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GÉOMÉTRIE DE LA MORT
ODESSA, UKRAINE
Où est la tête ?
Dans l'ambulance.
Il était surnommé Scorpion.
Un gars de la mafia locale.
Mon informateur.
Enfin...
mon ancien informateur.
Il bossait pour toi ?
Qu'est-ce que tu sais sur lui ?
Volodymyr Tcherniavsky, 48 ans.
Associé dans un grand cabinet d'avocats.
Ils travaillent pour des oligarques.
Ils représentent des sociétés étrangères
qui ont des affaires ici.
Il avait un lien avec ton indic ?
Apparemment, oui,
vu que la tête de Scorpion était dans sa calèche.
Qu'est-ce que tout ça signifie ?
Ça ne peut être que la mafia.
Les gens comme lui
ont toujours les mains sales.
On le sait tous les deux.
Je pige pas, tu peux m'éclairer ?
Je n'avais pas sollicité Scorpion depuis longtemps.
Je l'ai contacté pour savoir
s'il y avait un lien
entre la mafia et la femme du bateau.
Et là, c'est plus clair ?
En trouvant la tête de Scorpion
en compagnie de Tcherniavsky ?
Pourquoi ne pas descendre un des leurs ?
Scorpion avait peut-être une dette.
Tu devrais aller enregistrer sa plainte.
Il commence à s'impatienter. Je ne veux pas de problèmes.
Pour l'instant, c'est lui, la victime.
Serhij.
Je dois te retirer cette affaire ?
Tu es complétement obsédé par ces histoires de mafia.
À moins que tu aies peur d'envisager
qu'il y a une autre explication ?
Qu'il pourrait s'agir d'un tueur en série.
Et que c'est le début d'une longue liste ?
On le retrouvera, maman.
VARSOVIE, POLOGNE
Désolée pour le retard.
J'ai dû remplir des tonnes de formulaires.
On sait qu'elle n'a séjourné
dans aucun hôtel, motel ou auberge.
Elle n'a pas non plus loué d'appartement.
Ça ne veut pas dire
qu'elle n'a pas passé la nuit quelque part à Varsovie.
Vous écoutez quoi ?
Dvorak.
Votre compatriote.
Antonin Dvorak. Concerto pour violoncelle.
Interprété par l'orchestre philharmonique tchèque.
Sous la direction de Vaclav Neumann.
C'est un chef-d'œuvre.
J'adore cette version.
C'est joli.
PRAGUE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
Maria. Voici Ota, mon collègue.
- Bonjour. - Voici Maria.
- Moi, c'est Ota. - Elle vient de Pologne.
D'accord.
Et voici Vera Vitova.
Elle avait 26 ans.
Elle est née à Holesov, en Moravie.
D'après son profil Facebook,
elle vivait à Prague depuis au moins quatre ans.
Je n'ai pas encore trouvé son adresse.
De la famille ?
Ils vivent tous à Holesov.
Sa mère tient un salon de beauté et de coiffure.
Son père était patron d'un garage.
Il y a sept ans,
elle a remporté un concours de beauté local.
Et le film dans lequel elle a joué il y a deux mois ?
Un film d'horreur à petit budget, "La Maison maudite".
Elle meurt à la fin,
enchaînée nue au plafond.
Un monstre portant une combinaison en amiante la brûle
avec un lance-flammes.
Comment tu sais tout ça ?
Vera avait une amie sur Facebook,
une certaine Lida Beyerova.
Elle a aussi joué dans ce film. Elles se fréquentaient peut-être.
Le profil de Vera
sur le site de l'agence indique qu'elle prenait
des cours dans un théâtre.
- Devine à qui il appartient ? - Petr Sobota.
Et tu veux prendre ta retraite ?
C'est qui, Petr Sobota ?
Un ancien acteur.
Le propriétaire et le directeur
du théâtre dans lequel on a découvert le bras.
Les photos du site de son agence artistique.
Et...
Lui, c'est Zdenek Vrabec.
Sa société de transport
intervient sur des tournages.
Lui, c'est Milan Sova.
