All language subtitles for Die Invasion der Barbaren (2003)_fr

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Original subtitles

- Bonjour, maman. - Bonjour, mon grand.

J'ai des mauvaises nouvelles.

Ton père, à l'hôpital, ça s'améliore pas. Ça s'améliore pas du tout.

Il faudrait que tu puisses venir.

- C'est lui qui t'a demandé ça ?

- Il l'a pas mentionné ouvertement.

- Maman, je l'ai vu 15 minutes l'été dernier. Tu le sais très bien. T'étais là.

On n'avait absolument rien à se dire, comme d'habitude.

- Sébastien, il faut s'occuper de son appartement, de son compte en banque,

de ses assurances, de l'université. Ta sœur est en Australie,

je suis toute seule. C'est trop pour moi, il faut que tu viennes.

- Je vais voir si Gaëlle peut se libérer.

De la collection Robert,

Sommeil blanc, de Susan Scott.

Nous ouvrons les enchères à 4 000 livres.

Monsieur au fond, 4 500.

4 500.

- 5 000. Monsieur.

- 5 000.

- Bonjour, mon amour.

Ça s'aggrave ?

- Oui, il faut que j'aille à Montréal.

Au téléphone, 6 000 livres. - Je vais prévenir Mr. White.

Madame, 6 500.

- 6 500 livres.

- C'est pas obligatoire que tu viennes. - Je t'ai déjà prévenu,

tu ne pourras plus jamais te débarrasser de moi.

- Est-ce que je m'en plains ? - T'as pas intérêt.

7 000.

- Là, là, c'est vrai, c'est l'ultimatum,

je vous laisse 5 secondes pour aller les chercher. C'est la partie aérobique

qui commence, alors bougez avec nous. On commence avec un jogging sur place.

Juste ici. Droite, pied gauche…

- Parce que moi, je t'ai aimé.

Tu pourras jamais comprendre ça, toi.

Nous autres, les femmes, on n'a pas peur d'aimer.

On s'engage. On passe pas notre vie à mentir puis à fuir nos responsabilités.

Hé, je t'ai attendu 4 ans de ma vie, moi.

Quatre ans, à perdre mon temps !

C'était les plus belles années de ma vie !

Tu t'en chercheras, une femme comme moi.

- Fais attention, là. Il est très malade.

- Je m'en fiche ! Hé, on parle de ma vie, là !

Qu'est-ce qui m'est resté, moi, après tout ça ? Rien !

Si au moins tu m'avais fait jouir…

Parce que j'ai des petites nouvelles pour toi, mon chéri.

T'es vraiment pas équipé pour faire jouir personne.

Je veux pas faire de mal à ton ego, mais j'ai déjà vu mieux.

Hé, j'aurais pu gagner un Oscar d'interprétation dans ton lit, moi.

Mais toi, t'as jamais douté de ça, hein ? Mais non.

Jamais. Jamais, jamais, jamais, jamais !

- Ayoye ! - Oh, non, non !

Sers-toi pas de la maladie comme excuse, c'est trop facile.

Hé, me tromper pendant 4 ans

avec Sylviane Dupuis, Ginette Mongrain,

Mireille Tétrault…

Elle pèse une tonne, Mireille Tétrault !

- Ginette Mongrain ? - Oui, Ginette Mongrain !

Tu te souviens même pas de tes propres maîtresses.

T'en as eu trop ?

- Ginette Mongrain…

- Ginette Mongrain. La grande échalote de chez Olivieri.

- J'ai jamais couché avec elle.

- C'est elle-même qui me l'a dit. Aie le courage de t'assumer !

- Elle t'a raconté ça ? - Parfaitement.

- Je te jure, je m'en souviens pas.

- Ça va être fait ! - Enfin ! On a faim !

- Oui, bien, c'est ça que je lui ai dit !

- Envoye, envoye ! Donne du lousse !

- Attention, là !

- C'est quand la dernière fois

qu'ils ont changé vos draps ?

- Une semaine ! - Une semaine ?

- Non, je voulais pas qu'ils m'endorment.

- Le corps du Christ. - Amen.

- Bonne journée.

Un 3e consécutif pour l'équipe.

- Le corps du Christ. - No, thank you. No.

- La communion, c'est moi, ça ! - Le corps du Christ.

- Amen. - Non. Au retour, peut-être ?

Et voilà ! La réplique ! Et de 8, dans son cas !

- Comment ça va, M. Desmarais, aujourd'hui ?

- Je sais pas comment il va, M. Desmarais,

parce que je suis pas M. Desmarais !

- Excusez-moi, je suis désolée ! Ils ont tellement d'ennuis avec les ordinateurs.

- Hum-hum. - Je suis Constance Lazure.

- Ma femme Louise.

- C'est pas trop dur d'avoir son mari à l'hôpital ?

- Ça fait 15 ans que je l'ai mis dehors de la maison.

Alors qu'il soit ici ou dans son appartement

en train de sauter des étudiantes, ça change pas grand-chose à ma vie.

- Tu vas pas recommencer ça, Louise ? Tu sais très bien que ça fait des années

que je n'ai pas sauté, comme tu dis, une étudiante !

- Ah, oui ? Raphaëlle Metellus, c'était pas une étudiante peut-être ?

- Raphaëlle Metellus a jamais été dans ma classe, Louise.

Elle était avec Dominique et avec Pierre !

- Toi, c'était les cours privés, j'imagine. "Mettez-vous à genoux, mademoiselle,

et ouvrez bien grand. Surtout que je sente pas vos dents !"

- Bon bien, moi, je pense que je vais continuer mes visites.

Je vous souhaite une bonne journée. - C'est ça. Bonne journée, ma sœur.

- Bonne journée. J'ai téléphoné à Sébastien pour le prévenir.

- Ah oui ? - Il va venir.

- Ah bon ! - T'es pas content ?

- Bien, parfait ! Il va pouvoir me montrer ses derniers jeux vidéo !

- C'est de son âge ! - Je comprends qu'il soit encore jeune,

mais tu penses pas qu'il aurait pu prendre le temps de lire un livre,

une fois dans sa vie ? Juste un ! N'importe lequel ! Hein ?

Je suis trop exigeant, c'est ça ?

- Il a peut-être jamais lu de livres, mais ça l'empêche pas

de gagner en un mois ce que toi, t'arrives à peine à faire en un an !

- C'est vraiment très gentil, mon vieux. - C'est rien, il y avait de la place.

D'ailleurs, celui-là refait Belfast-Berlin lundi, si jamais tu veux retourner.

- J'ai l'impression que ça va être plus long que ça.

- C'est au British Museum ?

- Non, c'est dans la National Gallery, tu vois ? Au sous-sol.

- C'est le musée du Trafalgar Square ? - Oui, c'est ça, exactement.

- Mon grand garçon !

T'as fait un beau voyage ?

Mon Dieu, tu dois être tellement fatigué !

Il est quelle heure là pour toi, 2 h du matin ? Bonsoir, Gaëlle. Vous allez bien ?

- Très bien. Merci, madame.

- Bonsoir, monsieur.

- Jeune homme.

- Tu te souviens de Gaëlle ?

- Gaëlle est inoubliable.

- Bonsoir, monsieur.

- Ça va ?

Il y avait pas d'autre chambre disponible ?

- Il paraît que je suis chanceux de pas être dans le corridor.

- J'ai tout essayé, j'arrive jamais à parler à personne.

Bonsoir, Thor. Tu n'es pas à Stavenger ?

À Houston !

Je suis au Canada.

- Qu'est-ce qui se passe, là ?

Sont en train d'arranger les fils, là, je suppose.

- Bien voyons, verrat !

Hé, hé, hé !

- Il doit bien y avoir des chambres privées quelque part ?

- Ça fait 40 ans que les chambres privées ont été abolies.

- Comment ça, abolies ?

- Pardon, pardon, ma télé ne fonctionne plus, là.

- Ça arrive, monsieur, j'y peux rien. - Ouin, peut-être, mais là,

c'est le téléjournal dans deux minutes ; après, c'est Le Grand Blond.

- Les télés, c'est une compagnie privée, monsieur. Téléphonez demain matin.

- Hein ? Mais comment, demain matin ? Qu'est-ce que je vais faire à soir ?

- Je le sais pas, monsieur, ce que vous allez faire !

- Do you have a clamp ?

- Il y en a pas là, des clamps. Regarde…

- Vous, les télés, connaissez-vous ça ? - Non.

Y a autre chose que je veux vous demander—

- Hé, ça fait 12 heures que je travaille, puis en 12 heures,

j'ai pas eu 5 minutes à moi. On devrait être trois ici, je suis toute seule.

Tes problèmes de chambre privée, parles-en à quelqu'un d'autre !

- Madame ! Madame ?

- Est-ce que je peux avoir accès au dossier médical de mon père ?

- Plus tard, j'ai pas le temps, là. Plus tard.

- J'ai réussi à trouver son dossier. Je monte à la chambre, je te le scanne.

- Je pourrai pas le regarder tout de suite,

parce qu'en ce moment, là, mon vieux, je suis…

à un bal.

Oui, mon ami ! Le bal annuel du Musée des Beaux-Arts de Baltimore.

Pire que ça, je sens qu'Allison va me forcer à danser.

Je regarde ça demain à la première heure. Je te rappelle, OK ?

Bonjour, John.

Quel temps fait-il à Singapour ?

Comme d'habitude.

Je veux des infos pour une opération norvégienne.

Cal 3 et 4, swaps et options sur le Brent.

Donne-moi une option de vente sur le baril à 20 $.

Disons 5 000 barils par jour.

- C'est un problème de câble.

Vous avez pas de signal sur votre câble, monsieur.

- Ah, bon bien, réparez le câble !

- On peut pas toucher au câble, monsieur. - Comment ça ?

- Nous autres, c'est les télés, juste les télés.

Le câble, c'est Vidéotron. Il faut leur téléphoner.

- Oui, mais ils viendront jamais. Ils sont quasiment en faillite !

- Bien plaignez-vous. - À qui ?

- Je le sais pas. À la Caisse de dépôt.

- La Caisse de dépôt ? Où ça ?

J'ai pas le temps d'aller à la caisse, moi, monsieur !

Hé, j'ai une vie à vivre, moi, monsieur.

La télévision, c'est un droit acquis, ça.

- Je t'ai tellement aimé.

Je comprends pas, Rémy.

Je comprends pas que t'aies eu peur de t'engager.

Ah, mais tu sais, je te reproche rien.

Les responsabilités t'ont toujours fait peur.

T'étais comme ça. Moi, j'ai jamais voulu te changer.

C'est long, tu sais, trois ans à attendre.

Les plus belles années.

- Écoute, ce que je vois est pas très encourageant.

Non.

Mais pour être plus sûr, il me faudrait un TEP-scan. Scanner à positron :

Positron emission tomography.

