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AU-DESSOUS DU VOLCAN
CUERNAVACA, MEXIQUE 1er Novembre 1938 - Le Jour Des Morts.
Pourquoi as-tu peur de moi ?
Je t'aime. Je t'aime.
Tu es venue au monde pour moi.
Tu ne me connais pas ?
Juste à l'heure. Exactamente.
Le inglés est toujours ponctuel.
Vous allez à la Croix Rouge, je crois.
C'est bien.
Très bien.
Mais quelque chose ne va pas.
Je sais, señor. Vous avez pas de chaussettes.
Exact. Pas de chaussettes.
Avec cette espléndida vestimenta, il doit y avoir des chaussettes.
- Vous voulez je vous en amène ? - No. Gracias. Pas nécessaire.
A propos, señor Bustamante, avez vous trouvé des lettres -
Can'tas - Des lettres qui m'étaient adressées ?
Non. Non, señor. Pas trouvé lettres pour vous.
Quelles lettres avez-vous perdues ?
Des lettres de ma femme.
De Yvonne.
Vous avez des nouvelles, alors. Que dit-elle ?
Elle revient au Mexique ?
Non. Je ne pense pas.
Désolé de vous voir séparés.
J'ai toujours eu une grande admiration pour señora Yvonne.
Je pense qu'elle revient.
Elle vous écrit, donc elle va revenir.
J'ai aussi reçu une lettre de son avocat.
Il semble qu'on soit divorcés.
- C'est vrai ? - Oui.
C'est vrai.
Laisse-moi partir !
- Je promets de revenir. - Tu mens.
- Non ! - Tu ne reviendras pas.
- Tu me hais. Tu me méprises. - Non. Non.
Menteur ! Hypocrite !
Les mains d'Orlac, non ?
Une bonne histoire.
Un homme est pianiste, mais perd ses mains sous un train.
On lui donne des nouvelles, mais c'est les mains d'un tueur.
Ces mains tuent des gens.
Mais son coeur non, et il est très, très désolé.
Ce sont des choses inexcusables.
Le destin du monde entier est changé, je pense.
Il n'y a qu'au Mexique que la mort est prétexte au rire.
Le jour des morts, quand leurs esprits nous reviennent,
le chemin depuis le ciel doit être rendu facile...
Et pas glissant avec des larmes.
Désolé, ma vieille. Tu ne peux pas entrer.
Ta robe est bien trop courte.
- Bonsoir, monsieur. - Comment allez-vous ?
- Comment allez-vous ? - Vous connaissez le docteur.
Oh, non, non. Pas de mezcal. Jamais toucher au mezcal.
Faudrait que je sois assoiffé pour boire du mezcal.
Le mezcal, c'est la tequila du pauvre.
Le mezcal, c'est pour les damnés.
Oh, Bon Dieu. Voilà la dernière explosion diplomatique qui arrive.
J'aimerais vous présenter Herr Krausberg, attaché allemand.
Herr Krausberg, M. Firmin.
Ancien consul britannique à Cuernavaca.
C'est un grand plaisir de vous rencontrer, M. Firmin.
- De même. - Un cocktail de champagne.
J'espère que votre prochain poste sera aussi beau que Cuernavaca.
- Pas de prochain. Je suis en retraite. - Oh, vraiment ?
"Coupé ce rameau qui pouvait pousser droit" ou quelque chose comme ça.
Je vais rester ici, au Mexique.
Oh, j'en suis fort heureux.
J'espère avoir une amitié avec vous...
Aussi proche, cordiale, que l'amitié entre nos deux nations.
En fait, Herr Krausberg, vous pourriez me rendre un grand service.
Je serais heureux de vous aider dans la mesure de mes moyens.
C'est à propos de mon frère - mon demi-frère.
Vous comprenez "demi-frère" ?
Mon père s'est remarié avec une beauté sud-américaine.
Hugh, journaliste. Freelance, un truc comme ça.
Il poursuit une rumeur en ce moment-même.
- Mais vous pourriez apporter votre lumière. - J'en serais heureux, si je peux.
L'Allemagne finance t-elle un mouvement nazi ici au Mexique ?
- Bien sûr que non. Votre frère, M. Firmin... - Demi. Demi.
Demi. Désolé. Votre demi-frère
souffre à l'évidence d'une imagination prolifique.
Ils s'appellent les sinarquistas, si je ne me trompe.
Non-sens. Juste une rumeur, comme vous avez dit.
De toute façon, nous sommes alliés, non ?
Depuis ce merveilleux accord entre votre Premier Ministre et notre Führer.
Alors trinquons, vous voulez ?
À la concorde de nos nations.
C'est une union, j'en suis convaincu...
Qui garantira la paix pour de nombreuses années.
Tchin, Herr Firmin.
Oui, exact. Le traité de Munich et tout ça.
"La paix pour le présent". Mais n'allons pas trop vite.
Pesons le pour et le contre. Comme les chemins de fer mexicains.
Ils ne veulent pas être pris par surprise.
Regardez leurs nouveaux horaires, les petits caractères.
Les cadavres doivent être transportés en express.
Chacun de ces cadavres express
doit être accompagné par un passager de première classe.
Maintenant supposons que le traité est caduc, c'est l'Armageddon sanglant.
Pensez-y.
Les chemins de fer se feront une fortune.
- Vous avez raison. - Mais pensez-y.
Tous ces maudits cadavres, chacun avec un ticket de première classe.
Absolument.
Il faudra plus qu'un jour des morts.
Un mois. Une décade.
Ce sera plutôt l'ère des morts !
Le monde entier apprendra à rire
à la vue de cadavres puants.
Oh, ha, ha. Maudit ha, ha, ha!
Oh, Bon Dieu.
Les trains express seront réservés des années à l'avance.
