All language subtitles for If I Were King, 1938, Director Frank Lloyd (480p_30fps_H264-128kbit_AAC)

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Original subtitles

SI J'ÉTAIS ROI

Sous le règne de Louis XI, Paris était assiégé...

par les armées du Duc de Bourgogne.

Durant tout un long hiver, ses habitants, coupés de l'extérieur,...

eurent le choix entre la famine et l'égorgement.

Les honnêtes hommes devinrent des voleurs,...

les voleurs des assassins.

Halte !

Quoi ?

Tu es sûr ? Non, non. Vérifions d'abord.

Des torches !

En avant !

Hé, doucement ! Un peu plus de respect pour le vin du Roi.

Nous le boirons à ta santé, mon mignon,...

et à la chute de Sa Majesté, le Roi Louis XI !

Bien, je suis heureux que tu te sois souvenu de moi.

Oh, non, non ! Pourquoi te donner cette peine, René ?

Moi ? Pour l'aider à oublier nos visages.

Je ne crois pas qu'il se rappellera de nous.

N'est-ce pas, mon ami aux chausses puantes ?

Tu n'as plus toute ta tête, pas vrai ? Vous voyez...

- Il est aussi vif que moi ! - C'est ce que je disais.

René !

C'est une chose d'emprunter des vivres et du vin à Sa Majesté,...

- mais pas de meurtre ! - Ça nous vaudra le gibet, espèce de fou !

- Alors, qu'on nous pende ! - La garde !

Vite !

Arrêtez !

Après lui !

Il est allé par là !

Il est bien quelque part.

Vous, par là, le reste, suivez-moi !

Fouillez la place ! Par groupes !

Il est ici !

Après lui !

Fouillez la place ! Fouillez chaque maison !

Dépêchez-vous !

Bonjour, mon Père.

Dans quel guêpier t'es-tu fourré ? Non, non, ne me dis rien.

- Mieux vaut que je ne sache rien. - Vous me blessez, mon Père.

Vous me blessez gravement, je rentre à peine de la campagne.

Ma première pensée est bien sûr pour mon père adoptif,...

j'arrive en hâte chez vous, et comment suis-je reçu ?

- Comme un chien dans un jeu de quilles. - D'abord, tu ne reviens pas de la campagne,...

parce que tu n'aurais pas pu traverser les lignes ennemies sans ailes,...

et, s'il y a un homme en France qui est loin d'être un ange,...

c'est bien toi, François.

Ensuite,...

j'ai appris que tu t'es soûlé toutes les nuits la semaine passée,...

au cabaret de Fircone, avec une drôlesse appelée...

- la Grosse Margot. - Ce n'est pas vrai, mon Père.

Je choisis d'y croire.

M'as-tu jamais montré autre chose que de l'ingratitude,...

causé autre chose que des soucis depuis que je t'ai recueilli...

- à l'âge de six ans ? - Ça, c'est vrai, mon père.

À sept ans, tu maîtrisais le crochetage des fenêtres.

- C'est le lait ? - Oui.

À huit ans, tu volais un poulet sur la broche de Maître Ledoux.

- Un poulet chétif. - Peu importe.

À onze ans, c'était une chèvre, une bien grasse !

Et, à quatorze ans,...

À quatorze ans, tu séchais assidûment les cours de la Faculté...

pour passer tes journées à pêcher,...

à jouer aux dés et à écrire des vers suspects.

J'ai pourtant obtenu ma maîtrise, vous ne pouvez le nier !

À quoi bon ?

Pour devenir le pire exemple de vie dissolue qui se soit...

Ouvrez au nom du Roi !

- Qu'as-tu fait ? - Rien, rien. Je rentre de la campagne.

Ouvrez, j'ai dit !

Dites-leur que vous dormiez. Vous n'avez vu personne.

- Je ne mentirai pas, François ! - Bon, mais n'en dites pas trop, non plus.

Ouvrez !

Bonjour, mon Père. Désolé de vous déranger, mais l'Entrepôt du Roi...

- vient d'être cambriolé. - L'Entrepôt du roi...cambriolé ?

- Oui. - Par les pauvres, sans aucun doute.

Ils ont si faim.

La vue de tous ces jambons, de ces poulets, de ce fromage,...

- Vous semblez bien au courant, mon Père. - Moi ?

J'en ignorais tout avant que vous m'en parliez.

Un des voleurs a été aperçu escaladant votre mur. Vous l'avez vu ?

Franchissant mon mur ?

Non, non. Je peux vous jurer que je ne l'ai pas vu faire cela.

J'étais ici, à la cuisine, on ne voit pas le mur depuis la cuisine.

Oh... Fouillez la maison !

Votre petit-déjeuner ?

Ça l'était.

En haut, vite !

Vite !

Attrapez-le !

On se reverra, mon Père !

Bon, je vais peut-être pouvoir finir mon petit-déjeuner en paix, hein, mon Père ?

Tu viens avec moi !

Mais, mon Père !

Mon Père, il fera bientôt jour, je...

Maintenant, prie, pécheur, prie !

Ça alors !

Vas-y, vas-y, joue !

Attendez ici, Demoiselle, je vais aller les chercher par la peau du cou !

Je craignais que vous soyez partie.

Je ne vous ai jamais vu de ma vie !

Vous avez oublié...Mes rêves ! Je rêve de vous depuis toujours.

Toutes les nuits, nous parcourons la Voie Lactée ensemble...

Chaque matin, je me réveille désespéré...

de réaliser que nulle mortelle ne saurait être aussi belle.

Mais vous voilà, la plus ravissante jeune fille qui soit sur Terre !

À ma honte, je confesse que mes rêves étaient au-dessous de la réalité.

Oh, Demoiselle !

Demoiselle, je mange et je bois en ne pensant qu'à vous.

Où que je regarde, je ne vois que vous.

Si j'avais de meilleures manières, je garderais tout cela pour moi, mais...

- vous voyez, ce n'est pas le cas. - Je le constate.

Nous sommes ce que nous sommes. Dans quel but ? Nul ne le sait.

Peut-être suis-je né pour respirer le parfum de vos cheveux,...

et pour exprimer la musique des sphères ?

Puis-je vous déclamer un poème ?

- Non ! - Oh, merci, Demoiselle.

"Si j'étais Roi !"

"Oh, mon amour, si j'étais Roi !"

"Quelles nations tributaires ne forcerais-je pas à s'incliner devant votre sceptre,..."

"et à jurer fidélité à vos lèvres, à vos yeux, à vos cheveux !"

"À vos pieds, quels trésors ne déposerais-je pas !"

"Les étoiles seraient pour vous un collier de perles."

- "Le monde, un rubis..." - Demoiselle !

"Le monde, un rubis à votre doigt !"

"Et vous vous vêtiriez de soleil et de lune, si j'étais Roi !"

- "Permettez que ces rêves fous..." - Saisissez-vous de cette canaille !

Demoiselle !

Demoiselle, n'accepterez-vous pas ce poème ?

- Faut-il le rosser, Demoiselle ? - Oui.

Mais pas trop fort, juste légèrement.

Le voilà !

Tu pensais t'être échappé, pas vrai ?

Tu n'es pas François Villon ?

François Villon, Capitaine, à votre service.

Est-ce l'homme que tu as vu à l'Entrepôt ?

Je ne l'ai jamais vu avant.

C'est-y pas vrai, "mon mignon" ?

Tu en es sûr ?

J'ai un regard d'aigle.

Va savoir... On va l'emmener pour être sûrs.

Un moment, Capitaine.

Il doit y avoir une erreur.

J'ai vu ce gentilhomme en prières à l'église.

Bonne journée.

Bon, relâchez ce...gentilhomme,...

pour l'instant !

Allez, en route !

Adieu, "chausses puantes".

Alors, François, admets que tu te sens meilleur.

- C'est certain, mon Père, c'est certain. - Tu vois, mon fils ?

Le temps passé à l'église n'est pas perdu.

Oh, à coup sûr, mon Père.

Elle...Elle m'a souri.

Souri ?

Catherine !

- Bonjour, Catherine. - Bonjour, Noël.

- Pourquoi n'êtes-vous pas venu à la messe ce matin ? - J'étais de service cette nuit.

Je pars pour la Porte Est avec des renforts.

Il y a eu des combats ?

Oh non, les Bourguignons n'attaqueront pas.

Pourquoi se fatiguer ? La famine aura bientôt le dernier mot.

Faut-il s'y résigner et ne rien tenter ?

Combien de temps encore, alors que le peuple s'affaiblit..

et que les Bourguignons se renforcent chaque jour ?

Pourquoi ne pas les attaquer et en finir ?

N'avons-nous pas d'armes, pas de combattants ?

Bien parlé, Demoiselle Catherine !

Avec toute l'impatience de la jeunesse qui a la vie devant elle...

et le courage d'une femme qui n'a pas à combattre.

