All language subtitles for Crack.Cocaine.Corruption.and.Conspiracy.2021.1080p.WEB.H264-STRONTiUM-French

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Original subtitles

Ça ne change rien, que tu sois quelqu'un de bien

ou que tu t'occupes bien de tes enfants.

Tout ça passe à la trappe.

On ne s'en rend pas compte. On ne cherche qu'à se défoncer.

J'ai tout perdu.

Il faut que je vous raconte.

Ça, c'est du crack.

Tu crois que c'est la drogue cool des années 80 ?

Ce vaste trafic de drogue violent et très juteux est partout.

Les médias ont entretenu ce discours, tous ces stéréotypes.

Ce nouveau-né est dépendant à la cocaïne.

Ils sont en âge d'aller à l'école.

Toute une génération a été condamnée à mort.

Ce ne sont plus des enfants. Ce sont des superprédateurs.

On a mis sur le compte de la drogue

tout ce que la société avait laissé pourrir

et ne voulait pas affronter.

On ne doit tolérer ni l'usage ni la vente de drogue.

Croyez-moi, nous viendrons à bout de ce fléau.

On paie encore les pots cassés des années 80.

Pourquoi ?

Parce que les mesures ne visaient pas à aider les gens en difficulté.

Dites non.

Ça ne change rien.

Qu'ils aient livré la drogue eux-mêmes

ou qu'ils aient fait mine de ne rien voir, ils sont tout aussi coupables.

L'ère du crack a transformé la communauté noire

et, par conséquent, l'Amérique.

CONVENTION NATIONALE RÉPUBLICAINE

Avec la conscience profonde de la responsabilité que vous me confiez,

j'accepte d'être votre candidat à la présidence des États-Unis.

Reagan promet la richesse pour tous,

d'améliorer la vie de tous, surtout de l'électorat blanc déçu.

Ensemble, prenons un nouveau départ.

Et pour ce faire, il veut stimuler le libre marché

pour sortir les gens de la pauvreté.

Pour les sans-emploi, nous stimulerons la création d'emploi,

dans les quartiers défavorisés en particulier.

À ceux qui ont perdu espoir,

nous redonnerons espoir en les ralliant à l'effort national

pour rendre sa grandeur à l'Amérique.

ENSEMBLE… UN NOUVEAU DÉPART

Dans les années 80, l'argent s'est mis à affluer.

Ça me fait penser à Wall Street où Michael Douglas joue Gordon Gekko.

La cupidité, c'est bien. Je n'ai pas d'autre mot.

CHAPITRE 1 - LA CUPIDITÉ, C'EST BIEN

La ville commence à renaître.

On sent un certain optimisme.

Les boîtes refont le plein.

On aimait faire la fête,

et la coke en faisait partie.

Après mon premier rail de cocaïne,

je me suis dit :

"Putain !

Ce truc est génial !"

C'était la drogue glamour. On dansait sans arrêt.

J'ai enchaîné trois nuits blanches.

Tu restes à l'eau, et c'est bon.

C'était accepté.

C'était accepté dans le monde du jazz, de la pop.

C'était la drogue festive de l'élite.

Pour un trader, c'est banal. On est sous pression

et on gagne plein d'argent.

- Vous avez testé ? - Quelques fois.

J'adore la cocaïne.

Je voulais finir la fac et bosser pour m'offrir ce style de vie.

Scarface a popularisé la cocaïne.

En boîte, on essayait tous de l'imiter avec nos billets de 100 $.

On trouvait ça glamour

parce que c'était "un truc de riche".

C'était un luxe à l'époque.

Ceux qui conduisaient une Mercedes-Benz

ou une BMW étaient ceux qui sniffaient de la coke.

Cette drogue-là, la cocaïne en poudre,

était trop chère pour les gens de couleur des quartiers pauvres.

Ils n'avaient pas les moyens.

Avec Reagan, une minorité s'enrichit sur le dos du peuple.

Son gouvernement prive 500 000 personnes d'aide sociale,

un million de gens, de bons alimentaires

et 2,6 millions d'enfants américains, de cantine.

Des millions de gens basculent dans la misère.

Ce matin, la file devant l'agence pour l'emploi

était interminable.

Près de 8,5 millions d'Américains sont sans emploi.

En 1982, les États-Unis connaissent l'un des plus forts taux de chômage.

Et celui de la communauté noire est toujours le double

de celui de la communauté blanche.

Donc les gens étaient furax.

Du verre brisé partout par terre Ils pissent dans l'escalier

Ils en ont rien à faire

Je déteste l'odeur Je déteste le bruit

Pas les moyens de partir J'ai pas le choix

Grandmaster Flash et Melle Mel ont brossé un tableau très réaliste

de la galère dans ces quartiers.

Parfois c'est la jungle Va savoir ce qui me retient de plonger

Parfois c'est la jungle Va savoir ce qui me retient de plonger

J'ai grandi dans un quartier très pauvre.

La majorité vivait des bons alimentaires, ne payait même pas la nourriture.

On avait ces billets fictifs marron, violets.

On se serait cru en train de payer de la nourriture

dans un pays du tiers monde.

On était fauchés.

Enfant, on était souvent seul à la maison

et on allait piquer à l'épicerie.

On gagnait de l'argent en portant les courses des gens.

Et parfois, sur le chemin de leur domicile,

on s'enfuyait avec les sacs.

Mais c'était souvent pour manger.

Il m'est arrivé de porter

le vieux jean de ma grande sœur.

J'ai une photo de CM2

où je suis assis en tailleur à l'avant, avec tous les garçons.

Ils ont tous les mains sur les genoux. Moi, je cache les trous de mes chaussures.

Parfois on n'avait pas de courant, de gaz.

On avait des cafards, des souris.

C'était pas terrible.

Le traumatisme de la pauvreté est difficile à comprendre.

Je crois que, dans ce cas,

tout ce qui peut permettre d'oublier la misère et l'oppression

est bon à prendre.

Entre 1982 et 1984,

la quantité de cocaïne entrant aux États-Unis augmente de 50 %.

La cocaïne entrait à Philadelphie et partait à New York en camion.

Le sud de la Floride en recevait des tonnes.

Les drogues inondent le pays.

L'offre de cocaïne est plus abondante que jamais.

Ce sont 63 tonnes de cocaïne qui entrent aux États-Unis.

Cet afflux massif a pour effet d'en faire chuter le prix.

Malgré tous nos efforts,

la cocaïne arrive dans notre pays à un rythme inquiétant,

et 4 à 5 millions de personnes en prennent régulièrement.

Pas un cigare cubain ne passait la frontière.

Pas un seul.

Et on ne parvient pas à intercepter ces tonnes de cocaïne ?

Le problème était loin de se limiter à la rue.

Notre envoyé spécial se penche sur l'afflux de drogue à la frontière.

Les États-Unis consacrent très peu de moyens à ce problème.

Elle transitait par l'Amérique centrale, les Bahamas.

Elle prenait différents itinéraires et moyens de transport

comme l'avion, le bateau, etc.

Donc elle arrivait de toutes parts.

Et tout le monde était complice.

À ce moment-là, une nouvelle éclate et marque tout le pays.

Les pompiers ont trouvé le comique et scénariste Richard Pryor

près de son domicile de Los Angeles,

dans un état confus et le haut du corps gravement brûlé.

On a appris que Richard Pryor s'était brûlé avec sa pipe.

Il a pris du free base, un mélange de cocaïne et d'éther.

Quand il a allumé la cigarette ou autre,

l'éther a explosé et enflammé ses vêtements.

J'entends de sales blagues à mon sujet.

"C'est quoi ?"

"Richard Pryor qui court dans la rue."

Le free base m'était inconnu.

Et la mésaventure de Richard Pryor

a ouvert les yeux de beaucoup de monde

sur cette autre forme de consommation de la cocaïne.

La cocaïne est une molécule appelée chlorhydrate de cocaïne.

Or, le chlorhydrate est un sel.

Et le chlorhydrate ne se fume pas, donc on retire le sel.

COCAÏNE BASÉE [CRACK]

Par le basage, on parvient à se débarrasser du sel

et ne garder que la base. D'où le nom "free base".

La base est libre et peut être fumée. Le crack, c'est pareil.

La plupart achetaient de la poudre et la basaient eux-mêmes.

