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Original subtitles

WOODY ALLEN'S WONDER WHEEL

Coney Island, années 50...

la plage, la promenade...

Un joyau jadis lumineux

dont l'éclat s'est terni au fil des marées.

L'été, je travaille sur Bay 7.

Mais à l'automne, je prépare à l'université de New York

une maîtrise sur le théâtre européen.

Je suis Mickey Rubin.

Poète de nature, je rêve de devenir écrivain.

Un auteur de grandes pièces

qui surprendra le monde avec un chef-d'oeuvre profond.

Mais venons-en à mon histoire.

J'en suis un des personnages

tantôt poète usant de symboles

tantôt dramaturge préfèrant le théâtre à la vraie vie.

Acte 1, scène 1. Carolina.

Amuse-toi.

Pardon.

Où pourrais-je trouver Humpty Javelin ?

Il tient le manège de chevaux. Il travaille le soir.

Vous avez son adresse ?

Il habite dans le coin. Demandez donc à Ginny.

- Ginny ? - Sa femme.

Elle travaille chez Ruby, le resto de fruits de mer.

Là-bas, au bout.

Merci.

- Pardon... Ginny est là ? - Oui, c'est moi.

- Je suis Carolina. - Qui ?

Carolina, la fille de Humpty.

Mon dieu !

Ça va lui faire un choc.

Je m'en doute un peu, mais il fallait que je vienne.

Je n'avais pas d'autre choix.

Je vais être franche.

Ça ne va pas pas lui plaire.

Vous êtes sa femme ?

Pourquoi vous me regardez ?

Je ne vous voyais pas aussi jeune.

Vraiment ?

Je ne suis plus très jeune.

Je pensais à ma mère.

A sa mort, elle avait les cheveux gris.

Je lui ressemble.

Humpty sera là dans une demi-heure.

Il est allé pêcher sur la jetée de Sheepshead Bay.

Je croyais qu'il était parti dans le New Jersey.

Non, on s'est fait virer de là.

Mais je ne t'apprends rien sur ton père.

Il avait picolé et saccagé le couloir de l'immeuble.

Vous devez vous y faire à ce bruit.

Non, impossible. Je déteste ça.

Toute cette fête foraine.

C'est là-haut.

C'était une baraque à monstres. Il a fallu tout retaper.

J'espère qu'il ne sera pas en colère en me revoyant.

Et qu'il ne me mettra pas dehors.

Je ne sais pas où j'irai.

Je n'ai rien à mon nom. Je n'ai pas un sou.

Ce foutu boucan !

Je ne m'y ferai jamais.

Ma tête va éclater.

Mon gamin a des problèmes à l'école en ce moment.

- Il est de mon père ? - Non, de mon premier mari.

N'aie jamais d'enfant.

J'ai mal à la tête.

Je souffre de migraines.

Si vous détestez Coney Island, pourquoi ne pas déménager ?

Que Dieu t'entende.

L'argent, ma belle.

Le pognon, le nerf de la guerre.

Ginny ! La pêche a été bonne.

Du carrelet, du turbot...

Des crabes...

Qu'est-ce que tu fous là ?

Je t'avais interdit de remettre les pieds chez moi.

J'ai des ennuis, j'ai nulle part où aller.

Tu l'as laissée entrer ?

Bon dieu !

J'y crois pas.

- Allez, casse-toi. - Je ne peux pas.

S'ils me trouvent, ils me tuent.

Humpty, écoute-la d'abord.

- Mêle-toi de tes oignons. - J'ai la tête en marmelade.

- Tu devais parler à Ritchie. - Je l'ai fait.

Frank veut me tuer. Je suis partie sans rien.

Je n'ai pas de vêtements, j'ai dormi sous la pluie.

J'ai un contrat sur moi. Ils vont me tuer.

C'est ce qui arrive quand on a un mari gangster.

Ils ne vont pas venir ici ? Je ne veux pas d'ennuis.

Vous n'avez pas compris ? Ils vont me tuer!

Il y a un gosse ici. Ce n'est pas notre problème.

C'est bon, on se calme.

- Donne-moi à boire. - Non, sois gentil.

Il faut que je boive.

Non mais c'est pas vrai !

Pas d'alcool ! Je te fais du café.

C'est pas vrai.

T'espérais quoi en te mariant avec ce voyou ?

J'avais vingt ans, j'étais naïve.

Je regrette.

Pourquoi tu ne vas pas à la police ?

Je leur en ai déjà trop dit.

Comment ça ?

Ils m'ont menacée de cinq ans de prison si je ne coopérais pas.

Parce que tu sais des choses ?

T'es au secret de leur trafic ? Depuis quand ?

Justement.

Quand on est marié à l'un d'eux, on est forcément au courant.

Putain de merde !

Je t'avais mise en garde contre ce voyou !

Je t'avais dit que c'était un tueur.

Elle s'est laissé embobiner.

Il n'était même pas beau.

C'était une raclure.

- Donne-moi à boire. - N'y compte pas.

Ça commence à bien faire.

Tu te calmes.

Elle avait l'embarras du choix parmi les jeunes du quartier.

Des gamins convenables.

On l'a bien élevée.

Ta mère et moi, on s'est saignés pour que t'ailles à la fac.

Et tu n'y pas allée.

T'as tout envoyé balader.

Une belle fille comme toi.

C'est ton choix.

J'aimais Frank.

Les autres, je les trouvais tristes et ennuyeux.

Des hommes honnêtes, tous autant qu'ils étaient.

Bon sang !

La dernière volonté de ta mère

sur son lit de mort

c'était que tu quittes ce vaurien de Frank Adatto.

Mais tu ne voulais pas me faire ce plaisir.

Tu ne voulais pas la laisser mourir en paix.

Je l'aimais.

J'avais vingt ans, j'en demandais plus.

Plus ?

Plus de quoi ?

Bon sang, Humpty ! On peut nous entendre.

Te mêle pas de ça.

Tu as perdu la tête, c'est tout.

T'étais perdue dans les nuages à cause de ce crâneur de Rital.

Tu crois que j'avais pas vu qu'il trimbalait un flingue ?

Il sait que t'es venue ici ?

Non, c'est le dernier endroit auquel il pensera.

Il sait ce que tu m'en veux.

Il me déteste parce que je lui ai dit ma façon de penser.

Bon sang.

Je comptais sur toi à la mort de ta mère.

J'étais perdu.

Tu m'as lâché pour cette ordure.

Il ne pensera donc pas que je suis ici.

Il sait qu'on ne se parle plus et qu'on est fâchés à mort.

S'il se pointe, je le tue.

Ne dis pas ça, je veux pas d'ennuis.

Je suis à bout de nerfs. Tu devrais te calmer.

Ça va.

Me dis pas ce que je dois faire ou pas.

C'est ma fille.

Tu étais la lumière.

La lumière de ma vie.

Tu sais que tu m'as manqué ?

J'ai la fringale tout d'un coup.

Nettoie les poissons, Ginny.

Je vais faire un ragoût.

Faire la cuisine me calme les nerfs.

Nettoyer les poissons ? J'ai mal à la tête.

Nettoie les poissons, Ginny.

Et pense à envelopper les abats.

La dernière fois, y en avait plein par terre.

Tu te souviens, les gâteaux que je faisais ?

Des cookies avec des copeaux de chocolat ?

Je mettais un peu de sel dessus.

Tu es en retard et tu as encore fait des bêtises.

Tu peux tuer quelqu'un avec tes feux.

Tu es cinglé ou quoi ?

Tu vas finir par blesser quelqu'un.

Qu'est-ce qui te prend de faire des feux ?

T'as l'air tout heureux. T'as décroché le bon numéro ?

Mieux que ça, mes navires sont rentrés au port.

- Bonne soirée à ton manège. - A toi aussi.

Elle va rester combien de temps ?

J'en sais rien.

Elle pourrait travailler dans ton restaurant.

Tu crois que c'est une bonne idée ?

Ils ont besoin d'une serveuse.

Oui mais elle est traquée. Et si elle allait ailleurs ?

Où ça ?

Loin d'ici... Au Mexique ?

Tu es folle ?

Elle ferait quoi au Mexique ?

Ils ne viendront pas. Elle est bien ici.

Ils croient qu'on est fâchés.

Mais c'est fini, les nuages sont loin.

Je ne veux pas voir surgir des types, j'ai un gamin.

T'inquiète pas pour lui, tant qu'il ne se brûle pas

et qu'il ne tue personne.

C'est un gamin caractériel.

C'est sa mère qui l'est.

Qu'est-ce que tu insinues ?

Quand je pense que Carolina va faire serveuse.

Dieu merci, sa mère est morte.

Il n'y a rien de mal à être serveuse.

