All language subtitles for Les.Enfants.aka.The.Children.(1984)

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Original subtitles

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-Tu voudrais peut -�tre me dire quelque chose Ernesto ?

-Non

-Si

Hum, je me disais aussi, tu vois ?!

-Oui,

-Cela peut arriver, quelque chose � dire,

-Ca peut, oui !

-Comme �a peut arriver aussi le contraire,

-Ca peut aussi

-C'est peut �tre que tu ne peux pas me dire,

ce que tu as � me dire.

-C'est �a, oui,

je ne peux pas te le dire

-Et pourquoi donc ?

-Ca te ferait du chagrin, alors je ne peux pas.

-Et pourquoi, �a me ferait du chagrin ?

-Parce que...

et puis...

et puis tu ne me comprendrais pas ce que je te dis !

Alors du moment que tu ne le comprendrais pas,

c'est pas la peine que je te le dis.

-Mais alors, je n'aurais pas de chagrin

si je ne comprendrais pas.

Qu'est ce que tu racontes aujourd'hui Vladimir ?

-C'est pas ce que je te dirais qui te ferait du chagrin

t'aurais le chagrin...

parce que tu ne comprendrais pas !

-C'est mon combien ?

-Ton septi�me

Tu me d�sobliges avec cette question, maman !

Tous les jours, tu me la poses.

Faudrait que tu te le mettes une bonne fois dans la t�te

Je suis le septi�me.

5 et 2

C'est comme cet esp�ce de nom que tu me donnes, Vladimir !

D'o� c'est que �a sort, encore, �a ?!

-Alors t'�pluches les pommes de terre ?

t'�pluches pas les pommes de terre...

-Ernesto ne veut plus retourner � l'�cole.

Une fois, cela suffit...

-Ah bah �a, alors...

bah �a, en voil� une autre...

Remarque, je le comprends mon gar�on.

Je le comprends bien, m�me.

-Ah, oui...

-Oui...

Mais, ce que je comprends moins, c'est :

pourquoi il l'a exprim� ?

Il n'avait qu'� rien dire � mon avis.

Il n'avait qu'� pas aller � l'�cole sans l'annoncer !

Pourquoi l'annoncer ?

-Pourquoi pas l'annoncer ?

C'est pas d�shonorant, hein ?!

-Non...

Allez...

Allez, assieds-toi.

Allez, explique-moi !

Comment, il a dit �a ?

-Il a dit : "Je ne veux plus retourner � l'�cole,

parce que...

-Parce que quoi ?

-"Parce qu'� l'�cole,

on m'apprend des choses, que je sais."

-Bah, �a alors...

Ca alors...

Ca ne peut pas �tre �a, t'as pas d� comprendre !

C'est dingue ce que tu dis l�.

-Pourquoi c'est dingue ?

-Parce qu'Ernesto, il ne sait rien !

Alors pourquoi se plaindre d'apprendre,

puisqu'il ne sait rien ?!

C'est pas Ernesto, �a !

-Ah, �a doit �tre...le contraire.

-Ah...

-Mais oui, c'est le contraire.

-Le contraire de quoi ?

-Il a dit : "Je ne retournerais plus jamais � l'�cole,

parce qu'on m'apprend des choses...

que je ne sais pas."

-Ah bon...

-Voil�, c'est �a !

-Ah bon, bah, j'aime mieux �a !

Je le retrouve, un petit peu, mon Ernesto.

-Tu crois Emilio ?

Tu n'as jamais eu beaucoup d'affinit�s avec Ernesto...

-Bah, si, si...

Il ne le sait pas, mais...

C'est donc �a, qu'il couvait ton ptit gars ?

A �tre si diff�rent des autres,

il fallait bien qu'� force, �a finisse par se concr�tiser.

-Si diff�rent des autres ?! Euh...

Faut pas exag�rer, je ne suis pas d'accord,

c'est plut�t le contraire,

on pourrait dire : pareil aux autres,

mais alors � un point...

-Mais non, mais tu ne comprends rien alors ?!

-Peut -�tre qu'il mange un peu moins que les autres, c'est �a non ?!

Pour la taille alors ?

Non, ce n'est pas encore �a.

C'est quoi alors, si ce n'est pas la taille ?

Tu l'as vu ton fils ?

T'as vu comment il est, immense, 7 ans ?!

Personne ne le croirait !

Et avec �a, l'air d'un �v�que.

-T'as rien remarqu� d'autre ?

-Ah...Si ! Si ! Si ! Si !

Il se tait ! Ernesto.

Il se tait depuis 7 ans.

-J'ai attendu toute la matin�e.

Puis encore apr�s

Puis, je me suis lev�.

Puis, je suis sorti de la classe.

Et puis apr�s, je suis sorti de l'�cole.

Et puis c'est l�...

Je me suis retrouv� dehors.

J'�tais saisi.

Je me suis assis,

sous les arbres,

et j'ai attendu.

Un long ou un petit moment.

Je crois, j'ai dormi.

J'ai compris quelque chose

que j'ai d� mal � dire encore.

Je suis encore trop petit pour le dire convenablement.

Tout d'un coup, j'avais devant moi, la cr�ation de l'univers

-Dis Ernesto, tu ne vas pas chercher un peu loin ?!

-T'aurais � dire, l� -dessus Ernesto ?

-J'aurais � dire...

pas beaucoup !