Des cadavres main dans la main avec des maudits passagers de première classe.
Faisant la queue sur des kilomètres en attendant leur transport.
Aha. Oui.
Mesdames et messieurs de la Croix Rouge...
Votre maudit travail est prêt pour vous.
On prépare le stockage de...
Le stockage d'une nouvelle fournée de cadavres dansant.
Construisez des dépôts spéciaux.
Faites-en des piles.
Ou serrez-les debout.
Non, encore mieux... Coupez-les en morceaux.
Découpez-les et stockez-les dans des sacs.
- Et peignez des croix rouges dessus. - Venez, señor.
Venez, amigo. Il faut vous éclaircir l'esprit.
C'est triste de passer votre vie dans une continuelle tragédie.
Ce n'est pas l'époque, bien sûr, c'est dans le coeur.
Je me suis réveillé un matin, elle était partie.
Rien. Juste une maudite note.
J'ai besoin d'elle.
Venez. Je sais ce que vous devez faire.
Venez avec moi. Ce n'est pas loin. Venez.
C'est la Vierge de Soledad.
La santa patrona
pour ceux qui n'ont personne...
Et ceux qui sont perdus...
Et les marins en mer.
Vous devez demander
pour votre esposa encore.
Demandez-lui.
Je ne peux pas.
C'est comme demander trois voeux à ma bonne fée.
Pardonne mon compañero.
Il est trop borracho pour prier.
Et il -
Il a perdu son esposa.
Et il demande ton aide.
S'il te plait.
Priez la Vierge.
Je meurs sans toi.
Reviens-moi, Yvonne.
Tu écoutes, Fernando ?
Sois très attentif. Une leçon. Une parabole.
Je te parle de responsabilité, Fernando.
Ce bateau était un profond mensonge...
Et j'en étais le commandant.
Ce bateau - Le S.S. Samaritan...
C'était son nom...
Avait l'allure d'une vieille grosse dame sans défense -
Un cargo chargé étendu lourdement sur la mer.
Tu écoutes, Fernando ?
...Coulant tous ce que les allemands pouvaient mettre sur notre chemin !
C'était au printemps 1917.
On a vu un périscope qui nous scrutait.
Tu écoutes, Fernando ?
Ils se préparent à nous aborder.
Et puis, la grande surprise.
Tu écoutes, Fernando ?
On fait tomber le déguisement.
Le prédateur devient soudain la proie.
J'ai eu une médaille pour la capture de ce sous-marin.
Mais j'ai d'abord été traduit devant la cour martiale.
Le mystère des officiers allemands disparus.
Tu vois...
Les restes de sept hommes...
Ont été retrouvés dans les cendres du four.
Plutôt horrible, hmm ?
Ça ne se fait pas, Fernando.
Les gens ne mettent pas d'autres gens dans des fours.
Yvonne.
Je suis revenue.
- C'est vraiment toi ? - Bien sûr, c'est moi.
C'est pas possible.
Je t'ai écrit que je venais. Tu n'as pas reçu mes lettres ?
J'étais pas sûre que tu étais encore là. J'ai dû appeler le Foreign Office.
Je suis toujours là, plus ou moins.
Je suis parti, une fois, la semaine dernière.
Un combat de taureaux, à Tomalin.
J'ai fini à El Farolito.
Mais juste pour boire, remarque.
Comment es-tu venue ?
En bateau, de New York.
- En avion depuis Veracruz. - Je vois.
Tu dois être épuisée.
Pas vraiment. J'ai dormi un million d'heures sur le bateau.
Le pire c'était le trajet depuis le terrain d'aviation.
En bus.
C'est les tremblements qui rendent cette vie insupportable.
ils s'apaisent, si on s'en occupe bien...
Avec les nécessaires gorgées, la dose thérapeutique.
- Prends un verre avec moi. - Toi, prends-en un.
Comment, à moins de boire comme moi,
peux-tu comprendre la beauté d'une vieille femme indienne
jouant aux dominos avec un poulet ?
On dirait que tous les taxis ont disparu.
- On marche ? - Pourquoi ? Qu'est-il arrivé à la voiture ?
Tu l'as pas encore cassée ?
En fait, je l'ai perdue.
Perdue ?
Repose-toi, tu dois être terriblement fatiguée, Yvonne.
Pas de marche. Asseyons-nous et attendons un taxi.
Pas du tout. Je crois que c'est toi qui es fatigué.
Oh, non. Ça va.
Heureux d'avoir de la circulation dans les vieilles jambes.
Ils t'ont dit, au Foreign Office, que j'avais démissionné ?
Que s'est-il passé ?
J'en avais juste marre.
Geoffrey, pourquoi n'as-tu pas répondu à mes lettres ?
Les tremblements, tu sais. Assez instable avec un stylo.
Tu aurais pu l'engager.
Chère Yvonne...
Je prends l'unique et facile sortie - Point-virgule.
Au revoir - Point.
Paragraphe suivant. Chapitre suivant.
Monde suivant.
Les tombes fleurissent doucement
Avec des fleurs parfumées
Un seul jour par an les morts revivent une journée
Tu te souviens cette chanson de Strauss, Geoffrey, "All Soul's Day" ?
Reviens-moi, mon amour, que je puisse t'étreindre
Comme cette fois en Mai
Comme cette fois en Mai
Qu'as-tu fait cette année, à part obtenir un divorce ?
La plupart du temps j'étais à New York.
J'ai eu un rôle dans une reprise de "Le Chapeau de Paille Italien".
Tu te souviens - Je jouais dans cette pièce quand on s'est rencontré ?
J'étais alors l'ingénue.
J'ai peur que ce soit du passé.
Cette fois, j'ai eu seulement un rôle. On a fini la semaine dernière.
Je vois.
Regarde, il a les yeux fermés. Le cheval connaît le chemin.
