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Village d'Arslankoy, Mersin Turquie
Août 2003
Aujourd'hui à 19:30 le groupe de théâtre du village présente son spectacle.
'Le cri de la femme', au jardin de l'école primaire Arslankoy.
Tout le monde est invité. L'entrée est gratuite.
Nesime, ça ne serait pas mieux de la coller un tout petit peu plus.
Colle-la plus droit.
La moustache va vite s'enlever si tu rigoles.
- Où est notre balai ? - J'en ai aucune idée.
- Mais les hommes ne se maquillent pas. - C'est mieux sous la lumière.
D'accord.
J'ai cousu cette robe exactement à ma taille mais c'est encore trop grand.
Et si je rentrais sur scène avec ces lunettes ?
Si je marchais comme ça ? Comme un vieux.
Je voudrais vous présenter les acteurs de la pièce de ce soir.
'L'institutrice', Nesime Kahraman
'Hatice', Fatma Fatih
'Emine', Zeynep Fatih
'Le Docteur', Saniye Cengiz
'Recep', Ümmü Kurt
'L'infirmière', Fatma Kahraman
'Seyfi', Cennet Güneþ
'lraz', Behiye Yanýk
'Aytül', Ümmüye Koçak
Je vous remercie et j’espère que vous allez apprécier le spectacle.
LA PIECE
Réalisatrice : Pelin Esmer
Pour moi, la vie est un théâtre. Tout-le-monde joue des rôles différents.
Dans ma vie, j'en ai joué plein.
J'ai été servante par exemple j'ai joué le rôle de servante... pour gagner...
de l'argent pour la famille. J'ai gardé des enfants, j'ai joué à la nounou.
D'une certaine façon, je deviens chacun de ces rôles.
Mes amies Ayþe et Fatma portent du bois comme les hommes, par exemple...
et coupent du blé comme des femmes. Ce sont tous des rôles différents.
Dans la réalité, leur caractère est celui d'une mère et ménagère.
Quand j'ai commencé à réfléchir à ce que j'allais créer à partir de cela...
je me suis souvenue d'une pièce, réalisée par le directeur de l'école, M. Hüseyin.
A ce moment là, j'ai réalisé ce que je voulais faire : du théâtre.
Faisons du théâtre nous aussi, je me suis dit.
Je suis allée chercher M. Hüseyin et je lui ai dit...
'J'ai juste fait l'école primaire, mais j'ai toujours aimé la lecture.
J'ai très envie de faire du théâtre. 'C'est-à-dire ?' dit-il.
Les rôles seront joués par des ménagères, des femmes analphabètes, j'ai dit.
Il demanda : 'Ça portera sur quoi ?'.
'Nos propres vies' répondis-je.
'Tu crois pouvoir le réaliser ?' dit-il, 'Oui' repondis'je.
Que tout-le-monde pose ses outils !
Vous les retrouverez demain matin.
Allez-y, tout-le-monde dans le camion !
On va rentrer à la maison, se changer, si on a un peu de temps...
préparer le dîner, manger un peu, et on rentrera directement à l'école.
Kamile, tu devrais nous accompagner :
- Tu es très jolie. - Je n'y arriverai pas.
J'habite loin, si j'habitais plus près !
- Et puis, je ne pourrais pas jouer. - Pourquoi pas ? Elles ont tout dit la même chose...
'On n'y arrivera pas, on est timide' et j’ai insisté, 'vous êtes intelligentes...
vous êtes travailleuses. Et voyez maintenant.
Vous savez, ça fait des années que je n'étais pas rentrée dans cette école.
Depuis l'année dernière j'y rentre comme si j'étais chez moi, je ne me sens pas gênée.
LE LYCEE D'ARSLANKÖY
Vous aviez promis d'écrire vos propres vies.
Alors Zeynep ? Où en est la tienne ?
La mienne est trop tragique.
C'est pourquoi je n'ai pas envie de la raconter.
Dans mon style...
comédie et drame vont plutôt ensemble.
Je voudrais sincèrement la raconter et même la jouer.
Je pourrais facilement jouer ce rôle, parce que c'est moi, c'est ma vie.
Mais honnêtement il y a aussi quelque l chose qui me dérange, qui me fait peur.
Nous sommes tous ensemble ici...
Je ne veux absolument pas qu'on parle derrière moi...
J'hésite pour ça.
Je vais changer les noms et les personnages. Disons qu'en réalité Ahmet bat Mehmet...
bien sûr que Mehmet va battre Ahmet, dans la pièce. Mais le message passera.
Écoutez mon histoire.
Nous avions remarqué quelque chose sous le bras de notre enfant.
Entre chez nous et la clinique du village, il y a des kilomètres...
Mon mari était déjà parti pour travailler.
Il m'a demandé d'emporter le gamin à l'hôpital, j'étais enceinte, sans argent.
Il m'a donné un peu de monnaie, tout juste pour y aller.
J'ai dû rentrer en marchant. J'étais enceinte jusqu'aux dents.
Finalement j’y suis arrivée. J'en ai souffert pendant trois jours.
J'étais sur le point d'accoucher et je n'avais même pas réalisé.
Le docteur m'a examinée et m'a dit que j'allais accoucher dans 15 minutes.
Je n'avais pas d'argent sur moi. Ni mon mari, ni personne étaient au courant.
J'ai accouché toute seule. Puis mon mari est venu.
Personne n'a demandé si j'avais faim ou si j'avais besoin de quelque chose.
J'avais 7 points de sutures. Comment je pouvais m'occuper du bébé ?
Il valait mieux en finir. Je me suis levée. C'était le 27 février...
il faisait si froid. J'ai allumé un feu dehors. J'ai lavé le bébé.
Personne autour, j'étais désespérée...
personne qui amène un plat chaud.
Mais Zeynep, tes parents habitent ici. Pourquoi ne t'ont-ils pas aidé ?
Comme j'ai des problèmes avec ma belle-mère...
ma mère ne s'en est pas mêlée.
Tant que ce n'était pas mon heure.
Je voudrais que tout ceci soit un mensonge, mais non. Tout est vécu.
J'étais étudiante. Au collège, c'était ma deuxième année.
Mon frère était parti avec une jeune fille de 13 ans.
En échange, ma famille a décidé de me donner par la force.
