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23,976 FPS
www.calorifix.net Manji (v.01)
Adaptation : Ulairi
PASSION
Monsieur,
si seulement j'avais eu un brin de talent litt�raire,
j'aurais fait un genre de roman
et je vous l'aurais donn� � lire.
Mais j'en suis incapable. Ce qui explique ma visite inopin�e.
Je crains de vous importuner...
Je ne vous d�range pas ?
Voici mon histoire.
Apr�s avoir �t� dipl�m�,
mon mari a ouvert un cabinet d'avocat � Osaka.
C'�tait l'ann�e derni�re, en f�vrier, je crois.
Il devait se sentir g�n� d'�tre toujours aid�
financi�rement par ma famille.
Moi non plus, je ne voulais plus passer
mes journ�es � ne rien faire.
Il existe une �cole des beaux-arts, � Tenn�ji.
C'est une banale �cole priv�e pour jeunes filles. Je m'y suis inscrite.
D'apr�s le roman de Tanizaki Junichir�
Sc�nario : Shind� Kaneto
Photographie : Kobayashi Setsuo
Montage : Nakashizu Tatsuji
Avec :
Wakao Ayako Kishida Ky�ko
Funakoshi Eiji Kawazu Y�suke
Sazanka Ky� Mitsuda Ken
R�alisation : Masumura Yasuz�
Il y avait deux cours : art japonais et art occidental.
Nous dessinions la D�esse de la Mis�ricorde.
Un jour, le directeur entre dans la classe.
Mme Kakiuchi. Votre dessin ne ressemble pas au mod�le.
Qui donc avez-vous dessin� ?
Je me suis sentie rougir.
Je ne m'en �tais pas aper�ue.
La remarque du directeur me laissa sans voix.
Sans le savoir, j'�tais en train de dessiner Tokumitsu Mitsuko.
Regardez.
C'est la fille d'un industriel du textile.
Mme Kakiuchi ! Qui avez-vous pris comme mod�le ?
Mon dessin ressemble pourtant � ce mod�le, ne trouvez-vous pas ?
� ce mod�le ici ?
C'est vrai que je dessine mal. Ceci explique peut-�tre cela.
Vous dessinez tr�s bien, au contraire.
Je dis seulement que le visage est celui d'une autre personne.
Vous parliez du visage ?
C'est un visage aux traits id�alis�s.
Alors, qui est votre id�al ?
Mais personne ! Puisqu'il est id�al.
J'ai voulu dessiner la puret� de la D�esse de la Mis�ricorde.
Est-ce d�fendu ?
Je ne vous suis pas tr�s bien.
M�me si quelqu'un devait ressembler au visage de la D�esse,
en serait-ce pour autant une faute ?
Puisque vous insistez tellement, dites-moi alors � qui il ressemble !
Ma discussion avec le directeur fit jaser toute la classe.
Des rumeurs commenc�rent � circuler.
On racontait que Mitsuko et moi avions des relations amoureuses.
C'�tait tellement absurde que je ne m'en offusquais m�me pas.
La pauvre Mitsuko...
J'ai d� lui causer du tort.
Je la cherchais du regard � l'entr�e de sa classe.
Un jour, je tombai nez � nez avec elle dans les toilettes.
Mme Kakiuchi...
On cherche � nous pi�ger. Prends garde.
Qui donc ?
Je ne peux rien dire ici.
Voyons-nous quelque part pour parler.
Avec plaisir.
C'est le directeur qui a lanc� la rumeur sur nos relations.
Pour quelle raison a-t-il fait cela ?
Je dois me marier avec un homme d'une grande famille.
C'est surtout mon fianc� qui est inquiet.
En fait, la fille d'un politicien d'Osaka veut l'�pouser.
Nous sommes donc devenues rivales.
Le p�re de cette fille a pay� le directeur pour faire circuler
des rumeurs � mon sujet.
L'inf�me !
Et �a se dit professeur. Quelle bassesse !
Tu n'es pas encore mari�e.
Prends garde � ce qu'on ne te porte pas pr�judice.
Moi, je ne crains pas les rumeurs, mais toi...
Moi non plus.
Devenons amies.
Et montrons-nous devant tout le monde.
C'est une bonne id�e.
Le directeur va faire une t�te...
Allons nous promener � Nara dimanche prochain.
Quelle histoire �a va faire, si on nous voit !
Allons-y !
Je dois te remercier.
De quoi ?
Je ne dois pas me marier avec un homme que je n'aime pas.
Manifestement, la rumeur a fait son effet.
La fille du politicien doit �tre contente.
Elle et moi devrions te remercier.
Quel triste endroit ! Je n'aimerais pas y venir seule.
Mais si. Quand on est avec quelqu'un qu'on aime.
Je voudrais rester ainsi toujours.
Moi aussi.
Ton mari n'est pas inquiet ?
Il ne se m�le jamais de mes affaires.
Et je lui ai parl� de toi.
Qu'a-t-il dit ?
Comme tu es belle, il aimerait te rencontrer.
J'ai termin�. Regarde un peu.
Je n'arrive pas � croire que c'est toi qui as dessin� �a.
Je me suis donn�e � fond.
C'est Mitsuko ? Elle ressemble � ce dessin ?
Assez en tout cas pour faire un scandale.
En fait, je n'ai pas r�ussi � rendre toute sa sensualit�.
C'est un chef-d'�uvre. Tu devrais l'encadrer.
Et le montrer apr�s � Mitsuko.
S'il faut l'encadrer, autant le corriger un peu.
Bien s�r, il est tr�s r�ussi.
Le visage est bien dessin�, mais le corps diff�re un peu du mien.
Comment cela ?
Comment dire... ?
Ce n'est pas facile � expliquer.
Alors montre-moi ton corps que je comprenne.
�a ne me g�ne pas, mais...
Allons chez toi et je te le montrerai.
Personne ne nous verra ici.
Quelle pi�ce agr�able !
Ce grand lit � l'air confortable.
J'aimerais avoir une chambre pareille.
Tu en auras une plus belle encore quand tu seras mari�e.
C'est votre chambre intime ?
Ton mari ne risque-t-il pas de se f�cher ?
�a n'a aucune importance. Dans ton cas, c'est diff�rent.
Mais on dit que la chambre d'un couple est sacr�e.
