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Ta gueule! Sale cabot !
Ta gueule !
Mon pauvre, on t'en fait des misères.
Pourquoi vous jetez des pierres au chien du prisonnier
il vous a rien fait !
Il arrête pas de gueuler...
C'est pas une raison.
Si c'est une raison. J'en peux plus. Je peux plus dormir...
Toute la journée et toute la nuit il gueule !
C'est parce qu'il est malheureux.
J'en ai rien à foutre !
Suivez-moi, paul.
Ah, mon commandant. Bonjour.
Bonjour.
Où se trouve le bureau du responsable ?
Deuxième à gauche, mon commandant.
Adjundant chef Dujeux. A vos ordres mon commandant.
Pourquoi il aboie comme ça ce chien ?
C'est le chien du détenu, mon commandant.
Ah, le fameux chien.
Combien vous avez de détenus en ce moment ?
Un seul. mon commandant.
Dites-moi, vous avez fait la guerre ?
Certainement mon commandant j'étais chasseur.
Blessé deux fois...
La première à l'épaule, et la deuxième sur le... sur la marne.
C'est pour ça que... - Oui.
Dites-moi, il y a un hotel pas loin ?
L'hotel des voyageurs... A deux pas.
A 100 mètres dans la grand place.
Bon c'est simple hein, mais... - Ca ira très bien.
Paul... allez réserver deux chambres à cet hotel, et déposez les bagages.
Et je reviens vous chercher ?
Non inutile, j'irai à pied.
A vos ordres mon commandant.
Vous m'indiquerez le chemin ?
A vos ordres mon commandant. - Bon, allons voir le détenu.
Et il gueule la nuit aussi, ce chien ?
La nuit aussi, oui.
Les gens du quartier ne disent rien ?
Oh... Il n'y a plus grand monde dans le quartier depuis la guerre.
Et puis je crois...
sauf votre respect, mon commandant,
ils se souviennent que ces cellules
étaient pleines de types...
qui passaient en conseil de guerre parce qu'ils avaient voulu sauver leur peau.
Et ça veut dire que les gens prennent le parti du prisonnier ?
Hmm... pas de lui en particulier, mais...
vous comprenez, c'est le dernier.
Et puis, son histoire de chien... ça attendrit le monde.
C'est là.
Allez debout là !
Garde à vous !
Ca va bien Dujeux, vous pouvez disposer.
Bien mon commandant.
Je suis le chef d'escadron Lantier du Grez
chargé de juger votre affaire.
Restez comme ça, ça ne me dérange pas.
Bon.
Morlac.
Jacques.
Fermier dans le civil.
Mobilisé en mai 1915.
Hmm... c'est ça...
On vous d'abord considéré comme soutien de famille sans doute
ce qui vous a valu un répit.
Ensuite affecté en Champagne...
et après vous avez été désigné avec votre unité,
pour rejoindre l'armée d'Orient.
Arrivé à Thalamite en juin 1916.
Hmm...
Je ne l'ai jamais trouvée très évidente, moi, cette campagne dans les Balkans.
Nous sur la Somme,
on a toujours considéré les types de l'armée d'Orient,
comme des planqués qui se la coulaient douce sur les plages.
Bon...
Et c'est là-bas que vous vous êtes distingué ?
Mes félicitations...
Il aura vraiment fallu une action d'une bravoure exceptionnelle, non ?
Pour qu'on vous décerne la légion d'honneur.
Surtout à un simple caporal...
Vous avez de quoi être fier, non ?
Enfin je ne comprends pas qu'un type qui a reçu la légion d'honneur
puisse se rendre coupable de ce qui lui est reproché aujourd'hui.
J'imagine que vous étiez ivre...
Hmm ?
La guerre nous a tous ébranlés.
il arrive que nos souvenirs nous rattrappent.
Et pour leur échapper on boit un coup...
Un coup de trop.
C'est sûrement ça.
Alors présentez vos excuses, exprimez un repentir sincère
et on n'ira pas plus loin.
J'étais pas saoul, et je regrette rien.
et personne ne m'obligera à m'excuser.
Ca fait longtemps que vous l'avez ce chien ?
Depuis le début.
Depuis le début de quoi ?
Depuis que les gendarmes sont venus me chercher.
Vous m'offrez pas une cigarette ?
Je n'ai que du tabac.
Alors ensuite on vous a regroupés à Nevers.
Pour prendre un train pour l'Est.
Et le chien ?
Ton nom ? - Morlac.
Pointure ? - 42.
Ton nom ? - Juliot.
Pointure ? - 43.
Ton nom ? - Mandin.
Pointure ? - 42.
Allez, magnez-vous un peu !
Qu'est-ce que vous foutez ?
Allez !
Viens !
Viens, allez !
Ouais...
J'ai passé une partie de la guerre avec les anglais dans la Somme.
et beaucoup avaient des chiens
Quand on m'a chargé de votre affaire, j'ai repensé à eux.
Au fond... vous avez créé avec cette bête, une relation de compagnon d'armes.
et ça comptera dans mon rapport, vous aurez une indulgence.
Je veux pas que vous écriviez ça, c'est faux !
Je signerai jamais.
Doucement Morlac, qu'est-ce qu'il vous prend ?
Ce que j'ai fait, c'est contre les politiques.
Les profiteurs qui envoient les autres se faire tuer à leur place !
L'héroisme, la bravoure, le patriotisme...
y a encore des malheureux qui croient en ces conneries.
Ce que vous dites est inacceptable.
Vous insultez la Nation, c'est inacceptable. - La Nation ?
Je lui ai beaucoup trop donné à celle-ci.
Ca suffit comme ça.
Arrêtons pour aujourd'hui.
