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L'HOMME DU BOIS BR�SIL
�a t'a plu ?
Merci. S'il vous pla�t, deux par deux.
Madame est fatigu�e, il faut comprendre.
Nous sommes critiques de th��tre.
Nous sommes venus vous voir et vous interviewer.
Apr�s vous avoir vu danser, cela nous para�t t�m�raire.
C'est une chance que votre g�nie vous ait conduite au Br�sil.
On dirait que vous �tes n�e en dansant,
portant aux cinq coins du monde
le scandale de votre personnalit�.
Avant ma naissance,
ma m�re se trouvait dans un �tat pitoyable.
Sa situation �tait si tragique,
qu'elle ne pouvait se nourrir que d'hu�tres
et de champagne glac�.
Lorsqu'on me demande quand j'ai commenc� � danser,
je r�ponds que ce fut dans le ventre maternel,
peut-�tre � cause des hu�tres et du champagne,
la nourriture d'Aphrodite.
Merci.
Madame �tait fantastique ! Sensationnelle !
C'est bien que vous soyez venus.
Allons-y !
Mes grands-parents ont failli faire de moi
une puritaine mystique,
pr�par�e pour l'h�ro�sme
et d�finitivement �loign�e
de toute expression sensuelle.
Quand j'ai commenc� � danser, encore enfant,
port�e par un irr�sistible �lan int�rieur,
la sensation de joie qui parcourait mes nerfs
�tait si puissante
que la simple suggestion d'un contact physique,
m�me imaginaire, me faisait fr�mir d'extase.
Je d�faillais,
atteinte par la piq�re � la fois douce
et douloureuse du plaisir.
J'avais envie de crier.
Comme si toutes les fibres de mon corps
avaient atteint ce paroxysme de l'amour
qui ne dure qu'un seul instant.
Comme si tous mes nerfs
vibraient d'une telle intensit�,
que je ne savais plus si je jouissais d'une joie sans fin
ou d'une douleur sans r�pit.
J'�prouvais des sensations
langoureuses et terribles,
comme si le plaisir me tuait.
Je d�faillais.
Mon �me �tait un champ de bataille
sur lequel Apollon, Dionysos,
le Christ, Nietzsche
et Richard Wagner
se disputaient le terrain.
C'est Doroth�e.
Elle habite chez nous.
Elle est danseuse aussi.
Quel �ge ?
Dix-huit ans.
Comme elle, il y en a des milliers dans le monde.
Tenez, �a vous appartient.
La culotte !
Passe-la moi !
Mais c'est quoi cette chose ?
Qu'est-ce que tu as dans la main ?
C'est exactement ce que je te demande.
On dirait bien une culotte de femme,
taille moyenne, ta taille, d'ailleurs.
Elle �tait l�, devant la porte d'entr�e.
Tu es devenu fou !
On t'aurait mordu les fesses ?
Un morceau de ta culotte �tait devant la porte
par laquelle tu aurais d�j� d� sortir depuis longtemps !
Mais je n'en porte m�me pas.
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
- Lala imagine des choses... - Ne la cache pas. Montre !
Quelqu'un a pris la culotte que j'ai achet�e au Grand Magasin ?
Il n'y a pas de culotte. Juste un morceau de tissu.
C'est Lala qui d�lire.
Au travail, Doroth�e. On y va ?
Le num�ro 1.
Attention !
1 et 2 et 3 et 4...
C'est l'intelligence romantis�e
qui a choisi les sujets po�tiques.
Mais le po�me peut aussi bien na�tre d'une pelure d'oignon
que d'un amour perdu.
La po�sie n'a besoin ni de l'obscurit� de la nuit,
ni de la solitude, ni d'heures mortes de silence.
Elle peut �tre provoqu�e par un cr�puscule
comme par une chemin�e d'usine.
Par le corps divin d'une femme,
comme par le dos bien poli d'une Cadillac.
Blaise Cendrars,
l'un des plus grands po�tes fran�ais d'aujourd'hui,
demande :
"La femme ?
"Mais... et l'ironie ?"
Les po�tes modernes ne se sont-ils pas
impos�s les th�ories d'Einstein,
les sports, le football, le t�l�graphe,
les Assembl�es Constituantes,
le cabaret, comme principe moteur du lyrisme ?
Sur la sc�ne de notre si�cle se joue cet op�ra bruyant � l'extr�me :
L'Homme dans la rue.
Jouons-le !
Bravo !
Merci. Merci beaucoup.
"...provoqu�e par un cr�puscule...
"...comme par une chemin�e d'usine,
"par le corps divin d'une femme...
"...comme par le corps divin d'une Cadillac."
Des chiffres, mon ami, rien que des chiffres.
"Tous les th�mes sont vitaux, il n'y a pas de th�mes po�tiques."
"Le sujet po�tique peut aussi bien na�tre d'une pelure d'oignon...
"que d'un amour perdu."
"Le po�te Guilherme de Almeida, toujours amoureux du t�l�phone."
"Luis Aranha choque sa bien aim�e avec un po�me �lectrique."
"La libert� des th�mes enrichit le po�te moderne...
"qui peut tout chanter : les d�couvertes scientifiques."
"Le po�te, d�sormais plus dans sa tour d'ivoire...
"re�oit le t�l�gramme de l'intelligence dans le tram...
"�minemment lyriques. Et tout nous int�resse. Tout !"
"Sur la sc�ne de notre si�cle...
"...se joue cet op�ra bruyant,
"celui de l'homme dans la rue. Jouons-le !"
Publiez-le !
Enlevez votre chapeau.
Viens l'enlever toi-m�me !
Il faut arr�ter de divaguer et se perfectionner.
Avoir une orientation de base.
Par exemple, la question de l'impersonnalit� dans l'art,
il faut la r�soudre.
Il est important d'�claircir des affaires scabreuses
comme celle de Victor Hugo avec Sainte-Beuve.
Une telle affaire annule tout. J'ai d�cid� de suivre un s�rieux programme d'�tude.
R�habiliter mon ignorance.
Portugais, arithm�tique, balistique, tout.
Je ne vois qu'une fa�on de me moraliser :
c'est de couper cette carotte que Dieu m'a donn�e.
J'ai eu une id�e compl�tement idiote :
enculer Martim Fontes !
Hier, nous �tions chez lui, un groupe d'admirateurs.
Il pense qu'ici, il n'y a pas d'opinion publique.
Il a �voqu� les intrigues dont il est victime.
J'ai band�.
L'heure est venue de prendre une d�cision irr�vocable.
Envoyer promener l'intol�rable jalousie de Lala
et l'�ternelle bronchite du mioche !
Il faut l'envoyer se balader,
royalement !
Et Doroth�e ?
Doroth�e est une divinit� descendue sur terre.
Tu aurais d� la voir dans la Danse des �l�phants, avec pantomime !
Un vrai g�nie !
L'autre jour, elle m'a montr� ses seins.
Alors ?
S'il y avait une force double, triple, multiple,
on les aurait toutes.
"Sous la forte pression du p�nis de Herr Eckstein."
Vous gaspillez l'�lectricit� avec vos lectures.
Tu veux peut-�tre qu'on soit incultes ?
Tenez, buvez.
Un grog au gingembre et aux cacahu�tes.
Pourquoi ? Nos comptes ne sont pas � jour ?
- Et hier ? - Avant-hier !
"Il est probable que pendant l'acte amoureux avec cet homme elle sentait
"le contact du p�nis sur son corps."
- Qu'est-ce que c'est ? - Freud.