Ecoutez,

�a a d� se faire en une fois.

En une seule fois.

La nuit.

Le matin,

c'�tait fait !

Tout �tait en place.

Toutes les for�ts,

les montagnes,

les petits lapins,

toutes les choses,

une seule nuit.

Ca c'est cr�e tout seul.

Tout �tait en place.

Tout �tait exact.

Sauf une chose

-Si �a manquait, �a ne pourrait pas se dire.

-C'est presque impossible � dire,

mais on devrait pouvoir !

-Je sais ce qui manquait, c'�tait le vent !

-Mais non ! Il y �tait d�j� !

-Tu l'as dis comment, Ernesto, ce qui manquait ?

-Le compte y �tait

tout �tait l� et c'�tait pas la peine...

du tout, du tout.

du tout.

-Les choses petites, elles �taient l� aussi ?

-Oui !

Les toutes petites.

Les petites particules,

les petites choses invisibles,

de toute sorte,

elles �taient aussi dans le compte.

Il n'y avait pas un seul petit cailloux,

pas un seul petit enfant qui manquait

et c'�tait pas la peine.

Pas une feuille d'arbre, qui manquait.

Et c'�tait pas la peine.

-C'�tait pas la peine, tu dis ?

-Pas la peine !

Comme les continents, les oc�ans,

les �l�phants, pas la peine !

-Et la musique ?

-Pas la peine !

-Comment �a s'explique, �a, que c'�tait pas la peine ? euh,

�a m'�chappe un peu.

-Pourquoi cela aurait �t� la peine ?

Pour qui ?

Pourquoi ?

Alors, c'�tait pas la peine pour le reste !

-Qui l'aurait cru alors que ce n'�tait pas la peine ?

-Personne.

-Mais �a ne va pas �a !

-Tu ne vas pas recommencer Natacha...

-L'�cole et l'univers, c'est en relation .

-Etroite.

-Tr�s �troite.

N'emp�che Ernesto, n'emp�che...

-Mais tu sais Ernesto, n'emp�che, il a raison ton p�re !

-L'instituteur, il faut y aller quand m�me.

-Chers parents,

-Elle r�sonne dr�lement cette expression...

"chers parents", "chers enfants", dans cette maison.

-Je trouve aussi.

-Mais, n'emp�che, moi je ne veux pas aller en prison.

Je ne veux pas.

-Mais combien de fois, faudra donc te le r�p�ter,

c'est puni, le manque � l'�cole !

Ca commence par les parents, ils vont � la prison,

et puis �a fini par l'enfant, il va � la prison aussi.

Et � la fin des fins, ils vont tous � la prison.

Et en cas de guerre, ils sont ex�cut�s !

Voil� !

Et puis, �a commence � se savoir,

ta phrase a d�j� fait le tour du quartier

�a se bidonne dans tous les coins,

si tu crois que c'est agr�able pour nous ?!

Bon, je vais aller chercher

mes brothers et mes sisters au prisu' !

-Ils sont en train de lire des livres

sur la destruction de la plan�te...

Oh, la la...

-Oui, c'est qu'�clatements, bombardements, etc, etc.

Oh, la la...

-Ha ha ha... et oui !

-On a re�u une bonne �ducation, alors on se lit des livres.

Le dernier, c'�tait Tintin au prisu'

�a racontait que Tintin, il lisait,

et o� ? Au prisu' !

-Ah ?! Oh oui...

En tout cas, on ne peut pas l'�viter,

il faut aller voir monsieur l'instituteur et lui parler !

Il faut cesser avec les grippes, les varicelles

et puis tout le truc !

Il faut lui faire part de la d�cision de notre fils Ernesto

de ne plus fr�quenter l'�cole !

Jamais !! Voil� !!

-Ouh la la, c'est coups de pieds au cul et compagnie,

voil�, c'est tout ce que cela m�rite !

-C'est pas oblig�, il peut tr�s bien comprendre

la d�cision d'Ernesto, qu'il en tiendra compte...

En tout les cas, faut y aller !

Du moment qu'ils nous emmerdent

pour qu'on les envoit � l'�cole,

faut les emmerder, quand ils n'ivont pas !

C'est la politesse !

-On est venu pour vous avertir que notre fils Ernesto,

il ne veut plus retourner � l'�cole,

alors comme on sait, qu'on est oblig� de le mettre � l'�cole

oblig�, oblig�...

et qu'on ne veut pas aller � la prison, alors...

on est venu pour vous servir.

Enfin, pour vous dire que...

-Pour vous informer, vous faire savoir, il veut dire...

-Soyez clair monsieur, je vous en prie,

vous avez demand� � me voir, pour m'avertir de quoi ?

-Bah...justement ce que je disais...que

-Si je comprends bien, du fait que votre fils Ernesto,

ne veuille plus aller � l'�cole ?!

-Voil� ! C'est �a !

-Mais monsieur, aucuns des 483 enfants qui sont ici,

ne veut aller � l'�cole, aucuns !

D'o� sortez-vous ?

Vous connaissez un seul enfant

qui veut aller � l'�cole, vous ?

On les force, on les y contraint, on tape dessus, voil�

Vous entendez ce que je dis ?

-On entend !

Mais nous, on ne force pas les enfants !

-C'est contre nos principes monsieur le directeur.

Excusez-nous !

