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Pascal !
Qui est là ?
C'est moi, Christine.
Qu'y a-t-il ?
Je m'en vais. J'ai cours à 8 h et demie.
Bon cours.
Ne te lèves-tu pas ?
Moi, je n'ai pas cours.
Mais tu dois travailler.
Pourquoi ?
Pour finir ton mémoire de maîtrise.
Pourquoi ?
Ne veux-tu pas commencer à vivre ?
Je suis déjà vivant.
J'essaie d'en profiter.
Crois-tu que cela m'amuse, ce que je fais ?
Que fais-tu ?
Tu le sais très bien. Je prépare l'agrég de philo.
Ah, ça.
J'espère que cela t'amuse, vu le temps que tu y passes.
Je pense à l'avenir.
Je crois pouvoir vivre ma vie sans avoir fait une maîtrise
sur la transcendance matérialiste chez André Breton.
Assume ton choix.
Je n'ai rien choisi.
C'est la prof qui me l'a imposé.
J'ignore même ce que c'est.
2 ans dessus, et tu ne sais pas ce que c'est ?
Non.
Et je ne le saurai jamais.
Ce n'est pas la peine de me réveiller.
Tu es vraiment un drôle de mec.
Je vais faire ma voix.
Si tôt ?
On répète à 10 h.
L'Innommable fait les répétitions tôt pour nous faire souffrir.
"L'Innommable" ?
Notre chef.
C'est toi qui l'appelles ainsi ?
Je ne suis pas la seule.
On peut sortir, ce soir.
Oui.
Bonne journée, Manuel.
À ce soir, Sarah.
Je t'aime.
Ce n'était pas prévu, que tu passes ce soir.
Je suis content que tu sois là.
Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu venais ?
Je pensais que tu serais là.
Pourquoi ?
Tu as du travail à faire.
Je fais ce qui me plaît.
Quoi, par exemple ?
Je me promène, je lis.
Des choses en rapport avec ta maîtrise ?
Non.
Tu n'as même pas entièrement exploré ton corpus.
Je n'ai pas entièrement exploré mon corps.
Je t'aime, Christine.
Tu te dissipes, Pascal.
Toi, que lis-tu ?
Heidegger.
C'est bien ?
Ne sois pas vulgaire.
Je ne pense pas être vulgaire.
Je t'aime.
Va te coucher.
Je dois finir mon chapitre.
C'était sympathique, comme soirée.
- Fatiguée ? - Un peu.
- Travailles-tu, demain ? - Oui. À 10 h.
N'est-ce pas pénible, pour l'Innommable, si tôt ?
Non. C'est un homme très sain,
qui se couche et se lève avec le soleil.
Toi aussi, tu travailles tôt et tu ne te plains jamais.
Pour un informaticien, c'est normal.
Toi, tu n'es pas un informaticien normal.
Si.
Si.
Ne tardons pas à nous coucher.
Je veux regarder un peu mes partitions.
Que travailles-tu en ce moment ?
Du Monteverdi.
Et c'est bien ?
Il n'y a rien de plus beau, mais c'est difficile.
Personne ne chante comme toi.
L'Innommable n'arrête pas de me dire le contraire.
C'est un crétin.
Pire qu'un crétin, c'est quelqu'un de profondément méchant.
Tu devrais te coucher.
Oui, peut-être bien.
Bonne nuit.
Bonne nuit.
Jacques Vaché était le plus sublime des surréalistes.
Voire, j'ose le dire,
le plus sublime des écrivains de notre siècle.
Sa voix unique était une cataracte de silence.
Une détonation de silence
qui a fait trembler le monde.
Comment parler de ce silence génial ?
Comment le célébrer, sinon en me taisant ?
J'ose affronter le silence colossal de Jacques Vaché
par le seul langage adéquat.
Elles existent pour rendre quelqu'un heureux.
Crois-tu ?
Tiens, Michel.
J'ai découvert ceci.
Michel-Ange, l'artiste, a écrit des poèmes.
Oui, c'est archi connu.
Les intellos lui reprochent d'être un artiste,
les féministes, d'avoir aimé un mec,
et les homos, d'avoir été chaste.
S'il n'a contre lui qu'intellos, féministes et homos, ça va encore.
Tu sais, en France, ça fait pas mal de monde.
Écoute.
C'est juste la traduction.
"Avec toi dans mon coeur J'aime moi-même
"Bien plus que je ne m'aime Et vaux bien plus que moi
"Comme le bloc Qu'un ciseau défigure
"Est un bien plus précieux Que le rocher entier
"La page écrite ou peinte Est plus visée des yeux
"Qu'une feuille froissée ou déchirée
"Je reçois tout Sans aucune souffrance
"Depuis que ton visage Élut en moi sa cible
"Tes traits gravés sur moi Je vais partout sans peur
"Comme celui pourvu De sorts ou d'armes
"Qui rendent vains tous les dangers
"Je suis armé par toi Contre l'eau et le feu
"Ton signe en moi Me fait voir aux aveugles
"Mes crachats donnent vie Contre tous les poisons"
Du néoplatonisme courant, quoi.