"Cette perception r�voltante fut r�prim�e...
"et substitu�e dans sa m�moire...
"par la sensation innocente d'une pression sur les seins."
"Dora �voqua alors une sc�ne de sa plus tendre enfance...
"dans laquelle elle t�tait le sein de sa nourrice...
"tout en tripotant, en cadence,
"le p�nis de son petit fr�re."
"Il est clair que l'objet �rog�ne primaire,
"la pointe du sein, fut substitu�...
"par l'objet sexuel qui se pr�sentait, en l'occurrence :
"le p�nis de Herr Eckstein."
"Nous observons ainsi que ce fantasme pervers...
"de sucer le p�nis...
"est � l'origine innocent...
"puisqu'il renvoie au souvenir du sein de la m�re ou de la nourrice."
"Dans d'autres cas d'ailleurs, les pis de certaines vaches...
"jouent ce r�le interm�diaire...
"entre le sein et le p�nis."
C'est quoi �a ?
Une surprise.
C'est un nouveau spermicide.
On n'arr�te pas le progr�s !
Cela va bien nous servir.
C'est infaillible, un contraceptif fantastique.
Il faut l'introduire ?
Oui, un petit peu quoi !
Non, �a tue la po�sie.
Ne sois pas r�trograde.
C'est tout � fait moderne.
Les gens les plus avanc�s s'en servent.
- Juste un peu. - Non !
Doroth�e ! Que d'�motions cache un parapluie !
Je suis seule, terriblement seule.
Doroth�e, tu es la flexion dor�e,
la danseuse des tangos mystiques.
Tu es pour moi la source d'o� jaillit la po�sie.
M�me sans te conna�tre, on t'admire.
Seule, mais entour�e du plus beau des applaudissements,
l'acclamation de la jeunesse litt�raire !
Non, je n'en peux plus ! Cette femme n'est pas ma m�re.
C'est un coup mont�, les papiers, tout.
Elle dit que je perds mon temps avec vous,
que j'aurai des princes dans mon lit.
Fuyons vers l'�thiopie !
J'abandonne tout mais toi, plaque cette vieille.
Ils veulent tuer l'amour, tarir les sources,
�tancher la soif que j'ai d'un autre �tre.
Ils arrivent sur tous les fronts, de c�t�, d'en haut, par derri�re.
S'il vient, je te d�fendrai.
Si elle vient, je te d�fendrai.
S'ils viennent tous, comme une pluie de fl�ches,
Je te d�fendrai. Je te d�fendrai !
Tu ne veux pas m'�pouser !
Je ne peux pas, ma petite.
Si je n'ai m�me pas �pous� Lala, avec le gosse et tout !
Tu connais mon p�re, il me d�sh�riterait.
Il me faut du temps.
Je n'irai pas vivre dans cette pension.
C'est une bonne adresse,
nous y passerons le carnaval,
en attendant que certains prennent leurs responsabilit�s.
Pourquoi tu n'asperges que les autres ?
Pourquoi tu asperges tout le monde sauf moi ?
J'asperge qui je veux.
C'est mon "aspergeur" � moi, c'est Biriba qui me l'a donn�.
Tu ne m'aimes pas.
Vous me suffoquez ! Je pars pour Rio.
Je vais �tre actrice de cin�ma, jouer dans un film.
Lequel ?
"Amour et patriotisme".
Et qui c'est, le cr�tin de metteur en sc�ne ?
�a ne te regarde pas, je m'en vais pour toujours.
Va-t'en !
Doroth�e ! Esp�ce de pute, mille fois pute !
Notre grand amour, tu� par la jalousie.
Mon royaume pour un fauteuil roulant.
Me voici devenu critique de ma propre trag�die !
Elle aurait pu laisser une lettre �crite en violet.
Il aurait fallu veiller sur notre amour. Beaucoup.
Maintenant, tout est devenu possible.
Prison, tribunaux, maison de correction...
Chaise �lectrique.
Mme Corina, quel plaisir ! Asseyez-vous.
Il fallait que je vienne vous saluer, M. Coelho.
Votre po�me sur la petite chienne viol�e dans la rue,
que c'est �mouvant !
Cette description des souffrances morales
de la petite b�te.
Comme c'est humain !
Je dirai m�me plus : ce po�me me semble ironique.
H�las, je n'en suis pas l'auteur : il est de Silva Jardim,
d�c�d� r�cemment dans cet accident absurde.
C'est lui qui est tomb� dans le V�suve ?
Extraordinaire ! Quelle co�ncidence !
Mes amis, voici la belle surprise
que je vous ai r�serv�e.
Doroth�e, la future vedette
de Amour et Patriotisme,
un film br�silien tr�s important.
Elle va nous enchanter
par le tourbillon magique de son art
dont la splendeur reproduit
la divine flamme int�rieure des bacchantes de l'esprit.
Au piano, sa tr�s digne m�re.
Danse Doroth�e,
soleil levant � l'horizon de l'art national.
Mon id�al est de m�riter les applaudissements des familles.
Elle ne r�pond pas aux appels de S�o Paulo.
Fille de trois g�n�rations de putes.
L'homme est un microcosme,
comme qui dirait, un r�sum� de la Terre,
et donc, guid� par des lois immuables, �ternelles.
Je suis d'accord avec ces id�es
engendr�es par la science,
mais il y a quand m�me les �ruptions,
les cataclysmes !
Doroth�e est mon Etna en fleur.
La plus extraordinaire des putes.
Elle est partie pour Rio sans payer la pension.
Maintenant, elle fr�quente les pires milieux litt�raires,
le plus haut degr� de la b�tise nationale.
On va leur faire un croche-pied.
Ils vont se ramasser en beaut�.
Nous ne ferons pas de politique litt�raire.
De l'intrigue, oui.
� bas la rime riche et l'id�e pauvre.
Nous allons cr�er la femme moderne.
Cecil B. DeMille a tu� le mauvais th��tre fran�ais.
Mouill�s, enrhum�s,
rhumatis�s par une tradition
de larmes artistiques,
nous exigeons une intervention chirurgicale.
L'extirpation des glandes lacrymales.
� bas le b�illement comme sensation esth�tique !
Et vive l'audace vertigineuse !
Nous voulons des Dulcin�es athl�tiques.
Don Quichotte �tait un grand sportif, n� trop t�t.
Aujourd'hui il serait champion d'�quitation.
Nous ne cherchons pas � �tre nouveaux, nous sommes actuels.
La d�couverte du Br�sil, mais pas par hasard.
L'assainissement culturel commence.
Vive nous ! � bas vous ! Rassemblons les intellectuels,
m�me Aranha, ce rasoir.
La r�volution moderniste a commenc� !
Agile, le th��tre, fils de saltimbanque.
Agile et illogique. Agile le roman, n� de l'invention.
Agile, la po�sie, po�sie Bois-Br�sil.
Le th�me de notre art, ce sera les luttes
qui animent cette ville tentaculaire.
Des ouvriers qui revendiquent leurs droits,
des bourgeois qui d�fendent leurs coffres.
Des fonctionnaires glissant sur les rails des r�glements.
Des industriels qui se font concurrence.
Des aristocrates se pavanant dans leur faste.
Des politiciens assurant leur ascension.
Des femmes qui brisent leurs menottes s�culaires.
La po�sie est dans les faits !
Les taudis, dans le vert des bidonvilles,
sous le ciel br�silien, sont des faits esth�tiques !
Le carnaval � Rio est l'�v�nement religieux de la race. Bois-Br�sil !