Vrabec l'a appelé
juste après avoir appris que Vera avait été tuée.
Deux heures plus tard, ils se sont rencontrés.
Il dirige une société d'import-export.
Ils vendent et achètent du carburant, de l'acier...
Ils importent du charbon d'Ukraine.
- Et Zdenek Vrabec ? - Un cas intéressant.
Pendant deux ans, il a bossé
à l'UOP.
Le service de protection.
Pour les hommes politiques.
C'était le chauffeur personnel du ministre de la Justice.
Lequel ?
Jiri Matousek.
Un jour, Vrabec a quitté ses fonctions.
Et un an plus tard, il avait monté sa société.
Ce Jiri Matousek, c'est un gros poisson ?
Après la chute du gouvernement,
il a intégré un grand cabinet d'avocats
à Prague.
Il faut éplucher tous ses contacts Facebook,
identifier des numéros,
trouver où son portable a borné les trois dernières semaines
et où il se trouve maintenant.
Vous êtes fatiguée ?
- Vous voulez aller à l'hôtel ? - Non.
Je sais peu de choses sur elle.
Elle a fait quelques shootings.
Du dénudé, principalement.
On peut avoir son adresse, son numéro, son e-mail ?
Et la liste de tous les jobs qu'elle a eus grâce à l'agence.
Attendez un instant.
La tête sur le côté, comme ça.
Je veux voir ce décolleté.
Elle vivait à Holesov. Je crois que c'est en Moravie.
Cette adresse, on l'a déjà. Mais elle vivait aussi à Prague.
On n'a pas cette information.
Comment elle a eu le rôle dans ce film ?
Comme d'habitude.
La société de production nous a contactés.
On leur a fait une offre.
Ils ont choisi six jeunes femmes pour le casting.
Et finalement, ils ont signé Vera et Lida.
C'est vous qui avez négocié le contrat ?
Oui. C'est mon job.
Avec qui ?
Eurofilm.
- Eurofilm. - Oui.
C'est une société tchèque, de Prague.
Ils avaient déjà tourné un film de ce genre.
De ce genre ? C'est-à-dire ?
Pas beaucoup de budget. Beaucoup de sang.
De jolies filles dénudées.
Elle avait un mari, un copain ? Des enfants ?
Je ne m'occupe pas de la vie privée des mannequins.
Elles ont juste à être jolies.
Rien de plus.
Anton, viens voir.
Une seconde.
C'est pas très net. Elle est pas top, ton imprimante.
C'est moi qui l'ai imprimé.
Le budget de la police est limité.
Capitaine Otakar Valenta, brigade criminelle.
Et voici Maria Sokolowska. Une collègue de Varsovie.
Enchanté. Anton Fried.
Son corps a été découvert à Varsovie.
Elle a probablement été tuée en Pologne.
Ces photos, ce sont les tiennes, non ?
C'est très probable, oui.
Vous vous souvenez d'elle ?
Pas du tout.
D'après mes recherches,
ces photos proviennent du catalogue de l'an dernier.
Je bosse pour plusieurs agences.
En une seule session, je photographie 10 à 15 modèles.
Elles se ressemblent toutes.
C'est mon travail. Pas vraiment une passion.
Si jamais un détail vous revient...
Vous ne me donnez pas la vôtre ?
Si vous voulez.
Vous avez des yeux magnifiques.
Ils renvoient la lumière de façon intéressante.
HOLESOV, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
On sait qu'elle vivait à Prague, mais on n'a pas son adresse.
Moi non plus.
Qui pourrait la connaître ?
Tomas, notre fils.
Son frère aîné.
Où puis-je le trouver ?
Ça, je ne sais pas.
Je peux ?
À quand remonte sa dernière visite ?
C'était il y a quatre ans.
VARSOVIE, POLOGNE
Entrez !
Edyta Pajak. Je voudrais voir la commissaire
Maria Sokolowska.
Elle est en déplacement à l'étranger.
Commissaire Jozef Krawiec. C'est pour quoi ?
Je préfèrerais parler à madame la commissaire.
Je vais attendre son retour.
