Au revoir.

Salut, ça va ? Quelle chaleur, pas vrai ?

J'ai vu que Soleá Morente jouait ce soir

aux fêtes de La Paloma, place de La Paja.

On va y aller, ça te dit ?

Motive-toi, qu'on sorte un peu.

On se voit plus tard, ok ?

Bisous.

La dernière fois, je l'ai vue en concert dans un festival,

dans un château, c'était génial...

Salut ! Comment ça va ?

Bien. Olka, María.

Enchantée.

- Bonsoir, les filles. - On est toutes là.

Je vous sers quoi ?

- C'est quoi ? - Une sangria.

Il y a des demis, des pintes... On partage une pinte ?

- Tu m'avais donné 10 ? - Oui.

- Ok, tu es sûre ? - C'était peut-être 50.

Je disais à Eva que la dernière fois que j'ai vu Soleá en concert...

Asier !

Asier !

Ça va ?

- Tu fais quoi ? - Je fais un tour.

Un tour ?

On m'a dit qu'elle a une chanson qui s'appelle "Suelo español".

Oui, j'adore ce morceau. On y va !

J'ai mis ma plus belle robe

Désolée de t'avoir vexé

Mais quand tu me parles Je n'entends qu'un bourdonnement

Je veux juste danser

Tu danses seulement avec moi

13 AOÛT

Merci beaucoup !

Merci beaucoup.

On va chanter une chanson qui s'appelle "Todavía", de La Bien Querida.

C'est parti ! "Todavía".

C'était un soir d'avril

C'était tes yeux noirs Sous un ciel d'ivoire

J'ai senti ta main dans la mienne

J'ai rêvé que je rêvais Avec toi je partais

Qui régit l'univers ?

Qui m'écoute, moi ?

Dis-moi comment tu fais

Comment puis-je y aller ?

J'ai encore du temps

Je suis encore là

J'ai encore du temps

Je suis encore là

Qui régit l'univers ?

Qui m'écoute...?

Dis-moi...

comment tu fais

Comment puis-je y aller ?

- Ça va, David ? - Salut.

- Salut. - Bonsoir.

Merci.

Comment ça va ?

- Bien. - Bien ?

C'est bizarre, non ?

Quoi ?

De se revoir, tu ne trouves pas ?

Je ne sais pas, ça arrive parfois.

- Tu me reconnais ou pas ? - Oui, bien sûr.

Eva.

Tu es toute seule ?

Oui.

Je t'ai suivi.

- Tu t'inquiètes toujours pour moi ? - Non.

C'est comme un rituel, en fait ?

De quoi ?

Tu vas au travail, ensuite sur le viaduc,

tu fumes une cigarette, tu viens ici.

Pas vrai ? Et ensuite ?

Je viens boire un dernier verre ici parce que mon amie Lucía travaille ici.

Je lui tiens compagnie.

C'est dingue !

Quoi ?

Le gars qui règle ta copine,

il vient de faire un concert, place de La Paja.

C'était génial, j'ai adoré.

Il était avec ces deux filles

et j'ai eu l'impression qu'ils chantaient pour moi.

C'était super émouvant, très beau.

J'ai beaucoup aimé. C'est dingue !

- Pourquoi tu ne lui dis pas ? - Quoi ?

Que tu as aimé le concert, leur façon de jouer.

Que tu t'es sentie...

Enfin, ce que tu viens de me dire.

Je ne sais pas, c'est bizarre. Ils sont là...

C'est peut-être un peu puéril.

Je ne trouve pas.

Aujourd'hui, on est de plus en plus cyniques.

C'est difficile de savoir admirer les gens.

- Et de les admirer bien. - Oui.

- C'est vrai, ce n'est pas si facile. - Ce n'est pas si facile.

J'y vais, alors ?

Allez, je vais le faire.

- Mais ne te moque pas de moi. - Promis.

Il y avait beaucoup de bruit à la fin...

Excusez-moi de vous déranger, mais j'ai vu votre concert

et comme j'ai vu que vous étiez ici,

je voulais vous dire que ça m'a beaucoup plu.