Barbare et n�tre !
La synth�se, l'invention,
une perspective nouvelle, une nouvelle �chelle.
La langue sans archa�smes, sans �rudition,
la contribution millionnaire des erreurs.
Notre mani�re de parler, notre mani�re d'�tre.
J'insulte le bourgeois.
Le bourgeois-fric, le bourgeois-bourgeois.
La bonne digestion de S�o Paulo.
L'homme-courb�. L'homme-fesses.
L'homme pr�cautionneux, peu � peu.
Le c�t� professeur, la fatalit� du premier Blanc
qui accosta et domina la for�t vierge.
Tous � la centrale de ma rancoeur enivrante !
Haine rouge, haine cyclique !
Dehors !
Dehors le bon bourgeois !
Imagine-toi, j'ai r�v� que j'avais chang� de sexe,
et que j'�tais ta fianc�e.
C'est la d�ch�ance qui s'annonce.
Si je ne fais rien, ce sera la catastrophe.
Il faut agir avec �nergie, imm�diatement.
Kidnapper Doroth�e, la forcer � m'�pouser.
J'ai un plan, je ne peux pas la laisser finir ce film.
� la fin, elle sera oblig�e d'embrasser ce cr�tin de h�ros.
Nous partons pour Rio d�s aujourd'hui.
On l'attendra � la sortie de son h�tel.
Tu feras semblant de filmer.
J'ai d�j� lou� un camion et une cam�ra.
J'arrive en taxi.
J'assomme la vieille et je kidnappe Doroth�e.
Si quelqu'un intervient, tu cries : "On tourne !"
et personne ne r�agira.
Cam�ra ! Action !
Le lendemain, c'�tait l�, en gros titre d'un de ces journaux :
"La puissance des tropiques rend hommage � la star."
En dessous, une photo du baiser
avec l'�rection dans toute son �vidence.
Je l'avais pr�venue d'ailleurs,
que l'oeil de la cam�ra la souillerait d�finitivement.
Hier, j'ai eu une faiblesse, j'ai encul� Lala.
Mon attitude devant les faits est absolument sto�que.
Abstinence totale, isolement, assiduit� aux �tudes.
Je passe mes journ�es enferm� dans mon cabinet.
Hier,
un v�ritable Adonis est venu habiter en face.
�a fait deux heures que je suis plant�e l� !
Vous n'avez pas re�u mon t�l�gramme ? O� est l'autre ?
Il attend dehors, il n'a pas voulu entrer.
Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a ?
Quand m�me, Doroth�e !
Non seulement la photo est sortie dans le journal,
mais en plus, il �tait l�-bas, il a tout vu.
Vu quoi ?
Le baiser dans Amour et Patriotisme,
le h�ros qui bandait.
Qui bandait ?
Ne fais pas l'innocente.
Le h�ros a band� dans le film, c'�tait dans le journal,
et tout le monde l'a vu !
Tu trouves que c'est rien, toi ?
Ce n'est pas ma faute, elle est � moi, cette queue ?
Disons que la queue n'est pas ton attribut le plus notoire.
Certaines n�anmoins
s'av�rent �tre ta propri�t�,
plus ou moins priv�e.
Vous avez toujours cru que j'�tais une pute.
Si j'avais de l'argent, je prendrais le premier train
pour n'importe o� et je me ferais pute pour de bon !
Je n'y peux rien s'il a band�.
Oui et non.
Parfois, il suffit juste d'effleurer.
Parfois, un simple regard suffit.
Le film est un navet.
L'acteur est encore plus con que le metteur en sc�ne.
Et ils ne m'ont m�me pas pay�e.
Mon spectacle de danse a �t� un �chec total.
Les journaux se sont moqu�s, les amis ont disparu.
En plus, je vous ai trahis.
J'ai c�d� � des hommes
qui me harcelaient.
Maman me suppliait au nom du ciel.
Il ne s'est rien pass� de grave,
mais j'ai �t� infid�le � notre r�ve.
Je ne m�rite plus la vie que nous avions r�v�e ensemble.
Doroth�e, notre r�ve est invincible.
Ces critiques de Rio sont des abrutis.
Tu es un ange canaille, une artiste.
Nous allons te r�habiliter � S�o Paulo.
Au th��tre municipal, tu vas voir.
On ach�tera toute la critique.
Merci beaucoup.
Merci d'�tre venus.
Les critiques de Rio ont �t� tr�s injustes
envers notre petite danseuse.
Vous allez voir un spectacle
d'une grande simplicit�.
La critique de S�o Paulo ici r�unie
saura reconna�tre le talent de notre petite Doroth�e.
Le spectacle va commencer !
Mes jambes sont paralys�es.
Je ne peux pas danser.
Arr�te de faire des chichis.
Les critiques attendent, danse !
Que se passe-t-il ?
Elle a les jambes paralys�es.
Le num�ro va commencer, tu danses imm�diatement.
Mais aide un peu !
- Une seconde ! - Fous le camp !
Les critiques voudront bien nous excuser,
mais elle a eu un malaise purement psychologique.
- D�gage ! - Fils de pute !
Debout, t'es lourde !
Le tribunal pour enfants, vite !
- M�g�re ! - Salauds ! Revenez !
D�gage, je veux parler au juge pour enfants.
Parle � mon avocat.
C'est un cas grave, c'est ma cliente.
Non, ne posez rien sur cette table !
Mais enfin, que se passe-t-il ici ?
Votre Honneur, cette fille se fait exploiter et avilir par une femme
qui se dit sa m�re mais ne l'est pas.
�a suffit !
- Vous voyez, elle s'est �vanouie. - Cette femme est une prox�n�te,
une exploiteuse, une v�ritable m�g�re.
Ils ont kidnapp� ma fille. Bandits ! Salauds !
Esp�ce de cynique, ne fais pas semblant.
Je suis la m�re de cette ingrate, votre Honneur.
Je peux prouver que ce sont des crapules.
Celui-ci est un scorpion, celui-l� une araign�e rouge.
Je dois vous expliquer votre Honneur !
La petite sera recueillie au refuge Bon Pasteur.
Non ! Pour l'amour de Dieu ! Je suis la m�re de cette enfant !
�a suffit !
Quelles sont vos relations avec la mineure ?
- Qui est le p�re, le tuteur ? - La m�re ! Je suis la m�re !
�a suffit ! Silence !
Nous allons proc�der � une expertise gyn�cologique.
Votre Honneur, est-ce vraiment n�cessaire ?
N'�carte pas les jambes.
�cartez les jambes !
L�che-moi !
Dis-lui de me l�cher !
C'est bon de te voir !
"LE S�DUCTEUR N'EST PAS LE P�RE"
Tu as cru � cette histoire ?
Regarde mon ventre, tu crois que je suis enceinte ?
De Dieu, peut-�tre. Je suis une fianc�e de Dieu.
Je n'appartiens qu'� lui.
Je ne peux pas m'attarder.
Tiens, pour mettre sur la tombe de ton p�re.
Tu me laisses le journal ?
Je veux la photo comme souvenir.
Vous me pardonnerez mais
les Parnassiens sont d�pass�s.
Ce sont des machines � cracher des vers.
Les temps ont chang�.
Un homme d'affaires, par photomontage,
a r�ussi � toucher le m�me ch�que dans plusieurs banques.
Enfin quelque chose de nouveau !
Je veux tout savoir, racontez-moi tout.
M�me avec toutes ces hu�es, la Semaine d'Art a �t� un succ�s.
Le style orn� est mort.