Alors...
l'hotel des voyageurs, après la grand place. Vous allez tomber dessus.
Tu dois avoir soif, toi, à force d'aboyer comme ça.
Hein ?
Allez, viens.
Oui...
Hmm...
C'est de la chicorée, du vrai café on en trouve pas.
Norbert Quériel, avoué...
Commandant Lantier du Grez, juge militaire.
Vous êtes ici pour Morlac.
Oui, effectivement. Vous le connaissez ?
Du fait de mon métier, et hélas de mon âge je connais tout le monde dans cette ville,
et même dans la région...
Quand je les ai vu passer le 14 juillet avec son chien,
j'étais loin de me douter de la suite...
Qu'est-ce que vous en avez pensé ?
Très surpris, je ne m'attendais pas à un coup pareil
Avant la guerre, c'était un gars sans histoire, un gars comme les autres.
Il a reçu de l'instruction ?
Pas trop... après l'école communale, il a été aux champs pour aider son père.
Il avait des amis ?
Quelques paysans comme lui, ils se retrouvaient les jours de marché,
ou de temps en temps dans les bals...
Enfin je crois, mais... on peut pas tout savoir.
Aucun engagement politique ?
Pas que je sache, mais vous savez ici, les gens ils votent comme les curés...
Et pas de femme ?
Je crois bien que si.
Alors vous qui connaissez tout le monde,
vous devez savoir qui c'est.
Valentine, Valentine Duprin...
Elle habite en bordure du hameau des Loges.
Elle a de la famille ?
Ils sont tous morts dans une épidémie de rougeole...
mais elle a un enfant.
Ah bon, mais de quel âge ?
Trois ans je crois.
Il est de Morlac ?
J'en sais rien.
On ne peut pas tout savoir.
Passez une bonne journée. - De même.
Messieurs...
Un paquet de gris, s'il vous plaît,
et du papier à rouler.
Voilà, monsieur... euh... capitaine... - Commandant.
Et donnez-moi un briquet d'amadou aussi.
Merci.
Merci.
Au revoir messieurs.
C'est le juge militaire. Il est là pour Morlac il parait.
Ca a pas l'air d'être un rigolo.
Pauvre Morlac.
Pauvre Morlac, pauvre Morlac. Il n'avait que de pas faire le rigolo
Il peut toujours chialer maintenant.
Oh si il chiale pas c'est pas grave, c'est une tête de lard, Morlac.
C'est comme pour le chien, il arrête pas de gueuler
Comment qu'elle s'appelle déjà, la petite qu'il fréquentait Morlac ?
Valentine. Ils ont un gosse.
A eux deux ? - A 3, à 4... Peut être plus. Va savoir.
Taisez-vous donc.
Si on parlait de vos femmes comme ça, dans votre dos, hein ?
Ah... te fâche pas Mathilde... Allez remet-nous ça plutôt.
Allez, debout Morlac. Garde à vous...
Ca va bien. Merci Dujeux.
Vous êtes un peu calmé ?
On va pouvoir reprendre ?
Nous en sommes restés... Vous alliez dans l'Est.
Qu'est-ce qu'il s'est passé là-bas ?
On nous a appris à devenir de bons soldats.
De la bonne chair à canon.
Et après, direct au casse pipe.
Putain, ton chien c'est le meilleur.
Vous avez eu une permission dans les premiers six mois.
Oui.
Vous êtes venu ici ? - Hmm.
Avec votre chien.
Non, il est resté là-bas.
Les gars se sont occupés de kui.
Ensuite, donc, vous avez été affecté pour l'armée d'Orient,
et vous avez embarqué sur un bateau militaire.
Non, c'était pas un bateau militaire c'était un cargo réquisitionné.
Hé, Morlac... Regarde ton chien.
Bravo.
Tiens, cadeau. - Beuh...
Allez, couché.
Et les officiers ont accepté la présence du chien ?
Les officiers, on les voyait pas.
Ils étaient dans le carré pour pas se montrer en train de gerber.
Les sous-off, alors...
Les sous-off...
Ca les arrangeait bien que le chien fasse un peu le ménage dans les cales.
Et arrivés à Salonique, ça c'est passé comment ?
Un drôle d'endroit.
Je crois que j'ai jamais vu autant de gueules différentes.
Il y a des français, des anglais, des italiens, des grecs...
plus des serbes, des sénégalais,
des arméniens, des albanais, des turcs...
et même des annamites.
Mais c'est tout de même un général français qui commandait.
Commandait ?
Commandait quoi ? Personne parlait la même langue.
Personne savait ce qu'il devait faire.
On est restés sur le port pendant quelques jours, le temps de tout débarquer.
avec des vieilles grues qui coinçaient de partout.
Il marche pas votre truc.
Tenez.
Merci.
Il y avait les officiers qui s'agitaient sur leurs chevaux
Ils donnaient des ordres, et puis des contre-ordres.
Personne n'y comprenait plus rien.
Au final, on est partis sans même savoir où on allait.
Tout le monde a vite compris.
Quand on a croisé les pauvres gars qui revenaient du front...
Avec eux, ils nous envoyaient à la boucherie.
Oh la, vous êtes bien matinal commandant. La salle n'est pas encore ouverte.
Mais asseyez-vous là, je vous prépare le petit déjeuner.
Merci.
Le hameau des Loges, vous connaissez ?
C'est sur la route de St Amand, ça.
Je peux y aller à pied ?
A pied, c'est un peu loin, mais si vous voulez...
je vous prête le vélo de mon défunt mari
mais il faudra relever sa selle parce qu'il était plus petit que vous.
Monsieur ! Monsieur...
Excusez-moi. Le hameau des Loges, c'est par là ?