Il fallait presque être chimiste.

Il fallait savoir…

mélanger et…

peser.

J'ai compris que…

les gens préféraient s'épargner tout ça

et acheter directement le caillou.

Et ça s'appelle du crack.

CHAPITRE 2 - ÇA S'APPELLE DU CRACK

La vapeur de cocaïne inhalée va directement de la pipe au cerveau.

Il y a moins de perte.

La drogue passe tout de suite dans le sang,

car les poumons sont très vascularisés.

Donc l'effet est immédiat.

En cinq à 15 secondes, le fumeur plane.

Je pourrais aller jusqu'à la lune à pied.

Je peux aller jusqu'à la lune.

Je suis prêt. On peut y aller.

On a démocratisé la cocaïne en faisant du crack

qu'on vendait cinq à dix dollars la dose.

Ainsi, les pauvres ont eu accès

à ce qui était avant considéré comme une drogue de riche.

C'est arrivé très vite. Genre…

Vingt fumeurs.

Après la première dose, ils tentent de retrouver la même extase.

Ils passent leur vie à tenter de retrouver la sensation de la première fois,

ce qui n'arrive jamais.

Le niveau d'euphorie était multiplié.

L'effet est presque instantané.

Ma langue a fourché.

Il n'y a pas de mot pour décrire la sensation.

Je me sentais comme au septième ciel.

On dirait un orgasme.

Tu en fumes une fois,

et c'est fini.

À partir de là, j'étais accro. Je ne pensais qu'à fumer.

Ça fait…

ANCIEN TOXICOMANE

J'étais encore au lycée et j'avais besoin d'argent

parce qu'on attendait un enfant.

C'était compliqué.

Ma mère m'a dit : "Trouve un job."

Ce n'est pas Calvin ?

- Il devient quoi ? - Il paraît qu'il a du travail.

Je me souviens de la pub avec Calvin, ils disaient :

"Faites comme Calvin."

Maintenant que tu le dis, il m'a l'air changé.

Les responsabilités lui ont fait du bien.

Je suis ravie qu'on ait assez cru en lui pour lui donner sa chance.

Je me demande où il travaille.

Bienvenue chez McDonald's. Vous désirez ?

Je regardais la pub en pensant : "J'ai bossé là-bas."

Ça ne payait que 3,35 $ de l'heure.

C'était le salaire minimum, duquel on te déduisait encore des impôts !

Calvin peut se faire baiser, mais moi, je ne marche pas.

Et puis, un pote m'a dit : "J'ai un plan pour se faire du fric."

Et il m'a fait découvrir le crack.

Il était dans des petits flacons.

J'ai dit : "C'est quoi ?" Il a dit : "De la cocaïne basée.

Ça se fume et ça déglingue."

Il m'a donné un paquet de 100.

Et c'est parti en 20 à 30 minutes maxi.

La pipe te parle.

Si tu t'éloignes, elle t'appelle :

"Reviens.

Viens. Va claquer tout ton fric."

Le mec venait avec un tas de fric : "Mets-m'en juste pour 20 $."

Et il me donnait 20 $.

Mais après un temps, j'ai compris : "Il va revenir avec le reste."

Et en fin de compte, il claquait tout en une nuit.

J'avais gagné quelques centaines de dollars.

Et ce jour-là, j'ai dit : "Je continue. C'est du fric vite gagné."

"Crack." Partout t'entends "crack".

On n'entend plus "dope" ou "coke".

Les gens ne vendent plus que du "crack".

Quand le crack est arrivé, c'était genre : "C'est énorme.

C'est ça qu'il nous fallait."

C'était comme la ruée vers l'or dans les quartiers.

La police s'en fichait.

La majorité pensait :

"Je fais mes heures et je me casse de ce quartier."

Tu faisais ce que tu voulais.

Tu savais qu'on ne t'arrêterait pas.

Les flics s'en foutaient.

On vient de la banlieue de New York chaque vendredi soir

faire des provisions pour le week-end.

On vous sert même au volant.

C'était dingue, le nombre de gens qui achetaient du crack dans la rue.

Ça klaxonnait pour qu'ils se dépêchent de vendre leur crack

et laissent les autres avancer.

Ça créait même des bouchons,

la vente de drogue au volant.

D'où venaient ces gens ?

Je vivais dans un quartier à 99 % noir.

Tu as du crack ?

Oui.

Il y avait des blancs, des Hispaniques.

On venait de partout pour acheter cette drogue miracle.

Ils viennent du New Jersey et de tous ces coins-là

pour acheter de la drogue.

- D'où viennent-ils ? - Du New Jersey.

Beaucoup croyaient que le crack était une drogue des quartiers pauvres,

un problème propre à ces quartiers,

et que c'étaient les noirs et les Latinos qui en prenaient et en vendaient.

J'étais accro au crack, donc j'étais bien placé pour savoir

que cette dépendance touchait toutes les classes sociales.

JOURNALISTE AU WASHINGTON POST

Les affaires sont les affaires.

Je te le dis franchement.

Tu peux bien avoir deux ans,

si tu me donnes 35 $ pour du crack, je t'en vends.

J'ai vu des gens vendre du crack à leur propre mère.

Ils disaient : "Si ce n'est pas moi, ce sera un autre.

Autant que ce soit moi."

On était de vrais capitalistes de rue.

C'est bien ce qu'on était, des capitalistes de rue

prêts à tout pour se faire de l'argent.

CHAPITRE 3 - CAPITALISTES DE RUE

À l'époque de l'héroïne et des autres drogues,

on devait te recruter.

La mafia était impliquée.

Tu ne pouvais pas en vendre comme ça.

Alors qu'avec le crack, il n'y avait pas d'intermédiaire.

Il n'y avait besoin de l'autorisation de personne.

Vous voyez ? Il suffisait d'être motivé.

Si tu étais un peu malin, tu pouvais y arriver tout seul.

Même si tu es jeune,

si tu peux te payer 200 $ dollars de cocaïne,

tu peux faire pas mal de crack et t'installer au coin de la rue.

Et tout à coup, des groupes de très jeunes hommes

ont un moyen de subvenir aux besoins de leurs familles.

J'ai monté une petite équipe de mecs de mon âge.

En gros, on s'était réservé nos deux bâtiments.

Puis on s'est approprié toute la résidence.

Personne ne pouvait vendre dans la résidence à part nous.

Et à l'époque, je n'étais qu'un ado.

J'ai quitté Miami en 1984.

J'ai rejoint l'armée de l'air.

Et quand je suis rentré voir mes amis,

ils avaient tous 18 ou 19 ans

et ils dealaient dans la rue.

Ils me disaient qu'ils se faisaient plein de thune avec le crack.

Et à cet âge-là, tu as l'impression d'être un cador.

Tout le monde voulait dealer.

Les enfants devenaient des caïds du jour au lendemain.

Un gamin fauché de la résidence

qui portait les habits de son frère

se retrouvait au volant d'une BMW.

Toute une économie s'est construite autour du crack.

J'étais trop jeune pour conduire, mais je me payais une voiture cash.

Je ne savais pas conduire, mais je suis allé au lycée

pour me la péter : "Regardez ma caisse."

On est passés de quelques centaines à des milliers de dollars par jour.

C'était pour le fric, les fringues, les bijoux et les filles.

Au début, c'était sympa. Je m'éclatais.

Je fais ce que je veux.

J'ai tout ce que je veux.

J'ai compté, j'ai eu jusqu'à 75 paires de sneakers.

Toutes neuves, portées une fois.

J'en achetais sans arrêt.

Je me suis gavé.

Et 150 000 $ en cash !

On balance ces billets de 1 $ ? On a déjà 500 000 $.

J'ai une idée. On pourrait les donner aux pauvres.

C'est ce que j'allais dire.

À ce moment-là, je me faisais…

Près d'un million de dollars me passaient entre les mains chaque jour.

Et sur ce million,

mon profit représentait entre 200 000 $ et 300 000 $.

JOUER POUR L'ARGENT

J'étais l'un des plus riches de LA.

Et surtout, le plus jeune d'entre eux.

J'ai acheté un motel, un théâtre, une carrosserie,

une casse, un magasin de chaussures, un salon de beauté, un magasin de pneus.

Et 15 à 20 de mes hommes étaient millionnaires.

