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Oui, j'étais placé sous l'autorité de la présidente.
J'étais en quelque sorte son "Monsieur antiterrorisme".
Je coordonnais…
l'ensemble des services qui…
Pardon. - Prenez votre temps, M. Lambray.
Musique sombre
---
- Merci.
- Vous voyez Mme Dorendeu fréquemment ?
- Presque tous les jours.
C'était une période où elle semblait habitée, enfin…
plus exactement dominée par un grand sentiment d'angoisse.
- Dominée ? Le mot est fort.
Son jugement a été brouillé par cette angoisse ?
- Attendez.
Ce n'est pas une impression personnelle.
La présidente elle-même m'a confié sa peur
de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire les bons choix,
d'être dépassée
par la situation. - C'était le cas,
le jour où elle vous a demandé de faire procéder
à trois assassinats,
hors de tout cadre légal sur le sol français ?
Il soupire.
- Oui.
- Que vous êtes-vous dit ?
- Que nous sortions du cadre de l'Etat de droit.
- On ne comprend pas bien…
Pourquoi être resté à votre poste
et avoir accepté de devenir secrétaire général de l'Elysée ?
Pourquoi ne pas être parti ?
- Pour protéger l'Etat, il faut rester en poste.
- Mais plus aujourd'hui ? - Mme Lapix,
ma priorité, c'est de protéger l'Etat.
J'ai décidé de parler le jour où, comme tous les citoyens,
j'ai découvert les révélations sur l'affaire du siège à l'ONU
et réalisé qu'il ne s'agissait pas que d'une décision,
une seule fois, dans un contexte particulier.
On dit souvent: "Deux points, ça fait une ligne."
La conduite des affaires du pays ne peut pas être l'otage du pouvoir,
solitaire et impulsif. Je me devais de dire la vérité.
- Vous étiez
jusqu'à votre démission secrétaire général de l'Elysée.
Vous n'ignorez rien des conséquences juridiques
et politiques de votre décision.
C'est l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle.
Votre prise de parole peut en changer le cours.
- J'ai confiance dans nos institutions.
Elles prendront leur décision selon les règles de l'Etat de droit.
Musique sombre
---
Vibreur
---
Oui, allô ?
- Je voulais juste vous dire merci, Jacques.
*-Madame la Présidente…
*Tonalité de fin d'appel
---
---
- C'est incroyable ! Lambray était son mec de confiance.
- Philippe, "qui trahit", "pourquoi", "comment".
Tout ça n'a aucune importance.
Mais tu as entendu, non ?
- Quoi donc ? *-Le bruit de la grande histoire
*qui frappe à la porte. - On est encore dans le brouillard.
- Le Conseil constitutionnel s'est autosaisi.
Donc, il n'y a que deux hypothèses:
*Soit les sages maintiennent le second tour
et un illuminé va diriger la France,
soit ils décident de l'empêchement de Dorendeu,
et là, tout redevient possible.
- Mercier restera en position de force.
*-Sauf si la gauche s'unit dès le premier tour.
- Ça, tu t'y es toujours opposé, Michel.
- Laissons tomber les pudeurs de gazelle.
*Il n'y a qu'un candidat possible d'union de la gauche,
*c'est toi.
*Sinon, qui d'autre ?
*C'est toi que l'histoire est venue tirer de son lit.
*Ni moi, ni un autre. C'est toi
qui as retiré ta candidature au nom de l'union,
c'est toi qui as annoncé la débâcle.
Je veux voir Dupraz, Léo et tous les autres petits cons
se faire ramasser avec Mercier.
Et comme tout dépend de toi, j'espère que tu as un plan solide.
- J'ai pensé à un appel d'élus de tous les partis,
appelant à une candidature unique dès le premier tour.
- Très bien. Tu as un nom ?
Il faut toujours nommer les initiatives.
-"Les unitaires". Avec Véro en première signataire.
*-Très bien.
Je vais réfléchir à deux-trois idées possibles.
Je te rappelle très vite.
- Michel, attends. *-Oui ?
- Merci. *-Si tu ne le bats pas,
tu seras supplicié en place de grève,
et je ferai moi-même le bourreau.
Soupir
J'ai passé beaucoup de temps à essayer de trouver un héritier.
Sauf qu'en politique, un héritier, ça ne se choisit pas.
C'est seulement quand il s'impose qu'on le reconnaît.
- À Philippe !
- À Philippe !
- Déclarer la présidente empêchée de se présenter ?
Six jours avant le deuxième tour ?
On va nous reprocher, à juste titre, de faire de la politique.
Ma préconisation est simple:
revenir à la raison,
c'est-à-dire surtout ne rien faire.
- Je vous invite à relire l'article 58, chère collègue.
Le Conseil constitutionnel
veille
à la régularité de l'élection du président de la République.
Nous ne sommes pas le juge de l'élection, mais le régulateur.
Ne rien faire serait
un manquement à nos obligations, et osons le dire,
une lâcheté.
- C'est mon rôle de président de vous rappeler
que l'heure tourne, chers collègues.
Revenons-en au coeur du problème, l'article 7.
- Comme je l'ai dit,
la rédaction de cet article 7 ne m'enchante pas,
mais elle est ainsi.
Le mot "empêchement" n'est pas défini.
