All language subtitles for Murmur.Of.The.Heart.1971.720p.BluRay.x264.AAC-[YTS.MX]

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic Download
ar Arabic Download
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian Download
br Breton
bg Bulgarian Download
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified) Download
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian Download
cs Czech
da Danish
en English Download
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French Download
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hmn Hmong
hu Hungarian Download
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian Download
ia Interlingua
ga Irish
it Italian
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (Soranî)
ky Kyrgyz Download
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil) Download
pt Portuguese (Portugal) Download
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian Download
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi Download
si Sinhalese Download
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish Download
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
tt Tatar
te Telugu
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese Download
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

…

Downloaded from YTS.MX

Official YIFY movies site: YTS.MX

- Donnez à la Croix-Rouge.

Donnez aux blessés d'Indochine.

Monsieur ?

Donnez à la Croix-Rouge… - J'ai pas de monnaie.

- Donnez aux blessés d'Indochine.

Ils sont radins ! Changeons de quartier.

…

- T'as entendu l'émission sur Jelly Roll Morton ?

Il y avait un solo de piano génial.

- Monsieur, madame, pour les blessés d'Indochine.

Merci.

Ils rient.

…

Ça va pas, non ?

Moi, le vieux jazz, ça me fatigue. C'est toujours la même chose.

Ils ont le nouveau Charlie Parker, à Dijon-Musique.

On y va ? - T'as des ronds ?

- Mademoiselle… - Aïe ! Tu m'as piquée.

Vous êtes venus pour ça ?

Je suis contre les guerres.

- C'est pour les blessés. - Pareil !

Mais le patron est bonne poire. - Venez avec moi.

- La charité, je suis pour. Mais on nous demande trop.

Les tuberculeux, les vieux, le cancer,

les petits Chinois… Ça suffit comme ça !

- Mais, monsieur, il s'agit de la France !

Charlie Parker est seul avec une section rythmique.

Il est au top depuis qu'il est sorti du Carreau bleu.

- Le "Carreau bleu" ? - L'hôpital des fous !

- Il est fou ? - Dépression nerveuse.

Classique, chez les jazzmen. Avec leur vie…

L'alcool, la drogue,

les femmes… C'est pas étonnant.

Tu feras les comptes. Pique pas tout !

T'as mon bouquin sur Corneille ?

- Je l'ai pas fini. - J'en ai besoin pour mon devoir.

- Fais-toi aider par ton père.

- Il fabrique des lavabos.

- Je te le rendrai demain. Salut.

Miaulement.

Qu'est-ce que tu fais là, Joseph ?

Je vais te faire écouter un disque qui va t'épater. Viens.

- Je devrais vous virer ! Vous faites que des conneries.

C'est pourtant pas difficile !

Arrêtez de pleurer, j'ai horreur de ça.

Secrétaire médicale, c'est un métier, ma petite.

Miaulement.

- Chut ! - Solange, pleurez pas comme ça.

Prenez mon mouchoir.

Voilà ! Venez, j'ai la voiture. Je vous raccompagne.

- Ciao, Renzino ! - Bonjour, Gusta.

Maman est rentrée ? - Sûrement, oui.

Tu a vu l'heure ?

Où tu as mis ta casquette ?

- Je ne suis pas bête. Avec tes notes,

tu sais très bien que tu vas rater ton bachot.

C'est aussi sûr que 2 et 2 font 4.

- "Font 4". Tu es bien sûre ?

- Font 5, si tu préfères. - Bonjour, maman.

- Bonjour, Renzino. Comment vas-tu, "bello" ?

- Pourquoi tu rentres tard ? - On quête pour la Croix-Rouge.

- Bien, ça te fait prendre l'air. Thomas, tu vas rater ton bac.

Ton père sera furieux et on passera des vacances horribles.

Marc, tu es vraiment infect !

Je te défends de faire ça dans ma salle de bains !

- Premièrement, papa s'en fiche complètement.

- C'est pas vrai, il s'en fiche pas du tout.

Deuxièmement, tu n'as jamais pu passer d'examen de ta vie.

- C'est différent, j'étais une fille. Et vois le résultat.

Je ne sais rien, je suis idiote.

"Basta !" Thomas, tu exagères ! Rends-moi cet argent.

J'en ai assez, d'avoir des fils voleurs !

Je vais le dire à ton père.

Marc, arrête !

Vous donnez un bel exemple à Laurent !

Ils rient.

…

Aucun respect !

…

Salaud !

- Tiens, maman ! - Merci.

- Je le prends, car j'en ai besoin.

J'ai une grosse ardoise, au Cintra.

C'est très mauvais pour mon standing.

- Tu n'as rien à faire dans ce bar, et tu le sais bien.

Prends-le, va. Je suis trop faible avec vous.

Mais cessez de prendre l'argent dans mon sac.

Je ne fais jamais de comptes, je ne sais pas où j'en suis.

Tu me ferais pas ça, toi. Tu n'es pas voleur.

- Il a pas besoin de voler, il quête !

- Aïe !

- Laisse-le !

Tu lui fais mal.

…

- Solange est vraiment incroyable.

Elle m'a mis 2 rendez-vous à la même heure.

- Elle est bête comme ses pieds.

- À part ça, elle est charmante, non ?

- Oui, elle est charmante.

Qu'as-tu fait de beau, aujourd'hui ?

- J'ai déjeuné chez les Desage. Leur fils est à Diên Biên Phu.

Ils sont très inquiets. On a parlé que de ça.

On se demande pourquoi les Français sont là-bas.

- Les généraux français sont des incapables. C'est connu.

- La guerre ne doit pas être confiée

aux militaires.

- C'est malin, ça ! C'est nouveau.

Ils y sont, les civils, en Indochine !

Ces politiciens qui se remplissent les poches

avec des trafics de piastres… - Ce sont vos politiciens.

Vous les avez élus. - Je nomme les ministres ?

- Votre député a voté pour le gouvernement,

oui ou non ? - Et qu'est-ce que j'y peux ?

On verra si vous ferez mieux quand vous voterez.

- Je ne vote pas. J'ai le droit de me taire,

mais cette expédition coloniale en 1954, c'est démodé, non ?

- Si tu ne manges pas, tu resteras un petit garçon.

- Pourquoi tu n'as rien mangé ? Tu aimes le parmentier.

- Je n'ai pas faim. Laissez-moi.

Vous me parlez comme si j'avais six ans.

- Laurent, ne parle pas à ta mère sur ce ton.

Augusta, servez-le.

- Je ne mangerai pas. J'ai dit que je n'avais pas faim.

- Tu commences à me fatiguer. Tu veux pas manger ?

- Non ! - Alors sors de table.

Fous-moi le camp !

Quand vas-tu te décider à élever tes fils convenablement ?

- Ne le brusque pas comme ça. Il est sensible.

- Sensible ? C'est juste un petit emmerdeur.

Il est odieux, depuis quelque temps.

Va l'embrasser, tu en meurs d'envie !

C'est ton fils, après tout.

- C'est le tien aussi. Si tu t'en occupais un peu…

- Ça, j'y ai renoncé.

Eux ne fichent rien et lui se prend pour un génie…

- Renzino ! Tu sais, ton père a raison.

Je devrais être très fâchée avec toi.

- Viens écouter mon disque.

- J'aime pas le jazz. Et ton oncle et ta tante viennent.

Si j'y vais pas, ils vont dire que je les fuis.

Ils sont pas drôles.

- Tu viendras me dire bonsoir ?

- Tu le mérites ? - Après tout, je m'en fiche.

- Oh…

Menteur ! Tu vas travailler ?

Tu mettras tes lunettes ? - Oui, maman.

- C'est mon petit Renzino chéri que je viens mettre au lit.

C'est lui le plus mignon. C'est lui le plus sensible.

C'est lui le préféré de sa mère, qui est toujours 1er en classe.

Comment ? Tu ne portes pas tes lunettes ?

Tu ne pourras pas être gynécologue comme ton papa.

- On a un petit compte à régler, tous les deux.

Fais pas l'innocent !

Le fric et ton intervention chevaleresque.

T'es un collabo. J'ai bien envie de te raser les tifs.

- Écoute ça, Thomas.

"Comme l'écrit Albert Camus,

"le seul problème philosophique sérieux est le suicide.

"L'action serait-elle une façon d'échapper au suicide,

"une fuite en avant ?" On peut dire que tu tires profit de tes lectures.

- Tu devrais l'envoyer à Camus avec ta photo dédicacée.

- "Pour Albert, de son jeune disciple."

C'est frais, c'est rose.

On en mangerait ! - Il bande !

Un enfant de chœur qui bande ! T'as pas honte, petit voyou ?

- J'avais même pas vu !

Tu auras une petite bite, comme Marc.

Je vous vois mal partis.

Vous aurez une vie sexuelle difficile.

- Regarde, pauvre con.