-Et puis monsieur le directeur,

personne ne peut forcer cet enfant � aller � l'�cole !

Avec les autres, je ne dis pas. Mais, avec celui-l�, non !

-Et pourquoi donc, ne pourrait -on plus forcer un enfant

� aller � l'�cole et pourquoi donc ?

Oh, quelle perte de temps,

c'est que je deviens fou, moi...

je deviens r�actionnaire !

Alors madame, je vous ai parl�, il me semble ?!

Bah alors, on ne peut plus les forcer, les m�mes ?

-Eh bien, c'est � dire...euh

lui, c'est exceptionnel, il est tr�s tr�s grand,

tr�s tr�s grand. Tr�s gros !

-Il a 7 ans, il en parait 40.

Alors, vous voyez !

On ne peut pas le sortir de la maison, hein !

C'est une impossibilit� physique, monsieur le directeur !

-Et autrement, �a va ?

-Ca va, oui !

-Et vous �a va ? �a va ?

-On fait aller...

-Oui, c'est �a...

-Bah dans ce cas... c'est tr�s simple,

on b�tit une petite �cole autour de lui.

Et, il est bien oblig� d'y rester !

-Et puis, il n'y a pas que �a monsieur...

ce qu'on vous dit l�, qu'il est immense,

c'est les raisons, qu'il donne, c'est incroyable !

-Soyons pr�cis, m�thodique, pr�cis,

j'ai autre chose � faire, il y en a 56 qui m'attendent l�,

-Oh la la...�a fait du monde

-D'abord, votre enfant Ernesto, est -ce qu'il dit pourquoi,

il ne veut plus aller � l'�cole ?

-Bah, justement, c'est ce que j'essaye de vous dire !

C'est l�, que tout se complique, il dit :

(tenez vous bien) "parce qu'� l'�cole,

on m'apprend des choses que je ne sais pas."

-Comme c'est �trange !

-Comment est cet enfant ?

-Bah, on vient de vous le dire, immense...

Un tout petit, mais immense !

Vous voyez ?

-Brun, 7 ans, des lunettes...

-Je vois

-Non ! Vous ne voyez pas, monsieur le directeur ! Non !

Vous n'y �tes pas du tout, monsieur le directeur !

Ernesto, �a ne se prend pas, �a ne se trouve pas,

c'est toujours en dedans Ernesto !

Au dehors, au dehors, c'est rien, �a a l'air grand,

au dehors, mais en fait, c'est toujours en dedans, serr�.

Vous, vous le trouverez, monsieur le directeur,

y'a qu'� vous voir rigoler, pour en �tre s�r.

Vous le trouverez, et vous comprendrez

que votre com�die et tout, ce n'est pas la peine !

Faut que j'arr�te d'en parler,

parce qu'il me donnerait � pleurer ces temps-ci,

cet enfant-l�.

-Autrement, il vous donne des soucis, Ernesto ?

-Non...

-La nourriture ?

Il mange trop ?

-Il mange bien, disons.

-Vous pouvez me l'ammener Ernesto ?

-Qu'est ce que vous allez -lui faire ?

-Raisonner

Revenir � une logique �l�mentaire, parler !

Tout est l�, parler, d�nouer la crise, la transf�rer.

-Faudra pas le brutaliser hein ?!

Parce que, des fois que �a vous prendrez, euh...

Parce que elle, euh...

Il est costaud !

-Vous �tes d'o�, vous autres ?

-De l'Italie.

De la vall�e du P�

Mais depuis des g�n�rations !

-Je suis russe.

du caucase.

-Et vous d'o� ?

-La seine maritime,

le pays de caux.

pas loin de la boutonni�re de bray.

Entrez, entrez ! Je vous en prie.

Asseyez-vous !

C'est vous Ernesto ?

-Exact,

oui, monsieur !

-En effet, en effet...

Je ne vous reconnais pas !

-Moi, je vous reconnais monsieur !

-Vous voyez le genre ?!

-Alors, on refuse de s'instruire, monsieur ?

-Non !

On refuse d'aller � l'�cole !

-Pourquoi ?

-Disons...c'est pas la peine.

-C'est pas la peine, pourquoi ?

-Parce que...

les enfants � l'�cole, ils sont abandonn�s.

La m�re, elle met les enfants � l'�cole,

pour qu'ils apprennent qu'ils sont abandonn�s

Comme �a, elle, en est d�barass�e pour le reste de la vie.

-Vous, monsieur Ernesto,

vous n'avez pas eu besoin de l'�cole pour l'apprendre ?

-Si, justement !

C'est l�, que j'ai tout compris.

A la maison, je croyais aux litanies de mon abrutie de m�re.

A l'�cole, je me suis trouv� devant la v�rit�.

-A savoir ?

-L'inexistence de Dieu

-Le monde est loup�, monsieur Ernesto...

-Oui, vous le saviez ? Compl�tement !

-Ce sera pour le prochain coup...

-Disons, que c'�tait pas la peine.

-D'aller � l'�cole non plus, ce n'est pas la peine ?

-Non, c'est pas la peine de souffrir.

-On n'apprend comment alors ?

-On n'apprend quand on veut...monsieur !

-Et quand on ne veut pas ?

-Quand on veut pas apprendre, c'est pas la peine d'apprendre

-Comment savez -vous,

monsieur Ernesto, l'inexistence de Dieu ?

