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Les cl�s sont en haut, Mme Petersen.
Il doit y avoir un paquet pour moi. Un petit paquet.
Je ne vois rien.
On devait l'apporter pour 5h.
Il est 5h10. Il doit �tre en route.
Mais je peux t�l�phoner pour m'en assurer.
Quelle maison voulez-vous?
La maison Noblet, rue St Honor�.
- L'armurier? - Oui.
Cette maison n'a pas livr� de paquet
mais il est venu quelqu'un de sa part qui vous a demand�
et qui vous attend l�-bas.
C'est ce monsieur.
Madame, mes hommages.
- On devait me livrer cet apr�s-midi! - Je sais, je sais.
Et je vous apporte l'objet moi-m�me.
La maison Noblet est d�sireuse d'�viter les accidents.
Et mon r�le en vous remettant ce paquet est de vous signaler
que nous vous avons vendu une arme dangereuse.
Ce n'est pas un jouet.
Ai-je l'air d'une dame qui perd la t�te?
Voici le revolver.
A votre disposition, Madame,
pour l'entretien, l'�change et l'achat de nouvelles munitions.
- Mes hommages, Madame. - Monsieur.
Bravo.
On doit vous entendre jusque dans le salon de lecture
et certainement vous y applaudir.
Teddy, descends de cette table. Tu es ridicule.
Grondez pas Teddy, ch�rie.
C'est pas sa faute. C'est int�gralement la mienne.
Mes compliments!
Si on faisait autant de tapage dans chaque appartement,
que diriez-vous?
Peut-�tre que la vie serait plus rigolote pour tout le monde.
Moi, j'aime danser.
J'aime remuer.
Et comme j'avais rapport� ces trois jolies coiffures...
Merci d'avoir pens� � moi.
Si j'avais su qu'elle �tait pour vous, je n'y aurais pas touch�.
Maintenant, gardez-la.
Je ne suis pas de votre race, moi.
Vos jeux ne m�amusent pas.
Teddy, c'est l'heure du th�.
Passe dans ma chambre pour te laver les mains.
Ah! Quel d�sordre...
A peine �tiez-vous partie chez les couturiers
que j'ai re�u un coup de t�l�phone de Rome.
Je suis appel� l�-bas pour affaire
et je pars tout � l'heure par le Rome-Express.
Ah?
Et vous resterez en Italie quelques jours?
Deux ou trois, pas plus.
Vous partez... seul?
Oui. Mademoiselle H�l�ne a du travail � Paris.
Alors elle vous tiendra compagnie.
Tr�s aimable de sa part.
J'enl�ve mon manteau et je commande le th�.
Encore une fois surpris en train de faire les fous avec Teddy.
Et toc!
A quel �ge, M. Petersen, les vrais Scandinaves deviennent-ils un peu s�rieux?
Et toc!
Et pour l'Italie, vous partez...seul?
Votre ch�rie, elle est jalouse, elle est m�chante.
- Je la d�teste! - H�l�ne...
Je la d�teste, vous ne pouvez pas savoir � quel point.
Pardon! C'est encore moi.
Mais vous ne nous d�rangez pas, ch�rie.
J'avais oubli� mon sac et ce petit paquet. Excusez- moi.
Alors c'est bien entendu?
Vous m'envoyez toute nouvelle urgente au Grand H�tel le soir � 20h.
- Tu t'es lav� les mains, Teddy? - Oui, Maman.
Et tu t'es recoiff� en parfait gentleman?
Parfait!
Tu sais, Teddy,
j'ai d�cid� pendant l'absence de Papa
de beaucoup m'occuper de toi.
- et de t'emmener partout o� tu veux aller. - Merci, Maman.
- Tu seras heureux? - Oui, Maman.
Et... tu riras comme tu ris avec ton papa et Mlle H�l�ne?
Si c'est bien vrai que papa ne part que pour quelques jours.
Ton p�re, ton p�re... Toujours ton p�re!
- Tu ne m'aime donc pas moi? - Si, Maman.
Alors...
pourquoi ne m'embrasses-tu jamais sans que je doive te le demander?
Vous savez, ch�rie, il est 5h30.
Il serait trop stupide de rater le train. Je pr�f�re partir tout de suite.
Mlle H�l�ne vous accompagne � la gare sans doute...
Je ne veux d�ranger personne.
Alors voil�! Soyez pendant quelques jours une veuve joyeuse.
- Sans trop de s�v�rit� pour mon Teddy. - Mais c'est le mien aussi.
Quant � nous,
Oeil de faucon salue l'Aigle blanc d'un seul et tout petit cri de guerre
pour ne pas effrayer les clients du Majestic.
Soyez sage.
Les trois jours sont vite pass�s.
Au revoir, mon ch�ri.
Au revoir!
Allez, Teddy!
Ne pas pleurer!
Et pour commencer, nous allons faire un bon petit go�ter.
Attends!
All�?
Le 106? Tout de suite, Madame.
�a marche!
Le 106!
- Deux th�s! Un chocolat! - Oui, Monsieur.
- Toasts et p�tisseries! - Oui, Monsieur.
Le 106, c'est mon petit prot�g�.
Le th�, c'est l'ordinaire.
Le chocolat, je m'en occupe moi-m�me.
C'est du sp�cial.
Un chocolat double dose et double cr�me. Sign� Arthur Donge.
Ni vu, ni connu pour le contr�le.
- Vous finirez par vous faire prendre un jour. - Pensez-vous!
�a marche!
- 411! Deux th�s avec toasts! - Oui, Monsieur!
Ah! �a m'amuse, Mme Marcelle.
Je ne fais de tort � personne.
Tiens, regardez!
M. Ramuel est dans sa cage.
�a va trop vite!
M'autorisez-vous, Mme Petersen, � disposer de ma soir�e?
Naturellement.
D'ailleurs, je n'ai pas d'autorisation � vous donner.
Vous �tes au service de mon mari.
Pas au mien.
J'ai une visite ennuyeuse � faire,
autant en finir.
A votre guise.
- Ton chocolat est-il bon, Teddy? - Oui, Maman.
Tiens.
Que veux-tu?
- �a m'est �gal. - Oh, je t'en prie!
Aie des go�ts, des pr�f�rences.
R�ponds-moi autre chose que
"oui, Maman", "non, Maman" avec cette m�me voix blanche
- qui m'exasp�re! - Oui, Maman.
Qu'est-ce que vous faites pour d�rider cet enfant?
- Vous avez un secret? - Aucun, Madame.
Je le mets en confiance, tout simplement.
Parce que vous croyez qu'avec moi Teddy n'est pas � son aise?
Pas � ce point-l�! Seulement...
Teddy est comme un jeune chien :
il a besoin de ronger des pieds de table.
Et il s'accorde mieux avec moi parce que je suis plus...
Plus quoi? Dites-le franchement!
- C'est une question de temp�rament. - Voil�!
Vous me l'avez dit une fois de plus.
Mon fils et moi, nous ne sommes pas de la m�me race.
Mon mari et moi, pas davantage.
une Fran�aise comme moi doit renoncer � comprendre de purs Scandinaves comme eux.
- Et l'�trang�re ici ce n'est pas vous, c'est moi! - Je n'ai rien dit de pareil!
Prenez garde! Si vous croyez d�j� avoir tout gagn�...
Vous pourriez encore tout perdre. Je n'ai pas dit mon dernier mot!
Je vous en prie! Ne me poussez pas!
Qu'est-ce qu'elle a, maman?
Elle est un peu nerveuse � cause d'une lettre qu'elle a re�ue ce matin.
Patience... �a lui passera.
Bois ton chocolat.
All�! Le salon de th�.
Le salon de th� du Majestic?
M. Fualdes, s'il vous pla�t.
Oui.
Le danseur du Majestic.
Un tango...
Un merveilleux tango que je n'oublierai jamais.
Enrico!
Parlez-moi.
La douceur de votre voix ajoute � mon plaisir.
Je m'excuse
mais on me demande au t�l�phone.
Vous �tes � moi pour le tango tout entier.
Je vous garde.
C'est un tango, Madame,
que moi non plus je n'oublierai jamais.
M. Fualdes s'excuse, Madame.
Il danse.
Mais il vous appellera dans un instant.
Merci.
Mais voyons!
Je pensais bien que tu �tais en service command�.
Avec la femme aux bijoux.
Ne dis pas du mal de ses perles, elles sont vraies.
Mais elle, quel enquiquineuse!
Et jalouse avec �a!
Ce qui ne doit pas t'emp�cher de descendre si tu veux danser.
Pas maintenant.
Mais ce soir, je suis libre et toute la nuit.
Avec une envie folle de m'amuser.
On sort ensemble?
Impossible!
La panth�re m'a d�j� retenu.
Oh, Ecoute! J'ai le cafard...
Enrico, j'insiste.
Non. Sors avec moi. Je t'en supplie.
Ce serait avec ravissement mais Enrico ne peut pas se couper en huit
pour faire plaisir � toutes!
Bon...
Alors donne-moi une bonne adresse.
Le Clair de Lune, rue Fontaine.
Je t�cherai de venir vers 1h.
Parce que tes yeux sont les plus jolis du monde
et que tu danses le tango comme personne.
Oh, oui! Ecoute. Viens, viens!
Je suis tr�s triste.
Avec la peur de...
faire des b�tises.
Enfin...
�a passera. Bonsoir.
Encore cette Scandinave, n'est-ce pas?
Elle viendra danser. Elle nous l�chera plus!
Quelle Scandinave?
Ecoutez! Je ne suis pas aveugle, ni sourde non plus.
Je vous ai entendu vous moquer de moi.
M�fiez-vous! Qui peut faire une grande folie, peut en faire d'autres!
Et ce sera tant pis pour Mme Petersen!
Par la Santa Maria, je vous assure
qu'il n'y a aucune Scandinave dans ma vie.
Ecoutez-moi bien, Enrico...
La faiblesse que j'ai pour vous peut vous para�tre comique mais...
Je ne suis pas un personnage de com�die.
Et si vous connaissiez mon existence,
bien des choses qui vous font sourire
vous para�traient touchantes.
Quittez-moi si vous voulez, disparaissez...
Il ne vous arrivera rien ni � vous, ni � personne mais...
Si nous restons amis,
soyez loyal.
Ne me tourmentez plus avec Mme Petersen.
Nous restons amis!
Je serai loyal
et je vous promets de ne plus r�pondre aux messages de Mme Petersen.
Ah! Merci, Enrico!
Vous avez les plus jolis yeux du monde!
Et vous dansez le tango mieux que personne.
Nous d�nons ensemble?
Ici, en cabinet particulier.
C'est un des endroits de Paris o� l'on mange le mieux.
�a marche!
Trois couverts!
- Trois soles meuni�res! - Oui, Monsieur!
- Trois perdreaux qui suivent! - Oui, Monsieur!
Et tu m'arrangeras �a: c'est pour le docteur.
Et on enverra le poulet du 4!
- Bonsoir, Chef. - A demain!
Trois couverts pour le consul!
Trois perdreaux!
Trois petits pois et trois pommes saut�es!
Allez! Bonsoir tout le monde.
- Pas f�ch� d'avoir termin�, hein? - J'en ai plein les pattes.
Et puis avec des contr�leurs comme toi
qui ne laissent rien passer, c'est quelque chose!
Pour moi, le boulot c'est militaire!
Y a pas d'amis, y a que des consignes.
Mais en dehors du service, vive les copains!
Je te joue l'ap�ritif!
Aux d�s, aux cartes, au billard... Choisis tes armes!
J'ai m�me pas bu d'ap�ritif depuis des mois.
J'ai un petit pavillon � Suresnes
Et mon fric...
c'est pour m'acheter des meubles.