Oh, bonjour ! Regardez qui voilà !
Mon petit Oedipuss.
Bonjour !
Oh, te voilà.
- Tu penses qu'il m'a oubliée ? - Non, il ne t'a pas oubliée.
J'ai jamais cru que les chats sont attachés aux lieux et pas aux personnes.
Tu m'as manqué, Oedipuss.
Tu lui as manqué aussi.
Oh, tu m'as manqué aussi, Concepta.
Qu'est devenu mon beau jardin, mes camélias ?
Je crains que ça soit devenu un peu la jungle.
Mais regarde, admettons
que tu abandonnes une cité assiégée
et d'une façon ou d'une autre, tu reviens peu après,
tu peux pas t'attendre à retrouver les mêmes jardins verdoyants...
Les mêmes...
Bons vieux accueils ici et là, tu ne crois pas ?
Tu es revenue, ou tu es en visite ?
Je suis là, non ?
Hugh ! Viens ici !
Tu devinerais jamais qui vient d'arriver.
- Hugh est ici ? - Je ne te l'ai pas dit ?
Oh, il est revenu il y a quelques temps.
Directement de la guerre civile espagnole.
Il a joué à la Florence Nightingale pour moi.
Hugh. Où es-tu ?
Il était assez déçu à son retour de découvrir que tu t'étais enfuie du poulailler.
Je pense que tu lui a manqué autant qu'à moi.
Hugh. Où es-tu ? Où peut être le jeune chiot ?
Hugh ! Un émissaire te demande.
Le consul de Port-Cocu.
Viens donner à l'épouse un baiser de "bienvenue".
Oh, j'ai oublié. Il est à Mexico. De retour dans la journée.
Il a eu vent d'une rumeur et il -
Il l'a chassée comme une meute derrière un lièvre.
Geoffrey. Dis-le moi. Je peux partir.
Voici le remède de Hugh pour l'alcoolisme.
De la strychnine.
Il soudoie Concepta pour m'empoisonner.
- C'est terrible. - Ça l'est.
Tu veux un whiskey ?
J'ai pas encore pris de petit-déjeuner.
Geoffrey ?
- Geoffrey, prends-le. - Quoi ?
Bon dieu, bois-le. Je n'attends pas de miracle.
Non. Je m'en tiens à la bonne vieille médecine. Merci.
- Tu as vraiment démissionné ? - Absolument.
Finie la diplomatie pour moi.
Alors plus rien ne te retient vraiment ici.
La magie.
"Celui qui a reçu sur le coeur la poussière du Mexique
ne trouvera la paix dans aucune autre terre".
Mais plus rien ne te retient vraiment.
Rien n'est plus réel que la magie.
Bon, Geoffrey, on en parlera quand tu seras reposé.
Quand je serai sobre, tu veux dire.
Tu dois savoir que je ne suis jamais ivre, quelle que soit la quantité.
Je suis ivre dans le sens conventionnel, incohérent, titubant,
quand je n'ai pas bu.
Tu dois apprécier l'équilibre subtil que je dois atteindre
entre les tremblements du trop peu et les abysses du trop.
- Je l'apprécie. - Oui. Exact. Bien.
J'aimerais prendre un bain.
Prends ton verre.
Rien ?
- Bonjour, Quincey. - Pourquoi "bon" jour ?
Je viens d'inspecter mon paradis.
J'espérais un peu voir Adam sortir de là sur un tigre.
- Sur un quoi ? - Sur un tigre.
Je verrais bien des tas de tigres et des éléphants roses.
- A propos de votre chat, Firmin... - J'ai beaucoup pensé à l'Eden.
Trouvant le chemin depuis nos origines.
J'irai peut-être vivre parmi les indiens, comme William Blackstone...
Débarrassé d'inutiles privilèges.
Un homme inadapté - juste être là. Vous connaissez Blackstone ?
Ses hurlements infernaux nous empêchent de dormir la moitié de la nuit.
- Vous entendez pas ? - J'ai toujours admiré Blackstone.
Il vivait en paix parmi les indiens dans
ce qui est maintenant le Massachusetts.
Mais les puritains l'ont trouvé...
Et ont essayé de le ramener à une vie respectable.
Si vous ne faites rien pour votre chat, je m'en charge.
Mais Blackstone n'aimait pas les puritains. Oh, non.
Il n'aurait rien d'eux.
Donc il s'enfonça dans le milieu sauvage
et on entendit plus parler de lui.
J'étranglerai ce satané chat de mes propres mains.
Ne vous inquiétez pas, Quincey. Oedipuss hurlait pour Yvonne.
Et elle est revenue.
- Toc, toc. - Qui est là ?
- Cat. - Cat qui ?
Cat-astrophe.
Catastrophe qui ?
Cat-astrophysicien ?
- Un peu de petit-déjeuner ? - Déjà pris.
- Tu sembles exténué. - Non, ça va.
Tu as toujours fait ça -
Des morceaux de citron soigneusement coupés.
Tellement méticuleuse.
Tu te souviens des noms de mois, ceux du calendrier maya ?
- Pop. - Uo.
- Zotz. - Tzed. Xal.
Yaxkin.
Mac. Un s'appelle Mac, non ?
Il y a Yax et Zac.
"En ta mémoire, daté Zac le premier" ?
Mon favori c'était Uayeb -
Le pauvre petit mois avec seulement cinq jours.
Je désirais tellement ton retour.
Je ferai tout. J'arrêterai de boire.
Je ferai tout pour toi.
C'est nous - C'est nous à nouveau.
Oh, Geoffrey !
Je suis désolé.
Ce n'est pas bon, j'en ai peur.
Reste.
Où es-tu, mon vieux ?
Bonjour, Hugh.
Yvonne.
Eh bien, c'est absolument... je ne sais quoi.