Le corps d'une vierge �tant aussi sacr�, le lieu est appropri�.
Montre-le-moi vite.
On pourrait m'apercevoir. Ferme les fen�tres.
Je t'emprunte un drap.
Suis-je diff�rente de ton dessin ?
Comment est-ce permis d'avoir un corps aussi superbe !
Pourquoi m'avoir cach� si longtemps
cette pure merveille ?
C'est trop ! C'est trop !
Calme-toi un peu.
Quand je vois une merveille, j'en pleure d'�motion.
Tu es contente ? Je vais me rhabiller.
Je veux en voir plus !
Je ne vais quand m�me pas rester toute nue.
Pourquoi pas ?
D'ailleurs, tu n'es pas compl�tement nue.
Enl�ve ce drap.
L�che-moi !
L�che-moi !
�a suffit, maintenant !
Je ne savais pas que tu avais un c�ur aussi froid.
C'est fini. Nous ne sommes plus amies.
Serais-tu devenue folle ?
Ta froideur me terrifie.
Nous nous �tions pourtant jur� de ne rien nous cacher ?
Pourquoi te caches-tu ? Menteuse !
Je te hais.
Ton corps est trop beau !
J'ai envie de te tuer.
Alors tue-moi !
Je veux �tre tu�e par toi.
Tu es injuste.
D�shabille-toi, toi aussi et laisse-moi te regarder.
Je ne suis pas injuste...
Tu es si belle que j'ai honte de mon corps.
Si je te le montre, tu ne m'en voudras pas ?
Tu es belle, toi aussi. Je ne vois aucune diff�rence.
Ne dis pas de mensonges. Je me sens toute petite.
Je vous ai apport� la correspondance
que nous avons �chang�e � cette �poque. Lisez-la.
"Il pleut ce soir. J'�coute le bruit des gouttes."
"Goutte � goutte, goutte � goutte,"
"j'entends murmurer :"
"Mitsuko, Mitsuko, Mitsu, Mitsu..."
"Je me suis mise � �crire ton nom sur ma main. Ma paume a �t� bient�t"
"recouverte de 'Mitsuko'."
"De mon pouce jusqu'� mon petit doigt."
"Pardonne-moi d'�crire de telles b�tises."
"Ma ch�rie. Que les dimanches sont maussades !"
"Pourquoi ? Parce que je ne peux te voir."
"J'ai appel� chez toi, mais on m'a dit que tu �tais de sortie avec ton mari."
"C'est trop cruel !"
"Je suis seule et je pleure."
"Je souffre. Je n'en dirai pas plus."
"Tu es cruelle !"
"Finalement c'est arriv�. Ce que je craignais est arriv�."
"Si tu avais vu �a, notre dispute entre mon mari et moi."
"Excuse-moi d'�crire encore mon mari."
Kiyo ! Apporte le th� au premier.
Kiyo m'a dit que tu �tais tr�s intime avec Mitsuko.
Qu'est-ce que �a veut dire ?
J'aime beaucoup Mitsuko. Nous sommes amies.
Certes, mais de quelle mani�re l'aimes-tu ?
Aimer est un sentiment. �a ne s'explique pas.
Il y a diff�rentes fa�ons d'aimer. �vitons tout malentendu.
Je n'aime pas qu'on m'interroge sur mes amies.
Trouve-toi des amis et laisse-moi tranquille.
Si c'est une relation normale, je n'y vois pas d'inconv�nient.
Tu ne vas plus � ton �cole de dessin, et tu �cris des lettres bizarres.
Vous vous enfermez toutes les deux. J'appelle pas �a une relation normale.
Je trouve que tu as l'esprit mal plac�.
Je ne te savais pas aussi vulgaire.
Vulgaire, moi ? Es-tu s�re d'avoir toute ta t�te ?
Bien s�r ! C'est naturel d'aimer les gens beaux.
C'est comme appr�cier une �uvre d'art.
Il n'y a rien de malsain. C'est toi le malsain !
Alors pourquoi vous cachez-vous, comme si je ne devais rien savoir ?
Tu mens ! Ce n'est pas pour la peinture.
Qu'est-ce que vous fabriquez ?
Va donc visiter un atelier pour voir un artiste � l'ouvrage.
Il ne peint pas sans s'arr�ter.
Il lui arrive de passer des heures � attendre l'inspiration.
Mitsuko n'a pas seulement un visage.
Son corps est si beau qu'on a envie de l'�treindre.
Je pourrais passer des heures � le contempler.
Et Mitsuko supporte de poser toute nue devant toi tout ce temps ?
Bien s�r que oui. Puisque nous sommes entre femmes.
�tre admir�e n'a rien de d�plaisant.
C'est quand m�me insens�,
de rester nue toute la journ�e, m�me devant une autre femme.
N'as-tu donc jamais �t� �mu devant la nudit� d'une femme ?
C'est comme la fascination exerc�e par un paysage grandiose.
Je me sens envahie d'un bonheur infini � tel point que j'en pleure.
Je n'insiste pas. Tu n'entends rien au beau.
�a n'a rien � voir avec le beau. C'est de la perversit�.
Quel vieux jeu !
Cette Mitsuko est une d�prav�e.
J'en suis s�r.
Qu'est-ce que tu as dit ?
De quel droit peux-tu juger une personne que j'aime ?
Elle est trop pure pour �tre humaine. C'est une d�esse.
L'insulter c'est la profaner.
Tu ne comprends pas ?
Personne de sens� ne peut dire des choses pareilles.
Vieux fossile !
Tu es devenue une belle d�prav�e.
Parfaitement.
Tu le savais bien. Alors pourquoi m'as-tu �pous�e ?
Pour mon argent, n'est-ce pas ?
R�p�te un peu �a !
Autant de fois qu'il le faudra.
Tu m'as �pous�e pour mon argent.
Tu es peut-�tre intelligent, mais tu es un l�che.
Tu me d�testes � ce point ?
Si tu t'avises de lever la main sur moi, je le dirai � p�re.
Te voil� pr�venu. Maintenant, frappe autant que tu veux.
Je veux que tu me tues.
Vas-y, tue-moi !
Tue-moi !
Idiote !
Nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre, c'est �vident.
Je n'ai jamais �t� heureuse avec toi.
Parce que tu es trop obstin�e.