Ils m'ont retirée de l'école. J'ai refusé de me marier, ils m'ont enfermée...
dans une chambre pendant 3 jours, pour m'empêcher de partir.
Ils m'ont forcée à me marier avec leur fils. Après 2 mois on s'est séparés.
Un an et demi plus tard, je me suis mariée avec Alpay, mon mari actuel.
Il dormait toute la journée pendant que je ramassais du bois ou bossais...
dans les champs. Il ne s'intéressait qu'aux femmes, aux jeux et à boire.
C'est pourquoi j'ai voulu que touts mes enfants finissent le lycée.
- Ton histoire n'est pas mal non plus. - C'est comme un film, vous voyez...
Je l'ai toujours gardée pour moi, mais c'est le moment de la partager.
J'ai dit à ma belle-mère : je vais accoucher.
Elle m'a demandée de patienter, mais c'était vraiment le moment.
Le bébé était sur le point de naître. Finalement, ils m'ont conduite à l'hôpital.
Mon mari n'avait aucune idée de ce qui se passait. Il était dehors, au travail.
Mes belles-sœurs se sont réveillées, ont pris le petit déjeuner.
Moi je pleurais toute seule. Je ne peux pas continuer !
Il m'est arrivée la même, à la naissance de mon fils.' Sois patiente' disaient-ils.
On fait comment ?
M. Hüseyin nous demande de raconter nos vies et d'en écrire une pièce.
Mais moi je n'ai pas d'histoire à raconter. En fait la mienne est pire.
Je ne la raconterai pas devant tout-le-monde. C'est trop dramatique.
Je n'ai même pas encore commencé, tu pleures déjà.
J'ai du arrêter le collège à cause de mon père.
Vraiment, j'ai voulu être professeur de lettres.
D'une façon ou d'une autre, même si j'ai 35 ou 40 ans...
je vais quand même finir le lycée et passer les examens de l'université.
Juste pour faire enrager mon père.
Mon père me met la pression pour que je me marie.
Je lui dis toujours, 'je ne me marierai pas, et dépenserai ton argent.
Il m'a donnée à une famille à Ankara, comme une fille adoptive.
Après, je suis revenue ici. C'est pour ça qu'il m'en veut.
Quand j'étais partie, j'avais 16 ans. Je ne parlais à personne.
Je ne voulais pas qu'ils se moquent de mon accent du village.
J'ai dépassé ma timidité, puis je me suis complètement adaptée à la ville.
Quand je suis revenue ici, j'ai dû me réhabituer au village.
A la façon de s'habiller. Les femmes ici, elles se couvrent la tête...
et mettent des pantalons de paysan. Mais moi je ne peux pas.
Elles disent qu'elles ont honte d'elles-mêmes quand je suis avec elles.
Je leur dis qu'il ne faut pas, sinon, moi aussi j'aurais honte.
Mes cheveux étaient toujours longs. Mon père ne me laissait pas les couper.
Je les ai coupés après mon mariage. Mon père ne m'a pas parlé pendant un mois.
Parce qu'il avait une amante, Behiye, qui avait le même prénom que moi.
Et elle avait aussi les cheveux longs. Voilà pourquoi il ne me laissait pas les couper.
Voilà comment ils te donnent le nom de leur ancienne amante.
- Nesime as-tu le même problème ? - Tu peux même pas imaginer.
Mon père a fait son service dans l'est, là il est tombé amoureux.
- Et elle s'appelait aussi Nesime ? - Il t'a donné le même nom ? - Oui.
- Et ta maman, elle était méchante avec toi ? - Bien sûr.
Elle n'arrêtait pas de me taper, pour rien en plus.
- Après, elle a apprécié ma présence... - Mais c'était trop tard.
Oui. Mais maintenant elle est assez gentille avec moi.
Je n'ai pas pu terminer mes études, à cause d'elle.
Elle n'arrêtait pas de dire 'Maudit soit le prénom de cette femme', 'Tu vas finir comme elle'
'Maudit soit ce prénom !' Ça lui venait toujours à la bouche.
Ce n'était pas ma faute, elle aurait pu refuser de me donner ce prénom.
Un jour j’ai décidé d'aller voir cette femme.
C'était pendant un mariage.
On me l'a présentée.
Je lui ai dit que j'ai toujours voulu la connaître.
Quand j'ai vu mon père, je lui ai dit ; 'J'ai vu la femme que tu as tant aimée'.
Elle n'est pas du tout jolie' Il m'a répondu : 'Tu ne peux pas imaginer...
comme elle était belle quand elle était jeune.'
Elle me demandait encore d'envoyer ses pensées à mon père.
- Encore ? - Oui, encore.
Quel amour !
Le vrai amour c'est ça.
L'amour est pour toute la vie.
J'étais fiancée, ils m'ont forcée à me marier.
- Et ils ne t'ont pas laissé le choix ? - J'avais 14 ans.
- Donc tu n'as pas accepté. - Non, pas du tout.
Je suis allée faire des courses avec mes amies.
Et là-bas, par coïncidence j'ai croisé Rüþtü.
- Par chance ? - Par chance, oui.
Là, il a demandé ma main à ma mère.
Ma mère a dit : 'Mais ma fille est déjà fiancée, c'est impossible...
de toute façon je ne vous laisserai jamais vous marier.'
Après il m'a dit que ma mère ne nous laisserait pas nous marier.
'Est-ce que tu t'enfuirais avec moi ?' Et j’ai répondu : 'Oui.'
Et comme tu ne voulais pas de l'autre, tu t'es dit autant se marier avec lui.
Mais comment as-tu pris cette décision ? A quoi pensais-tu ?
Comment on peut se marier sans le vouloir ?
Oui, mais fuir avec un autre n'a rien arrangé ?
A ce moment là, tu ne te poses pas trop la question.
On dit que 'Au bout de 7 pas, tu regrettes.' C'est ce qui t'est arrivé ?
Peut être pas au bout de 7 pas, mais quand nous sommes sortis de la ville.
Je me suis dis, je ne connais même pas ce type, ni sa famille.
J'ai regretté, c'est vrai.
- Mais à la fin, tu es plutôt heureuse. - Oui, Dieu merci.