Elle est déjà plus grosse que la tienne.

- Minable ! En voilà une vraie.

Si je te la montre, vous allez avoir peur.

- Splendide ! - "Splendide"…

Il faut avoir le nez dessus.

- Tu veux qu'on mesure ? Laurent, va chercher ta règle.

- Vous savez, une grosse queue, ça veut rien dire.

C'est pas un signe de santé.

13.

- Pas tout à fait : 12,5. - Tu triches, tu bandes !

- Pas du tout, c'est mon état normal. - Taisez-vous,

c'est moi, l'arbitre.

- Espèces de cochons !

Elle parle en italien.

J'en ai vu d'autres, vous savez !

C'était bien plus joli quand vous étiez petits !

Si ça pouvait rester comme ça…

la vie serait plus tranquille !

…

- C'était pas mal, ce que t'écrivais hier soir.

Mais laisse tomber Camus, c'est pas sérieux.

Si le suicide t'intéresse, tu dois lire Crevel.

- Qui c'est ? - Un surréaliste qui s'est suicidé.

- T'as déjà eu envie de te suicider ? - Non.

Et toi ? - Ça m'est arrivé.

Le général Lasalle, celui qu'on appelait le 1er sabreur de l'Empire,

tu sais ce qu'il disait ?

"Un hussard qui n'est pas mort à 30 ans est un jean-foutre."

- Et lui ? Il est mort à quel âge ?

- À 32 ans, d'une balle dans le front

pendant la bataille de Wagram.

- Pas mal. Ce que je suis en retard !

Bonjour, papa.

- Bonjour.

- Pardon.

La porte claque.

Bonjour, mon père.

- Chevalier, j'en ai assez.

C'est la dernière fois que vous servez la messe.

- J'aidais un aveugle. - Ne faites pas l'imbécile.

C'est pas le jour. Allez, bon sang !

Musique d'orgue.

…

- Il est de mauvais poil, ce matin.

Prière en latin.

Amen.

- Tu sais que c'est vendredi ? Communion obligatoire.

Tu es à jeun ? - Non. Ça te dérange ?

- Dis donc, tu t'émancipes.

…

- Mes enfants, je ne ferai pas de sermon ce matin.

Les nouvelles de Diên Biên Phu sont très alarmantes.

Les uniques survivants se battent à 1 contre 10

au corps à corps, parfois à la baïonnette.

Nous allons prier pour ces héros admirés par le monde entier,

et en particulier pour deux de vos anciens,

engagés volontaires, François Barsacq et Pierre de Chambiges,

dont nous n'avons aucune nouvelle.

J'espère que plus tard, si les circonstances l'exigent,

vous saurez vous montrer dignes de leur exemple.

…

Amen.

Prière en latin.

Amen.

…

Ne traînez pas comme d'habitude. - Oui, mon père.

- T'en veux ?

- Le sacrilège ne m'intéresse pas.

C'est comme blasphémer, ça veut dire qu'on y croit.

- J'aimerais voir une messe noire, comme dans le livre de Huysmans.

Une vraie messe,

dite par un prêtre défroqué, qu'on célèbre sur une fille à poil,

une putain qu'on paie pour faire ça.

Ça se fait peut-être à Dijon.

Sonnerie d'école.

- Aïe, tu me fais mal !

- Je savais que tu sortais tôt. J'ai séché.

- C'est du propre. T'habites où ? - Rue de la Barre.

- C'est pas loin de chez moi.

T'as déjà fumé ? - Oui, une fois.

- Eh ben… Comme ça, ça fera deux.

C'est bon ? - Oui.

T'as lu le dernier Tintin ? - Oui. Je préférais celui d'avant.

Il était plus marrant.

Qu'est-ce que t'as ? - Fous-moi la paix.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'avais pas classe ?

Ta maman vient de sortir.

- T'as bien travaillé, mon petit Laurent ?

Tu veux des profiteroles ? Il m'en reste de midi.

Elles sont bonnes. On m'en a fait des compliments.

- Foutez-moi la paix. - Ce que t'es mal embouché !

Je le dirai à ta mère.

- Tiens, du travail pour vous.

- C'est pourtant vrai, il faut parfois être un saint dans ce métier.

On frappe à la porte.

Qu'est-ce que tu fais là ? - Je veux te parler.

- Fous-moi le camp.

- Tu sais ce que j'ai vu ? - Tu me raconteras plus tard. Allez !

Solange, débarrassez-moi de lui.

Complètement idiot. Je sais pas de qui ça vient…

Miaulement.

- Salut, Joseph.

*Musique jazzy.

Allez, viens.

…

On frappe.

- Petit salaud, tu veux que je t'aide ?

- Fous-moi la paix, Thomas ! - Tu sais ce qui t'attend,

petit malheureux ? Tu vas devenir idiot, rachitique et impuissant.

Tu vas perdre la mémoire.

Tes dents vont tomber. Tu seras la honte de la famille.

T'as mis tes lunettes, au moins ?

- Tu sais ce que j'ai appris ?

Bademouille, l'oto-rhino,

celui qui était interne avec moi…

On vient de lui donner une chaire à Strasbourg.

C'est beau, hein ?

Incapable de distinguer une otite d'une pneumonie.

- Là, tu exagères.

Il est un peu surfait, mais tout de même.

- Sa femme lui tient le marchepied. Elle connaît tout le monde.

D'ailleurs, c'est une pimbêche. - Elle est jolie, sa femme.

- Jolie, peut-être. Tout le monde en profite.

- Bonsoir, Claudine ! Bonsoir, Léonce. Pardonnez-moi.

Je dois aller chercher ma montre.

Ça fait six mois qu'elle est en réparation.

Bonsoir, mon chéri.

Tu ne m'embrasses pas ? - Non.

- T'inquiète pas, Laurent est fatigué.

Rires.

…

- Pleven a fait saisir L'Express.

- Tu crois que le gouvernement va sauter ?

- J'espère. Qu'est-ce que ça peut faire ? Tous des marionnettes.

Ah, ça fait bien, vis-à-vis de l'étranger !

Nous sommes ridicules, une fois de plus.

- Je crois que Mendès passera. Il est intelligent.

- Ça ne suffit pas. Est-ce qu'il a du caractère ?

- Ce qu'il nous faudrait, c'est un Clemenceau.

- Ou alors de Gaulle.

- Pourquoi pas Pétain ?

- Et la jeunesse ? Qu'est-ce qu'elle en pense ?

- La jeunesse ? Elle s'en fout.

- Un, deux ! Un, deux !

Poussez encore. Un, deux !

Un, deux !

Chevalier, en confession. On t'attend.

- Pas maintenant ! Et la gym ? - "Tout de suite".

- Il y a pas le feu !

- Serre les fesses ou mets-toi de la vaseline !

- T'es un garçon blindé !

- Un, deux ! Allez, poussez !

On frappe.

- Oui ? - Bonjour, mon père.

- C'est vous, Laurent ?

Si ce n'était pas obligatoire, je ne vous verrais pas.

- Vous exagérez, mon père.

- Comment vont vos frères ?

- Ils sont contents, au lycée.

- J'en suis ravi pour eux.

Bon, allons-y.

- "Bénissez-moi, car j'ai péché.

"Je confesse à Dieu tout-puissant, à Marie toujours vierge,

"à saint Jean-Baptiste, aux apôtres et à vous, que j'ai beaucoup péché

"par pensée, par parole et par action. C'est ma très grande faute."

- Quels péchés avez-vous commis ?

- J'ai menti à mes parents.

- Hum, hum…

- J'ai dit des gros mots. - Oui.

- J'ai fumé dans les waters.

- C'est tout ?

- J'ai volé un livre, l'autre jour. - Lequel ?

- Les Jeunes Filles.

- Vous ne voyez rien d'autre ?

Vous n'avez pas eu de mauvaises pensées ?

- Quelquefois.

- Vous vous êtes encore souillé ?

- Oui, mon père.

- Souvent ?

Combien de fois ? - Plusieurs.

- Seul ?

- Oui. Sauf deux fois avec mon frère Marc.

Asseyez-vous.

Je vais vous parler en ami et non plus en confesseur.

Comprenez-vous la gravité de tout cela ?

Si vous n'interrompez pas ces pratiques,

Dieu se détournera de vous à jamais.

Voyez-vous, nous sommes tous très faibles,

de pitoyables êtres humains,

en proie aux tentations les plus basses de la chair.

Pour ceux qui ont fait vœu de chasteté,

croyez-moi, le combat est souvent terrible.

Vous découvrez ces tentations et vous y résistez mal.

Mais prenez garde.

Vous allez créer des habitudes auxquelles il vous sera

impossible de renoncer.

Pensez aussi à votre future épouse.

La pureté que vous attendrez d'elle, elle l'exigera de vous.

Vous vaincrez.

Nous attendons beaucoup de vous.

Mais dites-moi, vous êtes très musclé.