-Je ne sais pas.

Je ne sais pas comment.

-On n'apprend de quelle fa�on dans votre truc ?

-En ne pouvant pas faire autrement.

Comment �a se passe ?! Il me semble que je l'ai su, une fois

-Qu'est -ce que vous entendez par : "je l'ai su ?"

-Comment voulez -vous que je le sache,

vous ne le savez pas vous-m�me !

-Cet enfant l�, mais qu'est -ce que c'est que �a ?

-Je commence � me le demander.

-Et autrement, �a va ?

-Ca va !

-Et votre soeur ?

-Ca va !

Vous voulez un chewing-gum ?

-Oui, je veux bien ! Merci.

-Un cr�tin, voil�, ce que tu vas devenir, mon tr�sor.

-Non, maman, je ne serai pas un cr�tin, ne t'en fais pas.

Il ne faut pas t'en faire pour nous, comme �a !

-Mais c'est quand m�me triste.

-Non, mais t'as qu'� penser � nous dans le bon sens.

C'est pas une vie, que tu te fais.

Oh, j'en ai assez, une femme comme �a...

-Tu crois, Enrico ?

-S�r !

-Etrange !

-Mais, qu'est ce qu'on va devenir avec "�a"?

7, on en a 7.

et moi, j'en ai marre.

-Cas unique

-C'est toujours �a...

-Nous, nous trouvons donc, devant un enfant

qui ne veut apprendre que ce qu'il sait d�j�.

-Voil� !

-Mais non monsieur, il n'a jamais dit �a !

Il veut bien tout apprendre, tout sauf ce qu'il ne sait pas.

-Je vais rentrer,

il y a mes brothers et mes sisters

qui trainent dans les parages.

Il faut que je les ram�ne !

Excusez-moi.

Aurevoir monsieur.

-Aurevoir Ernesto.

Cas impr�vu.

-C'est toujours �a.

Mais � part �a, qu'est ce qu'on va en faire ?

-On trouvera bien, Enrico

-C'est �a vous trouverez -bien...

-Je voudrais vous demander quelque chose, monsieur.

-Je vous en prie.

-Est -il vrai, que "�a" saura lire un jour, monsieur ?

Se conduire, boire et manger comme les autres ?

Travailler, aimer, oublier, et tout le reste ?

-Oui, madame,

oui...

-Vous n'avez plus besoin de nous, monsieur ?

-Non, non...

-De toute fa�on, on n'y peut rien...

les enfants, on n'y peut rien.

Ca fait, ce que �a veut.

Alors, tu ne vas pas te ruiner le moral pour tout �a ?

Ca sert � rien du tout !

-Il a quitt� l'�cole, Ernesto.

-Mais, oui, c'est fini...

Il n'ira plus, Il a �tait une fois et c'�tait fini.

C'est puni, de ne pas s'instruire.

-Non, ce n'est pas vrai... mais enfin,

la moiti� du monde serait en prison, r�fl�chis un peu !

Je voulais te dire Papa, j'ivais plus non plus � l'�cole.

-Je m'en doutais un peu de celle -l�...

-Je m'ennuie trop d'Ernesto

-Quand on a l'a connu, on s'ennuit de lui, �a c'est s�r.

-Moi, j'aime mieux �tre � trainer avec lui.

-T'es laquelle toi ?

-Moi, je suis Jeanne.

-Ah oui...

La petite quatri�me.

-La petite sixi�me.

J'ai 7 ans comme Ernesto.

Tiens, le voil� qui passe notre fameux fr�re.

-Comment t'as fais pour sortir de l'�cole ?

-Bah, je me suis lev�e,

puis je suis sortie de la classe,

puis je suis sortie de l'�cole.

-Comme �a ?

-Bah oui !

Et puis, j'ai rencontr� la directrice dans la cour

alors je l'ai remerci� pour le d�jeuner,

et je lui ai dis que c'�tait tr�s bon.

voil�.

Mais, elle n'a rien dit du tout.

-Et les autres, tu crois qu'ils vont quitter l'�cole aussi ?

-Je sais pas.

-O� elle est maman ?

-J'sais pas...

-L'instituteur, il est venu,

il veut te parler Ernesto.

Il dit que �a ne tient pas ce que tu avances.

-J'avance rien.

Quoi, j'avance ?

-Tu es un petit peu en col�re aujourd'hui Vladimir !

-Un ptit peu.

-Toujours � cause de Dieu ?

-Toujours !

-L'instituteur dit,

que si tous les enfants sortaient de l'�cole,

il n'aurait plus qu'� plier bagage.

-Tous les enfants, ils ne sont pas sortis de l'�cole !

Celui qui est sorti de l'�cole, c'est moi.

-Tu es un ptit peu en col�re contre moi aussi, Vladimir ?

-Oui, aussi.

Mais, ce n'est pas pour toi que je dis �a,

toi, tu peux m'emb�ter autant que tu veux,

�tre abrutie, autant que tu veux !

C'est pour rien que je dis �a.

-Pourquoi, tu m'aimes comme �a Ernesto ?

C'est aga�ant � la fin.

-parce que je te connais tellement,

je peux te comparer � rien

-Je ne suis pas toute blanche, Ernesto,

il ne vaut pas t'y tromper.

-Je sais �a aussi, t'es mauvaise aussi !

-Oui !