La folie pourrait donc être
une cause légitime d'empêchement.
- Attention, l'auto-saisine
était nécessaire, certes. Mais ici,
je vous arrête: grande prudence.
Comment constate-t-on la folie ?
On va faire examiner la présidente ? Par qui ?
Selon quelle procédure ? Prudence.
- Et j'ajoute que la folie et l'hystérie sont
d'éternelles accusations sexistes
pour écarter les femmes du pouvoir.
C'est un homme, de surcroît,
qui est à l'origine de cette dénonciation.
- On ne connaît que trois cas de destitution
pour cause de folie: Louis II de Bavière,
le roi George III et le président Deschanel.
C'étaient des hommes que je sache.
- Deschanel a démissionné sous la pression politique.
Quant à sa supposée folie,
Clémenceau, son adversaire,
a lui-même émis de sérieux doutes sur le diagnostic.
Souvenons-nous-en avant de prendre une décision.
- Pourrait-on avoir le sentiment
du seul ancien président de la République ici présent ?
- J'écoute.
J'écoute.
Musique sombre
---
- Saumon sauvage fumé,
filets de haddock, boutargue,
pinces de crabes du Kamtchatka.
Après 11 heures de conclave,
nous allons arriver à ce moment tragique
où, tenaillés par la faim, l'un d'entre nous proposera
de commander des sushis et des pizzas.
Eh bien, ce soir,
je nous offre l'asile gastronomique.
- Ça doit être très cher. - C'est pour moi.
Compte personnel.
Après six mois de campagne, on a le droit de se faire du bien.
Déjà que nous devons attendre, impuissants, la fumée blanche,
ne soyons pas sadiques avec nous-mêmes.
- On est impuissants quand on veut bien l'être.
Dimanche, face à l'Autrichienne, je gagne.
Je les laisserai pas annuler l'élection sans rien dire.
C'est quoi, le Conseil constitutionnel ?
C'est juste l'organe suprême de l'oligarchie.
- Il faut dénoncer un coup d'Etat. - Et tout faire pour l'empêcher.
- À moins d'assiéger le Conseil constitutionnel,
ça me paraît compliqué.
- Assiéger, non. Et puis, on manquerait d'armes.
Musique intrigante
---
Rires
---
Mais on peut appeler les gens à résister,
en venant crier sous les fenêtres de ces vieillards.
Pacifiquement.
- Mauvaise idée.
Vous savez ce qui a tué la droite nationale ?
- Vichy n'a pas dû aider. - Y avait aussi
des patriotes nationalistes dans la Résistance.
La vraie date-clé, c'est le 6 février 34.
- La manifestation des Ligues à la Concorde.
Croix de Feu, Action Française, Camelots du roi.
- Au départ aussi, c'était pacifique.
Et ça a tourné à l'émeute quand les manifestants
ont encerclé le Palais-Bourbon en criant "A mort la République !"
Plus de 30 morts, 2000 blessés.
Depuis nous sommes catalogués comme des putschistes.
Les Français sont ronchons, mais ils aiment l'ordre.
- Alors, on les laisse faire ?
Et on gagne la deuxième élection.
Christophe, ce serait vraiment contreproductif
d'appeler à quoi que ce soit qui vous place dans l'illégalité.
- Votre histoire date un peu. - La fin va vous éclairer.
Juin 36.
Avant le 6 février 34, la droite a un boulevard.
Car la gauche ne se parle plus.
Mais la menace d'un putsch fasciste la force à s'unir.
Deux ans plus tard,
Blum dirige le gouvernement du Front populaire.
La division de la gauche, c'est notre assurance-vie.
Ne leur donnons aucun prétexte pour s'unir.
- C'est très intéressant, Lionel.
- Y a rien qui filtre ?
- Des fuites en direct d'une réunion du Conseil ?
Non. Encore heureux ! - Ça pue, je le sens pas.
- Ils sont obligés d'empêcher Amélie.
- Alors pourquoi ils discutent si c'est si sûr ?
- Bonsoir, Aurore. Je vous dérange pas ?
- Pas du tout. *-J'aurais besoin de votre avis.
Peut-on rester les bras croisés
alors qu'un coup d'Etat se déroule sous nos yeux ?
*-Il faudrait organiser une mobilisation citoyenne, mais…
- On va m'accuser de faire pression.
D'où mon appel.
Pourriez-vous organiser
*une mobilisation spontanée ?
Sans sigle, sans banderole, ni pancarte.
*Qu'on puisse pas nous accuser.
- Euh…
Si j'appuie sur le bouton,
des gens commenceront à affluer. *-Formidable !
Vous allumez la mèche et la télé fera le reste avec ses images.
Ça attirera d'autres indignés.
- À mon avis, on évitera pas les black blocs.
*-Oui, probablement.
C'est devenu une routine.
Pour les gens, désormais, seul la violence fera bouger les choses.
- En revanche, je ne me mélange pas aux identitaires du RN.
- Vivement le tirage au sort. Vos querelles sont épuisantes.
- Je ne plaisante pas, Christophe.
*-Vous me voyez rejouer le 6 février 34 ?
Les amis de Chalon sont ingérables.
Vous serez les seuls.
*J'ai besoin de vous, Aurore.