Essaie de voir s'ils en ont un à Montréal. Faudrait qu'ils m'envoient ça

par câble ou par satellite ; c'est pas très compliqué.

- Ce qui me rend le plus triste, c'est que…

sur le plan physique, moi,

je suis toujours restée… Comment dire ?

Insatisfaite.

Oh, je ne dis pas ça pour te culpabiliser, pas du tout.

- En français, ça serait à peu près : "Tomographie par émission de positrons".

- Il y en a un à Sherbrooke, mais il y a des listes d'attente

de 6-8 mois, des fois 1 an. Vaut mieux pas y penser.

Vous allez pas à Burlington avec lui, aujourd'hui ?

- Oui. - Là, il y en a un,

mais c'est très cher, hein ? Au moins 2 000 $ US.

Faut payer cash ou avec une carte de crédit.

- L'argent, c'est pas un problème. - Vous êtes chanceux.

- Oui…

- T'as jamais été à l'écoute de mon corps.

Mais encore une fois, je te blâme pas. Je veux simplement—

- Tu vas devoir m'excuser, parce que là, faut que je m'habille.

- Je t'en supplie, sauve-toi pas encore—

- Y a une ambulance qui vient me chercher dans 10 minutes

pour m'amener à Burlington, aux États-Unis.

- Rémy, c'est trop facile comme excuse ! - C'est pour ma radiothérapie !

Il me reste deux séances : je dois aller là-bas,

parce qu'ici les machines sont trop vieilles !

- Cherche pas d'échappatoires, ça fait trop mal ! Ah !

- Je te présente mon fils, Sébastien, qui va venir avec moi.

C'est une femme que j'ai connue…

autrefois.

- J'avais pas le courage de venir toute seule.

- Vous n'êtes jamais venue, ici ? - Jamais.

- Vous vous voyez quand même régulièrement, non ?

- Toujours en terrain neutre.

Au restaurant, généralement.

- Il allait chez vous, lui ?

- À l'occasion.

- Mais vous, jamais ici.

- Non. Euh… Je savais que c'était ici

qu'il amenait ses copines, ses maîtresses.

Avec un peu de chance, on va trouver des petites culottes !

Je suis très contente que Sébastien fasse le voyage avec lui aujourd'hui.

C'est très important qu'ils puissent se parler, ces deux-là.

À 2,10 $ le baril, ça donne un point mort de 17,90 $

sur le baril et 21,70 $ sur le combo.

Je t'envoie un mail.

Ça te va ? Au revoir.

- Ça fait 15 ans maintenant que Rémy est parti.

À cette époque-là, moi, j'étais absolument sûre

de me retrouver un homme assez rapidement.

Je me donnais un an, deux maximum. J'étais encore jeune.

Je me trouvais assez mignonne.

Eh bien, j'ai jamais retrouvé personne.

Oh, il est venu des hommes dans mon lit, ça, c'est pas si difficile à trouver,

mais… ils étaient déjà mariés ou ils avaient des problèmes.

Ou ils étaient tout simplement sales.

Il y a beaucoup d'hommes qui se lavent pas, vous savez.

- Oh oui, je sais.

Bienvenue en Amérique !

- Dieu soit loué. - Hallelujah.

- Tu connais le proverbe :

Noël au scanner, Pâques au cimetière.

- Allô ?

- J'ai reçu le scan.

C'est pas bon, mon vieux. C'est pas bon du tout.

Vraiment ?

- Évidemment, on n'est jamais sûrs, mais dans un cas comme ça,

la marge d'erreur est…

Y a pratiquement pas de marge d'erreur.

- OK.

- Est-ce qu'il a commencé à souffrir beaucoup ?

Je l'ignore. Peut-être.

- Le mieux, ce serait que tu me l'emmènes ici.

On va pas faire de miracles,

mais il serait super confortable. Je te jure qu'il souffrira pas.

On est vraiment bons pour ça.

Je vais y réfléchir. Je te rappelle.

- Je suis désolé, mon vieux. - OK.

Merci.

- C'est quand même pas à l'autre bout du monde, Baltimore.

Sept heures de route, une heure d'avion. T'es à côté.

- Je ne vais pas m'exiler aux États-Unis. Ce n'est pas vrai !

- Ça t'intéresserait pas d'avoir une chambre à toi,

avec des fauteuils pour tes visiteurs, une salle de bains, des CD ?

- Quels CD ?

- Pour écouter de la musique quand t'en aurais envie !

Dans les pays civilisés, ils ont ça ! Ils ont l'air climatisé, aussi !

- Tu sais combien ça coûte, ces chambres-là ?

- Rien, ça coûte rien. Je m'en occupe. - Et je connais pas un chat, là-bas !

- On y va tous les quatre. On part demain !

- Non, on ne part pas ! Je ne vais pas aux États-Unis !

J'ai pas envie de mourir assassiné par des Mahométans enragés !

- Il est fou.

- À l'époque, j'ai voté pour la nationalisation des hôpitaux.

Je suis capable d'assumer les conséquences de mes actes.

- Y a juste les idiots qui changent pas d'opinion !

- Je veux être entouré de mes amis !

- Ils sont où, tes amis ? J'en vois pas d'amis ici !

- Dominique est en voyage, mais Pierre—

- En attendant, y a personne ! À part la folle qui t'a fait une scène ce matin,

c'est d'elle que tu vas t'ennuyer ? - Quelle folle ?

- Ça n'a aucun rapport ! - Les sanglots, les yeux au ciel !

"Mon Rémy, mon Rémy !" - Voyons, qui ça ?

- Marlène Dupire. - T'as pas couché avec Marlène Dupire ?

C'est une folle finie, tout le monde sait ça !

- C'est pour des histoires comme ça que t'as détruit ta famille.

Des histoires misérables, lamentables.

- J'ai rien détruit du tout !

- T'as ruiné sa vie, à elle. T'as ruiné mon enfance,

mon adolescence, puis celle de Sylvaine…

- C'est de ma faute si ma fille est une ratée ?

- Sylvaine, elle aime la mer. Elle est convoyeuse de voiliers.

Elle est extrêmement compétente !

Je trouve ça pas mal moins raté que de moisir dans une université minable

d'une province de ti-counes ! - Écoute-moi bien, mon petit garçon,

t'es peut-être millionnaire, mais tu sais absolument rien !

- Une chose que je sais, ma vie va pas ressembler à la tienne !

Parce que si je suis ici, c'est pas à cause de toi, c'est à cause d'elle !

C'est elle qui m'a élevé, c'est pas toi !

C'est pour elle que je suis là, pas pour toi !

- Dérange-toi donc pas ! Hein ?

T'as pas un avion à prendre, pour Hong Kong ?

Vas-y donc ! J'ai pas besoin de toi une seconde, mon vieux ! Tu m'emmerdes !

- Va donc chier, câlisse ! - Tu m'emmerdes !

- Tabarnak !

- Nous, on va rentrer à Londres. - Tu vas pas me faire ça !

- Je lui trouve une chambre dans le meilleur hôpital du monde, il refuse.

Tu l'as entendu : ça va toujours être comme ça.

- Vous avez l'intention d'avoir des enfants, vous deux ?

- Bien sûr.

- Tant qu'on n'a pas eu d'enfants, on comprend jamais à quel point

nos parents nous ont aimés.

Ton père a changé tes couches presque aussi souvent que moi.

De la maternelle jusqu'à l'université,

il a téléphoné à tes professeurs à chaque mois ; tu l'as jamais su, ça.

Il voulait tellement que tu réussisses.

Quand t'as fait ta méningite à trois ans, il t'a tenu,

il t'a bercé dans ses bras pendant 48 heures,

sans jamais te laisser, sans jamais dormir,

pour pas que la mort puisse s'approcher.

Tu peux pas t'en rappeler, de ça.

- Tu veux que je fasse quoi ?

- Trouve ses amis.

Trouve-lui une chambre confortable.

- Tu peux faire ça facilement.

- Non, changer d'hôpital, oublie ça.

D'abord, c'est interdit par le ministère. De toute façon, ailleurs,

il passera pas l'urgence : ils vont le parquer dans un corridor.

- L'étage en dessous, ici, il est complètement vide ?

- Oui, ça fait deux ans. - On pourrait pas l'installer là ?

- Un chausson aux pommes avec ça peut-être ?

Tu peux essayer. Faut que tu voies Mme Pelletier à l'administration.

Bonne chance. - Merci.

- Il a pas eu son congé ? Je peux pas m'en occuper !

- Je vais vous l'expliquer une autre fois…

- Bon, je vous laisse. Est-ce que vous savez que vous êtes chanceux

d'avoir un fils qui s'occupe de vous comme ça ?

- Vous croyez ça, vous ? - Regardez autour de vous !

En voyez-vous beaucoup, des enfants au chevet de leurs parents ?

Moi, je travaille ici tous les jours, puis j'en vois pas souvent !

Puis quand ils viennent, ils restent pas longtemps !

- Moi, les miens, je les vois jamais, monsieur !

- Vous avez eu un père, vous ? - Bien !

- Il a déjà été hospitalisé ? - À la fin, oui.

- Vous étiez là souvent ? - Il était à Chicoutimi,

moi, j'enseignais à Montréal, puis c'était l'hiver, alors…

- Vous, vous venez d'Angleterre ? Londres, Chicoutimi, pour vous,

c'est un peu la même distance ? La maladie vous a rendu confus ?

- Quand ça sera fini, t'appuies sur end. End, ça veut dire qu'on s'arrête.

Un peu compliqué à comprendre, là, mais avec de la concentration,

tu devrais pouvoir y arriver.

- Salut, papa ! Tu vois,

c'est l'océan Pacifique.

On a quitté l'Australie avant-hier,

puis on est en route vers la Nouvelle-Calédonie.

Après, bien, ça va être l'île de Pâques, puis finalement, Valparaiso.

Je t'envoie plein d'air du large.

Paraît que c'est ce qu'il y a de mieux pour la santé.

Bon bien, il faut que je m'arrête ici,

parce que je passe par un satellite, maintenant, puis c'est… très cher !

Je t'embrasse fort, fort, fort, fort.

À bientôt !

Salut, papa ! Tu vois, c'est l'océan Pac—

Tu vas à Stavenger ce soir ?

Tu pourrais protéger 2 000 par jour

au cas où ça chute.

Si tu nous laisses une commande à 24,50 $,

on l'exécutera avant la fermeture.

- Votre badge ? - Ne quitte pas.

- Votre badge de sécurité ? - Je viens voir Mme Pelletier.

Je suis avec la Lloyd's de Londres.

- Ils vous en ont pas donné, une badge, en bas ?

- Non. - Là, c'est l'administration, ici !

Ça y est. Si le marché remonte, il restera 8 000 à faire.