- Pardon, Majesté. - De telles paroles Nous mettent en danger, cousine.

Et si un de mes généraux, enflammé par vos paroles,...

sortait combattre l'ennemi ? Nous finirions tous la gorge tranchée.

Et si nous gagnions la bataille ?

Non, non, mes généraux ne remportent jamais les batailles.

Pas plus que mes gardes ne me protègent contre mon propre peuple.

Saviez-vous que nous avions subi treize attaques la nuit dernière ?

- Même mon Entrepôt privé a été dévalisé. - Oh, Votre Majesté !

Oui. C'est très déprimant. Le vol de mon Entrepôt,...

surtout, dénote un manque déplorable de patriotisme.

Et un manque déplorable de vivres, Votre Majesté ?

C'est ça.

Oui. Maintenant, ma chère, veuillez rejoindre la Reine et...

l'aider à sa broderie, ou à ce à quoi elle occupe son temps libre.

Si vous vous rendez à la Porte de l'Est, maître Noël,...

allez-y avant que la nuit ne vous surprenne... Bonne journée.

D'Aussigny, qu'est-ce qui vous amène ici ?

Je reviens d'une réunion avec les bourgeois de París.

Bien, que veulent-ils aujourd'hui ?

Ils réalisent l'inutilité de toute résistance et ont fait appel à moi,...

Connétable de France, pour intercéder auprès de Votre Majesté.

Ils voudraient que j'abdique et que la ville se rende ?

Un traité avec l'ennemi sauverait les vies et les propriétés.

Oui, les bons bourgeois de Paris sont très soucieux de leurs vies et de leurs propriétés.

Ils disent qu'une telle décision de Votre Majesté...

ferait d'Elle un saint aux yeux de l'Histoire.

Certes, mais je ne suis pas aussi ambitieux.

Dites aux bourgeois que nous avons déjà un Saint Louis,...

avec deux, on nous confondrait. Bonne journée, mon cher D'Aussigny.

Bonne journée, Sire.

Dis-moi, Olivier,...

si tu étais l'un de nos chers rebelles, animé de mauvaise volonté,...

affamé, sans bonne raison d'aimer ton Roi,...

- que ferais-tu ? - Eh bien, je...

- Tu passerais à l'ennemi, pas vrai ? - Jamais, Sire !

Tu penses que non. C'est parce que tu n'es pas un rebelle.

Tu as des obligations envers ton Roi, qui t'a bien récompensé...

pour tes loyaux services.

Mais d'autres n'ont pas ton sens de la fidélité, Olivier.

Regarde cette flèche. Elle a été tirée la nuit dernière du camp bourguignon.

Tu vois ? Un dispositif ingénieux. C'est un message.

C'est du charabia,...

mais son destinataire le comprendrait.

Ce ne serait pas intéressant de découvrir son identité ?

- Hein, Olivier ? - Oui.

Oui.

Une personne importante, sans doute.

Les Bourguignons ne se donneraient pas tant de mal pour envoyer...

un billet doux à une servante. Ce doit être un officier de la Couronne.

Un de mes familiers.

- Nerveux, Olivier ? - Non, Sire !

- Je sais que Votre Majesté a confiance en moi. - Oui.

Oui, Olivier, tant que je t'ai sous les yeux,...

et c'est plus que je n'en accorde à qui que ce soit d'autre !

- Eh bien ? - Votre Majesté,...

le prisonnier est des plus obstinés.

A-t-il été questionné à fond ?

Oh, oui, Votre Majesté, mais il refuse toujours d'avouer.

Quel fou !

Peut-être de nouveaux moyens de persuasion le feraient-ils changer d'avis.

Donne-moi cette flèche.

Venez, tous les deux.

Quelle odeur, on dirait que le cuisinier a brulé le rôti.

Bon, dis-moi, bonhomme,...

à qui était-elle destinée ?

Allons, allons !

Pourquoi souffrir autant ? Sers-toi de ta langue tant que tu en as une.

- Il a toujours sa langue, n'est-ce pas ? - Oui, Votre Majesté.

Sois raisonnable.

Tu étais surveillé depuis des jours, on t'a vu arracher cette flèche du sol et t'en aller avec.

Trois hommes t'ont suivi, tu as voulu t'échapper mais ils t'ont capturé.

Tu ferais mieux de parler maintenant !

Où l'emportais-tu ?

Où, te dis-je, où ?

Le patron...

Le cabaret de Fircone.

À qui était-elle destinée ?

Bien, bien, bien.

Très intéressant. Si c'est vrai.

Où est ce cabaret, l'auberge de Fircone ?

L'auberge de Fircone, Sire ? C'est à la Cour des Miracles.

Un endroit maudit, fréquenté par les libertins,...

les coupe-jarrets, les mendiants, les voleurs, la lie de París.

Passionnant.

Donnez-lui de l'eau. Juste un peu. Venez.

Je vais appeler Turgis !

Désolé, Messires, j'ai trop de monde, essayez une autre taverne.

Oh, oui, bien sûr.

Par ici, Messires, s'il vous plaît.

Allons, montre-moi encore.

Asseyez-vous, Messires. Que désirez-vous, mes maîtres ?

- Un demi-flacon de Bourgogne. - Donnez-le moi.

Sans être vu, canaille, tu veux qu'on nous pende ?

Le message seulement et détruisez la flèche qui l'a porté.

Un demi-flacon de Bourgogne. Tout de suite, mes maîtres, tout de suite.

Il est bon pour le gibet, hein, Tristan ?

Qui est l'autre, Sire, le traître ?

Patience.

Je ne veux pas dire son nom avant d'en être certain.

- Mais cet homme qui a avoué... - Sous quelles tortures !

À sa place, j'aurais avoué l'incendie de Rome,...

même que c'était moi qui jouais de la lyre !

Quoi, seuls, Messires ?

- Levez-vous ! - Pas avant que tu m'aies invitée à boire !

Voulez-vous vous lever, je vous prie.

Allons, allons, mon chaton.

Pourquoi ne l'ignorez-vous pas ?

Le vin, Messires.

- Apporte-nous aussi à manger. - Oui, du pain et du fromage.

Votre monnaie, Messire.

Mesdames ! Mesdames ! Voulez-vous bien...

On pourrait se saouler tout un mois avec ça !

- Non, donnez-moi ça. - Oh non, mon généreux amant.

Venez !

Hé, Marie !

Venez tous ! Vivres et vin à volonté !

Remporte cette nourriture et ce vin ! Tu veux couler ma boutique ?

Pas du tout, mon bon Turgis. Tu fourniras les barriques.

Quoi, Huguette, toi, en si mauvaise compagnie !

Et toi, Colette, avec Chronos lui-même !

"Oh, Chronos, ne répands pas ta glace sur cette fleur en bouton..."

"Agitée par le flot amer de la passion,..."

"pardonne sa beauté fugitive."

Et toi, Huguette,...

"ne gâche pas ton amour avec..."

"ce débris stérile".

"Que les jeunes fleurs s'avancent,..."

"et vous abandonnent, vestiges inutiles."

Ce n'est pas magnifique ?

- Qui est ce cancrelat ? - C'est François Villon, le poète.

Un romanichel du vers, Messires. Sans rancune.

La poésie est elle-même sa pire ennemie.

Venez, partageons cette bouteille de vin digne d'un Roi !

Bon !...Au Roi Louis ! Que sa peau lui pourrisse sur les os...

et que les Bourguignons lui enlèvent Paris.

Oh, j'ai mieux ! Qu'ils en débarrassent Paris !

Celui qui ne fait rien n'a rien.

Et celui qui n'ose rien ne mérite rien !

Au Roi inexistant !

Vous buvez plus qu'il n'est bon pour vous, mon ami.

Que faire d'autre quand la France part en quenouilles...

- avec un incapable sur le trône ? - Je suppose que vous feriez mieux...

si vous étiez Roi ?

Je ne voudrais pas me vanter, mon ami au long nez,...

mais un enfant de deux ans ferait mieux.

- Pas possible ? - Si.

Si j'étais né dans un lit de brocart,...

j'aurais conduit des armées au service de la France !

Comme vous me voyez, je fréquente les assassins et les filles,...

et je perds mon temps avec un sinistre vieux vautour comme vous !

Bien, si c'est si facile d'être Roi,...

- par quoi commenceriez-vous ? - D'abord, je prendrais des forces.

Pas de la nourriture ordinaire, bien sûr, des mets dignes de mon rang.

Ayant admiré oiseaux chanteurs et poissons exotiques,...

je poursuivrais en nettoyant ma maison !

La vermine qui infeste le palais, je la ferais pendre !

Vous feriez sûrement des exceptions, non ?

Ce vieil ermite si gentil,...

Comment s'appelle-t-il ? Tristan ?

Ce meurtrier ? Il serait le premier à gigoter,...

avec ses complices suspendus aux orteils !