Ce n'est pas non plus ce que je voulais faire.

Dis, tu veux venir pêcher vendredi soir ?

Chacun amène sa femme.

Je n'aime pas la pêche.

Combien de fois faut-il te le répéter ?

Tu n'aimes ni la pêche, ni le bowling, ni le bateau.

Tu aimes quoi ? La radio et le cinéma.

T'es toujours plongée dans tes foutues revues de cinéma.

Je suis inquiète pour Ritchie.

Si tu veux mon avis, il va provoquer une catastrophe.

Te voilà ! Je m'en doutais.

- Pourquoi tu n'es pas à l'école ? - Je voulais voir ce film.

C'est le dernier jour.

Tu as manqué trop souvent.

C'est pour ça que je t'ai mis en classe d'été.

Ils m'ont encore demandé si tu n'étais pas malade.

- J'aime pas l'école. - Ce n'est pas la question.

Moi non plus je n'aime pas servir au restaurant.

Mais il faut bien manger et payer le loyer.

On est bien obligé.

Je veux voir le film.

Tu as payé avec quoi ?

J'ai pris 50 cts dans le pantalon à Humpty pendant qu'il dormait.

Tu voles ton père ?

C'est pas mon père et je le déteste.

Je t'interdis de dire ça. Il m'a sauvé la vie.

C'est quelqu'un de bien.

- Pourquoi il te déteste ? - Mais pas du tout.

Quand il a bu il déteste tout le monde.

Mais il ne boit presque plus.

Je ne peux pas discuter, j'ai du travail.

Va à l'école, d'accord ?

Si je t'attrape encore avec des allumettes...

Voilà le problème, le gamin aime faire des feux.

Et pas des petits.

Il fait l'école buissonnière

et allume même des feux sur la plage où c'est interdit.

Que voit-il quand il contemple les flammes ?

Est-ce la puissance éternelle de l'univers ?

La transformation de la masse en énergie ?

Les furies à l'oeuvre ?

Quoi qu'il en soit, ce n'est guère apprécié.

C'est quoi, le conditionnel ?

Mon dieu, Ritchie, j'ai oublié.

J'étais peu attentive à l'école et c'était il y a longtemps.

Tu détestais l'école.

Non, ça me plaisait.

Mais on était pauvres et j'ai dû arrêter.

Il a fallu que je travaille.

Mais j'avais des dispostions.

J'étais plutôt douée.

J'étais une jeune actrice très prometteuse.

Si tu m'avais vue dans un de ces spectacles!

Je vais te montrer ce que je portais.

- Encore ? - Quand je jouais Dulcie.

Je t'ai déjà tout montré mais tu ne fais jamais attention.

Je portais ça pour Dulcie, mais c'est un faux.

- Je l'ai déjà vu. - C'est beau, non?

Je peux te montrer aussi...

Celui de la comédie musicale ?

J'avais une voix fantastique. J'aurais pu avoir le rôle principal.

Celle qui l'a eu était énorme.

Je chantais mieux qu'elle.

C'est là que t'as rencontré papa ?

Oui.

Ton vrai père était batteur.

Il jouait du jazz.

Il était parfait dans le rythme.

Il était vraiment fantastique.

Il avait les cheveux bruns

et les yeux verts.

Où est mon père, mon vrai père ?

Je te l'ai dit cent fois : parti.

Les jours de pluie sur la plage

je suis en congé.

Personne ne se baigne par temps d'orage.

Autant vous le dire tout de suite

j'ai une liaison avec Ginny, la femme de Humpty.

Je vais tout vous raconter.

Ça a commencé au début de l'été.

Je ne connaissais ni Humpty, ni Ginny.

A la fin d'une journée orageuse, il s'était mis à pleuvoir.

Les derniers traînards s'en allaient.

Soudain cette femme intéressante est venue marcher sur la grève.

Le dramaturge en moi perçut son désarroi.

Tout son corps disait sa fragilité et son désespoir.

Mademoiselle.

Vous ne pouvez pas rester là.

Il faut se mettre à l'abri.

Ils ont annoncé de la foudre.

Je dois faire évacuer la plage.

J'ai été partout dans le monde.

J'ai d'abord étudié à New York.

Mais quand j'ai démarré, les Japs ont attaqué Pearl Harbour.

Une fois démobilisé je suis retourné à la fac.

Et je travaille pour finir ma maîtrise.

Mais je ne regrette pas ces années dans la marine.

J'ai vraiment vu le monde. Vous avez voyagé ?

Pas vraiment, il n'existe pas d'endroit magique.

Savez-vous ce que j'ai vu de mieux ?

- Quoi ? - Bora Bora.

J'en ai entendu parler.

C'est vers Tahiti, là où Gauguin est parti peindre.

L'eau est limpide, immaculée.

On peut y voir des poissons éclatants de couleurs.

Des rouges, des jaunes.

Les fleurs sont incroyables.

La nuit on voit des étoiles comme nulle part ailleurs.

On arrive à lire à leur simple lueur.

Que voulez-vous écrire ?

Des pièces sur la vie humaine.

De grandes tragédies où les personnages sont le jouet

d'une faiblesse fatale.

Par exemple ?

Ma faille tragique à moi, c'est d'être trop romantique.

Vous connaissez l'expression "coeur d'artichaut"?

On est responsable de sa propre tragédie, selon vous ?

Non, il y a la part du destin.

Mais nous décidons presque toujours de ce qui nous arrive.

Ce qui m'arrive est de ma faute.

C'est ce que je me suis dit en vous voyant.

Elle est jolie, mais elle porte en elle une faille tragique.

J'ai commis une erreur.

Il y a des années de cela.

Je ne la referai plus.

Il faut que j'y aille.

Vous reviendrez sur la plage ?

Oui, c'est possible.

T'es allée où aujourd'hui ? T'es rentrée tard.

Me promener sur la plage.

Ça te ressemble pas.

J'étais d'humeur bizarre.

Tu veux aller au Yankee Stadium dimanche voir les Red Socs ?

Je te l'ai dit déjà cent fois, je n'aime pas le base-ball.

Tu y allais pourtant.

Je faisais juste semblant pour toi.

Tu veux venir ? J'ai un billet en plus.

J'ai envie d'aller au cinéma.

Tu sais quoi ?

Tu vas t'abîmer les yeux avec tous ces films.

T'es comme ta mère.

Elle entend des conneries à la radio

elle croit que c'est vrai.

Je veux être honnête avec toi, Mickey.

Je suis mariée.

Je suis une femme mariée.

Je veux être honnête avec toi, Mickey.

Je suis une femme mariée.

Je suis mariée, Mickey.

C'est drôle d'imaginer ça, tu n'as rien demandé.

Ça me met dans une situation embarrassante.

Ça me met dans une situation embarrassante.

Tu as vu juste.

J'ai parfois envie de tout foutre en l'air.

J'ai même pensé me noyer.

Mais avec un gosse, ce n'est pas une chose à faire.

Et puis, tu plongerais pour me frustrer d'une mort théâtrale.

Te voilà prise au piège.

Ginny est bien retournée sur la plage.

Elle s'était fait belle.

Et je connaissais un endroit au bout de la promenade.

J'ai quelque chose à te dire.

Deux choses.

Rien de ce que tu diras ne pourra ternir cette soirée.

Je n'ai pas trente ans.

J'en ai trente-huit.

Trente-neuf.

C'est le bel âge pour une femme. J'ai beaucoup de chance.

Je suis plus âgée que toi.

La deuxième chose ?

Je suis mariée.

C'est vrai ?

J'ai un mari et un enfant de mon premier mariage.

Tu penses qu'on a tout gâché ?

Non ?

Ce n'est pas la première fois que je trouve belle une femme mariée.

J'ai gâché ma vie

en étant infidèle une fois.

Et voilà que je recommence.

Tu as provoqué ta ruine en étant infidèle ?

C'était quelqu'un que j'aimais.

Un batteur.

Son rythme impulsait la vie.

On s'est mariés et on a eu un enfant.

Il m'adorait.

Et pourtant

je n'ai pas su résister à un jeune et beau comédien.

Il n'avait pas le rôle principal

mais il m'embrassait tous les soirs sur scène

et j'ai fini par désirer ses baisers.

Je me suis retrouvée dans son lit.

Mon mari l'a découvert.

Et ça l'a anéanti.

Il méritait quelqu'un de mieux que moi.

Je lui avais brisé le coeur.

Humilié, il est parti.

Je ne lui en veux pas de m'avoir fuie aussi loin que possible.

Et quand il est parti

j'ai enfin appris ce qu'était l'amour.

Mais c'était trop tard.

Car il n'était plus là.

Et j'ai commencé à me détruire.