- Merci beaucoup. - Merci.

Ça fait plaisir, on était en train de débattre

de ce qu'on a aimé, et ce qu'on a moins aimé.

Si ça t'a plu, tant mieux.

Beaucoup.

Merci d'être venue.

Je ne vous dérange pas plus. Merci.

Merci, ciao.

C'est chouette.

En effet, je me suis un peu ridiculisée, mais...

Je crois que ça leur a fait plaisir, ils ont été sympas, ça va.

Bien sûr. Ils sont comme nous.

Ils ont peut-être réussi un peu mieux que nous,

mais ils ne sont pas si différents.

- Tu veux un verre ? - D'accord.

Lu !

- Oui ? - Tu veux quoi ?

Un verre de vin.

- Rouge ou blanc ? - Blanc.

D'accord. Pardon, mais je n'en sers jamais.

Ah, d'accord.

Tu as l'impression de ne pas avoir réussi ?

Ça aurait pu être mieux, franchement.

Tu es comédien.

Oui.

Moi aussi.

On va faire un truc,

un très bon exercice que m'a montré ma prof d'interprétation.

L'idée c'est que jouer, ça revient à sauter de la réalité à autre chose.

Donc c'est toujours un acte violent.

- Tu vas me faire quoi ? - Facile.

Je m'éloigne, je m'approche, je te gifle. Et on échange.

Donc on passe à... C'est super bien, j'y vais.

Attends, tu as étudié où ?

On le fait ? J'y vais.

Un, deux, trois.

La gifle qu'il s'est prise !

À toi.

Un, deux, trois.

Il vient de la lui rendre.

- Je ne t'ai pas fait mal ? - Non, ça va.

Maintenant, le texte.

Quel texte ?

Qu'est-ce que tu regrettes le plus dans ta vie ?

Sans trop réfléchir.

Ne pas avoir su être un bon père.

Tu as des enfants ?

Oui, une fille de sept ans.

Enfin, huit, elle vient d'avoir huit ans.

Mais elle n'a presque pas vécu avec moi.

Elle a toujours vécu avec sa mère et son copain,

qui est comme son père, en fait.

J'ai toujours été un cas désespéré.

Ils m'ont toujours mis un peu...

Mais je les en remercie.

Comment elle s'appelle ?

Violeta.

Alors...

Comment tu rentres à ton appart prêté ?

À pied, c'est pas loin.

Je me disais...

Là où j'habite, un appartement s'est libéré.

Pas un appartement, une chambre.

Notre colocataire est partie et je me disais...

On commence à faire des visites.

Peut-être que ça peut t'intéresser. Je ne sais pas.

- La chambre ? - Oui.

Peut-être.

Si tu veux, je te laisse mon numéro et...

Tu m'appelles pour venir voir l'appartement.

- Ok. - Ça marche.

- Je prends ton numéro. - Oui.

Je te conseille de faire vite,

tu sais comment ça se passe pour la recherche d'appart.

Oui.

Mais je peux le voir aujourd'hui ou...?

Je travaille tout l'après-midi.

Enfin, je dors tout l'après-midi et après je dois retourner travailler,

donc je ne sais pas si...

Pas aujourd'hui ?

Je ne sais pas si je pourrai, si j'aurai le temps, mais si tu veux...

tu peux venir le voir maintenant.

Maintenant ?

Enfin, si tu veux.

- Moi, ça m'est égal, comme tu veux. - Oui.

D'accord.

Par contre, je rentre à pied.

Ça prend environ 30 ou 35 minutes, en fonction de l'allure.

Ça me va de marcher.

À cette heure-là, j'aime bien marcher.

- D'accord. - Oui ?

- Mais je ne sais pas... Pardon. - Quoi ?

Je ne sais pas si l'appart va te plaire.

- Pourquoi ? - Il est un peu loin du centre.

C'est pas trop ton style.

Pourquoi tu dis ça ? Je veux le voir !

D'accord.

On y va.

- La chambre est lumineuse et agréable. - Ok.

- On voit la Casa de Campo. - Avec l'air frais, super !