Pas besoin d'�tre circonspect
pour renouveler l'art :
il suffit de ne pas confondre s�rieux avec barbant.
Vous avez bien fait de venir, nous avons � parler.
Le snobisme social ouvre ses salons � l'art moderne.
Ma ch�re Branca Clara,
quand on appr�cie les vitrines de nos grands magasins,
c'est le moment de retourner � Paris.
Paris ! Ce que je d�sire, c'est fuir, partir.
Jouer au golf, au badminton,
enfin me distraire, foutre le camp !
Nous, Madame, les po�tes modernes,
sommes des aspirines de folie et de fer rouill�.
Le Perce-Nues l�ve bient�t l'ancre.
Nous pourrions voyager ensemble.
Fantastique ! Quand partons-nous ?
Branca,
Branca Clara !
Que pouvons-nous attendre, apr�s tant de salles d'attente ?
Je suis une solitaire, chers Messieurs : l'ennui en premi�re classe.
L'existence pour moi est futile.
S�o Paulo, Paris, Louxor, Assouan...
les barrages du Nil...
rien ne me satisfait.
La vie est une b�tise, chers Messieurs.
Certes, aupr�s de vous, Madame.
Laissez-moi vous offrir ce petit sac rouge.
Cela vous donnera l'air tout � fait garce.
Pas tr�s �l�gant, peut-�tre, comme �a, dans la rue.
Mais la nuit, dans un lit,
je ne vous demande qu'un "apr�s-minuit" de nos vies.
Qu'est-ce enfin qu'un "apr�s-minuit" ?
Nous nous s�parerons ensuite,
mais il vous restera l'orgueil
d'avoir �t� aim�e par un po�te moderniste.
Vous m'envo�tez...
Arr�tez, par piti� !
Par l'�me de votre m�re.
Remplir vos poches
des plus luxueuses cigarettes � filtre drogu�.
Toucher les cheveux de votre corps �pil�,
le ventre qui indique le clito central de la Terre.
M. Oswald, tous les hommes qui m'ont approch�e
ont d�band�. Tous !
Je suis tr�s nerveuse.
J'ai r�v� que j'avais des relations sexuelles
avec le Christ et d'autres dieux !
C'est un peu trop quand m�me, vous ne trouvez pas ?
Vous savez ce que je pense de vous, Madame ?
Que vous �tes victime de vous-m�me.
Une victime impassible.
Expliquez-moi tout.
Cela nous est facile, Madame.
Permettez cependant une certaine d�sinvolture de la psychanalyse
pouvant aller jusqu'au cynisme de certains scalpels.
Je permets tout, Messieurs,
sauf une chose.
Une personnalit� capricieuse
qui n'ayant pas le bonheur comme loi
c�de tranquillement � la jouissance,
au plaisir-amphore.
Quel grand psychologue vous faites ! Putain !
Vous avez d�j� trop souffert.
Ne voyez-vous pas que vous ne souffrez plus ?
Vous vous trouvez dans un �tat
v�ritablement dangereux,
non pas pour vous-m�me,
mais pour la moiti� masculine de l'humanit�.
Notre foi en la vie
pourrait vous �tre utile en ce moment d�licat.
Notre permanente dynamite an�mique.
Non. Pourquoi recommencer ce jeu sans fin ?
Non, pour moi, c'est comme la course en sac...
�a ne m'int�resse pas, voil�.
Vous pouvez toujours envoyer
une d�claration d'amour par �crit, � ma cabine.
C'est le veilleur de nuit. Message pour Mme Branca Clara.
Entrez et lisez.
C'est long !
Lisez.
"Madame...
"notre orgueil s'est pli�...
"devant le piaillement de vos gestes."
"Vous remarquerez que dans ces quelques mots,
"n�gligemment jet�s sur un papier comme l'or d'un milliardaire...
"au hasard d'une roulette,
"s'�l�ve, tel un phallus sous un pantalon,
"la dure veine d'une personnalit�."
"Vous, par contre, n'�tes qu'une d�gonfl�e...
"que seules deux choses int�ressent :
"les l�vriers et le chewing-gum."
"Nous, au contraire, subissons depuis nos plus tendres ann�es,
"l'impact des ca�mans...
"et des vers de terre de notre pays natal."
"Vous cherchez la beaut� au-dehors,
"nous, � l'int�rieur."
"Vous aimez les caprices,
"alors que nous nous adonnons � la lutte virile."
"Pendant nos loisirs, nous nous entra�nons...
"au jeu difficile des coups bas."
"Nous avons en coffre un bonheur m�fiant...
"que nous avons conquis comme le restant des hommes,
"au moyen d'humiliations, vols et pirateries."
"En fait, il r�sulte de combines avec l'inexistant."
"Mais voil� que cette nuit, l'amour nous ensorcelle."
"Voyant d�filer sous le pont gaillard du transatlantique...
"l'humiliant mardi-gras...
"de tous ces ananas qui naviguent,
"nous comparons le m�pris solaire...
"de notre nouvelle amie,
"couch�e � cette heure, dans son lit orthop�dique,
"avec tout le reste."
"Sign�, Oswald."
St Joseph...
Patron des nigauds.
Quel baiser !
C'est descendu jusqu'en bas.
Comme les conseils de Miss Bankhurst me manquent !
C'est l� qu'il veut en arriver.
Je lui ai tout offert, pour la premi�re fois.
Mes seins sph�riques et menus, mon ventre.
Mais non, ses mains s'obstinent.
Il veut arriver au centre, � la division de mon �tre.
Il m'a fait toucher son pulv�risateur.
Il m'a l�ch� le minou.
Je ne savais pas que c'�tait si agr�able.
Et le contraire, alors !
Bonne id�e, capitaine !
Petite ing�nue.
� b�bord !
Excusez-moi.
� tribord, bordel !
Branca... Branca Clara.
Pourquoi ce suicide anesth�sique ?
Aimer est vulgaire, cher Monsieur.
Encore une dose ?
Merci, je suis pleine.
Je ne veux que me laver les mains et pisser.
Pas de lait de poule ?
Je crains l'a�rophagie.
Pour la premi�re fois, apr�s tant d'ann�es,
je sens mon coeur, mon fadasse de coeur.
Je caresse enfin quelqu'un qui est le bonheur en trois-pi�ces.
Attendrai-je en vain le bandit masqu�
pour qu'il prenne d'assaut mes perles,
qu'il ravage ma virginit� malsaine ?
Non, faisons-le maintenant !
L'estomac plein, d'accord ?
Ah, Paris, Paris...
Cit� Lumi�re !
La Seine, la Tour Eiffel, les bateaux-mouches,
le mus�e du Louvre, Pigalle...
Ma�tre, je voudrais
vous pr�senter ce tabac noir.
C'est un produit typiquement br�silien.
Manger, boire, fumer... et tomber !
La cacha�a...
Mon cher Jacques... La feijoada a pour moi un go�t de merde.
Mais cette cacha�a,
c'est absolument d�testable !
Quelqu'un nous regarde ?
Non, �a va.
C'est parti. Discr�tement.
Madame, sans vouloir offenser votre orgueil br�silien,
je vous dis que vous �tes une princesse russe.
Belle, g�n�reuse, aimable.
Votre atelier-palace est aussi original
que vos toiles sont simples et tr�s belles.
Les grands espaces m'ont toujours attir�e.
Mon cher po�te,
le voyage est le leitmotiv de ma vie.
Mais maintenant, je fais un voyage int�rieur
avec mes deux nouveaux amis,
et pas seulement spirituel.