Le hameau des loges, en haut à gauche ! - Merci.
Monsieur... - Bonjour.
Vous êtes Valentine Duprin ?
Oui, c'est moi. Pourquoi ?
Je suis le juge chargé d'instruire l'affaire de Jacques Morlac.
Je m'en serais doutée. - On peut en parler ?
A l'ombre...
Venez.
Asseyez-vous.
C'est que du sirop. - Ca ira très bien.
Merci.
Dites-moi.
C'est vrai que votre famille a été emportée par une épidémie de rougeole ?
Ma mère était médecin, oui.
Et votre père ?
Il est mort ausssi... mais pas de la rougeole.
Donc vous êtes arrivée ici à la mort de vos parents. Mais pourquoi ici ?
Ici, j'ai mon jardin, mes chèvres...
Ni Dieu, ni maître. Vous comprenez ça ?
Hmm...
Depuis quand vous connaissez Jacques Morlac ?
C'est toi Jacques Morlac ?
Oui, pourquoi ?
On m'a dit que tu vendais du foin. - Oui.
J'en ai besoin pour mes chèvres.
C'était le père Lachaise mon fournisseur,
Maintenant qu'il est mort, il faut que j'en trouve ailleurs.
Il t'en faut combien ?
Une petite charrette.
Tu me l'apportes ?
Hmm...
Où ça ?
Le hameau des loges tu connais ?
Oui.
Quand tu y es, tu tournes à droite, ma maison, elle est après.
Je trouverai.
A demain.
A demain...
Où tu vas, habillé comme ça ?
Livrer du foin !
Tu t'habilles en dimanche pour livrer du foin.
Hé oui, ça fait plus sérieux.
Marcher.
Sérieux... Hmm.
Oooh...
Tu t'habilles toujours comme ça pour livrer du foin ?
Toi tu mets toujours une blouse blanche pour travailler à ton jardin ?
Tu dois avoir soif avec cette chaleur.
On rangera le foin plus tard.
Il s'appelle comment ? - Il s'appelle pas.
Il a pas de nom ?
Je lui donne à manger, je lui donne des caresses, j'sais pas
mais j'ai pas eu envie de lui donner un nom
T'habites seule ici ?
Oui pourquoi ?
Ils sont pas là tes parents ?
Ils sont morts.
Ah ! Désolé.
Tu aimes lire ?
Ca dépend.
T'as lu les trois mousquetaires ?
Non, enfin... pas encore.
Lis le, ça va te plaire.
J'ai que du sirop.
Ah. si t'as que du sirop, va pour du sirop alors.
Tu veux pas enlever ta veste, tu seras plus à l'aise.
Si.
Il va pas me mordre, au moins non ?
Je sais pas, il verra bien.
Je reviendrai demain pour ranger le foin. Hmm ?
Valentine !
Ca suffit Louis, je sais que c'est toi !
M'oblige pas à aller encore me plaindre aux gendarmes.
C'etait toi... - Qui c'est ce Louis ?
C'est un gars un peu simplet qui vit dans le bois à côté.
Ah oui, d'accord.
Il est pas dangereux mais il a essayé de m'embrasser...
Ah ben c'est normal hein ?
Ca m'a plu, les trois mousquetaires.
T'en as lu un peu ?
Je l'ai lu en entier.
En entier, menteur.
Ben vas-y, pose moi une question...
C'est qui madame Bonacieux
L'amour de d'Artagnan. Vas-y une autre.
Attends voir...
Milady de Winter ?
Ah c'est une belle garce celle là.
T'aimes bien les belles garces, hein ?
Arrête.
Arrête...
Attends, attends, attends...
Je vais te faire lire quelque chose de plus sérieux.
Ah bon ?
Tiens, tu veux lire celui là ?
Les Souffrances du jeune Werther.
La vie humaine est un songe
D'autres l'ont dit avant moi, mais cette idée me suit partout.
Nous épuisons toutes nos forces à staisfaire des besoins.
et ces besoins ne tendent qu'à prolonger notre misérable existence.
C'est vrai ce qu'il dit, non ?
Je sais pas... je comprends pas tout.
C'est Goethe, un écrivain allemand.
Ce livre, c'était à mon père.
Il était allemand lui aussi, et juif.
Le curé nous en a parlé une fois, au cathéchisme des juifs.
Alors oublie ce qu'il t'a dit,
les curés c'est pas ce qu'il y a de mieux placé pour parler des juifs.
Tu les as tous lus les livres ? - Presque.
T'as appris plein de choses.
Oui, pas mal.
Et moi que je ne sache rien... ça te gêne pas ?
Non, ça me gêne pas.
Ce qui me gêne, c'est que tu t'en ailles.
Demain je vais dire à ma mère que je viens vivre ici.
Elle sera d'accord ?
Je suis obligé de lui dire, pas de lui demander.
...c'est effectivement très inquiétant mais rien n'est encore décidé
Deux petits chèvres, mais pas trop secs.
Mais si, si, je te dis. Georges connait le sous préfet, il lui a tout confirmé.
C'est sûr alors ?
On ne peut tout de même pas rester les bras croisés
et laisser les allemands faire ce qu'ils veulent.
Sans doute, mais... la guerre ?
T'en fais pas. Elle durera pas longtemps nous a dit le colonel XXX
Celui qui est venu dîner à la maison avant hier ?
C'est ça ma chérie. Il nous a dit dans 3 semaines notre cavalerie sera à Berlin.
Trois semaines ?
Chef Gabarre...
Qu'est-ce qu'il y a Valentine ? Le simplet t'a encore embêtée ?
Non, il s'agit pas de ça.
C'est vrai que la guerre va être déclarée ?
Oh, je suis pas dans les hautes sphères, moi.