On dit : 'Les femmes font du théâtre !' Je dis les femmes ont des droits.
Rüþtü, tu peux monter, je peux finir en bas.
Bien sûr qu'il y a des problèmes, comme elle n'a même pas fini l'école...
elle a des problèmes de mémorisation.
Moi et mon fils essayons de l'aider à apprendre le texte.
Si elle apprend une partie, elle oublie l'autre, mais elle ne lâche pas.
Mettons une scène pour les belles-mères, qu'elles reçoivent une leçon.
Il ne faut pas les mêler à cette histoire, puis tu seras pareille un jour.
Alors ce sera à toi de jouer la belle-mère à la place de la belle-fille.
Je ne peux pas jouer un mauvais rôle.
Je me demande ce que deviendrait l'histoire, si elle la racontait.
- Est-ce qu'elle accepterait ses erreurs ? - Je les lui rappellerais.
Tu peux, mais si tu racontes tout ça de ton point de vue devant le public...
- elle va se défendre et se justifier. - Donc, ça continue comme ça :
Donc le mari épouse une femme que la belle-mère n'apprécie pas...
et là les problèmes commencent. N'est-ce pas ?
S'ils comprennent que c'est en fait toi dans cette scène, c'est un problème ?
Pas du tout.
A l'époque je n'avais pas de bébé. Quand on dînait tous ensemble...
Ils disaient que ce n'était pas la peine que je mange parce que je n'en avais pas.
Puis j'ai eu le bébé et là même un bout de pain posait des problèmes.
C'était dur. Donc je me suis dis, ça serait un bon sujet pour cette pièce.
Mais peut-être les autres auront peur de la réaction des gens.
Ma belle-mère comprendrait, en se voyant sur scène.
Je pourrais tout accepter si elle s'excusait.
- Tu ne joues pas, toi ? - Comment est-ce possible pour un homme qui travaille ?
Regarde, comme il travaille mieux quand je chante près de lui.
Les gens ici se moquent de nous en disant que les femmes jouent aux...
- artistes maintenant. - Et les enfants aussi : 'Ta mère est une artiste !'
Tout le monde me dit que si ta femme va à Istanbul et qu'elle ne revient pas...
devient une actrice, et qu'elle trouve un autre... Moi je dis, je m'en fous...
si elle trouve un autre là-bas ; moi je trouverai une autre ici.
J'ai toujours voulu enseigner.
Je demandais toujours à mon père et il me répondait : 'Si tu passe tes...
examens, je t'enverrai.' Je les ai passés. Puis l'automne arriva...
tout-le-monde s'est inscrit. J'ai redemandé, et il m'a répondu :
'Mais ma petite, tu enseignes déjà aux chèvres, n'est-ce pas suffisant ?'
Et voilà depuis 16 ans, j'enseigne pour les chèvres.
Jusqu'à mes 16 ans j'étais ici, dans cette tente. J'y ai passée ma vie.
Comme je n'avais pas de frère aîné, j'étais toujours avec les animaux.
Quand des invités venaient, je ne les voyais pas, toujours derrière les chèvres.
J'en ai écrit un bref scénario. Out a rough script.
Si on peut l'inclure, ça va être vraiment bien.
Moi je l'aime bien, j'espère que ça vous plaira.
La lumière de la scène s'éclairera doucement et on commencera avec la...
scène du champ. On rentre à la maison là où il y a des problèmes.
Le mari rentre, saoul, comme toujours.
- Un bébé dans les bras, l'autre dans le ventre. - Ah ! deux en même temps !
Comme on dit : Mettre un bébé dans le ventre et taper sur son dos !
Puis il y a la scène de l'hôpital. Elle va à la clinique du village, toute seule.
Et elle accouche toute seule.
Au début quand elle sort de la maison, elle est perdue. Et quand son mari...
rentre, il ne devine pas qu'elle est à l'hôpital, il croit qu'elle est partie.
Comme il l'avait frappée, il pense... qu'elle est chez sa mère.
Il l'appelle. Mais en fait, elle est à l'hôpital.
- On voit l'inquiétude sur son visage. - Enfin il devine.
Puis à la fin, il réalise qu'elle pourrait être à l'hôpital...
mais bien sûr, quand il y va, c'est déjà trop tard, elle avait accouché.
Après, ils arrivent chez eux. La scène où ils décident du prénom pour le bébé.
L'un propose Ayse, l'autre dit Fatma, un autre Hatice...
mais le père propose un nom que personne n'a entendu.
Ce nom est celui de son ancien amour, qu'il avait connu pendant son service.
Puis elle grandit, va à l'école. Devient une bonne élève.
Et vous savez le reste. Son frère fuit avec une autre jeune fille, et...
- a sa place, on la donne en échange... - En échange.
Ensuite la fille fuit et demande de l'aide à son institutrice.
Puis l'histoire continue.
Vous dites que je suis dans la pièce, mais il n'y a rien de ma vie dedans.
- Tu veux dire que ton histoire n'est pas dans le scénario ? - Oui.
On ne peut pas tout inclure exactement.
Sinon tout-le-monde comprend que c'est ta vie, même si on change les noms.
Les gens vont me critiquer, aussi bien que M. Hüseyin, mais pas toi.
Vous avez toujours peur des critiques quand c'est mon histoire.
Je ne vois pas la mienne non plus. Mais ce n'est pas l'important.
L'important, c'est que ça représente la réalité de nos vies au village.
Mais comme je vous avais dit au début, votre histoire, ne sera pas écrite mot à mot...
dans la pièce. Je vais adapter les meilleures parties.
Si c'était mot à mot, je me sentirais gênée.
Dans ce cas, si Behiye en vraiment envie, écrivez son histoire.
Vous connaissez cette chanson, celle de Mahsun Kýrmýzýgül ?
J'ai connu pleins de gens, ils n'avaient pas de vêtements. J'ai vu plein de...
vêtements avec personne dedans. C'est ça. Il faut bien s'habiller.
Vraiment, personne ne te prend au sérieux. Personne ne regarde à l'intérieur.
Voilà pourquoi on est là. On veut changer les choses.
C'est le moment d'accepter chacun comme il est.
Si tu me ramènes aujourd'hui chez le coiffeur, dépenses plein d'argent...
comme les mannequins de la ville, à moitié nues.