Geoffrey m'a dit que tu étais là.
Vraiment ?
Vraiment.
Tu es superbe.
Toi aussi. Quel accoutrement.
- Comme le Ringo Kid. - Avec une touche de Saville Row.
- Je te croyais en Espagne. - J'y étais.
- Qu'est-il arrivé ? - Quoi ?
Pourquoi partir ? La guerre n'est pas finie, si ?
Eh bien, j'ai eu une sorte de blessure.
Hugh.
Sur le chemin de la bataille de Madrid. Tombé d'une ambulance.
Sept caisses de bière et six journalistes me sont tombés dessus.
C'est une cause perdue maintenant.
Franco a tous les soldats, les tanks, les avions...
Les Républicains n'ont que de bonnes chansons.
- T'es arrivée quand ? - Ce matin.
Où est-il,
notre monarque ?
Sorti. Pour une bouteille, je pense.
Tu es apparue... comme ça ?
- Quoi ? - Sans prévenir.
Mais non, j'ai écrit.
Pourtant je -
Je pense que je l'ai pris par surprise.
- Et sa réaction ? - Content de me voir, je crois.
J'en doute pas.
- Tu le trouves comment ? - Sa consommation ?
- Oui, sa consommation. - Une fois sur deux, je ne sais si il est ivre.
Il est bâti comme un taureau.
Je pense qu'il a plongé.
Après un tel retour de ta part...
... Il s'arrêtera peut-être.
Ouais.
Hé, tout va bien ?
C'est quoi le problème ?
Rien. Tout va bien.
Tout va bien ? Vous êtes étendu au milieu de la route.
Tout va bien, merci beaucoup.
Mon cher, vous étiez étendu là. J'aurais pu vous rouler dessus.
- Vous êtes sûr - Tout va bien ? - Oui.
Quoi ? Vous êtes sûr que ça va ?
- On s'est déjà rencontrés ? - Oxford ?
- Non, Cambridge. - Vous avez une cravate d'Oxford.
Elle est à mon cousin. On part pour le Guatemala.
On fait un petit tour des temples.
- Quel pays splendide, non ? - Splendide.
Vous êtes sûr qu'il n'y a rien de cassé ?
Non, rien de cassé.
Oh, cher ami. Cher ami. Voilà.
Ecoutez. On est au Bella Vista.
On pourrait aller à l'hôtel, et vous pourriez vous allonger un peu ?
- Non merci. - Non ?
J'ai toujours quelque chose dans la voiture pour les urgences.
Irlandais. Burke's irish.
Mille mercis.
Non. Allez-y, cher ami.
Quel savoir-vivre effrayant, mon vieux !
Je sais où je vous ai vu.
C'est vous le type hier soir qui a fait un discours.
- C'est ça, mon vieux ? - Tout à fait exact.
J'ai pas tout compris, mais ça avait l'air rudement bien.
Si vous êtes sûr que ça va, je ferais mieux d'y aller.
- Au top. - Ne tombez plus sur les routes, hein ?
Vous pourriez vous faire écraser ou renverser.
- Affreuse maudite route, non ? - Terrible. Terrible.
Oui. Le temps est splendide. Salut !
Faites-moi savoir si vous avez un problème.
Hé, Hugh ! Vieux serpent dans l'herbe.
- Salut, Geoff, mon vieux. - Quelle surprise l'apparition d'Yvonne, non ?
Ça mérite une fête.
J'ai oublié. Pas une goutte à la maison. Quel sorte d'hôte suis-je ?
J'allais chercher du champagne, et je suis rentré dans un vieux copain de fac.
Un homme larmoyant. Asseyez-vous, tous les deux.
Tu as parlé à Hugh de ton retour sur les planches ?
Elle a fait un come-back. Un grand succès.
Hugh a l'air bien, non ?
Le Mexique lui va bien. Tout bronzé.
Il a pris grand soin de moi.
Je crois que les résultats commencent à se voir.
Je me sens fort, comme un cheval.
Tout ça grâce au merveilleux remède de Hugh. Tuer ou soigner.
On pourrait tous prendre de la strychnine.
Vous voulez bien m'excuser ?
Amusez-vous quelques instants.
Je vais faire un peu de rangement.
Yvonne, pardon de demander ça...
Mais es-tu vraiment... de nouveau avec lui ?
Ou quoi ?
Je veux dire. J'aimerais savoir quelle est la situation exacte.
- Moi aussi. - Tu ne sais pas ?
Si. Je suis de nouveau avec lui.
C'est bon ?
C'est bon ?
- On est là, mon vieux. - Oh, Geoffrey.
Doucement. Voilà.
Je peux pas m'empêcher de sauter.
- Je me demande quel goût ça a. - Geoffrey !
Pas mauvais. Pas mauvais. Assez alcoolisé.
Un peu comme du pernod.
En tout cas, ça tient les cafards à distance.
Dans la douche.
Pas d'eau chaude !
Un petit cafard sur le mur...
Vous n'en avez eu aucun ?
Tu permets ?
- Tu te sens mieux ? - Un nouvel homme. Je revis.
Pas de passé, juste le futur.
Ne bouge pas.
Hé, écoutez. On devrait aller à la fiesta.
- Maintenant ? - Oui, demain ce sera fini.
On devrait, sauf, bien sûr, si vous êtes trop crevés.
Non, ça va.
Ne bouge pas. Je fais ton cou.
"Ne sois pas prudent", disent les mexicains.
Je reviens.
Très bien.
Elle a l'air bien.
- N'est-ce pas ? - Oui. C'est vrai.
Elle a l'air bien.
Je pense -
Je pense que je ne boirai que de la bière lors de notre sortie.
Le menton.
Rien ne vaut...
La bière -
La bière pour vous remettre d'aplomb.