S'il tombe, on limite les pertes.

- C'est le dernier bureau, là, à droite.

Mais la prochaine fois, faudrait avoir une badge, par exemple.

Je vais dire à Londres qu'on a un ordre à révocation.

John te le confirmera.

- Bonjour.

- Bonjour. - Pauline Joncas-Pelletier.

Asseyez-vous, je vous en prie.

Alors, mon assistante me dit que vous représentez la Lloyd's de Londres ?

- Pas du tout. Je lui ai dit ça pour pouvoir vous rencontrer.

Mon père est hospitalisé ici au 3e étage.

Je voudrais le déménager à l'étage inférieur, celui qui est vide,

puis lui faire aménager quelque chose de confortable.

- C'est formidable !

C'est une démarche qui s'inscrit tout à fait dans le contexte

de nos programmes de sensibilisation des intervenants familiaux.

Mais malheureusement, les mises en disponibilité de nos infrastructures

ont été ciblées en fonction des directives du ministère,

dans le cadre du virage ambulatoire.

Alors c'est absolument impossible de prioriser des éléments

de solution au niveau du bénéficiaire individuel, hum ?

Mais je suis sûre que mon personnel d'accueil—

- Je vous ai préparé un dossier ici que je voudrais vous confier.

- Écoutez, il faut que vous compreniez que nos allocations de ressources

sont axées sur un mode de dispensation des soins,

géré en fonction des paramètres de dépistages identifiés

par la table de concertation de la région administrative 0-2.

Hum ?

Écoutez, c'est ridicule, là.

On n'est quand même pas dans le Tiers-Monde.

- Je vous laisse le dossier jusqu'à demain.

- Même si l'administration fermait les yeux,

il y a tout le maillage syndical qu'il faudrait actualiser,

et ça, ça, c'est une problématique !

- Je m'occupe des syndicats. Ce dossier-là, normalement,

pourrait être réajusté sur une base, disons, hebdomadaire.

Je reviens vous voir demain. Merci beaucoup.

C'est l'étage qui est complètement vide. J'ai trouvé une espèce de petit local

où on pourrait faire quelque chose d'intéressant.

Ça va prendre cinq minutes, je veux simplement vous montrer l'endroit.

- Je reviens dans cinq minutes.

Sécurité, salle d'attente.

- Excuse. Vous pouvez prendre l'autre.

- Voilà. Alors, ce que je veux faire aménager,

c'est une chambre sur cet étage-ci. Je vais vous indiquer ; c'est juste au bout.

- Hé, regarde : il y a rien qui va se faire ici sans syndicat, OK ?

Ça va commencer avec le syndicat, puis ça va finir avec le syndicat.

Il me semble que c'est clair, ça.

- Pourquoi vous pensez que je commence par vous ?

Ici, il faudrait repeindre, laver le plancher,

nettoyer.

- Hé, regarde, excuse, là : en ce moment, tu t'en rends peut-être pas compte,

mais t'es en train de me parler de temps supplémentaire, toi, là.

Puis moi, mes gars, on n'a pas— - Payé cash.

- Cash ? - Cash.

Un peintre. - Deux.

- Six heures.

- Huit. - À combien ?

- Quarante. - Trente-cinq.

Je veux un lit, des rideaux, des meubles, des fauteuils dans la salle d'en face.

- Hé, regarde, là : ça, c'est pas nous autres, OK ?

- Vous engagez des gens, vous les payez, vous faites la supervision.

Vous me chargez des frais raisonnables d'administration…

- Raisonnables ? - Pas au-dessus de 25 %.

Je vous remets 2 500 pour aujourd'hui.

On ajustera nos comptes à tous les 2 jours.

- Hum ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Mon laptop, il est où ? - Ton quoi ?

- Mon ordinateur ! - Je l'ai mis par terre, là.

- Il est pas là ! - Comment ça il est pas là ?

- Il y a rien par terre !

- Regarde, je t'ai dit que je l'ai mis par terre.

Je l'ai pas mis dans le placard ! Je suis pas fou.

- Oui, mais il est pas là ! - Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?

Quelqu'un a dû le prendre ! - Qui ?

- Je sais pas ! - On dirait que tu te rends pas compte.

Les 50 emails qui sont rentrés du bureau depuis hier soir,

je vais les retrouver comment ? Toute la structure de mon deal avec la Norvège,

j'avais pas de back-up là-dessus, moi. J'étais en train de le faire !

Sais-tu ce que je fais dans la vie ? - Non, je le sais pas !

- Tu devrais le savoir ! - Je le saurais si tu m'avais expliqué !

- Je te l'aurais expliqué si tu m'avais déjà écouté !

Il y a eu quoi, 3 000 morts, à peu près ?

Historiquement, c'est relativement insignifiant.

Simplement, pour prendre un exemple américain,

il est mort 50 000 personnes à la bataille de Gettysburg.

Par contre, ce qui est significatif,

comme diraient mes vieux professeurs de l'université,

c'est que le cœur de l'empire a été touché, hein ?

Disons, dans les conflits précédents, la Corée, le Viêtnam,

la guerre du Golfe, l'empire avait toujours réussi à garder les…

les barbares, hein, au-delà de ses marches, de ses frontières.

Dans ce sens-là,

on se souviendra peut-être, je dis bien peut-être,

de septembre 2001 comme du…

comme du début des grandes invasions barbares.

Alain Lussier, merci. - Je vous en prie.

- Ahem ! Excusez-moi.

Je viens de me faire voler un ordinateur. - Ah oui ?

Remplissez le formulaire, ici, là…

- C'est quoi, cette formule-là ?

- Ah, c'est pour la police. Regardez, j'ai déjà tout ça depuis lundi dernier.

- Puis les policiers viennent jamais ici ?

- Euh… non. Quand il y a des agressions, ils viennent.

Comme la semaine dernière, on a eu un viol,

dans l'ancienne buanderie. Bien là, là, ils sont venus.

Autrement, ils passeraient leur temps ici.

Pas difficile de voler des malades !

Ils ont les yeux fermés la moitié du temps !

Puis…

les employés sont protégés par le syndicat.

Pas grand-chose qu'on peut faire.

- Ronald ?

Excusez-moi.

- Qu'est-ce que je peux faire pour toi, mon ami ?

- J'ai perdu un ordinateur. Je l'ai laissé quelque part, je le sais pas.

Peut-être dans la chambre de mon père.

Je vous demande ça à tout hasard, au cas où quelqu'un trouverait…

un ordinateur portatif. - Regarde, on peut s'informer, là, mais…

je te garantis vraiment rien.

- Juste au cas. - C'est ça. Au cas, on va vérifier.

- Merci. Bien gentil. - Fait plaisir.

- Pronto.

Si, lui-même.

Oui, oui, je me souviens très bien, Sébastien.

Comment vas-tu, Sébastien ?

Oh oui, ça fait longtemps.

- Il est très gravement malade.

Et puis il est complètement seul.

À part ma mère, il y a personne autour de lui.

- Bien, je savais qu'il devait entrer à l'hôpital,

mais j'étais pas au courant que…

Ah, bien moi, je descends très, très rarement à Montréal, alors…

Mais il est où, là, maintenant ? Est-ce qu'il est encore hospitalisé ?

- J'ai besoin de toi maintenant, là !

- Mais là, c'est la rentrée scolaire, on n'a pas trouvé de garderie.

Les enfants ont la grippe.

La vie qui passe ; c'est toujours la même chose.

- Oui, oui.

Oui. Je vais essayer de me trouver un avion.

OK. OK.

- Vous dites ça parce qu'on vit dans une époque horrible !

- Ah ! Pas spécialement horrible ; non, non, pas du tout.

Contrairement à ce que les gens pensent,

le XXe siècle a pas été particulièrement sanguinaire.

Les guerres ont fait 100 millions de morts ;

ça, c'est un chiffre généralement admis.

Ajoutez 10 millions pour le goulag russe.

Les camps chinois, on saura probablement jamais, mais disons 20 millions.

Bien, ça nous fait 130-135 millions de morts. C'est pas très impressionnant.

Si on pense qu'au XVIe siècle, les Espagnols et les Portugais ont réussi,

sans chambres à gaz ni bombes,

à faire disparaître 150 millions d'Indiens d'Amérique latine.

C'est du travail, ça, ma sœur, 150 millions de personnes.

À la hache !

Vous me direz qu'ils avaient l'appui de votre Église, mais…

c'est quand même du beau travail, hum ?

À tel point d'ailleurs qu'en Amérique du Nord,

les Hollandais, les Anglais, les Français et éventuellement les Américains

se sont sentis inspirés, et ils en ont égorgé 50 millions à leur tour :

200 millions de morts au total.

Le plus grand massacre de l'histoire de l'humanité,

ça s'est passé ici, là, autour de nous.

Et pas le moindre petit musée de l'holocauste.

L'histoire de l'humanité, ma sœur, c'est une histoire d'horreur.

- Je le sais qu'il y a eu un programme expérimental

d'utilisation d'héroïne il y a quelques années ;

essaie de voir si ça existe encore.

C'est 5 à 8 fois plus efficace que la morphine.

À la fin, ça fait une différence énorme.

- OK, merci.

- Essaie de te reposer.

- D'accord. Bonne nuit.

- Ils vous ont déménagé quand ? - Ce matin.

- C'est formidable, quand même. - Vous savez que c'est pas terminé.

Sébastien m'a dit qu'il faisait installer un coin-cuisine.

- Il est fou !

- Plains-toi donc, t'aurais l'air intelligent !

- Bonjour, ma sœur ! - Bonjour, ma sœur.

- Eh bien, dites donc ! Vous êtes un ami du Premier ministre

ou vous allez jouer pour les Canadiens de Montréal ?

- Il a un fils qui s'occupe de lui. - Je sais.

Et il est trop bête pour lui dire seulement merci.

- Oh, oh, comprenez-moi bien, ma sœur :

mon fils est un capitaliste ambitieux et puritain ;

moi qui, toute ma vie, ai été un socialiste voluptueux.

- Voluptueux est un terme nettement insuffisant, ma sœur !

- Libidineux. - Débauché !

- Bestial. - Lascif !

- Pervers. - Ha ! Ha !

- Comment ça va, mon gros concupiscent ?

- Mieux ! Ha ! Ha ! Ha !

- Laisse-moi t'embrasser, vipère lubrique !

- T'es rentrée quand, toi ? - Hier.

- Et l'Alaska ? - Belle et froide, comme moi !

- Oh ! Vous voyez, ma sœur ? Mon exquise belle-fille,

mon héroïque femme et les deux plus charmantes de mes maîtresses.

Je peux mourir en paix.

- Et vous allez brûler dans les flammes de l'enfer !

- Et je ne serai pas seul !