- Vous pouvez compter sur moi.
Je m'en occupe.
- Merci, Aurore. Je vous laisse travailler.
Sirènes de pompier
*-Tenez la position.
Cris Explosions
---
*Dernière sommation !
*-Très vite,
*se sont joints des éléments très violents qui veulent
*en découdre avec les CRS. Des blacks blocs, semble-t-il,
*même s'il n'est pas aisé de les distinguer.
- T'en penses quoi ?
- Je dirais que c'est bon pour nous.
Le Conseil va pas aimer se retrouver sous la pression de la violence.
- En théorie. Mais ils peuvent aussi flipper.
Comment ça pense, un juge, dans une situation pareille ?
On maîtrise rien, putain !
*-.ou un drame. Voyez ce groupe de CRS qui répondent
*au harcèlement des black blocs…
Il éteint la télé.
- Salomé, ça va ?
- Pas trop.
Je peux dormir là ?
- Un problème, ma chérie ? - Non, rien.
Y a des blessés ?
- T'as vu comment ça latte ?
- Putain, mais quelle conne ! - Qui ?
- Lucie. On s'est engueulées car je lui ai dit de pas y aller,
que ça allait dégénérer. Mais elle s'en fout.
Et je suis partie.
- T'as bien fait.
- Elle a reçu un mot d'ordre ? Tu sais de qui ça vient ?
- J'en sais rien.
- C'est organisé, ça. En pleine nuit.
Spontané, mon oeil !
- Papa, arrête ! On s'en fout "de qui, de quoi”.
Je te parle de ma meuf. - Si elle préfère
rouler pour Mercier, elle te mérite pas.
T'as bien fait de te barrer.
- Les travaux préparatoires
de la loi constitutionnelle du 18 juin 1976 montrent
qu'on est passé d'une version de l'article 7,
où était retenu "l'empêchement de participer à la campagne"”,
à une version plus homogène
où "l'empêchement n'est plus défini".
Aussi, "être empêché" est matériellement couvert
par tout cas de figure:
maladie, attentat, séquestration, troubles dans le pays…
-"Troubles dans le pays". Nous y sommes, non ?
Je n'ai pas vos brillantes analyses,
mais comme ancien président,
j'ai une petite expérience quant aux affaires de l'Etat.
Question simple: croyez-vous qu'en maintenant
le second tour l'ordre public serait rétabli,
que le calme reviendrait ensuite,
que le vainqueur gouvernerait dans une démocratie apaisée ?
- Je suis d'accord.
Ce second tour serait
au contraire le début d'une période d'instabilité,
quel qu'en soit le vainqueur.
- Imaginons qu'on maintienne le second tour.
Si Mme Dorendeu est réélue,
son autorité sera gravement affectée.
Une procédure de destitution serait enclenchée
aussitôt après son élection.
Donc, instabilité,
effondrement de l'autorité de l'Etat,
impossibilité de gouverner sereinement.
- Et si M. Mercier l'emporte,
on dira que c'est dû à une polémique providentielle.
Mais son autorité sera tout aussi contestée.
- De ce point de vue,
il faut reconnaître que le second tour est pollué.
- Notre rôle n'est,
ni de nous prononcer sur l'état psychologique supposé
de Mme Dorendeu, ni sur la volonté
de M. Mercier d'instaurer le tirage au sort
en cas de victoire.
Mais notre devoir
est de garantir le bon fonctionnement
de la démocratie. Or, la prise
de parole de M. Lambray porte atteinte
à la sérénité de la campagne électorale
et est de nature à altérer la sincérité du scrutin.
Musique intrigante
---
*Dans ces conditions, Mme Dorendeu n'est plus en situation
*de participer normalement à l'élection
*et doit dès lors être regardée comme empêchée.
*Le Conseil constate
*que sont réunies les conditions prévues à l'article 7,
*alinéa 8 de la Constitution,
*relative à l'empêchement d'un des deux candidats en lice
*pour le second tour.
*En application de ces dispositions,
le deuxième tour de l'élection présidentielle
est annulé.
La campagne électorale en cours cesse immédiatement.
L'ensemble des opérations électorales
devra être recommencé en vue de l'élection du président.
*Le premier tour de cette nouvelle élection
*devra se tenir dans un délai de 35 jours
*à compter d'aujourd'hui.
- 35 jours.
- Mais c'est complètement dingue !
*-Si on fait pas d'erreur, dans 48 ou 72 heures,
Philippe peut être investi candidat par tous les partis de gauche.
Cette fois, on a la bénédiction de Vidal.
Voilà ce que tu pourrais faire.
-"Mes chers compatriotes, après mûre réflexion,"
"compte tenu de la gravité de la situation,"
"j'ai décidé de me porter candidat à l'élection présidentielle."
Musique triste
---
- "La décision"
"du Conseil constitutionnel s'impose à moi,"
"comme elle s'impose à tous."
"J'ai donc décidé, à compter de ce jour,"
"de mettre fin aux fonctions qui sont les miennes."
"Celles-ci seront assurées par M. Etienne Falloux,"
"président du Sénat,"
"comme le prévoit notre Constitution."
"Je remercie mes équipes et mes collaborateurs"
"qui se sont donnés sans compter aux services de la France."