Tu vois ?
Et puis -
Et puis retour à la strychnine.
La strychnine. Qui sait ?
Qui sait ? Je pourrais bien...
Je pourrais m'en tirer complètement.
- Tu devrais essayer. - Oui.
- Oui, oui. Oui, oui, oui. - C'est bon ?
Ecoute, Geoff - Devrais-je...
Devrais-je partir ?
- Partir ? - Oui.
Tout de suite, plutôt que traîner dans le coin.
Pour quoi faire ?
Je pensait que ça rendrait les choses plus faciles.
Plus faciles ?
Pour nous deux. Ici.
- Pour nous deux ? - Oui.
Yvonne est revenue, elle s'occupera bien de toi.
- Tu as peur de quoi ? - De rien.
Des ruses d'Yvonne ou de tes propres instincts ?
Bon Dieu, je pars ou je reste ?
Ça serait un peu bizarre que tu prennes la tangente.
Reste, Hugh.
C'est évident. Tu dois rester.
Prête.
Tu as l'air très... très.
Merci.
Attends.
Quoi ?
"On ne peut pas vivre sans amour".
C'est vraiment une belle journée pour une sortie.
On devrait pousser jusqu'à Tomalin après la fiesta.
Sans voiture.
Et ton sens de l'aventure ? On peut prendre le bus.
Faut être arrivé pour la charreada. Olé ! Et tout.
- On est prêts pour ça ? - "Prêts pour ça" ?
"Prêts pour ça ?" Quelle question.
Ils semblent si sereins.
Nos ange gardiens immuables.
Popocatepetl et sa dame endormie.
- On devrait leur rendre visite. - C'est l'idée.
Après la corrida, une visite au vieux popo...
Et on regarde dans le coeur ardent du volcan.
Une chose après l'autre, mon vieux.
Docteur Vigil !
Je suis content après cette nuit, que vous soyez parmi les vivants.
Bonjour, Docteur.
Heureuse de vous revoir.
- Vous êtes arrivée quand ? - Ce matin.
Miraculeux.
Vraiment c'est un miracle.
La nuit, on prie la Vierge pour ceux qui n'ont personne.
Moi et le consul, on prie pour votre retour...
Et vous voilà.
N'est-ce pas merveilleux ?
Geoffrey ? T'as fait ça ?
Remarquez, amigo, que Yvonne a quitté New York il y a plus d'une semaine.
Votre miracle arrive après les faits.
La Vierge, elle savait que vous alliez prier avant que vous priez.
C'est encore plus un miracle.
Le bon docteur marie la logique et la foi comme le lion et l'agneau.
Docteur, quelle serait votre prescription pour un cas chronique
de delirium tremens incontrôlable et totalitaire ?
Plus d'alcool est mieux, modérément.
- Exactement. Vous entendez ? - J'ai entendu "modérément".
Docteur, vous m'accompagnez, très modérément ?
Je ne peux pas. Je dois voir un enfant arriver.
Bon. Je vous laisse en famille.
Señora Firmin, vous êtes un vrai miracle.
Merci, Docteur.
C'est une belle journée.
On devrait avoir de l'orage.
- Tu l'as fait ? - Quoi ?
Le pèlerinage.
Je pouvais pas t'en parler franchement.
Les évènements de cette nuit sont assez sombres.
Nemesis: Une plaisante ballade !
Je suis au ciel !
C'est comme ça qu'on affronte la Faucheuse.
On lui offre un verre et une danse !
Vous me parlerez quand je serai parti ?
M'offrirez des crânes en sucre et en pain pour mon voyage dans le monde suivant ?
Absolument, mon vieux. Une fois par an.
On devrait écrire sur le Jour Des Morts.
- C'est déjà fait. - Oh.
Donne-lui une... Une interprétation marxiste.
En fait, j'ai décidé de troquer la vieille machine à écrire...
Pour un mousquet.
Je pourrais -
Je pourrais retourner en Angleterre m'enrôler dans la R.A.F.
La prochaine guerre se jouera dans les airs.
La prochaine guerre ? Toujours la même.
Oh non, non, Geoff.
Ce ne sera pas pour des territoires ou des possessions, mais pour nos âmes.
Nos âmes ? Ah, bien.
On les a toujours, alors ? Je pensais -
Non, je ne dois pas juger les autres comme je me juge.
Tu as une âme, Geoff. Une grande âme.
J'ai dû l'égarer, alors. Tu pourrais m'aider à la trouver, ma chère.
- On défie le manège ? - La machine infernale ?
Sans moi. Allez-y. Je vous rattrape.
- On rentre ? - Non. Allez-y. Amusez-vous.
Je vais prendre des forces pour le trajet en bus. Une gorgée, quoi.
Allez-y. Je vous rattrape.
Je pense que tu es sans doute revenue juste à temps.
Je devais venir plus tôt.
Pourquoi tu n'es pas venue ?
J'étais pas sûre qu'il le voulait. Il n'a jamais répondu à mes lettres.
Je ne crois pas qu'il les ait lues.
- Quoi ? - Tes lettres.
Il les transporte dans sa chemise...
Mais je pense pas qu'il les ait ouvertes.
Je ne les trouve pas du tout.
Pensez aux endroits où vous allez.
Pensez aux cantinas où vous allez tout le temps.
- Réfléchissez. - Bustamante.
C'est pas là.
El Popo ? Non. El Petate ? Non.
- El Farolito. - Non.
Señor cónsul, vous êtes jamais allé là-bas.
- Si, une fois. - Vous me faites une blague.
Les Gentlemens vont jamais à El Farolito.
Les boules des hommes deviennent bleues...
Ils sont malades, ils deviennent fous, et ils meurent.
Si quelqu'un est là-bas, je casse ce verre.