Bon, laissant Tristan se balancer dans la brise,...

- que feriez-vous ensuite ? - Essayer de connaître mes sujets.

Me gagner leur loyauté et leur amour plutôt que m'attirer leur haine.

- En abolissant des taxes, je présume ? - Non !

En abolissant le désespoir, en lui substituant l'espérance !

En connaissant les aspirations de leurs coeurs,...

comme seul le pourrait un homme du peuple.

En les voyant tels qu'ils sont,...

et en admettant que leurs vices sont aussi enracinés que leurs vertus.

Je les traiterais comme mes enfants plutôt qu'en ennemis.

Ainsi, conscient de leurs défauts, je tirerais d'eux le meilleur.

Vous auriez dû être orateur, mon ami.

Je suis un orateur !

Mille grâces, mes sujets !

Et cette tête de sanglier ?

Ma colombe, que préfères-tu, la cervelle ou le groin ?

François. Que ferais-tu pour moi si tu étais Roi ?

Pour toi ?

"À tes pieds quels trésors ne déposerais-je pas ?"

"Les étoiles seraient pour toi un collier de perles."

"Le monde..."

"Le monde, un rubis à ton doigt."

"Et tu te vêtirais de soleil et de lune,...".

- "si j'étais Roi". - Tu ferais cela ?

J'ai dit...

Quand as-tu composé ça ? Je ne l'ai jamais entendu.

- Oh, je ne me rappelle pas. - Menteur ! Vipère !

Tu l'as écrit pour une autre fille !

- Je te jure sur l'honneur... - Tu n'as aucun honneur !

Oh, que les flammes de l'enfer me rôtissent la langue...

et en dispersent les cendres dans le Styx !

Ne déclame pas !

Tu es un menteur consommé et je le vois à l'éclat de tes yeux!

Tu ne vaux rien, tu n'as aucune parole,...

et si je pouvais trouver un moyen de...!

Tiens, bouffon, pour tes vers !

Merci, Demoiselle ! C'est plus que je ne reçois, d'habitude.

Je suppose que tu vas la garder, chien !

François ! François !

- François, il faut partir, vite ! Ils sont revenus ! - Qui ? La garde ?

Oui. L'homme de l'Entrepôt t'a trahi.

- Ils l'ont torturé ! - Je t'avais bien dit qu'ils nous pendraient !

Dès qu'ils sont partis, je suis venu ici te prévenir.

Et ils vous ont suivi.

Nous n'avons rien fait de mal, Messire Connétable.

On obéit aux lois, on paie les taxes de Sa Majesté. Voyez.

Tout est en ordre, Messire, vous n'avez qu'à y jeter un oeil.

Vous ne trouvez pas étrange que mon Grand Connétable...

se déplace en personne ?

Vous voulez dire qu'il... ?

- Je l'emporte pour l'examiner plus tard. - Oui, Messire.

- Vous hébergez une canaille appelée Villon ? - Le voici, Messire.

- François, ne les laisse pas te prendre ! - Vite !

À bas la garde royale !

À nous, les camarades !

Arrêtez, au nom du Roi !

Jetez vos armes, vous tous !

Messire !

Une bonne nuit de travail, maître Villon.

Deveaux, La Farge !

Donc, c'était bien vous, mon cher D'Aussigny.

- Emmenez-le et pendez-le ! - Non !

Un moment, jeune homme.

Qui êtes-vous pour interférer avec la justice du Roi ?

C'est moi, la justice du Roi.

Votre Majesté !

Longue vie au Roi !

Je vous salue, mes loyaux sujets.

Vous spécialement, mon maître en philosophie.

À genoux, François ! Le Roi !

- J'ai peur qu'il soit un peu tard pour l'étiquette. - Tout à fait.

Capitaine, arrêtez les meneurs et enfermez-les dans le donjon du palais.

Votre Majesté.

J'ai su qu'il y avait du louche dès que je me suis assise sur ses genoux.

- J'avais pas confiance en lui. - Et alors, pourquoi tu n'as rien dit ?

Bon, ça n'a plus d'importance.

Pourquoi tu l'as insulté ? Tu ne pouvais pas te taire ?

Oui, comme de dire que tu allais pendre tout le monde par les pieds...

Laisse-le tranquille !

Tu ne vois pas qu'il fait des vers ?

C'est bien le moment d'écrire de la poésie.

Quel meilleur moment ? Si un homme n'est pas inspiré par sa propre mort,...

Polymnie est impuissante. Voilà notre épitaphe.

Une épitaphe ? C'est quoi ?

De bonnes paroles sur de mauvaises gens... quand ils sont morts.

"Frères humains qui après nous vivez,..."

"n'ayez les coeurs contre nous endurcis."

"Car, se pitié de nous pauvres avez,..."

"Dieu en aura plus tost de vous merciz."

"Vous nous voyez cy attachez cinq six."

"Quant de la chair, que trop avons nourrie,..."

"elle est piéça..."

"dévorée..."

"et pourrie."

"Et nous les os, devenons cendre et pouldre."

"De nostre mal personne ne s'en rie :..."

"mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre."

François Villon !

François !

François, ne me laisse pas !

Je crains d'y être obligé. Je reviendrai. Je reviens toujours.

Pas cette fois-ci !

Nous nous retrouverons, un jour, quelque part, je te le promets.

Allons, souris.

Je veux me rappeler de toi ainsi. Vas-y, sourís.

Alors, fais-moi rire !

Te faire rire...

"Voici François, fils de France,...

"qui s'en va pour sa dernière danse."

"Son cou enfin aura la chance..."

"de supporter le poids de sa prestance."

Bonjour.

Laissez-nous.

Je présume que vous vous demandez ce que je vais faire de vous.

Votre Majesté n'a pas d'imagination, je le devine facilement.

Vous ne croyez pas que ces paroles sont imprudentes, dans votre position ?

Quel danger ai-je à redouter,...

- on va me pendre ? - Évidemment.

Comparée à d'autres divertissements,...

la pendaison est un délice. Je pourrais vous faire frire dans l'huile,...

découper en lanières, écarteler,... D'autres délassements m'échappent pour l'instant.

- Je supplie Votre Majesté de me pardonner. - Bonne idée.

Surtout que je ne pense pas encore vous pendre....

Pas d'attendrissements.

Je ne suis rien sans la justice.

Hier soir, vous m'avez rendu le léger service de me débarrasser d'un traître.

Sans le vouloir, mon ami. Pourtant, je veux vous récompenser.

- Votre Majesté ne saura jamais combien... - Non, c'est probable.

D'un autre côté, vous m'avez insulté en public. Vous avez exhorté...

le peuple contre moi, vous proposant comme mon successeur.

Et cambriolé mon Entrepôt, allant jusqu'à dévorer votre butin sous mon nez !

- J'ignorais que c'était le nez de Votre Majesté. - Mais pas que c'était mon Entrepôt !

Vous avez parfait la soirée en assassinant mon Connétable de sang-froid.

Cela Nous place dans le plus affreux dilemme.

Votre Majesté a admis qu'il avait trahi.

Mais c'était aussi mon Connétable, ne discutez pas.

- C'est lui qui a commencé la bagarre. - Et vous qui l'avez terminée.

Me forçant à vous punir et à vous récompenser pour le même acte.

Un problème qui aurait déconcerté le Roi Salomon lui-même.

Vous pourriez me pendre et décorer mon cadavre.

Un plus grand Roi vous pendrait pour le principe,...

un Roi plus faible vous pardonnerait.

Je dois me situer entre les deux.

Et voilà ma décision.

Comme vous m'avez privé des services de mon Connétable,...

Ne me coupez pas !

et que vous pensez qu'il est facile de gouverner ces charognes, mes sujets,...

je vous nomme Grand Connétable de France et de Bretagne.

- Grand Connétable ? - Défenseur de la Couronne,...

Chef des Armées et Ministre de Haute, Moyenne et Basse Justice.

- C'est une blague ? - Pas du tout.

Jusqu'ici, j'ai choisi mes Connétables parmi la noblesse de France.

Tous des traîtres ou des lâches.

Cette fois, je le choisis parmi le peuple.

Je vous tire du ruisseau, c'est vrai, mon ami,...

mais vous avez un certain sens de la loyauté,...

du courage et du bon sens.

Au moins, ce sera une expérience intéressante.

Oh oui, il vous faudra un titre. Bien, à genoux.

Oui, ça devra faire l'affaire. À genoux ! Vite, vite !

François, je t'adoube Comte de Montcorbier,...

Chevalier héréditaire de la Boucle d'Or.

Bon, et tu devrais prendre un bain.

Montre ses appartements au Comte de Montcorbier.

Par ici, Mon Seigneur.

Votre Majesté !

Messire Connétable.

Messire Tristan !

Votre Majesté.

Messire, qu'entends-je ? D'Aussigny assassiné ?