Vous faites de la natation ? - Oui, mon père.

- Vous vous êtes développé, depuis un an.

Je parie que je fais plus le tour de votre cuisse avec mes mains.

Vous voyez ? J'y arrive pas.

Je vous félicite. Mens sana in corpore sano.

- Je peux retourner en gymnastique ?

- Je dois encore vous absoudre.

Vous direz 30 Notre Père et 30 Je vous salue, Marie.

- 30 ? - Oui, 30.

La pénitence est à la hauteur de la faute.

- Ils ont collé ma classe samedi. - Pourquoi ça ?

- On a mis un soutien-gorge à la statue de sainte Thérèse.

- Vous êtes des gamins. Tu sais ce que Thomas et Marc avaient parié ?

La grande statue de saint Ignace, dans la cour,

le jour de la fête, ils l'ont mise sur le toit.

La tête ! - Ils ont été pris ?

- On les a dénoncés.

Ils ont eu beau prétendre que c'était un miracle, ils ont été virés.

- Paraît qu'ils étaient formidables. - Ils le sont.

- Je viens de lire Le Petit Prince. C'est formidable, non ?

- Pas mal. Un peu surfait.

- Arrêtez la sale guerre !

- Paix en Indochine ! - Arrêtez la sale guerre !

- ARRÊTEZ LA SALE GUERRE !

ARRÊTEZ LA SALE GUERRE !

ARRÊTEZ LA SALE GUERRE !

ARRÊTEZ LA SALE GUERRE !

Les militaires chantent "La Marseillaise".

…

- Salauds !

- Michel ? Si ton père te voyait !

- Madame, cet enfant a le droit d'avoir des opinions politiques.

- Laurent, c'est à cette heure-ci que tu rentres ?

T'as encore été traîner ? Tu prendras le repas où il en est.

- Mon petit Renzino ! Viens ici que je t'embrasse !

Tu as bien mis tes lunettes ?

- Clara, cesse de le chouchouter.

- Charles, il est sensible.

- "Sensible"… C'est un petit emmerdeur !

- Fais ce que tu veux, c'est ton gosse.

Augusta, portez-nous une autre bouteille.

- Comment ? Vous avez tout bu ? Vous n'avez pas honte ?

C'est toujours pareil, quand vos parents tournent le dos.

- Ils font quoi, à Paris ? - Un congrès.

Un congrès sur les maladies vénériennes.

- Quel métier dégueulasse !

Rot.

- C'est la dernière, je vous préviens.

La dernière !

Thomas ! Mais…

- C'est bon.

- Ce qu'ils sont sales !

- Qu'est-ce que tu fais, grand cochon ?

Je vous changerai pas la nappe !

- Vous pouvez disposer. Je vous sonnerai.

- Naturellement que je m'en vais ! - Ciao, ciao !

La porte claque.

- Tu connais le tennis-épinards ? - Non. C'est quoi ?

- Tu vas voir. C'est un sport d'adresse.

Attention, Marc.

Play ?

- Non, attends.

Ready.

Play ? - Ready.

Play ? - Ready.

Choc.

Ils rient.

- C'est malin.

Un Partagas. Ça te fait peur ? - Non, pas du tout.

- Tiens, les voilà.

- On est en retard, mais regardez ce qu'on vous apporte.

- Bonsoir.

- Il est pas sec, je l'ai fini aujourd'hui.

- C'est épatant !

T'es fort ! - C'est vrai, ils se ressemblent.

- On va l'accrocher tout de suite.

Ils n'y verront que du feu.

- On fait quoi du vrai ? On pourrait le vendre et s'acheter un bateau.

- Vous vous ferez piquer et je finirai en taule.

- On verra. Cache-le dans la chambre.

On met la copie et on attend.

S'ils s'en aperçoivent, on dira que c'est une blague.

*Musique jazzy.

…

- J'ai soif.

- Il y a plus rien. Je vais voir à la cave.

…

- Tu danses pas ?

Tu sais pas danser ?

…

- Allez, viens.

- T'es complètement bourré !

Dans le fond, c'est toi le moins moche de la famille.

Mais t'es pire que Thomas ! Et puis tu sens le cigare.

Faut choisir, mon vieux : le cigare ou les femmes.

- Le cigare.

…

- Tu me mords ! Tu sais même pas embrasser.

Tu veux que je t'apprenne ? Allez, ouvre la bouche.

Non, pas si grande.

- C'est dégoûtant, ce que tu fais !

- Mais non, c'est très bon. Fais comme moi.

- Il y a plus de whisky.

J'ai pris une bouteille de vin blanc et une autre de 45.

- Cochons ! Vous n'avez pas honte ?

Je le dirai à votre père, je vous le jure.

Donne-moi cette bouteille !

Vous devriez être au lit depuis longtemps.

Qu'est-ce que c'est que ça ? Laissez cet enfant tranquille !

Viens vite te coucher. - Tu veux danser, Augusta ?

- Laisse-les faire leurs saletés tout seuls. Vas-y !

- Dupertuis, je vous ai mis 11.

Pagès, c'est moyen, comme d'habitude,

mais pas tout à fait assez moyen : 9,5.

- Pst ! Tiens. - Ronodin.

Vous, c'est spécialement lamentable.

Votre français est une traduction littérale d'hindoustani.

"La condition humaine est ainsi faite

"qu'elle subodore la présence divine."

Dieu n'est pas parfumeur, que je sache.

Vous avez du talent, Grandcyr.

Allez porter ça au père supérieur.

Je suis sûr qu'il appréciera votre coup de crayon.

Chevalier, vous avez la meilleure note, comme d'habitude.

Mais "Au royaume des aveugles"…

Vous baissez un peu, ces temps-ci.

Vos réflexions

sur le suicide sortent du Prisunic de la littérature contemporaine,

et même du rayon des soldes.

- Comment c'était, Paris ? - Bien.

- Bonjour, mon chéri. Tu vas bien, mon cœur ?

- T'as vu La Comtesse aux pieds nus ?

- Bien sûr. Ava Gardner est sublime. Dis, Charles,

tu es fatigué, viens t'étendre.

Nous nous sommes arrêtés chez Dumel.

- Ça alors, je dois dire, exquis déjeuner !

Pour commencer, nous avons pris des œufs en meurette,

puis la poularde à la Lucien Tendret,

le tout arrosé d'un chablis 45 suivi d'un autre magnum.

- Sans compter le champagne au dessert.

- Ça, nous avons beaucoup bu !

- Tu as beaucoup bu. - J'ai beaucoup bu.

- Il est superbe, ce tableau. - Ah, superbe, oui.

- Grand-père l'a vraiment acheté alors qu'il le détestait ?

- Oui. Il était au grenier, au milieu d'un tas de croûtes.

Ça vaut une fortune. - Vous l'aimez ?

- Bien sûr. C'est un Corot.

Tu l'aimes pas ? - Non.

- Tu trouves ça démodé. Tu préfères Dubuffet.

- "Mon père, ce héros, au sourire si doux."

- Nous avons décidé qu'il était temps de t'initier

aux joies et aux tristesses du sexe. Ce soir, tu vas chez Madeleine.

- Non. Je vais au concert du Hot Club.

Qui c'est Madeleine, d'abord ? - L'Orée du bois, tu connais pas ?

- J'ai pas tellement envie. - Courage, Lorenzo.

Nous comptons sur toi. Tu sauras faire face, comme Guynemer.

- Comment y va-t-on ? - Ton père nous prête sa voiture.

- Il ne le sait pas, mais il nous la prête.

- Vous n'avez pas de permis.

On peut pas tout avoir.

On ouvre la porte.

- Le dîner est prêt. Madame n'est pas là ?

- Non, "Madame n'est pas là". Elle est allée coucher Monsieur.

- Non, j'irai pas dans ma chambre.

Laisse cette valise tranquille.

- Que veux-tu, Charles ? - Je veux que tu me fasses un câlin.

- Quoi ? - Ma douce… Fais-moi un câlin.

Non. Un vrai câlin, comme avant. Allez !

- Tu devrais aller dormir.

Va te reposer. - Tu veux pas dormir avec moi ?

Dis-moi pourquoi tu veux pas dormir avec moi.

J'ai compris. Tu veux plus le faire avec ton méchant loup.

- "Ton méchant loup"… - Je vais te manger !

- Tu me fais mal !

Laisse-moi.

Tu me fais mal.

Coups à la porte.

- T'es pas drôle !

Où tu vas ?

- Ton père a un peu bu. Tu t'es fait beau, dis donc !

C'est vrai, tu vas au concert.

Ne rentre pas trop tard. D'accord ?

- Maman.

Klaxon.

…

…

- Ta gueule, chauffard !

- Il y a presque plus d'essence. - On va pas loin.

- Au fait, vous avez du fric ? Moi, j'ai rien.

- C'est ma tournée. Vous êtes mes invités.