Croyez-moi, doña Gregoria, je suis aussi chaste qu'un prêtre débutant.
Pas besoin de casser mon verre.
Remplissez-le à votre santé, doña Gregoria.
J'ai fini par m'interroger.
Si un homme tient l'alcool aussi bien que Geoff, pourquoi s'abstenir ?
D'une certaine façon, Hugh, c'est pas très réconfortant.
Je sais pas du tout comment l'aider.
On devrait peut-être partir d'ici, de Cuernavaca.
- Trouver une ferme. - Une ferme ?
Une vraie ferme, avec une grange rouge, des silos, des cochons, des poulets.
Pas de pintades ? Ni de paons ?
- Ça serait pas fantastique ? - Non, je pense pas.
On a de l'argent. Assez.
Désolé.
J'imagine Geoff dans la luzerne...
avec bleu de travail et chapeau de paille, binant sobrement.
C'est pas obligé que ça soit aussi sobre.
Et si il déteste la ferme ?
Peut-être la vue d'une vache le rend malade.
C'est peut-être ridicule, mais c'est toujours mieux que rester assis ici à rien faire.
Laissez-moi passer.
À votre amour.
- Eh bien... - J'espère qu'elle revient bientôt.
En fait, c'est déjà fait.
Bon. Un jour, elle reviendra peut-être.
Elle est revenue. Ce matin, par le bus.
Señor cónsul, si vous aviez esposa...
Vous seriez tout à cet amour.
Car c'est beau d'avoir l'amour.
Mais votre esprit est occupé dans une chose.
Ainsi vous ne perdrez jamais la tête.
J'espère votre femme revenir bientôt.
Elle est là, maintenant. Dehors.
Vous pouvez y penser.
Non, une bouteille de habanero, por favor.
Vous savez, señor cónsul...
Je pense vous verrez votre esposa très bientôt.
Je vous vois ensemble...
Riant dans un très bel endroit.
Dans l'endroit où vous riez avant.
C'est parti.
Monte-les, cow-boy !
Allez, ma beauté !
C'est ça la vie !
Mes talons ont touché le ciel !
- Oublions la charreada, Geoff. - Absolument pas.
Direction l'arène !
C'est comme conduire sur la lune.
Je croyais que les divorcées ne portaient pas leurs alliances.
- C'est vrai. - Et alors ?
J'ai pas pu l'enlever.
C'est un maudit sinarquista. Regardez son insigne.
C'est sur eux que j'ai écrit.
Ceux qui ont reçu de l'argent des nazis.
Stop. Arrêtez le bus.
Je m'en fous.
Bon Dieu.
Geoffrey, c'est le joueur de flûte.
Un docteur à Tomalin ?
- Allez, Geoff, On le met dans le bus. - ... Pas toucher.
Non señor. Nous aller en prison...
C'est la loi. Vous serez complices.
Laisse tomber, Hugh. Voilà les autorités locales.
On doit l'aider.
Trop tard.
Vous faire quoi ?
- Vous tuer ? - Non, bien sûr que non.
- Vous savoir qui tuer ? - Non !
Il est mort, Hugh. Laisse tomber.
On l'a jeté de cheval.
Venait du marché...
T'aurais pu te faire abattre.
Vous voulez peut-être commencer avec "hin fish".
- "Hin fish" ? - Bon "hin fish."
Gin fizz.
"Hin fish" pour la dame.
Vous aimez les oeufs, señora ?
Oeufs bouillis ? Oeufs divorcés ? Oeufs minables sur toast ?
Pas d'oeufs "minables" pour moi.
C'est quoi ça ? "Poulet spectral de la maison ?"
- On essaie le poulet spectral ? - Ça a l'air divin.
Ah, voilà les cocktails.
Madrid, merveilleuse cité
Madrid, merveilleuse cité
Madrid, merveilleuse cité
Mamita mía
On voulait te prendre
Ils voulaient
Te prendre
Mais tes courageux enfants
Mais tes courageux enfants
Mais tes courageux enfants
Mamita mía ne t'ont pas fait honte
Ne t'ont pas
Fait honte
Et toutes tes larmes de chagrin
Et toutes tes larmes de chagrin
Et toutes tes larmes de chagrin
Mamita mía on les vengera
On les
Vengera
Bien. Très bien.
J'avais un ami anglais qui combattait en Espagne.
Il était là depuis le début.
Pendant la bataille de Madrid...
Il s'était caché avec une mitrailleuse dans la bibliothèque de la cité universitaire,
lisant Carlyle entre les attaques.
C'était un communiste.
Le meilleur homme que j'ai rencontré, je pense.
Il aimait le "vin rosé d'Anjou"...
Et un chien nommé Harpo.
C'est inattendu qu'un communiste ait un chien nommé Harpo.
Est-ce possible ?
On l'avait porté mort deux fois avant...
A chaque fois il était réapparu sur le front.
La troisième fois qu'il a été déclaré mort...
Personne n'a fait attention...
Ils s'attendaient à le voir réapparaître...
Vaillant comme toujours.
Eh bien non.
Une bouteille !
Quand je pense aux hommes que j'ai connus là-bas -
Ceux qui sont restés et sont morts -
Bon Dieu, je me sens comme un déserteur.
J'aurais jamais dû partir.
Tu disais toi-même que c'était une cause perdue.
Ma conscience me dit que ce n'est pas une excuse.
Que sais-tu de la conscience et de la culpabilité ?
Rappelle-toi à qui tu t'adresses.
Maître du S.S. Samaritan...
Dont les mains, ces mains-là - Los manos de Firmin,
Ont jeté sept officiers allemands dans son four ardent.
- Ce n'est pas vrai. - Un par un, le couteau sous la gorge.
Le récit enfle à chaque fois.
Geoffrey, tu sais très bien que ce n'est pas vrai.