Je ne pouvais plus jouer, je n'avais plus la tête à ça.

J'oubliais mon texte, je loupais mes répliques.

J'ai bu.

Et j'ai perdu mon emploi.

Et Humpty, qui était lui aussi une âme en peine

m'a rencontrée dans un snack

et a déclaré que j'étais la plus jolie.

La reine du bal.

On s'est mutuellement retapés.

Ça fait cinq ans de ça et je lui dois beaucoup.

Mais si j'ai appris par mon premier mari ce qu'était l'amour

j'ai appris par Humpty ce que ce n'était pas.

Ce n'est ni de la gratitude ni de la compagnie.

Et ça n'a rien à voir avec l'amour physique

quand on a tant à donner

et personne à qui l'offrir.

L'été fut donc plutôt intense.

Et pas seulement humide.

J'avais une liaison avec une ancienne comédienne

malheureuse en ménage et en mal d'amour.

Elle inventait des mensonges pour me retrouver.

Je ne suis jamais venue à Greenwich Village.

Ce quartier compte beaucoup pour moi.

Tous les artistes et écrivains que j'aime sont ici.

Et c'est proche de la fac.

Ce n'est qu'une chambre d'étudiant.

C'est coquet.

C'est gentil de dire ça.

Quels magnifiques jardins !

Comment as-tu déniché ça ?

Je rêve de jouer dans une pièce écrite par toi.

"Pour son retour triomphal à la scène"

"Mademoiselle Virginia... "

Virginia Delorean, pas Ginny.

"Ce soir, le rôle de Juliette"

"sera interpétré par Virginia Delorean."

J'adore. C'est ton nom de jeune fille ?

Je m'appelle Westlake. Delorian est mon nom de scène.

J'ai travaillé dur pour pouvoir m'offrir des cours de comédie.

Tout ça pour finir dans le rôle de serveuse

dans un restaurant de fruits de mer.

Mais c'est de la comédie, ce n'est pas moi.

Tu crois que c'est moi ?

J'ai toujours joué la comédie et je continue.

Je ne suis pas serveuse. Je suis mieux que ça.

Je ne fais que jouer ce rôle.

Ginny.

Pardon, je dis n'importe quoi.

Promets-moi qu'on reviendra ici.

Grâce au retour de Carolina elle s'absenta plus facilement

car Humpty était trop heureux de retrouver sa fille.

Devine quel numéro est sorti aujourd'hui.

Lequel ?

Le mien.

300 dollars.

- Pour tes cours du soir. - J'en ai trouvé justement.

Bravo. J'ai pas envie de te voir serveuse toute ta vie.

C'est toi, Humpty ?

T'as le bonjour de Frank Adatto.

Il est embêté, sa femme a disparu.

On la cherche.

C'est ta fille.

C'est pour ça qu'on te rend visite.

J'ai pas vu Carolina depuis des années.

On n'était pas en bons termes.

Frank a dû vous le dire.

Je lui ai pas parlé depuis cinq ans.

Je sais rien.

J'ai perdu sa trace quand elle s'est mariée.

Vraiment ?

Sois gentil, arrête de bosser quand je te cause.

Vous avez essayé la Californie ?

Elle parlait d'aller vivre à San Francisco ou Los Angeles.

Je la reconnaîtrais même pas.

On pensait qu'elle aurait pu rappliquer ici.

Impossible, j'ai déménagé quatre fois en cinq ans.

Vous m'avez trouvé comment ?

Frank est très inquiet pour elle.

Elle n'est jamais venue ici.

Mais si je la vois je lui dirai que Frank la cherche.

Humpty, tu l'as encore frappé ?

Je t'ai dit que si je le chopais encore à me voler...

Et moi, je te dis de ne pas le frapper.

On verra ça plus tard. Je cause avec ces messieurs.

On en reparlera.

Salut.

Ma femme, mon beau-fils.

Allez-y.

- On cherche Carolina Adatto. - J'ai déjà répondu.

- La fille de Humpty. - J'ai déjà répondu.

Je l'ai pas vue depuis cinq ans.

C'est vrai, il l'a reniée.

On ne l'a jamais vue par ici. On s'en va.

C'est un pistolet ?

Il est futé. C'est très dangereux.

Vous ne la planqueriez pas par hasard ?

Pourquoi, qu'est-ce qu'elle a fait ?

Vous êtes une jolie famille.

Faudrait pas qu'il vous arrive des bricoles.

Je peux voir le pistolet ?

A plus tard, Humpty.

Rien à ajouter.

Elle n'est pas ici.

Frank savait qu'ils étaient brouillés.

Et si elle était en Californie ? On la trouvera pas ici.

Moi je la trouverai.

On va bouffer des huîtres ? Ca a l'air bon.

J'adore les huîtres.

On aura le temps ?

Cinq heures, il nous attend à Hoboken.

Il aime pas qu'on soit en retard.

John, deux bières.

- Comment vous appelez-vous? - Pourquoi ?

A quelle heure vous finissez ?

Dans pas longtemps. Je vais au cours du soir.

- Au cours du soir ? - C'est ça.

- Pour faire quoi ? - Professeur d'anglais.

- A quelle heure... - Et deux bières.

- J'ai du travail. - Pas sympa.

C'est quand, les exams ?

L'ange de la mort avait fait cap vers l'ouest

après avoir provoqué des sueurs froides.

Il fallut plusieurs jours de soleil pour décompresser.

Le parc offrait aux estivants sensations et hot-dogs.

Quand elle ne brisait pas les assiettes ou le coeur des clients

Carolina assistait aux cours accélérés du soir.

Et quand Humpty n'aguichait pas les clients sur son carrousel

il taquinait le carrelet et le turbot.

Ta femme n'aime plus la pêche.

Elle a toujours fait semblant d'aimer ça.

J'ai mordu à son hameçon. C'était moi, le poisson.

Je n'aimais pas la pluie. Maintenant je l'adore.

Parce que tu ne travailles pas.

C'est l'avantage du métier.

Je vois la pluie dans tes yeux et je trouve ça beau.

Tu serais folle de Bora Bora.

Les magnifiques couchers et levers de soleil...

J'irais partout avec toi.

Ta vie est morne avec Humpty. Pourquoi restes-tu avec lui ?

Moi et Ritchie ?

Je plaisante.

Servir les clients dans mon petit tablier

tirer de petits pourboires à des rustres...

Je sais, la vie à Coney Island est assez sordide.

Ne gâchons pas cette journée de pluie.

Parle-moi de la pièce de Tchekhov que tu as lue.

Parle-m'en, toi. Tu as joué Tchekhov ?

Je ne sais plus.

Peut-être une fois, à Baltimore.

La comédienne vedette en avait été malade.

Alors ?

Je sais qu'il a des sentiments pour moi

et que ce n'est pas juste une passade d'été.

Du moins je l'espère.

J'ai essayé de le pousser mais pas trop

pour ne pas lui montrer mon exaspération.

Ça progresse, mais c'est poussif.

Si à la fin de l'été je ne suis pas plus avancée

je ne sais pas ce que je ferai.

Tu survivras, comme tout le monde.

Non, je n'en ai pas la force.

Je ne survivrai pas, sauf pour Humpty.

Je deviens claustrophobe. J'ai des migraines.

Il faut être réaliste pour savoir essuyer les revers.

Un jardin chinois à New York n'a rien de réaliste

et c'est pourtant là que je veux être avec lui.

Comment va Ritchie ?

Ritchie ?

J'ignore ce qu'il a dans la tête.

J'adore ta coiffure. Ça te donne dix ans de moins.

Tu crois ?

J'aimerais avoir tes cheveux.

Sous la pluie, les miens me tuent.

Bonjour.

Je te présente Mickey.

C'est le maître-nageur en poste sur Bay 7.

La fille de mon mari, Carolina.

Je vais parfois me baigner à Bay 7.

C'est vrai ?

Il faut qu'on y aille.

Ne vous noyez pas à Bay 7, sinon ils me virent.

Allez, on y va.

- Enchantée. - Moi aussi.

Mignonne.

Tu aimes mes cheveux ?

Oui, c'est très joli.

J'ai vu ta fille hier soir. Elle était avec un bidasse.

Colle un uniforme à un gars, tu les rendras folles.

Je l'ai vue aussi avec un marin. Elle est très patriotique.

Elle est jolie, t'as des soucis à te faire.

Sa mère était jolie. Une vraie sainte.

Ma fille a un QI élevé. Sa mère était à la hauteur.

Moi je ne lui arrive pas à la cheville.

Elle a été mariée, elle peut se débrouiller sans toi.

Une femme divorcée se fait forcément draguer.

Elle va au cours du soir. Elle sera professeur d'anglais.