Madeleine me fait des prix.

- Tiens. Bois, ça va te donner du courage.

Qui va-t-on lui donner pour ses débuts ? Dolorès ?

- Dolorès… Elle est jolie, elle a de beaux seins,

mais elle va trop vite.

- Et Francine, la Belge ?

- Se faire dépuceler par une fille qui louche, ça le traumatiserait.

On demandera à Madeleine. Après tout, c'est son boulot.

Rot.

- Si je vous attendais dans la voiture ?

Vous feriez des économies. - Allez, avance.

- Sois bien poli avec les dames.

Hé, Jeanine !

Mambo.

…

- Voilà Madeleine. Je vais lui parler. Allez vous asseoir.

…

- Il a l'âge de mon fils, ce petit !

Vous vous rendez compte ?

- Qu'est-ce que tu fais là ? Va travailler !

Oh, Thomas !

- C'est Madeleine.

Elle te racontera des histoires fantastiques sur sa jeunesse,

du temps des vrais bordels.

Elle devrait écrire ses mémoires. 35 ans qu'elle est dans le métier.

- C'est ton petit frère ? Il est bien.

- Tu sais ce qu'elle m'a dit ?

"La 1re fois que je vois un homme, je sais quel est son vice."

- J'ai un vice ? - Oui, mais tu ne le connais pas.

…

- Tu danses ? - Je me suis foulé le pied.

- Allez, viens.

…

Je m'appelle Freda. Et toi ? - Laurent.

Laurent del Dongo.

- Je te demande pas ton nom. Ce sont tes frères ?

- Non, des copains. - Ah…

…

Viens, on va s'amuser, tous les deux. Tu veux ?

Viens.

…

Ils devraient mettre un ascenseur.

Ils font mal, ces souliers. J'aurais dû prendre la taille au-dessus.

Tu aimes ? - Ils sont élégants.

- Oh, j'ai filé mon bas !

Viens ici, à côté de moi.

Alors ? C'est la première fois ? N'aie pas peur, j'ai l'habitude.

Les dépucelages, c'est toujours à moi que Mme Madeleine les confie.

Ça va très bien se passer.

Laisse-toi faire, mon bijou.

J'embrasse jamais les clients.

Je garde ça pour mon fiancé.

…

Viens, je vais te faire une petite toilette.

- Je me suis lavé avant de venir.

- Viens, je te dis.

Tu sais que tu es très mignon ? Tu es en avance, pour ton âge.

Ça te démangeait, hein ?

Essuie-toi, mon petit chou.

Puisque c'est la 1re fois, j'enlève mon soutien-gorge.

Tu m'aideras à le remettre, j'y arrive pas toute seule.

Je suis bien ?

Je te plais ?

J'ai un peu grossi, ces temps-ci. On mange tellement, en Bourgogne.

Il paraît que c'est tes copains qui payent. Ils sont gentils.

C'est ton anniversaire ?

Tu as la peau douce,

plus douce que la mienne.

Ça va ? Tu as le trac ? T'en fais pas, mon petit chou.

Je suis très douce. Ça va passer tout seul.

Tu vas faire ce que je vais te dire.

Je t'excite un peu, quand même ? Ah, mais oui.

Attends. Je vais m'allonger et tu vas venir sur moi.

Pas si vite ! Tu es pressé… Je suis pas au taximètre !

Aïe, tu me fais mal ! Moins fort.

Laisse-moi guider, je te donne le rythme.

Ça ta plaît ? C'est bon, hein ?

C'est bon.

Tu te débrouilles bien, pour la première fois.

Tu es très doué.

Tu vas faire des ravages,

quand tu seras plus vieux.

…

Ah !

- Salauds ! Salauds !

- Vous êtes des petits cons !

Ça se fait pas, surtout la première fois !

…

- Ça dure longtemps, ton camp scout ?

Vous allez au lac des Settons ?

C'était très con, ce qu'on a fait hier soir, mais on était bourrés.

Si tu veux, quand tu reviendras,

je te présenterai une fille chouette du Bar vert.

Elle passera toute la nuit avec toi.

- Fous-moi la paix. Laisse mon chat !

- Tu lui fais encore des misères ?

- Toi, on t'a pas sifflée !

- Dépêche-toi.

Tu as pris assez de tricots, mon ange ?

Corne.

…

Cris de ralliement.

…

- Enlève les mains de tes poches, Michel.

…

- Repos. Scout toujours… - PRÊTS !

- Pour la France ! - DIEU NOUS GARDE !

"Notre-Dame-des-Éclaireurs."

- LE SOIR ÉTEND SUR LA TERRE

SON GRAND MANTEAU DE VELOURS

ET CE CAMP CALME ET SOLITAIRE

SE RECUEILLE EN TON AMOUR

Ô VIERGE DE LUMIÈRE

ÉTOILE DE NOS CŒURS

ENTENDS NOTRE PRIÈRE

NOTRE DAME DES ÉCLAIREURS

- Les Aigles vous présentent Le Roi des aulnes

de Goethe.

- "QUI CHEVAUCHE SI TARD DANS LA NUIT ET LE VENT ?

"C'EST LE PÈRE ET SON ENFANT.

"IL SERRE LE GARÇON DANS SON BRAS.

"IL LE TIENT FERME, IL LE TIENT CHAUD."

- "Mon fils, pourquoi caches-tu ton visage ?"

- "Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?

"Le Roi des Aulnes, avec…" (-Couronne et traîne !)

- "… couronne et traîne."

- "Mon fils, c'est le brouillard qui bouge entre les arbres."

- "TOI, CHER ENFANT, VIENS. VIENS AVEC MOI.

"À DE BEAUX JEUX, JE JOUERAI AVEC TOI.

"MAINTES FLEURS VARIÉES POUSSENT SUR LE RIVAGE.

"MA MÈRE POSSÈDE MAINTES PARURES D'OR."

- "Mon père, mon père, n'entends-tu pas

"ce que le Roi des Aulnes promet tout bas ?"

- "Sois tranquille, mon enfant.

"Dans les feuilles mortes murmure le vent."

- "VEUX-TU, BEL ENFANT, VENIR AVEC MOI ?

"MES FILLES DOIVENT DÉJÀ T'ATTENDRE

"POUR CONDUIRE LA RONDE DE LA NUIT.

"ELLES VONT DANSER, CHANTER ET TE BERCER."

- "Mon père, mon père, ne vois-tu pas dans cet endroit sombre

"les filles du Roi ?" - "Mon fils, je vois.

"Ce sont les vieux saules qui t'apparaissent."

- "JE T'AIME. TON BEAU VISAGE ME PLAÎT.

"MES FORCES J'EMPLOIERAI SI TU N'ES DOCILE."

- "Mon père, mon père, maintenant il me prend.

"Le Roi des Aulnes me fait grand mal."

- "LE PÈRE FRISSONNE.

"IL GALOPE RAPIDE, TIENT DANS SES BRAS L'ENFANT GÉMISSANT,

"ATTEINT LA MAISON AVEC FATIGUE ET PEINE.

"DANS SES BRAS, L'ENFANT ÉTAIT MORT."

- Grouillez-vous, on ferme.

- Je dors à côté de toi ?

- Dépêche-toi, on éteint. T'es toujours le dernier !

- T'es mouillé. Qu'est-ce que t'as ? - J'ai dû prendre froid.

- Le bruit est très net.

Je ne peux hélas que confirmer votre diagnostic.

Insuffisance aortique et rhumatismale,

provoquée par un début de scarlatine,

avec hypertrophie et dilatation du ventricule gauche.

Pardonnez ce jargon.

C'est ce qu'on appelle "un souffle au cœur".

Je ne crois pas qu'il soit important.

Il faudra lui faire faire un électrocardiogramme,

le plus vite possible.

Vous connaissez la routine : repos absolu,

une poche de glace sur le cœur, avec une bonne dose de salicylate.

Vous devez être très raisonnable pendant un mois.

Ensuite, nous verrons.

Faudrait qu'il aille faire une cure.

C'est le mieux, pour ces rhumatismes.

- Et le collège ?

- Quelle importance ?

On ouvre la porte.

- Viens.

- Encore ? Tu l'as changée il y a 1 heure.

- Il fait chaud, alors la glace fond plus vite.

Voilà. Tiens, comme ça.

Ne bouge pas, tu vas la faire glisser.

- Augusta, tu m'énerves.

- Il vaut mieux que je t'énerve et que tu sois guéri.

Tu as pris ton "sicilate" ?

- Pas "sicilate", "salicylate" ! Oui, je l'ai pris.

- Tu sais, j'ai eu une enfance bizarre.

Jusqu'à 15 ans, j'ai vécu dans une maison en ruines, vers Florence.

Une maison qui avait été dessinée par Michel-Ange,

mais où il n'y avait ni salle de bains ni chauffage central.

J'étais seule avec Gusta. Je n'allais jamais en classe.