Et toi, tu viens comme tu es.
Disons qu'on va au restaurant. A qui est-ce qu'ils vont faire attention ?
A toi ou à moi ?
Si tu vas à Istanbul c'est comme ça, même en Australie, ça sera pareil.
C'est comme ça.
J'attends que mon fils grandisse. Je vais mettre des jupes.
Il faut qu'ils s'habituent tous à ça.
Et puis si je maigris un peu, je me mettrai des pantalons, bien sûr.
Non, je ne suis pas d'accord. Il faut qu'ils vous acceptent comme vous êtes.
Mais Ümmüye, vous savez ce qu'ils disent à propos de nous ?
'Des paysans, même pas capables d'acheter une paire de chaussures ?
- Ils mettent toujours les mêmes'. - Non, je ne suis pas d'accord.
Tu n'es pas obligée, mais moi j'entends toujours ça.
Je m'en fous, je peux même aller en ville avec mes chaussures en plastique.
Parce-que je ne pense plus pareil. Je m'en fous de ce qu'ils disent.
Depuis que je fais du théâtre, je me sens plus libre, plus confiante.
Même si je mets de vieux pantalons de paysans. Je n'ai pas honte.
Tiens Zeynep. Prends ça.
Mets-le là.
Je me dis toujours, si j'étais un homme.
J'ai toujours rêvé d'être un homme.
Mon père aussi, il voulait un garçon.
Ma mère me disait pareil. 'Tu aurais dû être un garçon.'
Et quand je mets des habits d'hommes je me sens comme eux.
J'ai vraiment envie de traverser le village en homme.
Moi aussi.
C'est parce-que je travaille comme un homme depuis mon enfance.
Je devais courir après les animaux, les traire...
ramasser et porter le bois pour le feu... Faire le fromage et le beurre moi-même
Ce n'est pas seulement pour tout le travail. C'est psychologique.
Depuis l'enfance, on vous a humiliée parce que vous êtes une fille.
On vous a traitée comme un homme. Vous avez été élevée comme ça.
Mon père me disait : 'Ma fille tu es comme un homme.' Il m'envoyait...
rattraper les animaux, couper du bois, grimper aux arbres avec les garçons.
Voilà pourquoi je me sens comme eux :
En fait, leurs responsabilités sont assez lourdes, je trouve.
- Oui, pour ceux qui sont responsables. - Ça c'est vrai.
Voilà pourquoi, pour une minute, je voudrais bien être un homme...
et la minute suivante. J'aimerais mieux pas.
Quand je pense aux rôles, j'essaie de voir quel serait le meilleur acteur...
- pour tel personnage. - Ma voix est trop aiguë pour un homme.
Et toi probablement, tu ne veux pas un rôle de femme.
- Non. - Elle peut vraiment devenir un homme.
Si je jouais un soûlard, je saurais parfaitement comment le faire.
Je sais très bien comment un ivrogne se comporte avec sa femme
- Soit pas aussi cruelle. - Il faut bien parfois.
- Seyfi sera l'homme qui part avec Aytül. - Je veux faire ça.
Je sais très bien ce que ça veut dire, comme ça m'est déjà arrivée.
Et il y a le rôle de l'institutrice.
Elle aime beaucoup son métier.
Donnez-le à Ümmüye.
Mais c'est un petit rôle.
J'ai plutôt une bonne mémoire.
Donnez-moi une partie plus longue...
celle-là est trop courte.
Personne n'a envie de jouer l'institutrice alors ?
Puis, il y a Aytül, l'étudiante, qui avait pris le nom de l'amante de son père.
Un personnage charmant et vivant.
Il y avait besoin d'une jeune actrice, pour le rôle d'Aytül.
Ils étaient tous d'accord : Nesime devrait jouer Aytül.
Donc ils m'ont donné ce rôle.
Et comme je n'avais aucune idée de ce qu'avait vécu le personnage...
j'ai dit que j'acceptais.
Mais après avoir lu le scénario, Je n'ai pas voulu le jouer.
Parce-que ça m'a rappelé mon passé.
Par exemple la façon dont elle s'échappe et demande la protection de son institutrice.
Mais à l'époque moi je n'avais personne.
J'ai finalement pris le rôle de l'institutrice.
Vous savez cette façon d'être du prof, sérieuse avec du caractère.
Ça me plaît beaucoup.
Surtout comment elle est avec les parents d'élève.
Ce rôle me plaît plus que l'autre. Il me ressemble plus.
J'ai remarqué que Ümmüye aimait beaucoup plus le rôle d'Aytül...
et je n'ai pas non plus voulu lui briser le cœur.
Donc, nous nous sommes mises d'accord.
Je me mettrai en uniforme d'étudiante à 47 ans.
Et je me fous complètement de ce que raconte ma belle-mère ou les autres.
- Comment on va trouver un uniforme pour ta taille ? - Je vais en acheter un.
Je veux ce rôle parce-que je serais un jour étudiante.
Et si Naþide jouait l'étudiante à ta place ?
Dans ce cas là, écartez-moi complètement. De toute façon c'est très court.
Je me sens assez heureuse à cet âge. Je vais finir l'école.
D'accord.
Regardez, je n'ai pas assez de cheveux pour couvrir mon visage.
D'accord, coupe-moi ça.
T'inquiète pas, on va te transformer en une vraie étudiante avec cette coupe.
T'es une coiffeuse toi, n'est-ce pas ? D'accord, un jour...
Non quoi que tu fasses, ça ne cache pas tes 47 ans.
Regarde, on va mettre un peu de crème sur ton visage.
Pas de maquillage. C'est interdit de se maquiller pour les étudiantes.
- Non, on met un peu de crème c'est tout. - Ma peau est belle.
Faites quelque chose juste pour les rides.
Mettons un peu de fond de teint ici, pour la lumière.
Bonjour maîtresse.
C'était pas facile de la convaincre.
Elle avait beaucoup envie, mais elle n'était pas en confiance.
- Je disais que je ne pourrais pas jouer. - Et les gens, tout-le-monde le disait.
Mais je l'ai convaincue...
je crois que j'ai cette capacité à convaincre les gens.
Je répétais : 'De toute façon tu joues déjà tous ces rôles dans la vie.'