Ne me racontez pas d'histoires. Répondez-moi.
On affichera l'ordre de mobilisation générale demain matin.
Oooh...
Allez.
Alors ? T'as bien vendu ?
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Qu'est-ce que t'as ?
Demain, c'est la mobilisation générale, il faut que tu te caches.
Où ça ? Sous tes jupes ?
C'est pas drôle, ils vont venir te chercher.
De toutes façons, je suis soutien de famille.
Mais ils prendront tous les hommes si la guerre s'arrête pas.
Calme-toi... Calme-toi.
Elle a pas encore commencé la guerre, hein ?
Chut, calme-toi, allez...
Alons, allons, calme-toi.
Je veux pas que tu t'en ailles.
Mais je suis là...
J'étais en ville...
Et alors ?
Les nouvelles ne sont pas bonnes.
Les boches résistent toujours. Des mois que ça dure.
Les généraux veulent plus d'hommes.
Tous les hommes...
Je vais être mobilisé Valentine...
Valentine.
Ce ne sera pas long, c'est juste histoire de quelques mois.
On est plus nombreux qu'eux, ils tiendront pas.
Valentine...
Valentine.
Attends, où tu vas ?
Oooh...
Morlac !
J'arrive...
Et nous ! Et nous ?
Oh oh, oh, vos gueules !
Vos gueules !
Salut bande de cons - Salut mec.
Vous savez de quoi on l'accuse ?
Oui je sais, mais je vois pas pourquoi on veut lui faire du mal pour des bêtises.
Surtout après lui avoir donné la légion d'honneur
Un outrage à la nation, vous appelez ça une bêtise ?
C'est vrai qu'on pourrait prendre en compte ses mérites au combat
mais pour ça il faudrait qu'il s'excuse.
Qu'il dise qu'il avait bu,
ou trouver une autre raison, je ne sais pas.
Il refuse ?
Non seulement il refuse,
mais il agrave son cas en tenant des propos irresponsables.
Pardon excusez-moi.
Voilà, c'est arrangé.
Vous savez, l'affaire Morlac,
c'est sans doute l'une des dernières dont j'aurai à m'occuper.
Alors c'est peut être égoïste,
mais si je parvenais à le sauver je partirais soulagé.
Mais lui il s'obstine à vouloir être condamné
Il fait ça pourquoi ?
C'est pour ça que je suis venu vous voir.
Pour que vous m'aidiez.
Et j'ai une question indiscrète.
Dites-moi.
Ce petit garçon il est à lui ? - Oui.
Il le sait qu'il a un fils ?
Je lui ai écrit, mais je n'ai pas eu de réponse.
Peut être qu'il n'a pas reçu la lettre !
Mes respects mon commandant.
Maréchal des logis-chef Gabarre.
Bonjour chef.
Vous tombez bien.
Vous avez un instant ? - A vos ordres mon commandant.
Venez avec moi.
Voilà, deux demis.
Autre chose messieurs dames ?
Vous le connaissiez, vous ce Morlac avant son coup d'éclat ?
Un drôle de type. - Drôle comment ?
Je saurais pas vous dire mon commandant, mais...
pas très sociable, on le voyait à peine.
Et Valentine Duprin ?
Ah celle là, c'est une autre affaire.
Son père c'était un juif allemand.
En plus il était membre de l'Internationale ouvrière.
C'était un pacifiste forcené.
Il a été arrêté, et euh...
il est mort à la prison d'Angers...
Tuberculose je crois.
Et sa mère ?
Elle, c'était une fille d'ici.
Elle est partie à Paris apprendre la couture.
C'est là qu'elle a rencontré l'immigré.
Vous voulez m'être utile chef ? - Ah oui mon commandant.
Essayez de savoir pourquoi Morlac n'a pas été voir Valentine depuis qu'il est revenu
Ca va pas être facile. - Non, je compte sur vous.
Si vous apprenez quelque chose, venez me voir.
Commandant...
T'es encore là toi ? hein ?
T'es plus têtu que ton maître...
Hein ?
Et alors ?
Si tu veux qu'il sorte...
tu lui fais comprendre qu'il doit s'excuser.
Hein, et comme ça, vous repartirez ensemble.
Oh Valentine,
Chef Gabarre...
j'ai parlé avec le juge Lantier
tu devrais lui faire confiance.
C'est un homme compréhensif, il ne demande qu'une chose,
libérer Morlac...
et Morlac veut absolument qu'on le condamne.
Tu sais pourquoi ?
Non.
T'es sûre ? - Oui.
Il est venu te voir Morlac, quand il a été démobilisé ?
Ca vous regarde pas.
Oh... tu devrais pas me répondre comme ça Valentine.
Moi j'essaie d'arranger les choses, c'est tout.
C'est notre histoire, ça regarde personne.
Ouais.
Le 14 juillet, pourquoi t'es venue voir le défilé ?
Comme ça, comme tout le monde.
T'es sûre que c'est pas Morlac que tu voulais voir ?
Je sais pas peut être.
Tu veux rien me dire ?
Non.
Rien du tout.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Où est le chien ?
Le chien euh...
Oui, où est-il ?
Tout à l'heure il était allongé au coin de la rue, mon commandant
il était au bout du rouleau, j'ai cru qu'il était crevé
Où est-il ?
Chez la vieille, au coin de la rue, je vais vous montrer.
Voilà, c'est dans la rue, à gauche la première maison.
Je suis venu voir le chien...
Vous avez vu dans quel état il s'est mis. La pauvre bête.
Aboyer comme ça, sans arrêt sous la chaleur, ça épuise.
Ce qu'il lui faut...
c'est de l'eau, à boire et à manger, voilà tout.