- Et ta mère ? - Elle est morte quand j'avais 3 ans.

Mon père, alors lui, était fou.

Il faisait de la politique,

alors sa famille lui avait coupé les vivres.

Il venait parfois, toujours avec une femme différente.

Il nous débitait des horreurs sur Mussolini

et sur le Vatican, et puis il repartait.

Un jour,

il est venu nous chercher en catastrophe.

"Le Fasciste" allait l'arrêter. Nous avons passé la frontière.

Nous sommes arrivés à Paris,

sans un sou, sans rien.

Oh mon Dieu, 17 h 20 !

J'oublie toujours l'heure avec toi.

Qu'est-ce que je vais prendre !

Sois sage. Prends ta température. Tu promets ?

- À quelle heure tu reviens ? - Quoi ? Après dîner.

J'espère que tu dormiras. Allez, ciao.

- Renzino, mais tu es fou ! Tu sors de ton lit sans pantoufles.

…

- Tiens. Proust pour te distraire et Tintin pour t'instruire.

- Et ça.

- Dizzy Gillespie ? Merci ! - On est pleins aux as.

- Vous avez gagné aux courses ? - Non.

Thomas a vendu un tapis à un antiquaire.

Un tapis qu'on avait piqué au grenier. 50 sacs !

Le type nous a roulés, mais c'est normal.

- Je suis crevé. J'ai trop baisé, la nuit dernière.

- Laisse-moi rire ! Il prétend qu'il s'est fait Martine.

La fille du Dr Picot. Celle qui est…

- Je prétends rien. J'ai juste trop baisé.

- Elle baise pas, Martine. Franck a essayé tout l'hiver.

- Je discute pas avec vous, vous êtes des enfants.

Elle chante en italien.

…

Elle parle en italien.

…

- Ça y est, elle repart en Italie !

Tu vois, je me fais attraper à cause de toi.

- C'est épatant, d'être malade.

Je resterais bien au lit jusqu'à 70 ans.

- Avec toute la maison pour te servir, bien entendu.

- Non. Seulement toi et moi. Et Gusta.

Elle chante en italien.

…

Il récite du latin.

…

- C'est beau, n'est-ce pas ?

- Mais ne l'ânonnez pas, essayez de lui donner son rythme.

Vous comprenez bien le sens ? - Oui. Pourquoi ?

- Eh bien, je vous félicite.

Heidegger a écrit 200 pages pour traduire 2 lignes d'Héraclite.

- Restez assis. Comment vont les études ?

- Ça va. Sa maladie l'a mûri.

Il entrera en 1re sans difficulté.

- J'ai toujours dit que j'avais un fils prodige.

Tu vas être un génie, comme ton grand-père.

Il paraît que ça saute toujours une génération.

- Puisque c'est un génie, permettez-moi un conseil :

traitez-le en adulte.

- Je vous permets, mon père.

(De quoi je me mêle ?)

*… plusieurs ont été construits,

et j'espère que tous ceux qui ont le bonheur de gagner de l'argent…

- Il est increvable, ce type ! Quel âge a-t-il ?

- Tu joues comme un pied.

- C'est chiant, la télé. J'arrive pas à me concentrer.

- Bonsoir, poussin.

- Salut ! - Nous venons voir la merveille.

Bonsoir, Claudine.

- Bonsoir.

- Bonsoir. - Assieds-toi là.

- Bonsoir, Léonce. - Ça va ?

*- … émission publique télévisée…

- Elle marche bien ? - Oui, oui.

- Léonce refuse d'en acheter une. - Les programmes sont médiocres.

- Qu'est-ce que vous en savez ? Vous ne l'avez pas.

- Tout le monde le dit. - C'est surtout pour les enfants.

- Te voilà, toi.

Va te laver les dents. Tu ferais tomber une mouche à 15 m.

- Oh mon Dieu, la belle femme !

- D'où sors-tu, toi ?

*- À 20 h, pour nos jeunes amis, et peut-être aussi pour les grands…

Marc, voyons…

Qu'est-ce qui te prend ? - J'ai une surprise.

Une énorme surprise. Je suis admissible !

- Non ! - J'ai été reçu à l'écrit du bac !

- Ça, pour une surprise ! Tu es sûr ?

- Voilà une bonne nouvelle. Et toi, Thomas ?

- Je ne sais pas. Mon horoscope n'est pas favorable.

- Si t'es recalé, tu vas en boîte à bachot.

(-Je crois que c'est le moment.)

Oncle Léonce, que pensez-vous de ce tableau ?

- Il est magnifique.

J'aime beaucoup Corot. Il est inimitable.

- Mais il est un peu sale. Il faudrait le nettoyer.

- Laisse ce tableau.

- Vous êtes sûrs qu'il est vrai ? Je crois que c'est un faux.

- C'est une merveille, ce tableau.

Les Corot atteignent des prix…

- Justement. Un tableau vaut le prix de la toile et de la peinture.

Le reste, c'est de la spéculation capitaliste.

Ce tableau, je ne l'aime pas. À vrai dire, je le déteste !

- Marc !

- Mais ça va pas ? T'es complètement malade !

Petit malheureux !

Ils rient.

- Je sais. Mais je sais !

Je suis souvent venu ici, petit.

- Tu me l'avais jamais dit.

- Ma tante avait une propriété dans le Morvan.

Nous étions une bande de cousins

et on faisait des courses de vélo.

- Vous faisiez du vélo ? - Oui. Ça t'étonne ?

…

- Voilà la chambre.

- C'est bien.

- Ça, c'est la salle de bains.

Et voilà le salon.

- Il n'y a qu'une seule chambre ?

La lettre mentionnait une Mme Chevalier et un enfant.

Nous avons cru que…

- Ta secrétaire est vraiment folle, Charles.

- Vous êtes complets ? - Hélas oui, monsieur.

Enfin, hélas pour vous.

- Ce n'est rien. Apportez l'autre lit dans le salon.

Comme ça, je peux surveiller tes fréquentations.

- Bon, je file.

- Tu es si pressé ? - Oui, figure-toi.

Je tâcherai de venir vous voir.

- Amène-moi les garçons, hein ?

- Oui. Si ces imbéciles veulent bien venir.

Si tu me téléphones, appelle plutôt en début d'après-midi.

- D'accord, mon chéri.

- Il y a des filles pas mal, mais il faut chercher.

- Je te trouve difficile.

- Désirez-vous un digestif, madame ?

- Non, merci.

Je me demande ce qu'elles disent de toi.

Tout le monde te regarde.

- C'est pas moi qu'on regarde, c'est toi.

- Ça devrait te flatter encore plus.

Tu aimes la vie d'hôtel ? - Je n'ai pas vraiment d'expérience.

- Moi, j'adore ça. Je me sens libre.

J'ai l'impression de changer de vie.

Même si c'est une impression, c'est agréable.

Allez, viens.

- Papa dit toujours qu'il déteste l'hôtel.

- Lui alors, c'est de famille. Tu te souviens de ta grand-tante ?

Celle qui disait toujours : "L'instruction perdra la France !"

Quand elle arrivait dans un hôtel,

elle sortait sa bouteille d'alcool à brûler.

Elle désinfectait tout : le lavabo, la baignoire, le pot de chambre…

Comme elle était maladroite, ça se terminait parfois par un incendie !

Pense à mettre tes chaussures à la porte.

- Hum, hum.

…

- Pourquoi

il n'y a jamais de portemanteau ?

- Bonsoir, maman.

- Bonsoir, mon chéri.

Dors bien.

- Tu m'achèteras des chaussures ?

- D'accord. Tu t'es lavé les dents ?

- Je voulais pas te déranger. - Tu ne me déranges pas.

Allez ! Cammina.

À quelle heure débute ta cure ? - 9 h 30.

Tu peux m'aider ? Ma fermeture est encore coincée.

Je commande le petit déjeuner pour 8 h 45. Ça te va ?

- Hum, hum.

- Je dirai qu'on monte le plateau dans ta chambre.

Tu viendras me réveiller tout doucement.

- Voilà !

- Je te commande quoi ? Un café complet ?

- Du thé, un jus d'orange et des toasts.

- Du thé et quoi ?

- Un jus d'orange et des toasts.

- Il sera sûrement en boîte, leur jus d'orange.

Qu'est-ce que tu as ?

Ne fais pas cette tête-là. Tu dois t'y faire, je n'ai aucune pudeur.

Ça rend ton père malade. Il n'a jamais pu s'y habituer.

…

- C'est de la crevasse, que tu as ? 10 grammes ?

Gardez-le dans la bouche, ne l'avalez pas tout de suite.

10 grammes, vous aussi ?

- Alors, Marie-Louise ? On a soif ! - Voilà.

- Elle est très belle, ta mère.

Je vous ai vus hier soir, à l'hôtel.

- Suivant ? - Vas-y, c'est ton tour.