- Oui, Votre Majesté. - Oh, quelle horreur !

Oui, Votre Majesté, mais quelle importance ? C'était un traître avéré.

Néanmoins, un traître de haute naissance.

Je ne comprends pas pourquoi le Roi a risqué sa vie pour le confondre,...

alors qu'il était si aisé de lui faire boire un honnête poison ?

Je suis d'accord, Votre Majesté.

Et la canaille qui l'a tué, qui était-ce ?

Un assassin de la pire espèce, Votre Majesté.

Un misérable poète appelé François Villon.

- François Villon ? - Eh bien, mon enfant ?

C'est de lui que je vous ai parlé, Votre Majesté.

Celui qui m'a accostée à l'église.

L'impudent ! La potence est trop bonne pour lui !

- Je vais le dire au Roi... - N'en faites rien, Votre Majesté.

Le pauvre a assez de problèmes comme ça.

Si Votre Majesté le permet.

Le but de ma visite est de Vous informer...

que Sa Majesté requiert la présence immédiate de la Cour...

à la Salle du Trône pour la présentation du nouveau Grand Connétable.

Un nouveau Grand Connétable ! Qui est-ce ?

Le Comte de Montcorbier, Votre Majesté.

Si je peux me permettre, Votre Excellence présente bien mieux.

Merci, Olivier. Heureux de l'entendre. Je me sens comme un sou neuf.

Et vos quartiers, Votre Excellence, sont-ils à votre convenance ?

Mon Excellence approuve, très jolis, très jolis.

Je suppose que je dispose de plus grandes pièces pour les solennités ?

Bien sûr, Votre Excellence, il y a vos Chambres d'État,...

votre salle de justice privée, votre chambre de torture personnelle, et...

Ça suffira.

Bon, qu'est-ce que je fais ?

Ce que vous faites, Votre Excellence ? Vous gouvernez.

- Vous gouvernez la France. - Oh oui, bien sûr. Je gouverne.

Épelez-vous de Montcorbier avec un d minuscule ou un D majuscule ?

Minuscule...Mon Seigneur.

Commençons par le début.

Nous sommes toujours assiégés par les Bourguignons, je présume ?

Aux dernières nouvelles, oui, Votre Excellence.

Bon, voilà qui est établi.

- Et pour la nourriture ? - Nous tiendrons six mois.

Pas besoin de s'inquiéter...

Qui tiendra six mois ?

La Cour et l'Armée, Mon Seigneur.

- Et pour le peuple ? - Le peuple ?

- Oh, vous voulez dire les gens ! - Oui, c'est d'eux que je parle.

Les gens ne comptent pas militairement, Mon Seigneur.

Non, évidemment.

Dis-moi, mon ami, que fait de ses journées un Connétable ?

Il inspecte d'abord la Garde et fait rapport à Sa Majesté.

Il assiste aux relèves et juge les prisonniers, civils et militaires.

Des prisonniers ? Y en a-t-il aujourd'hui ?

Seulement les ruffians arrêtés hier soir à la taverne Fircone, Votre Excellence.

- Ils sont toujours ici ? - Naturellement.

- Et je dois les juger ? - Bien entendu.

- Quand ? - Quand vous voudrez.

- Ça n'urge pas. - Ça n'urge pas ?

Si on vous avait enfermé dans un affreux donjon humide, désespéré,...

pensant votre dernière heure arrivée,...

vous sauriez si ça urge ou pas !

Je ne voulais pas vous offenser, Votre Excellence.

Non, évidemment non.

La pire offense est sûrement l'ignorance.

- Allons, jugeons les prisonniers sur l'heure ! - Oui, Messire ! Par ici, Messire.

- Par ici. - Mon Seigneur.

Les compliments de Sa Majesté...

Elle vous demande de le rejoindre à la salle du Trône pour être présenté.

Mes compliments au Roi, mais je dois juger des prisonniers sans délai.

Messire, je doute que Sa Majesté apprécie d'attendre.

Les prisonniers non plus ! Viens, Olivier.

Mais, Messire !

Oui, oui, il vient de Nancy.

Mais si ce Montcorbier vient de Nancy, Votre Majesté,...

comment a-t-il pu traverser les lignes bourguignonnes ?

Eh bien, il y a ce qui s'appelle "un drapeau blanc", ma chère.

Un drapeau blanc ? Oh, mais bien sûr !

Alors ?

Bien, bien, bien, Votre Majesté, Messeigneurs et gentes Dames,...

la Cour reste assemblée. Venez !

Messire.

Votre Excellence, les prisonniers qui vous sont amenés...

sont accusés de violation du couvre-feu,...

attaque à main armée, complot présumé,...

participation probable...

au cambriolage de l'Entrepôt du Roi,...

recel de biens volés,...

et résistance armée lors de leur arrestation.

Donnez-moi leurs noms !

Robin Turgis !

Oui, Votre Majesté !

Je n'ai rien à voir là-dedans, Votre Honneur,...

je n'ai fait que transmettre un papier d'un homme à un autre.

Je ne savais pas que cela concernait l'ennemi !

Dieu m'en soit témoin !

Pourtant, vous avez touché 100 pièces d'or à chaque fois, je crois.

Mensonge, Votre Honneur ! Seulement dix !

Si quelqu'un en a reçu 100, ce n'est pas moi, j'en ai eu que dix.

Et seulement cinq fois.

J'ai 50 pièces sur moi pour le prouver,...

parce que je n'ai pas dépensé ce sale argent.

Robin Turgis, vous êtes un voleur,...

un receleur,...

un comploteur, et, pire que tout,...

vous coupez votre vin !

- Mais, Messire...! - Silence !

Si je le pouvais, je vous ferais pendre et étrangler,...

griller lentement...

et bouillir dans votre vin coupé.

Cependant,...

Sa Majesté Souveraine, Louis XI,...

Défenseur de la Foi et Protecteur du Peuple,...

a décidé de montrer la plus grande miséricorde.

Aussi, je vous condamne à regret à payer une amende de...

50 pièces d'or, à remettre au Capitaine de la Garde.

Ça veut dire...

que je suis libre ?

Vous êtes totalement libre. Maintenant, partez !

Libre !

Longue vie au Roi !

Longue vie au Roi !

Longue vie au Roi !

Longue vie au Roi !

Nous avons ensuite René de Montigny,...

Guy Tabary, Colin de Cailleux,...

Casin Cholet, Jean Le Loup.

La plus belle bande de canailles que j'ai jamais vue.

Êtes-vous coupables ou innocents ?

- Il doit y avoir une erreur, Messire. - Non coupable, Messire.

- J'étais au lit. - Je ne suis qu'un serrurier.

- J'étudiais la théologie. - Silence !

René de Montigny, on vous a vu quitter l'Entrepôt du Roi...

avec votre voisin de gauche...

et ce malandrin retors, François Villon.

C'est un mensonge, Messire !

Villon était avec moi pendant le cambriolage.

Comment saviez-vous que l'Entrepôt avait été dévalisé ?

Vous venez de le dire ! C'est pas vrai ?

Je n'en sais rien. J'étais chez moi, au lit.

Mesdames, n'insultez pas la dignité de ce tribunal !

Silence !

Bon...

René de Montigny, avez-vous dévalisé l'Entrepôt Royal ou non ?

Un Entrepôt ? J'ignorais même qu'il en avait un.

- Pareil. - Je suis un serrurier pauvre mais honnête.

- Je dormais. - Moi aussi.

Nous étions tous au lit !

Il devient évident qu'une grande injustice a été commise.

Puisque vous étiez tous chez vous au lit,...

vous n'avez pas pu cambrioler l'Entrepôt Royal.

Ce Villon a dû faire le coup tout seul.

Mensonge ! Il était avec moi, je vous dis !

Je ne vous demanderai pas où.

Bon, laissez-moi finir ma phrase.

Votre innocence étant claire comme le jour,...

vous avez donc été emprisonnés à tort.

À contre-coeur, je me vois forcé de vous dédommager.

Bien que cela me coûte,...

je vous accorde à chacun 7 pièces d'or.

Le Capitaine de la Garde détient 50 pièces d'or.

Sept fois sept font 49,...

il reste une pièce, que vous donnerez aux pauvres, Capitaine.

Sans faute, Votre Excellence.

Longue vie au Roi !

- Longue vie au Roi ! - Longue vie au Roi !

Longue vie au Roi !

Silence !

Je partage vos sentiments au sujet des jours du Roi,...

mais ne vous y trompez pas. Sa Majesté n'est pas naïve.

Si Elle vous pardonne cette fois,...

c'est parce qu'Elle sait que vous aviez faim,...

et Elle espère que Sa bonté envers vous...

fera naître un peu de décence dans vos coeurs.

Ce dont je doute.

À présent, dehors !

Longue vie au Roi !

- Puis-je vous poser une question, Messire ? - Non, tu ne peux pas !