Il faut que je te dise, �a m'a toujours �tait �gal,

les qualit�s morales, tu le savais ?

Ce que je voudrais, c'est des biens mat�riels.

-Un bon v�lo ?

-C'est �a, un bon v�lo, et �a va mieux !

Un bon frigo, un bon chauffage,

de l'argent, beaucoup.

Mais je n'ai rien.

Dans toute ma vie, il n'y a que toi de positif, Vladimir.

Il n'y a que mon fils Vladimir.

-Avant,

je pensais,

que quand, je serais grand,

j'en trouverais de ces bien mat�riels, pour toi.

Je ne le pense plus.

On ne peut pas rattraper les parents.

-Ca ne m'int�r�sse pas beaucoup la vie,

�a ne m'a vraiment jamais int�r�ss�.

Tu le savais aussi, toi, Ernesto ?

-J'ai toujours s� quelque chose comme �a, oui !

Je regrette, maman.

Quand on pourrait leur donner,

il sont trop vieux les parents,

ils veulent plus s'embarrasser de rien

ce qui fait qu'on a toujours des relations retard�es.

Je voulais te dire maman, j'ai grandi vite, expr�s, pour �a.

Pour rattraper la diff�rence entre toi et moi.

Mais, �a sert � rien.

-C'est vrai que, t'es immense !

-Si, je veux,

on me prend pour un professeur de 40 ans, de philosophie.

Je peux gagner ma vie comme �a, si je veux.

Alors,

il ne faut pas avoir peur de manquer.

-Au fait, ils sont o� tes fr�res et soeurs ?

-C'est mercredi, ils sont au cirque.

-Et pourquoi, tu n'es pas au cirque, toi ?

-Tu sais bien, que �a ne m'a jamais int�r�ss� le cirque.

-C'est vrai �a, ce que tu dis,

d�s qu'il y avait les lions, tu t'endormais.

Mais qu'est ce que tu fais en ce moment ?

-La chimie.

-Et tu comprends ?

-On comprend.

D'abord,

un petit peu, quelque chose et puis tout.

Au d�but c'est lent, et puis apr�s on comprend tout un jour.

D'un seul coup, c'est foudroyant !

-Ca fait combien de temps,

que tu ne vas plus � l'�cole Ernesto ?

-Ca fait 5 mois, 5 mois juste.

Tu sais ce que je fais maman ?

Je vais aux entr�es des �coles,

et puis j'�coute ce qui se raconte,

alors apr�s je sais, c'est fait.

-Dis -donc...

-Il y a le bon air et puis �a va plus vite.

On fait toutes les ann�es en une fois.

Ca y va !

-Tu as fais toutes les ann�es de la communale,

en 5 mois Ernesto ?

-Oui, maman !

Maintenant, il faut que j'aille du c�t� des universit�s.

-Re -laisse moi te regarder, Ernesto.

-Il ne faut plus penser � Vladimir.

Laisse tomber, maman !

Maman, il faut que j'aille chercher

mes brothers et mes sisters,

et puis les ramener, si j'y arrive.

Ils ne sont pas faciles � ramener.

Ils vous filent entre les doigts,

des vrais petits poissons.

-Vous auriez eu, parait -il Ernesto, comme �l�ve ?

-Il parait que oui.

Mais, je vous dis tout de suite,

que moi, je n'ai rien remarqu� de particulier

mais �a ne veut rien dire,

j'ai 40 �l�ves, alors vous voyez !

Je ne peux pas me permettre d'en voir un.

-Que diriez -vous de cette pr�cocit� ?

-Ca existe, ind�niablement,

puis �a disparait vers 12 ans.

Je ne dirais pas pr�cocit�, je dirais clairvoyance.

Que diriez-vous, vous-m�me ?

-Comme vous, je vois mal.

Transcendance, peut-�tre.

D�mence, peut-�tre.

-Ca me chavire, Enrico

Tu sais o� il en est maintenant ?

A la chimie !

Tout seul, il comprend la chimie. Enti�rement.

-Il comprend, il entend,

je l'ai vu derri�re les murs du lyc�e Victor Hugo.

C'�tait un cours sur l'�ther.

(C2H5) 20.

-Enrico, je ne voulais pas te le dire,

mais les lyc�es c'est fini maintenant,

� pr�sent c'est les universit�s,

il va aller � Paris du c�t� des universit�s.

-Oh la la, o� il va arriver comme �a, ce ptit enfant ?

Ce ptit enfant...

Ne pleure pas, vaut mieux �a, plut�t qu'il soit malade.

-Mais, je ne pleure pas.

Mais, c'est que j'ai le coeur gonfl�.

Ca m'�motionne beaucoup.

L'intelligence, c'est si loin de nous,

et voil� qu'on l'a enfant�.

-Je pense � tous les autres, tous ces petits enfants...

toute cette s�rie de "pas de chance".

-Je vais t'avouer quelque chose Enrico,

quand ils �taient tout petits,

quelque fois, j'aurais �t� pour les abandonner,

je ne te l'avais jamais dis.

-Je m'en suis dout� quelques fois.

-Je voulais vous quitter, claquer la porte, tout laisser.

-T'as toujours trop demand� � la vie Ginetta,

je te l'ai toujours dis.

Il ne faut pas en r�clamer autant.

Qu'on les ait l�, c'est d�j� beaucoup.