Une demi-journ�e de travail dans les palaces pour les autres...
et l'autre moiti� de la journ�e chez moi...
� me faire bichonner par ma Charlotte.
C'est �a le vrai bonheur, mon vieux!
Mais alors vos...
vos bistrots, vos dancings... Non, non!
Suresnes... Ah!
Suresnes et le petit pavillon 3 pi�ces.
Celui-l� m�me dont on se moque.
Eh bien, il n'y a pas � chercher plus loin...
C'est �a, le bonheur!
Mais moi, mon vieux, je m'emb�terais.
Moi, j'aime le changement.
- J'aime la distraction. - Ah, ouais?
Les dames!
Le cin�ma!
C'est une chose qui ressemble � la grande vie, hein?
Faut se faire une raison, mon vieux...
�a, c'est pas pour nous.
Alors, Suresnes...
Suresnes avec une brave femme
et puis, si possible, un gosse.
- Un gosse? - Ben, quoi?
�a co�te cher, c'est encombrant... C'est entendu.
Mais c'est merveilleux!
Eh bien, si tu en avais un,
- tu changerais d'avis! - Tu crois?
Bon. Dans 20 minutes,
je suis chez moi, au chaud.
Et je penserai � toi sous la flotte
et chassant la morue.
Tu dois geler sur ton v�lo.
L'habitude!
Habiter si loin,
tu dois te lever avant que les coqs chantent.
L'habitude!
Un jour, tu vas arriver en retard
et tu verras si je te soignerai au contr�le, avec ton "pavillon 3 pi�ces".
Tu n�es pas si vache que tu penses :
tu ne me diras rien du tout.
Bonsoir, Ramuel.
All�, j'�coute.
Non, je ne dormais pas.
A votre service, Mme Van Bell.
Les heures de train pour Le Havre?
Une seconde. Je vais consulter l'indicateur.
All�, Madame?
Tu peux rester?
Dites-moi, c'est bien l'heure, �a? 6h10.
Je n'en sais rien
mais d'habitude ces horloges-l�, �a marche au poil.
Eh ben, Ramuel, qu'est-ce qu'il va me casser!
Entrez!
Bonjour. �a va? C'est � cette heure-ci que tu arrives?
Un p�pin terrible!
A croire que tes histoires d'hier m'ont fichu la poisse.
Tout � l'heure en arrivant Porte Dauphine, mon pneu arri�re a crev�.
Alors, j'ai du faire la route � pied en poussant mon v�lo.
J'ai point� avec 10 minutes de retard.
"Suresnes, le bonheur, le pavillon..."
�a ne fait rien.
On signalera ton excuse au pointeur et on en parlera plus.
T'es gentil, merci! T'es un chic type!
Grouille-toi pour t'habiller! Parce que les premi�res commandes vont pas tarder
et la pagaille, j'en veux pas dans le service!
Bonjour, D�d�. �a va?
- Et vous, M. Donge? - �a va plut�t mal ce matin.
Tiens...
Tiens donc, on a fait sauter mon cadenas.
On est arriv�!
C'est pas un h�tel, ma voiture. Faut descendre!
Debout l�-dedans!
Faire la foire, c'est bien gentil
mais faut garder la force de monter chez soi pour se mettre au lit.
La foire? Tu peux en parler...
On a caval� apr�s un gars qui nous en a fait baver toute la nuit.
Ah, le salaud!
- Oh, Lucas! - Rends-toi ou je tire!
- Qu'est-ce qu'il dit? - Rien. Il r�ve.
Il court encore apr�s Raoul, la terreur de Gentilly.
Elle est coffr�e, ta terreur.
Viens! On va dormir. On l'a bien m�rit�.
Ah, Quelle vie! Quel m�tier!
- Combien �a fait? - 9 ans!
- Mais non, le taxi. - 32 francs au compteur.
M. le Commissaire! C'est pas trop t�t que vous arrivez.
Le Quai des Orf�vres t�l�phone chez vous depuis une heure.
Ils s'imaginent que vous refusez de r�pondre pour faire la grasse matin�e.
Alors ils m'ont appel�e pour que je monte, que je vous r�veille.
On vous attend tout de suite � l'H�tel Majestic!
"Je refuse de r�pondre pour faire la grasse matin�e", tu entends?
J'entends rien, Chef. Moi, je suis fatigu�. J'ai sommeil.
- On va dormir? - Oui. A l'H�tel Majestic.
- Merci, Madame. - Y a pas de quoi, M. Maigret.
Hors ces invitations d'�tat civil,
j'ignore tout de l'existence de M. et Mme Petersen.
De si bons clients, si distingu�s...
C'est un drame affreux!
Messieurs, la direction du Majestic
souhaite que ce malheur ne tourne pas au scandale.
Je voudrais vous demander
le maximum de pr�cautions dans la conduite de votre enqu�te.
Je sollicite toute votre attention :
Si le Majestic est envahi par des policiers �piant les all�es et venues,
surveillant les conversations, regardant chacun avec suspicion,
l'h�tel va se vider.
Ne ruinez pas notre soci�t�, je vous en supplie!
- Faudrait tenir compte... - �a va durer longtemps vos recommandations?
Mais M. le Commissaire...
Alors qu'est-ce que vous pr�f�rez :
les petits ennuis d'une enqu�te sur place ou que je boucle la porte
et que je fasse emmener tous vos clients dans le panier � salade?
Mais M. le commissaire...
Des enqu�tes dans un h�tel, on en a d�j� fait.
Et discr�tement encore.
Mais savez-vous que dans un palace encore plus grand que le v�tre,
on a d�couvert dans le frigidaire un chinois mort depuis 9 jours?
Alors ne craignez rien pour le scandale.
Haut les mains ou je tire!
- Qu'est-ce qu'il dit? - Rien. Un mauvais r�ve qui le poursuit.
Vous allez conduire l'inspecteur au vestiaire aupr�s de Mme Petersen.
- Moi, je monte directement � la chambre. - Oui, M. le Commissaire. Par ici.
Bonjour, mon petit bonhomme!
N'aie pas peur.
- Comment t'appelles-tu? - Teddy Petersen.
Eh bien, Teddy Petersen,
je suis enchant� de faire ta connaissance.
C'est mon papa ou ma maman que vous venez voir?
Vous n'avez pas de chance :
Mon p�re est parti pour Rome et maman est malade.
Oui, je sais qu'on l'a transport�e dans une clinique et que c'est tr�s grave.
Je m'en doute bien.
Pour que personne ne pense � moi...
M�me Mlle H�l�ne.
- C'est la secr�taire de ton papa? - Oui, Monsieur.
- Elle est gentille avec toi? - Oh oui, Monsieur!
Tu sais, elle ne va pas tarder � rentrer.
Elle a d� essayer de joindre ton papa pour le mettre au courant.
C'est int�ressant ce que tu lis l�?
Oui. C'est l'histoire de Don Quichotte.
- Vous connaissez �a? - Mais bien s�r!
Ah! Il est gentil, Don Quichotte.
Et pourtant, il lui arrive des tas de malheurs.
Ecoute! Je vais te confier un secret.
Dans la vie, ce n�est pas comme dans ton livre :
les Don Quichotte sont souvent r�compens�s.
Ne t'occupe pas de �a, continue ta lecture.
Et la chambre de ta maman,
- c'est en face? - Oui, Monsieur.
Merci, Teddy. Et � tout � l'heure.
Qu'est-ce que vous faites ici?
Je ne peux rien vous cacher.
Je suis � quatre pattes et je fouille dans la chemin�e.
Qui vous a permis de rentrer ici? R�pondez-moi!
Mais d'abord qui �tes-vous?
Par hasard, seriez-vous le Commissaire Maigret charg� de l'enqu�te?
- Ah, c'est vous le policier. - Et vous, la secr�taire.
Jolie.
Mais pas aimable. Attendez!
- C'est Mme Petersen qui a br�l� cette lettre? - Je n'en sais rien.
Une secr�taire voit passer le courrier.
Savez-vous que Mme Petersen avait re�u une lettre ennuyeuse,
compromettante ou anonyme?
Vous n'avez pas d'interrogatoire � me faire subir!
Pourquoi �tes-vous si nerveuse?
Depuis combien de temps savez-vous que Mme Petersen est morte?
Mais... je viens de l'apprendre.
Oui, � l'instant. En rentrant � l'h�tel.
Car vous n'avez pas couch� au Majestic.
Ma vie priv�e ne vous regarde pas.
L�chez-moi!
Quel coup de th��tre, hein?
Entre nous...
dramatique ou inesp�r�?
Comment? Mme Petersen vient d'�tre assassin�e d'une mani�re horrible
et vous me demandez si j'en suis heureuse?
Les policiers sont des hommes d�pourvus de sensibilit� mais...
mais ils ont des intuitions.
Alors je voudrais savoir si...
Entrez!
- Faites comme chez vous. - C'est bien mon intention. Merci.
- Tu l'a vue. - Oui, Chef! Et le m�decin l�giste.
- Elle est morte vers... - L'enfant.
- O� �a? - Dans la pi�ce � c�t�. Continue.
Elle est morte vers 6h. Etrangl�e par surprise.
Et je vous apporte du nouveau...
du sensationnel!
Trouv� dans la poche de son manteau.
Achet� chez Noblet dans l'apr�s-midi.
On a beau �tre fatigu�, on conna�t tout de m�me son m�tier.
Une lettre arrive hier matin qui apprend � Mme Petersen
une chose grave, tr�s grave.
Elle court acheter un revolver.
Assez logique.
Ne trouvez-vous pas?
Mais pourquoi est-ce Mme Petersen qu'on trouve assassin�e?
Je ne r�pondrai � aucune question avant d'�tre assist�e d'un avocat.
Parfait! Nous nous retrouverons.
Quand vous voudrez.
Si vous avez plus besoin de moi... Je suis fatigu�.
- Je tiens plus debout, j'ai sommeil. - File cette demoiselle et ne la quitte plus.
D'accord.
Charg�.
Elle avait pourtant pris ses pr�cautions.
Vous �tes maladroit ce matin!
Apr�s un coup pareil, j'ai plus ma t�te � moi.
Mes 20 francs, voil�!
�a marche!
206.
- Un chocolat. - Oui, Monsieur.
- Avec toasts. - Oui, Monsieur.
Passez-moi un pot!
�a au moins, �a c'est pay� tout seul.
Voil� le directeur et le flic!
C'est le Commissaire Maigret.
Je l'ai d�j� vu sur le journal : un as!
- Dois-je assister � vos interrogatoires? - Non, pas du tout.
Allez � vos affaires.
On est tr�s bien ici. c'est gai, c'est anim�...
Il y a de bonnes odeurs.
Voil� Ramuel!
Je remonte l�-haut. Je vous envoie le portier de nuit.
Et je reste � votre disposition.
Alors c'est vous, M. Ramuel, le contr�leur en chef?
Un qui doit tout savoir,
tout conna�tre, tout contr�ler.
Eh bien, vous allez me donner quelques explications.
Car une jolie femme a toujours quelque chose � acheter
et un policier a toujours quelques questions � poser.
Mais je suis l� pour vous r�pondre. Vous n'avez pas � vous excuser...
Pourriez-vous me dire � quoi sert cette machine?
Mais �a n'a aucun rapport avec l'affaire...
Car vous vous imaginez que je m'int�resse qu'� Mme Petersen et � son assassin?
Pas du tout, M. Ramuel.
Dans une enqu�te, je m'int�resse � tout.
Au gens.
Au d�cor.
Aux moeurs particuli�res de chaque milieu
et le moins possible aux assassins et aux assassin�s.
Alors, dites-moi ce que vous avez remarqu� d'anormal
dans le service des caves aux environs de 6h.