Et dès qu'il ira mieux, il va repartir brailler devant la prison !
Ces canailles de militaires...
Il leur a craché à la figure, le Morlac. Alors ils se vengent.
Toute la clique...
Les généraux et leurs marchands de canons.
Tous ceux qui ont envoyé nos petits gars du pays à la mort.
Comme mon fils,
et mes trois petits fils...
Tous les quatre ?
Oui.
La même année.
En 15.
C'est malheureux...
S'ils condamnent celui-là, ils feront une grande injustice.
Mais ils sont pas à ça près.
Bois, mon petit bois.
Oui, bois mon petit, bois.
Mais au fait, vous êtes qui, vous ?
Un ami. - Du chien ?
Du chien et... de son maître.
Excusez-moi, je dois y aller. Merci encore...
pour lui.
T'as de drôle d'amis toi.
Je vous donne la 15.
Bonne journée commandant.
Navré de vous interrompre Paul, mais conduisez-moi à la prison
A vos ordres mon commandant.
Perrine... - Oui madame.
Allez debout Morlac. Garde à vous.
Ca va bien Dujeux. Vous pouvez disposer.
Je vous préviens, aujourd'hui, ce sera plus long.
Combien de temps vous êtes resté sur le front ?
Une année.
Une année de souffrances pour rien.
Des offensives foireuses...
malaria, la dysenterie...
Et qu'est-ce qu'il s'est passé alors en 17 ?
Les bulgares qui étaient en face s'étaient fortifiés,
alors nous aussi on s'est enterrés
Hmm... Comme en France quoi...
Les tranchées, les casemates,
Il y avait d'autres troupes alliées avec vous ?
Oui.
Attendez, je vous montre.
On était là...
Sur notre gauche il y avait les annamites...
Vous vous rendez compte, les malheureux... qu'est-ce qu'ils foutaient là ?
Avec le froid ils devenaient gris ils bougeaient plus...
Là, il y avait les bulgares... en face,
et à droite ici, les russes.
Par contre, eux l'hiver, ils connaissaient.
Les lignes se touchaient presque.
Je me rappelle, il y avait une chienne...
du coup, ça a attiré mon chien... il est allé la voir...
et puis un jour, je l'ai suivi.
Ca va ?
Les russes, c'est des russes.
Allez ! Viens !
C'est ton chien ?
Oui... Tu parles français ?
Oui, un peu...
Qu'est-ce qu'ils chantent ?
Y a des révoltes, partout dans le pays,
les ouvriers, les femmes, les chefs...
et des fois aussi chez les paysans...
ici comme là-bas, c'est toujours la guerre.
Trop de lois et trop de misère
C'est comme chez nous.
Ecoutez ! Ecoutez !
Le Tzar a été renversé !
La révolution est en marche !
Le Tzar est arrêté !
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Le Tzar ! C'est fini !
Le Tzar a abdiqué. - Abdiqué ?
A la révolution ! A la victoire !
A notre santé!
A la nôtre !
La révolution mon fils !
Moi, tu vois... c'est surtout pour lui que je suis content
Pour sa vie qui sera plus belle que la nôtre.
Et toi ? T'as des enfants ?
Oui...
Un fils.
J'en peux plus de ce trou.
On peut pas aller dans la cour ?
Ouais, c'est ça, allons prendre l'air.
On va aller dans la cour.
Mais mon commandant, le règlement... - C'est moi le règlement.
Venez Morlac.
Et comment les russes ont-ils appris la chute du tzar ?
Vous m'avez dit que vous étiez coupés du monde.
Pas les bulgares.
Ils recevaient les nouvelles, et les filaient aux russes.
Alors qu'ils étaient face à face dans les tranchées ?
Ben oui, c'est des cousins ces gars là. Russes, bulgares...
D'ailleurs, c'est ça qui a tout déclenché. - Déclenché... comment ça ?
Ah... vous pouvez pas comprendre.
On était au fond de l'enfer...
et en même temps, quelque part, un peuple s'était débarassé d'un tyran.
Il fallait continuer la révolution.
Pas seulement en Russie, mais partout, il fallait terminer le travail.
Et la première chose à faire c'était d'arrêter cette guerre.
Votre révolution, ça porte un nom, ça s'appelle une mutinerie.
Non...
Vous voyez, vous comprenez pas. Non...
Pas si c'était des deux côtés du front.
La fraternisation, voilà ce qu'il fallait.
C'est ambitieux, mais pas très réaliste, non ?
Et vos officiers, ils patageaient les mêmes idées ?
Non.
On les avais pas mis au courant.
Ils étaient pas de notre classe.
Alors votre plan c'était quoi ?
C'était pas compliqué.
Les russes, avec beaucoup de bulgares, ils étaient acquis à la cause.
Au signal, tout le monde devait sortir des tranchées
et aller serrer la main à ceux d'en face.
Il y aurait des mouvement comme ça partout sur le front d'Orient, et aussi en France.
Fraterniser... Dire "Merde" à cette guerre.
Sortir de nos trous à rats.
Etre debout, vous comprenez ça, debout.
Etre des hommes, enfin des hommes.
Et finalement comment ça s'est passé ?
On avait prévu le 12 septembre à 4 heures du matin.
Un peu avant le lever du soleil, pour pas rester trop longtemps dans le noir.
Le signal c'était l'Internationale.
Les bulgares devaient commencer à chanter,
et nous, les français, et les russes on reprendrait en chœur.
A 4 heures.
Quand on a entendu leurs voix qui chantaient en face,
vous pouvez pas savoir ce que ça nous a fait.
C'était chacun sa peau...
Quelques minutes avant on était prêts à fraterniser,
et là on s'entretue à la bayonnette, au corps à corps.