-C'est-�-dire, l'�cole, elle est un ptit peu d�pass�e

j'mexcuse.

-D�pass�e ?

Mais lire et �crire, Ernesto ?

-Je savais d�j�, avant l'�cole.

Je m'en rendais pas compte, mais je savais d�j�.

-Comment vous l'avez su ?

-Eh bien, j'ai pris un livre et puis je l'ai lu.

-Et �crire ?

-Eh bien, pareil, j'ai pris un petit crayon,

et puis �a y �tait.

Comment vous expliquez �a ?

-Pommes de terre en robe des champs

pommes de terre � l'anglaise,

pommes de terre � la ciboulette et au cerfeuil,

pommes de terre � la menthe,

pommes de terre � la cr�me,

pommes de terre en salade,

pommes de terre au gruy�re

pommes de terre farcies,

pommes de terre,

pommes de terre,

Pur�e de pommes de terre !

Euh, non !

Gateau de pommes de terre,

Hachis parmentier, maman !

pommes de terre duchesse

timbales de pommes de terre,

gnocchi aux pommes de terre.

Gratin dauphinois.

Pommes de terre au beurre,

pommes de terre aux oignons,

pommes de terre � la boulang�re ?!

Il faut des oignons, un bouquet far�i, on a pas...

pommes de terre en ragout,

pommes de terre frites au Pont-Neuf

pommes de terre chips,

pommes de terre paille,

Il faut des grosses julienne

Croquettes de pommes de terre,

-Non, non, pommes de terre saut�es aux oignons.

-Oh �coute...

pour une fois, on pourrait cuisiner un peu... attends...

pommes de terre � la boulang�re, �a je l'ai dis,

croquettes de pommes de terre, pommes de terre surprise

Il faut que 500grammes de pommes de terre.

Croquettes de pommes de terre fourr�es,

pommes de terre � la Dubourg

-Mais non, mais non.

-Bon �coute, t'as des pommes de terre Nouvelle,

alors qu'est-ce qu'on fait avec ?

-Des pommes de terre saut�es !

-Bon...

des pommes de terre saut�es,

avec du beurre,

-Du persil

-C'est bon.

-Oui c'est tr�s bon.

-Ernesto, tu vas partir en Am�rique, je le sais

c'est le ma�tre qui le dit.

-Pour quoi faire ?

-Le professeur !

-Vous en �tes o�, maintenant Ernesto ?

-A la philosophie allemande

mais, je ne vais pas tarder � m'arr�ter.

-On peut vous demander pourquoi ?

-Parce que j'en suis au dernier jour,

de la connaissance.

-Apr�s, il n'y a plus rien ?

-Non ! Rien !

-Plus rien ?

-Si, Hegel,

le fr�re, c'est lui.

L'�me, c'est Hegel.

Marx, non !

Monsieur, je vais vous laisser.

-Qu'est ce que tu as ?

-J'ai rien, rien, un petit peu de fatigue, c'est rien.

-Tu es dans le noir !

-Non, laisse comme �a.

-Tu reviens de Paris, Ernesto ?

-Oui !

-O� tu en es Ernesto ?

-Un peu partout.

Un ptit peu de philosophie,

un ptit peu de math�matique,

un ptit peu de ci, un ptit peu de �a

-Et la chimie ?

Tu n'as pas abandonn� ?

-Non !

-C'est l'avenir, la chimie, non ?

-Non !

-Ah...

Qu'est-ce que c'est l'avenir ?

-C'est demain !

Demain !

Qu'est-ce que tu fais ?

-J'aime bien ce moment l�, entre le soir et la nuit.

-T'es tranquille, l�...

-C'est �a...

je pense � moi, mais pas au jour le jour, tu vois,

mais dans l'�ternit�.

Ernesto, �a m'a appris beaucoup ce que tu disais une fois.

"Que c'�tait pas la peine", �a m'a fait beaucoup de bien

la d�solation, elle est plus douce,

et puis la solitude aussi, elle est plus naturelle.

Quelques fois, je crois que

je te pr�f�re aux autres, Ernesto

Et �a me fait souffrir,

-Qu'est ce que tu racontes ?

Tu te trompes !

-Oui, oui, je sais bien.

-C'est la fatigue...

-C'est �a.

J'y r�fl�chissais, pour l'histoire de l'�cole, Ernesto,

�a va te poursuivre dans la vie,

c'est un mauvais dossier de quitter l'�cole.

-Non !

-Tu crois ?

-C'est s�r !

C'est fini tout �a...

-Tu ne peux pas faire le plombier avec ce que tu sais...

c'est impossible, tu veux faire quoi ?

-Rien

-Tu ne tiendras pas Ernesto,

rien, personne ne peut, on ne peut pas.

-Ernesto a v�cu,

il est devenu professeur de math�matiques modernes.

Il a d'abord �t� nomm� � l'universit� de Boston

Et puis ensuite, un peu partout, dans le monde entier.

Avec ce choix, tranquille, que fit Ernesto,

d'une recherche, disons, d'ordre indiff�rent

Il semblerait que la vie,

lui soit, finalement, devenu tol�rable.

Tr�s vite apr�s son d�part,

la jeune soeur d'Ernesto serait morte.

Morte, de cette mort que sans doute, il lui avait promise,

et que lui, en d�finitive, avait abandonn�e.