- Salut, la belle Fernande ! - Bonjour. Toujours le même !

Voilà.

Va te mettre à la barre.

De face, pour commencer.

Tu as peur que je t'estropie ?

Sois tranquille, j'ai l'habitude.

Comment t'appelles-tu ?

- Laurent. - C'est joli, Laurent.

J'ai un cousin Laurent.

Sur le côté.

- Quel côté ?

- Comme tu veux, on fera l'autre après.

Lève le bras. Voilà.

Tu es déjà un petit homme ! Tu as quel âge ?

- 15 ans. - "15 ans" ?

Tu vas voir, la cure va te faire du bien.

Moi, je sais pas. J'ai jamais été malade !

D'où viens-tu ? De Paris, je suis sûre.

T'as une tête de Parisien. Mets-toi de dos, mon chou.

Le temps va changer. Demain, c'est la nouvelle lune.

Avec le vent à l'ouest, on aura de la pluie.

Vous savez pas ces choses-là, les Parisiens.

Vous regardez en l'air et vous voyez que la tour Eiffel !

Voilà.

C'est fini.

Viens ici, que je te frotte. Tu ne dois pas prendre froid.

C'est mauvais pour le traitement.

Le Dr Malavel te soigne ? - Oui.

- T'as de la chance ! C'est le meilleur.

Mais il a son caractère.

Il a engueulé mon mari comme du poisson pas frais.

Tu le connais, Hubert ? Le grand dadais avec qui tu parlais.

Il me fait rire, il me dit des bêtises ! Quel lascar !

Rires.

- Aïe.

…

…

- Renzino, tu vas t'essouffler. Tu peux pas courir.

- Tu me présentes à ta mère ?

- Il fait chaud. - Hubert Bizot.

- Bonjour. Enchantée. - Vous voulez faire un simple ?

- Je ne sais pas jouer du tout.

- Aucune importance. Voulez-vous demain, à 11 h ?

- Bon, d'accord. Tant pis pour vous ! - Merci.

- Il a du culot, ce garçon !

- Je ne te conseille pas de jouer. Tu seras ridicule.

Regarde. - Qu'est-ce qui te prend ?

Tu es jaloux ? - Pas du tout.

Je veux pas qu'on se moque de toi.

Prends des leçons. - Tu as raison.

Je vais prendre des leçons avec ce jeune homme.

Il soupire.

Elle rit.

…

Laurent, écoute… Attends-moi.

- Tu sais, St-Tropez c'est surfait. C'est devenu d'un populaire…

- Tu connais St-Tropez ? - Saint quoi ?

- Nous avons une villa à La Baule. J'irai après la cure.

- J'ai eu peur pour Hubert, alors je suis venue.

Ma grand-mère est morte de rhumatismes,

mon père a des crises, et moi ça commence.

Je crois que c'est héréditaire.

- Qu'en pensez-vous, vous qui êtes femme de médecin ?

- On parle pas médecine.

- C'est drôle ! C'est toujours ainsi chez les médecins.

- Ta mère est formidable. J'aimerais être comme elle, à son âge.

- Quel âge a-t-elle ? - Elle a 85 ans.

Elle est bien conservée, elle a toutes ses dents !

- Pas du tout, Hubert.

Je trouve le pays adorable.

C'est très joli. Enfin, c'est très reposant.

Votre mère m'a dit que vous connaissiez bien l'Italie.

- Nous avons habité quelque temps à Naples. Mon père était consul.

La radio grésille.

…

- Il est sympathique, ton ami.

Il parle très bien l'italien. - "Mon ami" ?

Comme si c'était mon ami ! Il est demeuré.

Tu connais ses opinions politiques ? Il est royaliste !

Tu flirtes avec un royaliste.

- Tu te conduis comme un mari.

Pire ! Ton père ne m'a jamais fait une telle scène.

Tu es mon petit mari. Mon sale petit mari français ! Bourgeois !

Médisant ! Jaloux !

- Suivant !

C'est à vous, M. Laurent ?

Vous êtes bien pressé, ce matin.

- Ah, c'est vous !

- Je croyais qu'on se tutoyait.

- Tu fais quoi, maintenant ? - Rien de spécial.

- Tu m'attends ? - Si tu veux.

- T'as eu peur de mourir, quand t'es tombée malade ?

- Un peu. Et toi ? - Oui.

En général, je pense beaucoup à la mort.

- Tu as pas une tête à ça.

- Attendez, je vais vous montrer. - J'y arriverai jamais.

- Vous allongez le bras en arrière.

Vous avancez la jambe et vous revenez en frappant la balle.

- Ciao ! Che fai ? - Vous reculez…

- On va s'asseoir ? Il y a un banc.

- Non, continuons.

Rire.

T'as couché avec lui ? - Moi ? T'es cinglé ?

- Tu l'as embrassé ? - Même pas.

Il est beau, mais je le trouve prétentieux.

Et ta mère ? Elle en pense quoi ?

- Elle s'en fout.

Tu aimes le jazz ? - Oui.

- Je peux te faire écouter mes disques.

- Dans ta chambre ? - Oui. Ça te fait peur ?

- Moi ?

Peur de toi ? Tu t'imagines que t'es dangereux ?

Je reste pas longtemps, je te préviens.

T'as une plus jolie vue que moi. On échange ?

*- Le maillot jaune ne figure pas…

- Très sérieux, tout ça. Tu es vraiment un intellectuel.

Tu veux faire médecine ?

- Plutôt crever.

*- S'ils arrivent ensemble…

- Je déteste le Tour de France. Tu me montres tes disques ?

Arrête. Arrête !

Écoute, Laurent, tu me chatouilles.

Tu es plus jeune que moi.

- J'ai 16 ans et demi. - Menteur !

Tu vas avoir 15 ans. Je le sais,

j'ai demandé. On avait fait un pari

avec Daphné.

Je t'aime bien. J'ai envie, moi aussi.

Mais j'ai décidé d'attendre.

Je veux pas faire l'amour à droite et à gauche.

- Tu restes pure pour le mariage ?

- Tu es bête. J'attends d'être amoureuse.

Puis ça me fait peur. Pas toi ? - C'est normal, la 1re fois.

- Tu as déjà couché ?

- À moitié.

- Comment ça ? - Je peux pas t'expliquer.

Vraiment pas.

Ta mère va rentrer, j'y vais. - J'ai fermé à clé.

- Elle se doutera que je suis là, et ça m'embête.

Elle est bien, ta mère. Elle m'intimide.

- Et le jazz ? Tu venais écouter mes disques

- C'est vrai. Descends-les ce soir, on dansera.

- C'est pour écouter, pas pour danser.

- Excuse-moi !

À tout à l'heure.

*- Une 2e étape du Tour spectaculaire

et pleine de rebondissements. À vous les studios.

- Et merde !

…

- Je suis morte.

Il est gentil, ton ami Hubert. Mais tu avais raison,

il n'est pas malin-malin.

Ce n'est pas un livre pour toi, Renzino.

- Je l'ai déjà lu. Thomas me l'a prêté.

- Tu plaisantes. - Je te le raconte ?

- Non, je l'ai pas encore lu.

Quand je pense que je le cachais soigneusement.

Tout de même, il exagère, Thomas.

Ton père a décidément raison.

Je ne serai jamais mère de famille. Si tu as déjà lu Histoire d'O…

- Que veux-tu, il n'y a plus d'enfants !

Ça m'a surpris de le voir dans ta table de nuit.

- Ça t'a choqué ? - Parfaitement.

C'est un comble ! Qu'est-ce que tu en penses ?

- C'est intéressant. C'est bien écrit.

- Il faut prendre les choses dans l'ordre.

C'est-à-dire ?

- Je sais pas, moi… Commencer par le commencement,

attendre d'avoir fait ta propre expérience.

Tu as tout le temps. Je te bouscule pas.

L'amour, chacun doit l'inventer pour son propre compte.

Il peut se passer un tas de choses dans un couple.

Découvre-le toi-même, plutôt que dans un livre.

Tu ne crois pas ? C'est drôle.

Mes trois fils sont des hommes.

J'arrive pas à m'y habituer.

Surtout toi, Renzino.

Je me vois pas vieillir.

Tu crois que tu es un homme, toi ?

Tesoro…

On frappe à la porte.

- Entrez !

- Bonjour, M. Laurent.

- Bonjour. Mettez-le là-bas.

- Il fait beau, ce matin. Mais avec ce vent, je crains l'orage.

Clara chante en italien.

…

- Tu veux encore du thé ?

Laurent, ne fais pas cette tête-là.

J'aurais préféré que tu me rendes ma gifle.

Je sais pas quoi faire. Je dois demander une autre chambre.

- L'hôtel est archicomplet.

- Oui, oui.

Il y a autre chose que je voulais te dire.

J'attends une visite, aujourd'hui. Sans importance…

- J'ai compris.