Un moment, Capitaine ! Retirez-vous.

Messire.

De quoi s'agit-il, mon enfant ?

Pourriez-vous me dire si Villon est sauf ?

Pour le moment, oui.

Que le Ciel en soit remercié, Dieu bénisse Sa Majesté.

Amen.

Pourquoi cet intérêt pour ce fripon ?

Parce que je l'aime.

C'est un chien, s'il en a jamais existé,...

- mais je l'aime. - Il ne le mérite pas.

Oh, je le sais.

- Vous vous appelez Huguette, c'est ça ? - Oui, Votre Honneur.

Villon m'a parlé de vous.

Il a dit que vous pourriez demander de ses nouvelles, et que, dans ce cas,...

il fallait vous dire qu'il est indigne de votre amour,...

et vous donner cet anneau.

N'est-il pas merveilleux ?

Merci, Messire.

Je me demande à qui il l'a volé.

- Sera-t-il libéré, lui aussi ? - Probablement.

Merci, Mon Seigneur, pour votre gentilesse.

Bonjour, Mon Seigneur.

Tristan, avez-vous goûté ma nouvelle générosité ?

Je pense que Votre Majesté la regrettera.

Votre problème, Tristan, c'est que vous n'avez aucun sens de l'humour.

Vous avez contemplé le nouveau Louis, Tristan.

Admirez ma nouvelle méthode pour châtier les criminels endurcis.

On ne les pend pas, on les couvre d'or !

À présent, mon cher Connétable,...

serez-vous assez bon pour venir rencontrer ma Reine et la Cour...

- avant qu'elles ne meurent d'épuisement ? - Votre Majesté.

Mon Seigneur, Grand Connétable.

Sa Majesté le Roi !

Ma chère, voici le Comte de Montcorbier.

Mon Seigneur.

Je ne le vois pas bien, de quoi a-t-il l'air ?

Mon Seigneur.

Monseigneur D'Estouteville, prévôt de París.

Mon Seigneur.

Monseigneur de Grigny, et le Comte d'Honfleur.

Général Barbizier, Général Dudon, Général Salière,...

le Comte de Montcorbier.

Majesté, je connais mal les de Montcorbier.

Et pourtant, l'héraldique est ma passion.

Je ne saurais dire la même chose du nom de Dudon, Général.

Depuis votre victoire de Montlhéry,...

je n'ai cessé d'admirer de plus en plus vos exploits.

Mais...

je n'ai pas remporté la bataille de Montlhéry !

Oh, oui, bien sûr, oui. Vous l'avez perdue.

- Mais il y a eu le siège de Liège. - Nous y avons aussi été vaincus, mon cher Comte.

Ah bon ?

Je suis navré.

Venez. Venez.

Nous reparlerons de vos batailles une autre fois.

La Duchesse de Longuet,...

le Vicomte de Grétillat, sénéchal de París,...

le Comte de Mont...

Vous devez me croire grossier, mais mon nom est...

De Montcorbier.

Stupide, non ? Je vous regarde et j'oublie presque mon nom.

Nul doute que Votre Seigneurie a bien d'autres choses à penser.

Non, je ne pense à rien du tout. C'est vous qui me troublez ainsi.

Je ne me doutais pas que vous... que je...

Vous vivez ici ?

Je suis une des dames d'honneur de la Reine.

Quelle Reine bénie du Ciel.

Dès que j'ai posé les yeux sur vous,...

je me suis dit : "Voilà toute la beauté du monde,...

passée, présente et future, incarnée en cette exquise créature."

Mon Seigneur !

Quel est-il ?

- Quoi donc, Mon Seigneur ? - Le nom de cet être charmant.

Mon Seigneur !!

Je m'appelle Catherine de Vaucelles.

Quel nom adorable !

Votre Majesté, un émissaire du Duc de Bourgogne...

est arrivé, protégé par le drapeau blanc. Il demande audience.

Faites entrer l'émissaire bourguignon.

Majesté, si les termes de la reddition sont honorables,...

je serais prêt à les accepter.

- Vraiment ? - L'armée est démoralisée.

- Tous les jours, des déserteurs. - Merci, je me souviendrai de vos paroles.

L'émissaire de Bourgogne !

- Vous avez un message pour moi, Messire ? - Oui, Votre Majesté.

Allez-y, mon ami.

Au nom du Duc de Bourgogne et de ses alliés,...

réunis à la tête d'une armée imposante...

aux portes de Paris, je vous somme,...

Louis de France,...

de vous rendre sans conditions,...

et de vous en remettre à la clémence de mon maître.

Et si je refuse, Messire ?

Pour la ville de Paris, la famine, le feu et l'épée !

Pour vous-même, aucun espoir, pas de quartier.

Et si je capitule ?

Pour vous-même et votre Cour, un exil honorable...

dans le duché d'Épinay.

Un exil infamant, vous voulez dire !

- Qui êtes-vous ? - Le Comte de Montcorbier,...

Chevalier de la Boucle d'Or, Grand Connétable de France,...

Chef des Armées, Ministre de la Justice,...

Haute, Moyenne et Basse. Non, non, pas la peine de le chercher.

C'est moi qui remplace le traître à la solde de votre maître.

Ne faites pas d'autre geste de ce genre...

ou je vous fais pendre et renvoyer à votre maître dans un sac !

Vos manières sont mauvaises, mon ami, et vous vous surestimez !

Vous n'êtes pas l'émissaire d'un héros conquérant...

mais le chien courant de quelques minables petits vassaux,...

rebelles à leur Seigneur !

Bon,...

retournez leur dire ceci : ...

les Rois sont grands aux yeux de leur peuple,...

mais le peuple est grand aux yeux de Dieu,...

et c'est le peuple de France qui vous parle à présent.

Nous sommes bien armés et nourris, nous avons chaud et tout ce qu'il nous faut...

derrière nos murailles, nous nous moquons de vos menaces !

Mais, même si nous étions affamés,...

même si nous mourrions de soif,...

même si nous gelions dans nos vêtements,...

la réponse serait identique : nous rions de vous, nous, le peuple...

et son Roi.

- Et ceci est votre réponse ? - Non !

Non, pas complètement.

Vous avez une semaine pour lever le camp et partir.

Si, dans une semaine, vous rôdez toujours aux alentours de la ville,...

nous vous attaquerons et tuerons jusqu'au dernier homme.

Maintenant, ne nous ennuyez plus.

Mais, mais...Votre Majesté !

Vous avez entendu Mon Seigneur le Grand Connétable.

Dehors !

Oui, vous ne pouvez rien faire d'autre,...

dehors !

Mais qu'en pensez-vous, Mon Seigneur ?

Les Bourguignons partiront-ils ou...

ou resteront-ils se faire massacrer ?

Je crains qu'ils ne restent et soient massacrés.

Attaquerez-vous à l'aube ou durant la nuit ?

- Que préféreriez-vous ? - Eh bien, je pense...

Vous vous moquez de moi.

Ma Dame, je souris car j'ai le coeur en fête,...

et que j'admire votre confiance en la valeur de nos armes.

Que ce soit à l'aube, au crépuscule, à midi ou à minuit,...

- nous gagnerons ! - Que c'est bien dit !

- J'espère combattre moitié aussi bien... - Vous pourriez être tué !

Pas si je peux l'éviter.

Et cependant, quelle mort glorieuse.

Mourir pour la France !

Oui, c'est mieux que certains autres trépas.

Mais la mort, quelle qu'elle soit, devrait être évitée, si possible.

Porterez-vous mon mouchoir pendant la bataille ?

Vous n'avez pas peur que cela me distraie du combat ?

Mon Seigneur,...

les généraux sont assemblés dans la Chambre du Conseil.

- Je les rejoins tout de suite. - Très bien, Mon Seigneur.

Les généraux ? La Chambre du Conseil ?

- J'ai convoqué un Conseil de Guerre. - Un Conseil de Guerre ?

- Nous saurons donc bientôt pour l'attaque ? - Très bientôt.

- Me donnerez-vous des nouvelles ? - Bien sûr.

- Où vous retrouverai-je ? - J'attendrai ici.

Ici ?

- Ça pourrait durer... - Je m'en moque.

Vous pourriez prendre froid.

Vous croyez ?

Avez-vous un appartement particulier ? Retiré du monde ?

Eh bien, vous pourriez me retrouver...

derrière la quatrième porte à gauche,...

au troisième étage de la nouvelle aile est, si vous pouvez vous rappeler.

C'est gravé dans ma mémoire en lettres de feu.

Majesté, c'est une insulte, discuter stratégie avec un tel homme !

- Je pense comme le général Dudon. - Une perte de temps, Majesté.

Il ignore la situation. Sa réponse...

Votre Majesté. Messires !

Nous discutions de vos plans pour attaquer les Bourguignons.