Partir, voyager, quitter p�re, m�re...
chiens...
et amoureux ! � ce qui importe, l'aventure !
Qu'avons-nous actuellement au Br�sil ?
Une philosophie esclavagiste
ancr�e dans les profondeurs de la personnalit� nationale.
Le Prince Tovalu !
Voil� un magnifique exemplaire de nos racines culturelles.
Ma derni�re composition : "Le Pic-Vert Br�sil".
Je dirais que c'est une pi�ce rhombo�de,
pond�r�e d'un humour lourd.
On n'en voit pas le dessin, la ligne...
Oswald, je peux cogner sur cette tapette ?
� ton aise, ma ch�re.
Vous savez, M'dame, dans mon pays,
il y a un petit village appel� Br�sil.
Une corruption de "Br�si", vous comprenez.
C'est une ville de vieux esclaves
qui ont fait une illustre entr�e chez nous !
Le Br�sil en Afrique !
Ils avaient pris les noms de leurs ma�tres :
Nogueira, Camargo, Mesquita, etc. etc.
Que c'est mignon ! Vous, les n�grillons, �tes si d�licieux !
Je suis d�sol�, Madame. Je m'appelle Filet.
Veuillez vous asseoir, s'il vous pla�t.
Maintenant, je veux vous montrer mon dernier tableau.
Il s'intitule "La N�gresse".
C'est un portrait m�taphysique de ma m�re noire.
Une image qui sommeillait dans mon inconscient
et que j'ai fait remonter � la surface en lisant Freud,
qu'on m'a d'ailleurs fait avaler de force.
Qu'en pensez-vous ?
Mais... c'est m�m� !
Qui �a ? Le teinturier ?
Faites-le monter. Non, attendez.
Je le verrai demain � trois heures et demie.
Mon th� avec des toasts !
Comme tes bas sont fins. Ils sont r�sistants ?
Trois... quatre heures.
Comme vous �tes muets, sans esprit.
Des bouches se l�chant comme dans les meilleurs chenils.
Et moi qui me croyais cynique pour toujours.
Tu me parlais d'embellir les jours qui passent.
Avec quelqu'un d'autre, j'aurais ri aux �clats,
mais ta simplicit�,
ton c�t� barbare...
Je n'aurais jamais cru que vous �tiez si fort.
Tu t'enfermes dans l'atmosph�re que tu as cr��e.
La fornication est d�lectable.
Je suis le plus jeune et bel amour,
dans une nouvelle peau...
Tu es la r�ponse dans l'immense dialogue t�l�phonique de la vie.
Quand le fox-trot t'emballe dans ces h�tels,
dans la pourriture des orchestres,
je sens tes seins piquer mon coeur,
et je prends dans mes mains tes fesses chaudes,
muscl�es, charnues, comme dans les meilleurs charlestons.
Les effets de l'amour...
Aujourd'hui, j'�tais nue dans la chambre
et j'ai remarqu� que mes cuisses s'�taient arrondies.
Que mes petits seins s'�taient durcis
par le travail de tes mains.
Et comme �a chatouille dans le quiqui !
Ce n'est pas tr�s �clair�, en haut.
Voyons voir ces deux-ci qui ne sont pas mal.
Quatre jours o� joie et cort�ges populaires dominent la capitale.
Le carnaval est une f�te unique au monde.
M�me l'Antiquit�, avec ses bacchanales m�morables
n'a jamais vu pareil spectacle.
Une ville enti�re en pleine d�bauche.
Tu ne peux pas rater �a.
L'Almanach est plus symboliste, celui-ci est plus radical,
plus ironique, plus absurde, plus provocateur.
Paulo, mes yeux atteindront le soleil.
Le simple fait d'exister est un bonheur.
Gr�ce � toi, j'aurai une r�v�lation, le Br�sil.
Je suis heureux comme un roi,
libre comme un homme.
Allons-y, oui !
On ne vole que ceux qu'on aime.
Mal de mer, mon cher...
C'est toujours comme �a, ma petite Olive.
Partir est beaucoup plus amusant que revenir.
Surtout lorsqu'on revient de Paris !
Ah, Paris...
Si vous vous penchez un peu par-dessus l'oc�an,
vous verrez, cher Monsieur,
appara�tre le Br�sil.
Sous la forme d'une harpe ou d'un jambon
et bord�, au fond, par l'immense cordill�re des Andes.
On dit que m�me les oiseaux ont du mal � la traverser.
- Le Pain de Sucre est artificiel. - Mais quelle merveille !
Au Br�sil, les femmes sont si �l�gantes
qu'elles ne se contentent pas de taffetas.
Elles ont tant de bijoux,
que perles, rubis et diamants semblent
pleuvoir sur leur t�te.
Dans ce pays, tout est d�lice.
L'Indien n'a pas le verbe "�tre".
D'o� la difficult� m�taphysique d'en faire un animal moralis�.
� la limite, on n'arrive qu'� un chr�tien � quatre pattes.
C'est le pays o� naissent les "gens � queue".
Une queue, nous en avons tous, cher Monsieur.
La distinction vient de l'usage qu'on en fait.
Et pour cause, ch�re Madame.
Comme disait Montaigne : "Nous sommes tous des animaux."
Pas tous, cher Monsieur, pas tous.
Dans notre pays, Blaise,
nous en avons un qui s'appelle le paresseux.
Il a une grande touffe sur l'occiput
et se d�place si lentement,
que m�me en se pressant, il mettra plus de 15 jours
pour atteindre une pierre lanc�e par un enfant.
Mais nous avons aussi l'aigle du Sert�o.
Et des thouyous si grands
que leurs ailes d�ploy�es au vent ressemblent � des voiles latines.
M�me Saint Domingue a perdu patience.
Il disait :
"Puisque vous ne voulez pas entendre mes suppliques,
"c'est � coups de b�ton que je vous convertirai."
On dit que les Indiens sont tristes, est-ce vrai ?
Tous les animaux sont tristes apr�s le co�t.
C'est une r�gle universelle.
Qu'on le fasse dire � la Marquise de Santos.
Rappelez-vous de notre Seigneur.
Il habitait � J�rusalem et dans d'autres grandes villes.
Dans les petites, il ne faisait que passer.
Quatre si�cles de viande de boeuf, quelle horreur !
On va commander des grenouilles � la proven�ale, mon grand b�ta.
C'est d�licieux lorsqu'ils n'exag�rent pas sur l'ail.
Prenons les veuves,
l'une de nos principales sources de revenu.
Devant elles, il faut exag�rer nos difficult�s.
Nous pouvons ainsi obtenir des aum�nes consid�rables,
m�me s'il faut recourir � la violence.
Le champagne � Paris a beaucoup moins d'alcool.
Oh que c'est beau ! �a doit �tre d�licieux.
Voil� notre plat, sautant !
"Tupi or not Tupi, that is the question."
�tre ou ne pas �tre "Indien Tupi", telle est la question.
� bas les dictatures spirituelles !
L'important, maintenant, ce sont les dentures.
Vivent les grenouilles libres !
Piti�, Seigneur...
Les Indiens ne pratiquaient pas la piti�
mais le m�pris.
Hans Staden s'en est sorti parce qu'il a pleur�.
Votre archev�que Sardine, tout macho qu'il �tait,
s'est fait bouffer.
Pas par derri�re, bien s�r : on l'a mang�, vif.
Br�siliens...
Seule l'anthropophagie nous unit !
Nous sommes tous des anthropophages !