Je vais te faire répéter, et tu y arriveras. 'Et elle a vraiment bien réussi.
Ça serait mieux si c'était une coupe comme ça, non ?
Je serais une vraie lycéenne.
Je dois aussi changer ma jupe. Elle est trop grande.
J'aime bien votre miroir.
Ce n'était pas facile de sortir Emine de l'hôpital.
On l'a ramenée au village.
15 ans ont passé depuis.
La fille d'Emine a grandit.
Son père a insisté pour qu'on l'appelle Aytül.
Maintenant nous retournons au village.
- Bonjour maîtresse. - Bonjour, merci.
- Aidez-moi s'il vous plaît maîtresse ! - Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
Ils veulent me marier.
Non, ce n'est pas possible.
Tu devrais finir le lycée et aller l'université.
Je veux finir le lycée et peut-être devenir institutrice ou docteur.
- Mais mon père... Je voudrais mourir ! - Ne t'inquiète pas, ma fille.
- Je vais essayer de convaincre ton père. - Mon père n'écoute jamais personne.
J'ai entendu que vous alliez retirer Aytül de l'école, et la marier ?
Pas tout de suite, mais cet été, après la fermeture des écoles.
Donc elle ne pourra pas finir le lycée, ni aller à l'université ?
Disons qu'elle terminera le lycée.
Croyez-vous que c'est facile de l'envoyer à l'université ? On n'a pas les moyens.
- Aytül m'a tout raconté. - Ne lui mettez pas de fausses idées dans la tête.
Mais elle ne veut pas. C'est encore une enfant.
Elle mérite un meilleur sort que sa mère.
Et voilà, j'ai aussi essayé de les convaincre.
Une si jeune fille, forcée de se marier à un vieux.
Ils n'ont même pas fait un mariage.
Maîtresse, aidez-moi, j'ai fui !
Hé, maîtresse ! Venez dehors !
Vous êtes allé trop loin cette fois-ci !
On n'est pas au Moyen Age ! Ni à celui de l'esclavage ! On est des êtres humains !
Aytül réussit à ne pas se marier.
Mais, elle n'a pas pu finir l'école.
Vous devez faire comme moi, faire de vos maris vos coiffeurs privés.
Ne t'excite pas trop ! Fais attention à ne pas me couper touts les cheveux.
Pas de temps pour qu'ils repoussent, que les gens ne se moquent pas de moi.
On va voir, je coupe pour l'instant.
Je ne suis pas coiffeur. Je ne fais ça que pour ma femme.
La mienne sera une coupe d'homme, je suis censée jouer un homme.
Il faut absolument que je ressemble à un homme.
Ils ne pourront pas dire : 'Regardez, un homme avec les cheveux longs.'
Merci beaucoup, c'est très bien.
Bonjour. C'est la première fois qu'il me voit comme ça.
Ça te va très bien.
Il a peur de sa propre mère.
Ta mère s'est transformée en ton père.
Seyfi, est un bon garçon.
Il a envie de se marier avec toi.
Seyfi ? C'est vrai ?
Écoute ma fille, la vie est insupportable à vivre toute seule.
Et si ta mère meurt un jour ?
Moi je te conseille de te marier.
Fatma, tu m'as demandé de te couvrir pour la répétition aujourd'hui.
D'accord tu as des invités, je comprends.
Mais je t'avais dis de revenir après, au moins pour l'après-midi.
Nous n'avons pas assez de temps. On n'a toujours pas pu apprendre nos textes.
Tu m'as dis que tu serais là.
Mes invités viennent de loin...
Je devrais venir sans même leur servir le dîner ?
Vous n'allez pas mourir si vous me couvrez pour une journée.
Ne me demandez pas de vous couvrir pour les invités, je ne suis pas d'accord.
Je m'en fous si ça vous énerve. Seuls une maladie ou un décès sont excusés.
Mais j'étais là tous les jours, je n'ai pas raté une seule répétition.
J'étais là, même quand je ne jouais pas.
Tu couvres celles que tu veux bien.
Si tu ne me couvres pas, alors voilà, reprends le scénario.
Ma chère, tu ne veux pas comprendre, c'est très important pour nous tous.
Si on n'y arrive pas dimanche prochain, ça ne sera pas mon problème mais le nôtre.
A partir d'aujourd'hui, je viendrai plus tard.
Bien sûr ! C'est très important pour tout-le-monde.
Si tu peux venir, répétons chez ümmüye.
Je sais que tu es malade mais même en hiver t'es venue avec le dos cassé.
Parce que le théâtre est vraiment important pour nous, n'est-ce pas ?
Tu vas pouvoir venir quand-même ?
J'étais au service, je suis tombé amoureux de la fille du capitaine.
Une fille de la ville. Je l'ai ramenée au village. Les gens disaient qu'elle...
ne savait pas faire le pain, ni s'occuper des animaux, ni travailler dans les champs.
Et vous, les paysannes qu'est ce-que vous savez faire à part ça ? Je vais me saouler !
Dépêche-toi de finir ce beurre. On a des choses à faire dans l'autre pièce.
A cette heure là ?
Tu devrais plutôt dire d'abord : 'Emine, ma belle épouse.'
Puis tu diras : 'Dépêche-toi, de finir de faire ce beurre'.
Si tu ne le dis pas avec gentillesse et tendresse, elle ne va jamais le faire.
- Emine, ma belle épouse. - Maintenant, un peu plus gentiment.
Je n'ai pas pu encore mémoriser cette partie :
Vous deviez prendre la permission.
Même le maire doit prendre ma permission quand il vient au village.
Hé, écoutez tous ! Apportez vos costumes aujourd'hui.
HOPITAL DE MERSÝN
Combien coûte ce médicament ?
Si tu en paies 20%, à peu près 50.
Mais j'ai que 5 livres sur moi, docteur. Il n'y a pas moins cher que ça ?
Tu dois prendre tes médicaments et te reposer. Tu peux accoucher tout de suite.
Mais j'ai encore 3 mois.
Ne pose pas de questions, le docteur dit que tu vas accoucher plus tôt.
Il n'y a personne qui peut s'occuper de vous ?
- Non, j'ai personne. - Le père n'est pas là ?
- Non. - Il est mort ?
- Non. - Tu veux dire que ce bébé est un bâtard ?