Sauf si un militaire la met en cloque.

Mes professeurs d'anglais ne lui ressemblaient pas.

Parce que t'as été à l'école, pauvre crétin ?

J'ai été formé à la dure.

Bonjour.

- Vous me reconnaissez ? - Bien sûr.

On s'est rencontrés devant le cinéma.

Oui, avec Ginny.

Vous disiez que vous veniez à Bay 7.

C'est ça.

J'étais venue me faire bronzer mais ça s'est couvert.

Ciel d'orage.

C'est quoi ?

Hamlet et Oedipe, de Ernest Jones.

Ça a l'air sérieux.

Pas tant que ça, quand on connaît l'histoire.

- Quelle histoire ? - Celle d'Hamlet, bien sûr.

Je n'ai pas lu Hamlet depuis le lycée.

- Vous avez dû voir la pièce ? - Une fois, mais sans plus.

J'aime le théâtre mais je n'ai pas vu beaucoup de pièces.

L'ignorance n'est pas un péché.

Les aléas de la vie nous font passer à côté de certaines choses.

- Vous avez fini vos études ? - Non, j'ai dû m'arrêter.

Moi aussi. L'oncle Sam.

Et vous, c'est quoi ?

Je me suis mariée trop vite. Mais c'est fini.

Le mariage est une étape importante... Effrayant !

Que fait votre mari ?

Vous n'avez pas peur que quelqu'un se noie ?

Ça n'arrive jamais ici. Mais vous avez raison.

J'ai presque fini ce livre. Je peux vous le prêter.

Et quand vous l'aurez lu, nous en discuterons.

Volontiers.

Devine qui j'ai vu hier. Le maître-nageur, Mickey.

Ah bon ?

J'allais partir quand il m'a dit bonjour.

Il était en train de bouquiner. Il est descendu bavarder.

Il est sympa.

Il est étudiant, il veut écrire des pièces.

Ca doit t'intéresser, toi qui as été comédienne.

Il avait un livre sur Hamlet, une étude psychologique.

Il m'en a parlé comme si je n'étais pas une gourde.

Il est gentil.

Vous avez parlé longtemps ?

Cinq minutes.

J'avais rendez-vous avec un gars du cours.

On est allés au ciné, mais je ne pense pas le revoir.

C'est tout ce que vous vous êtes dit avec Mickey ?

En fait, je lui trouve beaucoup de charme.

Vraiment ?

Je peux me tromper mais je crois que je lui plais aussi.

Il m'a prêté son livre pour qu'on en parle après.

Ce turbot était un régal.

Rien de tel qu'un poisson qu'on a pêché soi-même.

Y a pas que l'argent, y a aussi le fumet.

Carolina.

Carnie Ryan et Leo te trouvent ravissante.

Ils m'ont chambré sur ce militaire avec qui t'as été.

Rusty Ford ? C'est un héros. Il s'est battu à Okinawa.

Je suis quoi ici, la bonniche ?

Tu pourrais au moins débarrasser ton assiette.

Pardon, mais tu refuses toujours que je le fasse.

Parce que tu casses trop de vaisselle.

Mais tu pourrais m'aider en faisant attention.

Bien sûr, avec plaisir.

Je me faisais juste les ongles. Je vais faire la vaisselle.

- Tiens, je te cède la place ! - Elle se faisait les ongles.

Avec un mari enrichi dans le crime

t'as pas dû souvent faire la vaisselle.

Je vais la faire.

Donne-moi ça.

C'est mon rôle de serveuse.

Elle a sa crise.

Non, c'est moi, j'aurais dû lui proposer plus souvent de l'aider.

Entre mon travail et les cours, je n'y pense pas.

Contente-toi de rentrer à l'heure.

Tu es sûre que ça allait ?

Oui, pourquoi ?

Tu avais l'air distraite.

Carolina m'a dit que tu l'as abordée sur la plage.

Abordée ? Elle a failli recevoir mon bouquin sur la tête.

Elle dit que tu le lui as prêté.

Oui, ça l'intéressait.

Au lieu de lire, tu devrais surveiller la plage.

- Tu lui as parlé de quoi ? - De rien, du livre, de Hamlet.

Elle a quitté l'école pour se marier.

Avec un gangster.

Vraiment ? C'est intéressant.

Intéressant ? Ils sont à ses trousses pour la tuer.

Sois prudent, c'est un vrai danger.

Je préfèrerais qu'elle déménage.

Elle n'a jamais parlé de ça.

Elle ne risque pas de se vanter d'avoir foutu sa vie en l'air.

Ils veulent la tuer ? Tu dois exagérer.

C'est une longue histoire. Le fait est qu'elle parle trop.

C'est horrible.

Elle est jeune et jolie. Elle devrait être en lieu sûr.

L'autre jour tu ne la trouvais pas si jolie que ça.

Je ne l'avais pas bien regardée.

Mais sur la plage elle était en maillot de bain ?

Je ne sais plus trop.

Tu ne sais plus trop quoi répondre.

- De quoi parles-tu ? - Tu le sais bien.

- Qu'est-ce qui te prend ? - Elle n'est pas pour toi.

Elle est venue se planquer. Sa vie est un chaos.

Je n'ai fait que bavarder avec elle.

J'espère que tu ne lui as rien dit sur nous.

Elle le répéterait à son père, elle est bavarde.

Je ne suis pas idiot. Arrêtons avec ça.

J'ai rêvé de toi cette nuit.

Tu dis ça pour me flatter.

Je te portais secours.

Me porter secours ?

Que faire ? Je ne pouvais dévoiler mes vrais sentiments à Ginny.

J'étais tombé sous le charme de Carolina.

Un énorme coup de coeur.

Notre conversation m'avait fortement intrigué.

J'étais littéralement subjugué.

Je désirais la revoir mais ne pouvais l'avouer à Ginny.

Je ne voulais pas la blesser ni gâcher notre aventure.

Ginny est une femme émotive.

Et puis comment expliquer les choses à Carolina ?

"J'ai une liaison avec ta mère, elle trompe ton père avec moi."

Il valait mieux oublier Carolina, un beau rêve, mais un rêve.

Mais tel l'ananké grec, la fatalité dicte notre destin.

D'abord, mon livre manque de lui tomber sur la tête.

Voyez maintenant ce qui se passe.

Carolina !

Montez.

- J'allais prendre la saucée. - Je vous offre un café.

J'ai peur d'arriver en retard.

Je vais vous rapprocher le plus possible.

Je voyais ce qui se passait mais je fermais les yeux

car mon mari avait un million de femmes à ses pieds

et qu'il m'avait choisie, moi.

Ce n'était que bijoux, fourrures, Floride, champ de course, le Copa

les casinos et Cuba.

Quelle vie trépidante !

Ça a été fantastique, mais ça n'a pas duré.

Il y a eu pas mal de disputes et puis aussi des coups.

Des disputes à propos de quoi ?

N'importe quoi.

Ça a l'air exaltant, mais c'est artificiel.

Je voulais une famille et la paix.

Finalement tout s'est effondré et on s'est séparés.

Mais le FBI m'a attrapée.

J'étais impliquée, j'ai eu peur et j'ai parlé.

Parce que je sais des choses.

Ils me haïssent parce qu'ils ont peur.

Je sais où ils ont enterré les cadavres.

Quelle vie de pantouflard que la mienne !

Je n'ai qu'une culture livresque mais vous, vous avez vécu.

Vous avez connu le monde.

Mais vous avez connu le milieu.

Vous pensez devoir toujours vous cacher ?

On doit bien mourir un jour, n'en faisons pas une obsession.

Vous parlez à un maître-nageur.

Tout s'arrange quand même avec le temps.

Je suis payé pour secourir les gens.

Vous seriez en sécurité à Venise ou Bora Bora.

C'est là que je veux aller.

Je vais être en retard.

Je suis flattée que vous vous soyez confiée à moi.

Vous avez un gentil visage.

Vous avez un beau visage.

Surtout quand il est éclairé par la pluie.

Merci pour la course.

J'espère que je ne vous ai pas mise en retard.

Non, ça ira.

Ravie d'avoir fait le chemin avec vous.

Au revoir.

Tu es en retard.

Désolée, j'ai été surprise par l'orage.

Je t'expliquerai plus tard. J'ai besoin d'un conseil.

Je ne peux pas tout me taper toute seule.

J'ai des migraines, je te l'ai déjà dit.

C'est à cause du temps.

Tâche d'arriver à l'heure.

Je n'ai pas envie de toujours te couvrir.

Je suis d'habitude à l'heure.

Ça ne suffit pas, il faut de la discipline.

Une chance que Tiny soit absente.

Je pourrais te parler quand ça ira mieux ?