Je leur avais tout appris.

J'ai lancé la mode du deal.

À l'époque, beaucoup de gens devenaient riches,

et c'était à celui qui serait le plus riche.

Le client était accro à la drogue,

et le dealer était accro à l'argent. C'était ça, le problème.

Des pistolets, des fusils, un arc

et même un fusil de calibre 50 avec des balles perforantes.

Selon la police, des gangs gèrent le trafic de crack à Roosevelt

et recrutent maintenant dans les collèges et lycées.

Beaucoup de ces jeunes se sont armés pour gagner ou protéger leur territoire.

Ils avaient des pistolets semi-automatiques,

parfois des AK-47.

Du gros calibre.

Tu donnes à un jeune 100 000 $,

des armes automatiques et du pouvoir,

en lui disant : "Tu gères toute cette portion de rue."

À 16 ans, il fait n'importe quoi.

Avec le commerce du crack,

un plus grand nombre de gens pouvaient se payer des armes à feu

et…

s'en servaient pour régler leurs comptes.

Il ne s'agissait plus seulement de survivre,

mais de s'imposer dans la fosse aux requins.

Donc il faut être le plus gros et le plus féroce.

Et même comme ça, tu peux te faire buter.

Ils avaient des Uzis, des pistolets Glock.

Forcément, dans ces conditions, ça a dégénéré.

À partir de là, tout est parti en couille.

On se faisait plein de blé.

C'était cool.

Mais là…

c'était plus cool du tout.

L'essor du trafic de drogue attise la violence.

La police trouve des corps presque chaque soir.

Six exécutions ont eu lieu tôt ce matin.

C'est un bain de sang que la police a trouvé en arrivant.

J'ai perdu le compte

du nombre de gens que j'ai vus se faire tuer.

C'était banal. C'était ultra banal.

On était devenus insensibles

à la mort de gens dont on était proches.

Dans le nord de Manhattan, les meurtres liés au crack

gonflent le taux d'homicides de 63 %.

L'an dernier, Washington a atteint le record de 555 homicides.

On compte 387 morts dans le comté de Los Angeles.

Washington DC est la capitale du meurtre du pays.

La police boudait ces quartiers.

Elle avait la même approche que dans Le Parrain :

"Qu'ils s'entre-tuent. Ce sont des bêtes."

Ils ne voulaient pas s'embêter avec cette épidémie.

Ils étaient même encore moins présents qu'avant.

Le prix de la cocaïne a baissé, selon les autorités.

La montée de la violence résulte d'une concurrence accrue.

Un grand nombre de dealers se faisaient voler, enlever, supprimer.

On les retrouvait couverts de chatterton.

C'était la guerre.

Une balle m'a touchée à cinq centimètres de l'épine dorsale

et est ressortie par ma poitrine.

J'ai décidé que si je devais mourir, ce ne serait pas dans la rue.

Je me suis levée et je suis allée à l'hôpital en taxi.

Si j'étais restée là, j'aurais étouffé,

car mes poumons se remplissaient de sang.

Dealer dans la rue m'a beaucoup endurcie.

Je devais agir d'une certaine façon, jouer les dures,

pour que personne n'ose m'arnaquer.

Ça te détourne de toi-même.

Tu deviens ce type endurci 24 h/24.

Tu ne peux montrer aucune faiblesse. Mais qu'est-ce que la faiblesse ?

Rire…

à une blague qui t'aurait autrement plié en deux.

Mais tu dois faire…

Et étouffer le reste.

Tu es dans une soirée

et tu veux danser, mais tu ne peux pas.

Les autres tueurs te traiteraient de faible :

"Il ne se contrôle pas."

Certains types nous faisaient peur.

Et quand je dis ça, je pèse mes mots.

Certains agents n'osaient pas s'en prendre à eux,

parce qu'ils étaient…

C'étaient des monstres.

Et ce sont les mêmes

que tu emmenais à l'église quelques années auparavant,

les mêmes qui…

fréquentaient ta sœur.

Du jour au lendemain,

tu les retrouves allongés par terre criblés de balles,

ou en face de toi, au poste,

parce qu'ils ont assassiné quelqu'un sauvagement.

David Rosario, 14 ans, souffrant de trouble de l'apprentissage,

a été fauché par une balle alors qu'il était à vélo.

La police suspecte une balle perdue dans une fusillade entre dealers.

Il y avait beaucoup d'enterrements.

Quand tu voyais des jeunes devant un funérarium, tu savais.

La drogue avait fait une nouvelle victime.

J'ai enterré beaucoup de jeunes.

Parfois à l'église,

mais surtout dans tous les funérariums du quartier.

Ça fait mal, mon pauvre.

On aimerait avoir dit les bons mots au bon moment.

Mais ça arrive rarement.

C'est tragique qu'une mère me dise

qu'elle a emmené son fils de neuf ans à un enterrement,

et qu'il a dit : "Ne m'habille pas en chemise et cravate, comme mon copain.

Je veux que mes amis me reconnaissent."

Le gamin de neuf ans préparait ses funérailles avec sa mère

à l'enterrement d'un camarade d'école.

Pour les habitants de ces quartiers, c'était une époque horrible.

Beaucoup étaient liés à leur quartier par un long passé.

Ils ne pouvaient pas se permettre de tout plaquer.

Ils subissaient le stress d'une zone de combat, dans le fond.

Les gens avaient peur de sortir,

alors qu'avant, ils traînaient sur le perron à bavarder.

Ils ne pouvaient plus le faire, car les balles volaient.

Tu as peur de sortir la nuit ?

- Oui. - Pourquoi ?

Il y a plein de dealers de crack qui tirent.

Je reste chez moi. Je ne veux pas qu'on me tire dessus.

Je ne mets pas le pied dehors, la nuit.

Quand je rentre, je ferme à clé et je ne bouge plus.

Les citoyens supplient…

- J'apprécierais… - Si vous pouviez intervenir.

Faites au moins une ronde.

- …quémandent… - J'ai peur.

…de l'aide dans leur quartier.

Regardez, le trafic a lieu sous le nez de la police,

mais il tourne la tête.

Un jour, je plie boutique, j'ai 300 flacons de crack,

et les poulets débarquent dans le parc et se plantent devant moi.

On me dit : "Fais voir ton sac."

Je donne le sac en me disant : "Putain, je vais moisir en taule."

Je me dis : "Est-ce que je m'enfuis ? Parce que là, je suis mort."

Et le type fait…

Il regarde dans le sac. Il y a deux flics.

Il me jette le sac et dit :

"Dis à ton chef que je t'ai fait une fleur."

Alors je vais direct chez lui : "Il m'est arrivé un truc de dingue.

Les flics m'ont chopé avec un sac plein."

Il répond : "De quoi tu parles ? On les arrose, mec. Retourne bosser."

Je lui dis : "T'es sérieux ?"

Il me fait : "Va bosser, tu nous fais perdre du fric."

C'est comme ça que j'ai su qu'on achetait la police.

Ça brassait tellement d'argent que ça a corrompu presque tout le monde.

Ça a corrompu tout le quartier, d'une certaine façon.

Une longue enquête sur la police de New York

a exposé un réseau de corruption de grande ampleur.

Sept autres policiers de Miami sont jugés

pour avoir revendu de la cocaïne confisquée à des dealers.

Quatorze policiers sont accusés d'avoir racketté des dealers

et volé, puis revendu leur drogue.

Au niveau national, 351 policiers sont jugés

pour corruption liée à la drogue.

- Vous voliez quoi ? - Argent, drogue, armes, tout.

Je me rappelle avoir mis

deux grosses poignées de cocaïne dans mes poches.

C'est facile de voler l'argent et la drogue d'un dealer.

Il est dans la rue.

Il a de la drogue. Il sait qu'il risque la prison.

Alors, au lieu de l'arrêter, on prend sa drogue et son argent.

Aviez-vous peur qu'un de vos collègues ne vous dénonce ?

Jamais.

Pourquoi ?

Il y a le mur bleu du silence.

Les flics ne se balancent pas.

On savait qu'ils étaient de mèche, certains se faisaient payer en public.

On ne pouvait pas se fier à eux. On savait qu'eux-mêmes dealaient.

Donc on ne peut pas reprocher à la communauté noire

de ne pas avoir eu foi en la police.