Marek Mielnik.
Suivez-moi.
Je sais que vous avez une liaison avec Witold Bronisz.
C'est votre vie intime,
mais il y a eu un double meurtre
et la moindre information vaut de l'or.
Je vous conseille de témoigner.
Je sais que c'est difficile.
Je suis gay, ça va peut-être vous faciliter les choses.
PRAGUE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
Bonsoir.
Et Ota ?
Ota localise son téléphone
et cherche ses factures.
Vous songez vraiment à prendre votre retraite ?
Je vais être grand-père dans deux mois.
Oui, mais vous n'êtes pas un peu jeune pour la retraite ?
Avant, j'étais jeune.
Mais j'étais tellement absorbé par mon métier
que j'ai négligé ma famille.
Alors je l'ai perdue.
Aujourd'hui, j'ai changé.
Je veux être auprès des miens.
Et prendre le temps d'en profiter.
Vous avez des enfants ?
Un mari ?
Évitons...
d'aborder le sujet.
Je viens d'écouter votre concerto.
Le Royal Chamber Orchestra
sous la direction de Sir Andrew Woosley.
Avec au violoncelle, un certain Romuald...
Sokolowski.
Quelle drôle de coïncidence !
Ça n'a rien de drôle.
On va avoir la liste de tous ses appels depuis un mois
et les lieux où son téléphone a borné.
Voilà, c'est bon.
On a reçu les données.
Montre-nous où et quand
son téléphone a borné pour la dernière fois.
À l'aéroport Chopin, à Varsovie.
Une heure après la découverte de son bras.
Où a-t-il borné juste avant ?
C'est...
l'endroit où il a laissé le bras.
Il avait pris le portable de sa victime
et il l'a éteint à l'aéroport.
Si son téléphone est resté allumé,
essayons de déterminer où elle a été tuée.
Sokolowska.
C'est Anton Fried. On s'est vus tout à l'heure.
Oui, je me souviens.
J'étais sérieux à propos de vos yeux.
Ils sont vraiment magnifiques.
J'aimerais faire une séance de photos avec vous.
Vous seriez d'accord ?
Allô ?
Vous êtes là ?
Je suis encore au travail.
Pas de problème.
Je vous rappellerai demain.
VARSOVIE, POLOGNE
Je n'avais jamais fait ça avant.
Mais j'ai accepté.
Je lui ai fait confiance.
C'était tout nouveau pour moi.
Je jouissais plus vite.
Mais la dernière fois,
il m'a presque étranglée.
Il était devenu fou.
Je ne l'avais jamais vu dans cet état.
Ce n'était pas normal.
Vous connaissiez Andzelika Musial ?
J'en ai entendu parler.
Qu'avez-vous entendu dire exactement ?
Qu'elle était sa maîtresse et qu'il l'a renvoyée.
Avez-vous entendu dire aussi qu'elle avait disparu
il y a huit mois ?
Non.
J'ai essayé de contacter Beata Wieczorek.
Elle avait eu une liaison avec lui.
Et elle s'était fait renvoyer.
Je l'ai appelée pour discuter.
Mais elle n'a pas répondu.
Je suis allée chez elle deux fois.
Mais personne ne m'a ouvert.
La deuxième fois, il m'a semblé qu'il y avait quelqu'un.
PRAGUE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
C'est à une trentaine de kilomètres de Varsovie.
Au milieu des bois.
Il a borné longtemps ?
Jusqu'à 16 h 30.
Ça fait trois heures et demie.
En trois heures, on a le temps de se vider de son sang.
Il a très bien pu
lui couper le bras sans qu'il y ait de saignement.
Jozek, je t'envoie les coordonnées.
Allez-y demain, avec des collègues.
Demande à Wozniak si tu peux prendre les chiens.
C'est sûrement là-bas qu'elle a été tuée.
D'accord.
Sinon, on a reçu la visite d'Edyta Pajak.
Marek s'est chargé de son audition.
Oui ! Oui ! Oui !
Elle lui a dit qu'hier soir,
Bronisz avait failli l'étrangler.