C'était affreux.
Tout ça, à cause d'un chien.
Lui, tout ce qu'il savait, c'est que l'ennemi venait d'en face.
Au bout d'une heure, on les a enfoncés.
Les artilleurs de chez nous se sont mis à nous canarder sans savoir qu'on était
déjà dans les lignes bulgares.
Ils nous ont pas loupés, ces cons...
C'est là que j'ai eu ma blessure.
Voilà, c'est lui.
En première ligne,
le caporal Jacques Morlac,
a mis personnellement hors de combat 9 fantassins ennemis.
Cette action héroïque a marqué le début de la contre offensive
victorieuse de nos troupes.
Au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés
nous vous faisons Chevalier de la légion d'honneur.
Dépéchez-vous ! Dépéchez-vous !
Attention ! Par ici !
Venez. Suivez-moi.
J'en ai voulu longtemps à mon chien.
Longtemps... Je l'aurais tué même.
Mais d'un seul coup j'ai compris...
C'était lui le héros.
Loyal jusqu'à la mort, courageux, sans pitié pour les ennemis.
Ma légion d'honneur, c'est lui qui la méritait.
Quand j'ai compris ça, je ne lui en ai plus voulu.
Il avait obéit à sa nature, lui.
Lui, il avait une excuse.
Mais ceux qui nous envoyaient au massacre, eux ils n'en avaient pas.
Leurs citations, leurs médailles...
tout ça c'était pour qu'on aille se battre comme des chiens.
Eh ben...
t'as meilleure allure toi, hein ?
Elle t'a bien retapé, la vieille, là.
Ouais.
Ouais t'en a marre.
Et moi aussi.
Il y en a plus pour longtemps.
Allez...
T'inquiète pas...
Louis !
N'essaie pas de te sauver, je saurai toujours où te trouver.
Approche.
Toujours aussi agile toi hein !
Fais voir ce que tu caches là.
Ah... bravo. Ca c'est de la belle truite.
Bon Louis...
Tu vas toujours la voir, la Valentine ?
Non.
Je le jure, non.
Ne jure pas Louis, je sais que tu mens.
C'est plus fort que toi.
Remarque, si tu l'embêtes plus, tu peux bien la regarder de loin de temps en temps
...mais de loin.
Bon Louis, va falloir que tu m'aides.
Tu me dois bien ça, non ?
Je t'ai assez sorti de la mouise, pas vrai ?
Morlac, tu le connais.
Il est parti à la guerre.
Tant mieux. - Ouais, il est parti.
Mais il est revenu... Et ça tu le sais.
Si, Louis, tu le sais.
Tu vas voir Valentine tous les jours... Même peut-être plus que d'habitude.
Le matin tu te mets dans le bois au dessus de son potager
pour la voir quand elle se penche sur ses légumes.
Et le soir, tu passes derrière la maison
pour l'épier quand elle va traire ses chèvres.
Je la suis plus. - Je te crois Louis. Mais réfléchis...
Depuis qu'il est revenu de la guerre, Morlac
tu l'as aperçu chez Valentine ? - Je sais pas.
Tu me racontes pas d'histoires Louis. Ca suffit.
Il est venu oui ou non ?
Oui ! - C'était quand ?
Je sais pas les dates, moi...
Avant le défilé. - Bien.
Tu lui a parlé ? - Non.
Ben alors explique-toi qu'est-ce qu'il faisait ?
Il se cachait.
Mais moi je me cache mieux... Il m'a pas vu.
Il regardait le gamin. - Le gamin ?
Il devait pas bien le voir de si loin.
Un jour, il était tout près...
Vraiment, mais alors Valentine l'a vu.
Non, elle pouvait pas.
Elle était à traire les chèvres.
Bonhomme !
C'est la seule fois que tu l'as vu ? - Non.
Une autre fois je l' ai vu.
Quand elle était grosse.
Grosse ? Enceinte ?
Jacques...
Jacques arrête-toi.
Laisse-moi !
T'es complètement fou !
Je vais t'expliquer Jacques !
Jacques !
Jacques...!
T'es sûr que t'inventes rien Louis... - Je mens pas.
Oui, je te crois.
Et j'espère que dis vrai.
Commandant !
Mon commandant !
Oh, oh, oh, oh, oh !
Oh, oh, oh !
C'est plus de votre âge, ce genre d'exercice.
Merci mon commandant.
Je vous cherchais, j'ai du nouveau.
Dites-moi.
Morlac est revenu quand elle était enceinte.
Il a eu une autre permission alors. Oui...
Oui, trois jours pour l'enterrement de sa mère.
Il a sûrement été voir Valentine
oui mais... quand il est arrivé...
Il y avait un gars là dehors qui faisait sa toilette.
Là-dessus, il y a Valentine qui sort, et Morlac est reparti.
Vous êtes certain de ce que vous dites ? - Ah certain mon commandant.
C'est du bon travail.
J'en rendrai compte à vos supérieurs. Merci chef.
Merci mon commandant.
Valentine ?
Qu'est-ce que vous faites là ?
Je voudrais vous parler.
Venez, je vous invite à diner. - Non, non.
Mais si, venez...
Allez venez...
Quand j'ai rencontré Jacques, il était à peine sorti de sa ferme.
Mais on n'aurait pas dit un paysan.
Il y a des êtres comme ça.
Il était naïf pourtant.
Il n'a pas compris la gravité de ce qui se passait quand la guerre a éclaté.
Alors j'ai essayé de lui expliquer.
Je lui ai même fait lire certains livres.
Mangez un peu... Allez !
Au début il a eu du mal, et c'est pour me faire plasir qu'il s'y est mis.