"Il ne me revient pas de tirer un quelconque bilan de mon action."
"Mais j'assume chacune des décisions que j'ai prises
"en fonction de ce que j'estimais être l'intérêt supérieur"
"de la France et de tous les Français."
"C'est le mandat"
"que vous m'aviez confié."
Musique triste
---
Applaudissements
---
Musique sombre
---
Crissement de pneus
Cris rageurs
---
Musique sombre
---
- Lionel !
Lionel, attends !
Lionel. - Ne te fatigue pas.
Je suis candidat. Ce sera officiel dans une heure.
- C'est une faute.
T'avais annoncé ton ralliement à Christophe.
Ton score va baisser. Tu peux tomber à 14.
- Et alors ? Mercier m'a fait cocu. - Cocu de quoi ?
- Le bordel devant le Conseil. Arrête !
Il a monté ça avec Dupraz, après avoir bouffé mon saumon,
en sachant que c'était une connerie.
- Les gauchistes l'ont pas attendu pour tout casser.
Tu vas perdre toute influence sur lui.
- Si je me présente pas, j'en aurai ?
Il m'a marché dessus.
C'est un con et de la graine de dictateur.
Je veux peser par le rapport de force.
Je suis candidat. Fin de l'histoire.
- PHILIPPE ! PHILIPPE !
PHILIPPE ! PHILIPPE ! PHILIPPE ! PHILIPPE ! PHILIPPE !
PHILIPPE ! PHILIPPE ! PHILIPPE ! PHILIPPE ! PHILIPPE ! PHILIPPE !
Cornes de brume PHILIPPE ! PHILIPPE !
Acclamations
---
RICKWAERT, PRESIDENT !
RICKWAERT, PRESIDENT !
RICKWAERT, PRESIDENT !
RICKWAERT, PRESIDENT ! RICKWAERT, PRESIDENT !
RICKWAERT, PRESIDENT !
*-Merci, merci !
*Bonsoir !
*Laissez-moi juste vérifier quelque chose.
*Ce soir, y a-t-il les socialistes ?
- OUAIS ! Cris joyeux
---
*-Est-ce qu'il y a les écologistes ?
---
*Est-ce qu'il y a
*les communistes ?
---
*Est-ce qu'il y a
*"Debout Le Peuple" ?
---
*Tous ensemble !
- TOUS ENSEMBLE, UNITÉ !
TOUS ENSEMBLE, TOUS ENSEMBLE ! UNITE !
Musique de suspense
---
Sonnette
La porte s'ouvre.
Ça prend bien, j'ai toute la gauche.
Vidal met du sien.
Il fait des meetings. Il joue le jeu.
Mirmont a tenté de me joindre. - Aucun accord avec lui.
Encore moins avec Thorigny.
Si tu fais le front démocrate face à Mercier,
tu valides ses théories.
Ce sera le front du système uni contre lui, le résistant.
- Avec Chalon candidat, Mercier sera pas si haut.
Maximum, j'aurai 5 points de retard.
- J'ai pris le risque qu'on se rencontre,
car si tu continues, tu cours droit à la défaite.
- Je suis sur les fondamentaux. - Oublie-les !
Ce qui compte, c'est que tu me massacres.
Dans tes meetings, tu m'effleures à peine.
Le système, c'est moi.
Je suis une traître qui brade la place de la France
à l'internationale, je piétine l'Etat de droit
en rétablissant la peine de mort.
Je suis radioactive.
Ne me ménage pas.
Pour gagner, il faut que tu me fracasses violemment.
Sinon, ça sert à rien.
- Je sais. - Alors, pourquoi on en parle ?
Avec l'empêchement,
je n'ai rien voulu esquiver.
Fais ta part du travail.
Mets-moi en pièces.
Frappe sans retenue. Désintègre-moi.
- Arrête.
Musique triste
---
C'est bon.
Je vais le faire.
- C'est bien.
Est-ce que tu dors ?
T'as l'air fatigué. - Je suis résistant.
- Dors et mange.
Ton corps, c'est ta monture. Prends-en soin.
- Et toi, tu dors ? - Occupe-toi de gagner.
Le reste, c'est mon affaire.
Sors, j'attendrai un quart d'heure. On sait jamais.
- À bientôt, Amélie.
Musique triste
---
La porte claque.
---
La porte s'ouvre.
C'est quoi ?
- Ferme les yeux.
C'est bon, tu peux y aller.
T'aimes pas ?
- On dirait l'affiche de Mitterrand en 81.
- C'est voulu. L'homme de l'union, de la victoire.
- Ça fait pas très moderne, si ?
- Le modernisme est pas un de tes marqueurs.
Tu as une certaine image publique.
On changera pas ça en trois semaines.
- C'est quoi, mes marqueurs ?
- Expérience, courage, solidité.
"Force". Ca, on peut l'activer.
Parce qu'en profondeur, c'est là.
"République", je te fais pas un dessin.
- OK, ça marche bien.
- C'est pas ce que dit ta tête.
- J'ai vu Amélie.
- Quoi ?
Vous êtes complètement dingues ?
- C'était ultrasécurisé, avec double entrée.
- Rien n'est jamais ultrasécurisé. Putain, c'est n'importe quoi !