Pour moi, c'est tout nouveau.
O notte, o dolce tempo
Benché nero
Con pace ogn' opra Sempr' al fin assalta
Ben vede e ben intende Chi t'esalta
E chi t'onor' ha l'intelletto intero
Que cherches-tu ?
J'ai un réveil dans mon sac.
Je dois me lever demain matin à 6 h 30.
Et pourquoi ?
Pour réviser mon concours blanc.
Non, n'éteins pas la bougie.
Mais pourquoi ?
Je veux te regarder.
Je dois dormir.
Une bougie ne t'empêchera pas de dormir.
Que fais-tu là ?
Je regarde.
Quoi ?
Dehors.
Qu'y a-t-il, Sarah ?
Je ne pouvais pas dormir.
Tu es triste, ces derniers temps.
Je me pose des questions.
Quel genre de questions ?
À propos de la musique et à propos de moi.
Ne veux-tu pas être heureuse ?
C'est quoi, "être heureux" ?
Être ensemble.
Nous aimer.
Réussir chacun dans notre carrière.
Avoir assez d'argent pour ne pas trop y penser.
Nous aimer.
Vivre ensemble dans un lieu agréable qui est à nous.
Vivre ensemble avec nos enfants.
Ne veux-tu pas avoir d'enfants ?
Si.
Qu'y a-t-il, Cédric ?
Ton ministre est arrivé.
Je le fais rentrer ?
Dans une minute.
Cédric.
Fais-nous du thé.
J'ai déjà mis l'eau à bouillir.
Tu es un ange, mon chéri.
Mon cher Juju !
Quel délice de te revoir.
Allons dehors, mon cher. Nous y serons mieux.
Le soutien de gens sensibles et cultivés comme toi, Juju,
est pour moi sans prix.
Le petit Cédric t'appelle "mon ministre".
Je ne suis qu'un noble serviteur du ministre.
Cédric, c'est le jeune qui m'a fait entrer ?
Exactement.
Qui est-ce ?
Mon régisseur.
Ton "régisseur" ? Délicieux, comme expression.
Voici le jeune héros.
Je vous sers.
- Du sucre ? - Moi ? Non.
On dirait que vous êtes un garçon très doué.
Va chercher une tasse pour toi.
- Je ne veux pas de thé. - Tu vas rester avec nous.
Connais-tu le metteur en scène Jean-Astolphe Méréville ?
Non, pas du tout.
C'est le génie du baroque. Tout le monde est d'accord.
Au ministère, on voudrait qu'il se lance dans le lyrique.
Il mettrait en scène Les Petites oeuvres dramatiques de Monteverdi.
"Le Combat de Tancrède et Clorinde", ce genre de choses.
Il n'y a pas encore de directeur musical.
Si cela t'intéresse,
je suis en mesure de garantir qu'on te le propose.
Tu me connais, je suis toujours prêt pour une aventure.
Alors c'est entendu.
Je ferai le nécessaire.
Notre ensemble n'existe que grâce au soutien de gens comme toi :
intelligents, sensibles et raffinés.
Le genre typiquement français.
C'est la France, qui te doit tant.
Pour la remercier, je veux commencer par toi, Juju.
La France a besoin d'un peu de régie, dans sa vie.
"De régie" ?
Je pourrais te prêter un excellent régisseur,
n'est-ce pas, Cédric ?
Voudrais-tu qu'on se voie ce soir, pour en discuter ?
Je cherche à travailler dans la culture.
Il faut qu'on envisage les choses dans ce sens, alors.
Je viendrai te chercher ce soir au 1er étage du Flore à 19 h 30.
D'accord ?
D'accord.
Il faut que je te laisse, maintenant, Guigui.
J'ai une réunion cet après-midi au ministère.
Merci infiniment, Juju, de ce plaisir.
Le plaisir était tout pour moi.
Et le sera encore davantage.
Cédric, raccompagne Juju, s'il te plaît.
Cédric !
Merci.
Deux êtres aussi délicieux ne pouvaient que s'entendre.
Je pense en effet que nous sommes taillés dans la même étoffe.
Tout à fait, mon cher Guigui, même si j'en ai davantage.
Je suis sûr que ce spectacle va inaugurer une collaboration
qui marquera de son fer la culture de notre temps.
Si je ne craignais pas d'être mal compris,
j'eusse même dit que ce spectacle sera révolutionnaire.
Un cheval de Troie qui ouvrira la musique à la pensée.
Car sans pensée, il n'y a pas de véritable art.
Je suis tout à fait de votre avis, Jean-Astolphe.
Tutoyons-nous, mon cher Guigui.
Très volontiers.