J'ai tout essay�. Toi, tu n'as jamais rien fait.
Non ! C'est toi qui n'as pas de passion. Tu manques de sentiments.
Le lendemain, nous nous sommes lanc�s des regards haineux sans nous parler.
Mais le soir...
Je peux para�tre maladroit et froid.
Mais je ne suis pas d�pourvu de sentiments.
Je ferai de mon mieux pour �tre un meilleur mari.
Mais il faut que tu respectes ma volont�.
Dis-moi que tu ne la fr�quenteras plus.
Non !
Au moins, qu'elle ne vienne plus dans notre chambre.
Non !
S'il te pla�t. �coute ce que je te dis.
Je ne veux pas �tre contr�l�e. Je veux �tre libre.
Je veux devenir plus forte.
Assez forte pour ne plus avoir � craindre ni Dieu, ni la mort,
ni mes parents, ni mon mari.
Tu ne me d�testes pas, apr�s tout ce que ton mari a dit sur moi ?
Maintenant que la v�rit� a �clat�, je ne crains plus rien.
Je ne t'abandonnerai jamais.
Je le jetterai dehors, s'il se plaint. Il est chez moi, apr�s tout.
Tu dis cela maintenant. Mais j'ai peur qu'un jour tu me d�laisses pour lui.
Tous les couples sont pareils.
Nous ne sommes pas un couple !
Nous fuirons, s'il le faut.
Tu es sinc�re ?
Je suis pr�te � tout.
Moi aussi.
Si je te demandais de mourir avec moi, tu accepterais ?
Bien s�r ! Je mourrais pour toi.
Je n'ai pas d'enfant. Tu es ma seule raison de vivre.
Pourquoi n'as-tu pas d'enfants ?
J'ai un m�dicament qui permet d'�viter l'avortement.
J'en voudrais, moi aussi.
Une de mes amies ne veut pas d'enfant.
C'est cher, mais je t'en donnerai.
Je suis si contente.
Je pr�f�re �tre aim�e par une femme plut�t que par un homme.
C'est naturel qu'un homme trouve belle une femme.
Moi, j'attire les femmes...
Ma ch�rie. Soyons amies toute notre vie.
Je veux mourir ici et maintenant.
Notre relation devint de plus en plus forte et passionn�e.
Mon mari semblait s'�tre r�sign�.
Profitant de sa faiblesse, je me cachais de moins en moins.
Que fais-tu si tard ? Il est deux heures pass�es.
Tu es seule et triste ? Tu n'arrives pas � dormir ?
C'est pour me dire �a que tu m'appelles ?
Tu es incorrigible !
Viens demain. On s'amusera bien ensemble.
Mon mari ? S'il dort encore, je le jetterai du lit.
C'est promis ?
Oui, je te le jure.
Je perdais la raison et devenais esclave de ma passion.
C'est alors que se produisit
un �v�nement qui me prit totalement au d�pourvu.
Une chose que je n'aurais jamais pu imaginer.
All�, Mitsuko ? Que se passe-t-il ?
On a vol� tes v�tements ? O� �a ? Mais que faisais-tu ?
J'�tais dans la baignoire.
Je suis � l'auberge Izutsuya.
On me les a vol�s quand j'�tais dans la salle de bain.
Que fais-tu l�-bas ?
J'ai certaines raisons. Je suis dans le p�trin.
Il faut que tu m'aides. Envoie-moi de quoi m'habiller.
Excuse-moi de te le demander mais...
Envoie-moi aussi des v�tements de ton mari. Un de ses costumes.
Un costume ? Mais avec qui es-tu ?
Eh bien, c'est quelqu'un que tu ne connais pas.
J'ai autre chose � te demander.
Peux-tu apporter aussi de l'argent ? Trente mille yens.
Tu me rendrais un grand service.
Je t'en supplie, aide-moi !
Ma bonne, Um�, doit passer chez toi. Elle t'accompagnera.
S'il te pla�t !
Mon c�ur battait la chamade et mes jambes tremblaient.
� la barbe de mon mari, j'enveloppai les v�tements,
et pris un taxi avec Um�.
Um�, dis-moi... Avec qui est-elle ?
Tu suis Mitsuko partout. Tu dois le savoir.
Depuis quand fr�quente-t-elle cet homme ?
Ne me cache rien.
Depuis un certain temps. Avril dernier.
Combien de fois ?
Je ne les compte plus.
Qui est cet homme ?
Je n'en sais rien.
�coute Um�. J'ai tout fait pour Mitsuko.
Comment ose-t-elle m'avouer qu'elle prend un bain avec un homme ?
Comment ose-t-elle se moquer de moi ?
Vous avez raison, madame.
Mais si on lui a vol� son kimono, elle ne peut pas sortir toute nue.
Moi je rentrerai nue, plut�t que de donner ce coup de fil honteux.
Tomber sur un voleur dans de pareilles circonstances !
C'est le ch�timent.
Tout � fait. C'est leur ch�timent.
Elle qui disait que j'�tais la seule � conna�tre sa nudit�. Tu parles !
J'ai h�te de les voir tout nus, ces deux-l�.
C'est ici.
Attends ici.
AUBERGE IZUTSUYA
Excusez-moi !
Vous avez de la visite.
Entrez, madame.
Excusez-moi. Vous �tes bien madame Kakiuchi ?
C'est moi.
Je ne sais comment m'excuser pour ce qui est arriv� ce soir !
Mitsuko voulait tout vous expliquer.
Mais elle a trop honte d'elle.
Elle n'ose se montrer � vous dans sa tenue.
Je ne me suis pas pr�sent�.
Je m'appelle Watanuki Eijir�. Je suis le fianc� de Mitsuko.
Voici les v�tements. Le costume y est aussi.
Merci. Je les donne � Mitsuko.
Dites-lui que je repars. Voici l'argent. Trente mille.
Attendez. Elle ne va pas tarder.
Mitsuko �prouve un sentiment tr�s sinc�re envers vous.
Nous nous sommes rencontr�s l'an pass�
et nous nous sommes promis de nous marier.
� condition que j'accepte votre relation.
L'amour entre mari et femme c'est une chose, dit-elle,
l'amour entre femmes, c'en est une autre. Elle veut vous garder.
Si je n'accepte pas votre relation, elle refusera le mariage.