Il serait amateur de ce genre de jeux.
Elle a aussi parlé d'une certaine Beata Wieczorek.
Une ancienne maîtresse de Bronisz.
Elle a été virée et a disparu.
On a épluché les signalements,
mais on n'a rien trouvé. On continue à creuser ?
Ça te semble inquiétant ?
Elle répond plus au téléphone
et il n'y a personne chez elle.
Vérifiez ça.
Tu restes à Prague jusqu'à quand ?
J'espère que je serai vite rentrée.
J'ai pas pris beaucoup de rechange.
ODESSA, UKRAINE
C'est Scorpion ?
Tu as vérifié tous les contrats saisonniers de l'hôtel ?
J'en ai lu une dizaine.
Après, ça m'a saoulé.
Il doit y avoir pas mal d'appartements vides par ici.
Ils sont loués en été. Pendant la haute saison.
La rue est bien éclairée, il y a des lampadaires.
Et des caméras.
J'ai demandé que les images soient conservées.
- Où est l'ambulance ? - Elle arrive.
C'est un beau quartier, non ?
Ce serait sympa d'acheter un appartement ici
et de mener la belle vie.
Le téléphone de Vera
a activé un relais pendant un bref instant ici, à 22h35.
Et le lendemain matin vers 6 h.
Son appartement est peut-être quelque part dans le coin.
Quand Zdenek Vrabec
a appris la mort de Vera Vitova, il a appelé...
Milan Sova.
Vous en êtes sûr ?
J'ai le relevé de ses appels.
On devrait les interroger, vous ne croyez pas ?
Zdenek Vrabec n'était pas au courant
de la mort de Vera Vitova.
Il semblait vraiment surpris.
Mais il avait un lien avec elle.
Il était dans la même école que son frère.
Vous voulez rire ? Vous prêteriez votre voiture
à une minette juste parce que son frère était dans votre école ?
Zdenek Vrabec était également en contact avec Milan Sova.
Je serais curieuse de savoir quel était le rapport
entre le mannequin en galère, le propriétaire
d'une entreprise de transports et le directeur d'une société
qui importe du charbon d'Ukraine.
J'aimerais le savoir aussi.
Mais à mon avis,
les placer en garde à vue serait une erreur.
C'est trop tôt.
On n'en sait pas assez.
Ils mentiraient.
Les mensonges aussi, c'est intéressant.
Le téléphone de Vera a borné ici.
À 20h56. La veille de son départ pour la Pologne.
Pendant combien de temps ?
Pendant presque deux heures.
Elle ne vivait pas ici.
C'est un quartier huppé.
Pas de vidéosurveillance.
Il faut passer ces maisons au crible.
Son amie Lida ne répond pas. Je tombe sur le répondeur.
Essaie encore.
Le bras qui est à la morgue est celui d'une jeune femme
qui avait l'âge de Lida.
Si son téléphone
est toujours éteint demain, on s'inquiétera.
Ça vaudrait le coup de faire des recherches
sur la société de production qui les a engagées.
Vous avez une idée en tête ?
On a une jolie jeune femme, sans grand talent,
qui tente de devenir mannequin, sans succès.
Elle finit hôtesse dans des réceptions privées.
Tout à coup, elle obtient un rôle dans un film d'horreur de série B.
Puis elle est assassinée
d'une façon pour le moins spectaculaire.
Sa collègue, qui jouait dans le même film,
disparaît aussi. C'est une drôle de coïncidence.
On va creuser ça.
- Vous voulez un coup de main ? - Non, merci.
Je vais m'en sortir.
Je passerai vous prendre.
Il faut vérifier que Lida Beyerova n'est pas chez elle actuellement.
ODESSA, UKRAINE
Ils ont retiré les plaques.
PRAGUE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
On voudrait parler à Lida Beyerova.
Lida n'habite plus chez nous.
Qu'est-ce qui se passe ? Bonsoir.
Bonsoir.
On enquête sur la mort d'une jeune femme.
Apparemment, votre fille la connaissait.
Lida doit être à l'étranger.
