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-Oh !
-Pourquoi j'aime passer mes vacances en Corse ?
Je crois que j'ai profondément envie de me reposer.
Profiter de la plage, de la nature, de la vie, quoi.
-Oh !
Oh ! Tu m'écoutes ?
-À ton avis ?
-Tu fais quoi, là ?
-Je mate l'Instagram des gens qui font quelque chose de leur vie
pour pouvoir vivre mon été par procuration.
Me ressourcer, mais dans un endroit idyllique.
-Si tu t'ennuies tellement, t'as qu'à venir m'aider au lieu de glander, là.
Tu pourrais te rendre utile un peu.
-T'es en train de me dire que je devrais troquer mon fantasme de vacances idylliques
avec Laura Prepon contre toi, une chèvre
et l'odeur qui va avec ? -Mais ta Laura Prepon,
elle, au moins, elle serait venue m'aider.
-En plus, tu marques un point.
J'ai l'impression qu'elle est plutôt chasse, pêche et tradition.
Comme quoi,
cette joie de profiter de la campagne, c'est vraiment un truc de riches, non ?
Pourquoi s'en priver quand on peut le faire ?
Non !
P-A !
Oh ! P-A !
Tu me prêterais ta voiture pour l'aprèm ?
-Quoi ? -Ta voiture.
-Ma voiture ?
-Oui... Enfin, ton truc de berger sexy, si tu veux.
-Pour quoi faire ? -Rien.
Je dois aller voir quelqu'un cet aprèm. Je te la ramène ce soir.
-Ce soir ? -Oui, ce soir.
-Non.
-Mais pourquoi, non ?
Tu as peur que je te mette de la terre dedans ?
-Andréa... Moi, je fais des trucs, des vrais trucs. Donc oublie.
-Quoi ? Tu vas me dire que tu en as besoin pour aller voir Léa ?
Je croyais qu'elle avait un type. Il est sexy, en plus.
Je l'ai vu la dernière fois. C'est pas le même genre que toi, hein.
Mais bon, à mon avis, elle doit pas se faire chier.
-Si tu crois
que c'est en me disant ça que je vais te prêter la voiture...
-Bon allez, c'est bon, je te magagne.
Bon, tu me la prêtes juste quelques heures.
-Je te prête rien, Andréa. Arrête un peu. Je travaille, moi.
Je fais des vrais trucs.
On n'est pas tous là comme toi, à traîner comme une pumadaghja !
Eh ! Tu redescends, putain ! Connard, va ! -Parle mieux !
-C'est elle, là, qui me stresse avec ses exigences à la con, là !
-Parlez plus doucement,
vous stressez ces pauvres chèvres.
Qu'est-ce que tu veux ? -Rien, une voiture, c'est tout.
C'est trop vous demander d'être sympa de temps en temps avec moi ?
-T'es pressée de partir, encore ?
T'as qu'à prendre le C15.
Enfin... Si tu arrives à le démarrer.
-Allô ?
-Ouais, qu'est-ce que tu fais ?
-Rien, rien. Non, je chille un peu.
-Pareil. Je suis à la maison.
Écoute, je sais pas ce que j'ai, si c'est le pinard d'hier...
On a fait l'apéro à la paillotte...
J'ai l'impression de m'être pris un camion dans la gueule. Sérieux, ouais.
Tu sais ce que j'ai ? Je pense que je suis restée trop longtemps au soleil, ouais.
Non, je pense que je vais rester à l'ombre cet aprèm.
-Moi, je vais rester posée là, je vais aider un peu Petru-Anton.
-On laisse tomber la plage ?
-Je suis pas trop en mode bronzage, là.
J'ai l'impression que le sel, ça me fait de l'eczéma.
-Bon allez, à dopu.
-Oh, putain !
-Lâche le frein à main et passe la seconde.
Cloche...
-Eh cloche, va !
-Elle a fini par y arriver.
-"Laisse-moi t'aimer...
toute une nuit.
Laisse-moi t'aimer toute une nuit.
Faire avec toi...
le plus beau voyage.
Oh wow wow."
Si je parle de tout à mes amis en Corse ? De tout ? C'est-à-dire, de tout ?