CHAPITRE 4 - LE VIRUS

T'en veux combien ?

Ouais, donne-m'en une.

Dans la Bible, on parle de sauterelles

s'abattant sur les champs de blé et dévorant les récoltes.

- T'as 25 $ ? - Combien ?

Le crack a dévasté notre communauté.

Tiens, 20 $.

Le crack était comme un virus.

Un virus qui circule dans l'air.

Moi aussi, je dealais.

Ça a transformé toute une culture.

- C'est du crack. - Attends.

Les quartiers ont été décimés.

Il y a des ordures partout.

On aurait dit une scène d'un film de George Romero,

La Nuit des morts-vivants.

- Flacons… - Tu en veux combien ?

Je fume du crack.

Le crack a changé ma personnalité.

Il veut quoi ?

Tout à coup, je me fichais des autres.

- Je sais. - Deux pour 20 $ ?

Je me voyais sombrer,

mais je ne voulais pas et je ne pouvais pas m'arrêter.

J'ai commencé à maigrir.

On voyait mes côtes. Ma chemise était trop grande.

- Combien ? - Pour 25 $.

Certains se cachaient au début,

mais une fois accro, ça t'était égal qu'on te voie.

Je ne suis pas rentrée depuis quatre jours.

Je n'ai pas dormi. J'ai mangé.

Je pèse 43 kg.

- Vous avez des enfants ? - Un. Il a 11 ans.

Onze ans ?

Un garçon.

Où est-il ?

Avec ma mère.

- Quand l'avez-vous vu la dernière fois ? - Il y a un an et demi.

Et il s'appelle ?

Angelo.

Il vous manque ?

Oui.

Cette drogue éloignait les gens d'eux-mêmes.

Et ce faisant, elle les éloignait de leurs familles.

Et on a le sentiment…

que l'étendue des dégâts était plus grande pour les femmes.

J'avais un fils.

ANCIENNE TOXICOMANE

Il avait cinq ans

quand il a été tué.

J'étais rongée par le chagrin et la rage,

et le crack m'aidait à m'évader.

Quand je fumais du crack,

je ressentais ce silence.

Toute rumination, toute peine, toute souffrance,

tout chagrin disparaissait…

momentanément.

Quand je m'y suis mise, je travaillais.

Ma première fille était encore petite.

J'étais dans mon premier appartement.

Je rentrais du travail, elle mangeait, je la lavais, je vérifiais ses devoirs.

"Prends ton bain avant d'aller au lit."

C'était notre quotidien avant que je touche au crack.

Ça a été tellement loin

que j'ai perdu mes enfants.

Ma sœur a dû les prendre chez elle.

Ma troisième fille venait de naître.

Et…

elle ne me connaît même pas.

Beaucoup de femmes, des mères, des tantes, faisaient n'importe quoi pour du crack.

Avec cette drogue, dès qu'elles commençaient, c'était plié.

Un drogué a besoin d'argent.

Un homme peut tabasser quelqu'un.

Un homme peut voler.

Un homme peut cambrioler.

Les femmes ne s'en croyaient pas capables.

On voyait des femmes vendre les jouets de leurs enfants,

faire sous l'emprise du crack des choses impensables

qu'elles n'auraient sûrement pas faites autrement.

J'en suis arrivée à coucher, comme une prostituée.

C'est la drogue.

Tu ne contrôles rien.

J'ai vu des femmes coucher avec trois, quatre, cinq hommes à la fois.

Quand tu n'avais pas d'argent, on t'emmenait faire ça sur le toit.

Ou dans l'ascenseur.

Tu le faisais n'importe où. Tu voulais le crack.

Dans mon quartier, il y avait un van abandonné.

On avait un van, et certains dealers…

On venait te proposer : "Je te suce pour une dose."

En fonction de la tête…

Trop bousillée, tu ne la touchais pas.

Une nouvelle, tu lui donnais sa dose, tu faisais ton affaire et tu partais.

Des femmes faisaient ça.

Je me suis rendu coupable de ça aussi.

Mon raisonnement, c'était…

Si ce n'est pas moi, ce sera un autre.

Autant que ce soit moi qui en profite.

Quand cette drogue emporte une femme,

elle emporte une mère, un revenu.

Quand la femme est détruite, la communauté est détruite.

Maman !

N'emmenez pas ma mère !

Maman ! N'emmenez pas ma mère !

Pourquoi notre communauté était-elle saturée

d'un produit chimique aussi dévastateur ?

On parle de guerre chimique,

et c'était un genre de guerre chimique

contre la communauté noire.

Comment c'est arrivé là ?

Mais surtout, pourquoi ?

Voici un reportage spécial NBC News.

CHAPITRE 5 - DITES NON

Depuis la Maison-Blanche, le Président et Mme Ronald Reagan.

Un message sur la drogue.

La drogue vole le rêve présent en chaque enfant

et le remplace par un cauchemar.

Nancy s'est vivement impliquée dans la lutte contre la drogue.

Récemment, des enfants m'ont demandé

ce qu'il faut faire si on vous offre de la drogue.

J'ai répondu : "Dites non."

On est les Lakers et on vous jure

Que la drogue tue tous les jours

Cocaïne et crack Tout doit disparaître

On doit apprendre à dire non !

La campagne "Dites non"

était sans précédent par son ampleur et son intensité.

Dites non au crack pour rester en vie.

S'il faut mourir pour quelque chose,

c'est sûrement pas pour ça.

Le crack n'est pas que mauvais.

Il peut être mortel.

La campagne anticrack était la plus grande campagne antidrogue

jamais réalisée aux USA.

- Pas besoin - Dites non

- Pas besoin - Dites non

Dites non à la drogue Résistez

Votre cerveau.

La drogue.

Voilà l'effet de la drogue.

Des questions ?

Que fait-on si on nous offre de la drogue ?

On dit non !

Je n'entends pas. Plus fort.

On dit non !

C'est merveilleux.

Sérieusement ?

Ton slogan, c'est "Dites non à la drogue" ?

Ne peut-on pas faire en sorte

que les quartiers pauvres n'aient pas à dire non à la drogue ?

Pour nous, ce n'est que de la politique.

La campagne "Dites non" de Nancy Reagan

était…

empestait l'hypocrisie,

parce qu'à l'époque, le gouvernement américain

fermait les yeux sur la contrebande de cocaïne aux frontières.

J'achetais le gros de ma cocaïne aux Nicaraguayens.

J'avais d'autres sources,

mais la principale, c'était eux.

À l'époque, l'Amérique centrale traversait de violentes guerres civiles

au Guatémala, au Honduras, au Salvador et au Nicaragua.

Les États-Unis avaient soutenu une dictature au Nicaragua.

Ce gouvernement fut renversé par le mouvement sandiniste en 1979.

C'était une bande de gauchistes et de marxistes de tous poils.

La dictature sandiniste du Nicaragua,

avec l'entier appui du bloc cubano-soviétique,

persécute son peuple et l'église, interdit la liberté de la presse

et fournit armes et bases

aux terroristes communistes qui attaquent les États voisins.

Les États-Unis ont dit :

"On ne tolérera pas les marxistes en Amérique centrale."

Donc ils se sont alliés à des guérilleros

qu'ils ont aidés à s'attaquer au gouvernement marxiste du Nicaragua.

C'étaient les contras.

Ils étaient nourris, ravitaillés et payés par le gouvernement américain.

Le président Reagan s'adressait à la presse

et faisait des discours presque tous les jours.

Ces combattants de la liberté sont aujourd'hui au Nicaragua

parce qu'on s'est engagés envers eux.

Il attribuait aux contras

le sens moral de nos pères fondateurs.

Va-t-on leur couper les vivres, les laisser sans défense ?

Si nous faisons ça,

on ne fera plus jamais confiance aux États-Unis.

Le Congrès ne veut pas soutenir une guerre civile en Amérique centrale.

Je m'oppose à toute aide ou assistance aux contras.

Je ne crois pas que le peuple américain veuille plus de guerre.

Je crois qu'il veut laisser une chance à la paix.

Le moment est venu

de mettre un terme à cette politique de soutien des contras.

REPRÉSENTANT DÉMOCRATE

Cette politique repose sur la tromperie,

le mensonge et la dissimulation.

Avant d'investir un centime de plus en Amérique centrale,

occupons-nous de nos concitoyens.