Comme les cadeaux entretiennent l'amitié,
je vais te présenter à quelqu'un qui peut nous aider à sceller la nôtre.
De qui s'agit-il ?
D'un de mes jeunes régisseurs.
Mais rassure-toi, Juju, ce n'est pas Cédric.
Guigui a un goût irréprochable en régisseurs.
Cela m'intéresse.
J'ai plusieurs assistants, mais je n'ai pas de régisseur.
Cette collaboration va nous apporter
toutes sortes de satisfactions.
- Quelqu'un arrive. - Pas de place pour 3.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Il n'y a pas assez de place. - Mais si, entrez.
C'est moi qui sors le premier.
Monsieur est mon voisin de dessous.
Louis est un jeune acteur rencontré récemment.
Il a beaucoup de talent. Je veux l'auditionner.
Vous auditionnez beaucoup de jeunes gens chez vous.
Découvrir de nouveaux talents est un privilège de mon métier.
Souvent, mes collègues manquent de curiosité.
Vous ne partagez pas ce défaut.
Voici mon étage.
Bonne soirée, monsieur Méréville.
Et bonne audition.
Merci. Bonne soirée à vous aussi.
Mais je ne m'appelle pas Louis.
J'arrive, j'arrive !
Me voici.
J'ai tout de suite vu que vous êtes un artiste.
Je vais vous montrer comment je fais travailler un personnage classique.
Je suis, vous savez, un grand directeur d'acteurs.
La clé de l'interprétation
dépend de la compréhension du sous-texte. Prenez Phèdre.
Elle est tourmentée par un désir incestueux
jamais résolu à l'égard du Soleil.
C'est quoi, un désir incestueux ?
Une envie de baiser avec quelqu'un de votre famille.
Mais le Soleil ?
Le Soleil, c'est le grand-père de Phèdre.
- Elle veut baiser son grand-père ? - Oui.
Cela devient évident dans le quatrième acte,
quand elle découvre qu'Hippolyte, figure solaire,
aime Aricie.
La fureur de Phèdre est provoquée
par le souvenir de sa passion inassouvie.
Toujours pour le Soleil ?
Exactement. Pour le Soleil,
qui avait un élément féminin et avait conçu Pasiphaé,
la mère de Phèdre,
par parthénogenèse.
Par quoi ?
Parthénogenèse.
Cela veut dire faire l'amour sans baiser.
Comme une limace.
- Les limaces ne baisent pas ? - Seulement avec elles-mêmes.
Et vous ?
Vous arrivez à faire ça ?
Je ne suis pas une limace, mais j'ai d'autres qualités.
Regardez ce que je peux faire grâce à cette analyse du sous-texte.
Ils s'aimeront toujours !
Au moment que je parle
Ah ! mortelle pensée !
Ils bravent la fureur d'une amante insensée
Malgré cet exil qui va les écarter
Ils font mille serments de ne se point quitter
Non, je ne puis souffrir un bonheur qui m'outrage
oenone, prends pitié de ma jalouse rage
Il faut perdre Aricie
Il faut de mon époux
Contre un sang odieux réveiller le courroux
Qu'il ne se borne pas à des peines légères
Le crime de la soeur passe celui des frères
Dans mes jaloux transports je le veux implorer
Que fais-je ?
Où ma raison se va-t-elle égarer ?
Moi, jalouse !
Et Thésée est celui que j'implore !
Mon époux est vivant
Et moi, je brûle encore !
Pour qui ?
Où me cacher ?
Fuyons dans la nuit infernale
C'est la fin ?
Oui.
N'était-ce pas émouvant ?
Très émouvant.
J'ai vu par la façon dont votre oeil caressait mon corps
que vous avez un regard naturel d'homme de théâtre.
Comment vous appelez-vous ?
Olivier.
- Olivier comment ? - Jeanmin.
"Jeanmin", c'est bien.
- "Olivier", c'est commun. - C'est un arbre.
Un arbre, ce n'est pas bien, pour un artiste.
L'art, c'est la négation de la nature.
"Oliver", c'est mieux.
En anglais, cela ne veut rien dire.
Oliver Jeanmin, vous serez un grand acteur et metteur en scène.
- Grâce à vous ? - Oui, grâce à moi.
Vous commencerez par être mon assistant.
Je suis d'accord pour tout.
Mais la passe, c'est toujours 500 francs.
L'art bourgeois est un art du mensonge.
Un art profondément immoral.
L'art baroque, malgré les apparences,
est toujours une expression de la vérité.
Si nous réussissons à pénétrer les baroques,
nous verrons qu'ils sont les pères des Lumières
à qui nous devons notre vraie naissance.
Monteverdi a accouché d'un Rameau
et c'est l'ancêtre de Pierre Boulez.
Corneille est le géniteur de Voltaire et l'aïeul de Sartre.
Si nous faisons l'effort de surprendre le baroque,
c'est nous qui serons surpris.