Je comprends votre col�re pour ce qui est arriv� ce soir.
Mais promettez-moi, madame,
que vous ne la r�primanderez pas.
Comprenez ce qu'elle peut ressentir.
Tr�s bien.
Vous �tes d'accord. Merci beaucoup !
Jamais je n'oublierai votre gentillesse.
Je me sens rassur�.
Mitsuko, viens !
J'�tais folle de rage.
Je voulais me jeter sur elle
et la d�shabiller en lui arrachant son kimono.
Je l'aurais fait si Watanuki n'avait pas �t� l�.
Plus je pensais � cette trahison, plus la col�re montait en moi.
Ils s'�taient moqu�s de moi.
Comment allais-je me venger, lui faire payer cette humiliation ?
J'�tais si boulevers�e que je bus du vin � grandes gorg�es.
J'�tais ivre.
Quand es-tu rentr�e ?
Je suis folle !
J'enrage !
Qu'as-tu ? Que s'est-il pass� ?
Je suis folle !
Arr�te de pleurer et raconte-moi.
Je vais effacer cette fille de ma m�moire.
Promets-moi de m'aimer toujours.
J'avais d�cid� de tourner la page d�finitivement.
Je me levais t�t, lui pr�parais son d�jeuner
et lui cirais ses chaussures.
Tu ne vas pas � l'�cole, aujourd'hui ?
Je crois que je vais arr�ter.
Sa pr�sence m'emp�chera de me concentrer.
Je ne veux pas sortir.
Sois � moi pour toujours. Rien ne pourra plus nous arriver.
Tu passes d'un extr�me � l'autre.
Tu ne m'aimes pas assez. Aime-moi plus fort.
� part cette fameuse nuit,
Je n'�tais pas arriv�e � oublier compl�tement Mitsuko.
Et puis un jour...
Une personne de l'h�pital Nakanoshima
souhaiterait vous voir.
L'h�pital ? C'est bizarre. Que peut-il bien vouloir ?
Mme Kakiuchi ?
Vous �tes bien Mme Kakiuchi ?
Pardonnez ma visite impromptue.
Est-ce vous qui avez donn� un contraceptif � Mlle Tokumitsu Mitsuko ?
Oui, c'est moi.
Elle l'a donn� � une de ses amies, Mme Nakagawa.
Elle a subi de graves complications.
Que s'est-il pass� ?
Notre h�pital d�cline toute responsabilit�.
Vous devez vous concerter avec Mlle Tokumitsu.
Au d�but, j'ai cru � un complot de la part de Mitsuko.
Mais s'agissant de contraception, j'ai accept� de la rencontrer.
Mitsuko est arriv�e chez moi une demi-heure plus tard.
Ma ch�rie, tu m'en veux encore ?
Mlle Tokumitsu. Nous avons un autre sujet � aborder aujourd'hui.
Je n'arriverai pas � te parler
si tu ne m'assures pas que tu m'as pardonn�e, ma ch�rie.
Je vous interdis de m'appeler "ma ch�rie".
Si tu persistes � me parler ainsi,
je ne pourrai rien te raconter.
En fait, cette histoire d'h�pital que tu viens d'entendre,
ne concerne pas Mme Nakagawa.
Ah bon ? Et qui donc, alors ?
Il s'agit de moi. Je suis enceinte de trois mois.
J'ai essay� le contraceptif que tu m'avais donn�.
Il provoque des h�morragies.
Jusqu'o� allait-elle pousser l'effronterie ?
Engross�e par Watanuki, elle venait maintenant implorer mon aide.
Mes douleurs me reprennent.
Ma ch�rie, accompagne-moi aux toilettes.
J'ai vraiment mal !
Qu'est-ce que tu as ?
Je souffre !
Kiyo, viens vite !
Aux toilettes !
Ma ch�rie.
Ma ch�rie, j'ai si mal.
Qu'est-ce que tu as ?
Mitsuko !
Je vais mourir.
Aide-moi, s'il te pla�t !
Ne dis pas de sottises. Tu ne vas pas mourir.
Tu vas me pardonner, n'est-ce pas ?
J'appelle un docteur ?
Non. Je ne veux pas te causer de tracas.
Laisse-moi mourir ici.
Tu ne dois pas m'abandonner.
Je veux mourir dans tes bras. Peu importe le reste.
Monte sur mon dos et appuie de toutes tes forces.
Ici ? Comme �a ?
Cette souffrance, c'est la punition qui m'est inflig�e.
Me pardonneras-tu, si je meurs ?
Je meurs !
De l'eau !
- Kiyo ! - Oui, madame.
J'ai perdu du sang.
Tu saignes ?
Monte sur mon dos et appuie fort.
Je commen�ais � r�aliser que Mitsuko jouait la com�die.
Je le savais, mais je lui donnais le change.
Mitsuko avait d� se rendre compte que je n'�tais pas dupe,
mais elle n'en cessa pas pour autant son petit jeu.
Tu ne m'en veux plus, maintenant ?
La prochaine fois que tu me trompes, je te tue pour de bon.
Est-ce que je peux revenir chez toi ?
J'ignore si c'est bien ou pas.
Je ne suis pas enceinte. C'�tait juste un pr�texte invent� pour te revoir.
L'homme de l'h�pital est un de nos employ�s.
J'avais tr�s bien compris.
Le sang, c'�tait de la g�line de th��tre.
Je m'en doutais. Ne parle plus.
Si je disais que j'avais un enfant
ton mari ne nous soup�onnerait plus.
On pourrait alors se voir librement. N'est-ce pas une bonne id�e ?
Ainsi suis-je tomb�e dans son pi�ge. Nous retrouv�mes d�s lors
notre ancienne intimit�.
Je disais que j'allais voir Mitsuko enceinte.
En fait, nous nous voyions � l'auberge.
Un jour que j'attendais Mitsuko � l'auberge,
Watanuki est arriv�.
� votre avis, lequel de nous deux aime le plus Mitsuko ?
Allez savoir.
C'est vous, bien s�r !
Voil� pourquoi elle ne m'�pouse pas, bien qu'elle attende mon enfant.
Qu'ai-je fait au Bon Dieu ?
Je suis poursuivi par le malheur.
J'ignorais qu'elle �tait enceinte.
Comment ?
Vous verrez qu'il n'y a pas de grossesse.