L'anthropophagie d�coule de la raret� de la faune.
C'est la base de l'esth�tique instinctive du Br�sil.
C'est la r�duction en miettes des idoles import�es.
C'est l'ascension tot�mique de la f�te nationale.
Je veux �tre couronn�e reine des anthropophages.
Laisse-nous faire.
Messieurs, il n'est de religion ni d'id�al
qui ne se discute � coups de poings.
Historiquement !
� bas le P�re Vieira, auteur de notre premier emprunt
pour empocher la commission.
� bas la basse anthropophagie
concentr�e dans les p�ch�s du cat�chisme.
Nous attaquerons cette ch�re colombe de la paix.
Parfois, je pense que Dieu, en d�clenchant le d�luge,
a commis Sa seule erreur : No� !
J'ai d�cid� de partir imm�diatement.
Aujourd'hui, la po�sie explose dans le monde entier.
Je suis venu vivre une aventure g�n�reuse.
Vous avez la chance de ne pas avoir de pass� livresque.
Que sont 3 ou 4 si�cles d'histoire
face � ce continent si sauvage et prolifique ?
Le temps qu'il faut aux vers pour d�vorer les biblioth�ques
et aux hommes pour ouvrir des clairi�res et s'y reproduire.
� bas les th�ories ! La civilisation, c'est �a :
l'�tablissement de l'homme dans un climat, � tout va.
Toujours faire nos achats au nom d'un ami
r�el et secret,
pour que ressorte mieux notre pauvret�.
R�v�rend, ne touchez pas � �a.
Ce sont des objets liturgiques, sans aucune valeur.
Ce sont des objets de notre culte.
Tout a de la valeur, � la douane.
Inutile d'ouvrir. Ce sont des instruments de la discipline.
Trente flacons de parfum.
C'est d�fendu, il faut d�clarer et payer les taxes.
Nous allons r�soudre �a entre nous.
Apr�s, apr�s.
Le Br�sil a besoin de main d'oeuvre.
Et vous �tes manchot, vous n'entrerez pas.
L�chez-lui le bras. Quel manque de respect !
C'est inadmissible !
Il s'agit d'un po�te, d'un intellectuel fran�ais.
Ce n'est m�me pas un ouvrier.
Et s'il en �tait un ? Sale type !
Ce n'est pas un immigrant, c'est un touriste.
�a, c'est bien le Br�sil.
Pays � la con !
Mais entrez, s'il vous pla�t. Un Fran�ais chez moi !
Quelle m�morable journ�e ! Je... Oh, excusez-moi...
Je suis au comble du bonheur, cher Monsieur.
Parce que vous �tes po�te et Fran�ais.
J'adore la France.
Mais aucun Fran�ais n'�tait encore venu jusqu'ici.
Vous �tes le premier !
Mettez-vous � l'aise, faites comme chez vous.
Breno est l� pour vous servir.
C'est trop d'honneur pour moi.
Permettez que j'aille prendre un peu l'air...
et venez me rejoindre apr�s, j'ai beaucoup � vous dire.
Merci, vous �tes tr�s aimable.
Breno, j'aimerais prendre un bon bain chaud.
M. Padroso est nerveux. Je le comprends bien.
Moi aussi, j'adore la France, Monsieur Blaise.
Ma fille aurait d� s'appeler Bataille de la Marne,
mais elle a fini par s'appeler Joffrinette.
C'est ind�licat envers Padroso, d'arriver � cette heure.
Non, ne vous inqui�tez pas.
Il n'y a pas d'heure pour Monsieur Padroso.
Parfois, il passe � table � deux heures du matin.
Nous avons l'habitude, il est "sublunaire".
Somnambule, vous voulez dire.
Non, "sublunaire". C'est la lune qui le fait marcher.
Breno, r�pondez-moi franchement.
Quel est cet animal couch� au-dessus de mon lit ?
Vous avez remarqu� ?
Il y a l� quelque chose qui nous �pie, qui bouge.
Ne prononcez pas son nom, la b�te nous �coute.
C'est le serpent � sonnette, seigneur de ces terres.
Breno, s'il vous pla�t, mon costume blanc.
M. Padroso doit m'attendre.
Vous voil� enfin !
Je veux vous montrer ma d�couverte :
une nouvelle constellation.
Je voudrais vous demander un service :
l'enregistrer officiellement � Paris.
C'est une chose que je veux faire avant de mourir.
C'est le plus grand hommage que je rends � la France.
J'ai rep�r� la Tour Eiffel
dans notre h�misph�re austral.
C'est la projection spirituelle de la France,
comme je l'ai communiqu� � l'Acad�mie des Sciences.
Il ne s'agit pas d'un caprice.
L'Institut ne m'a donn� aucune r�ponse
malgr� les documents annex�s,
comme la photographie astronomique,
qui ne laisse aucun doute quant � la v�racit� de ma d�couverte.
Et toutes les missives et les m�morandums
que j'envoie p�riodiquement depuis la Bataille de la Marne.
Venez, regardez.
Venez voir de vos propres yeux :
la Tour Eiffel sid�rale.
Quelle merveille !
C'est trop de grandeur. �a donne le vertige d'imaginer
que chacun de ces arbustes a pay� un gratte-ciel � S�o Paulo.
Qu'un autre a ramen� � Santos
un paquebot d�bordant de tout le luxe d'Europe.
C'est incroyable, mais pourquoi autant de caf� ?
Pourquoi ce besoin d�sesp�r� d'intoxication
de tous les peuples, � toutes les �poques ?
� chaque �poque, sa drogue.
D'apr�s nos amis modernistes,
la bonne affaire maintenant, c'est l'export-import de viande humaine.
De grands frigos, d'�normes abattoirs,
et la canaille en conserve.
Enfin la diversification des exportations.
La fin de la monoculture.
Comment ne pas �tre communiste si je suis moderne ?
Le prol�tariat s'organise pour l'assaut final.
Pendant que les riches font la f�te,
la domesticit� humili�e conspire dans les cuisines.
Un bourgeois oscille.
Vous vous trompez compl�tement.
Pas seulement au sujet de l'art : dans la vie aussi.
Vous �tes de petits bourgeois lancinants.
Ah, ce petit coeur trop vivant pour stagner !
Je suis une formation f�odale
en plein vingti�me si�cle !
Cette jolie planche sur laquelle tu es assise
manque de sentiments, Rosa.
Il vous faut comprendre l'art dans ses causes mat�rielles.
Le modernisme est l'apog�e de la bourgeoisie du caf�.
Vous, les modernistes, vous �tes comme le caf�.
Votre valorisation est tout � fait artificielle.
Nous, artistes anonymes de la R�volution !
Un petit bourgeois comme toi, marxiste par accident,
tu ne seras qu'� la remorque du prol�tariat.
Attention, je vais sauter !
La vie, c'est le choc des classes.
Mon Dieu ! La r�volte des archanges
a �t� la premi�re lutte des classes !
Tu fais l'amour avec moi ?
Avec nous !
La question sexuelle est secondaire.
Rosa, que penses-tu de l'anthropophagie ?
Je ne la pense pas, j'aime.
Et du modernisme ?
C'est comme la courbe du caf�. Maintenant, c'est en baisse.
Je me sens comme la classe moyenne...
entre la faucille et le marteau.
Quelle sexualit� croissante !
Le mouvement Bois-Br�sil,
c'�tait l'export-po�sie
contre l'import-colonisation.
L'anthropophagie, c'est le sommet de l'id�ologie.
La vague qui se dresse vers le futur.