Mais rien, M. l'inspecteur.
Rien?
- Et �a, � quoi �a sert? - �a c'est...
C'est un presse-jus de viande.
- A quelle heure avez-vous pris votre service? - Au r�veil.
Car j'ai log� ici au poste de contr�le.
�a m'arrive assez souvent :
chaque fois que je me dispute avec ma ma�tresse.
Il faut vous dire qu'elle n'est pas toujours tr�s commode
et ce soir-l�, elle l'�tait moins que d'habitude
Alors j'ai d�cid� de venir coucher ici.
- Et c'est permis aux employ�s? - Non, c'est tol�r�.
Tol�r� seulement. Comme je suis bien not� au Majestic...
Qu'est-ce que c'est que �a?
C'est une table chaude.
Ainsi,
vous avez vu arriver successivement tous vos camarades
qui ont repris normalement leur travail, non?
Oui... Ce qui m'ennuie, voyez,
c'est d'avoir � signaler que Arthur, enfin Donge,
est arriv� dix minutes en retard.
- Mais pourquoi �a vous ennuie? - Parce que c'est lui
qui a d�couvert Mme Petersen dans son armoire.
Ce serait plut�t bon pour Donge.
Il serait ainsi arriv� bon dernier
et bien apr�s l'heure de la mort fix�e par le m�decin.
Je signale donc que Donge est arriv� en retard.
- Qu'est-ce que c'est que �a? - C'est une marmite � consomm�.
A moins que Donge...
ne soit arriv� � l'heure, ne soit ressorti
et invent� cette histoire de retard que pour se cr�er un alibi.
Enfin, j'ai dit ce que j'avais � signaler.
Naturellement, vous n'avez jamais rencontr� Mme Petersen?
Vous ignorez sa pr�sence au Majestic
et jusqu'� son existence
Non, M. l'inspecteur.
Eh bien, je vous remercie, M. Ramuel.
- C'est tout. - Merci.
Encore un mot :
vous savez, pour �a,
j'ai bien vu tout seul que c'�tait une machine � hacher la viande
mais je vous remercie quand m�me.
- Envoyez-moi le portier de nuit. - Bien, M. l'inspecteur.
Georges Dussart, le portier de nuit du Majestic.
M. Dussart, j'ai quelques questions � vous poser.
Dites-moi d'abord, � quoi sert cette machine?
A hacher la viande, M. le Commissaire.
Evidemment!
Vous connaissiez Mme Petersen?
Comme le portier d'un grand h�tel conna�t une cliente
qui va, vient, re�oit des paquets,
a besoin de places de th��tre.
Elle sortait le soir avec son mari?
Toujours et avec la secr�taire.
Il leur fallait toujours trois places.
Et son mari �tait parti hier pour Rome,
est-elle sortie?
Je ne l'ai pas vue partir car je n'ai pris mon service qu'� 10h.
Mais je l'ai vue rentrer vers 3h du matin.
- Seule? - Oui, en taxi.
C'est moi qui ai r�gl� le chauffeur.
Elle �tait triste ou gaie?
Bah, de bonne humeur.
Comme quelqu'un qui a sa dose exacte de champagne.
Elle a pris l'ascenseur. Je l'ai conduite au 2�me �tage.
Je ne l'ai pas revue.
Elle est pourtant descendue.
Vous dormez pendant la nuit?
C'est d�fendu.
Il vous arrive de vous assoupir un petit peu.
�a m'arrive.
Vous n'avez rien remarqu� entre 6h-6h30
qui m�rite d'�tre signal�?
Je somnolais l�g�rement
quand j'ai �t� r�veill� par une cliente, Mme Van Bell, une riche hollandaise
qui me demandait au t�l�phone l'heure des trains pour Le Havre.
Pendant que je cherchais le renseignement,
le danseur de la maison voulut traverser le hall sans que je l'aper�oive.
J'ai eu l'impression que Mme Van Bell
se fichait pas mal de l'heure des trains
et qu'elle t�l�phonait pour aider Fualdes � passer inaper�u.
Ah! Car l'Argentin descendait de chez la Hollandaise...
Il n'a pas pass� la nuit dans l'escalier.
Et ce sont les pr�cautions prises qui ont tout fait rater.
Et si Mme Van Bell ne vous avait pas t�l�phon�, vous auriez dormi.
Vous n'auriez pas vu Fualdes comme vous n'avez pas vu Mme Petersen.
Dites-moi,
Fualdes et Mme Petersen,
- ils se connaissaient? - Tr�s bien!
Ils se tutoyaient!
Encore une question:
Fualdes, quand il a travers� le hall,
est sorti par la porte-tambour?
Ah, non! Il conna�t l'h�tel dans tous ses coins.
Il est sorti du Majestic par l'entr�e de service.
Je vous remercie, M. Dussart.
Faut que je r�fl�chisse mais je vous reverrai s�rement.
A votre disposition, M. le Commissaire.
H�l�ne!
Mon ch�ri, c'est affreux!
J'ai une chose �pouvantable � vous apprendre.
Vous avez l'air bizarre.
Vous qui ne buvez jamais une goutte d'alcool.
Essayez de comprendre...
Hier soir...
Je me s�pare de ma femme
pour vivre avec vous.
Je pars pour Rome... Mais je reste � Paris.
Mais demain, il va falloir que je raconte � tout le monde
mes impressions sur...
Michel-Ange.
Le Colis�e.
La Via Vittorio Veneto.
Alors, alors,
il faut nourrir un peu mon imagination de ce c�t�-l�.
Car l'alcool a du bon!
Depuis que je suis plong� dans le whisky,
je vois Rome comme si j'y �tais.
Et pourtant c'est une des rares capitales o� j'ai jamais mis les pieds.
Quand nous vivrons ensemble,
nous irons y passer tout un mois.
Enfin,
il vaut peut-�tre mieux que je vous trouve dans cet �tat-l�.
Le choc vous �tourdira moins.
Choc?
Quel choc?
On a trouv� ce matin � l'aube,
le corps de Mme Petersen
assassin�!
On a...
d�couvert son corps?
Il y a d�j� un policier dans votre appartement
qui fouille partout et se m�le de tout.
- Encore une question. - Mais je vous en prie, M. le Commissaire.
Alors apr�s, vous ajoutez un petit verre de liqueur?
Pas une goutte. L�, je vous ai donn� la recette classique de la b�chamel.
Un saucier qui ajouterait de la liqueur � la b�chamel
serait un criminel.
Pas pour le Quai des Orf�vres, bien entendu!
Tenez, M. le Commissaire! Go�tez, je vous en prie.
Non, non, avec le doigt!
Ah, c'est merveilleux!
Alors, si vous voulez faire un bon d�ner, venez ici.
Et on vous soignera.
- Merci, mon ami. - De rien.
- Encore! - Mais qu'est-ce qu'il a aujourd'hui?
Il m'intimide � me regarder comme �a.
Mais pourquoi il n'y a qu'� moi qu'il ne demande rien?
Qu'il m'interroge!
Il verra ce que je sais.
Chef!
- Alors? - Sensationnel, Chef!
Impressionnant!
Raconte mais parle lentement!
Mlle H�l�ne a voulu me semer dans un grand magasin.
Un enfantillage de d�butant qui se croit malin.
Comme elle m'a cru perdu au rayon des lingeries fines:
taxi, Luxembourg, H�tel du Parc, 2�me �tage, chambre 18.
Et alors l�, je vous le donne en mille.
- Savez-vous qui �tait dans le lit? - Petersen.
Oui, Petersen...
qui s'�tait fait mont� deux bouteilles de whisky
et qui les avait vid�es.
Enfin, Un homme qui serait innocent n'agit pas comme �a.
Comment vous avez su?
Quand j'ai rencontr� Mlle H�l�ne,
j'�tais � quatre pattes et le nez sur ses souliers,
ce qui se fait de plus chic, de plus cher. Bas super luxe.
Chez une secr�taire, c'est une indication.
Jolies jambes, le reste � l'avenant.
Alors j'ai tout de suite compris que le voyage � Rome, c'�tait une blague.
- Et le mari, alors? - Patiente un peu.
- Tu m'en demandes de trop. - Oui, je vous laisse faire.
Ecoutez, franchement, Chef,
je suis fatigu�, je ne peux plus...
C'est une table chaude.
Tu te reposeras plus tard.
Voil� le passeport de Mme Petersen
de son nom de jeune fille : Emilie Cambier n�e � M�nilmontant.
Trouve-moi ce qu'elle faisait avant d'�pouser son Scandinave.
Le juge d'instruction charg� de l'affaire vient de t�l�phoner.
Va! Va!
il vous attend � son bureau de toute urgence.
Mais avant d'y aller, je voudrais voir Mme Van Bell.
Je l'ai avertie moi-m�me.
Une femme aussi distingu�e a droit � tout les m�nagements.
- Je monte l'interroger dans sa chambre. - Ne parlons pas d'interrogatoire
mais d'une conversation au bar du Majestic
autour d'un porto et de petits amuse-gueules offerts par direction.
Vous voulez bien?
Ah, c'est beau d'avoir des dollars et des florins dans sa poche!
- Elle est au bar? - Elle vous attend.
Mme Van Bell, permettez-moi de vous pr�senter M. le Commissaire Maigret.
- Madame. - Enchant�e.
Je vous laisse.
Je vous en prie.
De quoi s'agit-il?
- Tout simplement, j'aimerais savoir... - Un mot!
Je me suis mise en rapport avec mon consulat.
L'appui et la protection du consul de Hollande me sont garantis.
- Alors vous �tes hollandaise? - Oui. N�e � Haarlem, ville morte.
Dans une famille protestante tr�s ennuyeuse.
J'ai �pous� M. Van Bell, honn�te homme mais mari assommant.
Il �tait horticulteur et ne s'occupait que de ses jacinthes et de ses tulipes.
A la longue, c'est fastidieux.
Il est mort l'ann�e derni�re.
Frapp� d'insolation en arrosant ses fleurs.
Voil�! Je vous ai racont� toute ma vie qui ne fut pas tr�s amusante.
- Vous �tes � Paris depuis longtemps? - Depuis trois semaines.
En toute innocence, je suis venue en France pour admirer les jacinthes et les tulipes
offertes par la Hollande � la ville de Paris pour d�corer ses pelouses.
Et c'est alors que j'ai d�couvert
qu'il y avait ici pour distraire une femme...
pour la combler mieux...
et plus efficace que les jacinthes et les tulipes.
Et vous avez rencontr� M. Fualdes...
Je suis sous la protection de mon consul.
Monsieur?
- Vous prendrez bien quelque chose? - Non, merci. Je ne prends rien.
Ces bouch�es sont exquises.
Puis-je vous demander pourquoi, de si beau matin,
vous vous �tes int�ress� � l'horaire des trains pour Le Havre?
Existerait-il des lois fran�aises interdisant aux gens
de s'informer le jour, la nuit, quand il leur pla�t
des heures de train dans n'importe quelle direction?
Non, mais il existe des lois fran�aises pour condamner
la complicit� dans l'assassinat ou l'aide apport�e aux assassins.
Mais o� voulez-vous en venir?
A vous demander seulement ceci:
avez-vous t�l�phon� au portier pour distraire son attention
et pour aider M. Fualdes � sortir du Majestic sans �tre vu?
Ou tout au contraire,
avez-vous r�veill� le portier pour lui faire constater
que Fualdes avait pass� la nuit dans votre lit?
Enfin, sous la protection du consul des Pays-Bas...
Je n'ai pas � r�pondre � vos insolences.
A votre guise, Madame.
Devenez folle, si vous voulez,
� un �ge o� une femme d'esprit pr�f�re aux �nervantes le�ons de rumba
la culture rafra�chissante des tulipes et des jacinthes.