Pourquoi la cache-t-elle ?
Elle m'a dit qu'elle n'�tait pas enceinte.
Je peux vous assurer du contraire.
Elle en est � trois mois.
Elle vous a menti par peur de vous perdre.
Elle a l'air gentille, mais elle ne l'est pas.
Nous sommes tous les deux tomb�s dans son pi�ge.
C'est une femme terrible.
Nous devrions nous associer pour ne plus �tre dup�s par elle.
Puisque nous l'aimons diff�remment, nous n'avons pas � �tre jaloux.
C'est un tort de vouloir garder pour soi une si belle femme.
Partageons-nous ses gr�ces.
Pr�tons-nous serment par �crit.
Voici le serment �crit en question. Lisez-le.
Kakiuchi Sonoko et Watanuki Eijir�
s'engagent � partir de ce jour, le 18 juillet 1964,
� entretenir, aux conditions suivantes, un lien de fraternit�
en rien diff�rent de celui de la parent�.
Un : Kakiuchi Sonoko accepte de devenir
la grande s�ur de Watanuki Eijir�,
du fait que Watanuki �pousera Mitsuko, la petite s�ur de Kakiuchi.
Deux : La s�ur reconna�t � son fr�re le statut de fianc� de Tokumitsu Mitsuko.
Le fr�re reconna�t l'amour entre les deux s�urs.
Trois : La s�ur et le fr�re agiront d'un commun accord
pour emp�cher que l'amour de Mitsuko ne se transf�re sur un tiers.
La s�ur devra faciliter le mariage du fr�re et de Mitsuko.
Apr�s son mariage, le fr�re s'interdira
de contester la liaison des s�urs.
Quatre : Si un des contractants �tait rejet� par Mitsuko,
l'autre devra renoncer aussi � sa liaison avec elle.
Cinq : Les deux contractants s'engagent
� ne jamais fuir ni mourir avec elle sans consentement r�ciproque.
Qu'en dites-vous, grande s�ur ?
J'accepte.
Parfait. Signez ici.
J'appose mon sceau ?
Ce n'est pas trop douloureux.
Que faites-vous ?
C'est le serment du sang. Je n'en prendrai qu'un peu.
Ne criez pas et fermez les yeux.
Un peu de courage !
Buvez en premier.
� mon tour, maintenant.
Nous voil� fr�re et s�ur.
Je vous ch�rirai toute ma vie comme ma grande s�ur.
Agissez de m�me avec votre petit fr�re.
Je peux devenir terrible quand on me traite en ennemi.
Mais en tant qu'alli�, je serai pr�t � mourir pour vous.
Ne parlons jamais de notre serment � Mitsuko.
C'est notre secret.
Nous avons sign� le serment avec notre sang.
Ce Watanuki me faisait si peur
que je n'ai rien dit � Mitsuko.
Qu'as-tu au bras ?
C'est bizarre. Eijir� a la m�me blessure.
Ne me cacherais-tu pas quelque chose ?
Y aurait-il quelque secret entre vous ?
J'en suis s�re.
Tu me caches quelque chose, toi aussi. N'est-ce pas ?
Et quoi donc ?
Tu ne me caches rien sur ton �tat physique ?
Il t'a dit que j'�tais enceinte, c'est �a ?
Il a os� dire �a, alors qu'il est incapable d'engendrer ?
Qu'est-ce que tu dis ?
Dans son enfance, il a attrap� les oreillons.
�a l'a rendu st�rile.
C'est vrai ?
Quand je l'ai su, il �tait d�j� trop tard.
J'ai continu� � le voir.
Tu n'as qu'� t'en s�parer.
Si je le faisais, il irait tout raconter sur nous.
Quand j'ai eu la proposition de mariage,
il a menac� de raconter notre relation aux journaux
pour faire �chouer le projet.
Il m'a forc�e � �crire au directeur
� propos de notre relation homosexuelle.
Alors, tu t'es servie de moi ?
Pardonne-moi, je t'en supplie.
Au d�but, oui.
Mais devant la sinc�rit� de ta passion,
j'ai commenc� � t'aimer vraiment.
J'ai autre chose � t'avouer. � propos des v�tements vol�s ici.
Eijir� a demand� qu'on les cache, puis m'a convaincue de t'appeler.
Il pensait que ce coup de fil mettrait fin � notre relation.
Je comprends, maintenant.
Ce Watanuki est vulgaire et l�che.
Mais je ne peux pas m'en s�parer.
Il a fichu ma vie en l'air. Je suis d�sesp�r�e.
Aide-moi, je t'en supplie. Il ne me reste plus que toi.
Ne m'abandonne jamais.
Bien s�r que non. Je suis heureuse que tu te sois confess�e � moi.
En fait,
Eijir� et moi avons sign� un serment.
Un serment ?
Un serment d'amour envers toi.
Il t'utilise pour emp�cher d'autres hommes de m'approcher.
Je pr�f�re mourir plut�t que de devenir sa femme.
Aide-moi � m'en s�parer. Je le d�teste.
J'ai compris, je t'aiderai.
Je mourrais pour moi.
S'il le faut, je le tuerai.
Ma s�ur ch�rie !
Mitsuko, qui en imposait avec sa beaut� conqu�rante
�tait devenue la proie sans d�fense d'un rapace.
Je l'adorais tant. J'avais de la peine pour elle.
Mme Kakiuchi.
Votre mari est ici.
Il d�sire vous voir ensemble. Dois-je le faire entrer ?
Mon mari ?
Mon mari est venu te rendre visite.
Que dois-je faire ? Il doit avoir une bonne raison.
Je vais annoncer que tu es indispos�e.
Non, je pr�f�re le voir. Qu'il constate que je suis bien enceinte.
Bonne id�e. Oharu !
Installe-le dans la pi�ce la plus sombre.
S'il vous pla�t.
Je dois �tre plus ronde.
� combien de mois en suis-je ?
Je ne sais plus.
Tu dois bien en �tre � 6 ou 7 mois.
Je voulais venir vous pr�senter mes hommages.
J'ai profit� que je passais dans le quartier.
Votre femme est toujours si pr�venante.
Le b�b� se pr�sente bien.
Oui. J'en suis au sixi�me mois.
Comment allais-je m'y prendre pour forcer Watanuki � rompre ?