Si nous faisons le pas nécessaire vers la vérité du baroque,
c'est notre vérité que nous y découvrirons.
Si nous nous efforçons de libérer le baroque,
nous parviendrons enfin à notre liberté.
Merci, Jean-Astolphe. C'est épatant, ce que tu dis.
Quelle chance pour nous de pouvoir travailler avec toi.
Cédric,
donne ceci à Sarah, s'il te plaît.
C'est le Lamento della Ninfa.
Tu chanteras le dessus, le rôle de la nymphe.
Merci.
C'est joli, ce que tu chantais.
Tu es rentré tôt.
Continue à travailler.
Je finissais.
Que chantais-tu ?
Une pièce pour le disque et le spectacle.
Ça parle de quoi ?
Une fille abandonnée par son amoureux chante.
Elle est peut-être folle, peut-être morte.
Et c'est baroque ?
Oui.
Qu'est-ce, exactement ?
Une période historique.
C'est ce que je pensais.
Les gens baroques, qu'avaient-ils de particulier ?
Ils disaient en même temps deux choses contradictoires
et toutes les deux étaient vraies.
Je ne comprends pas.
C'est comme dire qu'on est 2 personnes à la fois
et que l'une est vivante parce que l'autre est morte.
Rien ne s'exclut davantage que la vie et la mort.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien.
C'est beau, ce que tu dis, mais cela me dépasse.
Ceci est beau aussi, non ?
Si.
Mais tout ce qui est beau nous dépasse.
- Allô ? - C'est moi.
Je peux venir te voir ?
Où es-tu ?
Dans le coin.
Je suis avec une copine. On révise.
Je peux passer après.
Je me lève tôt.
On se couchera tôt.
Viens dans une heure, si tu veux.
D'accord.
Qu'est-ce que ce bruit bestial ?
Tu es censée être chanteuse.
On ne me dira plus de prendre des meugleuses françaises,
même pour faire plaisir au ministère.
Chez nous, les vaches chantent mieux que ça.
Je ne comprends pas cette violence.
C'était tellement puant que j'ai envie de vomir.
Tu as le timbre d'un kangourou étranglé,
et en plus, tu n'as aucun sens du style baroque.
Je ne demande qu'à apprendre.
Recommençons si tu veux, Guigui.
C'est sans espoir.
Elle ferait mieux de chercher une place de caissière chez Tati.
Sarah ?
Ce n'est pas grave, tu sais.
Il fait cela avec tout le monde.
Viens.
Va au troquet, prends-toi un café.
Je vais le calmer.
Tout à l'heure, il sera content de toi, tu n'y penseras plus.
Va prendre un café en bas.
Il n'y a rien d'ouvert, ici.
Si.
Il y a un café glauque.
Tourne deux fois à droite en sortant de l'immeuble.
J'y vais.
Un café, s'il vous plaît.
Pas trop dégueulasse, mes enfants. Pas trop dégueulasse.
C'est bête, que nous ne passions pas Noël ensemble.
Nous avons chacun notre famille.
La mienne fête toujours Noël à la campagne.
Bientôt, nous aurons notre famille à nous.
Je ne te vois pas demain, je te donne ton cadeau maintenant.
J'ai envoyé le tien chez tes parents.
Les poésies de Michel-Ange.
- C'est plus ou moins baroque, non ? - Plus ou moins.
Un Allemand très savant a dit que c'est le père du baroque.
Connais-tu ses poèmes ?
Un peu.
Ça te plaît ?
Oui.
Qu'est-ce que c'est ?
Le disque que j'ai fait avec l'Innommable.
Il est sorti la semaine dernière.
C'est super.
Pourquoi n'as-tu rien dit ?
J'ai oublié.
Pourquoi m'attendiez-vous ?
Je ne vous attendais pas.
- Je voulais traverser. - "Traverser" ?
- Je cherchais le pont. - Il n'y a pas de pont.
Je cherchais mon amie. Elle est de l'autre côté.
Il n'y a rien, de l'autre côté.
- Il y a une autre rive. - Il n'y a que l'eau.
J'entends sa voix.
C'est ma voix, que vous entendez.
J'entends de la musique.
La musique, c'est moi.
C'est là, que vous voulez aller.
Non.
Je veux traverser le pont.
Il n'y a pas de pont.
C'est sympa, de passer la nuit de Noël ensemble,
nous deux.
Oui.
Je tiens beaucoup à toi.
Je n'en suis pas mécontent.
Mais je m'inquiète pour toi.
Pourquoi ?
Un homme doit se respecter.
Le meilleur moyen, c'est d'avoir du respect pour les autres.
Cela ne suffit pas.
Que faut-il de plus ?
Un statut social.
Pourquoi ?
C'est le miroir où on se regarde.
Si on n'y voit rien, on ne peut pas s'aimer.
S'aimer, est-ce une bonne chose ?
Oui. Autrement, on se détruit.