De quoi ?

Te demander conseil, si tu étais moins stressée.

Commence par arrêter de faire ça avec les doigts.

Je suis énervée.

Ma tête me lance, j'ai dû me taper six tables.

Je me suis farci deux grosses clientes qui m'ont éreintée.

Je suis navrée d'être en retard.

En sortant des magasins j'ai eu la pluie.

Je te rappelle que c'est un jour particulier.

Je voulais un paquet cadeau.

Ne me dis pas que tu m'as fait un cadeau.

Quarante ans, ça se marque d'une pierre blanche.

D'une pierre tombale !

Tu ne l'auras que ce soir.

Vous pouvez nous servir ?

Euh, oui.

Bonjour.

Dire que c'est mon anniversaire et qu'on n'est pas ensemble.

Je sais que Humpty a prévu quelque chose.

Je ne désire pas de cadeau

mais je n'aurais pas refusé un dîner aux chandelles.

Le tien aussi, c'est bientôt.

J'adore les Lion.

Les Lion sont chaleureux, généreux, protecteurs, beaux.

Mon dieu, je ne suis pas belle ce soir.

J'ai toujours cette migraine.

Il faut que j'y aille.

Je t'aime, Mickey.

Oui, moi aussi.

Il faut que j'y aille.

Nous te souhaitons un joyeux anniversaire.

Et ne sois pas triste d'avoir 40 ans.

Accroche-toi, car les 50 ans arrivent très vite

et tu regretteras tes 40.

Passe-le moi.

Un magnétophone. Quel appareil formidable !

J'ai pensé lui faire plaisir pour son anniversaire.

Un magnétophone comme ça, c'est pas donné.

- Il a été volé. - Comment ça, volé ?

Je l'ai acheté sur la promenade à un pauvre type.

Le genre de type

qui vous refourgue n'importe quoi pour boire.

Il a bien raison.

Je l'ai payé trois dollars.

J'avais pas de quoi m'en payer un neuf.

C'est une bonne affaire.

Ça te plaît, hein, Ginny ?

Sûr.

J'aimerais bien en avoir un.

C'est quoi cet anniversaire où on ne boit rien ?

Tais-toi, Ryan.

- Tu ne connais pas les paroles. - Bien sûr que si.

C'est pas l'heure de partir ?

Venez sur le bateau samedi. On va pêcher le flétan.

- Bah ! elle n'aime pas la pêche. - Elle peut y aller pour bronzer.

Elle ne veut rien faire. Mais restez, ne partez pas.

Ça la met en joie quand on chante ça.

Ça va aller ?

Ma tête est en train d'éclater.

Je suis contente que le foulard te plaise, il te va bien.

Merci.

Bon dieu ! quand est-ce qu'ils s'en vont ?

Mon sixième cachet d'aspirine.

Qu'est-ce que tu voulais me demander ?

Ça peut attendre. C'est au sujet de Mickey.

Le maître-nageur ?

Ça peut attendre.

Non, vas-y. Tu voulais dire quoi ?

Je l'ai rencontré aujourd'hui, il m'a emmenée en voiture.

Il a fait ça ?

Sans lui je prenais la saucée.

Il... passait par hasard ?

Ça nous a donné l'occasion de bavarder.

Je crois qu'il s'est passé quelque chose.

Comment ça ?

Il s'est montré charmant et enjôleur.

Et ça lui plaisait de m'écouter.

Il faut dire qu'il était très séduisant.

Vous faites quoi là ?

Pourquoi vous ne venez pas ?

Tu connais la chanson "Giboulées de mars"?

On était en train de discuter.

Chérie, je ne t'ai même pas embrassée pour ton anniversaire.

Tu es aussi jolie qu'à notre premier rendez-vous.

Je suis un homme chanceux.

Allez, venez nous rejoindre.

On arrive.

Pourquoi dis-tu qu'il aimait t'écouter ? Qu'a-t-il dit ?

Il m'a carrément fait du charme.

À ce point ?

On était dans la voiture, sous la pluie.

Comme dans les films d'amour.

Qu'a-t-il fait ? Il t'a pris la main?

Non, on n'a fait que bavarder.

Je lui ai parlé de Frank et de mon mariage.

Il a trouvé ça dramatique.

Tu t'es confiée à un type que tu connais à peine ?

Je sais.

Mais ça me venait tout seul.

C'est drôle.

Je me sens à l'aise avec lui, comme la première fois.

Il a eu des gestes déplacés ? Il t'a pris la main ?

Il a dit que j'avais un beau visage, éclairé par la pluie.

C'est joli, "éclairé par la pluie".

C'est un poète.

Est-ce qu'il t'a pris la main ?

Bon dieu, qu'a-t-il fait ? Il t'a touchée ?

Il t'a embrassée ?

Pourquoi t'excites-tu?

J'ai les nerfs en pelote.

Entre toi et eux et puis mes maux de tête.

Ça pouvait attendre.

Non, continue.

Il ne m'a pas touchée.

Je t'en parle parce que je voudrais savoir

si je ne me fais pas d'illusions.

J'aimerais que tu m'aides parce que tu le connais.

Comment est-il ?

C'est un beau parleur.

Si tu veux mon conseil, fais attention.

Il raconte des mensonges, c'est un baratineur.

C'est vrai ?

Il ne t'a rien fait ? Il ne t'a pas embrassée ?

- À moins que tu me le caches ? - Pourquoi je ferais ça ?

Alors, n'en parlons plus.

Je sais qu'il a une petite amie qu'il aime.

Il aurait même l'intention de l'épouser.

Je te conseille de l'éviter.

C'est triste.

Il te fera du mal. C'est ce que tu veux ?

Tu es sûre ?

Les hommes ne sont pas dignes de confiance.

Ce n'est pas à moi de le dire, moi qui ai trahi mon mari

et l'ai détruit.

Il s'est peut-être suicidé dans une chambre d'hôtel à Philadelphie.

Je ne veux pas le savoir, il a pris plein de somnifères.

Tout ça à cause de moi !

Bon dieu, quand est-ce qu'ils vont partir ?

Calme-toi, ils s'en vont.

Je le connais.

Je le connais assez pour savoir que tu n'es pas son genre.

Et il est déjà pris.

Il n'est pas libre.

D'accord.

C'est pourquoi je te posais la question.

Richie, viens dire au revoir.

Au revoir, ma chérie.

Ginny !

Bon anniversaire !

On t'attend ce weekend sur le bateau.

Je ne voulais pas t'ennuyer avec tout ça.

Pourquoi tu ne vas pas te reposer ?

Ce n'est pas parce que tu es jeune et jolie

et que tu fais tourner les têtes

que chaque homme est juste bon à prendre et à jeter.

Pourquoi dis-tu ça ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

C'est la vérité, non ?

Voitures avec chauffeur, l'hiver à Palm Beach...

Tu veux rire ou quoi ?

Quoi ?

Je suis sa mère.

Où ça ?

Aujourd'hui ?

Personne n'a été blessé ?

Personne n'a été brûlé ?

Non.

Non, je travaillais.

Non, n'appelez pas la police.

Je serai là.

À neuf heures et demie.

Merci.

Range ce foutu appareil !

- Qu'est-ce que j'ai fait ? - Tu le sais très bien !

Tu as déclenché un incendie dans le sous-sol d'un immeuble.

Mais qu'est-ce que tu fichais dans ce sous-sol ?

Ecoute-moi !

Ils ont failli appeler la police. Ton directeur nous attend demain.

Ça ne tourne pas rond chez toi ?

Tu veux tuer quelqu'un ? Tu veux mourir brûlé ?

Mon dieu, j'étouffe ici. Tout part en miettes.

Qu'est-ce qui se passe ?

Ce qui se passe, c'est qu'il va finir par tuer quelqu'un.

T'as recommencé ?

C'est quoi cette manie de faire des feux ?

Tu as perdu la raison ?

Si je te chope encore avec des allumettes, je t'éclate la tête.

Et je te ferai passer l'envie de voler.

On est trop serrés ici. Et cette bonne à rien, là !

Tu l'as gâtée, son mari l'a choyée.

Elle est nulle au travail.

Qu'elle aille se planquer au Mexique!

Elle a raison, je m'en vais.

Non, tu ne pars pas.

Tu vas aller où ?

C'est la faillite partout. On est dans la dèche.

Non, tu vas continuer à suivre tes cours.

Tu t'en iras quand tu pourras repartir du bon pied.

Elle n'aime pas servir et elle le fait mal.

Ça va.

C'est de celui-là qu'il faut s'occuper. Tu sais quoi ?

Je vais te flanquer une correction que tu seras pas près d'oublier.

Essaie seulement !

C'est lui l'incendiaire. Je n'y suis pour rien.