Quand l'avez-vous vue ?
- La semaine dernière. - Il y a dix jours.
Elle n'a pas dit où elle allait ?
C'est normal que son téléphone soit éteint ?
En général, c'est elle qui nous appelle et pas l'inverse.
Qu'est-ce que vous insinuez ?
Rien, on pose quelques questions, c'est tout.
Je vais vous donner son adresse.
Elle vit seule ?
Vous savez...
En ce moment, on ne s'entend pas très bien avec elle.
Notre fille aînée est gynécologue. Elle a une excellente réputation.
Ma femme est docteur en pharmacie, elle a sa propre pharmacie.
Moi, je suis ingénieur.
Quant à Lida,
elle a à peine réussi à décrocher son bac.
On n'est pas vraiment ravis de ses activités.
Ni de ses fréquentations.
On a sûrement fait une erreur quelque part.
Mais on ne sait pas où.
Appartement six.
Personne.
On entre ?
Peut-être qu'elle est vraiment à l'étranger.
On ne peut pas entrer dans un appartement
parce que la locataire a éteint son portable.
Pardon, mais à mon avis, Maria a raison.
Il faut qu'on sache si le bras trouvé dans le théâtre
est celui de Lida Beyerova.
Mais si elle est vivante, elle pourrait être un témoin-clé.
Si on enfreint la loi, ça se retournera contre nous.
Tu l'as enfreinte plusieurs fois.
Attendons jusqu'à demain matin.
Elle rallumera peut-être son portable.
ODESSA, UKRAINE
C'est le nouveau toi ?
Tu vas me frapper ?
Désolé.
Je suis occupée, je bosse.
Ça fait six mois que tu m'ignores
et je devrais te laisser entrer ?
Tu espères que ce sera différent.
Quoi ? Tu sais où sont la vodka et les verres.
J'en veux bien une.
Tu as des infos sur la fille du bateau ?
Je sais que tu enquêtes dessus.
Très bien, tu peux t'en aller.
Tu n'es plus ma source, et moi, je ne suis pas une traînée.
PRAGUE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
J'imagine que vous n'êtes plus au travail.
Et que vous n'avez pas encore envie d'aller vous coucher.
Exact.
Mais ça risque de durer un certain temps.
En ce moment, je fais de l'insomnie.
Cinq heures de sommeil, c'est déjà beaucoup pour moi.
Quand j'étais au dîner organisé par Kohout,
je me suis sentie triste que tu ne sois pas avec moi.
Même si j'avais été à Prague,
on n'aurait pas pu se montrer ensemble.
Pourquoi ?
On n'a aucune raison de se cacher. Kohout est au courant.
Se cacher et ne pas se montrer ensemble, c'est différent.
Elle est comment, cette policière ? La Polonaise ?
Normale.
Les femmes flics sont jamais normales.
Elle fait l'objet d'une enquête interne.
Elle a descendu quelqu'un.
Elle te l'a dit ?
C'est son chef qui me l'a dit.
Tu n'en as pas discuté avec elle ?
Non.
Ça n'a aucun rapport avec l'enquête,
pourquoi on en parlerait ?
J'ai des raisons d'être jalouse ?
Pardon.
Viens là.
Cette vieille voiture a une signification ?
Ça veut juste dire que j'aime bien les voitures anciennes.
Peut-être pas toutes.
Mais au moins celles qui rappellent l'enfance.
L'enfance ?
C'est une période qu'on idéalise,
on a tendance à penser qu'autrefois, tout était mieux
qu'aujourd'hui.
Même les voitures.
Vous n'aimez pas les vieilles voitures ?
Je suis flic.
Ce que j'attends d'une voiture, c'est qu'elle soit pratique.
Et discrète.
Sur ce point, votre DS n'est pas idéale.
Vous trouvez vraiment mes yeux magnifiques ?
Pourquoi je vous mentirais ?
Que vous le vouliez ou non,
vos yeux disent tout
sur vous.
Ça, c'est inquiétant.
Et légèrement pompeux.
Bel appart !
Oui.