Je cherchais une solution.
Mais Watanuki attaqua en premier.
Viens l�-haut !
Viens voir �a.
Cette signature est bien la tienne ? Ou bien est-ce un faux ?
Parle ! Pourquoi ne r�ponds-tu pas ?
J'en conclus donc que c'est bien la tienne.
Watanuki est venu � mon bureau, hier.
Nous ne sommes pas seulement fianc�s. Mitsuko porte aussi mon enfant.
Votre femme s'est immisc�e entre nous
et ne cesse de nous importuner. Si bien que Mitsuko h�site � m'�pouser.
Ramenez votre femme � la raison.
Surveillez-la un peu mieux.
Elle m'a forc�e � signer ce contrat pour d�stabiliser nos relations.
Reconnaissez-vous la signature de votre femme ?
On dirait bien son �criture.
Mais je dois m'en assurer aupr�s d'elle.
Puis-je vous l'emprunter ?
Que comptez-vous faire si votre femme avoue ?
C'est une affaire entre ma femme et moi.
Divorcerez-vous ?
Cela ne vous regarde pas.
�tant donn� vos obligations envers le p�re de Sonoko, ce serait une erreur.
Je n'ai aucune le�on � recevoir !
� votre guise.
Dans ce cas, je ne peux pas vous pr�ter ce contrat.
Pardon pour le d�rangement.
Les maris faibles ont toujours des soucis avec leur femme.
Pardonnez ma conduite tout � l'heure. Vous permettez ?
Si cela vous chante.
Aveugl� par mes soucis personnels, j'ai manqu� au respect �l�mentaire.
Oubliez ce que j'ai dit tout � l'heure.
Comprenez que je me trouve dans une situation d�sesp�r�e.
Je vous pr�terai volontiers ce contrat que nous avons sign�.
L'id�e que vous devriez divorcer me glace le sang.
Car cela pourrait inciter votre femme � fuir avec Mitsuko.
Dr�le d'oiseau !
Et tu as sign� avec ce type ?
Sans consulter ton mari ?
Explique-moi un peu.
Je ne pouvais plus rien lui cacher.
Je d�cidai de parler sans me soucier de la suite.
Je lui parlai du serment secret de Watanuki.
De la grossesse truqu�e de Mitsuko. J'ai tout avou�.
Tu dois te sentir mieux.
Je t'ai rarement entendu parler avec tant de sinc�rit�.
Est-ce parce que tu regrettes ce que tu as avou� ? R�ponds-moi.
J'ai pris un air de soumission empreint de tristesse.
Es-tu consciente de t'�tre fourr�e dans une sale affaire ?
J'ai aussi ma part de responsabilit�. Mon r�le �tait de te mettre en garde.
Toi et moi sommes responsables.
D'apr�s ta version des faits, c'est Watanuki
qui a invent� ce stratag�me. C'est lui qu'il faut bl�mer.
Ma fausse tristesse du d�but devint r�elle et je me mis � sangloter.
Arr�te de pleurer et r�ponds � ma question, pour que je comprenne.
Regrettes-tu ce que tu as fait ?
Laisseras-tu cette fille ?
Ma mort suffira-t-elle � me laver de mes crimes ?
Au point o� j'en suis arriv�e, je n'ose plus regarder les gens en face.
Laisse-moi mourir.
Tu ne regretteras pas une femme d�prav�e comme moi.
Qui parle de t'abandonner ? Je n'ai jamais eu cette intention.
Mais si je laisse Mitsuko seule,
elle va souffrir le martyr.
Elle en mourra.
Pourquoi devrait-elle mourir ?
Elle se tuera.
Elle menace de se tuer. Je ne peux l'en dissuader.
Je mourrai avec elle. En mourant je demanderai pardon aux gens.
Ne dis pas de b�tises ! Ce n'est pas �a, le pardon.
Je pr�f�re la mort � la contrainte.
Laisse-moi mourir.
Ma seule pr�occupation �tait de trouver
un moyen de revoir Mitsuko comme avant.
Je le mena�ai de me tuer dans le seul but
qu'il finit par reconna�tre ma relation avec Mitsuko.
Je continuai donc de pleurer tout mon so�l.
Mais mes menaces et mes g�missements ne suffirent pas � le convaincre.
Je devais trouver autre chose...
C'est toi, Mitsuko ?
Ma ch�rie !
Mon mari est � son bureau. Je veux que tu viennes.
Le plus vite possible.
Pas un mot � mon mari, compris ?
Mitsuko !
Grande s�ur !
Depuis l'autre soir, Watanuki ne cesse de me pers�cuter.
�coute-moi.
Vous complotez contre moi.
Mais je vous ai devanc�es en allant voir M. Kakiuchi.
Tu es � moi maintenant.
Mets ton sceau sur ce papier.
Qu'est-ce que c'est ?
"Tokumitsu Mitsuko et Watanuki Eijir� sont unis dans un seul corps."
"Mitsuko devra suivre Eijir� jusque dans la mort."
Pas question !
Signe ici.
Tu vas le signer !
S'il te pla�t !
Tu es le seul � t'int�resser � un tel torchon.
Tu ne penses qu'� me faire chanter.
Tu n'as aucune raison de t'inqui�ter.
Ce n'est pas une reconnaissance de dette. Tu ne m'ach�teras pas avec �a.
Qu'est-ce que tu complotes ?
Je veux que tu changes tes sentiments.
L'avenir n'est pas garanti.
Ton obstination pourrait te co�ter cher.
Je te conseille de m'ob�ir.
Sinon, je suis pr�t � toutes les folies pour me venger.
Je te d�truirai !
Si tu veux que je t'ob�isse, aime-moi pour de bon.
L'amour spirituel est sup�rieur � tout.
Bouddha, le Christ... Les grands hommes sont tous asexu�s.
M�me le plus petit des insectes est pourvu d'un esprit.
Je ne veux pas servir ton id�al.
Essaye de m'�chapper et je te tue !
Tue-moi. J'ai d�cid� d'en finir.
Je vais le faire.
Allez, tue-moi.
Quel type collant !
Mon mari va me surveiller de pr�s.
Watanuki te prof�re des menaces.
Si on fuyait ?
Oui. R�fugions-nous dans ma ville de Hamadera.