- Elle voulait me voir. Fallait que je dise non ?
Que je la traite comme une pestiférée ?
- Qu'est-ce qu'elle voulait ?
- La même chose que toi.
Que je la tape sans pitié.
- La seule chose qui doit t'inquiéter, c'est le pays.
T'as 20 jours.
Chaque minute doit être utile.
Le plus utile, là, ce serait que tu te reposes.
- Il paraît.
Musique majestueuse
---
Chant des oiseaux
- C'était ta chambre attitrée ? - Ça l'est toujours.
Elle a la plus belle vue sur le jardin.
- Et là, c'est toi ?
- J'étais gamine.
C'est ici que j'ai fait mon éducation politique
en dévorant des milliers de pages.
- Ah oui ! Jaurès, Blum…
- Non.
"Ainsi soit-elle" de Benoîte Groult,
"La femme mystifiée" de Betty Friedan,
"Du côté des petites filles” de Belotti,
"La femme gelée" d'Annie Ernaux.
Evidemment, Beauvoir…
"Le deuxième sexe".
Ce sont ces féministes qui m'ont construite.
La seule chose qui pouvait m'en détacher,
c'est quand ma grand-mère me laissait conduire la Méhari.
- Ah, une Méhari ?
- Elle est toujours là. - Super !
On va pouvoir faire plein de Méhari.
Petit rire
Musique douce
---
- Y a un raccourci à travers les bois.
C'est très joli.
---
- Ils sont bloqués. Ils vont te faire la gueule.
Rire
---
Sonnerie
---
Ils t'appellent, je crois.
- Mets-les sur haut-parleurs.
Messieurs,
si vous reprenez la route,
dans quelques kilomètres à droite, y aura un grand calvaire.
On vous y retrouve dans dix minutes.
Dix minutes de liberté, j'ai bien le droit à ça, non ?
Musique sombre
---
*-Ecoutez-moi bien, les amis.
*Ce sont tous les mêmes !
Cris joyeux
---
*Enfin…
*Y en a quand même des plus gratinés que d'autres.
*Ce monsieur Rickwaert, quand même !
*On a l'impression qu'il a servi de moule pour fabriquer
*les autres. Comme une cellule souche.
Rires
*-Et qui se propose de le rétablir, l'ordre ?
*Un ancien repris de justice,
*Rickwaert ! Huées du public
*Ce n'est pas sérieux.
*Mais dans quelle République sommes-nous ?
Musique sombre
*-L'ordre des priorités,
*pour moi, c'est les Français d'abord !
Cris joyeux
*Oui, d'abord les Français !
*Ils passent avant parce qu'ils sont chez eux.
- On est chez nous ! *-C'est notre tour.
*Sinon, qui ? La gauche de Rickwaert ?
Huées du public
*Qui n'a d'autre programme
que toujours plus d'immigration ?
- ON EST CHEZ NOUS ! ON EST CHEZ NOUS !
ON EST CHEZ NOUS ! ON EST CHEZ NOUS !
Musique de suspense
*-Comme Dorendeu allait perdre,
*le système l'a congédiée.
*Mais par qui la remplacer ?
*Par son double. Rickwaert !
*C'est un de ses proches. Ils étaient ensemble au PS.
*Et même, à ce qu'il paraît, dans leur vie privée…
Sifflets
*C'est un petit groupe clos.
*Un monde d'entre-soi.
Applaudissements Cris joyeux
---
Musique de suspense
---
*-J'ai l'impression que vous attendez quelqu'un.
*Ça tombe bien parce qu'il approche.
*Il n'est pas loin, il est parmi nous.
*Je vous demande d'accueillir Philippe Rickwaert.
Applaudissements Cris joyeux
---
*-Merci, merci !
*Chers amis.
*Mes oreilles sifflent en ce moment.
*Une musique pas agréable.
*Vous entendez aussi
*ce qu'ils veulent installer ?
- OUI ! *-Je vais vous dire
*la vérité.
*Mercier, c'est le bilan Huées
*d'Amélie Dorendeu !
*C'est ça de confondre sa gauche et sa droite.
*On installe
*le flou. On sème la confusion.
*Et à la fin, on récolte un flou furieux.
Applaudissements Cris joyeux
---
*On n'aura pas assez de temps d'ici la fin du monde
*pour recenser tout le mal
*que Dorendeu a fait à la gauche.
*À la France !
*Et à la politique !
---
Musique intrigante
---
Ils chantent "La Marseillaise".
---
---
*-10, 9...
(Militants à l'unisson) -8, 7, 6,
5 ! 4 !
3,
2, 1…
*-Il est 20 heures…
*Et le second tour opposera donc
*Christophe Mercier et Philippe Rickwaert.
*Les scores s'affichent
*sur votre écran: 40,7 % des voix d'un côté,
*24,1 de l'autre, c'est l'ampleur de l'écart
*qui surprend ce soir. 17 points les séparent.
*Il faut remonter loin
*dans le temps pour trouver un tel différentiel.
- T'étais à 26, tu finis à 24.
Tu fais ton score.
Chalon s'est fait siphonner. Il finit à 9 %.
Les fachos ont voté Mercier dès le premier tour.
D'où son 40%. T'as fait aucune faute.
T'as fait une super campagne.