Mes hommages, Madame.
Tout s'est bien pass�? Sans scandale?
Agr�able marivaudage autour d'un verre de porto,
- Rassurez-vous. - Merci, M. le Commissaire.
Je vous signale que le juge d'instruction a ret�l�phon�
- Il s'impatiente. - Oui, je suis � lui.
C'est un scandale sans pr�c�dent, je vous assure!
Ne vous �nervez pas, M. Petersen. Je vous en prie.
Puisque je vous r�p�te que j'en fais mon affaire.
Bon, je ne m'�nerve plus.
Je connais mon Maigret:
ses qualit�s extraordinaires et ses petits d�fauts.
Soyez tranquille, je l'ai bien en main.
Et le commissaire comprendra tr�s bien la situation.
Et s'il ne la comprend pas, nous tomberons la veste
- et nous boxerons! - M�fiez-vous de cette m�thode
qui pourrait vous valoir des ennuis s�rieux.
D'autant plus que je vous garantis que... Permettez?
Si je l�attends? Mais je n�attends que lui!
Mais oui, tout de suite.
C'est lui. Du calme!
Bien, bien...
Excusez-moi, M. le Juge. Je vous ai fait attendre.
- Et alors, �a va l'enqu�te? - Couci-cou�a.
J'ai tenu � vous pr�senter moi-m�me � M. Petersen,
un grand ami de notre pays.
Enchant�.
Je croyais M. Petersen � Rome. D�j� rentr�?
Vous �tes bon boxeur?
Oui, pourquoi? Je me d�fends gentiment.
M. Petersen, je vous prie. Asseyez-vous ici.
Et vous, Maigret, l�.
Ecoutez-moi, Maigret.
C'est tout � fait spontan�ment
que M. Petersen est venu se pr�senter � mon bureau.
Il tenait � m'expliquer au plus t�t
pourquoi il n'est pas parti hier soir par le Rome-Express.
M. Petersen a �t� retenu � Paris par une histoire de famille.
- Tiens, tiens... - Oui.
Petersen, en effet, est secr�tement fianc�.
- Fianc�? - Avec Mlle H�l�ne Doligan.
Qu'il comptait �pouser sit�t son divorce prononc�.
J'ignorais qu'il y eut instance en divorce.
C'est � dire...
A proprement parler, il n'y avait pas encore d'instance.
C'�tait un projet de M. Petersen.
Une d�cision d'ailleurs bien arr�t�e de sa part.
Mais demeur�e secr�te.
- Vous comprenez? - Tr�s bien, tout ce qu'il y a de plus clair.
Et hier soir, M. Petersen et Mlle H�l�ne
ont souhait� causer librement de leur projet d'avenir
D'o� cette histoire invent�e de voyage � Rome.
Quand je vous disais qu'il comprendrait tout de suite.
M. Petersen ne pouvait pr�voir le drame
et il se trouve dans une situation un peu �quivoque.
Pourquoi?
Puisqu'il est venu spontan�ment tout expliquer.
Alors!
M. Petersen qui par ailleurs est vraiment d�sol� de la mort de sa femme
s'est mis en rapport avec l'ambassade de Su�de.
L'appui, la protection totale de l'ambassadeur lui sont acquis.
J'ai promis � M. Petersen que vous m�nerez votre enqu�te
sans qu'il soit importun� par des interrogatoires,
des perquisitions qui ne seraient �tre
que vexatoires et inutiles.
C'est bien votre avis, n'est-ce pas?
Mais puisque c'est le v�tre...
Moi, je suis ravi d'avoir rencontr� M. Petersen au moins une fois
- pour lui pr�senter mes condol�ances. - Merci, Commissaire.
- Et mes f�licitations. - Et encore merci.
Messieurs, je vous suis reconnaissant de votre sportivit�.
Alors trouvez, je vous en prie, l'assassin de ma femme pour lui couper la t�te.
Et c'est une chose que j'aimerais bien voir.
Et croyez-moi tr�s sinc�rement v�tre.
- Messieurs. - Monsieur.
Quel ph�nom�ne!
Cette intervention de son ambassade ne vous ennuie pas?
Il y en a une autre:
du consulat de Hollande
en faveur d'une dame m�l�e � l'affaire.
Et tout cela va g�ner votre enqu�te.
C'est � dire que si la d�l�gation d'Argentine
intervient en faveur de Fualdes,
il ne nous restera plus qu'� tirer l'assassin � la courte paille.
Je n'aime pas ce genre de plaisanterie!
D'apr�s ce que je sais,
Il y a un commis de cuisine,
un nomm� Donge,
dont l'affaire n'est pas tr�s bonne.
Nous pourrions l'arr�ter.
Pourquoi pas.
Le train a d�raill�, arr�tons le lampiste.
D'autant plus que c'est un bon fran�ais
et qu'avec lui nous n'aurons pas de complications diplomatiques.
- Qu'est-ce qu'il dit pour sa d�fense? - Je ne lui ai rien demand�.
Comment? Mais l'affaire est l�!
Mais voyons, qu'est-ce que vous attendez pour l'interroger?
M. le Juge, j'attends le moment que j'ai choisi
et qui sera le bon.
Arthur!
Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'elle �tait � Paris?
Je...
Je le sais seulement depuis deux jours.
J'ai rien dit parce que j'ai pens� qu'il fallait mieux
ne plus parler d'elle.
Apr�s dix ans...
C'est vrai, �a fait dix ans.
Et tu ne l'as pas revue?
Non.
Et son fils?
Il �tait avec elle?
Oui.
Et tu ne l'as pas vu non plus?
Regarde-moi dans les yeux!
Et jure le moi sur le souvenir de ta m�re.
Sur le...
Sur le souvenir de Maman?
Sur notre bonheur, je te le jure.
Je te crois, Arthur.
Maintenant on met le couvert.
C'est pas une raison parce qu'Emilie est morte pour ne pas manger.
Mais pourquoi le commissaire ne me demande rien?
C'est des ruses de policier.
Et cette fois, ils le regretteront.
Au premier moment, t'en aurais trop dit.
Une histoire vieille de dix ans, on peut l'avoir oubli�e.
Et si �a les int�resse, ils n'ont qu'� chercher, puisqu'on les paie pour �a.
Tu as raison.
Le tout c'est de ne pas se laisser intimider.
Ce Maigret, quand il vous regarde d'une certaine fa�on,
tu sais plus comment te tenir ou mettre tes mains.
Et alors, vas-y voir pour ce qui se passe sous ton cr�ne.
Vois-tu le...
Je suis d�sol�.
Je voulais vous d�ranger le moins possible.
Alors je suis rentr� avec mes cl�s.
Commissaire Maigret, Madame.
Madame Donge?
Tr�s gentille cuisine.
Et cuisine au beurre!
Ah! Lapin en gibelotte, hein?
Un gros bouquet, une pointe d'�chalote, un verre de vin blanc sec.
C'est bien �a?
Oui, M. le Commissaire.
Rassurez-vous, le lapin n'attendra pas longtemps.
Une simple question � vous poser.
- Mais je vous �coute, M. le Commissaire. - Non, non, pas � vous.
A Mme Donge.
Je vous en prie. L�, sous la lampe, asseyez-vous.
Voil�, ch�re Madame, je voudrais savoir...
Tiens, tiens!
Qu'est-ce que c'est que �a?
�a, M. le Commissaire?
�a...
Mais M. le Commissaire...
- C'est un... - Oui, interrog�es par la police,
certaines gens se contractent, se mettent en boule.
Ceux qui ont peur de compromettre quelqu'un ou de trahir un secret,
montrez-leur...
un tire-bouchon, une fourchette en leur demandant ce que c'est.
Ils bafouillent et craignent partout le pi�ge.
Au contraire, ceux qui n'ont rien de dissimul�,
devant ces objets, vous r�pondent:
c'est une fourchette ou un tire-bouchon. Tout simplement.
Mme Donge, vous �tes une m�nag�re parfaite.
Comment se fait-il, tout � coup,
que vous ne vous souveniez pas ce qu'est un moulin � caf�?
C'est ridicule.
Je comprends pas, M. le Commissaire.
Peut-�tre vous souvenez-vous d'une certaine Emilie Cambier
que vous avez connue il y a dix ans?
Non, M. le Commissaire, je...
Je ne me souviens pas.
Pour le moulin � caf�, je vous fais toutes mes excuses.
Mais pour Emile Cambier,
je ne peux rien vous dire.
Vous auriez peur de compromettre, de trahir.
Ce sont des sentiments touchants, je m'incline.
D'autant plus que la gibelotte me para�t tout � fait � point.
Ne vous d�rangez pas, je connais le chemin.
Je fermerai la porte � cl� et le verrou aussi.
Bonsoir!
Je t'avais pr�venu: tu ne sais plus comment te tenir
ou mettre tes mains, ni que r�pondre.
Il croit que c'est toi qui l�as tu�e.
Dis-moi la v�rit�! Est-ce que c'est vrai?
Au Clair de Lune!
Bonsoir, Messieurs! Une table pour deux?
Par ici, s'il vous pla�t.
Voil�, Messieurs! Vous serez tr�s bien.
Qu'est-ce que je vous sers?
- On voudrait voir le patron, o� est-il? - Au bar, avec le smoking blanc.
Ah, mais c'est ce vieux Tonio!
- Vous �tes un ami? - Ne vous occupez pas.
�a fait longtemps qu'on ne s'est pas rencontr�.
D'une certaine fa�on, je ne m'en plains pas.
Le Clair de Lune c'est tout ce qu'il y a de plus r�gulier.
- Les blagues, c'est termin�. - Tant mieux.
Rassure-toi, c'est pas toi que je suis venu voir.
- Cigarette? - Non, Merci.
Tu n'as pas dans tes entra�neuses, tes artistes, une Ginette?
C'est pas pour faire le discret mais je vois pas.
Mais en cherchant bien. Dans les 35-38 ans?
Artiste?
Non, mais j'ai une Ginette dans ces ann�es-l� qui tient la toilette.
- Quelle genre? - Toujours saoule.
Champagne quand on lui offre et le gros rouge � ses frais.
- Je peux la voir? - Oui, bien s�r.
Les lavabos sont par l�.
L�!
Tu es un amour et je te fais porter un petit r�confortant.
Le ciel te le rendra!
Pardon!
- Bonsoir, Monsieur. - Bonsoir.
Mais c'est Ginette!
Mais oui, c'est Ginette!
- Mais tu ne me reconnais pas? - Non.
Roger!
Roger! le Tam-Tam � Juan,
Le Syros � Cannes, le Prolixe � Monte Carlo...
On s'�tait retrouv�s, Charlotte, Emilie et toute la bande!
On �tait ronds tous les soirs. Tu ne te souviens pas?
Si je devais me rappeler toutes les fois que j'ai trop bu,
j'aurais de l'enflure � la m�moire.
Dis donc, j'ai peut-�tre un peu chang�
mais en tout cas, je t'ai reconnue tout de suite.
- Qu'est-ce que tu deviens? - Eh ben, tu vois.
On n�a pas eu de chance, quoi...
Mais je me plains pas : les bo�tes de nuit je n'aime que �a.
Je ne suis plus aux premi�res loges mais je reste dans le train.
Les clients vont, viennent...
J'entends la musique
et les copains d'autrefois me font descendre un verre
M�me que tu serais gentil Roger, puisqu'on s'est bien connu.
Un verre?
C'est un pas verre que je vais t'offrir, c'est une bouteille!
Et pas ici! L�-haut comme avant!
Le patron voudra pas. Et puis il y a le service...
La dame des t�l�phones va te remplacer, n'est-ce pas, Madame?