Qu'elle parte travailler ailleurs !

Qu'elle se mette en colocation avec une autre fille !

Comment ça ?

Elle suit des cours pour assurer son avenir.

Elle essaie d'arriver à quelque chose.

Elle ne va pas faire serveuse toute sa vie.

Elle vaut mieux que ça.

Tu es trop après elle.

Chérie, cette fille a de la classe. D'accord, elle a commis une faute.

J'ai juré de ne plus la revoir, mais je ne suis pas rancunier.

Oui, mais moi ?

Je ne veux pas non plus être serveuse.

Je ne suis pas bonne qu'à écailler des huîtres.

Tu t'emballes, ma chérie.

À chaque anniversaire, au lieu de t'amuser, tu fais la gueule.

Je boirais bien un coup.

Mais c'est impossible avec toi, tu as le vin mauvais.

Va te coucher !

Merde à la fin !

C'est bon, tu peux y aller.

Jeudi prochain, à la même heure ?

Je travaille, je vous appellerai.

Il viendra peut-être seul.

Ça ira.

Merci.

- Elle t'a plu ? - Elle était bien.

Qu'a-t-elle dit ?

Rien.

- Elle t'a bien dit quelque chose. - Elle m'a posé des questions.

- Quoi par exemple ? - Je sais pas.

- Sur quoi ? - Je sais plus.

Sur mon père, sur toi et Humpty.

Et qu'as-tu dit ?

Je sais plus.

Tu lui as dit que je t'aimais ?

Que je t'ai détraqué en trompant ton père ?

Elle en pense quoi ?

Elle doit avoir une piètre opinion de moi.

J'ai dit que mon vrai père est parti par ta faute.

Où vas-tu chercher ça ?

C'est toi qui dis ça tout le temps.

J'ai dit que tu pleures et que tu entends jouer de la batterie.

Humpty.

Il doit aller chez le docteur une fois par semaine.

C'est dix dollars la séance.

C'est pas à moi qu'il faut dire ça.

Ni à moi.

Tu as de l'argent de côté.

- De l'argent ? - Oui, beaucoup.

Tu as touché ta tombola et tu épargnes pour Carolina

en rognant sur ta paie.

Il y a aussi la voiture que tu as vendue.

C'est pour ses cours du soir.

- Elle a son salaire. - Des clopinettes, oui.

Il y a aussi ta boîte en fer. Je dois payer le psychiatre.

Je crois pas à leurs conneries.

T'as qu'à être plus sévère. Je te l'ai déjà dit.

Il me faut de l'argent.

Il a besoin d'aide.

Et ma fille ?

Je ne vais pas sacrifier son avenir à un toubib bidon.

C'est une arnaque pas possible.

C'est quoi ces cigarettes ?

Oui bon, je fume.

Ginny, allez.

Le parc bat de l'aile. Ça ne rapporte plus.

Chérie, c'est pas que je te reproche tes sautes d'humeurs.

Mais...

Je te comprends pas.

Tu es contente une minute

et puis tu piques ta crise.

Tu t'en prends sans raison à Carolina.

Elle t'aime bien.

Regarde-moi, elle t'aime bien.

Allez.

Qu'est-ce qui nous arrive ?

On devrait se parler plus souvent.

On devrait aller pêcher ensemble.

Le problème, c'est que tu te fais bouffer par Carolina.

Tu économises pour elle, tu vas pêcher avec elle

tu te fâches si elle a un copain.

Reconnais-le, tu la traites comme ta petite amie.

Tu seras foutu quand elle te larguera de nouveau.

Car elle te larguera, elle partira.

Tu veux que je dise ?

Je ne veux plus discuter avec toi.

Tu tournes en rond dans ta tête.

Et tu deviens insultante.

Tu sais que j'aime venir ici.

Tiens, ton cadeau.

Bon anniversaire.

C'est un livre, bien sûr.

Ouvre-le.

Le théâtre de Eugene O'Neill. Ça va te plaire, c'est noir.

Et il maîtrisait son propos, la nature humaine, l'existence.

- J'ai joué dans une de ses pièces. - Laquelle ? Je les connais toutes.

Le Marchand de glace est passé, pendant un été.

Je faisais une prostituée.

Quelle puissance !

Ecrire une pièce sur la tragédie de la condition humaine.

Sur les mensonges que nous nous faisons pour rester en vie.

Bon anniversaire pour tes 40 ans.

Carolina dit que tu l'as draguée.

Draguée ?

Je l'ai emmenée en voiture sous la pluie.

Inutile de mentir.

D'après elle, tu t'es garé et vous avez parlé longuement.

Vous avez badiné.

Elle a vraiment cru que je la draguais ?

Fichtre ! J'étais simplement fasciné par son histoire.

Elle a vécu une vie entière en 26 années.

Tu lui as fait des avances ?

Des avances ? Mais non. Je l'ai emmenée en voiture.

Tu lui as dit qu'elle avait un beau visage sous la pluie ?

Je ne m'en souviens pas.

Mais ce n'est qu'un compliment.

Tu sais qu'il y a un contrat sur elle.

Elle me l'a raconté, c'est effrayant.

Tu as encore envie de la revoir ?

Pourquoi me demandes-tu ça ?

C'est ce qu'elle a cru comprendre.

On est censé fêter ton anniversaire

et on bascule dans le troisième degré.

Tu ne vois pas que je suis jalouse ?

Tu n'as aucune raison de l'être.

J'espérais que nous aurions un avenir ensemble.

Oui, je sais.

Je te l'ai dit, nous en parlerons le moment venu.

Si tu lui dis qu'elle a un beau visage, que doit-elle penser ?

Que dois-je penser, moi ?

On était dans la voiture un jour de pluie.

Cette lumière aurait été douce avec n'importe quelle femme.

Cette conversation prend une drôle de tournure.

Je suis rongée par la jalousie.

Reprenons cette journée à zéro.

J'espère que mon cadeau te plaît.

O'Neill était grand.

Grand et terrifiant.

Bien sûr, je me sentais très mal.

J'avais besoin d'en parler avec plus avisé que moi.

J'ai appelé mon ami Jake Jacoby

qui fait son doctorat au département de philosophie.

Ça n'a pas de sens parce que tu n'es pas dans le signifiant

mais dans le sentiment.

Le sentiment, mon cher, est une autre paire de manches.

Cette affaire est totalement irrationnelle.

Je vois cette femme mariée depuis le début de l'été.

Et elle se voit quitter son mari pour partir avec moi.

Divorcer pour se marier avec moi est son voeu le plus cher.

Tantôt je m'y vois, tantôt non.

Elle est plus âgée que moi et ça me plaît.

Ça correspond un peu au côté romantique d'une vie d'écrivain.

Mais elle est plus que ça.

Alors pourquoi suis-je hésitant ?

Je doute et suis pourtant prêt à faire ma vie avec elle

et lui porter secours.

Peut-on se fier à cette Carolina ?

Elle a tout de même été avec des gangsters

par simple besoin de sensations fortes.

En a-t-elle tiré une leçon ?

L'autre ne serait-elle pas un choix plus sûr ?

Quand je t'entends le dire, je me dis que oui.

Ginny compte sur moi, elle se noie.

Et elle te vouera une reconnaissante éternelle.

Après tout, un amour comme celui qu'elle te porte

est un don très précieux pour un homme.

Comme tout devient limpide grâce à un regard extérieur !

Une brume s'était dissipée et mon choix devint évident.

Carolina n'était qu'un doux rêve éveillé

tandis que Ginny, quoi qu'on en pense, appartenait au réel.

Mes plans pour séduire Carolina me parurent absurdes.

Je décidai de tirer un trait définitif sur ce rêve fou.

Mais comme dit Jake, le coeur a ses hiéroglyphes.

Sans doute a-t-il raison.

Bonjour !

Je voulais vous dire un truc.

Oui ?

J'ai pensé à vous hier, vous qui aimez les pizzas.

Quelqu'un m'a emmenée dans une excellente pizzeria à Brooklyn.

J'ai pensé que ça vous plairait.

Votre petit ami ?

C'est le Capri, à quelques rues de la promenade.

Je vous y emmène ?

Je suis très prise en semaine par mes cours.

Vendredi soir ?

Vendredi, ça ira.

Ce n'est pas mon petit ami.

Bonjour, madame.

- Vous l'avez toujours ? - Mais oui.

J'ai la somme.

Vous pourrez le graver ?

Bien sûr, que voulez-vous mettre ?

Je suis contente qu'on ait pu s'échapper quelques minutes.

Personne ne nous verra ici, c'est très privé.

Je voulais te parler.

Non, moi d'abord.

N'aie pas peur, c'est une bonne nouvelle.