Une opinion intéressante, Général, mais qui ne m'éclaire pas.

- Je crois que le général essayait de dire... - Que c'est ridicule !

Même si j'ordonnais l'assaut, les soldats ne m'obéiraient pas.

La base de la stratégie est l'encerclement.

- On ne brise pas un siège de l'intérieur. - Même César...

Et si nous les encerclions ?

Comment pourrions-nous faire ?

Comment un oeuf pourrait-il encercler sa coquille ?

- Très intéressant... - Absurde !

Pourquoi ne pas franchir leurs lignes ?

Parce qu'ils ne nous le permettront pas.

Ils reculeront et nous écraseront sous les murs de Paris.

Il semble que vous ayez réponse à tout, Général.

Il semble que vous ne connaissiez rien à l'art de la guerre.

J'ai étudié vos batailles et je n'ai rien appris.

Pourquoi avoir ceint l'épée si la lutte vous répugne tant ?

- Vous voulez que je vous montre ? - Vous ne craignez pas que je vous encercle ?

Messires, Messires !

Ça ne résout pas notre problème bourguignon.

Mon Seigneur Connétable, quels sont vos ordres ?

- Attaquer cette semaine. - Et que répondez-vous, Général ?

Si j'ordonnais une telle chose, mes soldats se rebelleraient,...

Car c'est ridicule, stupide, imbécile et...dément !

Voilà votre réponse, Connétable.

- Je vous ordonne d'attaquer cette semaine. - Et je refuse !

Votre Majesté, puis-je rejoindre mes troupes ?

Oui, Général.

- Votre souper, Ma Dame. - Merci, Anne.

Vous pouvez aller vous coucher.

- Désirez-vous autre chose, Ma Dame ? - Non, merci, Anne. Bonne nuit.

Bonne nuit, Ma Dame.

- De cette façon, je suis certain du succès. - Mon cher Comte,...

sans l'appui du général Dudon, qui semble rejeter votre plan,...

il est inutile que nous essayions votre suggestion.

- Mon cher général, si je... - De quoi parliez-vous ?

Votre Majesté.

Majesté, pouvons-nous rejoindre nos postes ?

Faites, Messires.

Oh, Messire...

Ce n'est pas aussi facile que vous le pensiez, pas vrai ?

- Votre Majesté, avec un peu de temps,... - Ah, oui !

Mais c'est bien ce qui vous manque, n'est-ce pas, mon cher Comte ?

Je ne saisis pas, Votre Majesté.

Je ne vous l'ai pas dit ?

Je suppose que non. Bon, laissez-moi voir.

Vous avez relâché huit prisonniers de la taverne Fircone,...

et vous leur avez fait un petit cadeau à chacun, c'est bien ça ?

Oui, Votre Majesté.

Et pour le neuvième prisonnier ?

- Ils étaient seulement huit. - Seulement huit ?

J'aurais juré qu'il y en avait neuf.

Tristan, combien avons-nous fait de prisonniers à la taverne Fircone ?

Neuf, Votre Majesté.

- Neuf, oui, mais en comptant... - Tout juste ! Villon ! François Villon !

Cette canaille se croit toujours au-dessus du lot, pas vrai ?

Je ne comprends toujours pas, Votre Majesté.

Je crois pourtant avoir été clair, mon cher Comte.

Je vous demande quel jugement vous rendriez envers un bandit...

qui a résisté à son arrestation en assassinant un de mes officiers.

Quelle est votre suggestion ?

L'huile bouillante ou la roue ?

Rien d'aussi mélodramatique, mon cher Comte.

Comme je l'ai déjà dit,...

ce Villon Nous a rendu un petit service,...

ce dont Nous le remercions...

par une semaine de sublime grandeur.

- Une semaine ? - Une semaine, exactement.

Quand elle sera écoulée, vous me bâtirez un superbe gibet...

et vous y pendrez maître Villon !

Oui.

Vous savez quoi ?

Pendant quelques heures, Votre Majesté m'avait presque déçu.

Je suis heureux d'avoir conservé votre estime,...

mon cher Villon.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

Oh, oui. Votre Majesté.

Oh, oui, Mon Seigneur Grand Connétable.

Mais, Votre Majesté, et s'il s'enfuit ?

Il ne s'échappera pas. J'y ai veillé.

Vous avez vu sa tête ?

Messire.

Aviez-vous l'intention de quitter le Palais ?

Je pensais prendre l'air avant le coucher.

Sa Majesté ne permet à personne de quitter le Palais de nuit.

Sauf sous bonne escorte.

Oui, oui, bien sûr, sage précaution.

Dans ce cas, je me contenterai des remparts.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

Olivier ! Suis-le ! Vous aussi, Tristan !

Vite, vite !

Oh, vous voici !

Je craignais que vous ayez oublié.

Comment aurais-je pu ?

Qu'y a-t-il, Messire ?

Je m'assurais que le Palais était bien gardé.

Il l'est.

Oubliez maintenant vos soucis.

Venez.

Asseyez-vous.

Merci.

- J'ai fait apporter de la nourriture. - Je n'ai pas faim, merci.

Vous êtes mal à l'aise. Laissez-moi vous mettre un coussin.

Bon, pour quand l'attaque ?

- Nous n'attaquons pas. - Nous n'attaquons pas ?

Pas de sortie ou d'assaut possible,...

quand l'ennemi vous effraie.

Les généraux sont catégoriques là-dessus.

Les vils lâches ! Pourquoi ne pas les avoir congédiés ?

Ils sont trop pour que je puisse les remplacer dans la semaine.

- Attaquez alors dans deux semaines. - Le Roi ne m'en a accordé qu'une.

Espérait-il vous voir faire en une semaine ce que les autres n'ont pas fait en un an ?

Parce que j'ai dit que je le pouvais. Que ce serait facile.

Sa Majesté me prouve que non.

C'est dommage,...

parce qu'à présent, je donnerais volontiers ma vie pour sauver la ville,...

pour que vous soyez fière de moi.

Oh, Messire !

Je regrette vraiment.

Je rêvais de voir Paris libre de nouveau.

Les vivres passant les portes, des voyageurs du monde entier.

Les chasses en forêt de Fontainebleau !

Je voulais aller en pique-nique avec vous au printemps.

Je n'en aurais peut-être pas été capable, de toute façon.

- Pourquoi pas ? - Le printemps est encore loin.

Le temps a d'étranges effets sur les gens, n'est-ce pas ?

Je me demande...

Je me demande en quelle île brumeuse la voix de Sappho émerveille l'éther.

En quelle vallée du Nil giboyeuse,..."

Cléopâtre gémit encore après Antoine le Téméraire ?

Tous balayés par le vent,...

les bons, les méchants, les laids, les fiers.

Où sont les neiges d'antan ?

Qui a écrit cela ?

Une personne sans importance...

- qu'on va pendre. - C'est navrant !

Ne le plaignez pas trop.

Ses semblables vivent à l'ombre du gibet.

Affamés et torturés, on les pend à la première peccadille.

Quand cela se produit enfin,... ils ne sont pas surpris.

- Quelle chance de ne pas être à leur place ! - Oui, c'est agréable, pas vrai ?

Pauvres gens affamés.

Ils se battraient bien assez tôt s'ils ne pouvaient autant s'empiffrer.

Qui ?

Les généraux, l'armée. Ces gros cochons !

Mais c'est ça !

- Évidemment, c'est ça ! - Quoi ?

Ils combattront, bien forcés ! Quand leurs estomacs crieront famine, ils se battront !

Pourquoi se battre avec six mois de réserves ?

Bourgeois bouffis ! Mais quand ils ne les auront plus...!

Quel cerveau !

Vous, sublime rêve de beauté descendu du Ciel !

Pensez-y.

Demain, ce sera jour de fête pour les miséreux et dur labeur aux entrepôts !

- Vous ne voulez pas dire... ? - Si, je vais ouvrir les entrepôts...

- et distribuer les vivres ! - Merveilleux !

Je dois partir avant de ruiner complètement votre réputation.

Elle n'a pas eu l'air de vous préoccuper jusqu'à maintenant.

Depuis que je vous connais mieux, je ne vous en respecte que plus.

Puis-je vous baiser la main ?

Puisque vous m'avez déjà embrassée sur les lèvres,...

- je crois que vous devenez formel. - C'est vraiment arrivé ?

- Je croyais avoir rêvé. - Moi aussi.

Catherine...

Je...

Oui ?

Bonne nuit.

Bonne nuit.

Il ne s'est jamais douté qu'il était suivi ?

Pas un instant.

- Avez-vous commandé le gibet ? - À l'aurore, Votre Majesté.

Fait du chêne le plus robuste, et par les meilleurs charpentiers.

Attention à ce qu'il ne vous y envoie pas, avant que vous ne l'ayez fait pendre.

- Votre Majesté ! Votre Majesté ! - Qu'y a-t-il, eh bien ?