Je ne sais pas pour ces deux-là,

mais connaissant les turpitudes passées de ces deux-ci,

je puis vous assurer qu'elles vont venir griller avec moi.

Et je ne changerai pas de place avec vous, ma sœur :

condamnée à jouer de la harpe sur un nuage

pendant l'éternité, assise entre Jean-Paul II, un Polonais sinistre,

et mère Teresa, une Albanaise gluante. - Ha ! Ha ! Ha !

- Excusez-le, ma sœur, la maladie a atteint son cerveau.

- Ah, non, non. C'est une vérité ethnologique, Louise.

Les Albanaises sont souvent gluantes et les Polonais, toujours sinistres.

- Car les malheurs de la Pologne…

Sont une des preuves de l'existence de Dieu.

- Bonjour. - Bonjour.

- Il faudrait que je puisse rencontrer quelqu'un :

un policier, un enquêteur spécialisé dans le domaine de la drogue.

- Assoyez-vous.

- Buongiorno a tutti !

- Claude ! - Non ! C'est pas vrai !

- Ha ! Ha ! Ha ! - Come stai, gros porc ?

- Mais qu'est-ce que tu fais ici, grand fifi ?

- Roma, Milano, Toronto, Montreale… faticoso !

C'est Alessandro.

- Ah ! On a beaucoup entendu parler de vous, monsieur.

- Bonjour. - Gilles Levac.

Ma partenaire, Kim Delgado.

- Enchanté. - Enchantée.

- Par ici.

Asseyez-vous. - Merci.

Mon père est hospitalisé ici, à Montréal, en ce moment.

Il est très mal soigné, évidemment ; il commence à souffrir beaucoup.

J'ai un ami médecin qui m'a conseillé d'essayer de lui procurer de l'héroïne.

C'est un domaine que je connais très peu.

J'ai fumé de la mari quand j'étais étudiant, comme tout le monde.

Ce que je me suis dit, c'est que la drogue circule

dans toutes les villes du monde.

Les policiers connaissent les points de vente. Je me suis imaginé,

peut-être un peu naïvement, que vous pouviez me suggérer des zones

où trouver de l'héroïne de qualité en quantité suffisante.

- C'est très intéressant, sauf que…

le mandat de la police, c'est d'arrêter les trafiquants,

pas de fournir de l'information aux consommateurs.

- J'aimerais ça que vous me preniez pour quelqu'un d'intelligent,

qui veut simplement gagner du temps.

- Moi, j'aimerais ça que vous me preniez pour quelqu'un de pas trop con

qui voudrait pas lire dans un magazine, la semaine prochaine :

"La police facilite à notre correspondant l'achat de stupéfiants".

- Je vous comprends, mais est-ce que j'ai l'air—

- Elle et moi, on n'aimerait pas ça finir notre carrière

en dirigeant le trafic à Chibougamau.

- Je vous assure que j'ai rien à voir avec les médias.

- Comment voulez-vous que je le sache ?

- Je suis opérateur de marché chez McDougall-Deutsch à Londres.

C'est pas difficile à vérifier.

- C'est pas difficile d'imprimer des fausses cartes.

- Je suis désolé de vous avoir dérangés.

Madame.

Je sens que je vais passer les prochaines nuits dans les discothèques !

À moins que je m'adresse directement aux motards. Vous auriez pas le numéro

de téléphone d'un de leurs bunkers par hasard ? Même pas ?

- Je t'avertis, on reste pas ici longtemps. OK ?

Il faut être chez Costco avant que ça ferme, puis maman nous attend à 5 h 30.

- Oui, d'accord. - Je ne veux pas être celle

qui donne le signe du départ. - Non, non.

- Tiens, la famille Citrouillard !

- Claude ! J'en reviens pas ! Comment vas-tu ? Mon gros Claude !

- Pour votre information, les motards sont des épais

qui vendent des drogues d'épais

à d'autres épais.

Ils touchent pas à l'héroïne.

- OK.

- Avant, l'héroïne, c'était la drogue des gens riches,

mais maintenant, les prix ont beaucoup baissé, c'est différent.

Mais il reste une sorte de tradition :

c'est la drogue des musiciens, des poètes.

- Vous me dites de chercher autour de moi ?

- Je vous dis rien du tout.

Je vous parle de rumeurs largement diffusées dans les médias.

- OK.

- Mais toi, tu fais quoi, au juste ?

- Ma chère, je suis le directeur général

de l'Institut universitaire canadien…

de Rome.

- Oh. - Hum !

- Et… ça fait quoi, ça, au juste,

le Centre culturel universitaire canadien… de Rome ?

- Eh bien, nous sommes un organisme culturel très pointu,

au service des étudiants universitaires canadiens… à Rome.

- Et… il y a combien d'étudiants universitaires canadiens… à Rome ?

- Ha ! Ha ! Ha ! - Eh bien… un certain nombre.

Pourquoi, ça t'intéresse ?

- C'est la dilapidation de nos taxes qui nous intéresse !

- Mais nous sommes une opération tout à fait modeste !

Évidemment, le directeur général est obligé d'avoir un appartement de fonction !

- Piazza Borghese !

- Où vous êtes tous toujours invités en permanence, vous le savez !

- Vous n'avez pas été touchés par les récentes coupures de budget ?

- Rigoureusement impossible ! - Ah.

- L'Institut est caché dans le delta du marécage budgétaire

des Affaires étrangères : le ministre lui-même

n'a aucune idée de notre existence !

- Mais avec qui il aurait fallu que je couche pour avoir une job comme ça ?

- Je crains, ma chérie, que ceux avec lesquels moi, j'ai couché,

ne soient restés indifférents à tes appâts, aussi abondants soient-ils.

- L'abondance a ses amateurs, mon trésor !

- Pas aux Affaires étrangères !

- C'est ça ?

- Ça m'a l'air de ça. Il y a quelqu'un qui l'a trouvé quelque part ?

- C'est ça.

- Il faut que je lui trouve de l'héroïne.

Je cherche quelqu'un qui aurait des contacts.

- Moi, je suis parti depuis trop longtemps.

- La seule poudre que je consomme en ce moment,

c'est BabyZone, pour les fesses de bébé.

- Je peux peut-être essayer de demander à ma fille.

Tu te souviens de Nathalie ? - Oui, un peu.

- Je te promets rien, j'ai pas souvent de ses nouvelles.

Allô, ma chouette, c'est maman, c'est Diane.

Je m'ennuie de toi, ma chouette.

Écoute, te souviens-tu de Sébastien ?

C'est le fils de mon ami Rémy, à l'université.

Vous avez souvent joué ensemble, quand vous étiez enfants.

Il… il aimerait ça te rencontrer,

il aurait des renseignements à te demander.

Alors, tu peux me rappeler…

quand tu veux, n'importe quand.

Et puis si tu préfères pas me parler,

bien, je vais te laisser le… le numéro de Sébastien.

- C'est parce qu'on doit être chez Costco avant la fermeture :

il faut acheter une demi-tonne de couches.

C'est extrêmement coûteux, des enfants. On se demande d'ailleurs pourquoi

les populations du Tiers-monde en font autant !

- Tais-toi donc ! C'est donc bien con, ce que tu dis ! Si c'est ça

que t'enseignes à l'université, ça doit pas être très brillant !

T'as pas eu le temps de faire venir le livre dont je t'ai parlé ?

- Lequel ?

- Le Secret de la guérison, par Swami Rapudantra.

- Ah non, j'ai pas eu le temps, malheureusement, non.

- Je vais venir te le porter. Tu sais, le corps, c'est dans la tête.

La maladie, ça commence dans la tête puis ça se guérit dans la tête aussi.

C'est ça que je dis tout le temps à Pierre. - C'est bien possible.

- Bon bien, on va y aller, nous autres !

- À bientôt ! - Au revoir.

- Au revoir. - Ciao !

- Bye.

Elle a quel âge ? - C'est pas un problème d'âge.

C'est parce que ses seins sont plus gros que son cerveau.

- Ah, arrête ! - Non, mais c'est vrai :

la quantité de sang que ça prend, simplement pour irriguer tout ça,

appauvrit forcément le cerveau. C'est une évidence physiologique.

- Je ne veux pas de commentaires.

Elle m'a donné deux filles qui ont radicalement changé ma vie.

Et il lui suffit d'un revers négligent de la main

pour me faire bander comme une bête.

Ce qui, à nos âges, est providentiel,

vous en conviendrez. Amici, vale.

- Nathalie.

Je pense pas que je t'aurais reconnue.

Viens.

- Merci.

- Est-ce que t'as un travail régulier, toi, dans la vie ?

Qu'est-ce que tu fais ?

- Correctrice.

- Dans une maison d'édition ?

- Boréal.

- Donc t'as un horaire assez flexible.

Moi, ce que je voulais te proposer, c'est de payer pour ta…

ta consommation, en même temps que pour celle de mon père,

plus un salaire raisonnable pour les heures que tu passes avec lui.

- Tu veux de la brune ou de la blanche ?

- Je connais rien à ça.

- Tu veux qu'il fume ou qu'il se pique ?

- Je te fais confiance.

- Tu devrais pas.

- Pourquoi ?

- Paraît qu'il faut jamais faire confiance aux junkies.

Ils sont trop habitués à mentir.

C'est juste là.

- Il te faut combien ?

- Cinq cents ?

Merci.

Salut. - Allô.

- Fait pas chaud, hein ?

- La personne qui est avec moi a rien à voir avec ça.

C'est la fille d'une amie de mon père qui voulait me rendre service.

Arrêtez-moi si vous voulez, là, mais gardez-la hors de ça.

- Vous voulez que je vous arrête, là ?

- Vous devez penser que je suis un imbécile ?

- Pas du tout. Vous avez localisé Olivier en 2 jours. C'est bon, ça.

- Olivier ? - Oui, le dealer.

- Vous l'arrêtez pas ?

- Vous voulez que j'arrête tout le monde ? Coudonc, c'est une manie que vous avez, vous ?

Ah, bien !

Le reconnaissez-vous ? - C'est qui ?

- Michel Richer, le biologiste.

- Vous vous attaquez jamais aux fournisseurs ?

- Ah oui, tout le temps.

On travaille 2-3 ans, on finit par faire condamner une gang d'Iraniens.

Tout le monde est content,

puis les Irakiens prennent leur place.

Ou les Libanais, les Turcs, les Italiens…

Il y a trop de monde qui veulent trop de drogue.

C'est une invasion. Hum !

- Mais vous faites quoi, ici, là, maintenant ?

- Je fais mon devoir.

- Ah bon ? - Je suis un gardien de la paix.

- Il y a des poissons qui mordent dans l'étang de M. Zampino.

- On va aller à la pêche.

- Euh… Vous avez fait quoi comme études ?

- Pourquoi vous voulez savoir ça, vous ?

- Curiosité.