Docteur, elle ne peut ni lire ni écrire... elle n'a pas de carte d'identité...
Comment je peux l'inscrire ?
Les pauvres n'ont' ils pas le droit d'accoucher ?
Redis-le avec un peu plus de colère.
LES PAUVRES N'ONT-ILS PAS LE DROIT D'ACCOUCHER ?
Mon fils ! Mon fils !
M. Recep, c'est un fils, pardon... Une fille !
Vous avez frappé Emine. Elle avait des bleus sur le ventre.
Jamais de la vie ! Elle est tombée d'un âne. Mais vas-y, raconte Emine. Dis-leur que.
Je suis tombée d'un âne à la naissance.
Commence à parler avec la lumière.
La fille d'Emine a grandit.
Son père a insisté pour que son nom soit : Aytül.
Maintenant...
on retourne au village.
Il ne faut pas lire trop vite. D'accord ? Doucement. Tu es le narrateur.
Si tu rates une partie, ils ne comprendront rien.
Essaye d'attirer leur attention, change le ton de ta voix, plus bas ou plus haut.
Nous l'avons ramené au village. Quelques automnes ont passé.
- C'est faux ? Je peux sauter cette partie. - Non. C'est 15 années plus tard.
- 'Quelques automnes' C'est pas suffisant. - Alors : 'Beaucoup d'automnes.'
Bien sûr. C'est ce que je te disais.
Elles vont sûrement oublier leurs textes.
J'aurais du jouer Behiye peut-être, et pas Aytül. Ça aurait été mieux.
Pourquoi ? Si j'étais le narrateur, Je pourrais très bien le jouer...
J'ai confiance en moi. Vous n'êtes pas d'accord ?
Jouer le narrateur, n'est pas aussi facile que vous croyiez.
- Tu as sûrement raison. - Ça demande d'autres capacités.
Je ne sais pas pourquoi je suis si nerveuse pour cette partie.
Tu sais très bien ce que tu vas dire, mais tu n'arrives pas à le dire.
Sur la scène, tu n'auras pas la possibilité de faire d'erreur...
comme pour les répétitions ! Pas du tout.
Ümmüye n'arrête pas de parler. Cette partie ne lui poserait aucun problème.
Mais moi, je suis trop introvertie. C'est peut-être pour ça ?
Je me dis, je dois faire comme elle, et parler, mais ça ne marche pas.
Aytül réussit à ne pas se marier. Mais elle n'a pas pu terminer ses études.
Elle est restée avec ses parents.
Maintenant Aytül a 25 ans.
A part Seyfi, elle n'a personne.
Pendant des années, ses parents l'ont rejetée.
Aytül et Seyfi se sont installés chez le père d'Aytül, maintenant décédé.
Ils ont économisé de l'argent, comme ça ils ne dépendent de personne.
C'était parfait, n'est-ce pas ? Tu as bien travaillé.
Félicitations, Behiye !
Hier c'était si tendu. J'ai presque pleuré.
Je te fais confiance, ta diction était très bonne.
Mais j'avais peur que tu te trompes dans ton texte.
Mon oncle priait toujours 'Mon Dieu, déliez sa langue et laissez-la parler.'
Il devrait prier pour nous tous !
La souffrance aussi vous fait mûrir.
On devrait toujours tirer des leçons des choses.
- Ne l'as-tu pas appris ? - Bien sûr, je peux le réciter si tu veux.
Bon on y arrive.
'La maîtresse disait toujours...'
Il faut se tenir droit...
Les choses doivent changer dans ce village.
Je ne peux pas me tenir comme vous le faites.
- Celui qui a confiance se tient comme ça. - C'est ça le problème, je n'ai pas confiance.
Oublie le public pour l'instant.
Bien sûr que t'es confiant, parce-que tu es le directeur.
T'es un vrai directeur maintenant.
Si Dieu m'avait créée homme...
Je posséderais ces vêtements au lieu de les emprunter.
Disons bonjour à M. Hüseyin.
- Vous aimez mes costumes ? - C'est formidable.
Je dois travailler beaucoup sur la dernière partie.
Sans être fière, ma diction n'est pas mal.
Si je me concentre, je peux vite y arriver.
Mais pour l'instant, je n'ai pas pu encore bien travailler sur le scénario.
J'aimerais bien pouvoir faire le vide.
Par exemple pendant les répétitions...
Je ne peux rien y faire. Je lis le texte, mais ma tête est complètement ailleurs.
J'ai un enfant de 13 ans qui me dit : 'Mais maman, tu n'es jamais là...
Le théâtre est plus important que nous ?' Et il a raison.
J'ai des responsabilités. Je suis une mère.
Il faut lui faire aimer le théâtre, s'il aime ça autant que toi, il va te...
soutenir avec enthousiasme.
Et il ne va pas te demander de préparer le repas, il va le faire lui-même.
Je suis une mère, une femme au foyer.
Je ne peux partir tout le temps, quand il m'attend à la maison.
Tu le favorises parce que c'est un garçon.
Tes parents t'ont éduquée comme ça.
Tu ne peux pas t'en échapper. C'est inconscient, tu ne le réalise même pas.
Çaðlar n'est pas ton mari, c'est ton fils. Libère-toi de ce complexe.
Tu me rends folle. Je te dis, n'élève pas ton enfant comme ça.
Tu ne changeras pas ton mari, mais tu peux élever ton fils autrement.
Qu'importe si on se répète : hommes et femmes sont égaux.
Même si nous disons que nous sommes des femmes et faisons du théâtre.
On ne pourra pas s'en libérer. On ne pourra pas ! On ne pourra pas !
Mais depuis qu'on a commencé le théâtre, Je n'ai pas entendu : 'Mon mari me bat.'
Vos relations se sont arrangées.
Mais le plus important dans une famille, c'est de garder ses secrets.
Je ne le dirais à personne, même s'il me frappe.
Mais quelque chose a-t-il changé dans votre couple, ou pas ?
Il y a une grosse différence dans sa façon d'être à la maison...
et puis il me considère mieux.
Tu étais oppressée jusqu'à présent. Mais tu commences à te libérer.
Tu commences à te défendre, à retrouver ton amour propre.
C'est ce que je dis à mon mari : 'Je ne suis plus la même'.