Le Congrès refuse d'allouer de l'argent public

au soutien des contras.

On arrête de leur payer armes, uniformes et munitions.

À ce moment-là, le gouvernement Reagan

s'est mis à étudier d'autres sources de financement.

Les profits de la vente d'armes à l'Iran en faisaient partie.

ÉTATS-UNIS

On a commencé la vente illégale de missiles et de rockets à l'Iran

et on en a affecté le profit, soit 15 à 30 millions de dollars,

au financement de la guerre des contras,

devenue illégale suite au refus du Congrès.

On chargeait des pilotes de livrer du matériel aux contras.

Les autorités ne fermaient pas simplement les yeux,

elles collaboraient avec toutes les crapules imaginables.

Je travaillais pour l'Associated Press

sur l'implication des États-Unis auprès des rebelles contras du Nicaragua.

On entendait plein d'histoires

qui relevaient de la fiction.

Plus d'une trentaine de sources

décrivaient différents épisodes de contrebande de cocaïne

par des contras du Nicaragua.

John Kerry venait d'être élu au Sénat

quand on a publié l'article

et il a envoyé du personnel enquêter à ce sujet.

Aujourd'hui, nous allons entendre

une partie de l'histoire liant contras et drogue.

Après le déchargement des armes, avez-vous chargé des choses dans l'avion ?

Oui. J'ai chargé environ 17 duffel bags

et cinq ou six…

cartons de 30 cm de côté,

dans l'avion.

- Qu'y avait-il dans les sacs ? - De la cocaïne.

- Et dans les cartons ? - De la cocaïne.

C'était un scandale de très grande ampleur.

La Maison-Blanche a participé à faire passer en douce des armes

à des rebelles d'Amérique centrale,

des armes financées par la vente de missiles à l'Iran,

et a pour le moins fermé les yeux sur l'entrée de la cocaïne aux États-Unis,

pour financer cette guerre secrète et illégale.

C'était un modèle parfait pour le trafic de drogue.

Quand on envoyait des armes en Amérique centrale,

on pouvait les décharger et charger des sacs pleins de cocaïne

qu'on rapportait aux États-Unis.

Ça profitait aux contras

ainsi qu'aux trafiquants.

C'était bien arrangeant pour tout le monde,

sauf pour les Américains.

Le gouvernement Reagan a tantôt fermé les yeux,

tantôt collaboré avec les trafiquants de drogue,

en cherchant à renverser le gouvernement sandiniste.

Notre but était de vaincre le communisme en Amérique centrale.

Si ça supposait que la drogue entre et soit vendue aux jeunes Américains,

il en serait ainsi.

Et Bias récupère le ballon.

CHAPITRE 6 - BATTAGE MÉDIATIQUE

Joli coup de Lenny Bias ! Et il marque…

Un des grands tournants

a été Len Bias, une star du basket de l'université du Maryland.

Belle passe à Adrian Branch qui la renvoie à Bias !

Tout le monde à Washington connaissait Len Bias.

Les gens l'aimaient.

C'était un type sain et séduisant.

Bias sur la ligne de fond esquive Hale. Reverse !

- Joli ! - La vache ! Quel tir !

Et son grand rival dans la conférence était en Caroline du Nord.

Et Michael Jordan sur Len Bias.

Gros match.

Double clutch ! Et il la met.

Deux des meilleurs athlètes du pays,

Michael Jordan et Bias, sautent côte à côte

et Bias prend le dessus.

Il rêvait de jouer pour les Celtics.

Les Boston Celtics sélectionnent

Len Bias de l'université du Maryland.

Et Len Bias était leur premier choix.

Il retourne à la cité U de l'université du Maryland

et fait la fête avec ses amis.

Envoyez quelqu'un au plus vite.

C'est sérieux.

On lui fait du bouche-à-bouche.

Il s'agit de Len Bias.

Vous devez le ranimer.

Il ne peut pas mourir.

Venez vite.

Une success story locale a tourné au drame ce matin.

Len Bias, star du basket à l'université du Maryland

qui rejoignait l'équipe reine des Boston Celtics,

serait mort d'une crise cardiaque à l'hôpital,

dans le comté de Prince George.

La police est choquée d'apprendre la mort soudaine de Len Bias,

d'autant qu'elle serait liée au crack.

Pour l'heure, la police qualifie l'affaire de "suspecte", sans plus de précision.

Ce soir, Jim Kaiserski raconte comment la tragédie de Len Bias

a fait prendre conscience que la cocaïne tue.

ENQUÊTE : BIAS AURAIT PRIS DU CRACK PEU AVANT SA MORT, SELON LA POLICE

Quand les médias s'emparent du sujet, on suppose que Bias avait fumé du crack

et que c'était la cause de son décès.

À ce moment-là, il devient le visage du crack

et un nouveau débat national s'ensuit.

Les médias américains s'emparent du sujet du crack,

mais l'approche et le discours changent.

On dit qu'il a fumé du crack,

mais aussi que c'était la première fois.

On dit : "Voilà à quel point c'est dangereux."

ENTERREMENT DE BIAS

Aux funérailles de Len Bias, Jesse Jackson a dit :

"La dope a tué plus de noirs que la corde du Ku Klux Klan."

La semaine suivante, Don Rogers,

le cornerback des Cleveland Browns

meurt à cause de la cocaïne.

On laisse entendre que c'était du crack.

C'était ça, le discours.

ROGERS, BIAS, AFFAIRES SIMILAIRES

"C'est une épidémie !

De jeunes noirs,

des athlètes, meurent à cause de la cocaïne."

Dans tout le pays, on parle de "cocaïne".

Les médias en sont obsédés.

Le problème du crack devient une crise

qui gagne tout le pays.

Pour parler du crack, on rabâchait les mots "épidémie" et "fléau".

"L'épidémie de drogue est aussi dangereuse qu'un terroriste.

C'est grave. C'est une épidémie et ça peut tuer."

Voici ce qu'on dit à la Chambre et au Sénat…

Le but était de faire peur.

Les politiques et les médias disaient ça pour faire peur.

Et ça a marché.

La drogue est si puissante qu'elle videra vos poches,

vous fera vendre votre montre, les vêtements que vous portez…

Ou tuer votre mère.

Si je veux montrer le problème de la drogue,

j'envoie une caméra sur l'avenue Martin Luther King Jr

pour filmer des jeunes noirs

assis sur un perron ou debout devant un magasin.

"Il est là, le problème du crack ! Regardez !"

La fameuse "rue du crack" de CBS News

se retrouve dans des villes de tout le pays.

Les gangs de LA ont franchisé le trafic de crack dans plus de 25 villes.

Des villes improbables comme Omaha, Kansas City, Denver,

même York, en Pennsylvanie, des villes sans histoires.

Les médias faisaient du battage autour du crack et son impact,

qui en prenait et où.

La police de Kansas City, Missouri, recherche une femme

qui a échangé son nourrisson contre 20 $ de crack.

Le bébé a été remis aux services sociaux.

On voyait des stéréotypes, comme la "pathologie" de la femme noire,

de la mère noire pauvre,

transposés au contexte du crack.

Le fléau du crack prend une nouvelle dimension effrayante,

les dommages causés aux enfants de toxicomanes.

Ce soir, un reportage sur les enfants de la cocaïne,

les bébés nés de mères cocaïnomanes.

Sa mère était si défoncée pendant l'accouchement

qu'elle n'a pris conscience de sa naissance que le lendemain.

Le concept de bébé du crack reposait en majeure partie sur un article

d'un certain Ira Chasnoff, un pédiatre de Chicago.

Ira Chasnoff suggérait que l'exposition prénatale à la cocaïne

avait des effets uniques très nocifs.

Son étude, basée sur environ 23 bébés,

n'aurait jamais dû déclencher

un tel niveau d'alerte et de couverture médiatique.

- Les bébés… - …de la coke.

Les enfants du crack. Ils sont en âge d'aller à l'école.

Le battage médiatique était partout,

du New York Times aux "Enfants du crack" de TIME Magazine.

Et on voyait des titres comme

"Bébés du crack : la pire menace, c'est maman."

Et ces articles présentaient des photos d'enfants noirs.

Il n'y a rien à dire, sauf que c'était de la connerie.