Tout ce qui se dresse n'est pas mou.
Tel ton Bois-Br�sil !
Je ne suis pas venu au Br�sil pour faire du cin�ma.
Au contraire, je ne voulais m�me plus en entendre parler.
Mais, � chaque pas, dans ce merveilleux pays,
je disais aux amis qui m'accompagnaient :
"C'est trop beau, trop spectaculaire !"
On n'imagine pas un tel pays.
Silence ! Attention au chien !
Attention � la pente, doucement !
Attention ! Merde !
Le trou, je vous dis !
Qui a fait ce trou ?
Parcourant l'int�rieur du pays,
j'�tais si enchant� que j'ai achet� une for�t vierge,
non pas par esprit lucratif ou sp�culatif,
mais par esprit de retour.
En arrivant en France, je chercherai le financement
pour tourner un film ici, un film de propagande...
- "L'ind�pendance ou la mort !" - "Longue vie au Br�sil !"
mais un grand documentaire, captant fid�lement la r�alit�.
Mes stars seront les stars du Br�sil :
la nature, la lumi�re, la for�t vierge
et l'un de ces grands fleuves g�ants, comme le Ti�t�,
qui marquent historiquement la p�n�tration de la for�t.
J'ai entendu dire, Gouverneur, que vous aviez une manie :
l'Histoire.
Un ami m'a racont� que votre th�se de doctorat
retra�ait l'histoire d'une famille de S�o Paulo.
Je l'ai lue. Me permettriez-vous
de l'utiliser pour mon film ?
Non seulement je vous autorise � utiliser ma modeste �tude
pour votre film, mais en outre
c'est un honneur pour moi de le financer int�gralement,
puisqu'il s'agit d'un film national � 100 %.
Pr�venu par mes amis, j'ai pris la libert� de solliciter
aupr�s du Secr�taire des Finances
un bon du Tr�sor Public de 50 millions,
que je signerai et vous remettrai imm�diatement.
C'est une mission secr�te. Putain !
D'ici, on ne peut pas atteindre le Palais du Gouverneur,
mais le Secr�tariat de D�fense est dans notre ligne de mire.
Ne serait-ce pas une mission pour notre agent double ?
Un soul�vement militaire ?
Ils vont bombarder le Palais ?
Le seul lieu s�r est le Secr�tariat de D�fense ?
Allons-y imm�diatement.
C'est la premi�re fois dans l'histoire de la balistique,
qu'au lieu que ce soit la balle qui cherche l'homme,
c'est l'homme qui cherche la balle !
Ce n'est pas une r�volution ! D'un c�t� comme de l'autre,
ce sont des b�n�ficiaires du m�me int�r�t,
actionnaires de la m�me masse en faillite.
Il faut choisir et se ranger du c�t� des exploit�s
contre les grands trusts parasitaires
qui vivent de notre bain turc de peuple laboureur.
Vous avez cru � la com�die de la haute soci�t�.
Vous vous �tes laiss�s contaminer,
enliser dans la boue de cette bourgeoisie perverse.
Et voil� que celle-ci se d�fend � peine.
Mais je ne veux plus en faire partie, je la quitte !
Aujourd'hui, m�morable journ�e,
nous nous sommes d�barrass�s de deux grandes salopes :
- Branca Clara... - ... et la bourgeoisie !
Bravo, camarades !
Elle n'est pas belle, ma mis�re ?
Tr�s belle C�sar. Je ne veux plus la quitter.
Rien de meilleur que la bouffe r�volutionnaire de chez C�sar.
On dit qu'ici, ce n'est pas une maison, mais un poulailler.
Camarades, nos deux amis
�taient jusqu'ici des clowns de la bourgeoisie.
� Londres, barbu,
j'ai crois� Karl Marx, sans savoir qu'il existait.
Je me suis enlis�, � plusieurs reprises,
dans les tranch�es r�actionnaires.
Pour moi, le contraire du bourgeois
n'�tait pas le prol�taire, mais le boh�mien.
L'�pitaphe de ce que j'ai �t�
sera la notice n�crologique de la bourgeoisie.
P�d�s, opportunistes et insurg�s,
conservateurs et sexuels,
maintenant ils seront, au moins,
les fers de lance de la R�volution Prol�taire.
T�che h�ro�que, pour qui a �t� enfant de choeur,
danseur de quadrille � Minas
et Turc dans un bal masqu� en croisi�re.
Je sais que le chemin est ardu,
les vices et h�sitations innombrables.
Mais il est impossible de revenir en arri�re.
Ma montre ne marche qu'en avant. L'Histoire aussi.
Voici mes fils : Marx et Engels.
Camarades, l'imp�rialisme se d�fend.
Ils veulent �touffer la r�volte
que m�nent les exploit�s.
Les �tats-Unis nous envoient le cin�ma.
L'Angleterre, le football. L'Italie, les cur�s.
Et la France, la prostitution.
Camarades, le cunnilingus, c'est de l'imp�rialisme ?
Un peu plus de s�rieux, la lutte est proche.
Le camarade veut diviser les masses !
Salir l'image de nos cadres
et prendre la direction du mouvement gr�viste.
� bas les "caudillos" du mouvement ouvrier !
L'avant-garde bourgeoise se dissimule
dans les organisations Prol�taires sous le nom de gauche.
Camarades ! Il faut �viter l'immobilisme id�ologique.
La bourgeoisie a perdu sa raison d'�tre.
Elle s'�miette et se divise.
Le bon bourgeois d'aujourd'hui
peut �tre le r�volutionnaire de demain !
Un bourgeois est toujours un bourgeois, merde !
J'ai abandonn� pour toujours la porcherie morale
et politique de la bourgeoisie.
Je prouverai par la lutte que c'est vrai !
Ta ligne politique est parfaite.
Nous sommes ici pour faire la gr�ve, sans plus attendre.
Les patrons nous enl�vent le pain de la bouche,
diminuent nos salaires.
On ne peut pas accepter !
Nos enfants ont faim ! Gr�ve !
L'heure est � la lutte. La nuit, nous n'avons plus la force
de bercer nos enfants.
Mais les lamentations affaiblissent la gr�ve.
Il faut s'unir pour lutter contre la bourgeoisie
qui fait de nous des loques
et qui nous suce au sein la derni�re goutte de lait
pour vivre dans le champagne et le parasitisme.
Camarades, chers camarades, les salaires sont en retard.
Les patrons vivent dans le luxe,
mais nous ne serons pas �ternellement esclaves !
La bourgeoisie se d�fend avec ses laquais arm�s.
Mais nous aussi
nous avons nos d�fenseurs : nous-m�mes !
Camarades, formons un front contre les bourgeois.
La r�pression polici�re nous incite � lutter.
Pour la libert� de nos compagnons emprisonn�s.
Pour la gr�ve !
Camarades, pour la gr�ve g�n�rale
contre la bourgeoisie et ses laquais arm�s !
Soldats, ne tirez pas sur vos fr�res.
Retournez vos armes contre les officiers !
Ils tuent les ouvriers, mais le prol�tariat ne meurt pas.
Assassins ! Salauds !
Rosa, tu connais l'histoire de la petite vieille
qui refusait d'ouvrir sa porte,
croyant qu'on venait lui r�clamer le loyer,
alors qu'il s'agissait d'un ami
qui lui apportait un don en argent ?
Je sais que tu ne refuseras pas la parole de Dieu.
Tu peux ouvrir.
Je vous avertis, il vaut mieux ne pas entrer.