C'était sa manière à lui de me dire qu'il m'aimait.
Et il est parti avec un ou deux livres quand il a été mobilisé.
Et avec mon chien.
Ca peut paraître bizarre, mais quand cette bête
a suivi Jacques à la guerre, j'ai été heureuse.
Au moins, il emmenait un peu de moi.
Il vous écrivait ? - Au début, presque toutes les semaines.
Et un jour il est venu en permission.
L'homme est bon naturellement.
Quel con ce Jean-Jacques Rousseau.
Ca veut dire que c'est la société qui rend l'homme mauvais.
Au fond l'homme est bon, c'est ça ? - En somme, oui.
Et alors ?
Il a pas dû voir la guerre de près, lui...
C'est à la guerre que les hommes montrent leur vraie nature.
On s'entretue, on s'égorge dans des odeurs de gangrène,
de morts qui sèchent sur les barbelés...
de putréfaction.
Toutes les odeurs d'une guerre de merde...
Et combien de temps est-il resté ?
Deux semaines. juste le temps d'être enceinte.
Je savais que ça allait arriver, je le voulais.
Mais je lui ai pas dit tout de suite... j'ai attendu d'être bien sûre.
Webert. - Oui.
Morlac. - Ouais.
Chardon. - Ouais.
Guillot. - Ouais.
Trois semaines qu'elle a mis pour arriver ma lettre.
Avec leur censure à la con.
Qu'est-ce que t'as ? t'as l'air tout chose.
Je vais être père.
Félicitations mon vieux, ça se fête.
Ouais.
Quand je vois dans quel monde je le balance...
Pauvre môme.
Ouais.
Comment tu vas l'appeler ?
Il m'a écrit qu'il était heureux.
Et il m'a demandé d'appeler l'enfant Marie si c'était une fille
et Jules si c'était un garçon.
Plus tard ça a été dificile.
J'étais seule avec cet enfant qui venait.
J'ai écrit à mon parrain un vieux pacifiste
qui soutenait des militants qui avaient déserté
Je lui ai dit que j'étais volontaire pour en héberger un.
Comme j'étais en pleine grossesse, il pourrait m'aider
pour le jardin et les chèvres
Il m'a envoyé un jeune gars qui avait besoin de se planquer.
Et vous l'avez écrit à Morlac ?
J'aurais mieux fait ça aurait évité... - Qu'il le découvre lui même.
Comment vous le savez ?
Parce que j'ai sû qu'il a eu une autre permission
et qu'il l'avait vu sortir de chez vous.
Je vous assure monsieur,
il n'y a jamais rien eu entre ce garçon et moi.
J'ai jamais cessé de penser à Jacques, je n'ai aimé que lui.
Je n'aime que lui.
Parfois la nuit, je sors dans le froid et je crie son nom.
Comme s'il allait apparaître, pour venir à moi.
Vous me prenez pour une folle.
Pas du tout.
Et il ne vous a plus jamais écrit après ? - Jamais.
Vous lui avez annoncé la naissance de votre fils ?
Oui, j'ai même fait faire une photo en ville.
Je lui ai envoyé. J'ai jamais su s'il l'avait reçu.
Et à la fin de la guerre ?
Je l'ai pas revu avant qu'il fasse ce scandale et qu'on l'arrête.
Vous êtes allée le visiter en prison ?
Evidemment plusieurs fois, mais il ne veut pas me voir.
Et votre chien, pourquoi vous l'avez laissé là-bas ?
J'ai essayé de le ramener à la maison, mais il voulait pas...
Bonjour madame Charizot !
Je vous en supplie monsieur.
Dites lui qu'il revienne, chez nous, on l'attend.
Arrête de parler de ma femme hein !
Mes hommages, madame.
C'est plus possible !
Eh ben y fallait pas. Il fallait pas le faire.
Alors maintenant ça suffit, vous partez.
Oh, madame Charizot juste un petit kir, une douceur.
J'ai pas payé mes comptes, il faudra m'envoyer la note.
Oui, c'est ça, je l'enverrai à ton père. Allez, dehors !
Dehors !
Dehors...!
Bonsoir monsieur Quériel...
Bonsoir Perrine.
Ah, bonsoir Paul, bonsoir mademoiselle.
On a été faire une petite promenade ?
Oui mon commandant.
Vous avez raison, il fait moins chaud dehors que dedans.
A demain jeunes gens.
Bonsoir commandant.
Vous n'arrivez pas à dormir. Ah, il fait trop chaud.
Moi, ça ne me gêne pas. De toutes façons je dors peu.
C'est curieux, quand on y pense en somme...
Nous faisons le mème métier, vous et moi.
Le même métier ? - La justice pardi.
Je suis avoué, vous êtes juge...
nous sommes deux rouages de la justice.
La justice ?
Avant la guerre j'étais un jeune militaire de carrière, idéaliste
L'honneur, la tradition, la Patrie... j'y croyais à tout ça.
Mouais...
C'est à cette époque là que j'aurais dû être juge.
J'aurais condamné les hommes sans état d'âme.
Vous auriez eu raison,
c'est ainsi que ça doit être.
La justice est là pour protéger la société.
La protéger de qui ?
Qui est coupable ? Qui est innocent ?
C'est vrai qu'il est compliqué de juger, il y a toujours...
une part d'innocence chez le coupable,
et de culpabilité chez l'innocent.
Ben vous savez que c'est très beau ce que vous dites.
L'innocence chez le coupable, et la culpabilité chez l'innocent.
Totalement incompréhensible, mais très beau... Bonsoir.
De même.
Paul.
Vous irez chercher ma valise dans ma chambre, et vous chargerez la voiture.
Je pense que nous partirons dans l'après midi.