On faisait passer ça pour de l'information sérieuse.

Et ça a pas mal renforcé ce concept de "bébés du crack".

Bien sûr, on sait maintenant que c'était un mensonge.

C'était une fausse épidémie.

Cent mille bébés du crack naissent chaque année.

Et ils en garderaient des séquelles à vie.

Un potentiel cauchemar lorsqu'ils entreront à l'école.

Dans quelques années,

ils pourraient représenter jusqu'à 60 % des élèves d'une classe,

dans les quartiers pauvres.

En réalité, seulement 2 à 3 % des enfants nés à cette époque

avaient de la cocaïne dans l'organisme.

Ce qui causait de réels problèmes pendant la grossesse

c'était l'abus d'alcool et la marijuana.

Mais on a vendu ça au public américain.

Et ça ajoute un degré de criminalisation

pour les femmes noires vivant dans des communautés déjà visées.

Le père de mes enfants m'avait quittée, et je me sentais très seule et isolée.

À un moment où j'allais mal,

j'ai dit à mon médecin que j'avais un problème de dépendance.

Et il m'a carrément dénoncée à la police.

Elle avoue sa dépendance en toute franchise,

dans l'espoir que le système de santé

lui propose le traitement dont elle a besoin,

mais au lieu de ça, elle est arrêtée et inculpée pour maltraitance

et administration de drogue à un mineur, comme si c'était une dealeuse de drogue.

L'an passé, la Floride a condamné une femme

pour administration de cocaïne à un mineur via le cordon ombilical.

Plusieurs autres États tentent de faire de même.

C'est la première fois qu'un procureur

accuse une femme d'avoir drogué son nouveau-né

dans les 60 secondes suivant la naissance,

alors que le cordon ombilical était encore attaché.

On n'avait aucune preuve directe

qu'il y ait eu un transfert quelconque.

Alors que punissait-on ? Quel était le crime ?

J'ai accouché de deux bébés sains.

J'ai fait mentir le mythe et la propagande scientifique mensongère.

Mais on m'a enlevé mes enfants.

Ils ont été confiés à de la famille, hors de l'État.

C'était déchirant.

Le juge ne comprenait pas la dépendance,

le fait qu'elle n'avait pas la maîtrise d'elle-même.

Elle avait besoin d'aide.

Elle n'a pas réussi à l'obtenir. On ne lui en a jamais offert.

Ça n'existait pas, à ce moment-là.

À la même époque, Shirley Brown,

une infirmière blanche exerçant au CHU de Caroline du Sud

a commencé à dépister ses patients noirs.

Et elle testait à la cocaïne les femmes noires enceintes,

sans les informer.

Dites-moi comment vous obtenez la drogue.

Vous l'achetez ? Vous offrez des faveurs sexuelles ?

Que ferez-vous des réponses ?

À qui les donnerez-vous ?

Ces réponses sont pour moi.

Elle a remis ses données à la police

et a fait venir des agents à la maternité pour qu'ils emmènent ces femmes.

Certaines étaient encore enceintes,

d'autres venaient d'accoucher et saignaient encore.

C'était un effort concerté pour criminaliser les femmes noires.

On criminalise une femme noire

comme n'importe quelle femme,

en disant qu'elle maltraite un enfant. C'est ce qu'ils ont fait.

Sheryl ! Rapplique !

La laisse pas aller dans la rue.

Elle va se faire écraser.

T'as de la coke ? Du crack ?

Je te ferai une pipe.

La laisse pas aller dans la rue.

La culture populaire a retenu l'idée

que le principal consommateur de crack était cette femme noire compulsive

qui préférait le crack à ses enfants

et ne lui a donné aucune profondeur dans cette histoire.

Elle sort de nulle part, une loser, accro au crack, qui bousille ses gosses.

On n'en sait pas plus.

C'est l'histoire d'une fille Qui faisait le trottoir

C'est peut-être ta maman Ne te marre pas

Ta maman fume du crack

C'est pas vrai

Ta maman fume du crack

Vous mentez

Les fumeurs de crack étaient méprisés.

On donnait l'impression au pays

que ces gens étaient ingérables

parce qu'ils prenaient cette substance.

"Ces gens ne méritent pas qu'on les aide, car ils se droguent.

On peut les laisser de côté."

C'est pour ça que c'est dangereux.

Ta mère fume du crack

Tu as frappé ma maman

Ta maman fume du crack

Car c'est une junkie

Dès qu'on dit qu'une personne fume du crack, tout est dit.

Pas besoin de dire qu'elle a perdu son emploi,

qu'elle a subi une agression sexuelle et se soigne comme elle peut.

Pas besoin de dire quoi que ce soit.

On peut la jeter.

On a admis que certains d'entre nous méritaient d'être jetés.

Et on a laissé faire.

Depuis l'arrivée du crack, des milliers de gens du Bronx

réclament plus de présence policière

pour chasser les dealers de leur quartier.

À bas la drogue ! Vive l'espoir !

En Floride, on manifeste contre la drogue et pour le maintien de l'ordre.

- Ils disent aux dealers… - À bas la drogue !

Des membres de la communauté noire disent qu'il faut agir.

Le crack tue !

À Miami, à la demande de divers groupes religieux et citoyens,

la police met en place des patrouilles spéciales anticrack.

- Vous êtes content de les voir ? - Oui.

Quelqu'un doit agir.

Hé, dealer ! Hé, toi !

Les hommes noirs t'ont à l'œil !

Ils avaient peur, ils étaient désemparés.

Quand on est entouré par tant de violence, tant de laideur,

on tente d'enrayer la folie par ses propres moyens.

Si je le pouvais, j'emprunterais les cages du cirque,

j'enfermerais ces dealers et je les exhiberais en place publique

pour que la jeunesse voie ces ordures. C'est ce qu'ils sont.

À l'époque, Charlie Rangel, un représentant de Harlem

dit à Ronald Reagan :

"Vous négligez la communauté noire. Vous vous en fichez."

Pour gagner une guerre,

il faut des ressources, et les ressources coûtent cher.

Et ça ne fait de doute pour personne

que le peuple américain est prêt à payer.

Enfermez-les, empêchez-les de dealer.

Je n'avais plus aucun doute sur l'appui de la communauté.

Et les pasteurs…

attaquaient les politiciens.

"Pourquoi on vous a élu ? On veut des rues plus sûres."

Le crack est moins cher que le lait !

Je dis, condamnez-les à perpétuité.

Plus de crack ! Rendez-nous notre immeuble !

Plus de drogue ! Plus de crack !

C'était fou.

Des parents suppliaient qu'on enferme leurs propres enfants

parce qu'ils vendaient de la drogue.

Les gens doivent prendre position, comme nous,

s'ils veulent chasser la drogue du quartier.

La communauté est contre,

les politiciens sont contre, républicains comme démocrates.

C'était le pied, pour les politiques.

Ces ordures suintant la cupidité se font des millions.

Nos enfants continueront d'être exposés

à cette atroce nouvelle mixture qu'est le crack.

La cocaïne était un passe-temps réservé aux riches.

À présent, ça s'achète avec de l'argent de poche.

On est en 1986.

L'élection approche.

Toute la Chambre des représentants espère être réélue.

À présent,

la guerre contre la drogue est l'opportunité de montrer sa fermeté.

Le président de la Chambre, Tip O'Neill dit :

"Je veux un projet de loi antidrogue détaillé."

Et il le veut sous quatre semaines,

pour que tous puissent faire campagne sur ce qu'ils ont accompli,

sur la fermeté qu'ils ont déployée, sur la manière d'enrayer ce fléau.

Si je le pouvais,

j'enfermerais tous les dealers à Alcatraz, à perpétuité.

Et je leur retirerais le privilège des visites.

En général, il est difficile pour le public d'estimer

le temps nécessaire entre le dépôt d'un projet de loi

et son adoption par le Congrès et sa promulgation par le Président.

À Washington, ça peut prendre des années.

Mais Tip O'Neill la veut sous quatre semaines.

Donc ils ont un mois,

et la dernière semaine, ils se disent :

"Écrivons le minimum syndical et collons le maximum à ces dealers."

Aujourd'hui, j'ai le grand plaisir de signer une loi

qui reflète l'engagement total du peuple américain et de son gouvernement

à combattre la drogue.