C'est probablement, en raison de ce deuil,

qu'il ne rev�nt jamais en France.

-Vous �tes la soeur de monsieur Ernesto ?

-Oui !

-Je suis le journaliste qui devait venir, vous savez ?

-Ah oui...

-La crise de votre fr�re,

ce ne serait pas une sorte de r�volte

de d�couverte de l'injustice...

-Vous voulez un chewing -gum ?

-Merci... de l'in�galit� sociale

-Vous savez, il ne parle jamais de la soci�t�,

ni de l'injustice sociale, d'ailleurs.

-Vous ne pouvez pas �tre,

au point o� vous en �tes dans la soci�t�

et d�noncer cette soci�t�, �a ne voudrait rien dire du tout !

-On n'a pas d'avis � vous donner sur nous -m�me,

c'est � vous de le trouver.

-Ah bah dis -donc... Vous avez quel �ge vous ?

-7 ans.

-Vous avez fait de la sociologie ?

-Oh, pas beaucoup !

Ernesto, non plus, d'ailleurs.

-Mais d�tes -moi, il y a quelque chose dans votre famille,

qui ne va pas avec les chiffres.

7 ans, moi, je vous dis non !

D'ailleurs, personne ne le croit dans le village,

vous savez ?!

Ce qu'il y a, c'est que vous vous foutez du monde,

c'est honteux !!

Alors, excusez-moi, qu'est-ce qui vous int�r�sse dans tout �a ?

-C'est difficile � dire...

-Ah bon encore... c'est difficile comment cette fois -ci ?

-C'est difficile

-D�tes -moi, vous avez quitt� l'�cole, vous aussi ?

-Si, mais j'y suis rest�e plus qu'Ernesto, 4 jours.

C'est pas mal...

Loin d'Ernesto, je ne tenais plus,

on en �tait � Popaul, vous le savez ?

-Non !

-Papa punit Popaul, vous savez ?

-Oui, oui, �coutez, mademoiselle,

il faut absolument que je fasse mon papier,

d�tes-moi, n'importe quoi, un mot,

-je ne voulais pas Papa punit Popaul,

moi, je connais la vraie version

Papa punit Popaul, pourquoi...

-Non, mais attendez, alors, doucement,

-Bon alors, quoi, papa...

-Papa punit Popaul

mais pourquoi, il punit Popaul papa ?

-Attendez -doucement, papa, punit...popaul

-Pourquoi, il punit popaul papa ?

Papa n'a jamais puni Popaul

Il fait punir Popaul, pour qu'on puisse dire,

papa n'a jamais puni popaul.

Papa a puni Popaul, mais Papa, n'a jamais puni Popaul.

Jamais, jamais, jamais, jamais...

Je ne connais pas la suite.

-Vos 5 fr�res et soeurs, ils ont aussi quitt� l'�cole ?

-J'ai cru � un moment donn�,

que c'�tait dans la chimie qu'on trouverait le d�faut

puis ensuite, j'ai cru, que ce serait dans la philosophie,

non, c'est apr�s que j'ai lu ce livre,

du roi des juifs, sur la poursuite du vent.

-Tu as peur, Ernesto.

-Oui, Dieu, il n'existe pas.

-On ne le sait pas

-Non.

-Ou, on ne le saurait pas.

-Non. On le dit. Mais, on ne le sait pas.

A quel point, on ne le sais pas ?

A quel point, il n'existe pas ?

On ne le sait pas !

-Comme s'il existerait...

-Qu'est ce que tu as dit ?

Tu as dit, comme s'il existerait...

-On va mourrir, Ernesto

-Non, non ! Tu le savais ?

-Chante -moi, Ernesto

-A la claire fontaine,

m'en allant promener,

j'ai trouv� l'eau si belle,

que je m'y suis baign�,

il y a longtemps que je t'aime,

jamais je ne t'oublierai.

-Vos histoires d'angoisses,

de peur, c'est vieux, Ernesto, comme le monde.

-Non !

-Tu as eu de l'espoir avec tes �tudes, Ernesto ?

-Beaucoup d'espoir.

-Tu n'en as plus ?

-Non ! Je n'en ai plus.

-Euh, j'aimerais bien vous poser quelques questions...

m�tier du p�re ?

-Invalidit�

-A quel titre ?

-A titre de...la t�te !

-M�tier de la m�re ?

-Je ne fais rien.

-Un mot sur les ressources ?

-Pension, allocation, allocations familiales, primes

-Primes d'encouragement ?

-C'est �a !

-Pourquoi ?

-Ca, je ne sais pas

-Votre fils est un cas qui passionne la France enti�re,

vous n'ignorez pas que son histoire a �t�

divulgu� par son ma�tre d'�cole

par son histoire, j'entends, sa phrase.,

sa phrase unique,

dont tout le monde cherche le sens dans la France enti�re.

C'est pour �a que je suis remont� � la source,

pour essayer de percer le myst�re.

-Encore ?!

Ecoutez, il faut vous le mettre dans la t�te,

une fois pour toute,

la phrase, je ne la comprends pas.

-Attendez, vous, ses propres parents,

vous ne la comprenez pas ?

-Moi, je la comprends.

-Quel bonheur ! Merci madame, merci.

Madame, je voulais vous demander,

quand avez-vous compris la personnalit�,

hors du commun de votre fils ?

-Ca, je ne sais plus,

il faudrait que je r�fl�chisse.