Mais oui. Oui.
-Les amis d'enfance, ça se cache rien. C'est ça qui est beau, tu vois ?
Je... Je fais l'essence, en fait... Ouais. Pour ma mère. Voilà, c'est ça.
-Moi, je fais le plein pour... Enfin, demain, c'est férié.
-Mmh. Elle est bien !
C'est bien, c'est prévoyant.
Il fait chaud, hein ?
-Très. -Ouais.
On est, en fait, tu vois, vraiment honnêtes. Vrais. Voilà.
Ah ouais, carrément.
La discrétion.
Non, sérieux. S'il y a une clé, c'est la discrétion. Et ça, c'est mon créneau.
Non, tu peux tout faire. Mais faut pas se faire prendre.
Et ça, ça demande du talent.
-Eh ! Rentre.
Tu m'as fait attendre.
Si les murs ont des oreilles, le maquis, lui, il a des yeux.
Elle est bien celle-là, tu l'enregistres ?
-Comment on drague en Corse ?
Vous savez, chez nous, on est un peu superstitieux.
On parle pas de drague tant qu'on n'a pas conclu.
De toute manière, on drague pas. Comme ça, pas de drague, pas de râteau.
Allô ?
-Fais pas genre, Tom Selleck, je t'ai repérée.
Comment te louper, d'ailleurs ?
-Ah, t'es là, toi ?
Et toi donc.
-Bah moi, je passais par là, j'avais soif.
-T'as fait plus vite que ce que je pensais.
-Je vois que t'es à l'aise, hein. -Putain, j'étais super impatient.
Mais t'inquiète pas, je me suis retenu.
Elle te plaît, la chambre ? C'est la plus belle de l'hôtel.
On vend ça aux touristes, ils adorent. Spéciale "love".
-Ah, un vrai love boat.
C'est dommage, il manque que la mer, quoi. -T'inquiète pas. S'il y a pas la mer,
y a les vagues.
Viens là toi !
Je te sens un peu tendue.
-Attends.
Ça va pas un peu trop vite, là, non ? -Je sais pas, pourquoi ?
On aurait pas un truc pour se mettre dans le bain histoire de lubrifier ?
-Oh putain ! Toi, t'es encore plus coquine
que ce que je pensais ! -Alors non, non.
Écoute, je t'arrête tout de suite. Calme-toi.
Non, non. Je pensais juste à de l'alcool, tu vois ?
On pourrait boire un truc, je sais pas. Du vin, de la bière, une petite myrte, même.
Du champagne ! -Oui, voilà, du champagne.
-Tu veux du champagne ? -Ouais.
C'est pas une mauvaise idée.
-Je vais te chercher ça de suite.
Et ne commence pas sans moi, hein ? -Hein ?
Ah non, t'inquiète pas, ça risque pas.
-Blanc ou rosé ?
-Rosé.
-À de suite.
-Alors comme ça, t'as fait tout ce chemin
juste pour venir me mater ? -Ça va, c'était pas trop loin pour moi.
Toi, par contre, t'as fait tout ce chemin pour que je vienne te mater.
-Non, mais j'avais complètement oublié que t'habitais dans le coin.
-Ah bon ? Je croyais te l'avoir dit la dernière fois.
Mais ça doit être une vision de l'esprit. -Quelle dernière fois ?
-Ah... Cette dernière fois.
-Ouais.
Ça aussi, ça doit être une vision de l'esprit.
-Excuse-moi. Je suis tombé sur des clients, je te dis pas.
Il a fallu que je discute pendant une heure.
Mais bon...
Je suis tout à toi.
Champagne !
Ah oui... Ça surprend la première fois.
Hop là !
Ah, carrément.
Oui.
-C'est quand même marrant cet endroit, hein ?
Heureusement que vous savez creuser des piscines par ici,
vous crèveriez de chaud sinon. -Ouais, c'est possible.
-Est-ce que c'est vrai que, dans les villages,
les mecs se baignent en treillis parce qu'ils sont complexés par leurs jambes ?
-Ouais, tout à fait. Et les piscines, elles servent aussi à dépecer les sangliers.