LOI ANTIDROGUE

C'était la loi fédérale la plus injuste qui soit.

Le ratio pour la cocaïne en poudre…

La peine encourue pour 100 g de poudre

est la même que pour 1 g de crack.

Un sachet de sucre au restaurant pèse 1 g.

C'est une toute petite quantité

Pour cinq de ces petites doses de crack, vous encouriez au moins cinq ans

et jusqu'à 40 ans, en vertu de cette loi.

Pour 5 g de crack ou 500 g de cocaïne en poudre,

une même peine.

Beaucoup de gens se sont dit :

"Ça doit être parce que le Congrès pensait

que le crack était 100 fois plus dangereux que la cocaïne en poudre."

C'était révélateur d'un travail fait à la hâte.

Si vite, qu'on n'avait même pas une idée claire de l'objectif.

C'était une connerie.

C'était connerie, sur connerie, sur connerie.

C'était en 1986.

Et cette loi visait les "trafiquants".

Mais en 1988, la loi a été étendue

à tout possesseur de crack.

L'amendement de 1988,

qui associait une peine minimum obligatoire

à la possession d'une petite quantité de crack,

marquait un virage et une volonté du gouvernement Reagan

de criminaliser les toxicomanes,

les fumeurs de crack en particulier.

À l'époque, le raisonnement était que…

le crack était consommé…

plus publiquement dans la communauté noire,

tandis que la cocaïne

était consommée en privé

par la classe moyenne qui ne faisait de mal à personne.

Sans agressions, sans meurtres et sans vols.

L'idée était de se concentrer

sur ce qui faisait le plus de mal à la société.

C'était clairement disproportionné.

Ça ne se justifiait pas.

Et je crois que la meilleure explication,

c'est le refrain éculé :

"L'idée semblait bonne à l'époque."

CHAPITRE 7 - LES RÈGLES ONT CHANGÉ

Moi, George Herbert Walker Bush, jure solennellement…

"D'exécuter loyalement…"

En 1989,

les sondages montrent que la drogue

est le problème numéro un qui préoccupe le public.

Donc George H. W. Bush jure, en arrivant au pouvoir,

de sévir contre l'épidémie de drogue à laquelle le pays fait face.

Nous avons du travail.

Il y a ceux qui ne peuvent pas se libérer, sont esclaves d'une dépendance :

la drogue, l'aide sociale, le découragement qui règne dans les cités.

Rappelez-vous, George H. W. Bush était le vice-président de Reagan.

Il avait même dirigé les opérations antidrogue

pour la Maison-Blanche, dans les premières années de son mandat.

Donc il avait toutes les raisons

de vouloir se montrer plus ferme que quiconque.

Il y a peu de points identifiés

sur lesquels nous devons nous mobiliser comme un seul homme

et nous montrer inflexibles.

Et le plus évident, c'est la drogue.

Il y a beaucoup à faire

et à dire.

Mais croyez-moi, nous viendrons à bout de ce fléau.

L'attention politique sur le problème du crack monte d'un cran.

La drogue devient presque l'antithèse du mode de vie américain.

La drogue est l'ennemi que nous devons détruire.

Je bossais à la DEA.

On m'a demandé d'acheter de la drogue devant la Maison-Blanche.

Alors, j'ai appelé un dealer que je surveillais et j'ai dit :

"Viens à la Maison-Blanche." Il me dit : "Où c'est ?"

J'ai dû lui indiquer la route.

On s'est assis sur le banc dans le parc. Il m'a donné la drogue, je l'ai payé.

Derrière, des gens allaient à la Maison-Blanche.

Nous sommes tous d'accord que la plus grave menace intérieure

est la drogue.

C'était le premier discours télévisé

du président George H. W. Bush.

Je me rappelle l'avoir vu,

et le Président avait une…

astuce que personne n'attendait.

Ceci,

c'est du crack

saisi il y a quelques jours par des agents de la DEA,

dans le parc situé juste en face de la Maison-Blanche.

Ô surprise, George Bush sort la drogue que je viens d'acheter !

J'étais scié.

C'était dingue. Je n'en revenais pas.

Parce que c'était un coup monté.

On dirait un innocent bonbon,

mais il transforme nos villes en zones de combat.

C'était une mise en scène politique.

La Maison-Blanche a manipulé un gamin

à des fins politiques, pour marquer des points

et faire passer le message.

Les règles ont changé.

Si vous vendez de la drogue, vous serez arrêté.

Une fois arrêté, vous serez jugé.

Et une fois condamné, vous ferez de la prison.

La Maison-Blanche a reconnu que l'effet dramatique

du Président déclarant la guerre à la drogue

résultait d'un coup monté par des agents de la DEA.

Il a vendu de la drogue devant la Maison-Blanche, non ?

C'est tout ce qui compte.

C'est ce qu'il a fait, et il a été arrêté.

Du moins, je l'espère.

Je ne vais pas le plaindre.

Cet adolescent sans antécédent, qui n'était pas violent,

a passé presque dix ans de sa vie dans une prison fédérale.

Les villes sont en train de perdre la guerre contre la drogue.

La police de New York enterre l'un des siens aujourd'hui.

Edward Byrne, 22 ans, a été abattu vendredi matin tôt.

L'affaire Eddie Byrne a fait beaucoup de bruit.

On parle d'un bleu qui se fait tuer par des dealers.

Il était dans la voiture. Il n'avait rien fait.

Si notre fils Eddie, un gardien de la paix assis dans une voiture de police…

peut se faire flinguer

par une ordure,

personne n'est à l'abri.

L'affaire Len Bias avait attiré l'attention,

mais la police ne s'était pas vraiment mobilisée.

Par contre, quand Edward Byrne a été tué dans le Queens,

ils ont dit : "Vous avez tué l'un des nôtres pour ça ?

Vous allez le sentir passer dans tout le pays."

C'est une promesse.

Ces meurtres vont cesser.

C'est bon ! J'ai rien fait !

Un meurtre a transformé la police de tout le pays.

La police est devenue folle.

Ils étaient fous.

Ils ont formé une nouvelle brigade, la TNT.

La TNT du sud de Manhattan

a arrêté plusieurs acheteurs de crack dans le parc.

Ils ont foutu tous les flics qu'ils trouvaient dans cette brigade.

Ils prenaient les dealers en flagrant délit.

Police. On t'arrête.

La majorité des fumeurs de crack étaient blancs,

contrairement à plein de gens qui vivaient du crack.

Et la police ciblait en particulier

les gens de couleur impliqués dans ce commerce clandestin.

Arrestations massives dans le milieu du crack.

Ils organisaient des rafles.

La plus grande rafle opérée dans un quartier.

Quand ils font une descente et qu'ils te pincent,

si un type a dix fioles, et toi, zéro,

ils partagent et en donnent cinq à chacun.

Police !

Ils se vengeaient sur les quartiers.

- C'est bon ! - Face contre terre !

À terre ! À genoux !

Et à partir de là, ça a changé.

Une fois menotté, tu finissais en taule.

Ces jeunes étaient arrêtés dans la rue, fouillés,

parfois embarqués au poste

et détenus trois ou quatre jours

avant qu'on sache où ils étaient.

Ils disaient : "Tu deales, tu vas en prison pour 15, 20, 30 ans."

Peu importe. Surtout si tu es noir.

La police…

ne sait pas ce qu'elle fait.

Elle ne distingue pas les bons des mauvais.

Vous vous ressemblez en apparence et dans les actes.

Donc, même traitement.

J'ai été arrêtée pour possession de substance illicite.

C'était du crack.

Je me souviens qu'on m'a tiré la jambe vers 3 h du matin

et qu'on m'a réveillée pour que je m'habille

avant d'être envoyée en prison.

J'étais avec environ 70 autres femmes

dans une grande pièce, où on nous a fait déshabiller.

On nous a examinées sous toutes les coutures,

puis enchaînées les unes aux autres et mises dans un bus.

C'était tôt le matin.

On nous conduit à un endroit qui m'est inconnu.

Je ne sais pas où on va.

Et sur le trajet, je pense à mes ancêtres.

Et je me dis : "Quels progrès avons-nous faits ?"

INVESTITURE DE BILL CLINTON

Mesdames et messieurs,

le président des États-Unis d'Amérique,

William Jefferson Clinton.