En prenant Um� avec nous, on pourra y rester cinq jours.
Bonne id�e !
� Hamadera, Um� t�l�phonera � mon mari et lui dira :
"Madame et Mitsuko sont drogu�es. Elles sont dans le coma."
"Elles ont laiss� des lettres d'adieu. C'est s�rement un suicide."
�a va �tre amusant.
Quand mon mari arrivera, nous ferons les mortes enlac�es.
Et on se r�veillera brusquement en pleurant devant lui.
Pendant ce temps-l�,
Um� implore mon mari d'�couter nos requ�tes s'il veut nous sauver.
Tu es tr�s astucieuse.
Mais il faudra qu'on se drogue r�ellement ?
Les somnif�res ne sont pas mortels. Nous n'en abuserons pas.
Mais peu m'importe de mourir, puisque je serai avec toi.
Cela m'est �gal � moi aussi.
Mettons vite notre plan � ex�cution.
Vous arrivez t�t.
J'ai tout pr�par�.
Je vais lui t�l�phoner. Prenez les somnif�res.
Tu as la bonne dose ?
Juste ce qu'il faut.
Allons-y. Buvons-le.
Si on s'est tromp�es et que j'en meure,
tu mourras avec moi, n'est-ce pas ?
Promets-moi la m�me chose si je meurs.
As-tu �crit la lettre d'adieu ?
Oui.
Lis la mienne. Elle est adress�e � ton mari.
"Cher Monsieur Kakiuchi..."
"J'ai entra�n� votre femme. Comment me ferai-je pardonner"
"cet acte insens� ?"
"Consid�rez que c'est la force du destin."
Quand il l'aura lue, il sera tant �mu qu'il en oubliera son ressentiment.
Adieu, Mitsuko !
Adieu, grande s�ur !
J'ai d� rester inconsciente pendant une bonne demi-journ�e.
Je me suis r�veill�e le lendemain midi tout �tonn�e.
Mais je n'ai pas un souvenir pr�cis
de ce qui put se passer les jours suivants.
J'avais l'impression d'�tre plong�e dans un r�ve dont je ne sortais pas.
Au d�but, nous dormions l'une contre l'autre au milieu du lit.
Mon mari et Um� dormaient sur les c�t�s.
Ils tir�rent la couche de Mitsuko vers la chambre voisine.
Elle se r�veilla.
Grande s�ur, o� es-tu ?
Rendez-moi ma s�ur !
Je vous en supplie !
Ensuite, j'entendis les voix de Mitsuko et Watanuki qui murmuraient.
Est-elle vraiment endormie ?
Ne parle pas.
Je ne les voyais pas mais je sentais leur pr�sence.
Ils m'avaient donc bien dup�e.
J'�tais la seule � avoir aval� de la drogue.
�a me fit enrager.
Tu m'aimes ?
Oui.
Tu pr�f�res elle ou moi ?
Toi.
J'essayai de me lever, mais je ne pouvais bouger.
Je voulais appeler, mais ma langue �tait paralys�e et mes yeux ferm�s.
J'�tais folle de rage. Je voulais pouvoir agir.
Mais je me rendormis.
Grande s�ur va-t-elle se f�cher ?
C'est sans doute ce qu'elle d�sirait.
Soyons bon amis, tous les trois.
Soudain, Watanuki prit l'apparence de mon mari.
Que faisait-il l� ?
Je croyais au d�but � un cauchemar.
Mais quand le somnif�re cessa d'agir,
il n'y eut plus l'ombre d'un doute.
Ton mari nous a confondues.
J'�tais trop drogu�e pour m'en apercevoir.
Pardonne-nous.
Mitsuko t'appelait et voulait venir � c�t� de toi.
Craignant qu'elle te r�veille je l'ai prise entre mes bras,
pour vous reborder et remettre en place vos oreillers.
Je la croyais endormie. J'ai manqu� de vigilance.
Quand j'ai compris ma m�prise, il �tait trop tard pour fuir.
J'ai �t� faible.
Sonoko, pardonne-moi !
Je t'en supplie !
Mon mari a si peu d'exp�rience en la mati�re. C'est un v�ritable enfant.
Alors j'ai pens� que c'�tait lui qui disait la v�rit�.
Mais je me demandais quelles �taient les intentions de Mitsuko.
�tait-elle vraiment inconsciente, comme le d�clarait mon mari ?
Ou bien a-t-elle agi dans un but pr�cis ?
Veut-elle s'entourer toujours plus d'adorateurs masculins ?
Son premier faux pas avec Mitsuko ne s'arr�ta pas l�.
Il continua � la fr�quenter tout en se sentant coupable envers moi.
Mais je ne lui en voulais pas.
Il y a toujours eu incompatibilit� entre nous.
Il a cherch� l'amour avec Mitsuko.
Je suis s�re qu'il ressentait ce besoin m�me inconsciemment.
Pardonne-moi.
Pense que c'est la force du destin.
Je voudrais me s�parer de Mitsuko.
Mais je n'y arrive pas.
Tu m'as dit un jour que j'�tais sans passion. Elle m'a prouv� le contraire !
Si je te pardonne, me pardonneras-tu toi aussi ?
Voil� donc ta mani�re de te venger de moi ?
Vous allez faire alliance pour me rejeter ?
Tu as dit que nous �tions incompatibles.
Alors tu veux m'abandonner.
Je ne ferai jamais �a.
Je te comprends parfaitement. Je ne te rendrai jamais malheureuse.
Vivons tous les trois.
Si l'un de nous trois est malheureux, mourons tous ensemble.
Mon mari rendit visite � la m�re de Mitsuko.
Lui qui ne ment jamais, ce jour-l�, il fit des prouesses, par amour.
Il m'expliqua qu'il n'y avait rien entre Mitsuko et Watanuki.
Et qu'il arrangerait l'affaire avec Watanuki,
qui �tait le seul coupable.
Il acheta le silence de Watanuki pour cent mille yens.
Tout allait en s'arrangeant.
Mais en r�alit�, nos relations �taient en train de se d�t�riorer.
Tu es d�j� de retour ?
Ne rentre pas si t�t. J'ai � peine le temps de lui parler.
Je n'avais rien � faire au bureau.
Laisse-moi entrer, je veux la voir.
Pas question.
Vous �tes toujours ensemble. Et moi, alors ?