Maintenant qu'il est minuit bien passé,
je peux te donner ton cadeau.
Pourquoi pas à minuit ?
C'est un cadeau laïque.
J'ai le tien, moi aussi.
Je ne sais pas s'il est laïque.
Commence, toi.
"Giordano Bruno : Les Fureurs héroïques."
C'est de la philosophie, je crois.
Un copain m'a raconté la vie de l'auteur.
C'était un mec sympa.
Ce n'est pas de la philosophie.
Et ce n'est pas du tout laïque.
C'est même assez obscurantiste.
Mais ce texte pourrait m'amuser après mon concours.
Merci, Pascal.
Et moi, maintenant.
Qu'est-ce que c'est ?
Cela vient de sortir. C'est un nouvel ensemble français.
"Les Délices triomphantes",
qui est "le meilleur", selon Le Nouvel Obs.
"Monteverdi."
Je ne connais pas.
C'était un compositeur italien de l'époque de Giordano Bruno.
Chouette, alors.
Merci.
Je vais découvrir plein de choses.
Tu ne veux pas danser, pour fêter le nouvel an ?
Non.
Qu'y a-t-il ?
Rien.
Tu n'as pas passé une bonne soirée.
Si.
Je sais que non.
Alors non.
Pourquoi ne m'en parles-tu pas ?
Il n'y a rien à dire.
Si.
Il y a toujours quelque chose à dire.
J'étais mal.
À cause de quoi ?
À cause de la violence.
Où ?
Dans les regards, dans les voix.
Je ne comprends pas.
On m'a arraché mon masque.
Pourquoi porter un masque ?
Pour exister.
La vérité, n'est-ce pas mieux ?
C'était mon masque, qui était la vérité.
- Derrière, il y a toi ? - Non. Derrière, il n'y a rien.
C'est un fantôme que tu penses tenir.
Tu es aussi réelle que moi. Moi qui suis réel, je t'aime.
Tu ne sais pas où je suis.
Tu es ici, je te tiens dans mes bras.
Mon corps est déjà ailleurs.
Non.
Mon âme, c'était le masque.
Non.
Et maintenant, elle aussi est ailleurs.
Ton âme est dans ton corps, qui est devant moi.
Je te touche, je te vois.
Ce que de moi on peut toucher et voir, c'est quelqu'un d'autre.
Entrez.
Bonjour.
Vous êtes en retard.
Asseyez-vous.
Montrez-moi votre plan de maîtrise.
Qu'est-ce que cela veut dire ?
Je cherchais à imiter le silence de Jacques Vaché.
Cela ne me fait pas rire.
Vous savez que si vous échouez de nouveau cette année,
ce sera la fin de vos études ?
Oui.
Cela ne vous effraie pas ?
Non.
Je ne vais pas me fâcher.
Je vous rends votre feuille.
Demandez à la secrétaire un rendez-vous dans 15 jours,
quand vous reviendrez avec votre plan.
Je trouve que par rapport au sujet que vous m'avez donné,
Jacques Vaché me fournit un modèle très juste.
Vous avez de la chance d'avoir un sujet aussi passionnant.
Breton est un très grand écrivain.
Il eût été encore plus grand s'il n'avait rien écrit.
Osez-vous répéter ce que vous venez de me dire ?
Ce que je pense ne vaut pas la peine qu'on le répète.
Vous ne valez pas la peine que je me lève pour vous gifler.
Je suis d'accord avec vous.
Sortez.
Comment peux-tu te livrer à l'obscurité ?
C'est la source même de l'obscurantisme.
Je profite de la lumière du jour.
Ça me fait du bien.
Je pensais que quelque chose t'était arrivé.
Il ne m'arrive jamais rien.
Que peut-être tu n'allais pas bien.
Tu vois que je vais très bien.
Tu ne décroches plus ton téléphone.
Je n'ai pas envie de parler.
Pourquoi ?
Je n'ai rien à dire.
Peut-être qu'on a envie de te parler.
Il n'y a rien que j'aie envie d'entendre.
Il n'y a rien que j'aie envie de faire.
Ne te vautre pas dans ta déprime.
Cherche-toi au moins un job.
Pourquoi ?
Pour garder ta dignité.
Tu pourrais aussi essayer de récupérer tes études.
C'est déjà fait.
Je me suis inscrit pour une nouvelle maîtrise.
Je suis contente, alors.
L'analyse du point de vue de la transcendance matérialiste
de l'ensemble de l'oeuvre de Jacques Vaché.
C'est pourquoi je ne te parle plus et ne décroche plus mon téléphone.
Je me prépare.
Que fais-tu ?
- Je m'en vais. - Où ?
Cela ne te regarde pas.
- Tu me quittes ? - Oui.
Ce n'est pas sympa.
Je ne cherche pas à être "sympa". Je ne suis pas démagogue.
Ce n'est pas bien élevé.
Je ne suis pas bien élevée, je suis philosophe.