Profitez de la matinée pour faire vos adieux.
Hmm ? Et puis vous viendrez me chercher à la prison.
Bien mon commandant.
C'est peut-être la dernière fois qu'on se voit toi et moi, hmm ?
Ouais...
Tu vas me manquer... ouais
Bonjour, - Bonjour.
Allez chercher le prisonnier.
Je vais terminer mon interrogatoire dans votre bureau.
Mais mon commandant, le règlement est formel, il autorise pas...
Je vous ai déjà dit d'oublier le règlement...
Alors faites ce que je vous demande. - Mais c'est que j'ai pas le droit.
Alors je vais y aller moi même.
Mais mon commandant...
Morlac... Veuillez me suivre je vous prie.
Asseyez-vous là Morlac.
Laissez-nous seuls Dujeux.
Mais mon commandant... - Allez...
Il est émouvant ce chien.
S'il aboie comme ça, c'est parce qu'il sait que vous êtes là.
Bon...
Reprenons les faits qui vous sont reprochés.
Nous arrivons à la fin de cette instruction.
Bon.
Tout s'est passé le 14 juillet 1919, sur la grande place.
C'est qui ?
J'en sais rien...
Au nom du Président de la République
pour récompenser votre obéissance aveugle,
votre soumission aux puissants
et vos intincts les plus bestiaux qui font de vous... un héros,
je vous fais... chevalier de la légion d'honneur !
C'est un fou !
Gendarmes, arrêtez cet homme !
Lachez-le !
Lachez-le !
Vous voyez bien qu'il ne sait pas ce qu'il fait !
Jacques, non ! Dis leur Jacques ! Dis leur !
Dis leur ! Jacques !
Lachez.le !
Lachez-le...!
Savez-vous ce qu'un tel acte peut vous coûter ?
Ben allez-y, fusillez moi.
Vous vouliez me voir, mon commandant ? - Oui Lantier.
Pour l'exécution du déserteur Marsel,
c'est l'adjudant Picard qui commandera le peloton.
Vous y assisterez, en temps que représentant du conseil de guerre.
Veillez à ce que tout se passe vite, et bien.
Je peux refuser mon commandant ?
Oui...
Si vous avez envie de vous retrouver du mauvais côté des fusils.
Pas d'état d'âme, Lantier.
Et ne venez pas me chier dans les bottes, c'est pas le moment. Vous pouvez disposer.
A vos ordres mon commandant.
Alors, qu'est-ce que je disais ? on a combien d'hommes ?
Une compagnie de sénégalais.
En joue !
Feu !
Je vais vous faire une confidence Morlac, nous commençons à bien nous connaîtrre...
Tout nous oppose...
je suis entré dans la guerre par vocation,
et vous par obligation.
Et poutant ces quatres ans nous ont rapprochés.
Quatre ans à vivre dans les casemates,
à recevoir sur la tête les mêmes obus,
à compter nos morts,
il m'en coûte de le dire Morlac, mais je vous donne raison...
il fallait arrêter cette guerre.
Par contre cette scène ridicule,
cet outrage à la nation, on ne peut pas l'accepter.
Et nous on doit accepter qu'on nous jette des médailles, comme des os à des chiens.
Vous croyiez peut-être que vous alliez renverser l'ordre établi
en décorant votre chien de la légion d'honneur ?
Vous ne pensiez tout de même pas que votre petit coup d'éclat
allait changer la face du monde ? - C'était un début.
Je vais vous dire pourquoi vous avez commis cet acte.
Allez-y, j'écoute.
Parce que vous vouliez faire du mal à Valentine.
Pourquoi je voudrais lui faire du mal ?
Parce que vous pensiez qu'elle vous avait trompé...
Vous trouvez ça bien, vous ?
Tromper un homme qui est parti à la guerre ?
Etes-vous sûr qu'elle vous avait trompé ? - Je l'ai vu.
Non. - Je l'ai vu !
Non ! Vous l'avez cru...
Mais vous ne l'avez pas vu. Et vous vous êtes enfui.
Il y autre chose qui nous distingue des bêtes...
c'est l'orgueil...
La vraie raison de votre conduite, c'est votre orgueil.
Au lieu d'aller regarder Valentine dans les yeux et lui demander la vérité,
vous avez préféré faire un esclandre...
et ce scandale c'était pour elle, contre elle.
C'est pas vrai. - Si, c'est vrai.
Je vous ai dit que je pouvais essayer de comprendre Morlac,
mais pas là-dessus. Je vous suis pas dans cette affaire.
Et puisque mes supérieurs m'ont laissé libre de vous juger,
voilà ma décision.
Vous irez voir Valentine, et vous l'écouterez jusqu'au bout.
Et vous aurez honte de l'avoir jugée si mal, et si vite.
Parce que vous croyez qu'elle va m'accueillir les bras ouverts ?
Vous ne connaissez pas les femmes, vous...
Parce que tu les connais, toi ? Hein ?
T'en a connu combien ?
Et vous ?
Un peu plus que toi, sans doute. Avec le temps.
Bon, cette affaire est close.
Vous aurez quelques papiers à signer, et puis bon... enfin...
Vous êtes libre.
J'irai pas...
C'est trop tard.
Adieu Morlac...
Tu viens me dire au revoir ?
Je t'aurais bien emmené, tu sais ?
Aller, va retrouver ton maître. Allez.
Allez, allons-y Paul.
Allez, viens. Viens.
Excusez mon indiscrétion mon commandant, mais je voulais vous demander si...
enfin... si votre affaire s'est bien terminée.
Oui...
Je l'espère.
Et la vôtre Paul ? Avec la petite ?
Oui, j'ai l'impression... on espère se revoir.
C'est bien.
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