- Il est parti ! - Qui est parti ?

- Le Grand Connétable ! - Quoi ?

- Pourquoi les gardes ne l'ont-ils pas arrêté ? - Il les a emmenés avec lui.

Il a emmené les... ? Tristan, mes habits !

Au nom du Roi !

"Ayant appris la disette qui régnait..."

"dans certains quartiers de la ville,..."

"Nous ordonnons aux gardiens de Nos entrepôts,..."

"pour soulager cette misère, la distribution immédiate..."

"de tout ce qui pourra aider et réconforter..."

"Notre bien-aimé peuple."

"Signé..."

"Signé Sa Majesté Louis XI,..."

"Défenseur de la Foi."

En avant, gardes !

- Mais, Messire Connétable ! - Silence !

C'est une urgence, les gens meurent de faim.

Faites ce que je dis ou je vous pends à un de vos crochets !

Oui, Messire.

Des vivres ! Des vivres !

Merci, Messire !

Messire, je ne pourrai jamais entrer.

Suis-nous, nous ouvrons tous les entrepôts !

Mon petit-déjeuner, enfin.

- Où sont mes oeufs ? - Il n'y en a pas, Votre Majesté.

- Que voulez-vous dire ? - Le Roi les a tous distribués.

Comment ça, il les a tous distribués ?

Au peuple, Votre Majesté.

C'est ce que m'a dit l'intendant, à son retour de l'entrepôt.

Il les a tous essayés, partout, la même chose !

Sa Majesté a vraiment tout distribué !

C'est ridicule ! Pas Sa Majesté !

Je n'en crois rien.

Catherine, allez tout de suite informer Sa Majesté de ce qui s'est passé,...

et dites-Lui qu'il me faut des oeufs au petit-déjeuner,...

et peu m'importe où Elle les trouve !.

Oui, Votre Majesté.

Du poisson !

Pêché dans les douves, je suppose.

- Aucun espoir de victoire. - Vous m'êtes d'un tel réconfort, mes amis.

Eh bien ? Eh bien ?

Dame Catherine, avec un message important de la Reine.

Je suis désolée de déranger Votre Majesté mais la Reine désire que Vous sachiez...

qu'Elle exige des oeufs au petit-déjeuner.

Bon, si Elle s'adressait aux cuisines ?

C'est fait, Votre Majesté, il n'y en a pas.

Vraiment, Catherine, je ne veux pas être grossier ou critiquer la Reine,...

mais je suis fort occupé ce matin.

Je ne sais rien des oeufs, ou de qui les garde,....

- mais essayez les entrepôts. - L'intendant rapporte...

qu'il les a tous visités, sans succès.

Ridicule, je possède des centaines d'oeufs !

Soyez gentille, allez ennuyer quelqu'un d'autre.

Je suis le Roi, pas le cuisinier.

Oui, Votre Majesté.

Des oeufs !

Des oeufs !

Qu'est cela ? Qu'est ceci ?

Tristan, à quoi rime toute cette agitation ?

Je souhaite que Votre Majesté ait le sens de l'humour ce matin.

De quoi parlez-vous ?

Votre Grand Connétable a ouvert les entrepôts...

et distribué tous les vivres à la populace.

- Tous ? - Jusqu'au dernier haricot.

J'espère que Votre Majesté s'en réjouit.

- Quelles sont les réserves du Palais ? - Quelles sont les réserves du Palais ?

Suffisantes pour peut-être...cinq jours, Votre Majesté.

Cinq jours !

Soyez prudent, Messire, Sa Majesté est au courant.

Bien sûr qu'Elle l'a appris, c'est ce que nous voulions.

Excusez-moi quelques instants.

- J'ai tenté de vous en avertir, Majesté. - Cinq jours !

Vous voyez, je...

Bonjour.

Je dérange ?

- Si c'est le cas, je peux présenter mes respects plus tard. - Oh, non !

Nous parlions justement de vous.

Bien ! C'est gentil.

Votre Majesté sera ravie de savoir que Sa mission...

de bonne volonté est un succès total.

Ma mission de bonne volonté ?

Vous voulez dire la dilapidation de mes vivres ?

Oui. Votre Majesté en aurait été toute émue si Elle avait vu la reconnaissance des gens !

Sans doute ! Sans doute !

Laissez-moi vous poser une simple question,...

que ferez-vous quand le Palais mourra de faim ?

Votre Majesté, la France est pleine de vivres !

Les champs regorgent de blé.

Des montagnes de farine n'attendent que vous dans les moulins.

Les porcs vous supplient d'accepter leurs plus gras jambons.

Il suffit d'aller se servir.

Pour ce faire, je suppose que vous nous proposez de voler au-dessus des Bourguignons ?

Non, non, pas du tout, Votre Majesté,...

il suffira de les traverser en se battant, pas vrai, Messires les généraux ?

Les oreilles de Votre Majesté ont dû rougir !

Je n'avais jamais entendu dire autant de bien d'un Roi vivant !

Partout, c'était "Dieu bénisse notre gracieux Louis !"

Et longue vie au Roi !

Longue vie au Roi !

Vous savez ?

Il y a quelque chose que je ne comprends pas.

Quoi donc ? Le peuple a faim, le Roi le nourrit.

- Et je dis : Longue vie au Roi ! - Ouais.

Pourquoi Louis s'inquiète pour nous ?

Il ne l'a jamais fait avant. Il n'y a qu'une seule explication.

Ils nous nourrissent pour le combat.

En prévision d'un assaut bourguignon, ils achètent notre appui.

Et pourquoi pas donner un coup de main ? C'est notre ville et Louis est notre Roi.

- Qu'a-t-il jamais fait pour toi ? - Il nous a donné tous ces vivres.

Voilà, tu vois ? C'est une ruse.

Il achète votre loyauté en remplissant vos ventres.

Quand les Bourguignons combattent les Parisiens,...

et que les Parisiens affrontent les Bourguignons,...

- je sais ce qui me reste à faire. - Oui, te cacher dans une cave !

Mon enfant.

Bonsoir, mon Père.

Tu étais avec François Villon quand il a été arrêté ?

- Oui, mon Père. - J'ai su qu'ils vous avaient tous libérés.

- Mais pour François ? - Il n'était pas avec nous.

- Alors, le pire est arrivé. - Oh, non, mon Père !

Le Grand Connétable lui-même m'a dit qu'il allait bien.

- J'aimerais pouvoir le croire. - Mais vous pouvez !

Le nouveau Connétable est un homme très bon.

Il doit l'être.

Sans lui, tous ces gens n'auraient toujours rien à manger.

Oui, et regardez-les.

La panse pleine et l'envie de danser, ils auront faim à nouveau demain.

Catherine !

C'est fait ! Ce soir, Sa Majesté a pris son dernier repas.

Ils vont devoir se battre.

Que voulez-vous dire ?

Notre glorieuse armée a décidé de ne rien tenter !

Ni le froid, ni la faim, ni les insultes ou la contrainte...

ne la détourneront de ce noble dessein.

Alors, nous avons échoué ?

Et ma semaine s'achève ce soir.

C'est pourquoi vous m'avez évitée tous ces jours ?

Non.

Non, j'étais occupé sur les remparts, essayant de...

Pourquoi ?

Catherine, vous êtes-vous demandée d'où pouvait bien venir...

- le Comte de Montcorbier ? - Non.

Vous ne vous êtes pas dit qu'il venait peut-être...

- de la Cour des Miracles ? - Oh, Messire !

- Messire, j'ai failli croire que vous étiez sérieux ! - Catherine !

Je suis François Villon.

- François Villon ! - Le poète ruffian,...

camarade des pires assassins, canailles, voleurs...

et meurtriers dont la France puisse se vanter.

Mais pourquoi m'avoir joué ce tour ?

Je n'en avais pas l'intention.

Au début, ce n'était qu'une plaisanterie royale,...

et ensuite,...

je suis tombé amoureux de vous.

Amoureux ?

Avec toute l'intensité de ce sentiment divin.

Amoureux ?

Je ne pourrais rien vous donner de plus si j'étais Roi.

Partez, s'il vous plaît, partez.

Je vous en prie.

Nos troupes sont démoralisées, Votre Majesté.

- Les hommes n'obéissent plus à leurs officiers. - Ils refusent de réparer les murs.

- Faites-les pendre ! - Par qui, Votre Majesté ?

Ils ne répareront pas les murs avant d'avoir été nourris.

Pendant ce temps, la Porte Ouest est sans défense.

- Nous n'avons rien à leur donner ! - Votre Majesté pourrait les calmer avec le spectacle...

de la pendaison immédiate du noble seigneur...

- qui a distribué leurs vivres. - Une idée excellente, Messire.

Qu'y a-t-il, mon Père ?

Je dois voir le Roi ou le Connétable.

Désolé, mon Père, c'est impossible.