-Il ne s'est pas pass� un �v�nement, un d�tail...

une phrase d�j�, qu'il aurait dite quand il �tait tout ptit?

-Ah, si, y'a, les ciseaux � d�couper...

tu sais bien ?!

-Ah oui...oui,

un jour, il arrive...non...

un jour, il avait 3 ans, il arrive, il pleurait,

il me dit : "maman, je voudrais mes ciseaux � d�couper"

je lui dis : "t'as qu'� r�fl�chir � o� tu les as mis."

il me dit : "je ne peux pas r�fl�chir"

Moi, je dis : "�a alors..pourquoi tu ne peux pas r�fl�chir?"

alors, il dit : "parce que si je r�fl�chis,

je crois que je les ai foutus par la fen�tre"

-Excusez -moi, madame, si vous �tiez totalement idiote,

comment auriez-vous pu reconna�tre l'intelligence d'Ernesto?

-Je n'ai jamais dis que j'�tais d�pourvu d'intelligence,

jamais ! Vous avez mal compris !

-Excusez -moi.

-Vous �tes b�te monsieur,

ce n'est pas une fa�on de raisonner, �a.

Je croyais que vous aviez compris de quoi il s'agit.

Ecoutez, la phrase d'Ernesto,

je ne comprends pas � vous l'expliquer,

je la comprends � me taire

voil�, j'ai fini.

-Quelqu'un avait parl� de la porosit� du monde,

� propos de votre fils,

que le monde �tait poreux,

que le savoir venait tout seul,

qu'il �tait s�cr�t� par le monde

que l'�cole avait beaucoup moins d'importance qu'autrefois,

vous avez un avis ?

-Aucun !

-Aucun !

-Mais enfin, cette phrase...

-Quelle phrase ?

-Quelle phrase ?

-Bon...�a continue...

-Quoi ?

-Rien, excusez -moi madame.

Est-ce que je peux vous demander

o� se trouve votre fils Ernesto ?

-Il est � voler des pommes de terre...

-Il est � ramasser des pommes de terre.

aux champs, on ne vous dira pas o� !

Mais faut le laisser tranquille !

Il va revenir, alors attendez !

Vous l'aviez vu Ernesto ?

-Euh, non pas encore, mais on m'en a parl�

Il est immense ?

-Immense, un point c'est tout !

-Ah, bah dites -donc, 7 ans ?!

-Bonjour,

-Bonjour monsieur,

-Monsieur Ernesto, je voudrais �tre seul avec vous,

je voudrais d�velopper, voir o� cette philosophie

nihiliste, peut mener, n'est-ce pas ?

-Moi, non. Je veux qu'il reste l�. C'est pour la phrase ?

-Oui. Mais c'est comme, vous voulez,

je disais �a...

-Ecoutez, si quelqu'un peut la comprendre, c'est eux,

ils la comprennent � un tel point,

qu'ils peuvent rien en dire

-Mais vous, monsieur Ernesto ?

-Peut -�tre que je l'ai comprise, avant,

peut �tre que je ne la comprends plus...

-O� en �tes vous de vos �tudes, monsieur Ernesto ?

-Elles sont termin�es.

-Je vous demande pardon, je ne savais pas.

-Depuis, hier soir !

-Tout ?

-Oui

-Monsieur Ernesto, vous ?

-Moi ? Rien

-Les limites de la science reculent chaque jour, on le dit

-Non, c'est fixe

-Vous voulez dire, que tant que l'homme pensera � Dieu,

ce sera fixe ?

-Je crois.

-Il n'y a pas l�, une erreur de votre part ?

Dieu n'est plus le probl�me majeur, la pens�e majeure...

-Si !

-Ca n'est pas la sauvegarde de l'humanit� ?

-Non !

-Parlez-nous monsieur Ernesto, parlez-nous

-Nous sommes d'origine italienne

-Les autres enfants font des �tudes ?

-Aucun !

-Excusez -moi

-Nous sommes des enfants, d'une fa�on g�n�rale, vous voyez?

-Oui, oui, je vois,

c'est dans la logique des choses si j'ai bien compris

-Oui

Dans la famille de ma m�re, ils �taient 11.

Dans la famille de mon p�re, ils �taient 9.

Nous on est 7.

Je vous ai dit le principal.

-Tout �a, c'�tait d�j� pour rien...

-En effet, c'�tait pas la peine !

-Encore moins la peine que d'habitude

-Disons que c'�tait pareil, c'est pareil,

-D'o� vient -on d'Italie ?

-De la vall�e du P�

-Avant tout, nous c'est la vall�e du P�

sous Napol�on d�j�, on venait pour les vendanges.

-Vous aimez les pommes de terre ?

-Euh...c'est-�-dire...

-On va prendre un verre de cidre,

et puis on va �plucher les pommes de terre. Vous voulez ?

-Mais comment donc, monsieur Ernesto !

-C'est une tr�s bonne id�e.

-Tous, on va �plucher les pommes de terre,

sauf elle, la m�re.

Si la reine, elle veut bien nous chanter quelque chose,

ce sera la f�te !

-Il dit : "tout est blanc, br�l�, nous sommes des h�ros,

tous les hommes sont des h�ros !"

Et il dit aussi : "Le roi des juifs, celui de la poursuite du vent,

il a parl� pour moi et il le croit"

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