Tu veux que je te laisse tranquille ?

Maman, je te trouve formidable.

- Je voulais dire que je déjeune dehors.

- Tu feras ce que tu voudras.

J'irai visiter l'église d'Autun avec les autres.

Dis-toi une chose :

quoi que tu fasses, je t'aime et je suis avec toi.

- Allez, grouillez-vous !

Hélène, qu'est-ce que tu fais ?

- Vous êtes trop, allez-y sans moi.

- On va se pousser. - Écoute, Laurent…

- J'ai plus envie. À ce soir. - Laurent !

Fais pas l'idiot ! - Quel emmerdeur.

- Il ferait n'importe quoi pour se rendre intéressant.

Chants d'oiseaux.

…

- Vous deviez être beau ! - Avant de manger !

- Vous n'avez jamais eu de cirrhose ?

- Je l'ai, la cirrhose.

- C'est pour ça, les cures à Vichy. - J'en ai fait cinq.

- Moi qui suis une femme, j'aime beaucoup le bon vin.

Un bon petit beaujolais ou un petit brouilly, c'est bon.

…

- Regarde le petit garçon, comme il est sage.

- Allez. Viens, ma chérie.

…

- Votre mère a dit que vous ne déjeuneriez pas.

- C'est possible.

Vous me donnerez…

des œufs en meurette, et ensuite du foie gras et des toasts.

- Ce n'est pas sur le menu. - Et alors ?

Bien frais, les toasts. Pas comme l'autre jour.

Vous me donnerez aussi du château-lafite 47.

- On n'a pas de demi-bouteille. - Qui parle de demi-bouteille ?

…

*- Louison Bobet a donc achevé tout le monde,

et sa victoire finale, sauf accident, ne fait plus de doute.

Louison Bobet ne devrait pas tarder à passer au sommet du col.

Je le vois dans le dernier lacet.

Il est passé sous la flamme rouge,

précédé par les motos de la gendarmerie.

Il a pourtant du mal à se frayer un chemin à travers la foule.

Plus que quelques mètres, 50 mètres, maintenant.

Le voilà. Louison Bobet, le maillot jaune,

seul en tête au sommet du col.

Top ! Louison Bobet, premier.

Le deuxième sera sûrement le jeune grimpeur espagnol

Federico Bahamontes, avec un retard de quelques secondes.

Viendront ensuite Kübler et Ockers, qui ont été décramponnés,

mais qui sont maintenant accompagnés de Louis Bergaud.

Voilà maintenant Bahamontes qui passe.

Il plonge dans la descente derrière Louison Bobet.

On ouvre la porte.

- Un amant qui n'a ni cigarettes ni allumettes…

Un amant qui n'a rien, je me demande à quoi ça sert !

- Tu n'en trouves pas ?

Téléphone au concierge.

- Chut…

Lève-toi et habille-toi. - Tu es folle ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Viens ici, d'abord.

- Lâche-moi, Jacques ! Laurent est à côté.

Il dort.

- Tu avais dit qu'il n'était pas là. - Ce gosse est imprévisible.

(Viens, dépêche-toi. Allons-nous-en.)

- Non. Là, c'est trop ! (-Tu vas le réveiller !)

- D'accord.

Partons. Je t'emmène avec moi. - Tu es fou !

(Tu sais que je n'aime pas laisser Laurent.)

Ne me demande pas ça. - Justement, je te le demande.

Une seule fois, donne-moi la preuve que je compte dans ta vie.

(-Tais-toi.)

(Allez, viens.)

Allez, viens !

…

- "Je suis obligée de partir.

"Je reviens dans 2 jours, c'est promis.

"Ne sois pas triste. Je t'expliquerai tout et peut-être tu comprendras.

"Je t'aime."

…

"Jacques, arrête. Lâche-moi, tu es fou ?

"Jacques, arrête. Lâche-moi, tu es fou ?

"Tu sais bien que je ne peux pas laisser Laurent.

"Ne me demande pas ça." "Justement, je te le demande."

"S'il te plaît."

- Laurent !

- Qui a gagné l'étape ?

- Le Tour de France, je m'en fous.

Je te croyais malade. - J'ai l'air malade ?

- T'as pas fait ta cure, ce matin. - Je dormais.

- C'est vrai que ta mère est partie ?

Il paraît qu'elle a quitté l'hôtel hier soir

avec quelqu'un qui a une 203.

- Elle est allée voir mon frère, qui s'est cassé la jambe.

- T'as suivi la Conférence de Genève ?

Ce salaud de Mendès brade l'Indochine.

Les pauvres types qui se sont fait tuer.

- Justement, ça suffit. Foutu pour foutu…

- C'est vous qui le dites.

Fallait envoyer l'aviation américaine.

- Tu dis des bêtises, même pour un fasciste.

- Je suis pas fasciste, je suis patriote.

Un pays qui perd ses colonies est un pays foutu. Regarde les Anglais.

Valse.

…

- Je m'en vais. La musique est trop dégueulasse.

- M. Laurent, vous ne pouvez pas entrer sans veste.

- Vraiment ? C'est ce qu'on va voir.

…

- Toutes lesbiennes. C'est quand même malheureux.

Et les mères qui regardent ça en souriant…

- C'est pas nouveau. - Tu crois ?

Lis Proust. C'est vrai, tu ne lis pas les écrivains juifs.

- Hubert. Viens t'asseoir ici, avec ton ami.

Vous voulez une tasse de thé ? - Merci, madame.

- Vous ne dansez pas ?

Ça vous distrairait. Vous ne vous sentez pas seul ?

- Mon pauvre petit !

- Madame, je ne suis ni pauvre, ni spécialement petit.

Et je ne suis pas à vous.

…

- Arrête, on nous regarde.

- C'est donc vrai, ce qu'on m'avait dit ? Tu es lesbienne.

J'aimerais bien savoir ce que vous faites.

Je me suis toujours demandé… - Ça suffit. Je vais te gifler.

- Ça va, ne te fâche pas. Il y a pas de mal à ça.

Je vais t'avouer un secret que personne ne connaît,

même pas mes parents : je suis une femme.

Si tu veux, on pourrait s'amuser.

C'est vrai. Tu me crois pas ? Viens chez moi, je te montrerai.

- Ce garçon est bien mal élevé. Enfin, il a toutes les excuses.

- Madame, est-il exact que votre fille soit lesbienne ?

C'est en tout cas ce que prétend mon ami Hubert.

Musique jazzy.

…

On ouvre la porte.

…

- Arrête cette affreuse musique. - C'est Gillespie.

- J'ai mal à la tête.

…

Il augmente le volume.

…

…

- Tu n'as pas bonne mine.

Je t'ai connue en meilleure forme.

Elle pleure.

…

Ne pleure pas, tu vas avoir les yeux rouges.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Raconte-moi, ça va te soulager.

C'est si grave que ça ?

- Il m'a demandé de divorcer et de partir avec lui à Paris.

- Tu as refusé ? - J'ai essayé de lui expliquer.

Alors il m'a dit que j'avais peur de tout quitter.

- Quel idiot ! Je veux dire qu'il te connaît mal.

- Peut-être que je suis lâche.

Je ne veux pas avoir à choisir.

Je veux être libre. C'est ma façon d'aimer.

- Il l'a pas compris ?

- Il voyait les choses autrement, lui.

Il faisait des projets, il organisait ma vie.

- Et nous alors ? Il est gonflé !

- "Vous" ?

Ce n'est pas son problème.

C'est un homme très jaloux, très exclusif.

J'ai eu peur d'être enfermée.

- Pourtant tu l'aimais. - Bien sûr, je l'aimais.

Il y a plusieurs façons d'aimer, tu sais.

Voilà.

Encore un malentendu.

- Il est parti ?

- Oui. Il va s'installer à Paris. - Tu ne le reverras plus ?

- Non. Je crois pas.

- Tu trouveras quelqu'un qui t'aimera comme tu es.

- Renzino, tu es une merveille.

Tu es une merveille.

Une mère et son fils ne doivent pas parler de ça.

- Pourquoi pas ? Je suis ton ami.

Ils rient.

Et alors ? - Alors…

Alors j'étais seule avec Gusta.

Je parlais à tout le monde pour apprendre le français.

J'ai connu ton père comme ça. - À Paris ?

- Bien sûr. Place Saint-Michel, il m'a abordée.

Je comprenais pas ce qu'il voulait, mais je l'ai trouvé très beau.

Il avait une barbe.

Il ressemblait à un portrait de Garibaldi jeune homme.

Qu'est-ce qu'on peut refuser à Garibaldi ?

Je me suis retrouvée enceinte. - Thomas ?

- Bien sûr. - Vous vous êtes mariés quand ?

- C'est toute une histoire, tu peux pas t'imaginer.

Ta grand-mère était furieuse !

Pour des bourgeois de Dijon,

une fille de 16 ans, étrangère

et fille d'un réfugié politique, j'avais tout pour plaire !