Le patron ne peut rien me refuser.
Je suis venu avec un copain,
un gros gars tout ce qu'il y a de gentil.
Tu le feras marrer en lui racontant des histoires qu'on a fait avant.
Avec un vieux copain, c'est tout naturel!
Amuse-toi, ma Ginette! Ah! le roi vous attend.
Le champagne est servi et c'est moi qui vous l'offre.
Un soir o� les amis se retrouvent. Allez, rigolons, mes enfants!
Je vous laisse.
- Il schlafe, ton roi. - Comme d'habitude.
- On le r�veille? - Ah, non, non!
Je suis trop content d'�tre avec toi.
Si je m'attendais � �a!
Sant�! A notre jeunesse!
Ah! C'est du meilleur. C'est du bon.
Et puis ici, l'ambiance est tout de m�me mieux qu'aux lavabos.
Je te regarde...
Et je commence � te reconna�tre.
- T'avais pas un petit Amilcar blanc? - Justement.
Tu me croiras si tu veux,
les hommes j'en ai tant vus et puis,
tous pareils!
Eh ben, dans mes souvenirs,
c'est � leur voiture que je les reconnais.
�a te vexe pas?
On s'est assez promen�s dans l'Amilcar blanc pour que tu t'en souviennes.
On s'entassait tous l�-dedans: Charlotte, Emilie et le Su�dois.
Petersen! Qui voulait toujours boxer les agents.
C'est une manie qu'il a gard�e.
Et Donge! Qui avait toujours peur des contraventions!
- Ce vieil Arthur avec son air ahuri. - Et ses crises de jalousie!
Quand il voulait se tuer!
Combien de fois je l'en ai emp�ch�.
Ecoute,
faut dire qu'Emilie exag�rait.
Donge n'�tait pas un homme pour elle, �a c'est d'accord.
Mais il l'aimait � en crever.
Ce qu'elle lui a fait, c'est d�gueulasse.
Oh, quand on est jeune...
Entre nous,
Petersen ne l'aimait pas tant que �a.
S'il l'a �pous�e,
c'est parce qu'elle �tait enceinte.
Et le gosse...
Tu... Tu sais qu'elle a eu un gosse?
Mais bien s�r! M�me qu'il s'appelle Teddy.
Eh ben, Teddy, c'est l'enfant de Donge!
Non, sans blague?
A ta sant�.
Tu sais...
Je l'ai jamais dit,
m�me aux copains comme toi qui nous ont bien connus.
Mais pas plus tard qu'hier,
Emilie est venue ici.
- Mme Petersen? - Hmm.
Il y a dix ans qu'on ne l'avait pas vue.
Elle s'est assise l�.
Elle... �tait seule, hein!
Tonio lui a dit que je tenais les lavabos.
Tu crois qu'elle est descendue me dire bonsoir
ou qu'elle m'a pay� un verre?
�a, Roger, c'est une chose qui lui portera malheur!
Pardon! Ginette, on te demande au t�l�phone de la part de Charlotte.
Oh, Charlotte!
�a, c'est marrant! On se retrouve tous!
- Tu permets? - Dis-lui bonsoir de ma part.
Je n'y manquerai pas.
- Alors, � tout de suite! - A tout de suite.
Le joufflu, r�veille-toi!
T'as l'air fin avec �a. T'es pas honteux de dormir comme �a?
Je dormais mais j'�coutais!
On conna�t son m�tier.
En tout cas, Charlotte t�l�phone � Ginette
pour lui dire de la boucler si on l'interroge.
Naturellement. On met les voiles sans �a, il va y avoir des mots d�sagr�ables.
- File et appelle un taxi. - Bien, Roger!
Au revoir, Tonio. Merci.
- Un petit verre? - J'ai pas le temps.
- Pas d'histoire? - Tout est en ordre.
- Le Clair de Lune, c'est du r�gulier. - Pourvu que �a dure!
Roger! Roger!
Bande de d�gueulasses!
- Elle a crach� sur la vitre! - J'ai vu.
Mets-toi � sa place.
Alors, Charlotte, Ginette, Emilie...
Savoir ce qu�elles sont devenues, c'est pas gai.
Bien s�r.
Mais l'assassin, vous-y pensez?
Ah, oui! L'assassin,
je l�avais compl�tement oubli�.
Mais t'en fais pas, nous en trouverons demain.
Professeur de danses modernes.
- M. Fualdes est-il chez lui? - Il est d�j� sorti.
Avant 9h?
Commissaire Maigret de la police judiciaire.
De la police!
C'est s�rement une erreur.
M. Fualdes est un honn�te homme,
- je vous jure... - Il dort encore, hein?
Mais puisque je vous dis qu'il est sorti.
O� est-il all�?
Il m'a rien dit.
Vous �tes � son service?
Je suis sa bonne � tout faire.
J'ai quelques questions importantes � vous poser
dont beaucoup de choses vont d�pendre.
Mais qu'est-ce que c'est que �a?
C'est un balai m�canique pour les tapis.
Et �a, qu'est-ce que c'est?
C'est des petits chiens.
Ah �a, Evidemment!
Il n'y a pas autre chose � r�pondre, ce sont des petits chiens.
Voil� qu'on ouvre la porte.
- C'est Monsieur qui rentre. - Bougez pas.
Ne vous �tonnez pas, je d�sirais vous voir
et votre bonne m'a pri� d'entrer.
- Commissaire Maigret. - Quel honneur!
J'ai tant d'admiration pour votre g�nie.
- C'est une chance inesp�r�e... - Doucement! Doucement!
- Si Monsieur veut se d�barrasser... - Non. Ne vous occupez pas.
- Laissez-nous. - Laissez, Rosalie.
Faites comme le commissaire vous le dit.
Je m�ne l'enqu�te dans l'affaire Petersen,
alors ne vous �tonnez pas si je vous interroge.
Je ne m'�tonne de rien et je m'amuse de tout.
Eh ben, pourvu que �a dure.
Car entre nous, M. Fualdes...
Enfin, proc�dons par ordre.
Voyons...
Mais qu'est ce que cet objet l�?
�a?
Mais c'est un filet � provisions.
Et qui contient quoi?
Tout ce qu'il faut pour faire un bon pot au feu
Un pot au feu � la fran�aise!
Si vous voulez v�rifier, Signor Capitaine...
Faites-moi plaisir et parlez-moi sans accent.
Oublier mon accent?
Comment puis-je faire?
En vous souvenant que vous �tes n� � Roubaix,
que vous vous appelez Jules Bringuet
et que vous n'avez jamais mis les pieds en Am�rique du Sud.
Bien, M. le Commissaire.
�a rime � quoi ce d�guisement?
Les danseurs mondains qui ont le physique argentin
sont plus demand�s que les autres
et avec l'accent, ils touchent un cachet suppl�mentaire.
- Et Rosalie, c'est votre m�re. - Oui.
Je me demande comment vous le savez.
Quand on a une bonne, on ne descend pas � 8h du matin faire son march�.
En v�rit�, vous �tes un bon fils
qui vit avec sa m�re
et qui lui �pargne les fatigues aux heures
o� le danseur mondain n'est pas en repr�sentation.
Vous �tes formidable, M. Maigret.
- De quoi vivez-vous? - Du Majestic.
- Et de ses clientes... - Un peu.
Mon r�ve, c'est...
une bicoque au bord de l'eau,
la p�che � la ligne et Maman qui tricote dans le jardin.
Oui...
Et je dois danser tous les apr�s-midi,
toutes les nuits en roucoulant de l'espagnol avec des quinquag�naires venues
de tous les coins du monde pour visiter la Tour Eiffel
ou le tombeau de Napol�on.
C'est pas dr�le, je vous assure.
Et vous esp�rez de Mme Van Bell une petite maison au bord de l'eau?
�a sera dur.
Elles sont radins, vous n'avez pas id�e!
La Van Bell m'offrirait bien le porte-mine en or
ou le briquet en argent traditionnel.
Mais tout de m�me, je crois que je vaux mieux que �a.
Alors je fais...
je fais marcher la Hollandaise avec la Su�doise.
Mais Emilie, c'est une copine de l'ancien temps
et dans sa mort je n'y suis pour rien.
Nous verrons bien. En attendant...
C'est la Van Bell.
Tous les matins, elle t�l�phone pour savoir si je me porte bien.
- Permettez? - Non, c'est moi qui r�ponds.
Enrico, rassurez-moi vite.
Comment vous portez-vous?
Comme un amoureux que le sort a combl�,
j'ai r�v� de vous toute la nuit.
Ah! C'est bon de vous entendre.
Mais je veux vous voir aussi, hein?
- Quand viendrez-vous? - Sit�t que je pourrais.
Car un jour sans vous voir est un jour sans soleil,
une nuit sans �toiles.
Le dieu des amours m'a piqu� dans le coeur:
je vous aime furieusement.
Auriez-vous devin� que je vous ai achet� votre porte-mine en or?
Une seconde, ma P�richole,
on me d�range.
Vous n'avez pas de chance: le porte-mine en or est acquis.
Alors, � vous pour les remerciements.
Oh, vous �tes trop gentille!
Mais c'est � moi de faire des cadeaux
et non d'en recevoir.
Je vous avertis que si vous recommencez,
je me f�che tout rouge!
Entrez!
Bonjour, Mademoiselle.
Que voulez-vous?
Mlle H�l�ne, je voudrais vous demander trois secondes d'entretien.
Enfin, si c'est trop vous demander, deux seulement.
- Bonjour, Teddy! - Bonjour, Monsieur.
Va prendre ta douche.
Je vous �coute.
Je vois que vous consultez le courrier.
Avant qu'il ne disparaisse dans la chemin�e,
dites-moi si, de Su�de, Mme Petersen
a entretenu des relations avec ses amis de France.
Monsieur,
vous faites votre m�tier de policier.
Moi, je fais le mien qui est celui de secr�taire
et dans "secr�taire", il y a "secret".
Personne au monde ne pourrait me forcer
� trahir ceux qu'on me confie.
Car je vous signale que je suis
- prot�g�e par mon ambassade. - Je sais.
Le m�nage ne fut jamais tr�s uni.
Pourquoi ne pas vous dire la v�rit�?
Elle est toute � l'honneur de M. Petersen
qui a �pous� Emilie par honn�tet�
et avec l'intention de s'en s�parer apr�s la naissance de Teddy.
Seulement...
il s'est tellement attach� � son fils
qu'il a eu piti� de la m�re.
Ceci dit, je doute que n'importe quel policier
et surtout un policier comme vous
puisse comprendre ces choses.
Merci du compliment.
Car dans mon m�tier, il est important de para�tre beaucoup plus b�te que l'on est.
Je vous expliquerai �a plus tard.
Je doute qu'une secr�taire comme vous puisse comprendre ces choses.
Vous allez me confier le courrier que vous �tiez en train de d�cacheter.
Ces lettres ne vous regardent pas!
Et plut�t que de vous les confier...
L�chez-moi! L�chez-moi!
De la part de l'Aigle blanc.
Je suis peut-�tre curieux
mais vous �tes certainement trop nerveux.
Vous savez � quoi �a sert, �a?
Si vous pouviez savoir � quel point �a m'est �gal.
Ah oui?
�a vous serait �gal aussi
que je vous passe aux poignets cette jolie paire de bracelets
et que je vous conduise dans les couloirs de l'h�tel
devant le gar�on d'�tage, le liftier, le concierge?
Jusqu'� ma voiture qui vous conduira Quai des Orf�vres?
Mais je n'aime pas me faire remarquer.
De la part de Don Quichotte!
Oh, c'est affreux!
Vous affolez pas:
un coup d'�ponge sur la figure et Aigle blanc sera sur pieds.