- Criminologie, mineure en psycho. Vous ?

- Mathématiques, mineure en économie.

- Hum.

Faites attention à vous. - Vous aussi.

- Tu te souviens pas de moi du tout ? - Non.

- À une certaine époque, j'étais très proche de ta mère.

- Vous voulez dire que vous couchiez avec elle.

- Pas seulement ça…

- Vous étiez marié, vous. - Ouais.

- Ceux qui étaient mariés restaient jamais jusqu'au matin.

Ma sœur et moi, on les voyait la nuit, des fois, quand on se réveillait.

- Oui, j'imagine que vues par un enfant,

ces histoires-là avaient l'air un peu sordides.

Nous, on appelait ça la…

libération sexuelle.

C'est quoi ?

- De l'héroïne. - Ça vient de l'opium, ça.

- C'est de la morphine mélangée avec des produits chimiques.

- Tu vas me faire une piqûre ?

- On va commencer par aspirer la fumée, puis après on verra.

- C'est quand même incroyable—

- Chut ! Taisez-vous, maintenant.

Essayez de vous concentrer.

C'est la première fois qui est la meilleure ;

c'est celle-là qu'on veut toujours retrouver.

Ça s'appelle : Riding the dragon.

Chevaucher le dragon.

- Bonjour. - Bonjour !

- Ça sent donc bien la fumée ici ! Vous avez pas repris la cigarette, j'espère ?

- Ah non, ça jamais. C'est un cierge que j'allume pour mes méditations.

- Ah bon. Vous avez pas de soluté, vous ?

- Non, c'est le docteur… Lévesque. Lévesque, c'est lui qui m'a ôté ça.

Bonjour, mes… médecines !

Ha ! Ha ! Ha ! Mes médecines !

- Prenez une grande respiration.

Vous avez toujours des douleurs ici ?

- Ah ouais. Oui.

- Ici aussi ? - Là aussi, oui.

- C'est rien d'insupportable ? - Ah, mon Dieu, non ! Ha ! Ha ! Ha !

- Vous avez l'air en forme, vous ; vous êtes relax, hein ?

- Ah, parfaitement relax.

- Pas de problème de sommeil ? - Je dors comme un enfant.

- Oui ? Je pensais vous prescrire des analgésiques,

mais j'ai l'impression que ce sera pas nécessaire.

- Oubliez ça !

- Ça, c'est formidable : je dis toujours que le plus longtemps

un malade peut garder sa lucidité, le mieux c'est.

- J'ai bien l'intention d'être lucide jusqu'à ma mort, docteur !

- Bon bien, tout ça m'a l'air excellent, M. Parenteau !

- Merci infiniment, Dr Dubé !

- Euh, moi, c'est pas le Dr Dubé.

- Ah, bien, ça tombe bien, parce que je suis pas M. Parenteau !

C'est qui, ce gars-là ?

- Alors si je comprends bien, tout a commencé avec Maria Goretti ?

- Exactement. Celle qui a dit : "Non !"

- C'était laquelle, ça, Maria Goretti ? - Une paysanne portugaise.

- Portugaise ! Santa Maria Goretti ?

- Elle était italienne ? - De Nettuno.

- Le Portugal, c'est Fatima, les apparitions, la Vierge, les bergères.

- Le secret de Fatima !

- Quel seul le pape pouvait entendre ! - Hum !

- Pauvre Canada, 1960.

- Écoute… On croyait à ça !

- Alors toujours est-il qu'on a fait un film

sur la vie édifiante de Maria Goretti.

- Et la vedette était ? - Ça fait 40 ans que je cherche son nom !

- Inès Orsini. - Ah ! Bien oui !

Maudit ! Inès Orsini ! L'immortelle Inès Orsini ! Comment ai-je pu oublier ?

- Moi, j'ai vu ce film chez les jésuites, à l'Antonianum de Padova.

- Et moi, chez les jésuites, à Brébeuf !

- Et moi, c'était au séminaire de Chicoutimi.

Donc, du début à la fin du film,

l'immortelle Inès Orsini est habillée

du cou jusqu'aux poignets, jusqu'aux chevilles.

Sauf qu'à un moment donné, il a bien fallu suggérer un tant soit peu

la nature abjecte du désir bestial de l'infâme violeur !

Alors l'exquise Maria s'avance vers la mer

et trempe ses pieds adorables,

et d'un geste souverain, mais pudique,

relève ses jupes.

Les cuisses d'Inès Orsini.

- Même moi, je m'en souviens ! - Bene !

- Vous dire ! Vous dire les rivières de sperme que j'ai répandues

en rêvant à ces cuisses !

- Je crois que c'est d'ailleurs une des causes des modifications

du bassin hydrologique du Bas-St-Laurent.

- Oh oui ! Alors toujours est-il que pendant des années,

je me suis endormi bandé en rêvant à Inès Orsini.

Jusqu'au jour où je vois Françoise Hardy chanter à la télévision :

"Tous les garçons et les filles de mon âge",

et qu'instantanément, je trouve Inès Orsini insignifiante et sainte-nitouche !

- Maria Goretti, seule et abandonnée ;

un destin de femme.

- Ah ! J'ai couché très longtemps avec Françoise Hardy.

Nous avons été très heureux ensemble. Malheureusement pour elle,

un jour, j'ai vu Julie Christie dans un film et ç'a été l'amour fou qui a duré 6 mois.

Jusqu'à ce que je parte avec Chris Evert, la championne de tennis,

que j'ai quittée ensuite pour la sublimissime Karen Kane, qui dansait Carmen à Marseille.

Ha ! Ha !

Toute ma vie durant, je me suis endormi avec les plus belles femmes de la Terre.

Jusqu'au jour fatal où je me suis réveillé un matin

en réalisant que je m'étais endormi la veille en pensant à la mer des Caraïbes.

J'étais devenu vieux.

Les femmes avaient déserté mes rêves.

- Si tu savais comme ça fait longtemps que j'ai pas rêvé à un homme…

- Okay… I'll talk to you soon. Bye.

- Vas-tu me l'expliquer, un jour, ce que tu fais au juste dans la vie, toi ?

- Tu diriges une compagnie pétrolière norvégienne.

Tu viens d'acheter, d'une compagnie américaine en difficulté,

un champ d'exploitation dans la mer du Nord, OK ?

Dans ton nouveau champ, tu produis pour 7 $

un baril de pétrole que tu vends 25.

Toi, tu voudrais stabiliser cette marge-là, indépendamment

des fluctuations du prix mondial du pétrole ; tu fais quoi ?

- Aucune idée.

- Tu viens me voir, on va faire un swap.

- Ce qui veut dire ?

- Ce qui veut dire une opération financière où ma banque va te payer le prix fixe ;

toi, tu vas me payer le prix flottant.

C'est comme si tu t'engageais à vendre ta production à un prix fixe,

pendant un certain nombre d'années.

En gros, je vais essayer de gérer tes risques financiers.

- Et es-tu très bon dans ce que tu fais ?

- Assez bon.

- Ha ! Ha ! Ha !

Penses-tu que tu pourrais convaincre le chauffeur d'arrêter au lac ?

- Ça doit.

- Ah.

J'aimerais ça, revoir le lac.

Quand j'ai fait mon doctorat à Berkeley, dans ma classe,

il y avait Lockham et Donaldson, deux futurs prix Pulitzer.

Ah ! À cet âge-là, c'est pas qu'ils étaient plus forts que moi,

c'est juste qu'ils étaient américains.

Moi, bien, je suis revenu ici et puis j'ai commencé à enseigner,

puis je me suis marié, et puis… et puis plus rien.

- T'étais trop occupé par tes histoires de femmes.

- Oh, même là, c'était sans envergure, comme tu l'as dit toi-même.

Non, ce qu'il aurait fallu,

c'est de la démesure, tu comprends ? De la démesure !

Finalement, tout ce que j'aurai connu, c'est des histoires lamentables

dans des appartements mal chauffés du Plateau Mont-Royal.

L'université m'a remplacé à deux jours d'avis par une chargée de cours,

le doyen a oublié de me dire au revoir.

La moindre secrétaire qui va accoucher a le droit à un gâteau et un verre de vin.

- Mesdemoiselles, messieurs, mesdames…

pour des raisons de santé, il me sera impossible de terminer la session,

alors c'est Mme Raphaëlle Metellus qui va me remplacer.

Oui ?

- Est-ce que ça change les dates de remise de travaux, ça ?

- Pas du tout. Les remises de travaux, les examens restent les mêmes.

D'autres questions ?

Bonne chance. - Merci.

Alors, comme vous avez commencé à le voir la semaine dernière,

l'élection de 1840 s'annonçait particulièrement mouvementée.

Le Parti whig…

qui venait de se constituer, était composé en fait de quatre segments distincts,

mais convergents de l'électorat.

Il y avait d'abord les National Republicans,

de la mouvance Adam's Clay, qui formaient le groupe fondateur.

Mais ils ont été rejoints très rapidement par les conservateurs,

qui eux étaient, bien sûr, hostiles aux attaques de Jackson contre les monopoles.

Troisièmement,

il y avait un pourcentage très élevé de xénophobes…

- Comment ça, en bas ? Où ça, en bas ?

- À l'étage d'en bas. Prenez l'escalier, vous descendez.

C'est pas compliqué, ça ! Il est tout seul en bas sur l'étage.

Vous risquez pas de le rater.

- Qu'est-ce qu'il fait là tout seul ? - On est obligés de monter

puis de descendre un escalier chaque fois qu'il faut s'en occuper.

Penses-tu que j'aime ça, monter des escaliers ?

À part ça, plein de monde fume dans sa chambre,

c'est toujours plein de femmes, puis c'est le bordel. Laisse-moi passer.

Seigneur, il y a pas assez de monde aujourd'hui.

- Bonsoir.

Bonjour.

- Elle a quel âge, celle-là ? - Qui ?

- Elle a quel âge la fille, celle qui vient de sortir ?

- Je sais pas. - Elle est plus jeune que ta fille.

- C'est bien possible. - Elle vient passer la nuit avec toi ?

J'imagine que tu la paies ? Tu pourrais au moins en prendre une de ton âge !

- Au point où j'en suis… J'ai pas vraiment le choix.

Il faut que je me contente de celles qui veulent, hein ?

- Sais-tu les blessures que ça peut causer, une relation comme celle-là ?

Mais évidemment, toi, tu t'en fiches.

C'est le dernier de tes soucis. Du moment que tu éjacules !

- Oh, mon Dieu. Je vous demande pardon. - Non, non. Restez, ma sœur.

- Non, je reviendrai— - Non, non, restez !

Je vous ai dit : restez. Venez-vous-en.

S'il vous plaît. Je vous en supplie.

C'est un de ces matins où je vais avoir désespérément besoin

des consolations de la foi.