La marine britannique ne décore pas les meurtriers.
J'ai pu le faire.
J'étais responsable. Officier commandant.
Ce sont des choses inexcusables.
Le passé se remplit avant qu'on le sache.
"Firmin innocent. Porte la culpabilité du monde sur ses épaules".
Porte aussi ta culpabilité, non ?
Il a invité
le coeur plein de poussière
qu'il possède.
Il est assez bon, en fait. Bien joué !
Etre matador, c'était un de ses vieux rêves.
Il fait des véroniques devant son miroir.
Olé ! Bravo, Hugh !
Toreador ! Toreador !
- Ecoute, Geoffrey. Regarde-moi. - Quoi ?
- Rien ne nous retient plus ici. - Non, rien ne nous retient.
- Partons ensemble. - Non.
Il n'est pas trop tard.
- On peut repartir à zéro. - Repartir à zéro ?
Oui, ailleurs. Un nouvel endroit nous donnera une meilleure chance.
Pourquoi pas ? Bon Dieu, allons-y.
Je t'aime. Je veux reprendre notre mariage.
Moi aussi. Moi aussi.
- Je me suis écroulé. - C'est pas grave.
- On irait dans le nord. Le Maine, ou le Canada. - Oui ! Oui. N'importe où.
Trouver une cabane en bord de mer.
Des falaises battues par les vagues. Une petite jetée dans une crique.
- On pourrait. Vraiment. Vivre de peu. - Oui. On pourrait.
Puiser notre propre eau. Tondre notre propre laine.
Après tout j'ai encore la force d'un cheval.
- Qu'y a t-il ? - Nous partons.
Vers le nord, où il y a de la neige et où l'année est divisée en saisons.
Une ferme avec une grange rouge ?
Non, non.
S'enfuir dans des terres sauvages comme ce bon vieux William Blackstone.
Apprendre à connaître les trappeurs et les pêcheurs.
Les derniers hommes libres sur terre.
Juste des grands pins. Pas de téléphone ni d'électricité.
Quelle vie. Un isolement tranquille.
Exact.
Coincés entre la forêt et la mer...
Là où le temps ne compte plus.
Yvonne fera de la poterie.
J'écrirai mes mémoires.
Aller toujours plus au nord chaque hiver.
Jusqu'au pôle. Porter des peaux d'ours. Mâcher de la graisse de phoque.
Construire des igloos. Vivre avec les esquimaux.
Quand le frère Hugh vient pour une visite,
tout droit venu en héros d'Espagne ou d'ailleurs,
Je lui montrerai l'hospitalité esquimau, et lui offrirai ma femme
pour aller au lit durant la nuit froide du nord.
Geoff, tu es sous l'emprise de quoi ?
De la sobriété, j'en ai peur.
Trop de modération.
Je dois boire désespérément. Retrouver mon équilibre.
Quel temps singulier ils doivent avoir passé...
Pagayant, jouant avec les seins et les tétons,
tandis que je combattais les rats et les cafards.
Elle m'a dit: "C'est pas trop tard".
Pourquoi, pas trop tard ? Pourquoi ? J'ai dis ça ? Non.
Je pensais que si. C'était légalement acquis.
C'est elle qui insiste pour dire que c'est pas trop tard
parce que elle peut pas enlever cette foutue alliance.
Geoffrey. Geoffrey, je suis venue...
Je suis revenue à toi.
Que puis-je faire de plus ?
Laisse-moi être ta femme.
A t-elle jamais été ma femme ?
Où sont les enfants que j'aurais pu avoir...
et qui se sont noyés
dans mille lavements ?
Hugh, au seuil du paradis...
Haletant sur ses branchies comme un poisson, les veines comme un cheval de course...
Vigoureux comme un bouc, chaud comme un singe, salé comme un loup fier.
Qu'ils se vautrent dans leur félicité avec ma bénédiction.
L'enfer...
A ma préférence.
Je choisis l'enfer.
L'enfer est mon milieu naturel.
Laisse-le partir, Yvonne.
- On peut rien faire quand il est comme ça. - Il va lui arriver quelque chose.
Il va boire jusqu'à ce qu'il soit sobre et rentrera à la maison dans la matinée.
- Hugh, Geoffrey avait raison. - On ne pourra jamais rien pour lui.
Il ne veut pas de ton aide.
Je veux la sienne.
Geoffrey !
Je te connais.
Mon homme anglais !
Mon ami. Ancien temps. Ancien temps.
Oh, content de te voir.
Tu étais très borracho. Tout le temps saoul. Je te paye à boire.
Tu veux quoi ? Je paye pour toi et pour moi.
Tu achètes, puis moi, puis toi.
Que veux-tu, mon homme anglais ?
Je te donne la belle fille ?
- No, gracias. - Toi toujours "no, gracias."
Pas bon, "no, gracias."
Je te donne la plus belle fille et tu dis "no, gracias" ?
Non, tu peux pas.
Partout.
Tu veux une petite fille ? Petra.
Je te donne une petite fille.
Tu veux la grande fille ? Sofia.
Je te donne Sofia. Grande fille. Tu peux le faire.
Tu veux un garçon ?
Je garantis tous propres.
Tu veux quoi ? Je fais un prix spécial pour mon ami.
- T'en penses quoi ? - De quoi ?
- Des oeuvres. - Quelles oeuvres ?
Les oeuvres - Dieu, la baise, le fric.
C'est déjà traité par l'ancien et le nouveau testament, et par Mozart.
Ce que l'un ne dit pas, l'autre le dit. Il faut brûler tous les autres livres.
J'ai raison ou pas ?
Tout à fait raison, mon ami.
C'est un trou du cul americano. Pas bon pour moi ou pour toi.
Moi pas aimer americanos. Pas amis de personne.
Trou du cul. Dehors !