Tu as toujours été philosophe, tu ne me quittes qu'aujourd'hui.
Le silence me révolte.
Je cherche à atteindre le sublime.
Dans le silence, la philosophie meurt et le fascisme naît.
- C'est ton devoir de me quitter. - Oui.
Veux-tu quand même que je t'allume, avant de partir ?
Une philosophe qui allume un mec en le quittant est une sadique.
Alors, mes chéris, j'espère que vous avez passé de bonnes fêtes.
Comme vous le savez,
"Les Délices triomphantes" triomphent.
Il est vrai que vous le méritez, ce succès.
Je suis vraiment très content de vous.
Nous allons travailler quelques nouvelles pièces
qui seront dans le spectacle avec Jean-Astolphe.
Sarah,
tu vas nous chanter le "Lamento d'Arianna".
Je ne l'ai jamais travaillé.
Tu vas le travailler maintenant, ma chérie.
Tiens.
Vous appelez cela chanter ?
Je déchiffrais.
Quand on ne sait pas chanter,
quand on ignore tout du style,
cela s'entend à la première note.
Ne sais-tu pas ce que veut dire "la morbidezza" ?
Qu'y a-t-il de suave dans "Laissez-moi mourir" ?
Tu l'as chanté comme un bélier châtré !
Es-tu une femme, Sarah,
ou un bébé phoque ?
Même un petit garçon en plein pucelage
chante avec plus de sexualité dans sa voix.
On reprend, Guigui.
Sandrine,
tu vas chanter le "Lamento d'Arianna".
Mais je ne suis là que pour les choeurs.
Chez nous, c'est le mérite qui détermine tout. Chante.
Magnifique, Sandrine. Magnifique.
Voilà de la musique.
Je ne pourrai jamais le chanter comme Sarah.
Sarah ne pourrait jamais le chanter comme toi.
Tu feras dans le spectacle les pièces qu'elle a enregistrées.
Ne te gêne pas, Sandrine. Fais comme si elle n'était plus là.
Vous avez raison. Je ne suis plus là.
C'est dommage que tu le prennes si mal.
Je t'aurais proposé de remplacer Sandrine dans les choeurs.
Je n'aurai aucun mal à trouver des solistes comme toi.
À la boulangerie, une apprentie adore chanter sous la douche.
Allons-y, mes chéris. On va travailler.
Laissons Arianna pour le moment.
Sandrine, tu vas déchiffrer le "Lamento della Ninfa".
Sarah !
Attends.
Laisse tes affaires ici. Va prendre un verre en bas.
À ton retour, il aura changé d'avis.
Son avis m'est égal.
Personne ne chante ça comme toi.
Celle qui devait le chanter l'a fait. C'est fini.
C'est toi qui le chantais. Tu es toujours là.
Sarah ?
Je t'attends.
Je laisserai la porte ouverte.
La porte d'en bas sera fermée. Adieu.
Mademoiselle ?
Un whisky, s'il vous plaît.
J&B ou Glenfiddich ?
Cela m'est égal.
- Bonjour, monsieur. - Bonjour, madame.
Que désirez-vous ?
Je voudrais vous demander un service.
Oui ?
Savez-vous où j'habite ?
Au rez-de-chaussée.
Je dois partir, maintenant.
C'est imprévu.
Oui ?
Pourriez-vous passer chez moi dans 30 min et éteindre le four ?
Je laisse la porte ouverte.
J'ai l'habitude d'éteindre des fours.
Mais ce ne sera pas à la minute près.
Cela n'aura aucune importance.
Sans problème, alors.
Vous êtes gentille.
C'est normal.
Rien n'est normal.
Adieu, madame.
Au revoir, monsieur.
"Sarah Dacruon."
Sarah Dacruon.
Sarah.
Sarah.
Sarah.
Voulez-vous encore un petit armagnac ?
- Je travaille, demain. - Allez, un pour la route.
Cela vous aidera à dormir.
Nous sommes très contents de vous revoir, Manuel.
Moi aussi.
Cela doit être encore insoutenable.
Le travail m'occupe.
Pensez-vous rester dans l'appartement ?
Oui.
Ce n'est pas trop dur ?
Ce serait plus dur ailleurs.
Nous, nous aurions du mal.
C'est pourquoi je ne vous invite pas.
Nous cherchons.
Moi aussi.
Mais ce que je cherche se trouve là.
Quand on cherche quelque chose,
on ne reste pas chez soi.
Savez-vous ce que vous cherchez, vous ?
Pas exactement.
Moi non plus.
Il faut attendre.
Là où vous attendez, il n'y a que le passé.
Il y a aussi le présent.
Mais votre avenir ?
Il viendra me trouver.
Demain je me lève tôt.
Pascal ?
Je t'ai reconnu.
J'ai beaucoup changé de face, mais pas de dos.
Vas-tu bien ?
Très bien. Merci.
On le dirait, à te voir.