- Gros porc.

Gros fumier.

- Il y a une odeur de fumée, ici.

- Ah, ça, c'est une bougie que j'allume pour mes oraisons.

- Savez-vous ce qui va vous arriver, vous, en enfer ?

- Non… - Ils vont vous enfermer

dans une pièce avec toutes les femmes que vous avez séduites

et vous allez être forcé de les écouter pendant l'éternité.

- Au secours. - C'est long, l'éternité.

- Hum. - Gros porc…

Gros fumier…

Gros fumier…

Gros porc. - Arrêtez.

- Salut. - Salut.

Erina est là ; il faut que je sorte.

- OK.

- C'est pour toi que Nathalie achète ?

- C'est une amie.

- Si tu viens régulièrement, ça serait peut-être mieux

qu'on fasse affaire directement ensemble.

- Moi, c'est une situation temporaire.

- Tout est toujours temporaire, dans la vie.

On se baigne jamais deux fois dans l'eau d'une même rivière, comme disait…

chose, là… Voyons !

Tu sais, chose, là ?

- Oui, chose.

- Tu pourras pas te fier indéfiniment à Nathalie ;

elle va finir par te jouer des tours.

- On verra.

- Tu connais mon adresse… - Oui.

- Hasta la vista.

- Baby.

- Dis donc, Pierre… Je ne veux pas être indiscrète,

mais as-tu des nouvelles d'Arielle des fois ?

- Oui. On se voit encore de temps en temps. - De temps en temps ?

Il mange avec elle toutes les deux semaines.

- Qu'est-ce qui se passe avec tes cheveux ?

- Mes cheveux ? - Oui.

On dirait qu'ils sont moins gris. - Ah, tu trouves ?

- T'as pas commencé à te teindre les cheveux, Pierre ?

- Bien, le coiffeur de ma femme m'a recommandé un shampooing.

- Hi ! Hi ! Le coiffeur de ta femme ?

- Mais c'est un produit revitalisant.

C'est pas du tout une teinture, c'est simplement…

- Tu fais vraiment tout ce qu'elle veut, hein ?

- Non, non, pas du tout.

Quand même pas toutes les deux semaines. - Puis jeudi dernier ?

Vous avez mangé ensemble au Petit Extra, jeudi dernier ?

- D'accord, ma chérie—

- Ça faisait combien de temps que tu l'avais vue ?

- Je sais pas. - Deux semaines !

Vous avez mangé ensemble au Paris Beurre

il y a exactement deux semaines.

- C'est tout de même juste des lunchs le midi.

- Bien là, il manquerait plus rien que ça que tu manges avec elle le soir.

Écoute, il en est pas question. Puis il en sera jamais question.

- Je suis entièrement d'accord avec toi, Ghislaine.

- Rémy, s'il vous plaît, tais-toi.

- Bien, quoi ? Cette enfant-là a raison.

Personnellement, je n'ai jamais invité une femme au restaurant le soir,

sans avoir l'intention ferme et bien arrêtée, de la sauter comme une crêpe Suzette

ou, dans le cas des orientales, une crêpe Mushi.

- Ce que j'aime de toi, Rémy, c'est que tu es un ami fidèle.

- C'est précieux d'avoir des amis honnêtes comme ça.

- Oh oui, très précieux, extraordinairement précieux.

Pan ! - Ah !

- Qu'est-ce que tu fais là ? - Je t'attendais, je voulais te voir.

Je pense à toi tout le temps, ma chouette.

- Je sais, tu me l'as déjà dit.

- Je me réveille la nuit, puis je t'imagine en sang, par terre,

dans les ruelles, dans les piqueries.

J'ai tellement peur pour toi, tout le temps, ça a pas de sens !

- T'as trop d'imagination.

- Mais tu le sais que ça pourra pas durer comme ça indéfiniment !

- C'est sûr que je le sais. Je le sais beaucoup mieux que toi.

Tu peux rien faire pour moi.

- Je le sais que c'est de ma faute, puis c'est ça qui me tue !

- Ça donne rien que ça soit de ta faute ou pas.

J'ai pas besoin de ça.

- Tu tiens pas beaucoup à la vie, toi, hein ?

- Pas vraiment, non.

- J'étais comme toi, à ton âge.

J'étais prêt à mourir n'importe quand, je m'en fichais.

C'est pour ça, d'ailleurs, que les jeunes font les meilleurs martyrs.

C'est paradoxal, mais c'est en vieillissant qu'on s'attache à la vie,

quand on commence à soustraire : "Il me reste 20 ans, 15 ans, 10 ans".

Quand on sait qu'on va faire les choses pour la dernière fois.

Je m'achète ma dernière voiture.

C'est la dernière fois que je vois Gênes, Barcelone…

- Je me rendrai pas là.

- Qu'est-ce que t'en sais ? Hum ?

- Les overdoses, c'est assez fréquent, vous savez.

- Même ça, tu peux pas prévoir.

Peut-être qu'un jour, tu vas arrêter, puis tu vas finir par vivre très vieille.

On n'arrive pas à comprendre le passé,

comment tu veux qu'on puisse prédire l'avenir, hein ?

Personne sait jamais ce qui va lui arriver.

Sauf moi, maintenant : moi, je sais.

- Ça vous fait peur. - Oh oui !

C'est la vie, surtout, que je veux pas quitter.

J'ai tellement aimé la vie, moi, tu peux pas savoir !

- Qu'est-ce que vous aimiez tant ?

- Tout ! Ha !

Le vin, les livres, la musique,

les femmes…

surtout les femmes.

Leur odeur, leur bouche, la douceur de leur peau…

- Vous en avez connu beaucoup ? - Oui.

- À la longue, elles finissent pas par un peu toutes se ressembler ?

- Un peu, oui. Mais je m'en suis jamais lassé.

- Vous avez toujours autant de succès ?

- Oh non, plus maintenant. C'est sûr qu'avec l'âge,

ce n'est plus du tout la même chose.

- Le vin, vous pouvez toujours en boire autant.

- Malheureusement non ! Mon foie me le permet plus.

- Et les voyages que vous vouliez faire, vous les avez faits ?

- Oh, de toute façon, il y a des touristes partout, aujourd'hui !

- C'est pas votre vie actuelle que vous voulez pas quitter,

c'est votre vie d'autrefois.

Elle est déjà morte, cette vie-là.

- Peut-être.

- Allô ?

- Gaëlle ?

C'est moi.

- Malcolm White à l'appareil.

- Bonjour.

- Le bureau de New York a une requête étrange.

L'archidiocèse de Montréal —

les catholiques — aurait des tonnes d'œuvres d'art religieux.

Il s'agirait d'entrepôts pleins à craquer.

- Il est 5 h 30 ici.

- Mon Dieu !

Bien sûr. Je suis terriblement désolé.

- Je vous rappellerai.

- Je m'attendais à ce qu'on nous envoie un vieil antiquaire,

pas du tout une séduisante jeune fille.

- Je vous préviens, je suis pas une spécialiste.

- Vous savez, ici, autrefois, tout le monde était catholique,

comme en Espagne ou en Irlande.

Et à un moment très précis, en fait, pendant l'année 1966,

les églises se sont brusquement vidées, en quelques mois.

C'est un phénomène très étrange que personne n'a jamais expliqué.

Alors maintenant, on ne sait plus quoi faire avec ça.

Les autorités voudraient savoir si…

quelque chose a une valeur quelconque.

- Une valeur marchande ?

- Oui !

- Est-ce que vous avez conservé des ostensoirs

ou des calices français du XVIIIe ?

- Non, les Américains ont tout acheté.

Il reste quelques exemplaires, dans des musées.

- Écoutez, tout ça a certainement une grande valeur

pour les gens d'ici, sur le plan de la mémoire collective.

- Mais… est-ce qu'il y a des choses qu'on pourrait vendre ?

- Sur le marché international ?

- Oui.

- Honnêtement, je vois pas très bien.

- Autrement dit, tout ça…

ne vaut absolument rien.

Je vais vous raccompagner.

- Que votre Pie XII soit resté assis sur son cul

dans son Vatican doré pendant qu'on amenait Primo Levi à Auschwitz,

c'est pas dommage, ça ! C'est pas regrettable, ça !

C'est abject, c'est immonde !!

- Si ce que vous dites est vrai

et que tout a été une suite de crimes abominables…

alors à plus forte raison, il faut que quelqu'un existe

qui puisse nous pardonner.

C'est ce que je crois.

- Vous avez de la chance, vous.

Si au moins j'avais réussi à écrire !

- Vous avez jamais rien écrit ?

- Bof, quelques articles ici et là, rien de sérieux.

- Qu'est-ce que vous faites là, Rémy ?

- Hein ? - Qu'est-ce que vous faites là ?

- Ça me fait chier, ça ! Tiens !

- Vous auriez voulu écrire quoi ?

- L'Archipel du goulag, le Système périodique !

Voyons !

- Vous pensez que vous auriez pu vous situer à ce niveau-là ?

- Jamais ! - Alors ?

- Bien, au moins j'aurais essayé ! J'aurais laissé une trace !

C'est important, dans une vie,

de réussir quelque chose, même à sa mesure à soi !

Pouvoir dire qu'on a fait son possible, qu'on a fait de son mieux !

Je suis sûr que ça rend la mort plus paisible.

Oui…

j'ai tout raté.

- Peut-être, mais au moins vous en êtes conscient.

Il y a tellement de professeurs satisfaits,

puis ils sont tellement insupportables.

Puis, je connais pas votre fille,

mais… Sébastien est pas exactement raté.

- J'y suis pour rien.

- Vous pouvez pas dire ça, vous le savez pas.

- On est venus prendre de vos nouvelles.

- Tout le monde se demande comment vous allez.

- Bien, pas tout le monde, quand même ! - Vous seriez surpris.

- Quand je vous ai annoncé mon départ,

vous aviez pas l'air particulièrement touchés, hum ?

- Bien, on se rendait pas compte, à ce moment-là.

- C'est exactement ça. Maintenant que vous êtes parti…

- Là, on voit la différence.

- Ça me touche vraiment, ce que vous me dites là, sincèrement.

- Bon, bien… il faut y aller, nous autres.

- Oui, on a une conférence de M. Roby à 4 h !

- Ha ! Ha ! Allez-y, allez-y !

- Bonne chance. - Merci.

- Oui, bonne chance.

Lâchez pas ! - Oh non.

- Eh bien, dis donc ! - Surprenant !

- Ils sont touchants, pour des analphabètes. - C'est pas de leur faute.

Ils auraient pu apprendre aussi bien que nous,

mais personne leur a enseigné ; c'est comme tout le reste, hein ?

- À ce prix-là, on revient quand tu veux.

T'as juste à nous faire signe. - On verra.

- Non, moi, je prends pas d'argent.