- Michel a raison.
Avec Chalon à 9, Mercier a peu de réserves de voix.
Et Boudard à 23, c'est bien pour toi.
C'est le camp républicain. - En 74, c'était quoi, les scores ?
- Bon exemple. Mitterrand avait fait plus de 43%.
Ça a pas empêché Giscard de gagner.
- Un premier sondage.
- Ca veut rien dire. La campagne a pas commencé.
-52 pour Mercier.
- Oublie ça, c'est de la merde.
- Et c'est le débat qui compte.
- Oui, en 74,
le débat a fait gagner Giscard.
- Absolument !
Vous n'avez pas le monopole du coeur !
Vous ne l'avez pas. Rires
Cris joyeux *Musique rock
*-
---
- Citoyens !
Quel est votre métier ?
- AHOU ! AHOU !
AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU !
AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU ! AHOU !
- Ça va ! Je vais pas me taper
toutes ces merdes ! Faut que je le provoque.
Comme ça, il se montrera sous son vrai jour:
un dictateur. - On en revient à "Votez pour moi,"
"l'autre est méchant".
On demande aux gens de voter pour faire barrage.
On avait pourtant écarté la stratégie du castor.
- Pourquoi on l'a écartée ? On a mieux ?
Non, puisqu'on a rien. Soupir
- Tu veux changer de méthodes de travail ?
Vidal a proposé des séances. Je le fais venir ?
- C'est Amélie qu'il me faut.
Elle s'était préparée au même débat.
Tous les deux, on y arrive.
- Arrête, Philippe. C'est impossible.
- C'était la première femme à devenir présidente.
Et que va-t-il rester d'elle ?
Une folle.
Une menteuse.
Une criminelle.
Musique triste
Alors que je connais personne de plus dévoué au pays qu'elle.
Soupir
Elle va devoir vivre avec les insultes,
la détestation, le déshonneur.
Jusqu'à la fin de ses jours.
On peut pas vivre comme ça.
Personne peut.
Elle m'a demandé une chose: gagner.
Même ça, je peux pas lui donner.
- Si.
Sinon, elle aurait été perdre elle-même.
Musique douce
---
- Tout le monde a sucé Mercier
pour pas froisser ses enfoirés d'électeurs.
C'est quoi, le bilan ?
Le mec va gagner. Donc, faut faire autrement.
On va le défoncer au poing américain.
- Plein d'électeurs trouvent Mercier intéressant,
mais restent indécis.
Si tu les traites de débiles, ça va pas le faire.
- Je dois faire du Rickwaert.
Les gens veulent voir un puncheur.
- Ça fera plaisir à tes électeurs.
Mais c'est tout.
- Il se prend pour un cador, le petit prof ?
Tu vas voir, il va pas faire deux rounds.
À la table, je le cogne !
Dès son intro, je le cogne !
Je l'insulte, je le cogne !
Musique sombre
---
*-Ça va aller, Philippe.
Tu maîtrises tout au millimètre, j'en suis sûre.
T'as pas besoin de conseils.
- Si, j'ai besoin.
- Tu dois être toi-même, bien sûr.
Mais en te voyant,
les gens doivent ressentir quelque chose de nouveau.
*La vérité d'un homme.
*Sa sincérité, sa profondeur,
*sa densité.
Ça doit être la première rencontre avec leur président.
---
- Trois, deux…
- Bonsoir. Bienvenue à tous.
Christophe Mercier, Philippe Rickwaert, bonsoir.
Et bonsoir Laurence. - Bonsoir.
Bienvenue dans ce débat de l'entre-deux-tours.
Vous avez souhaité, et c'est une première,
un débat totalement libre.
Sans thèmes préétablis.
Pendant deux heures, vous donnerez
aux Français la possibilité
de mieux connaître vos idées.
- Notre rôle sera de veiller
à l'égalité des temps de parole et à l'équité
de vos échanges. Sans plus attendre,
après toute cette campagne, à cinq jours du vote des Français,
dans quel état d'esprit
vous trouvez-vous ? A vous, Christophe Mercier.
- Je suis très ému
par la détermination du peuple français.
Car dimanche, il va abattre
le système. Et il le fera avec sérénité.
Malgré les manipulations,
les intimidations,
et malgré un coup d'Etat préventif.
Je l'ai répété durant toute la campagne,
ce système, c'est le système électoral.
C'est lui la cause de toutes les injustices.
Il garantit le mensonge, il permet la corruption,
génère l'impuissance,
et organise les abus de pouvoir d'une toute petite élite
dont vous, M. Rickwaert,
êtes le représentant le plus caractéristique.
Député, maire, ministre,
un rond de serviette
à tous les échelons.
Vous avez été de toutes les révolutions de palais,
si bien que, finalement,
votre casier judiciaire ne dit qu'une infime part
du mal profond que vous avez fait au pays.
Et j'ajoute, aux idéaux que vous prétendez défendre.
- Après une telle attaque,
votre réponse, Philippe Rickwaert.
Il se racle la gorge.
- Monsieur Mercier,
je vais d'abord vous féliciter.
Vous avez fait une belle campagne.
Vous avez défendu vos positions.
Pour rassembler, vous avez créé un mouvement.
Pour y parvenir, vous avez dû intriguer.