C'est dommage, tu tombes pas le bon jour. -Ah ouais, quel dommage, quoi.
-Ouais, toi qui apprécies tant les rites autochtones en plus.
-Ouais.
Le paganisme, ça m'a toujours excitée.
-Bon, je vais me chercher une bière, moi.
-Ce que j'aime des hommes en Corse ?
Je sais pas.
Je crois que ce sont des hommes qui...
qui ont, tu vois, des valeurs, des vraies valeurs.
De la classe, de la présence.
Une certaine virilité aussi, tu vois ? Un truc...
-Ah, c'est bon ! C'est super bon !
C'est pas bien là ?
-Attends ! -Qu'est-ce qu'il y a ?
-Non, attends !
-Comme ça ? -Mouais.
-C'est bon là. C'est super.
-Attention la tête... -Oh oui, la tête.
-Si je me retourne ? -Vas-y, retourne-toi.
Oui... Qui c'est le champion ?
Hein ? Qui c'est le champion ?
Qu'est-ce que tu fais ?
Qu'est-ce qu'il y a ? -Non, attends. Arrête.
Tu veux pas le champion ? -Ouais, non.
-Attends, je fais le champion. Qu'est-ce qu'il y a ?
-Non, arrête. Arrête. -Quoi ?
-Non, on arrête. -Non, non, non, attends.
On n'arrête pas maintenant, déconne pas. -Ça marche pas.
-Je te jure, je peux pas.
Laisse-moi finir, s'il te plaît.
-Euh, non. Non, non.
Mais avec un soupçon de tendresse. Ouais. De la tendresse, c'est ça.
Surtout.
Tu me ressers, s'il te plaît.
-Tu comptes te baigner à un moment ou tu penses passer l'aprèm
à me regarder juste ?
-Ouais, c'est à peu près ce que j'ai prévu de faire.
-Laisse-moi deviner. T'as pas de maillot de bain ?
-C'est pas ça. J'ai peur d'être trop sexy et que tu te jettes sur moi.
-Ah ouais, ouais.
Bien sûr, je comprends. Le risque serait trop élevé.
Bon, ben...
Y a plus qu'une seule solution...
T'as qu'à te baigner tout habillée.
-Et pourquoi pas.
-Et pourquoi pas ?
C'est très, très con ce que tu viens de faire, là.
-Je ferais n'importe quoi pour toi.
-Eh bien, très, très con, c'est ce que je viens de dire.
T'as ton téléphone dans ta poche ?
-Ouais.
L'amour, c'est pas le même partout ?
Je sais pas.
C'est peut-être une question de chance, de persévérance ?
Surtout de persévérance, non ?
-Tu vas pas me laisser comme ça !
-Ouais, ouais... -Ah, punaise !
-Ça marche pas.
-T'as une de ces touches !
On dirait un remake de "La Piscine". Il manque plus qu'Alain Delon, là.
-Ouais, moi, je dirais plutôt "Deep End". -"Deep End" ?
Ah ouais, c'est pas ce film où un ado essaie de se faire dépuceler dans une piscine vide ?
-Tu m'épates. Je savais pas que t'étais cinéphile, toi.
-Non, c'est toi qui m'épates avec tes jeux de mots.
-Enfin... L'après-midi ressemble plutôt à un porno raté, non ?
-On peut toujours rattraper ça.
Vas-y, va t'allonger sur un transat là, j'appelle des potes.
-Attends, attends, attends !
Moi, je pensais plutôt à autre chose. Viens là, viens là. Donne-moi ta main.
Quoi ? Ça marchera pas.
-Pourquoi ? -Ta manucure est pas au point.
-Putain, merde ! Si j'avais su, j'aurais mis des faux ongles.
-Faut pas déconner.
-Non, mais tu fais quoi ? Arrête.
On va pas se donner en spectacle. -J'ai rien fait de mal.
-Rien de mal ? Je croyais que t'étais là juste pour regarder.
-Et si j'en veux plus ?
-Si t'en veux plus, je vais pas pouvoir t'aider.
-Tu... Tu voudrais pas qu'on réessaie un petit coup ?