Je le dois, j'ai des nouvelles urgentes !

Attendez !

- Qu'est-ce, mon Père ? - Messire,...

je dois voir tout de suite Sa Majesté...

François ! François !

- Mais, François... - Un moment, mon Père

Laissez-nous.

- Eh bien, mon Père ? - François, qu'est-ce que ça veut dire ?

- Toi ici, vêtu comme.. - Plus tard.

- Quel est ce message urgent ? - Je ne peux le dire qu'au Roi...

- ou au Grand Connétable. - Je suis le Grand Connétable.

Cesse de plaisanter. De Montigny a réuni ses partisans...

à la Cour des Miracles. Par centaines, par milliers.

Ils savent que l'attaque bourguignonne est pour bientôt.

Et ils ont prévu de piller la ville.

François, si tu étais là, tu pourrais les arrêter !

Ils t'écouteraient, comme toujours !

- Messire ! - Oui ? - Les Bourguignons attaquent, ils ont franchi la Porte Ouest !

Alors, c'est trop tard, trop tard.

Non, mon Père, il n'est pas trop tard !

Vous avez dit que mes amis m'écouteraient, peut-être me suivront-ils !

- François ! - Où est-il ?

Où est-il ? Où est-il ?

Vous voilà, Mon Seigneur Grand Connétable.

Vous avez échoué, et lamentablement.

Arrêtez-le !

Sus ! Sus !

- Il s'est échappé, Majesté. - Ah oui ?

Bon, voilà mes ordres.

Quiconque le verra doit l'arrêter, s'il résiste, qu'on le tue.

À vos postes, généraux ! Que Dieu sauve la France !

Nous avons été idiots trop longtemps !

Pendant qu'ils s'entretuent, pillons la ville !

C'est une occasion unique !

Attendez. Je n'ai pas fini.

Rappelez-vous ceci :

Si les Bourguignons l'emportent, on les aidait.

D'un autre côté, si la ville gagne, on l'aidait, elle !

On allait vers les murailles quand on a vu des Bourguignons...

pénétrer dans une maison, on les a suivis et, durant la bataille,...

ces voleurs de Bourguignons ont pris la vaisselle d'argent !

C'est très bien, mais qui va nous commander ?

Moi, bien sûr.

- Toi ? Ce sera sans moi ! - File ! Pour deux sous, je...

Pour deux sous, tu tuerais ta propre mère !

Ton éloquence s'améliore, mon cher René.

- N'est-ce pas, Huguette ? - Villon ! Villon !

Eh oui, François Villon !

Venu vous dire deux ou trois choses que mon ami De Montigny a négligées.

Bon, nous savons tous que l'honneur n'a pas cours entre voleurs,...

alors, je ne vais pas vous en parler.

Et je n'en appellerais pas non plus à la décence,...

vous ne la connaissez pas.

Pendant que vous êtes ici, la ville va tomber...

aux mains de voleurs comme nous.

Des assassins venus depuis la Bourgogne...

pour s'emparer de ce qui nous appartient !

Des mendiants qui voleront le pain de nos mendiants !

Des voleurs qui couperont les bourses de nos bourgeois,...

et des brutes qui cogneront nos femmes !

Allons-nous laisser ces braconniers...

s'installer chez nous et nous montrer comment on fait ?

- Allons-nous les laisser nous affamer ? - Non !

Alors, je vous dis ceci !

Aucune cité n'est conquise si elle refuse de l'être !

Que cela leur plaise ou non, nous faisons partie de la ville !

Ceux qui savent se battre !

- Pas vrai ? - Évidemment !

Alors, combattons ! Je dis, aux armes !

À la Porte Ouest !

Nous sommes submergés ! Replions-nous pour défendre le Palais !

- Oui, oui, mon cheval ! - Messire !

C'est le Connétable lui-même qui conduit le peuple !

Ils se débandent ! C'est la victoire ! Aux chevaux !

- Tabary ! - Ils fuient !

Sus, allons !

Barbizier !

Vite, mon Père !

- Maître Noël. - Oui, Messire ?

- Prenez des hommes et arrêtez ce traître. - Un traître ?

Vous avez entendu les ordres de Sa Majesté, exécution !

Venez, Messires !

François.

Oui, Huguette ?

Ne me quitte pas.

Aucun risque.

- Je dois vous arrêter, Messire. - L'arrêter ? Mais cet homme...

Navré, mon Père, les ordres de Sa Majesté.

J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que nos armées...

sont partout victorieuses.

Le Duc de Bourgogne et ses troupes sont en déroute.

Bien, bien, bien, vous avez accompli des miracles, Général.

Pas tout à fait seul, Votre Majesté.

J'ai reçu l'appui du général Salières et du général Barbizier.

Vos ordres ont été exécutés à la lettre, y compris la traque et la capture...

du Grand Connétable, ce traître,...

dont le destin est à présent entre Vos mains.

Excellent ! Le Comte de Montcorbier,...

dont il est prouvé que c'est un lâche et un traître,...

est par ma bouche condamné à être pendu aujourd'hui.

Votre Majesté !

Majesté, Vous commettez une grave injustice.

Hier soir, nous étions défaits,...

quand la ville a été sauvée par François Villon.

Oui, François Villon !

Celui que vous connaissez sous le nom de Comte de Montcorbier.

Celui que Votre Majesté vient de condamner à mort.

Mais, Votre Majesté,...

Très intéressant.

Continuez.

Je...

Majesté, si vous me permettez, ce saint homme prouvera...

que ce qu'a dit Dame Catherine est la vérité.

- Votre Majesté ne va pas écouter... - Je vais entendre le révérend Père !

Allez-y, mon Père.

C'est vrai, Votre Majesté.

Quand j'ai dit à François que les rebelles s'apprêtaient à piller...

Bonjour, maître coupe-jarrets !

Ne me dites pas que Vous allez m'escorter Vous-même jusqu'au gibet !

On m'a raconté que vous et certains de vos amis brigands...

avaient un rapport lointain avec la défaite des Bourguignons hier soir.

C'est vrai ou pas ? Répondez-moi ! Oui ou non !

- Et si c'était vrai ? - Eh bien, mon ami,...

une fois de plus, vous m'avez rendu mon métier de Roi très compliqué.

Vous avez le don diabolique de me placer...

sur la pointe de l'épée de la justice.

- Et c'est atrocement inconfortable ! - Désolé, je n'ai pas de coussin...

à offrir à Votre Majesté.

S'il vous plaît, pas de sarcasmes.

C'est déjà assez dur d'être Roi de France.

J'ai découvert cela, Votre Majesté.

Vous savez ?

C'est la première chose agréable que vous me dites.

Bien, François Villon,...

en reconnaissance de vos héroïques mais vénéneux...

services envers la Couronne, je commue votre peine de mort...

- en prison à vie. - Prison à... ?

Ne m'interrompez pas !

Vous serez assigné à résidence dans les limites de Notre...

belle France, pour y vagabonder ou vous y distraire, à votre guise.

Les étoiles seront votre toit et votre lit..

les grasses prairies de Normandie ou les sables chauds du breton détroit.

Oui. Oui, on dirait de la poésie, pas vrai ?

De la poésie ! La plus belle que j'ai jamais entendue, Votre Majesté !

Oui, mais,...

comme vous êtes un esprit fertile en diableries,...

un agitateur et un semeur de discordes,...

je vous interdis de vous remontrer à París.

Vous pouvez avoir le reste de la France,...

- mais j'ai besoin de tranquillité. - Je compatis, Votre Majesté.

Votre père adoptif veillera à ce que vous ayez...

quitté París demain avant l'aube. Maintenant, partez.

- Votre Majesté ! - Mon Sei...Dehors, dehors !

- Dame Catherine. - Encore une chose.

- Dame Catherine. - Catherine !

Ça vous intéressera de savoir que c'est grâce à elle que votre tête est sauvée.

Avant que vous quittiez le Palais, elle voudrait vous parler.

Non, c'est mieux comme ça.

Voudriez-vous remercier pour moi Dame Catherine,...

et que j'espère un jour rendre ma grâce...

digne de ses efforts ?

Il m'a prié de vous dire que c'était fini, Ma Dame.

S'il y a une fin pour ce qui n'a jamais commencé.

Qu'il est parti en espérant finir par comprendre...

tout ce qui lui est arrivé.

- Mon Père, quand est-il parti ? - Il y a environ une heure, mon enfant.

- Quelle route a-t-il pris ? - J'ai promis de me taire.

- Il est parti vers l'est ? - Non.

- Vers le sud ? - J'ai promis de me taire !

Merci, mon Père, merci !

Ma Dame, il y a un homme devant nous sur la route.

- C'est bien celui-là, Ma Dame ? - Oui.

Faut-il le dépasser ?

Non, non, pas avant qu'il ne soit épuisé.

C'est un homme très têtu.

FIN

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