Parfois, en écartant les gêneurs sur votre chemin.
Je pense que monsieur Chalon s'en souvient encore.
Vous avez dû faire des entorses à vos convictions.
Vous voilà candidat à une élection,
alors que vous voulez la supprimer.
Bref, vous êtes un homme politique.
Vous êtes même un homme politique de très grand talent.
Et je suis très fier de débattre avec vous ce soir.
- M. Rickwaert, vous répondez à sa question.
Combien ?
- 4,6% d'employés.
L'Assemblée n'est pas assez représentative.
- Et aucun ouvrier député.
Alors qu'il y a 30% d'employés
et 20% d'ouvriers en France. Le tirage au sort
garantirait mécaniquement cette représentation.
- L'important, c'est ce qu'on pense,
ce qu'on dit et ce qu'on veut.
Un bourgeois peut servir les intérêts des plus modestes.
Victor Hugo, Jean Jaurès, Léon Blum.
La liste est longue.
Rire
- Certains gros fumeurs gardent leurs poumons intacts.
Donc, inutile
de combattre le tabagisme. C'est ce que vous dites.
Vous défendez l'indéfendable.
L'exception ne fait pas règle,
monsieur Rickwaert.
C'est le peuple qui décidera,
pas moi.
Je l'ai déclaré pendant la campagne…
- S'il vous plaît, c'est un débat.
M. Rickwaert a trois minutes à rattraper. Allez-y.
- Ça fait maintenant une heure qu'on débat,
une heure que vous vous abritez derrière le peuple.
Ça va commencer à se voir, M. Mercier.
- Ma conviction, c'est que le peuple doit avoir le pouvoir,
sans intermédiaires. - Mais ça…
- Sans professionnels,
ni représentants. - On a compris.
- Hm…
- Que pensez-vous de la peine de mort,
du changement climatique, de l'éducation ?
Qui êtes-vous ?
En quoi croyez-vous ? - On s'en fiche.
- Vos convictions, on s'en fiche ?
- J'ai voté pour la première fois en 81.
Pour des convictions.
Le partage des richesses, la justice sociale.
Et deux ans après, en 83,
ces convictions avaient changé presque du tout au tout.
Une fois au pouvoir, les convictions changent.
Le peuple ne doit pas voter pour mes convictions,
mais pour lui, directement.
- Attendez.
Je ne comprends pas vos critères sur les représentants du peuple.
Pourquoi ne pas tirer au sort en fonction des ethnies,
des religions,
des préférences sexuelles ? - Ai-je déjà
proposé une telle chose ? - Vous, non.
Mais ceux qui seront tirés au sort pourraient le faire.
Ils iraient au bout
de votre logique.
Il tousse.
- Non. On devra convenir de garde-fous, bien sûr.
- Des garde-fous.
Donc, les tirés au sort ne pourront pas décider de tout.
Vous n'êtes pas en train de faire de fausses promesses
comme un vulgaire irresponsable politique ?
- L'élection permet aux riches
d'acheter le pouvoir en aidant leurs candidats favoris
via les financements de campagne et la propagande des médias.
- Pas de démagogie ! - Par pitié.
- Parfois, la gauche accède au pouvoir.
Comment expliquez-vous les 35 heures, les congés payés,
la CMU ?
- Par mesure de sécurité, par moments,
le système concède quelques miettes au peuple.
C'est le rôle de la gauche.
Une sorte de soupape.
Encore ce soir, c'est votre fonction.
Vous êtes la ruse du système.
- C'est un complot dans le complot, finalement.
Et si cette fois, c'était vous, la ruse du système
pour m'empêcher, moi,
d'accéder au pouvoir,
d'augmenter les salaires, de remplumer les services publics,
de faire reculer la société de marché ?
Moi, et ma politique de gauche,
je vais coûter cher aux riches. Mais vous,
vous êtes une aubaine pour eux.
Le tirage au sort supprime les élections,
donc, la vie politique.
Or, qu'est-ce qui a arraché aux dominants les acquis sociaux ?
La politique.
Il se trouve que ce soir, le candidat des riches,
c'est vous.
- C'est pourquoi je veux terminer
par dire tout simplement ceci:
ayez confiance en vous.
En nous.
Nous sommes capables de nous gouverner.
Reprenons le contrôle de notre destin
en disant oui à une démocratie digne de ce nom.
Car nous sommes le grand peuple de France.
Et dimanche, nous avons rendez-vous avec l'histoire.
- Merci, M. Mercier.
M. Rickwaert, à vous de conclure.
- Ce soir, nous étions en désaccord frontal.
C'est la politique. Des idées
qui s'entrechoquent, des visions du monde qui s'opposent
pour que le peuple se fasse
son idée et choisisse.
Ce soir, je crois que nous en avons été dignes.
Mais si nous avons pu avoir ce beau débat,
c'est justement parce qu'il y a des élections.
Pourquoi débattre si l'on tire au sort ?
Au fond, qu'est-ce qui nous définit, nous, les Français ?
Notre culture, notre littérature, nos paysages,
notre système social, notre histoire.
Oui, tout cela nous définit.
Mais notre âme, c'est la politique.
Nous sommes le peuple politique.
Celui qui a dit après avoir pris la Bastille:
la politique est l'affaire du peuple.