Tu bois quelque chose ? Bière ? Vin ? Whisky ?
Un whisky. Sans glace, s'il te plaît.
Il n'y a plus de place pour une femme, chez toi.
C'est fait exprès ?
J'ai été marié.
Mais ça n'a pas duré longtemps et ça remonte à une éternité.
Oui. C'est fait exprès.
Et chez toi ? Il y a de la place pour un homme ?
C'est toi qui as fait ces couvertures ?
J'en ai fait d'autres. Mais je considère
que je n'ai pas à rougir des quatre que tu vois.
- C'est le Vogue allemand ? - Autrichien.
Cette dame aux cheveux gris,
c'est Hannelore Watzke. C'était la reine du Burgtheater de Vienne.
- Tu es autrichien ? - Oui.
Je vivais à Vienne, je suis parti il y a environ neuf ans.
Tu faisais des couvertures de Vogue
et tu es venu à Prague photographier
des mannequins pour des catalogues ?
Il y a des Autrichiens qui n'aiment pas l'Autriche.
Et les catalogues, c'est un moyen
de gagner sa vie sans se prendre la tête.
Alors c'est ça, ta véritable passion ?
Mon premier job pour National Geographic.
L'Uckermark.
En Allemagne.
Le parc national de la vallée de la Basse-Oder.
Une partie de ce parc se trouve
à l'intérieur des frontières de ton pays.
Tu préfères prendre des photos d'oiseaux ?
Les gens veulent être photographiés, pas les oiseaux.
Alors c'est un défi.
Je t'en prie. Assieds-toi.
Tu oublies vraiment les mannequins que tu photographies ?
Un jour, j'ai lu une interview de Klaus Kinski.
Le journaliste lui a demandé
le titre du film dans lequel il jouait.
Il a répondu : "Je n'en ai aucune idée.
J'arrive par la gauche.
Je sors quelques répliques. Je repars par la droite.
Et je vais chercher mon chèque."
Ça, c'est du cynisme !
Le milieu dans lequel je travaille est cynique.
Pourquoi je devrais prêter attention à quelqu'un
qui choisit de se réduire exclusivement à son apparence ?
Si je mettais un peu de musique ?
Bach. Le Double concerto pour violon.
Mais seulement la version interprétée par Oïstrakh.
Ou Perlman-Zukerman dirigés par Barenboim, mais dans celle-là,
il y a des passages où on croirait entendre une marche funèbre.
Regarde par là.
Parfait.
Malheureusement, je n'ai aucune de ces deux versions.
Mais je peux te proposer Karel Gott.
Ou Helena Vondrackova.
Tu te fous de moi ?
Parfait.
En fait, je suis danseur !
Moi aussi, j'adore danser !
ODESSA, UKRAINE
Tu m'en files une, s'il te plaît ?
Le capitaine s'est remis à fumer ?
Je te comprends.
Un corps avec un bras coupé, c'est impressionnant. Même en photo.
Son bras a été retrouvé ?
Beaucoup de photos circulent ?
T'étais pas au courant ?
Des journaux les ont publiées ?
Non.
Il y a rien dans la presse, mais sur le Net,
ça fait le buzz.
On est toujours sur la même longueur d'ondes ?
Je suis désolé.
Je sais ce que tu crois.
Tu t'imagines que je baise avec toi parce que j'aime ça.
C'est loin d'être le cas.
Je te dis que je suis désolé, Julia.
Tu auras des tuyaux une prochaine fois.
Mais pas pour l'instant.
Pourquoi ?
Si tu écris un seul mot sur cette affaire,
je te jure que je te bute.
PRAGUE, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE
Tu peux découvrir tes épaules ?
En général, je m'interdis les relations intimes
avec les gens que je photographie.
Moi, c'est maintenant que je t'arracherais tes vêtements
sans prévenir.
En même temps, j'ai l'impression que ce serait déplacé.
Je t'enverrai les photos par mail.
À moins que tu ne restes à Prague encore un peu.
Pour l'instant, il n'y a rien de sûr.
J'aurais bien aimé te violer.
ODESSA, UKRAINE
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