Mais surtout,
pas de whisky, c'est tr�s mauvais.
Au revoir, Mademoiselle.
Chef! Je vous attendais.
Y a du nouveau!
Quoi? Du "sensationnel" et de "l'impressionnant"?
Donge est arr�t�.
- On a re�u une lettre anonyme... - Une quoi?
A-no-ny-me! Pas sign�, quoi.
Disant qu'il �tait l'assassin de Mme Petersen.
Le juge l'a fait boucler et je suis venu tout de suite
- pour vous pr�venir. - Tu as bien fait.
Et alors on lui pr�pare un interrogatoire maison
avec tous les accessoires.
Et le Donge fait une de ces gueules!
La machine � rendre la m�moire aux personnes qui l'ont perdue.
Les malins la retrouvent tout de suite et se mettent � table.
Les imb�ciles r�sistent un jour ou deux
mais nous, on a le temps.
On attendra deux heures,
dix heures,
- le temps que tu voudras. - Allez, l�ve-toi!
Viens t'asseoir l�.
On va te soigner comme chez le photographe.
Eteins!
N'aie pas peur!
C'est seulement au bout d'un moment que �a commence � piquer.
Alors, Arthur,
pourquoi as-tu tu� la dame?
- Je l'ai pas tu�e! C'est pas moi. - Tu mens!
- Je vous assure! - Bouge pas!
Regarde-moi!
Ecoute.
Si vous le permettez, je voudrais interroger ce pr�venu moi-m�me.
Mais certainement, M. le Commissaire. Si vous voulez prendre ma place.
J'aimerais bien �tre seul avec lui parce qu�� 3 contre 1,
�a me met mal � l'aise.
Alors, allez boire un coup et remontez dans un quart d'heure.
C'est un dr�le de coriace: il n'aura pas encore avou� qu'il s'appelle Donge.
- On verra bien. - Bonne chance, M. le Commissaire.
Merci.
- Cigarette? - Elles sont � l'inspecteur...
Elle te semblera meilleure.
Je ne te demande pas de me raconter ta vie.
Tu me mentirais comme tous ceux qui parlent d'eux.
C'est moi qui vais te raconter une histoire.
Une histoire de Donge.
Arthur.
Qui, il y a une dizaine d'ann�es,
travaillait dans la m�me bo�te de nuit que trois jolies entra�neuses.
Tu �tais le plus gai
mais moins laid.
Et tu �tais amoureux fou tordu d'Emilie.
Elle �tait gentille mais infid�le.
Tu en souffrais.
Tu te croyais malheureux comme les pierres
et tu passais les meilleurs moments de ton existence.
Et un jour, Petersen est arriv�.
Il a rigol� avec Emilie
qui est venue te dire un matin:
"c'est fini.
"Je vais avoir un enfant
"et Petersen va m'�pouser"
Ah non, si vous le permettez, non.
Je t'�coute.
Emilie m'a dit que Petersen voulait l'�pouser
mais elle ne m'a pas parl� de l'enfant.
Ah non, sans cela je me serais m�fi�,
je ne me serais pas laiss� d�pouiller.
C'�tait le r�ve de toute ma vie.
Je n'ai su la v�rit�
que longtemps plus tard.
Raconte.
J'avais �pous� Charlotte...
Pourquoi? J'en sais rien.
Elle non plus d'ailleurs, elle sait pas comment �a s'est fait.
Enfin...
on �tait heureux.
Et c'est elle qui un soir,
m'a appris la v�rit�
quand elle �tait certaine qu'Emilie ne m'int�ressait plus.
Je voulais pas la croire.
Et elle a d� me montrer une lettre d'Emilie
o� c'�tait �crit noir sur blanc.
Teddy �tait mon fils...
et il avait d�j� 6 ans.
Alors tout de m�me, j'ai �crit � Emilie trois fois...
quatre fois pour lui demander au moins une photo du gosse.
Pas de r�ponse.
Alors j'ai pas insist�.
Et je me suis mis...
� aimer mon fils sans rien savoir de lui.
A mon id�e.
C'est un peu triste
mais c'est merveilleux.
Ah, on s'entendait bien...
en r�ve,
le Papa Donge
et Teddy Donge.
Il me reste � vous dire
la seule chose qu'on peut retourner contre moi:
Il y a quatre jours, dans les caves du Majestic,
j'ai appris que les Petersen de Stockholm
�taient � l'h�tel.
Et j'ai �crit � Emilie
la veille du crime.
Oui, c'est �a la lettre qu'elle a br�l�e.
Une lettre sans m�chancet�.
Je lui demandais simplement
la permission de voir Teddy une fois.
Au moins... une fois.
Mais Emilie est morte
sans avoir pu me r�pondre.
Voil�.
Vous savez la v�rit�, M. le Commissaire.
Est-ce qu'on va me soup�onner pour �a?
Mais cette lettre devait contenir des reproches, des menaces
puisqu'elle s'est achet� un revolver.
La menacer?
Moi? La m�re de Teddy?
Et cette lettre d'Emilie � Charlotte
o� tout est racont�,
- elle existe toujours? - Ben, oui!
Elle est chez nous � Suresnes.
Ecoute-moi...
Entrez!
Patron, je vous d�range pas?
- Qu'est-ce que tu veux? - Moi, rien.
C'est Petersen.
Il est chez le juge d'instruction.
Il lui fait une de ces musiques.
Non, je n'�coute rien!
Je veux seulement apprendre les mots de l'hospitalit� � Don Quichotte!
Les �trangers de votre esp�ce ne sont pas commodes!
Je veux des excuses, ma m�choire veut des excuses!
Attention, n'en demandez pas trop
et n'oubliez pas que c'est vous qui avez frapp� le premier.
Ah! Vous voil�, Maigret.
M. Petersen �tait en train de me raconter
le p�nible incident de ce matin.
M. Petersen voudrait
pour liquider ce malentendu...
- Enfin, pour qu'on en parle plus... - Pr�senter des excuses.
Mais pas du tout!
C'est moi qui veux des excuses: vous m'avez fait mal.
Premi�rement, il n'est pas dans mes habitudes
de faire des excuses pour un coup de poing m�rit�.
Deuxi�mement,
il y a des choses qui font beaucoup plus mal qu'un coup de poing:
l'absorption immod�r�e du whisky quand on n'en a pas l'habitude.
Et ensuite...
Mais d'abord, laissez-moi vous poser une question:
vous aimez beaucoup votre fils, M. Petersen?
C'est une dr�le de question.
Teddy?
C'est ma vie, c'est ma joie.
Teddy, M. Petersen,
n'est pas votre fils!
Vous en aurez aujourd'hui la preuve �crite
- de la main de votre femme. - Mais qu'est-ce que vous racontez?
Ce n'est pas vrai!
Vous mentez, Commissaire!
Je ne mens jamais, M. Petersen.
Et je tiens � vous dire que votre arrogance
d�passe les limites.
Votre femme est morte, vous vous en fichez.
Que les autres se d�brouillent.
Vous �tes prot�g� par votre fortune,
par votre ambassade.
Non!
M. Petersen,
Aucune ambassade n'a le pouvoir de prot�ger contre le chagrin.
Et je le fait entrer dans votre vie,
expr�s!
Pour vous donner un peu d'humanit�.
Dites-moi que ce n'est pas vrai.
Teddy est le fils d'Arthur Donge, chef de la caf�terie de l'h�tel Majestic.
Dans l'enqu�te que je fais, je ne trouve que des gens extravagants, grotesques
mais ils ont tous quelque chose de vrai,
une blessure.
Mlle H�l�ne a la sienne.
Donge, Charlotte, Ginette, Fualdes...
et m�me cette vieille folle avec ses jacinthes et son porte-mine en or.
Mais vous, rien!
Pas �a!
Et on vous fait des m�nagements, des excuses
quand on cherche � d�couvrir la v�rit�.
J'ai eu tort, M. Maigret.
Interrogez-moi, interrogez Mlle H�l�ne,
cherchez partout comme vous voudrez...
mais dites-moi que Teddy...
J'aurais piti� de vous, M. Petersen,
si je ne venais d'entendre Donge m'expliquer
comment pendant des ann�es, il a aim� Teddy
� son id�e, dans son r�ve.
Mais d�j� vous m'�tes plus sympathique.
Je n'ose dire, Maigret,
que vous avez eu tort d'�tre aussi franc.
Mais je voudrais savoir o� vous voulez en venir.
A comprendre cette affaire.
Quelqu'un a menti ou quelque chose m'�chappe!
Mais qu'est-ce que vous allez faire?
Chercher.
Chercher en fumant ma pipe.
En me promenant.
En �coutant la musique.
Car les lettres anonymes pour d�brouiller une affaire compliqu�e
ne valent rien.
Tandis que la musique...
peut aider.
Bonsoir, Messieurs.
Vous avez une opinion, Chef?
A quel sujet?
L'assassin de Mme Petersen, vous savez qui c'est?
Non, aucune id�e et �a m'est compl�tement �gal.
L'important de cette affaire est ailleurs.
C'est Teddy le point central.
Et � ton avis,
� qui revient l'enfant?
A son p�re qui l'adore
et qui fera tout pour l'�lever comme un bon petit Fran�ais
ou � l'�tranger qui l'adore aussi
qui en fera un homme � la mani�re de son pays?
Il me semble, Chef,
que nous avons assez d'ennuis pour d�couvrir les coupables sans encore...
compliquer notre m�tier avec des...
des �-c�t�s psychologiques.
Quoi?
Des �-c�t�s psyc-hologiques.
L'un est riche.
L'autre est pauvre.
Et apr�s?
Ce qu'il faudrait savoir c'est lequel des deux aime le mieux Teddy.
Mais comment mesurer �a?
Aucune id�e, Chef.
- L'assassin, Chef... - Mais tu m'emb�tes avec ton assassin!
Cherche-le si �a t'amuse.
Non, moi j'�coute le premier violon.
Il joue tr�s bien ce gar�on-l�.
M. le Commissaire,
permettez-moi de vous pr�senter M. Delormel
qui souhaite vous dire deux mots confidentiellement.
Excusez-moi, je vous laisse.
Je vous en prie, Monsieur.
Mon collaborateur.
Croyez bien, M. le Commissaire,
que si je vais �tre indiscret,
c'est uniquement en raison de l'admiration que j'ai pour vous.
Mais non. C'est uniquement pour le plaisir d'�tre indiscret.
Allez, soyez franc.
Peut-�tre.
Je suis employ� dans une banque install�e Avenue Carnot
et nous avons parmi nos clients,
un certain Donge Arthur, commis de restaurant.
Allez! J'�coute.
Ce M. Donge est un client singulier
qui ne d�pose jamais d'argent � la banque
mais re�oit environ tous les trois mois depuis plusieurs ann�es
de l'argent de Su�de.
Ces envois nous sont faits par une banque de Stockholm
et pour le compte de Mme Petersen.
Donge a touch� de la sorte environ 4 000 couronnes.
Et Donge a touch� cet argent?
Il reste � son compte
31 francs et 20 centimes.
- Qu'en penses-tu? - Chantage.
Le pavillon de Suresnes, les meubles,
le lapin en gibelotte...
offerts par Emilie Petersen?
Alors on tient le coupable?
Il para�t mais �a m'�pate bien.
Enfin... File avec monsieur et v�rifie tout.
Rapporte-moi les dates, les comptes. Qu'on en finisse avant ce soir.
- Eh, patron! Je vous retrouve ici? - Ou dans les caves.
J'ai quelque chose � dire � mon ami, le chef des cuisines.
Le Commissaire, c'est lui!
Il est surfait votre commissaire: il ne m'impressionne pas du tout
- Alors pour ce soir, c'est possible? - Vers 9h, certainement.