- On s'était entendus. - Laissez faire. Je veux rien.

- Voulez-vous chacun la moitié de sa part ?

- OK.

- On va se marier l'été prochain.

À Gênes, chez moi, en Anjou.

Vous allez voir, il y a une très jolie chapelle.

- Louise et moi, on s'est mariés un soir de février

dans une sinistre église de Ville Jacques-Cartier.

On faisait ça pour pouvoir coucher ensemble

sans que nos familles nous emmerdent.

- Moi, je veux une noce au bord de la Loire, comme dans les films.

- Six mois après, j'ai commencé à tromper ma femme.

- C'est court ! - C'est pas long !

Merci.

- Moi, quand j'ai rencontré Sébastien, je me suis dit :

Celui-là, c'est pour toujours. Il n'y en aura plus jamais d'autres.

- Bien, j'espère pour vous que ça va durer.

Parce que, vous savez, l'amour… - Ah, non, non, non…

Pas d'amour !

Mon père et ma mère, ils parlaient que de ça, l'amour :

"J'aime, j'aime trop,

j'aime encore, je n'aime plus."

On construit pas une vie avec une morale de chanteur populaire.

Quand on n'a que l'amour, Ne me quitte pas…

Y en a marre !

J'avais trois ans quand mes parents ont divorcé.

Pendant quelques années,

mon père a continué de venir déjeuner à la maison, le dimanche midi.

Une demi-heure avant son départ, je disparaissais,

et il me retrouvait immanquablement couchée par terre,

calée devant les roues de sa voiture, pour qu'il puisse pas repartir.

C'est hors de question que mes enfants revivent ça.

- Tout ça pour vous dire

que mes plaisirs nocturnes sont maintenant assurés

par mon écran géant numérique Toshiba, installé au pied de mon lit.

- Plus d'orteils retroussés ? - Terminé.

J'ai assez vu de plafonds dans ma vie. - Plus jamais ?

- La boutique est fermée, j'ai déposé les armes,

j'ai accroché mes patins.

- Moi aussi, je voudrais te faire remarquer que c'est beaucoup plus calme qu'autrefois.

- Ah ? Tiens, tiens !

- Bon. Lui est à Bologne toute la semaine, moi, je suis à Rome.

Il reste les week-ends, mais bon…

- Moi, ma femme s'endort tous les soirs dans le même lit que nos filles.

- Ah, c'est bien ! Tu peux relire Tocqueville.

- Ce que je viens d'ailleurs de faire : 2 000 pages, papier missel.

- Pierre est de plus en plus cultivé.

Malheureusement, sa prostate est de plus en plus gonflée.

- Eh bien, moi, je suis désolée, j'aime encore beaucoup ça.

À la campagne, j'ai un vieux cow-boy que je fais veni…

- Quel cow-boy ? T'as un cow-boy, toi, maintenant ?

- Oui, un vieux cow-boy que je fais venir une fois par semaine

pour me secouer le sapin. - Te secouer le sapin ?

- Ha ! Ha ! Oui ! Sauf que là, on est brouillés.

Moi, je comprendrai jamais les hommes.

Toute ma vie, j'ai eu affaire, vous le savez,

à des lâches qui ne pensaient qu'à s'enfuir

après avoir assouvi sur moi leurs bas instincts.

Alors l'autre jour, pensant lui faire plaisir,

je dis à mon vieux cow-boy :

"Hé, c'est quand même formidable à notre âge, de vivre une histoire de cul !"

Le voici tout fâché ! Il me dit qu'il veut pas être un homme-objet,

il me parle de son vécu masculin…

- Ah ! Ça, on aime ça ! - Il évoque l'absence du père.

Il dit qu'il veut exprimer le côté féminin de son moi profond.

C'était insupportable !

La dernière chose dont j'ai envie, moi, c'est d'un être sensible à la queue molle !

Moi, je veux qu'on me saute fermement, c'est tout !

De la sensibilité puis de l'intelligence, j'en ai pour deux ! Ha ! Ha !

Friction ? - Voudrait-il une friction ?

Le musulman désire-t-il se prosterner à La Mecque ?

- La carmélite réclame-t-elle les saintes Espèces ?

- Il me semble que… c'est la première fois qu'on vous voit, vous ?

- … Yes.

- Mademoiselle, je ne sais pas si vous croyez aux manifestations gratuites

et aléatoires de bonté, mais si tel est le cas,

rendez ce malade heureux : faites-lui la mère de toutes les frictions.

Ce geste pourrait vous être rendu au centuple,

dans cette vie ou dans une autre !

- … Yes. - Yes.

- Suis-je déjà au ciel ?

Êtes-vous ma walkyrie, ma houri ?

Je viens de Bulgarie.

- Ah…

Joie !

- Come on !

Allô ?

- Nathalie est pas venue.

Ça va pas du tout : ton père a besoin. Il est en manque, je pense.

J'ai téléphoné chez elle, il y a pas de réponse.

- Je cherche Nathalie.

- Pas vue.

- Elle a disparu ! - Je t'avais prévenu.

- Je vais essayer de la retrouver, sinon je reviendrai.

- Avant 11 h ! - OK.

- Normalement, moi, je suis pas supposé de faire ça !

- J'aurais dû t'écouter : tu m'avais dit que je pouvais pas me fier à toi.

Ton dealer aussi me l'avait dit.

Réveille ! On a un contrat ensemble !

- Quel contrat ?

- Je fournis la dope, tu t'occupes de mon père.

- Qu'est-ce qu'il a, ton père ? - Il t'attend.

- On y va, là. On y va.

- Un contrat, ça se respecte ! - Heavy, man… Heavy…

- Non, non, pas heavy du tout.

On avait une entente, tous les deux, je comptais sur toi, moi.

- Il était comme ça au marché Bonsecours,

mon père, là… mon père, là…

- Veux-tu changer pour le mien ? Ma vie, c'est moi qui l'ai faite !

J'aime mieux ma vie que la tienne.

- Ah…

Jeune homme parfait,

carrière parfaite,

fiancée…

parfaite…

Moi, je suis imparfaite…

C'est dommage, ça, c'est très dommage…

- Mais qu'est-ce que vous faisiez ?

Où est-ce que vous étiez ?! Je ne savais plus quoi faire !

- Trouve une cuiller. - Quoi ?

- Une cuiller.

Trente.

Mets-le à 30.

Je suis pas capable…

- Qu'est-ce que vous faites ? - Posez pas de questions.

On n'a pas le temps. Ça va pas bien.

Faut que vous nous aidiez. Vous êtes la seule qui est capable.

Je vous en supplie, faites-lui une piqûre avec ça. Il en a besoin, je vous le jure.

S'il vous plaît. Je vous expliquerai après.

- Qu'est-ce qu'il y a, là-dedans ? - De l'héroïne.

- Ah ! - Je vous en supplie.

- Fermez la porte, au moins, là !

- J'y vais.

- Moi, je recommence pas ça tous les soirs, hein ?

- Ça achève.

Ça va ? - Hum.

- On s'est promenés sur votre galerie.

Il me disait que c'est au lac que finalement, il a été le plus heureux.

Alors je me demandais si je pouvais pas emprunter votre maison de campagne.

- Ah, bien sûr, n'importe quand ! Je vais aller chercher les clés.

- Merci.

- Qu'est-ce que tu cherches ?

- Je cherche les clés de la maison de campagne.

- Pour quoi faire ?

- Je veux prêter la maison à Sébastien. Il veut emmener Rémy.

- Bien, tu pourrais peut-être me demander ce que j'en pense !

- Je suis désolé de pas l'avoir fait.

- Hé, c'est moi qui l'ai décorée, cette maison-là !

- C'est vrai.

- Les heures passées chez IKEA, ça compte pas ?

Les rideaux que j'ai cousus non plus ? Y a rien qui compte, là-dedans ?

Tu passes notre maison à des étrangers,

puis tu me demandes même pas la permission ?

- Rémy est pas un étranger !

- Bien, c'est comme ça que Nicole Kidman a divorcé de Tom Cruise !

Ils passaient tout le temps leur maison du Colorado à n'importe qui !

- Bon, ça suffit : je prête ma maison à mon ami Rémy, et toi, tu te tais !

- C'est ça que tu penses, hein ? Bien parfait !

Moi, je reste pas une seconde de plus ici, OK ?

Je prends mes filles avec moi puis je me trouve un appart !

- Écoutez, je suis désolé, laissez faire. Je vais me débrouiller autrement.

- Mais il en est pas question : va à la maison quand tu voudras.

T'en fais pas pour ça, c'est pas grave. C'est toujours comme ça, c'est la vie.

- Merci.

- T'as toujours pas de nouvelles de Sylvaine ?

- Non. J'ai tout essayé : j'ai même parlé au propriétaire du bateau au Chili.

- J'espère qu'elle a pas eu d'accident.

- Non, tout va bien : c'est juste la connexion Internet qui se fait pas.

C'est grand, le Pacifique Sud.

- Adieu.

Acceptez le mystère.

Si vous acceptez le mystère, vous êtes sauvé.

Dites-lui que vous l'aimez.

Dites-le-lui

et touchez-le.

Touchez-le.

- C'est quoi ça, hein ? Un départ sans autorisation.

Quand il va aller plus mal, essayez pas de le ramener ici, hein ?

Mais…

Hé !… Sauvage !

- Ha ! Ha ! Ha ! L'aurais-tu battue pour vrai ?

Ha ! Ha ! Ha ! - Ha ! Ha ! Je sais pas.

- Ah, moi-même j'aurai jamais réussi à battre une femme.

C'est dommage d'ailleurs parce qu'il y en a quelques-unes qui le méritaient.

- Vous allez pas recommencer ?

- Certaines femmes ont besoin d'une main ferme, vous savez.

D'ailleurs vous-même, ma sœur… - Ah !

Sortez-le d'ici pour l'amour du ciel, débarrassez-moi !

Qu'est-ce que vous attendez, vous êtes payés à l'heure ou quoi ?

- Tu bois celui-là.

- Tout de suite ?

- Devant moi. La méthadone, c'est sérieux.

Là, je te fais confiance.

T'en bois 1 chaque jour, OK ? Un seul : pas plus, pas moins,

puis tu reviens ici lundi. Tu fais une gaffe,

t'es rayée du programme. C'est clair ?

- Hum.

- J'ai encore de la difficulté à accepter.

- Vous savez bien qu'il va falloir.

- J'arrive pas à me résigner.

- C'est comme ça, c'est la loi.

Quand vous allez fermer les yeux, là,

il y a des millions d'hommes qui vont mourir à la même seconde que vous.

- Mais moi, je ne serai plus là ! Moi !

Moi, je vais disparaître pour toujours !

Si au moins j'avais appris quelque chose…

J'ai…

Je te jure, je me sens aussi démuni que le jour de ma naissance.