Vous savez,
ce n�gre qui est mort pendant le meeting,
il n'y avait personne � son enterrement.
Commissaire, � l'enterrement du Christ,
il n'y avait que 3 personnes.
Je vous avertis, je m'en lave les mains, vous �tes responsable.
Tous ont p�ch�, Rosa Lituana...
Tu n'es pas une exception, moi non plus.
Si tu te demandes que faire dans le monde actuel,
que faire de ta propre vie,
�coute la r�ponse de la Bible :
"L'importance des oeuvres."
"Ni tous qui Me disent : Seigneur, Seigneur..."
Elle est folle et dangereuse, cette fille est violente !
L�chez-la, esp�ce de sorci�re !
Rosa, je vais te faire sortir d'ici.
Les catacombes lyriques ou bien s'�puisent,
ou bien m�nent vers les tranch�es politiques...
Prenez place dans vos chars, intellectuels de merde !
La joie est la preuve par 9 !
Vous aimez la bi�re ?
Pour la vendre. Je ne bois que du champagne.
Je suis comme mon ami Ford, je ne roule qu'en Rolls-Royce.
Monsieur, excusez ma timidit�...
Cl�op�tre, la reine de ce bordel.
Dommage que Cl�op�tre n'ait pas r�gn� sur la Gr�ce.
L'homme a vaincu la femme
et elle a couronn� la t�te du vainqueur.
Spermatozo�des, voici votre prison :
la capote anglaise ! J'aurais voulu l'inventer...
Qu'est-ce que c'est que cette orgie ?
Le premier qui parle aura un coup de canon dans le cul.
Aujourd'hui, personne ne baise ici !
M�me pas par derri�re !
Mais on n'a m�me pas encore gagn� la bouffe !
"Piti� pour les filles de joie !"
"Seigneur, donnez-nous notre pine quotidienne..."
"N'oubliez pas que vous-m�me avez d�j� fait le trottoir."
Chaude pisse !
Chancre dur ! V�role !
Il faut r�glementer cette profession !
Pacifistes de mes fesses !
La fonction de la femme n'est ni de baiser ni d'accoucher.
Ce qu'il faut, c'est jurer all�geance au drapeau !
Rappelez-vous vos tantes, les Amazones.
Votre grand-m�re, Jeanne D'Arc,
et la Br�silienne, l'h�ro�ne Pulqu�ria,
qui a allait� dix-huit sergents � elle seule
pendant la Guerre du Paraguay.
Trouve une bou�e, il faut se jeter � l'eau.
Matelots, savez-vous baiser ?
Oui, oui !
Alors vous savez manger. Pour manger et baiser,
tous les hommes sont pr�ts.
Y'a plus d'�ther. Gar�on, du whisky !
Marins, levez-vous !
L'esprit de r�volte est arriv� au fond des soutes,
o� vous br�lez vos veines.
Maintenant, c'est vous qui allez danser,
et vous patrons, au travail !
Je vais appeler la police.
Organisez une milice avec des fils de riches.
Le socialisme, c'est le pouvoir des soviets,
plus l'�lectricit�.
L'aviation navale nous a abandonn�s.
La d�cadence du mariage monogamique,
la ruine de la morale bourgeoise...
Il �tait clair que la lib�ration �tait proche.
En finir avec la r�pression morale des v�tements !
C'est l'habit qui fausse la v�rit�.
Moi, je suis nudiste par hygi�ne.
Quelle id�e !
Se jeter � l'eau pour exposer des id�es !
Passer du cheval paysan au cheval vapeur,
passer d'un animal � l'autre :
voil� la grande m�taphore l�niniste.
Ce salopard me le paiera.
Il a d�truit deux bungalows qui m'appartenaient.
Il faut faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard.
Cette nuit, on m'a appel� � deux heures du matin,
et tu sais pourquoi ? Pour m'envoyer chier !
Tu ne convoiteras point l'homme ou la femme de ton prochain.
Tu ne voleras point.
Tu ne prononceras point mon nom en vain.
Aime-moi par-dessus toute chose.
La paix soit avec vous !
Le Christ en train d'endoctriner des autochtones !
Matelots, attrapez-les !
Cet homme a introduit le surnaturel dans la procr�ation !
Vous n'allez pas nier que le Sermon sur la Montagne
n'�tait qu'une provocation. �a servait l'empire romain.
Vous ne pouvez pas nier vos relations secr�tes avec Pilate.
Vous �tiez tous int�ress�s par le monopole de l'huile d'olive.
Je ne voulais que le bien !
Bon, alors expliquez ce texte, Matthieu 5, verset 35 :
"Accommode-toi promptement avec ton adversaire,
"pour qu'il ne te mette en prison."
J'ai pr�ch� : "si quelqu'un te frappe sur la joue droite,
"tends-lui l'autre aussi."
En langage politique, cela veut dire :
si les Romains te prennent la Jud�e, c�de-leur aussi la Galil�e !
� Geths�mani, lorsque le groupe d'auto-d�fense,
conduit par Pierre,
a arrach� l'oreille du flic qui t'avait arr�t�,
tu la lui as remise en place.
- Toi ! - Toi !
La religion, ce n'est m�me pas de la folie, c'est de la magouille.
Pas �a !
Arr�te ta magie !
On se casse. C'est ringard...
Il faut cr�er, par la p�d�rastie,
des amiti�s et des relations vigoureuses.
Pas possible, parce qu'entre la bite et le cul,
on a �lev� un vrai mur.
Nous avons captur� la fianc�e du soldat inconnu.
Quelle magnifique proie ! Agenouillez-vous.
Tu ne m'auras jamais !
Je peux attendre. �a c'est du roc, emmenez-la !
Et cette petite bourgeoise, qui est-ce ?
Marianette.
- Quel �ge ? - 20 ans.
Quel est ton plus grand d�faut ?
�tre capricieuse.
Que devons-nous inculquer aux enfants ?
Des id�es religieuses.
Quel est ton id�al ?
Poss�der une d�capotable.
Qu'est-ce qui provoque la ruine d'un pays ?
La r�volution.
Qu'est-ce que tu veux �tre ?
Une femme envi�e...
Quel est ton passe-temps pr�f�r� ?
Danser.
Qu'est-ce que la jalousie ?
Sans jalousie il n'y a pas d'amour.
Qu'est-ce qui t'ennuie le plus ?
Devoir travailler.
Voil�, la transformation de la sueur en cocktail.
Le Christ, au moins, �tait fils de sa m�re.
Oui, parce que le Saint-Esprit, c'est la pine tribale.
Nous construirons ici le socialisme.
Concours de poules pondeuses,
�tables chauff�es, le travail quotidien
dans la neige printani�re et dans la chaleur de l'�t�.
Ni l'amour de la patrie, ni Dieu,
ni l'hypocrisie honn�te,
mais les troupeaux organis�s,
le tracteur, le path�tique de l'�cr�meuse collective :
la fin de la magie.
Remarque, sans myst�re,
on n'arrange rien, sans magie, sans tromperie.
Vive le matriarcat !
La femme commandant et croquant l'homme.
Le dogme de l'Immacul�e R�volution est proclam�.
Nous construirons la soci�t� du d�sir.
Judas !
Croquez-le ! Arrachez-lui la queue !
Du calme, parlons-en.
Pas avec les dents !
Nous ferons la R�volution Cara�be !
� elle seule, elle surpassera la Fran�aise,
la Bolch�vique et la Surr�aliste r�unies !
Allez vous faire foutre ! R�volutionnaires de merde !
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