Tu as eu raison de te séparer de moi.
Je ne sais pas.
Si.
Tu as l'air plus épanouie.
Trouves-tu ?
Tu as rencontré quelqu'un.
Oui.
Je suis content pour toi.
Est-il étudiant ?
Agrégatif. En histoire.
Chouette.
Il prépare une thèse, aussi.
Sur quoi ?
Le régime alimentaire en Normandie au XIIe siècle.
C'est passionnant.
Il est très brillant.
Je m'en doute. J'espère que vous vous aimez.
On ne se pose pas la question.
C'est très important.
Et toi ?
Moi...
Aimes-tu quelqu'un ?
Oui.
Je ne la connais pas ?
C'est une chanteuse des "Délices triomphantes".
Tu te souviens ?
Le disque que tu m'as offert à Noël.
Je suis contente.
Partez-vous en vacances, cet été ?
Oui.
En Italie.
À Mantoue et à Venise.
Et vous ?
Si nous réussissons notre agrég,
nous ferons un voyage studieux en Allemagne.
Ou en Normandie.
Humbert veut faire des analyses minéralogiques du sol.
Pour les éléments du lait médiéval ?
Exactement.
- As-tu le temps pour un verre ? - Non. Il faudra que j'y aille.
Je prépare l'oral.
Cela m'a fait plaisir de te revoir.
Moi aussi.
C'est bizarre.
Qu'est-ce qui est bizarre ?
Qu'il ait fallu nous séparer pour être heureux ensemble.
Peut-être faut-il toujours se séparer pour être heureux ensemble.
- Pascal. - Michel.
As-tu le temps pour un café ?
J'ai quelque chose à faire mais on peut se revoir.
Si tu es libre demain soir, je te propose un spectacle de nô.
Qu'est-ce ?
Une espèce de vieux théâtre japonais.
Demain soir...
Pourquoi pas ?
On se retrouve à 20 h, au café des Arts.
D'accord.
À demain.
J'ai l'impression de comprendre le japonais.
C'est toute une allée de tilleuls.
Oui.
On est juste dans la bonne période pour en profiter.
Avant, il y avait des ormes, ici.
Mais ils sont tous morts.
C'est leur âme qu'on sent dans le tilleul.
Ta pensée devient audacieuse.
Je trouve des liens entre les choses.
En principe, c'est le but de la pensée.
Un tambour dans un rêve qui devient un enfant,
cela doit ressembler à l'odeur des tilleuls.
C'est la même musique.
La musique est une référence, pour toi.
Ma nouvelle copine est chanteuse.
On aurait pu lui trouver une place pour ce soir.
Elle est en tournée.
Quand revient-elle ?
Demain, samedi.
On se voit dans l'après-midi.
Tu me la présenteras ?
Bien sûr.
On dirait que tu vas bien mieux.
Oui, je vais très bien.
Oui ?
Je cherche quelqu'un.
Qui ?
Je me suis permis de venir le samedi...
Qui cherchez-vous ?
Sarah Dacruon.
Qui êtes-vous ?
Elle ne me connaît pas.
Elle n'est pas là.
Quand pourrai-je la voir ?
Je dois lui parler.
Vous ne pourrez pas lui parler.
Mais pourquoi ?
Elle est morte.
Qui êtes-vous ?
Un ami.
Vous m'avez dit qu'elle ne vous connaissait pas.
Oui.
Mais je suis un ami.
Entrez.
Apparemment, du pont des Arts.
C'est là qu'on a retrouvé ses affaires.
En aval.
Près de la rive droite.
À côté du deuxième réverbère.
Il n'y a pas eu de témoins.
Vous a-t-elle laissé un mot ?
Non, rien.
Rien.
C'était à la suite d'une répétition qui s'était mal passée.
Avec l'Innommable...
son chef.
Le mec du disque ?
Oui.
Elle l'appelait "l'Innommable".
On ne se tue pas à cause d'une répétition.
On peut se tuer pour presque rien.
Mais c'est toujours une chose très importante.
Quand elle chantait, on entendait la tristesse en elle.
On entend la vie qu'il y a en elle.
On l'entendait.
La vie est toujours au présent.
Oui...
Voulez-vous voir sa photo ?
Non.
Je ne préfère pas.
Venez.
Je vous montrerai quelque chose d'autre.
Ce sont ses partitions.
Celles qu'on a trouvées sur le pont.
La musique toute seule se tait.
Elle a besoin de passer par une vie humaine.
Quand la vie finit,
c'est le silence qui reprend.
Non.
La musique reste.
Où est la musique de Sarah ?
En nous.
Oui.
Sa musique est en nous.
Je dois y aller.
Cela m'a fait du bien, de vous parler.
La lumière est à droite.
Au revoir.
Au revoir.
Vous êtes si gentil.
Ne vous dérangez pas.
Je vais m'y installer tout seul.
Bonjour.
Aimez-vous Frescobaldi ?