Toute la famille est venue me regarder "sous le nez."

"L'aventurière", m'appelait ta tante !

Je crois qu'ils étaient horrifiés par mon français.

- Et papa ?

- Il était fou de moi.

On était des tourtereaux. - J'ai du mal à le croire.

- C'est parce que tu connais pas ton père.

Il était même très jaloux, à l'époque.

Il m'en voulait presque de lui avoir cédé si facilement.

- C'était la 1re fois ?

- Bien sûr, c'était la 1re fois.

Je me demande s'il le savait.

- Pour un gynécologue !

- Vous permettez ? - Je t'en prie.

- Vous jouez à l'écarté ? - Oui.

- L'écarté américain. - C'est une espèce d'écarté.

- Tu veux une carte ? - C'est différent.

Oui, donne-moi une carte. - Une sorte d'écarté…

- Alors je monte le 2…

- Mais c'est l'as de pique. - Justement, cette carte est maudite.

- C'est vrai, j'avais oublié.

- Bon. Je prends le 9, le 6,

le 4.

- Moi, je te mets un valet sur le 2, je retourne et je passe.

- Mais c'est impossible !

- Si, regarde. Carte, en croix.

- "En croix" ? - "En croix." T'as jamais vu ?

- Jamais. - Je suis sûr, regarde ton 9.

- Regarde ce que je te fais. - Ah oui !

Valse.

…

- Mais non, écoute… Regarde les pieds, quand même.

Allez. Essayons.

1, 2, 3. 1, 2, 3.

Mon père adorait la valse. C'est triste que tu l'aies pas connu.

Il vivait pour les femmes et la politique. Les femmes, surtout.

Tu sais comment il est mort ?

En Italie pendant la guerre. C'était dangereux pour lui.

Il disait que son devoir l'appelait, qu'il allait rejoindre les partisans.

Puis il est tombé amoureux d'une Milanaise.

Il vivait chez elle. C'est comme ça qu'il s'est fait prendre.

…

Laurent sifflote.

…

Tu fais des infidélités à Hélène.

Tu ne lui fais plus la cour ? - Je l'ai jamais fait.

- Menteur !

Elle est jolie et sympathique. - Elle m'agace.

C'est une allumeuse.

- Et la brune, Daphné, elle n'est pas une allumeuse ?

Si. Mais au moins, elle n'est pas vierge.

- Qu'est-ce que tu en sais ? - Ça se voit.

- Tu vois ça au premier coup d'œil ? Tu es très fort.

Et toi qui sais tout, tu es vierge ?

- Ça te regarde pas.

Puis Hélène est lesbienne. - Qu'est-ce que tu racontes ?

- D'après Hubert, presque toutes le sont.

- Ah bon ? - Plus chaud, s'il te plaît.

Ça commence en classe, et ça continue même après leur mariage.

- Il en sait des choses, Hubert !

Avec ce que tu dis du père Henri, je découvre la vie.

Hommes pédérastes, femmes lesbiennes :

tout le monde est content.

Un peu d'eau froide, c'est bon pour les cheveux !

Cris et rires.

…

- Aïe, tu me fais mal. - Ce n'est pas ma faute.

Tes ongles sont durs comme de la corne.

- C'est un signe de virilité. - De vieillesse, tu veux dire.

- Quand même, ça doit faire drôle d'être mariée à un gynécologue.

- C'est une habitude.

- Une question que je voulais te poser depuis longtemps…

Est-ce que papa est vraiment mon père ?

- Tu parles sérieusement ? - Je parle sérieusement.

- Tu es bien le fils de ton père

et le frère de tes frères. Ça te va ?

Pourquoi tu me demandes ça ? - Je l'aime pas.

J'arrive pas à l'aimer.

Il me le rend bien, du reste.

Musique de bal.

…

- Hé, Laurent, la bouteille ! - Je te la rendrai.

- Laurent, reste avec nous.

…

- T'as vu, le bidasse, comment il danse ? C'est pas croyable.

Quelle bande de ploucs ! Pauvre France…

Quelle belle République !

- Ah ! - Tu viens danser ?

Tu permets que je boive un coup ?

Tu veux pas danser avec moi ?

C'est pas gentil.

…

Applaudissements.

…

- Et voici maintenant, mesdames et messieurs,

voici le feu d'artifice !

- Regarde, je t'amène du beau linge !

- Alors ?

…

- La belle bleue ! Regarde la belle bleue ! Ouais !

Oh !

- OH !

- Place à la danse !

En piste, les amoureux !

- Allez, les amoureux, en piste !

- Vous dansez avec moi ? - Je suis prise.

- Monsieur attendra bien la prochaine danse.

- Tu veux ma main sur la gueule ?

- Je vous permets pas de me tutoyer.

Je vous corrigerais, mais je ne me bats pas contre n'importe qui.

- Tu vas pas t'en tirer en parlant comme ça.

Brouhaha.

- Communiste !

- Oh, doucement, doucement !

Un peu de calme, s'il vous plaît !

On arrête. Ça va.

- Allez, retourne à ta place.

Allez ! - Arrêtez un peu !

- Insulter la population laborieuse la veille du 14 Juillet,

c'est de la provocation ! - Je vais l'écraser.

- Et toi, viens danser.

- Aïe !

- T'as fini ? - Je te ramène ton client.

- Il se croit tout permis, cet enfoiré.

- Il est bête, mais pas méchant. - C'est un fils à papa.

Ça se voit tout de suite.

Ça me fait plaisir de danser avec vous.

- Merci.

- Je suis certain que vous dansez bien.

Il est entraînant, cet orchestre. - Oui, pas mal.

- Hubert est idiot, mais ta mère exagère un peu.

- Ah bon ? - Tu devrais la surveiller.

Musique de bal.

…

- Pardon.

- Bois un coup, ça donne soif de danser.

Bois ça, ça va te redonner des forces.

Dis donc, qu'est-ce que je tiens !

- Vous habitez où ? - À l'Hôtel des Bains.

- On pourrait se voir demain après-midi.

Je travaille pas, demain après-midi.

- T'es italienne, toi ? - Quoi ?

- T'es italienne ? - Oui.

- Je savais bien. - Moi, je suis breton.

- Breton, italienne. Et toi ?

- Moi, je suis de Paris ! - Il est de Paris !

- Parisien, tête de chien !

- Venez vous promener avec moi dans le parc.

J'ai quelque chose d'important à vous montrer.

C'est quelque chose de joli.

- Je vais me coucher ! - Oh…

- Vous dérangez pas. - Elle m'a mouillé !

- Elle m'a mouillé ! - Bourgeoises, toutes des garces.

- Elle m'a mouillé. - Toutes des garces.

…

- Laurent. Tu viens, on rentre.

Bonsoir, à demain.

…

- Vive l'empereur ! - Oh, écoute !

C'est incroyable.

La clé.

Oh non. Éteins, je t'en prie.

La tête me tourne !

C'est une belle invention des Français, le 14 Juillet.

Il faut le fêter plus souvent.

- On recommence demain, si tu veux.

- Ah non, pas tous les soirs.

Je suis morte.

J'ai pas la force de me déshabiller.

- Je vais t'aider.

…

Bonsoir, maman.

- Bonsoir, Renzino.

…

Je ne veux pas que tu sois comme ça.

Je ne veux pas que tu sois malheureux

et que tu aies honte

et même que tu regrettes.

Nous nous en souviendrons comme d'un moment très beau,

très grave…

qui ne se reproduira jamais plus.

- Et maintenant ? Qu'est-ce qui va se passer ?

- Rien.

Nous n'en parlerons pas. Ce sera un secret entre nous.

Quand j'y repenserai, ce sera sans remords.

Avec tendresse. Tu comprends ?

Tu vas me promettre d'en faire autant.

…

Il frappe.

…

- C'est toi, Laurent ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

Tu sais l'heure qu'il est ?

Mais tu es fou !

Sors ou je réveille tout l'hôtel.

Faut te faire soigner ! - C'est bon, j'ai compris.

Daphné habite où ? - Au 27.

Tu vas pas y aller ?

- Daphné !

Daphné !

Daphné !

On frappe à la porte.

Daphné, ouvre-moi !

Tu sais l'heure qu'il est ? Presque 10 h !

- Je vous retrouve en bas. - Nous partons dans 5 min !

- Oui, maman. - Dépêche-toi, s'il te plaît !

- Réveille-toi !

Habille-toi. Sors sans qu'on te voie.

Tu peux y aller.

Dépêche-toi !

- Dépêchons-nous, ils nous attendent.

C'est le petit Chevalier.

Rires.

On ouvre une porte.

- Tu découches ?

Qu'est-ce que ça veut dire ?

Tu vas nous expliquer ça.

Et tu te promènes pieds nus ?

Rires.

…

Sous-titrage : Éclair Group

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.