- Beaucoup de choses ont changé. - Voilà ce que j'ai envie d'entendre.
- Plus d'oppression, ça suffit. - Plus d'oppression.
Parfois, je me mords la langue mais je ne me sens plus oppressée.
Emine ? Emine !
Quoi ? Où diable étais-tu ?
T'inquiète pas pour les blés...
On peut très bien les ramasser demain, ils peuvent attendre.
Si une actrice rit sur scène, tout va tomber à l'eau.
Emine, ma belle. Tu es très jolie quand tu fais du beurre.
Tu viens juste de le remarquer ?
Tu fais des mouvements bizarres ! Ça me donne envie...
Mon Dieu ! C'est la chaleur qui t'excite comme ça ? Chien enragé !
Tu crois que tu peux avoir tout comme ça quand tu as envie ?
Je t'aime, je te l'ai dit dix mille fois.
- Jure le, encore une fois. - Je te le jure, je t'aime.
Surtout quand tu as un petit bébé dans ton ventre.
Tu m'avais promis une meilleure vie. Dis-moi si tu m'aimes vraiment ?
Cette femme n'a personne que toi.
Dieu ne demande-t-il pas d'aider les gens dans le besoin ?
Au lieu de boire et de pisser à droite et à gauche, son mari pourrait l'aider.
D'accord il boit, mais il ne sort pas avec d'autres femmes.
Mêle-toi de tes affaires. C'est mon mari et il peut boire quand il veut.
D'abord elle parle derrière mon dos, puis elle me fait des compliments.
Elle dit que c'est pas ton affaire, mon mari peut boire s'il veut.
Bon, ce n'est qu'un jeu. Ma réaction serait différente si c'était la réalité.
De toute façon si je ne buvais pas, j'aurais du mal à accepter tout ça.
Tu ne me laisserais pas jouer, n'est-ce pas ?
Je suis un amoureux. L'alcool me détend, vous savez.
Si l'alcool détend alors laisse-moi boire et me détendre aussi.
Bien sûr, quand tu veux.
Mais depuis que tu essayes de faire de si belles choses...
remplie de toutes ces belles choses. Ce serait bien si ma femme pouvait juste...
être un peu tendre avec moi.
Je ne suis pas contente de moi, mais je ne peux rien y changer.
Par exemple, honnêtement je n'ai pas envie de l'habiller correctement.
Je veux qu'il reste dans ses pantalons de travail.
Quand il se rase, qu'il s'habille bien, je sens qu'il va me glisser entre les mains.
Mais dès fois j'ai envie de l'embrasser comme ça...
de dire des belles choses...
mais je n'y arrive pas.
Ma femme a envie de me montrer son amour.
Elle m'aime vraiment, mais ne peut pas le montrer.
Je l'aime autant qu'elle m'aime.
Je vais vous raconter une de mes histoires : Il y a des années, un jour...
mon mari rentre complètement saoul.
Il avait une petite bouteille de raki.
Il me demanda de mettre la table...
et d'apporter 2 verres.
J'ai demandé pourquoi 2 verres ?
Et il me dit de me servir un raki et de le boire cul sec.
J'ai bu le premier. Puis il a rempli le deuxième verre...
Et dit de le finir aussi cul sec. Je suis devenue totalement saoule.
Et là, je lui ai dit 'Pourquoi tu as acheté une si petite bouteille ?'
'Autant en acheter une grande !'
Avant, même une petite bouteille suffisait pour m'énerver.
Je dis, tu ne peux pas aller au café. Pourrais-tu pendre la porte.
Je deviens comme un homme quand je bois.
- Va-y allonge-toi un peu. - Mais comment ? Je suis enceinte.
- Je joue le mari saoul ! - Elle devrait attraper quelques trucs de moi.
La scène que je préfère, c'est quand je frappe Zeynep.
Mais nous ne faisons pas ces choses-là.
Mais tu ne sais pas pourquoi je l'ai frappée. Juste quand elle le mérite.
Un mot suffit pour que ce soit compris !
Il dit que cette scène d'ivrogne est à propos de moi.
Laisse le dire.
Viens ici ma petite chèvre ! Viens !
Puis je fais comme ça et je la tiens, je mets ça ici. Reste-là, sois gentille.
Fais ça plutôt comme ça, Zeynep. Je ne veux pas contredire M. Hüseyin mais...
comme ça. 'Ma petite chèvre, viens ici.' Puis tiens-la comme ça.
Montre-lui l'herbe dans tes mains, et tiens-la par derrière.
Tiens la comme ça, et assieds toi. Et tu commences à traire par ici.
Ça suffit, d'accord...
Ce qui est très important au théâtre, c'est le langage du corps, plus que...
ce que vous dites. Les expressions, le mouvement des mains, des bras.
Là, tu insultes. Tu dis 'Putain !' Énerve-toi un peu.
Tu es vraiment énervée, car ton mari n'est toujours pas rentré.
D'après ce que je vois, le pire est que vous rigoliez de vos propres blagues.
C'est le public qui va rigoler, pas vous :
Des gens armés viennent derrière vous. Le public doit sentir cette panique.
Tu vas trop loin ! Je vais vous tuer, tous les deux !
Je m'attendais pas à ça non plus, c'est une surprise ou quoi ?
J'avais déjà pas grand chose dans le cerveau, maintenant j’ai tout perdu.
Tu aurais dû tomber par ici, et pas par-là.
J'ai cru que des gens étaient arrivés à l'école pour nous attaquer.
J'ai cru que c'était un vrai revolver, qui tirait sur la scène.
C'était toujours un jouet avant.
Je me suis dis, vas-y, sauve-toi, mets-toi dans ce coin sombre.
La scène était finalement assez réaliste.
Notre pièce est vraiment très bonne.
Parce-que tout est basé sur nous, nos expériences.
Rien ne nous y est étranger. Tout est lié à cet endroit.
Et les gens d'autres villages peuvent aussi se sentir concernés.
Le scénariste est d'ici. M. Hüseyin l'a écrit.
Nous avons raconté et lui il a écrit le scénario.
Même si je tue quelqu'un avec ça, je ne lui ferais pas de mal.
Pourquoi tu achètes ça ? Tu vas tuer ton mari ?