C'est ce que vous jouiez ?
Oui.
Je ne connais pas.
Mais nous, nous connaissons-nous ?
Non.
J'étais curieux de vous voir.
Je rougis.
Je suis un ami de Sarah.
Pauvre Sarah.
Quelle perte, pour ses amis.
Avez-vous des amis ?
Évidemment.
Tant mieux.
Pour commencer, tous les gens qui aiment la musique.
Je trouve que vous n'y connaissez pas grand-chose.
Savez-vous qui je suis ?
J'ai un disque de vous.
Tout le monde en a un.
Celui où chante Sarah.
Mais alors...
Vous ne jouez pas comme elle chante.
Qu'en savez-vous ?
Votre musique n'a pas de sens.
La musique n'a jamais de sens, mon canard.
Moi, je crois que si.
Vous n'avez pas l'habitude d'en écouter.
Si.
J'écoute de la musique rock.
Ce que je jouais, mon lapin, c'était de la musique baroque.
Je fréquente un bar rock
où il y a un percussionniste génial.
Moi, je ne tape pas sur un tambour, ma biche.
Si vous le faisiez, il ne donnerait aucun son.
Et pourquoi ?
Parce qu'on ne peut vous nommer.
Là, vous délirez.
Je suis musicien et la musique est toujours très claire.
Avant d'être un musicien, il faut être un homme.
Ou une femme.
Je suis les deux à la fois ?
Peut-être ni l'un ni l'autre.
Voulez-vous voir ma bite ?
Elle est sans doute tout à fait comme il faut.
Sinon, vous la feriez remplacer par une autre en plastique.
Mais il vous manquera toujours quelque chose.
Quoi, mon amour ?
Je croyais que vous étiez l'Innommable pour votre méchanceté.
C'est parce que vous n'avez pas de nom.
Vous avez arrêté à cause de moi ?
C'était peut-être à cause de vous que j'ai commencé.
Dans quelle langue chantiez-vous ?
En kurde.
C'est la langue d'où ?
De nulle part.
- Pourtant vous la parlez. - Oui.
Et cette nuit, je la chante.
Pourquoi ?
Peut-être pour que quelqu'un l'entende.
C'est vous qui l'avez entendue.
C'est un hasard.
Croyez-vous ?
Pourquoi passez-vous par là ?
Je cherche.
Quoi ?
Je ne sais pas.
Si.
Je cherche quelqu'un.
Qui ?
Une femme qui chante.
Elle s'appelle Sarah.
Je ne suis pas celle que vous cherchez.
Mais je chantais dans ma langue pour que quelqu'un l'entende.
Et c'est vous qui l'avez entendue.
Cela doit avoir un sens.
Je vais y aller, maintenant.
Oui, allez-y.
C'est la nuit la plus courte.
Oui.
Je ne pensais pas que tu viennes.
Pourtant, tu m'attendais.
Je ne t'attendais pas.
Je te cherchais.
Chercher, c'est attendre.
Je te cherchais partout.
Tu m'as trouvée ici.
Pourquoi ici ?
C'est toi qui le sais.
Pourquoi sommes-nous séparés ?
Ici, nous sommes ensemble.
Sarah.
Par toi, je suis Sarah.
C'est toi qui as entendu le rire dans ma voix.
Je t'aime, Sarah.
Je t'aime aussi, Pascal.
N'y a-t-il pas de lieu pour l'amour ?
Si, ici.
Pas de lieux d'amour dans le monde ?
Nous y sommes maintenant.
Nous nous sommes aimés autrefois.
Non, c'était maintenant.
Nous nous sommes aimés ailleurs.
Non, c'était ici.
Mon souvenir,
ce n'est alors rien de réel ?
Si.
C'est ce que nous avons entendu.
Une musique ?
Oui.
Rien de réel ?
Si.
La musique, qu'est-ce ?
C'est toi qui me l'as fait comprendre.
Elle naît dans le silence.
Elle meurt dans le silence.
Entre ces deux silences, nous nous sommes connus, aimés.
C'est notre réalité.
La réalité dit que je suis vivant et que tu es morte.
Que je suis ici et que tu es ailleurs.
Qu'il y a un fleuve entre nous.
Non, pas la réalité.
C'est ce que dit l'intelligence des hommes.
N'est-ce pas ce qu'il y a de plus réel ?
Tu sais que non.
L'intelligence des hommes est sourde.
Je voudrais te toucher,
te serrer contre moi.
Rien ne nous sépare.
Je voudrais t'embrasser.
Ici, tu m'as touchée,
tu m'as serrée contre toi, tu m'as embrassée.
Je voudrais connaître la réalité.
Elle est ici.
Je voudrais connaître ta réalité.
Plus rien ne nous sépare.
Je veux faire avec toi un corps unique.
Nous sommes un corps unique dans la lumière.
Adaptation : Sarah Dutein pour Eclair Group
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