Non ! Redescends !
Va-t'en, vite.
Si tu veux tout savoir,
c'est Mitsuko qui m'a demand� de rentrer plus t�t.
Elle est f�ch�e, croyant que je l'aime moins que toi.
C'est vrai ?
Grande s�ur ! K�tar� !
Vous n'�tes plus mari et femme. Cessez donc ce comportement.
Appelle-le "Monsieur K�tar�" et plus "ch�ri".
Et toi, appelle-la "Mme Sonoko" ou "grande s�ur".
C'est compris ?
Passait encore ce caprice. Mais un soir,
elle a apport� un somnif�re et de l'eau.
Buvez-le et allez vous coucher.
Je ne partirai pas avant d'�tre s�re que vous �tes endormis.
C'est un somnif�re tr�s efficace. Buvez-le vite.
Allais-je encore �tre la seule � en boire ?
En l'avalant, vous me donnerez la preuve de votre fid�lit�.
Elle veut m'empoisonner, maintenant ?
Qu'attendez-vous ?
Ne chercheraient-ils pas encore � me duper, ces deux-l� ?
Pourquoi ne l'avalez-vous pas ?
J'ai compris.
Vous ne m'�tes donc pas fid�les.
Je suis si malheureuse !
Sonoko, attends !
Au point o� on en est, tentons notre chance.
�changeons nos sachets.
Faisons comme �a. Avalons-les en m�me temps.
Vous �tes d�cid�s ?
Attendez. Je vais vous les administrer moi-m�me.
Ouvrez la bouche.
Il sera plus efficace avec beaucoup d'eau.
Attendez. Je vais en rechercher.
Mangez moins � partir de demain. �a aura plus d'effet.
Mitsuko avait r�ussi son coup.
Mon mari et moi devenions de plus en plus jaloux.
Nous nous soup�onnions mutuellement.
Pourquoi nous force-t-elle � en prendre ?
Je me le demande aussi.
De toute fa�on, nous ne nous conduisons plus en couple.
Qu'a-t-elle derri�re la t�te ?
Tu connais son but ?
Non. Mais toi, tu le sais, n'est-ce pas ?
Pas du tout. C'est toi qui dois savoir.
J'ai l'impression que c'est moi seule qu'elle endort.
J'ai la m�me impression.
T'est-il d�j� arriv� de rester �veill� jusqu'� son d�part ?
Jamais. Et toi ?
Le m�dicament est puissant. Je ne peux pas r�sister.
Alors tu le prends vraiment ?
�videmment. Regarde comme je suis p�le.
Moi, c'est pareil.
Mitsuko est toujours en train de te donner des ordres.
C'est la preuve de son amour.
Si c'�tait de l'amour, me maltraiterait-elle ainsi ?
C'est toi qu'elle aime.
Le somnif�re est de plus en plus fort.
J'ai des naus�es le matin et ma t�te est lourde.
Une vraie malade.
On ne mange presque plus rien � cause des somnif�res.
On va mourir empoisonn�s !
Nous devenons des ombres.
Nous adorons Mitsuko comme une divinit� solaire.
Tu ressembles de plus en plus � Watanuki.
Toi aussi.
Au point o� nous en sommes,
Mitsuko n'esp�re plus une fin heureuse pour notre couple � trois.
Elle cherche peut-�tre � nous affaiblir,
jusqu'� ce que nous mourions.
Peut-�tre.
Nous sommes devenus des zombies.
Seule Mitsuko rayonne de sant�.
Nous perdons au change.
On ferait mieux de s'en s�parer.
Tu crois ?
S�parons-nous-en.
Non !
Tu dis �a pour te l'accaparer.
Je pr�f�re la mort.
C'est pareil pour moi. On ne se s�pare pas, alors.
Tu l'aimes vraiment ?
Oui. Je l'aime plus que tout, si tu veux savoir.
Je n'ai pas peur de mourir pour elle.
Tu es devenu exactement comme moi.
Ce que je craignais a fini par arriver.
Si j'avais pu mourir avec eux, combien j'aurais �t� heureuse !
Sonoko ! Regarde ce qu'on vient de recevoir.
Tout est �crit sur nous, dans les moindres d�tails.
C'est un coup de Watanuki.
"Scandale d'un amour � trois"
Ma carri�re de juriste est fichue.
Watanuki m'a tromp�. Il avait gard� une copie de toutes les preuves.
Alors tout est fini ?
Oui, c'est la fin.
Mourons !
Watanuki nous a eus.
C'est dur � accepter. Mais qu'importe maintenant.
�a devait finir comme �a.
C'est vrai.
Peu importe, tu as raison.
Je n'arrive pas � m'�chapper de Watanuki.
Je pr�f�re mourir.
Mourons. Mourons tous les trois.
Si vous m'aimez vraiment, mourez avec moi.
Tu le feras pour moi ?
Toi aussi, K�tar� ?
Elle m'a demand�
que nous laissions toute notre correspondance en guise de testament.
J'ai conserv� ses lettres avec les miennes.
La D�esse de la Mis�ricorde que j'avais peinte avec amour,
nous l'avons mont�e � l'�tage
et tous les trois nous avons br�l� de l'encens en offrande.
Si la D�esse me guide par la main, je serai heureuse de mourir.
Si les gens l'appellent "D�esse Mitsuko" et prient pour elle,
alors nos �mes pourront reposer en paix.
Je suis donc devenue la D�esse de la Mis�ricorde ?
Dans l'au-del�, plus de jalousie entre nous !
Nous resterons en harmonie aux c�t�s de notre divinit�.
Nous serons les deux bodhisattva de la D�esse Kannon Mitsuko.
Je repris conscience le lendemain.
J'avais envie de les retrouver dans l'au-del�.
Peut-�tre s'�taient-ils jou�s de moi jusqu'� la fin ?
S'�taient-ils arrang�s pour que je sois la seule � survivre ?
Si j'allais les retrouver, ne me rejetteraient-ils pas ?
Si je n'avais pas eu ces doutes,
je serai morte, aujourd'hui.
Encore maintenant, quand je pense � Mitsuko,
je n'�prouve ni haine ni ressentiment,
mais de l'amour, toujours de l'amour.
Pardonnez-moi, je vous en prie,
de ne pouvoir retenir mes larmes.
FIN
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