Alors, je peux y aller en toute confiance?
Les yeux ferm�s. Vous serez combien?
Deux amis et moi en cabinet particulier.
Je vous le r�p�te:
je veux que ce soit absolument merveilleux, � se mettre � genoux.
Compris. Je vous servirai quoi?
Quand je m'adresse aux artistes
je leur laisse toute leur inspiration.
M. le Commissaire, vos amis feront ce soir le meilleur d�ner de leur vie.
Eh bien, je vous remercie et je vous laisse tranquille.
Au revoir, Chef.
- Bonjour, M. le Commissaire. - Bonjour.
Qui est-ce?
C'est le rempla�ant de Donge, M. le Commissaire.
Qu'est-ce qu'il a � me regarder comme �a?
J'ai tu� personne, moi.
Alors? Je te l'avais bien dit.
C'est dr�le, �a.
Qu'est-ce qu'il va s'imaginer?
J'ai tu� personne, moi.
Entrez!
- Bonjour, M. Ramuel. - Bonjour, M. le Commissaire.
- Y-a-t-il quelque chose pour votre service? - Non. Rien.
Ne vous d�rangez pas!
J'�tais jamais venu ici, je me demande pourquoi.
Le coup d'oeil est �patant.
Le commandant � son bord.
Attention � b�bord! M�fiez-vous � tribord!
On a l'oeil sur vous.
- Dites donc, M. Ramuel. - Quoi donc?
Le rempla�ant de notre ami Donge, il en prend � son aise:
il lit son journal.
Le th� est fini
il aura un coup de feu � la fin du d�ner
et entre ces deux temps, il peut se reposer.
Ah, il fait le d�ner?
Mais notre ami Donge finissait plus t�t, lui.
Pas toujours.
Il y a un roulement pour les heures de pr�sence.
Et pendant cette pause, le commis a-t-il le droit de sortir?
Non, parce que...
il peut arriver des commandes
et l'�conome va l'envoyer aux provisions.
C'est tr�s bien ce syst�me de cage en verre.
Il vous permettait de v�rifier � chaque moment
ce que faisait Donge, n'est-ce pas, M. Ramuel?
Bien s�r, M. le Commissaire.
Mais Donge pas plus qu'un autre.
Rien ne vous �chappait, n'est-ce pas?
Donge cassait une cafeti�re, vous le voyez.
Il se grattait la t�te, vous pouviez le remarquer.
Il se taillait les ongles, il b�illait,
il faisait n'importe quoi pendant la pause,
vous pouviez le voir, n'est-ce pas?
Puisque le verre est transparent!
Bien r�pondu, M. Ramuel.
Voil� justement le rempla�ant qui sort
pour aller aux provisions chez l'�conome.
En oubliant son journal.
Tous ces petits d�tails de la vie intime d'un grand h�tel m'int�resse vivement.
- Merci, M. Ramuel. - A votre service.
M. le Commissaire,
et l'enqu�te, elle progresse?
Je pense que nous finirons ce soir.
Vous m'excusez. Pardon.
- Chef! Une affaire... - Je sais, je sais.
Parle moins vite et clairement si possible.
Les carottes sont cuites, Patron!
Le Donge est un malin, vous savez!
A la banque, il n'avait pas donn� son adresse � Suresnes,
il en avait donn� une autre.
J'ai cru, vous pensez... Au trot.
Des bureaux pour la frime.
Des gens qui louent une pi�ce juste pour recevoir leur courrier.
Et le Donge avait encore pris une pr�caution r�guli�re
il se faisait r�exp�dier ses lettres.
Je vais vous dire o�. Je l'ai not�.
A l'Agence Internationale, Patron.
Et alors, des enveloppes qui ne portaient que ses initiales.
Et au trot tu as couru � l'Agence Internationale?
Au trot? Je ne suis pas en fer. J'ai pas eu le temps.
Eh bien, allons-y tous les deux au galop.
- L'Agence Internationale? - Ouais...
- Vous avez d'autres bureaux? - Non.
Les grandes puissances n'ont pas adh�r� � votre agence.
- O� est le directeur? - C'est moi.
Vous �tes le directeur, l'employ�, le gar�on de bureau, la dactylo...
- Qui encore? - Le propri�taire.
Vous d�sirez?
Savoir ce qui se manigance ici.
Police!
Permettez? Pardon.
Elle est en r�gle.
Mais vous �tes chez un commer�ant
qui paie une patente, ne l'oubliez pas.
Votre petit commerce consiste en quoi?
C'est une sorte de poste restante avec cette diff�rence
que les enveloppes portent seulement
les initiales du destinataire qui peut venir
prendre son courrier sans avoir � pr�senter de papiers d'identit�.
C'est permis par la loi?
Je suis au registre du commerce.
Alors, adult�res, chantages, honteuses propositions...
- Quelle client�le? - En g�n�ral, tr�s distingu�e.
Vous faites un joli m�tier.
Je transmets tout simplement.
C'est pas moi qui ai fait les hommes: j'en serais pas fier.
Ni surtout les femmes,
j'en aurais honte.
Mais ces lettres portent une adresse.
Ce sont des lettres que je dois faire parvenir
� mes agents de province ou de l'�tranger pour les faire porter
dans telle ou telle ville d�sign�e par les clients.
C'est une sp�cialit� de la maison qui fait porter
du courrier dans n'importe quel coin du monde.
�a r�pond � quoi?
Un monsieur dit � sa femme que ses affaires l'appellent � Lille
quand en v�rit� il veut aller se promener � Nice.
L'Agence Internationale
fera partir de Lille des lettres �crites au pr�alable.
Toujours ignoble.
Pourquoi?
Sans moi, la pauvre femme restait sans nouvelle de son mari.
Ainsi, elle en re�oit au moins un petit mot gentil.
�a, c'est quelque chose.
Connaissez Arthur Donge?
Non.
C'est un de vos clients.
Je ne connais aucun de mes clients,
je ne connais que des initiales.
On se pr�sente au guichet et on s'annonce:
A.V., C.S., R.P....
Il y a une lettre ou il n'y en a pas.
J'�vite de regarder la personne justement
pour ne pas la conna�tre et souvent,
je remets les lettres aux dames en les appelant "monsieur"
pour qu'elles soient bien certaines de leur anonymat.
Homme ou femme, �a je ne sais pas
mais pourriez-vous reconna�tre quelqu'un qui s'est pr�sent� ici 5 ou 6 fois
et qui r�pond aux initiales de A.D.?
Je ne veux surtout pas �tre m�l� � ce genre d'histoires.
Ma discr�tion, c'est le pain de mes enfants.
Mais je vais �tre cynique comme vous.
Un peu de publicit� vous fera perdre quelques clients, �a d'accord.
Mais une immense publicit�,
qu'est-ce qu'elle vous en fera gagner!
Il y en a des gens qui voudraient conna�tre une maison comme la v�tre.
Alors devenez l'affaire Petersen et au moment des assises,
la vedette sera l'Agence Internationale
dont on explique le m�canisme dans tous les journaux de monde.
C'est une fortune que je vous apporte.
A.D., vous avez dit?
Ils ont des num�ros pour se distinguer entre eux.
Des "A.D.", je dois en avoir...
8 ou 9, hommes et femmes.
Mais je...
- je vous le reconnaitrais. - Vous �tes s�r?
Certain.
- Lucas. - Chef?
Alors ce soir � 11h,
rassemblement g�n�ral, toute la compagnie chez le juge d'instruction.
Bien, Chef!
Entrez!
- Bonsoir, M. le Juge! - Bonsoir, Maigret.
Apr�s votre d�part,
Donge a �t� repris en main un peu s�rieusement.
- Il a tout avou�. - A la bonne heure!
Avec des d�tails terrifiants.
C'est un monstre, un sadique!
Ecoutez. Donnez-moi deux costauds
et je me charge de faire avouer � Petersen qu'il n'est pas su�dois
et � Fualdes qu'il n'a jamais dans� le tango.
Mais voil� sa d�position sign�e.
Nous lirons �a ce soir vers 11h
car il y a r�union dans votre cabinet
de ceux qui avouent, de ceux qui n'avouent pas
et je me charge d'expliquer ce crime assez curieux.
Pourquoi si tard?
Je suis retenu jusqu'� 11h par un succulent d�ner
que j'offre � deux personnes: M. Petersen
et j'ose esp�rer de vous une grande faveur.
Mais vous �tes trop gentil,
- je ne sais comment vous remercier. - Non, non, il y a malentendu.
La deuxi�me personne ce n'est pas vous.
Ah... bien. Bien, bien...
C'est notre ami Donge
que je voudrais faire remettre en libert�.
- Est-ce que vous vous fichez de moi? - Je ne plaisante pas.
Nous connaitrons ce soir l'assassin de Mme Petersen.
Mais le sort de Teddy ne sera pas r�gl�.
Demain, M. Petersen filera vers la Scandinavie
et il sera trop tard pour nous occuper de �a.
C'est une question qui ne nous regarde pas.
Le jugement de Salomon concernait une affaire exactement pareille
et on en parle encore.
Vous attendez de moi que je menace de mort Teddy
pour voir qui de Petersen ou de Donge
me suppliera de lui faire gr�ce.
Non, tout est �vent�.
C'est pour savoir qui de Petersen ou Donge sera le meilleur p�re
que je vais les avoir � ma table devant des choses succulentes.
J'ai l'impression que vous devenez un peu fou.
Alors vous accorderez Teddy en prime � la meilleure fourchette?
A la moins bonne, M. le Juge.
Ils seront ce qui est en jeu:
leur fils!
Il y a de quoi en avoir la gorge un peu serr�e.
Et celui qui aimera le mieux Teddy
est celui qui mangera le moins.
Ces messieurs sont servis.
Merci.
Messieurs.
Au travail pour la bonne cause.
M. Petersen.
M. Donge.
Nous commencerons par le homard froid mayonnaise,
le cochon de lait r�ti,
faisan du Cardinal
et un tas de petites choses amusantes.
�a vous pla�t, M. Petersen?
Vous �tes d'accord, mon cher Donge?
Alors, parfait!
Parlons, si vous le voulez bien,
de la question qui nous pr�occupe.
Vous avez r�fl�chi, M. Petersen?
Tout mon apr�s-midi.
C'est la premi�re fois de ma vie que j'ai �t� aussi malheureux
et la premi�re fois que j'ai pens� si longtemps.
M. Maigret,
vous m'avez dit une v�rit� cruelle
mais j'ai d�couvert que �a ne change rien � mon sentiment.
Je n'aime pas cet enfant
� cause d'une nuit sur la Riviera
dont j'ai tout oubli�.
Sans doute que j'avais trop bu et la pauvre Emilie aussi.
Non, je l'aime � cause des dix ann�es...
que nous avons v�cues ensemble.
C'est �a qui compte et pas...
la chose de la naissance.
Mangez, Donge. C'est excellent!
Encore un peu.
Excusez-moi mais j'�coutais M. Petersen.
Voyez-vous,
entre un p�re et son fils,
ce qui compte ce sont les liens qui s'�tablissent
fond�s sur la confiance,
sur l'amiti�.
Teddy et moi, nous avons des jeux � nous.
Nous avons un langage � nous.
Ce qui existe entre lui et moi
ne nous a pas �t� donn� par autrui,
c'est nous qui l'avons fait nous-m�mes.
Non, voyez-vous, M. Maigret,
s'il n'�tait pas mon fils,
il l'est devenu.
Voil� ce que je pense.
Mangez, M. Petersen. Je vous en prie.
Je sens que Donge a quelque chose � nous dire.
Si vous le permettez,
M. Petersen parle d'une mani�re tr�s gentille,
qui nous �meut,
mais il escamote la v�rit�.