Bush avait beaucoup contribué en jetant les bases,

mais Clinton devait se montrer encore plus ferme.

C'est le jeu, c'est à qui sera le plus ferme.

CHAPITRE 8 - PLUS FERME

Nous aurons les moyens permettant de punir de façon plus certaine.

SEPTEMBRE 1994

Nous mettrons 100 000 policiers dans la rue, c'est-à-dire 20 % de plus.

Allez !

La guerre contre la drogue fait du policier un soldat.

Attendez. Pas un geste !

Le Congrès alloue des dizaines de millions de dollars aux hélicoptères

et à la militarisation de la police.

Le maintien de l'ordre est réformé.

On remplace les flics de rue par des unités d'élite

auxquelles on donne des ressources et des pouvoirs spéciaux.

La police va encore plus loin

dans le ciblage des communautés de couleur à faible revenu,

avec une surveillance renforcée

et l'application de peines plus draconiennes et punitives.

Ma femme et mes enfants sont là-dedans !

Mon Dieu !

Le budget antidrogue atteint 12 milliards de dollars.

C'est six fois plus que sous Reagan, et il ne cesse de grimper.

Quand je signerai cette réforme pénale,

nous ferons ensemble un grand pas

vers l'alignement des lois de notre pays

sur les valeurs de notre peuple.

La réforme pénale de 1994 renforce la police de proximité

aussi bien dans les métropoles comme New York et Chicago

que dans les petites villes comme Gary, Flint et Stockton.

Des dizaines de millions de dollars sont injectés

dans le système pénitentiaire.

C'est là qu'on commence à voir l'explosion

de la population carcérale aux États-Unis.

Le taux d'incarcération décolle sous Clinton.

Mais…

à peu près au même moment en 94, on commence à s'inquiéter,

car les gens arrêtés pour du crack

sont presque tous noirs.

Deux tiers des fumeurs de crack étaient blancs.

Mais entre l'adoption de la loi antidrogue en 1988

et la réforme pénale de Clinton en 1994,

pas un seul blanc n'a été condamné

pour un délit lié au crack, à Los Angeles.

UN PROCUREUR FÉDÉRAL NIE QUE LA RACE SOIT UN FACTEUR

PRISONNIERS NOIRS POUR DÉLITS LIÉS AUX STUPÉFIANTS

AUGMENTATION DE 707 %

La communauté afro-américaine est révoltée par l'incarcération de masse

et par les dommages causés par le commerce du crack.

Cette colère s'est reportée sur la CIA…

LE FLÉAU DU CRACK TROUVE SA RACINE DANS LA GUERRE AU NICARAGUA

…et son rôle dans la crise du crack.

Ça ne change rien.

Qu'ils aient livré la drogue eux-mêmes

ou qu'ils aient fait mine de ne rien voir, ils sont tout aussi coupables.

Je vais m'assurer que quelqu'un paie pour ce qu'ils ont fait

à ma communauté et à mon peuple.

Je pense que la CIA est impliquée.

La CIA a trempé dans toutes les sales affaires

des 20 à 30 dernières années.

C'est un avertissement !

L'épidémie de crack a affecté la pauvreté et la sécurité des communautés,

et même leur santé.

Ça a changé ou détruit des vies.

Des gens ont perdu leur liberté.

Moi, je n'importe pas de drogue. Ce sont des gens haut placés qui font ça.

C'est certain.

C'est tout à fait compréhensible

qu'une communauté touchée de façon si exagérée

se soulève avec dégoût et horreur

à la moindre allusion

impliquant un tant soit peu le gouvernement américain

dans l'arrivée de la drogue dans leur communauté.

Los Angeles était l'épicentre du crack dans les années 80 et 90.

La colère présente à Los Angeles gagne le reste du pays,

et LA devient l'épicentre de la mobilisation.

Et cette mobilisation finit par obliger le directeur de la CIA, John Deutch,

à venir s'expliquer au lycée de Watts, à Los Angeles.

Le directeur de la CIA était à Los Angeles

pour démentir l'information selon laquelle la CIA

aurait participé à la diffusion du crack dans les quartiers défavorisés.

C'est le moment où la communauté fait des reproches à la CIA.

Dans le village de Baldwin où je vis, il n'y a pas de travail pour les jeunes.

Nos enfants sont de la marchandise.

Ils défilent dans les prisons.

Ils reviennent dans la rue et sont marqués à vie.

On est fatigués, tristes et en colère.

Donnez-nous des explications.

Vous, le Président, tout le monde devrait être très contrarié

et devrait se demander comment ce cancer est arrivé ici.

Qu'est-il arrivé ?

Nous savons tous que le gouvernement et la CIA

ont soutenu les contras

dans leur effort pour renverser le gouvernement sandiniste du Nicaragua

au milieu des années 80.

On prétend maintenant que la CIA a aussi aidé les contras

à trouver des fonds pour leurs armes en introduisant du crack en Californie.

C'est une accusation effroyable

qui ne peut rester sans réponse.

J'ai chargé l'inspecteur général de la CIA de mener une enquête complète.

Il est évident que le sentiment général qui se dégage

c'est la peine, la colère et surtout la méfiance.

Comment peut-on se fier à un employé du gouvernement

pour enquêter sur les méfaits de la CIA ?

C'est du foutage de gueule.

Un instant.

L'inspecteur général a fait un rapport assez volumineux.

Et en fait, il révélait dans quelle mesure la CIA avait tantôt fermé les yeux,

tantôt collaboré avec les trafiquants de drogue,

en cherchant à renverser le gouvernement sandiniste.

L'arrivée de la cocaïne préoccupait moins le gouvernement Reagan

que sa guerre paramilitaire illégale

contre un petit pays d'Amérique centrale

qui ne représentait aucune menace

pour la sécurité des États-Unis d'Amérique.

La drogue, par contre, représente bien une menace.

Si on fait la guerre à la drogue,

ne doit-on pas viser ceux qui la fournissent ?

Ou ne vise-t-on que les victimes de la guerre contre la drogue ?

C'était de l'hypocrisie.

Et c'est triste, mais on n'a jamais traité le problème.

Des gens sont morts, des communautés sont ravagées.

On n'a jamais rien fait.

On a laissé détruire les communautés de couleur.

J'ai reçu six peines de prison distinctes.

Quelqu'un aurait pu me dire :

"Vous n'êtes pas une criminelle,

vous avez un problème de dépendance

et ça se soigne."

Mais on ne m'a jamais proposé d'aide.

Dans les journaux, aujourd'hui,

on parle de l'utilisation d'opioïdes…

à usage thérapeutique.

Ce n'est pas un crime.

J'ai raccroché il y a 21 ans.

Je ne méritais pas de recevoir un traitement ?

Pardon.

Ça fait…

un peu plus de 20 ans

que je souffre de stress post-traumatique.

Ça a commencé quand on m'a tiré dessus.

Et de temps à autre, j'ai un épisode bipolaire,

des sautes d'humeur.

J'ai un trouble anxieux.

Ce sont des choses que je dois gérer

à cause de choix que j'ai faits.

On m'a tiré dessus en 1988.

Cinq fois.

J'ai fait trois ans de prison.

J'ai été condamné pour possession de drogue et d'arme à feu.

J'avais perdu pied.

Je regrette beaucoup…

le rôle que j'ai joué

à l'époque du crack.

J'ai perdu beaucoup d'amis.

Beaucoup. Presque tous.

J'ai perdu mon travail.

J'ai perdu mon logement.

J'ai tout perdu à cause de ça. Tout. Et…

J'en étais arrivée au point où je me fichais de tout.

Surtout après avoir demandé à ma sœur de prendre mes filles.

Il fallait me voir avant…

Je ne suis plus la même.

Mon Dieu.

Je pense à mes cousins,

mes amis,

qui sont entrés dans le système

avant l'âge de 18 ans,

à cause de ce qu'on appelle le crack.

Ça me rappelle une histoire.

Je suis retourné dans mon quartier et j'ai crié : "Où sont mes amis ?"

Et l'écho a répondu :

"Où sont mes amis ?"

La guerre contre la drogue

a coûté aux États-Unis près de 1 000 milliards de dollars,

et la population carcérale a explosé

de 300 000 en 1980 à plus de 2 millions aujourd'hui.

Sous-titres : Nathalie Nifle

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