J'ai pas réussi à trouver un sens et…

c'est ça qu'il faut chercher, c'est…

C'est…

Des fois… Je pense…

C'est ça qu'il faut chercher.

On a tout été, c'est invraisemblable !

Séparatistes, indépendantistes, souverainistes,

souverainistes-associationnistes.

- Bien, au début, on avait commencé par être existentialistes !

- On avait lu Sartre, Camus…

- Après ça, on a lu Frantz Fanon, puis est devenus anticolonialistes.

- Après ça, on a lu Marcuse ;

on est devenus marxistes. - Marxistes-léninistes.

- Trotskistes. - Maoïstes !

- Après, on a lu Soljenitsyne.

Alors on a changé d'idée, on est devenus structuralistes.

- Situationnistes. - Féministes.

- Déconstructionnistes.

- Y a-t-il un "isme" que nous n'ayons pas adoré ?

- Le crétinisme. - Oh, mon Dieu, non.

Souvenez-vous de Guo Jing. - C'était qui, Guo Jing ?

- Une archéologue avec une jupe fendue jusqu'en haut de la cuisse.

- Même toi, tu t'en souviens !

- Fin des années 70, la Chine s'ouvre à l'Occident.

Guo Jing s'en vient en visite culturelle à Montréal,

alors l'université en profite pour déléguer son gauchiste de service. Hein ?

J'entre dans la salle à manger de son hôtel,

je la vois,

je meurs.

Une beauté à faire fondre

les 7 000 soldats de terre cuite de l'empereur Qin.

Je commande un thé, nous échangeons quelques banalités.

Je me voyais déjà lui faisant la corbeille pékinoise…

- Non, le palanquin du Sichuan.

- Bref, je suis devant elle et, pour faire mon intéressant,

je plonge et je lui dis :

"C'est extraordinaire, ce qui se passe dans votre pays.

Si vous saviez comment on vous envie ! Votre révolution culturelle est formidable !"

- Hum !

- Instantanément, je vois ses beaux grands yeux noirs se voiler

et je songe avec horreur qu'elle est en train de se dire :

Ou ce type est un agent provocateur de la CIA

ou c'est le plus gros crétin du monde occidental.

Elle opte pour la seconde hypothèse.

- Adieu, corbeille et palanquin. - Oui. Ha !

Elle avait vidangé du purin de porc pendant deux ans

dans une ferme de rééducation par le travail,

son père avait été assassiné, sa mère s'était suicidée.

Et voilà qu'un gros épais de Canadien-français,

parce qu'il avait vu les films de Jean-Luc Godard

et lu Philippe Sollers,

trouvait que la révolution culturelle chinoise était…

formidable.

Dans le crétinisme, mon vieux, on peut pas descendre plus bas.

- Ta-dam ! - Ah !

- La simplicité volontaire : des œufs brouillés

au caviar d'osciètre et à la truffe fraîche.

- De Toscane ! - Ah !

- Ça, c'est péché mortel !

- Et pour rester dans le goût italien,

Castello Banfi Excelsus. - Ah !

- Modeste et de bon goût ! - Pourquoi est-ce qu'on a été si cons ?

- Doit-on subodorer une impéritie congénitale ?

- Mais pas du tout ! Contrairement à ce que les gens croient,

l'intelligence n'est pas une qualité individuelle.

C'est un phénomène collectif, national, intermittent.

- Tiens, une nouvelle théorie !

- Absolument ! Athènes, 416, la première d'Électre d'Euripide.

Dans les gradins, ses deux rivaux, Sophocle et Aristophane,

et ses deux amis, Socrate et Platon. L'intelligence était là !

- J'ai mieux. - Hum ?

- Firenze, 1504, Palazzo Vecchio : deux murs opposés, deux peintres.

À ma droite, Leonardo da Vinci,

à gauche, Michelangelo. Un apprenti, Raffaello.

Un manager, Niccolò Machiavelli.

Forza Italia ! - Hum !

- Philadelphie, USA, 1776-1787 :

Déclaration d'indépendance

et Constitution des États-Unis.

"Quand, dans le cours des événements humains…"

- Adams, Franklin, Jefferson,

Washington, Hamilton et Madison.

Il y a pas un autre pays qui a eu cette chance-là.

- Moi, je suis né à Chicoutimi, au Canada, en 1950.

- C'est un miracle que tu sois pas plus con que tu l'es déjà !

- En 1950, tout le monde était con,

à Athènes comme à Chicoutimi ! - Si t'avais été chez nous,

tu aurais soutenu les Brigades rouges. Ç'aurait été brillant.

- Et maintenant, il aurait Berlusconi. - Et à Philadelphie,

il aurait voté pour George Bush. - Bien, tu vois, finalement,

t'es pas si con que ça !

- L'intelligence est disparue. Et je veux pas être pessimiste,

mais il y a des fois où elle s'absente longtemps.

- De la mort de Tacite à la naissance de Dante, il y a quoi ?

Onze siècles ?

- Oui, mais elle était partie chez les Arabes.

- Hum, c'est vrai. - T'as pas faim ?

- … passe pas.

- Toi non plus ? - Non, j'ai pas faim, merci.

- Eh bien, mon vieux, j'aurais jamais cru voir le jour

où tu refuserais de la truffe fraîche.

- Hélas, ce jour est arrivé, mon cher.

- Une gorgée quand même ?

- Buvez-le à ma santé

et dites-moi à quel point il est bon.

- Non, pour moi, la mort la plus douce,

c'est celle de Félix Faure.

- Tiens donc ! Explique-moi donc pourquoi je suis pas surprise !

- On peut toujours rêver.

- C'est qui, ça ? C'est quoi ? - Le bien-aimé Félix Faure,

président de la République française en exercice.

Son cœur s'est arrêté de battre pendant que sa maîtresse,

l'admirable Mme Steinheil, à genoux à ses pieds,

lui prodiguait avec fermeté le pompier de tous les pompiers.

- Hé, mon Dieu !

- Ses ennemis s'écrièrent : "Il voulait être César,

hélas, il ne fut que Pompée".

- Et Mme Steinheil fut surnommée :

"La pompe funèbre".

- C'est pas à moi que ce serait arrivé, ces choses-là !

- C'est quand même pas de notre faute si t'as le cœur trop bien accroché !

Parce que je te ferai remarquer, mon cher Rémy,

qu'à une certaine époque, moi et quelques-unes d'entre nous

te pompions férocement et avec vivacité !

- Peut-être eut-il fallu, mesdames, que vous le pompassiez plus vigoureusement.

- Cela ne se pouvait, monsieur :

nous pompâmes autant que nous pûmes !

- Ciel, madame ! Vous pompâtes ?!

- Je m'endors. - Va te coucher.

- Tu viens pas ? - Pas cette nuit.

- Le Moyen Âge, les manuscrits…

Les barbares partout, demain.

Voilà leur prince qui s'approche.

- Allô ? - Hello, Sebastian, it's Frank.

Hello ? Sebastian ?

I think we've got a problem.

- Ha ! Ha ! Ha !

- Ha ! Ha ! Ha !

Tu trouves ça drôle ?

- Ha ! Ha ! Ha !

- J'ai peur.

- On fait ce que tu veux. C'est toi qui décides.

- Tu sais ce que je te souhaite ?

D'avoir un fils aussi bien que toi.

T'as toujours pas de nouvelles de Sylvaine, hein ?

- Non.

- Tu lui diras que je pense à elle. - Hum-hum.

Je t'aime !

- Il y a pas si longtemps, je vous aurais sauté dessus

sans presque vous demander la permission.

- Peut-être que je me serais laissé faire.

- C'est bien ce que je pensais.

- Bye.

Je suis jamais venue ici aujourd'hui, hein ? Vous m'avez pas vue.

- Bien sûr.

- Ça vient d'arriver.

- À bord d'un bateau, on appelle ça :

"Le mauvais œil".

Act of God.

Frapper un growler,

un bloc de glace la nuit, le feu dans une fuite de gaz.

Si ça nous arrive, on le sait

qu'il y a bien des chances qu'on n'en revienne pas.

Il y a trop longtemps que je t'ai vu, mon cher papa !

Mon daddy !

Mon papounet !

Je me serai ennuyée de toi toute ma vie !

Dis-toi que je suis une femme heureuse ; j'ai trouvé ma place.

Je sais pas comment t'as fait ça, mais…

t'as réussi à me transmettre ton appétit pour la vie.

Toi et maman, vous avez finalement fabriqué des enfants super solides.

Je pense que c'est un miracle.

Tu sais…

le… le premier homme dans la vie d'une fille…

c'est son père.

Pour moi, tu vas toujours rester…

- J'ai eu beaucoup de plaisir à vivre cette modeste vie

en votre compagnie, mes chers amis.

Et ce sont vos sourires que j'emporte avec moi.

- Oh, Rémy, Rémy, Rémy…

- L'homme de ma vie.

- Mon ange gardien.

- Ça a été un privilège de vous connaître.

- Tout le privilège a été pour moi, mademoiselle.

- Les ambulanciers ne sont pas encore arrivés, ils ont été retardés.

On va aller se promener au bord de l'eau, hein ?

- Ma mère veut pas habiter ici.

J'ai pas besoin de le vendre maintenant.

Tu peux t'installer, puis on verra plus tard.

- OK.

- Mais toi, tu reviens plus jamais maintenant ?

- Depuis que ma mère est morte, je n'ai plus personne ici.

Sauf vous deux.

Pourquoi vous venez pas à Noël ?

- Mais oui, c'est vrai, venez passer deux semaines chez nous.

- D'accord.

- Écoute, ça dépend un peu de ma fille, mais pourquoi pas ?

- Nous, faut y aller, c'est maintenant.

- Au revoir, Sébastien.

Prends bien soin de toi.

- Toi aussi.

- Tu nous appelles. - OK.

- Attention à toi. - Merci.

Tous les passagers doivent maintenant être à bord. Appel final.

- Voilà.

- Merci.

Je vous souhaite un bon vol.

- Je t'aime.

Beaucoup de mes amis sont venus des nuages

Avec soleil et pluie comme simples bagages

Ils ont fait la saison des amitiés sincères

La plus belle saison des quatre de la Terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages

Et la fidélité des oiseaux de passage

Dans leur cœur est gravée une infinie tendresse

Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse

Alors

Ils viennent

Se chauffer

Chez moi

Et toi aussi

Tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages

Et de nouveau sourire à bien d'autres visages

Donner autour de toi un peu de ta tendresse

Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne

Il se peut qu'à mon tour je ne sois plus personne

S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne

J'oublierai à la fois mes larmes et mes peines

Alors

Peut-être

Je viendrai

Chez toi

Chauffer mon cœur

À ton bois

Sous-titrage Blu-ray : CNST, Montréal

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