-Non, je crois que des fois, il faut pas insister.
-T'es sûre ? -Oui, oui, oui !
C'était gentil. Merci.
-Qu'est-ce que tu fais ?
Tu pars ? -Ouais.
J'ai assez barboté.
Et Vincent, il a dit qu'il venait me chercher à 18h.
J'ai plus de batterie, je vais aller l'attendre, je pense qu'il va pas tarder.
-Vincent... C'est comme ça qu'il s'appelle ?
Je te revois quand ? -Je sais pas.
La prochaine fois que tu fais une filature, peut-être ?
Allez, bon aprèm, Magnum.
Merci pour les bières.
-Besoin d'aide ?
-Joli carrosse ! -Tu veux que je t'amène quelque part ?
-Ah non, c'est bon, ça ira, là. -T'es sûre ?
-Ouais, ouais. -Parce que t'as pas l'air du tout à l'aise.
Bon. Je te laisse ici, au milieu de nulle part, avec tous les dangers que ça représente.
-Les dangers ? À savoir ?
-Ben... À savoir...
Te faire draguer par...
des bergers.
-Ouais, OK. Quoi d'autre ?
-Des touristes... -Mmh, mmh. OK.
Jusque-là, rien de bien terrifiant, non ?
-Ben...
Des muletiers.
-Ouais, OK. L'image est pas ravissante, mais bon... Ça reste folklo, quoi.
Tu penses que j'en ai pour combien de temps jusqu'à Aullène, là ?
-En mule ? Oh, pas longtemps. Une demi-journée.
-Non, mais vous avez pas des raccourcis, ici ?
-Attends, ça je sais pas. Ça, c'est des ruses de muletier.
D'abord, ils te font regarder le paysage et puis après...
Mais bon... En plus, c'est pas tous les jours qu'ils voient un beau brin de fille comme toi.
-T'es tellement lourde...
Bon, allez. Vas-y, c'est bon, t'as gagné, là.
Tu me ramènes ? Mon hôtel est à 20 minutes.
-Viens.
Ça va ? -Ouais, ouais, ça va. Tout est relatif.
-T'es bien, là ?
OK.
La séduction, c'est tout un art.
Et la clé de la réussite, c'est de ne jamais trahir ses intentions.
Non, ça marche pas.
-T'as fait exprès, ça, hein ?
-Tu te fais pas chier, toi. -Non, mais gare-toi là-bas.
-OK, princesse.
-Rassure-moi. On va se revoir ? Hein ? Quoi ?
-T'es masochiste ?
-Ben non, je suis pas masochiste.
Enfin, si ça peut te faire plaisir, je peux le devenir.
-Et comment se fait-ce que tu crèches dans le plus bel hôtel de la région, toi ?
-Non, mais c'est Vincent qui refait la déco du resto là.
Il a voulu que je m'enterre avec lui pendant une semaine.
-Bah, moi aussi, je veux bien m'enterrer avec lui ici.
Tu as vu la piscine intérieure qu'ils ont en bas ?
Mais du coup, pourquoi...
-Arrête, s'il te plaît.
Arrête.
-Si l'été est propice ?
Propice ?
À la séduction ?
-Arrête, je te dis.
-Excuse-moi.
-Je peux pas. Non, mais toi et moi, c'est pas possible.
Je te l'ai déjà dit, en fait. Je pense que j'ai été claire, mais...
-J'ai dû mal interpréter les signes quand ta langue était dans ma bouche.
-Tu m'énerves.
Bon, allez, il faut que j'y aille.
-Attends.
-À bientôt.
La prochaine fois, laisse-toi pousser la moustache, ça sera plus clair.
-Ton hétéro normatisme est tellement désuet...
-Chacun ses goûts.
-Vous savez, pour les autres, l'été, c'est sea, sex and sun.
Mais pour nous, c'est plutôt sea... Sexe au compte-goutte... Sun.
Beaucoup, sun.
Surtout, sun.
-Alors, ta journée ?
-Bidon. Et toi ?
-Bidon.
Mais non, mais... Bidon de chez bidon, tu vois ?
Champion ?
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