Donc, en sortant du bar,

tu descends par ici et tu poursuis ton rituel ?

Tu es un homme de rituels.

Et ça prend combien ? 30, 40 minutes ?

Ils partent en Inde,

faire de l'escalade par là-bas.

Apparemment, il est un peu alpiniste.

Ils partent la deuxième quinzaine.

Je leur ai dit que je travaillais jusqu'au 15, que ça allait,

mais que j'aurais aimé l'avoir à partir du 16.

Mais apparemment, les billets étaient plus chers.

Bref, je ne sais pas comment faire demain.

- Enfin, après-demain. - Oui.

Je laisserai Violeta avec Gonza, mon autre colocataire.

Il s'appelle Gonzalo ?

Mais on va le réveiller ?

- Oui, enfin non, ne t'inquiète pas. - Il ne va pas se fâcher ?

Non, il dort très profondément. Il est musicien, tu vois.

Mais pour gagner sa vie, il fait comme moi,

il travaille dans un bar de nuit.

C'est là que je vis.

- C'est quel étage ? - Le cinquième.

- Voici la cuisine. - Tu me donnes un verre d'eau ?

Bien sûr.

La salle de bain est là.

Et par ici, ma chambre, qui est un peu...

Avec la chaleur, je dors dans la chambre de Carla.

Elle est plus grande et il y a plus d'air.

Ce serait la tienne.

- Tu veux voir le salon ? - Oui.

C'est beau, toute cette lumière.

- Ça va ? - Oui.

J'avais un peu le tournis, mais ça va.

- Tu veux voir la chambre ? - Oui.

C'est là.

C'est un peu le bazar.

C'est quoi, ça ?

C'est à Carla.

Elle a laissé quelques affaires.

Pourquoi on ne fait pas l'amour ?

Ça va ?

Oui.

- Et toi ? - Oui, très bien.

Je crois que ce qui m'arrive...

Je crois que ce qui m'arrive...

Je pense...

que ce qui m'arrive...

c'est que je suis enceinte.

Mais...

c'est impossible.

Tu es réveillé ?

Prochain arrêt : Puerta cerrada

Il est 11h33, nous sommes le 13 août 2018.

Je sais que c'est difficile à croire.

14 AOÛT

La messe à laquelle je vais

Ni l'un ni l'autre ne prions

Ni n'avons de dévotion

Ni l'un ni l'autre ne prions

Ni n'avons de dévotion

15 AOÛT

- Comment ça va ? - Bien.

Bien ? Moi, c'est Eva.

- Bonjour. - Ça va ?

- On se fait la bise ? - Vas-y.

- Enchantée. - C'est l'amie dont je t'ai parlé.

D'accord.

- Ça va ? Vous faites quoi ? - Bien.

J'allais inviter Violeta à une barbe à papa,

mais je viens d'apprendre qu'elle a un appareil.

- Ah bon ? Tu as un appareil ? - Oui, en haut.

Fais voir.

Je vois. Si tu en manges, ça se colle ?

Oui, ça se colle.

Ils m'ont mis des élastiques pour que ça tienne.

D'accord, très bien.

- On peut manger une glace, alors ? - Oui.

- La glace, tu peux ? - Oui.

- D'accord. - Bien sûr.

- Qu'est-ce qu'on fait ? - Je ne sais pas, on fait un tour ?

- Ça te dit ? - D'accord.

- Allons-y. - D'accord, bonne idée.

Parfait, on va chercher une glace. Ou un jus ?

- Tu préfères une glace ? - Oui.

Agos m'a dit que tu allais vivre avec lui.

Ah bon ?

Oui, c'est possible. J'y réfléchis.

Il m'a aussi dit que tu étais enceinte.

- Il t'a dit ça ? - Oui.

De qui ?

De personne.

Comme la Vierge.

Oui.

J'ai fini.

Génial, c'est très joli. Tu as même signé.

- On va se promener ? - D'accord.

- Oui ? - Oui.

Super.

Je te tiens ta glace ou ça va ?

- Ça va. - Très bien.

- Allons-y. Non, par là plutôt. - D'accord.

EVA EN AOÛT

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