J'ai quelque chose pour vous, señor.
Ma femme ramasse les oeufs pour les faire éclore.
Elle prend un bébé, le met dans le poulailler...
Et ce coq arrive et crève l'oeil du bébé.
Elle veut le tuer. Je lui dis "Non, tu peux pas le tuer".
C'est un bruto. Un coq très fort.
Vous savez ce qu'il a fait ?
Il a gagné sept combats de suite. Vous imaginez ?
Sept combats de suite. C'est un miracle ou non ?
Ah, voilà, señor.
Regardez. Vous les reconnaissez ?
Attends, hombre. Je te donne puta o putas.
Où est su señora ?
C'est aussi un ivrogne.
Mon coeur a le goût des cendres...
Et ma gorge est serrée et sèche à cause des larmes.
Geoffrey, pourquoi tu ne me réponds pas ?
Si tu ne m'aimes plus et ne veux pas que je te revienne...
Tu ne m'écriras pas pour me le dire ?
C'est ton silence qui m'effraie.
Que sont devenus nos coeurs ?
On se le doit, non ?
On le doit à ce moi qu'on s'est créé en dehors de nous...
Pour réessayer ?
Je suis désolée.
Tellement désolée.
Pas assez.
Jamais assez.
C'est pas possible.
Pas... dans ce monde.
Je recherche un homme grand.
Anglais. Vêtements blancs. Il est venu ici ?
Quoi ?
- Partons, Yvonne. - Non !
Très bien.
Attends ici.
Oh, Geoffrey, Geoffrey, Geoffrey !
Oh, Geoffrey !
Geoffrey !
Tu payes.
- J'ai payé la fille. - Tu me payes aussi.
- Paye plus. - Non.
Ok, mon homme anglais. T'inquiète pas.
María, elle est très propre.
Si tu as besoin d'un docteur, j'envoie tous mes amigos à cet homme.
Homme bon docteur. Voilà, tiens.
Voilà. Regarde.
- Ah, mon ami. - Mezcal.
Mon ami, mon ami, ancien temps. Sûr, sûr.
C'est Mozart qui a écrit la bible.
Cet homme est rien pour vous. Cette homme est fils de pute.
Toi homme anglais. Je m'en fous de fils de pute américain.
Eux pas bon pour toi ou pour moi.
Mon ami mexicain, hein ?
Faut faire des recherches pour savoir que Mozart a écrit l'Ancien Testament.
C'est ma religion résumée en quelques mots.
Mozart était avocat. Avec ça, tu seras bien.
Américain pas bon. Moi pas aimer americanos.
Je suis un américain...
Et vos insultes m'ennuient au plus haut point.
Que fais-tu ?
Rien.
J'ai entendu dire que la terre tournait...
Donc je vais attendre ici...
Que ma maison passe.
Après j'entrerai et je fermerai la porte à clé.
Tu veux voler mi caballo, hein ?
Non.
Je regarde juste.
Ils disent il y a un problème: Toi pas payer.
Toi pas payer un verre.
Toi pas avoir argent, hein ?
- J'ai de l'argent. - Non.
Toi pas argent, et maintenant toi voler mi caballo, hein ?
Sûrement pas.
Je faisais que l'admirer.
Je regardais votre cheval. J'admirais.
Pourquoi tu regardes mi caballo ? Hein ? Pourquoi ?
Je crois toi voler.
Pour s'enfuir et pas payer argent.
Non, j'ai déjà payé la fille. J'ai payé votre ami.
Tu payes pas assez !
Je crois toi payer... plus.
Certainement. Certainement.
Cet homme est chef de la municipalité.
Il veut connaître ton nom.
On veut connaître tes noms.
- Trotsky. - Al Capone.
Mon nom est Blackstone.
William Blackstone.
Toi cabrón juden.
Non, non, non. Blackstone.
Les juifs sont rarement, très, borrach-borracho ?
Donc -
D'où tu viens ?
De Russie, hein ? Pour quoi toi faire ?
Je suis... Je suis...
Un homme de la frontière.
Cet homme est chef des jardins.
Je suis chef aussi. Chef de l'étable.
Et toi -
Tu es chef des borrachos.
Pourquoi tu portes lunettes noires ?
Pourquoi tu te caches ?
C'est peut-être un espion alors.
Au Mexique, on les bute les espions, non ?
Toi espion russe ?
William Blackstone, homme de la frontière.
Partez. Partez...
Partez.
Où est ton passeport ?
Pourquoi toi mentir ?
Ton nom est pas Black.
Toi connard bolchevique ? Juif anticristo ?
Blackstone.
Ça dit là ton nom est Firmin.
Je me fous de savoir ce que disent les papiers.
Mon nom est Blackstone.
Où tes papiers ?
Pourquoi tu as pas papiers, hein ?
Donnez-moi ces lettres.
Vous êtes infects !
Infects !
Vous avez tué cet indien.
Essayant de faire croire à un accident.
Vous avez volé son argent.
Vous avez volé son cheval !
Donnez-moi... mes lettres !
Quelles lettres, cabrón ?
Ton nom est Black, et tu n'as pas de lettres !
Donnez-moi mes lettres.
Je t'ouvre en deux depuis les genoux...
Juif chingado !
Salauds.
Meurtriers !
Donnez-moi mes lettres !
Ordures !
Seuls les pauvres, les gens sur lesquels vous vous essuyez les pieds...
Les anciens transportant leurs pères...
Les philosophes pleurant dans la poussière...
Seront sauvés !
Les mendiants et les maudits !
Je t'ouvre en deux depuis les genoux... Juif chingado !
Arrêtez de marcher pendant votre sommeil.
Arrêtez de coucher avec ma femme.
Geoffrey !
Quelle
minable façon de mourir.
Sous-titres: Mister K
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