Quoi ?

Je t'ai manqué ?

Tu étais accaparée par ton fils.

Je ne te demande pas ça. Est-ce que je t'ai manqué ?

Pourquoi es-tu toujours évasif ? Tu ne veux jamais parler de rien.

Bon, reprenons calmement.

La semaine dernière, c'était mon anniversaire.

Aujourd'hui, c'est le tien.

Comment le sais-tu ?

C'est toi que me l'as dit.

Souviens-toi, on est Lion.

Ca ne date pas d'hier. Quelle mémoire !

- Qu'est-ce que c'est ? - Je t'ai fait un cadeau.

Tiens.

Mon dieu !

Tu ne peux pas faire ça.

- Pourquoi ? - Ce n'est pas bien.

- Tu m'as bien offert un cadeau. - Oui, mais ce n'était qu'un livre.

Je ne peux pas l'accepter. C'est beaucoup trop cher.

- Comment le sais-tu ? - Je me suis informé.

J'étais avec toi.

Cette montre vaut 500 dollars.

- Mais tu la voulais. - Oui, mais c'est de la folie.

- C'est au-dessus de tes moyens. - Ça me regarde.

Néanmoins, c'est de la folie, surtout que...

Surtout quoi ?

C'est une montre de luxe. Tu n'aurais pas dû.

Pourquoi ? Tu as peur que ça t'engage ?

Mon dieu, tu l'as fait graver.

Lis.

Ecoute.

Il faut qu'on se parle.

Je pensais te faire plaisir.

C'est beaucoup trop, je ne peux pas l'accepter.

Arrête avec ça !

Tu ne peux pas m'offrir une montre de 500 dollars.

Mais pourquoi ?

Tu dis toujours qu'on a passé ensemble un été formidable.

Vu les circonstances, ce n'est pas bien.

Quelles circonstances ? Réponds-moi.

Le fait que tu prennes la chose au sérieux

et que je ne sois pas prêt.

Il s'est passé quelque chose.

Tout allait si bien. Quelque chose a dérapé.

Je ne veux pas te décevoir.

Tu disais que tu m'aimais.

Tu mentais ?

Ce n'est pas faute d'avoir essayé.

Esssayé ? Tu prends ça comme un devoir d'écolier.

Ce que je ressens pour toi est sincère.

C'est Carolina ?

Voyons, je la connais à peine.

Mais tu veux mieux la connaître. Et il faudrait que j'attende ?

Non, je n'ai pas dit ça. Tu t'égares.

Tu n'en veux pas ?

Eh bien, n'en parlons plus !

Mais qu'est-ce que tu fais ?

- Tu es folle ? - Ne me parle plus !

Petite ordure, rends-moi mon argent ou je te tue.

Qu'est-ce qui se passe ?

C'est pas moi !

Je sais que c'est toi, sale petit voleur !

Il a pris 400 dollars dans ma boîte.

C'est pas moi !

400 dollars, c'est grave. C'est criminel.

Mais je te les ferai cracher.

Ce n'est pas lui.

Viens pas me dire ça. Tu prends toujours sa défense.

C'est pour ça qu'il est comme ça.

- Rends-moi cet argent. - C'est moi.

- Me raconte pas d'histoires. - Ce n'est pas lui, c'est moi.

C'est toi ?

J'en avais besoin pour payer son psychiatre.

Quoi ?

Oui, ça coûte cher et il doit y retourner régulièrement.

Je ne voulais pas t'en parler.

T'as payé le psychiatre avec mes économies ?

Il a besoin d'aide.

Cet argent, c'était pour les cours de Carolina.

Eh bien, elle se passera de certains rêves.

Son psychiatre m'a appelé.

Il aurait mis le feu dans la salle d'attente.

Richie, c'est vrai ?

Je veux pas y retourner.

Alors comme ça, tu voles. Quel bel exemple !

C'est vraiment pas le moment !

Je suis en retard.

J'en ai marre d'être serveuse et de taper dans mon salaire

pour te permettre d'économiser pour Carolina.

Bon dieu ! ma tête me lance.

Alors, prends une aspirine.

Je ne veux pas d'aspirine. Je veux un scotch.

Prends une aspirine !

C'est donc là qu'il était. Je savais que tu le planquais.

Quand j'en demande, tu refuses. Mais quand c'est toi...

Tu n'y as pas droit.

Je savais qu'il y avait une bouteille.

Je vais être en retard. Quelle étourdie !

J'ai oublié mon portefeuille.

J'ai rendez-vous avec Mickey dans une pizzeria.

C'est son anniversaire et c'est moi qui régale.

Tu sors avec Mickey ?

Ne fais pas cette tête, c'est toi qui me l'a présenté.

S'il me brise le coeur, ce sera de ta faute.

Je sais, tu m'as mise en garde contre lui.

Mais je crois qu'il m'apprécie sincèrement.

Il n'y a encore rien eu entre nous

mais j'ai bon espoir pour ce soir.

Je me sauve.

Ne rentre pas tard.

Qu'est-ce tu fais ?

Je bois !

Ça ne se voit pas ?

Tiny.

- C'était qui ces deux-là ? - Ils cherchent Carolina.

Comment savent-ils qu'elle travaille ici ?

Vous leur avez dit quoi ? Rien, j'espère.

J'ai dit qu'elle est allée dîner avec un gars au Capri Pizzeria.

- Vous n'avez pas fait ça ! - Pourquoi, fallait pas ?

Il faut que j'appelle avant qu'ils y arrivent.

Le Capri, le restaurant italien ?

- Le téléphone est en panne. - Comment ça, en panne ?

- Mon dieu, un téléphone, vite ! - Vous voulez une pièce ?

J'ai un appel urgent à passer.

D'accord.

Je te rappelle.

Je dois raccrocher à cause d'un appel d'urgence.

Je te rappelle.

Je voudrais le numéro d'un restaurant de Beach Walk.

Le Capri Pizzeria.

Capri... John à l'appareil.

Je voudrais parler à une cliente.

Elle a... les cheveux blonds...

C'est la meilleure pizza que vous ayez jamais goûtée.

Et c'est grâce à moi.

J'ai quelque chose à vous dire.

Dommage que ça fasse grossir. Vous n'avez pas ce souci.

Plusieurs choses à vous dire.

D'abord, je suis amoureux de vous.

Vous me jugerez stupide mais je crois au coup de foudre.

Peut-être est-ce par manie d'écrivain de tout romancer

mais vous avez éveillé une résonance en moi

dès que je vous ai vue.

Je ne sais pas quoi dire.

Ne dites rien.

D'ailleurs, je ne vous le demande pas.

Mais je voulais que vous le sachiez.

Ça me fait plaisir.

À présent je vais vous dire quelque chose

qui risque de vous secouer et de ne pas vous enchanter du tout.

Mais je veux être honnête.

Vous m'angoissez.

J'ai une liaison avec Ginny.

Elle est malheureuse en ménage avec votre père.

Nous avons fait connaissance sur la plage.

Je lui trouve beaucoup de charme.

J'ai même tenté de me convaincre que je l'aimais.

Mais je ne l'aime pas.

Elle cherche quelqu'un qui pourra la sortir de là

mais je n'en suis pas capable.

Aussi, vais-je rompre avec elle.

Mais je voulais quand même vous en informer.

Mon père en mourra.

Il dépend tellement d'elle.

C'est affreux pour Ginny.

Mon dieu !

Je lui ai dit que nous dînions ensemble

et que j'espérais que vous me feriez une déclaration.

Et je vous l'ai faite.

J'ignore comment il faut prendre tout ça.

Je comprends.

On est passé d'un drame à l'autre.

On peut avoir l'addition ?

- J'y vais. - Non, non.

C'est moi qui offre.

Je me suis garé au coin de la rue.

- Je préfère marcher. - Je vous accompagne.

Non, j'ai besoin de réfléchir.

D'accord.

Je comprends. Je vous rappelle plus tard.

Pardon si je vous ai troublée.

Ça fait beaucoup d'un seul coup.

C'est bon de savoir que vous m'aimez.

Oui ?

Vous êtes sorti avec ma fille hier soir ?

Vous êtes le père de Carolina.

Je suis Mickey Rubin, enchanté.

Où est-elle ?

Elle n'est pas à son travail ?

Non, elle n'y est pas. J'ai déjà appelé.

Elle n'est pas rentrée hier soir ?

Elle n'est pas restée avec vous ?

Non, elle est rentrée.

Dites-moi la vérité. Je me fais du mauvais sang.

On est allés au Capri puis on est repartis.

Tout s'est bien passé.

Je lui ai proposé de la ramener mais elle préférait marcher.

Je lui ai dit que je l'aimais beaucoup.