Non je vais tuer l'institutrice et ma fille.
Mersin Le Lycée d'Arslanköy La Compagnie de Théâtre présente :
LE CRI DE LA FEMME
Les femmes peuvent crier, et les hommes ?
INTERDIT DE COLLER DES AFFICHES
C'est la scène de la belle-mère.
Comme je ne suis pas une belle-mère, Je ne sais quoi dire à la belle fille.
Je les ai écris ici, comme ça je n'oublie rien.
Tu crois qu'un ours affamé danse ? Allez-vous gagner votre vie avec ceci ?
Voilà le quatrième doigt.
Et le cinquième...
Ho ! M. Hüseyin est là !
Il y aura un ou deux discours avant la pièce.
Une de vous devra dire quelques mots.
Ne me dites pas que ça doit être moi. Vous pouvez très bien le faire.
Si je dis que je me sens assez en confiance, c'est déjà évident M. Hüseyin.
Je suis peu cinglé. Mais ce que je veux, c'est que vous parliez aussi.
Je veux bien parler, mais je suis trop émotive.
Je n'essayerai même pas.
D'accord, je ferai le discours.
Si quelqu'un s'oppose, dites-le tout de suite.
Behiye, tu veux parler aussi ?
Et si on faisait comme ça ? Tu parles au début en tant que réalisatrice.
Puis Behiye pourrait présenter les actrices...
dire pourquoi vous avez choisi de monter cette pièce.
Vous dites : je suis la réalisatrice, je sais tout. Vous avez dirigé ou pas ?
Comme vous pensez que j'en fais trop, en plus que je ne suis pas acceptée...
comme directrice depuis le début. Alors dans ce cas, trouvez une autre...
qui ne vous mette pas de pression !
Tu veux diriger mais tu ne peux pas.
Si tu crois que tu peux, vas-y alors, fais-le.
Mais Behiye, écoute.
Je peux pas faire les sacrifices que Ümmüye fait. Tu pourrais ? Non plus.
- Je ne peux même pas appeler tout ces gens. - Alors il faut accepter.
Chacun ses idées. Il faut prendre les opinions de tout-le-monde.
Je suis furieux des autres aussi. Zeynep voit ce que je veux dire.
Vous dites que chacun à la liberté de s'exprimer.
J'observe, je ne dis pas grand chose.
Parce-que dès que j'ai une idée...
dès que j'ouvre la bouche...
avant que tu dises 'Zeynep a tort.' les autres disent 'Ümmüye a raison.'
C'est tout ce qu'elle veut dire.
Ce n'est qu'en discutant qu'on peut résoudre ces problèmes.
Tous les artistes ont les mêmes problèmes que vous.
Ne pense même pas que si tu me traites ainsi, je vais partir. Je ne partirai pas.
Je resterai ici jusqu'au bout.
Écoute, si tu dis une fois de plus que tu pars, je ne veux plus te voir.
Nous avons fait tout ce chemin ensemble et là tu dis...
'Je vais vous mettre à la porte'. Comment tu peux dire ça ?
- Tout le monde nous regarde ! - Je viens juste de m'exprimer.
Ça suffit, je m'en vais.
Est-ce que nous allons pouvoir montrer cette pièce ? Si tout-le-monde se moque ?
Et si nous n'y arrivons pas ?
Nous serons punis sinon ?
Et si tout-le-monde rigole ?
Priez pour nous, pour qu'on y arrive...
et que tout-le-monde nous applaudisse.
C'est mon seul souhait !
Notre institutrice disait, la douleur nous aide à mûrir.
Nous devrions toujours tirer des leçons de nos vies.
Dans ce village, les choses doivent changer.
Vous êtes d'accord ? Faisons une école pour ceux qui ont envie d'apprendre.
Et que le théâtre soit notre voix !
Ma belle-fille a perdu la tête ! Elle contrôle l'esprit de mon fils.
Elle se prend pour une actrice ! Se lève devant tout-le-monde, comme un clown.
C'est quoi cette femme ! Quel enfer !
Mais ma fille, un ours affamé ne danse pas ! Allez-vous gagner votre vie avec ça ?
Oui, nous donnerons l'argent à l'école.
Avec vos pantalons pourris, qui est-ce qui vous payera pour regarder ça ?
Je vous préviens. Faites ce que vous voulez !
Merci beaucoup.
Non ! C'est pas la scène du mariage...
Je vais voir l'institutrice.
Comment vous trouvez M. Hüseyin ?
La pièce est prête.
Nous allons répéter chez nous, et les profs nous aideront.
- Vous croyez qu'on y arrivera ? - Vont-ils se moquer de nous ?
Laisse les faire. Si vous vous croyez en vous, le reste n'a pas d'importance.
- Vos maris vous autorisent-ils ? - Oui.
De quoi vous vous inquiétez alors ? On s'en fout ! De quoi avez vous peur ?
Arrêtez ! Vous devriez me tenir au courant de toutes ces bêtises.
Théâtre, réunions... Toutes sont des activités illégales !
Je vais vous mettre toutes en prison.
On est pas aussi conne que tu crois !
Nous n'avons rien fait d'illégal !
Si nous commettions un crime, là tu pourrais nous mettre en prison !
Théâtre ou quoi, sortez d'ici ! Regardez-moi ça !
Vous venez au théâtre, habillées comme ça !
Viens au bureau de police avec moi !
Qu'est-ce qu'un policier vient faire dans notre théâtre ?
Et si je m'en mêlais ?
Merde ! Mais qu'est-ce qui lui arrive ?
Vous avez vu ? Je l'ai pas touché, J'étais gentil, n'est-ce pas ?
Cette pauvre femme n'a vraiment pas de chance. Comme sa mère.
Elle a prit le premier coup par son père ; quand elle était encore dans le ventre de...
sa mère. Et le dernier, par le policier.
Qu'est-ce qui s'est passé, qu'est-ce qui a changé ?
Aytül a la même chance que sa mère.
Je crois bien que ce soit la fin de notre théâtre.
Aytül, tu croyais que tu pouvais changer la tournure du monde ?
Ce théâtre finira jamais.
Nous avons souffert, mais pas nos enfants.
Nous allons travailler et on y arrivera. On est des être humains ! Des être humains !
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