Et c'est le débat d'idées
qui l'organise. Les autres nous ont imités,
et ils ont bien fait.
La politique, pour nous, les Français,
c'est une façon de transmettre, de faire société,
elle nous rattache à notre passé, à une continuité.
La politique, c'est l'autre nom de la France, notre identité.
Président, j'en serai le garant.
Mes chers compatriotes,
si vos élus ne vous plaisent pas, faites-les perdre.
Et remplacez-les.
Et si cela ne suffit toujours pas, engagez-vous
et changez les partis de l'intérieur.
Si vous êtes encore déçus, faites comme M. Mercier.
Créez votre parti et présentez-vous vous-mêmes.
Faites de la politique, mais ne la supprimez pas.
La Révolution a été faite contre le pouvoir de droit divin.
N'instaurons pas un pouvoir qui s'abriterait
derrière le Dieu du hasard pour nous voler notre liberté.
Mon dernier mot sera donc un voeu.
Notre beau débat
ne doit pas être le dernier. Surtout pas.
Vive la politique, vive la République, vive la France !
Musique majestueuse
---
Messieurs-dames.
Bonjour, ça va ? - Bonjour.
- Bonjour. - Voilà !
- Numéro 873,
M. Rickwaert Philippe, Antoine, Paul.
- Peut voter.
Brouhaha des journalistes
---
- A voté.
Musique sombre
---
---
La porte s'ouvre.
- T'as gagné.
Trois instituts donnent le même chiffre.
Autour de 51.
- Ça peut plus changer ?
- Non, ça peut plus. T'as gagné.
Petit rire
Musique douce
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Soupir
---
Rire
---
- Il est presque 20 heures.
Il reste maintenant dix petites secondes
avant de découvrir le visage du futur président de la République.
Voici donc ce soir le résultat de l'élection présidentielle.
*Et c'est, vous le découvrez, Philippe Rickwaert
*qui est élu, ce soir, président Cris joyeux
*avec 50,9% des suffrages.
---
- ON A GAGNÉ !
ON A GAGNÉ ! ON A GAGNÉ !
ON A GAGNÉ ! ON A GAGNÉ !
ON A GAGNÉ ! ON A GAGNÉ !
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- À la République, à la France et à ta nouvelle vie !
- Il est vide.
Je fais un aller-retour au village.
- Demande à ta sécu, non ?
- Présidente, je demandais rien. Alors, maintenant…
- Ils iront forcément vu qu'ils te lâchent pas.
- Mais ça, c'est leur boulot.
Je suis là dans cinq minutes.
- Non. Philippe va s'exprimer à la Bastille.
Oui, ça commence à arriver.
À la Bastille. Comme le veut la tradition.
Oui.
À tout à l'heure.
- À propos, t'as lu le discours de Philippe ?
- Non. Tu sais qu'il improvise toujours.
- Véro !
Musique majestueuse
---
- Pourquoi ? - Il y a des législatives
dans cinq semaines.
Tu es le principal opposant. On abandonne pas ses troupes.
Personne n'aime les mauvais perdants.
- J'ai pas perdu.
J'ai été spolié. Avec tous ceux qui veulent que ça change.
Y a eu un coup d'Etat et tu veux que je le félicite ?
- Tu as rassemblé 16 millions d'électeurs.
Tu ne t'appartiens plus. Tu les représentes.
Ne les déçois pas. Ils ont vu en toi
leur chef.
Un chef
ne boude jamais.
C'est celui qui se tient debout,
face au vent.
Musique triste
---
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Sonnerie
---
Cris joyeux
- Bravo. - Merci.
- Félicitations ! - Merci.
Merci beaucoup.
- Monsieur le Président !
- Monsieur le Président, j'ai M. Mercier en ligne.
- Merci.
---
Bonsoir, monsieur Mercier.
- On me dit que la courtoisie républicaine
exige que le perdant félicite le vainqueur.
- Merci.
Vous avez été un adversaire de taille.
*-Votre République est un ersatz de démocratie.
Et sa courtoisie n'est que la vaseline du système.
Je ne vous féliciterai donc pas.
D'ailleurs, vous n'êtes pas mon adversaire,
*mais un ennemi.
*Un ennemi du peuple. Cette élection est un vol honteux.
---
- Allô ?
---
Quoi ?
---
- Vous en avez le droit, on n'est pas en dictature.
*-Vous avez gagné sur un coup d'Etat.
Vous n'êtes pas légitime.
*Vous n'avez aucun droit sur l'Etat et ses prérogatives.
*Et vous finirez
*comme votre Dorendeu, honni de tous
*et enseveli sous la honte et l'opprobre.
*Bon quinquennat, M. Rickwaert !
Musique sombre Respiration haletante
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- Amélie…
Musique triste
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---
Fracas métallique
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---
-"Mon cher Philippe,"
"bien sûr, tu feras comme tu voudras,"
"et je sais que ce sera"
"pour le mieux."
"Mais si mon expérience de présidente peut t'être utile,"
"c'est en gardant à l'esprit ces quelques conseils."
La voix de Dorendeu disparaît lentement.
---
Il pleure.
---
---
Musique triste
Musique triste
---
---
Sous-titrage : HIVENTY
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