Elle avait besoin de réfléchir. Qu'allez-vous imaginer ?

Elle n'a pas dormi chez vous ?

Non, on s'est quittés après dîner. J'ai promis de la rappeler.

Je vais appeler la police, ils viendront perquisitionner.

Je vous répète qu'elle n'était pas chez moi.

J'habite à Greenwich Village, ils n'ont qu'à venir.

Elle est partie dans quelle direction ?

Elle est allée vers la promenade et moi à ma voiture.

Si jamais vous mentez vous aurez affaire à moi.

Du calme, je suis aussi inquiet que vous.

Elle vous a dit que des types la cherchaient ?

J'étais au courant, mais elle n'en semblait pas affectée.

Je n'ai vu personne.

Elle est où, bordel !

Qu'est-ce que t'as, maman ?

Rien.

Pourquoi tu bois ?

- C'est mon premier. - Ton troisième.

Je peux aller au cinéma ?

Ils passent un nouveau film au Neptune.

Ah oui ?

C'est quoi ?

En route pour Rio.

Rio de Janeiro ?

Ça a l'air bien.

Tu veux y aller ?

À Rio ? Ou au cinéma ?

J'aimerais aller à Rio

et ne jamais revenir.

Ils l'ont eue.

Ils ont eu Carolina.

Ils ont fini par la retrouver et ils l'ont capturée.

Comment tu le sais ?

Je m'en doutais !

Donne-moi ça !

Je veux pas me disputer, j'en ai ma claque de toi.

Je vais te balancer par la fenêtre.

D'accord, calme-toi.

Je le savais.

Ils voulaient l'attraper, ils voulaient la tuer.

Et à l'heure qu'il est, elle est morte.

Qu'est-ce que tu dis ? Tu n'en sais rien.

Me parle pas comme ça, je suis pas né d'hier.

Ils savaient exactement qu'elle était à la pizzeria.

Je vais au cinéma, je peux avoir 50 cents ?

Tiens, tiens !

Prends ! Prends tout !

Plus besoin de voler, je te le donne.

Tu as appelé la police ?

- Evidemment ! - Alors, ils la retrouveront.

Qu'est-ce que ça peut te faire ?

Tu ne l'aimes pas.

Tu la détestais.

Tu voulais la foutre dehors.

Arrête.

Tu me reprochais tout le temps d'être après elle.

Si ça se trouve, tu les as rencardés.

J'ai pas fait ça, tu es fou.

Si tu as fait ça, je te tue.

Arrête ! tu me fais peur.

Arrête de boire.

Toujours est-il qu'ils savaient.

Pourquoi ils seraient revenus sinon ?

C'est pas moi, jamais je ne pourrais faire ça.

Et d'ailleurs, je n'aurais pas su comment faire.

Ça veut dire quoi ?

T'as eu l'idée de le faire ?

Alors ?

Je ne pourrais jamais faire ça.

Laisse-moi tranquille. Tu me fais mal.

Tu me fais mal.

Ginny, pardon ! J'arrive pas à y croire, je deviens fou.

Elle était revenue, et maintenant...

Je ne supporte pas de te voir dans cet état.

Reste ! Ne me laisse pas seul.

Je m'en sortirai pas sans toi.

J'ai besoin d'air, j'étouffe.

Ginny, j'arrive pas à y croire.

J'arrive pas à croire qu'elle soit partie.

Ne me regarde pas comme ça.

T'as l'air bizarre.

C'est ton imagination.

Putain ! j'ai encore soif.

Que viens-tu faire ici ?

Je suis venu te parler.

Mais tu crois que c'est prudent de venir à ma porte ?

Tu sais que j'ai un mari.

Mon dieu !

Je n'attendais pas de visite.

Je dois ressembler au fantôme d'Hespéris.

J'ai hésité avant de me décider à venir.

Tu es venu me dire que tu commets une erreur

en cessant tes relations avec une femme

dont tu te rends compte qu'elle t'aimait

d'un amour comme tu n'en connaîtras plus jamais.

Néanmoins

c'est téméraire de ta part de venir chez moi.

Il se trouve que Humpty n'est pas là.

Il a bu, il m'a accusée de choses épouvantables.

Je comprends qu'il soit tout retourné

mais il me fait peur.

Il me fait peur.

Je lui dis toujours "tu l'étouffes, c'est malsain."

C'est une adulte, et même une divorcée.

Mais elle fait comme si elle avait quinze ans car il la couve trop.

Est-ce qu'elle était bizarre au restaurant ?

Parce qu'elle est bizarre.

Je t'avais prévenu.

Si ça se trouve, elle est retournée à son mari.

A moins qu'elle soit partie au Mexique.

Mais je t'avais prévenu, c'est une fine mouche.

Tu m'as évincée pour une femme à abattre.

J'espère que tu n'es pas venu me demander

de reprendre notre liaison là où on l'avait laissée.

Ce serait de l'opportunisme, tu ne crois pas ?

C'est comme ça que je le vois.

Quand il s'agit d'amour

il arrive qu'on soit souvent son propre ennemi.

Je crois que l'un des avantages de l'âge

c'est qu'on accepte les erreurs, parce qu'avec le temps

on en a fait sa part.

Ainsi, le pardon est possible.

Sinon, quel monde glacial ce serait.

Je sais tout, Ginny.

Tout quoi ?

Tout ce que tu as fait.

Je ne vois pas à quoi tu fais allusion.

Et puis ça veut dire quoi, ce ton dédaigneux ?

Ils ont dû l'exécuter et la jeter quelque part.

C'est horrible.

Exécuter, jeter, comme tu y vas !

Tu es en train de sombrer dans le mélodrame.

J'ai tout reconstitué.

J'ai parlé à Humpty, à Tiny.

Le téléphone chez Ruby était en panne.

Tu t'es servi d'un téléphone public.

J'ai parlé avec John, du Capri.

Une femme a appelé, puis raccroché.

J'ai compris.

Pas besoin d'être Sherlock Holmes

ou Eugene O'Neill pour débrouiller l'intrigue.

Un maître-nageur peut le faire.

Je ne vois pas ce que tu veux insinuer.

Je n'insinue rien.

J'accuse.

Tu m'accuses ?

Sa disparition ne doit pas t'émouvoir.

Qu'est-ce que tu en sais ?

Bien sûr, je ne pique pas une crise d'hystérie

comme son père qui a pour elle un amour contre-nature.

Sache aussi que j'ai avalé plusieurs verres.

Je t'ai dit que je ne buvais pas

mais quand je suis sous le coup d'une forte émotion

ça m'aide à empêcher ma tête d'éclater.

Tu voulais qu'elle disparaisse.

Tu délires complètement.

Tu crois que j'aurais pu...

Je ne vais tout de même pas me laisser salir

avec des insinuations sordides.

- Tu aurais pu la prévenir. - Comment aurais-je pu savoir ?

Tu as raccroché le téléphone.

Je ne suis pas assez futée pour faire des choses pareilles.

Mon chéri, j'ignore quel scénario tu veux échafauder

mais tu devrais te méfier de ton imagination.

Tu pouvais la prévenir et tu as raccroché.

Ma foi...

Tu auras mal interprété mon langage corporel.

Tu dis d'ailleurs que ce n'est pas une science exacte.

Tu comprends ?

Je l'aimais.

Mais bon dieu !

Tu la connais à peine.

Mais c'est vrai que tu es un rêveur

qui croit au coup de foudre.

Quand j'y pense, j'ai envie de...

Quoi ?

Et toi ! Tu peux vivre avec ça.

Bon dieu, épargne-moi ton mauvais théâtre.

Ah ! Tiens, tiens !

Vas-y, tue-moi ! Et venge-la !

C'est bien comme ça qu'on faisait au théâtre à Athènes ?

La police ne sert à rien.

Elle ne nous protège pas.

T'as l'air encore plus secouée que moi.

Je vais bien, pourquoi tu me dévisages comme ça ?

Comme quoi ?

C'est quoi cette robe ?

Tu es folle.

Commence pas à m'énerver, Ginny.

Sinon, je te jure que je t'écrabouille.

Je suis pas d'humeur.

On dirait une folle.

Laisse-moi tranquille.

Ginny, pardon.

Je te demande pardon.

Ne me quitte pas.

Tu n'y penses pas, hein ?

Je pense que Richie va rentrer du cinéma.

Et qu'il aura faim.

J'arrive pas à y croire.

Faudra que tu m'aides encore une fois.

Comme la fois où...

Il faut que je lave ma tenue de travail.

J'ai vu Carney et Ryan.

Ils vont pêcher pour la fête du Travail.

Tu veux venir ?

Non.

Je n'aime pas la pêche.

Sous-titrage Goberda

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