La paternit�...
commence plus t�t qu'il ne croit dans l'amour.
Il faut d'abord aimer une femme
et l'aimer au point de vouloir un enfant
o� un peu d'elle et de soi seraient m�l�s.
Vous rigoliez sur la Riviera.
Moi, je l'aimais Emilie.
Moi, je me souviens de tout.
Et cet enfant,
je le d�sirais de tout mon coeur.
Le p�re, M. Petersen,
c'est celui qui donne la vie
en voulant la donner.
M. Petersen!
Votre homard.
Ah, pardon! Excusez-moi. J'�coutais M. Donge.
Pourquoi reparler d'Emilie?
Evidemment je ne l'aimais pas.
Mais je ne fus que plus honn�te en l'�pousant.
Et tout d'un coup, j'ai chang� ma vie.
J'�tais un fils � papa comme vous dites
et en arrivant � Stockholm,
je me suis mis au travail pour Teddy.
J'ai fait construire une villa merveilleuse.
Pour Teddy.
J'ai pas divorc� � cause de Teddy.
Mais quand je me penchais sur son berceau le soir,
c'est � moi qu'il souriait.
Pas � M. Donge.
Et personne n'a le droit de nous s�parer
� cause d'une vieille histoire dont plus personne ne se souvient.
Except� M. Donge.
Alors Donge, allez-vous manger?
Moi, M. Petersen,
j'ai pass� toute ma vie dans les caves
parce que les directeurs me trouvaient trop laid
pour approcher la client�le.
Moi, je n'ai pas de villa merveilleuse
et j'aurais d� mettre le berceau du petit dans ma cuisine.
Mais je vous garantis,
en voyant ma t�te pas distingu�e,
Teddy m'aurait souri...
tout comme � vous.
Mais vous n'aimez pas le homard, M. Petersen?
Et vous non plus, mon cher Donge?
Ma�tre d'h�tel, vous pouvez desservir.
Ces messieurs se rattraperont sur le cochon de lait.
Je suis de plus en plus embarrass�.
Lequel de vous aime le mieux Teddy?
�a, je n'en sais rien et nous le saurons probablement jamais.
Non, je pense que la question doit �tre pos�e autrement.
Avec lequel de vous deux,
- Teddy sera-t-il le plus heureux? - Avec moi!
Et pourquoi?
Parce que...
Oh, excusez-moi... Il n'y a pas de raison.
C'est un cri qui m'est parti du coeur.
Et vous, Donge, vous pensez le contraire.
Je remercie M. Petersen de ne pas avoir dit sa raison
qui saute aux yeux.
M. Petersen...
est plus riche.
Excusez-moi si je vous ai offens�.
Non, M. Petersen, vous ne m'avez pas offens�.
Votre r�ponse est juste.
Et l'on interrogerait 100 personnes honn�tes,
elles r�pondraient comme vous
avec la m�me petite h�sitation.
Car ce n'est jamais tr�s fin d'accorder
tant d'importance � l'argent.
Il en a beaucoup.
Tellement, que moi-m�me, M. Petersen,
je suis de votre avis.
Alors...
faites le bonheur de Teddy.
Vous le pouvez.
Vraiment, Donge?
Vous renoncez?
M. Maigret,
il y a si longtemps que j'ai renonc�.
Reprendre un enfant
qui est d�j� grand,
qui a ses go�ts,
ses habitudes,
je n'ai jamais pens� que c'�tait possible.
Et puis...
j'aurais trop peur de le d�cevoir.
La seule chose que je demandais dans ma lettre � Emilie,
c'�tait de le voir...
une fois.
Que je sache au moins...
la couleur de ses yeux.
Alors tu viens d'une autre tribu?
Oui.
Et tu t'appelles comment?
Comment je m'appelle?
Pied nickel�.
C'est un joli nom.
- Tu veux que je me couche? - Oui.
Bon. Mais le soir quand je suis sage,
mon p�re me donne une pi�ce d'une couronne en or.
pour ma tirelire.
Donne et je serai gentil.
C'est que je n'ai pas de couronnes.
Je ne sais pas combien �a vaut.
Attention! Me vole pas.
Attends.
Je vais te donner quelque chose
de beaucoup mieux.
C'est un napol�on en or.
C'est mon p�re qui me l'a donn�.
Et tu vois...
je l'ai toujours gard�.
J'esp�re que tu feras la m�me chose
- en souvenir de... - En souvenir de Pied nickel�.
Maintenant, je me couche
et toi, tu me racontes une histoire.
Quelle histoire?
Celle que tu veux mais pas trop longue
parce que je m'endors tr�s vite.
Assieds-toi l�.
Maintenant, raconte.
C'est que je ne connais pas les histoires
qui amusent les petits Su�dois.
Pourtant, connais-tu l'aventure
du pauvre b�cheron?
Non.
Eh ben, voil�.
Une nuit si sombre
qu'on ne voyait rien � dix pas devant soi
et o� soufflait un vent glac�...
C'est une histoire terrible.
Donne-moi la main ou autrement j'aurai peur.
Dans la nuit froide,
un pauvre b�cheron rentrait chez lui.
Il �tait tr�s fatigu�
d'avoir travaill� toute la journ�e.
Mais il pensait qu'en arrivant
il se trouverait devant un bon feu de bois
et que sa femme Charlotte
et son petit gar�on Toto
l'attendaient.
Et �a lui donnait...
un grand courage.
Tout � coup...
Eh ben?
Eh ben, tu dors?
Oeil de faucon.
Alors �a c'est bien pass�?
Et maintenant, Donge, il faut partir.
Le juge d'instruction nous attend.
Voil�, M. le Commissaire.
Enrico?
Ma P�richole.
Je n'ose plus parler devant le consul.
La Hollande est un trop petit pays qui ne fait peur � personne.
Mais vous,
- appelez votre ambassadeur - Quel ambassador?
- Celui d'Argentine! - Ah, c'est vrai.
Non, mais � 11h du soir,
peut-�tre il est couch�.
Peut-�tre il est sorti.
C'est mieux de patienter.
Cette com�die va se prolonger longtemps?
Mais Madame, je suis comme vous, j'attends ces messieurs.
Vous croyez que �a m'amuse?
- Bonsoir, M. le Juge. - Bonsoir, M. Petersen.
Excusez-nous mais nous avons eu un d�ner.
Je sais, n'insistez pas.
- Le commissaire n'est pas avec vous? - Il nous suit de pr�s.
Alors Messieurs, si vous voulez bien prendre place.
Si tu savais comme j'ai peur!
T'inqui�te pas. Maintenant, Maigret, c'est un ami.
Tout le monde est l�?
- On attend plus que vous. - Et ce monsieur.
Entrez, mon cher.
Et que personne ne bouge, hein!
Suivez-moi, mon cher directeur.
Et regardez bien madame.
Non.
En voil� des fa�ons! Me regarder dans le blanc des yeux et dire "non".
Taisez-vous!
Et ce noble signor?
Non.
Ce gentleman?
Non.
Cette demoiselle?
Venez par ici.
Cette dame?
Non.
Et dernier espoir, supr�me pens�e,
ce monsieur?
Non.
Mais alors, l'assassin de Mme Petersen,
o� est-il?
Il n'est pas l�.
Vous m'aviez promis qu'� 11h, tout serait termin�!
M. le Juge, il est 11h moins une,
nous avons le temps.
Mais je refuse de vous faire languir.
Mesdames et Messieurs,
regardez-moi bien.
Je n'ai rien dans les mains.
Rien dans les poches.
Et comme la pendule
donne le premier coup de 11h,
je vous r�v�le l'assassin. Le voici!
M. Michaud.
Connaissez-vous ce monsieur?
Oui.
Depuis deux ans,
il vient � l'agence tous les trois mois
retirer une lettre
qui lui parvient aux initiales "A.D.".
J'avoue que je n'y comprends plus rien.
Moi non plus! Mais je trouve �a passionnant!
Taisez-vous!
Voil� l'explication.
Ramuel, du haut de son observatoire,
voyait Donge remplir les cafeti�res.
Casser les soucoupes.
Se gratter la t�te.
Il le voyait aussi �crire.
Un jour, intrigu� par cette correspondance,
pendant que Donge �tait aux provisions chez l'�conome,
il s'est approch�.
Il a lu la lettre interrompue.
Il a compris.
Il a fait chanter Mme Petersen.
Mme Petersen, de peur du scandale,
ou de peur que son mari demande le divorce,
a eu peur.
Et pendant deux ann�es, elle a envoy� l'argent
et Donge a eu un joli compte en banque
sans jamais s'en douter.
Comprenez-vous?
Rien de tout cela n'explique le crime.
Nous y arrivons.
Nous y voil�, M. le Juge.
Donge, par hasard,
apprend que la famille Petersen est descendu au Majestic.
Il �crit � Mme Petersen.
Comment? T'as �crit � Emilie?
Ah, laisse donc et �coute.
N'en veuillez pas � votre mari.
C'est un brave homme.
Un tr�s brave homme.
Mais Mme Petersen, � cause des d�p�ches,
le prenait pour un ma�tre chanteur.
Elle voulait aller au rendez-vous pour r�gler une fois pour toute cette question
mais elle avait peur.
D'o� son �nervement, l'achat du revolver...
Et le matin vers 6h,
le coeur battant,
elle traverse l'h�tel encore endormi.
Vous d�sirez, Madame?
Je voudrais parler � M. Donge.
M. Donge, le cafetier?
Oui.
Il est en retard de quelques minutes mais enfin si vous voulez l'attendre.
Il va venir beaucoup de monde ici?
Il va venir...
les cuisiniers, les commis, les gar�ons, tout le personnel, quoi.
Je ne pourrais pas rester.
Mais voulez-vous dire � M. Donge que je l'ai demand�?
De la part de qui?
Mme Petersen.
De Stockholm?
Comment savez-vous?
C'est � dire que Donge est mon ami
alors il m'a parl� souvent de vous.
Il y a des ann�es.
Alors �a m'est revenu.
Mais �coutez. Voulez-vous venir l�.
Il y a un endroit o� vous ne serez pas d�rang�e.
Donge va venir d'un instant � l'autre
alors ce serait trop b�te de vous manquer.
Mais...
- O� me conduisez-vous? - L�, l�, au vestiaire.
C'est l� que Donge ira en premier.
Vous ne serez pas d�rang�e. Vous serez tranquille.
Je ferais mieux de...
de revenir.
Je vous en prie, Madame. Faites-moi confiance.
Pardon.
Si Donge n'avait pas crev� un pneu,
rien ne serait arriv�.
Ramuel, devant Mme Petersen,
a tout de suite compris qu'il allait �tre d�couvert.
Qu'il �tait perdu.
Il a jou� le tout pour le tout.
- N'est-ce pas, Ramuel? - Oui, M. le Commissaire.
Vous savez tout maintenant.
Merci, M. Maigret.
- Et sans rancune? - Sans rancune.
M. le Juge, pour vous prouver ma reconnaissance,
je voudrais offrir � la police fran�aise un ch�que de 1000 couronnes.
Vous permettez?
- Je ne sais comment vous remercier... - C'est tr�s facile.
En m'offrant ce sandwich.
Apr�s le d�ner formidable que vous venez de faire?
Mais je vous en prie.
On nous a servi des choses merveilleuses, vraiment uniques.
N'est-ce pas, M. Donge?
A ne jamais oublier.
Et pourtant M. Petersen et moi,
nous n'avons rien mang�.
Rien.
Oh, pardon! Je vous oubliais.
Excusez-moi.
Acceptez la moiti�.
Non, je vous remercie, M. Petersen.
Non, mais pour moi...
rien n'est chang�.
Je ne pourrai pas.
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