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Zulu
...
-Jonathan Rivière, mon associé. -BONJOUR.
-Si vous cherchez un fiscaliste pénaliste, c'est le meilleur.
-Fiscaliste et pénaliste ?!
-Ca permet de gagner beaucoup d'argent en évitant la prison.
-Je vous en prie, allez-y.
-A bientôt. -Bonne journée. Au revoir.
-Bravo ! Ils veulent te rencontrer.
J'ai eu Gordon au téléphone, le vieux est toujours aussi buté.
Il n'y a que toi qui peux le faire changer d'avis.
Tu as avancé, avec son avocate ? -Ne t'inquiète pas, je suis prêt.
-M. Rivière. J'aurais besoin de votre signature.
-Myriam, ne pourriez-vous pas
essayer de m'appeler "John" ou même "Jonathan" ?
-Regardez sous votre bureau.
-Un cadeau ?
-C'est son anniversaire. -On est déjà le 12 ?
-Le 10. -Oui, le 10, bien sûr. Merci.
Qu'est-ce que c'est ? -Ca lui fera plaisir.
Téléphone.
-Oui, Marc ?
Oui, 20h, j'y serai.
Non, là, je ne peux pas. Je suis chez mon ex.
Comme d'hab, elle va me dire
que je ne viens jamais, que je ne m'implique pas.
Et moi, je ne vais pas m'éterniser. Allez, salut.
...
Sophie ? C'est John, je me permets d'entrer.
Sophie ?
L'eau de la douche coule.
...
Sophie ?
C'est moi, c'est John. Je suis là.
Hé ! Salut, Gabriel.
Eh bien... voilà, c'est pour toi. Joyeux anniversaire.
Hé...
Ca a été, ta journée ?
...
Bon.
Sophie, qu'est-ce que tu fous ?
Hé, Sophie ?
John frappe. Tu te dépêches ?
J'ouvre, hein ?
Oh ! Sophie !
Sophie !
Attends...
Attends.
Sophie ! Ho !
Sophie !
Ne me fais pas ça, Sophie.
-Les nouvelles ne sont pas bonnes.
Elle a fait une rupture d'anévrisme.
On a pu l'opérer pour résorber le caillot,
mais son état reste préoccupant. C'est grave, John.
-Elle va s'en sortir ?
-Elle est stable, on en saura plus quand elle reprendra connaissance.
Quoi qu'il arrive,
elle aura besoin d'une longue convalescence.
Rentre chez toi, on s'occupe de tout ici.
...
-Tout s'est bien passé ?
-J'ai fini par trouver un film qui lui plaît.
Pour votre dîner de ce soir, on l'a reporté à demain.
-Merci, Myriam.
-Au revoir, Gabriel.
-Tout va bien, bonhomme ? Qu'est-ce que tu regardes ?
Bon...
John soupire.
...
Gabriel ?
C'est prêt.
Tu peux venir manger. Tu viens ? Gabriel ?
Allez.
On éteint, on va manger. D'accord ?
Voilà.
On y va ? On va manger ?
Allez, mange.
Mange, ça va être froid. Allez. -Hm...
-Attends. Voilà... Allez.
Ne fais pas l'imbécile.
Gabriel...
Tu n'aimes pas les pâtes ?
Ho ! Putain !
Ca va, calme-toi...
Gabriel crie.
... Gabriel, Gabriel...
Pourquoi tu fais ça ? ...
... Doucement.
... -Gabriel...
... Arrête...
... Gabriel, non !
... Arrête, Gabriel.
... Bris de verre.
Gabriel crie.
... Gabriel...
... Gabriel !
... Gabriel...
... Arrête. Arrête. Gabriel !
... Chut...
... Calme-toi. Calme-toi.
...
Bruits de clés.
...
-Bonjour. -Bonjour.
-Je suis Marie, je travaille
on. avec Gabriel. Je tombe mal ? -N
La soirée a été un peu mouvementée. Je suis John, le père de Gabriel.
Je vous fais un petit café ?
-Sophie n'est pas là ? -Euh...
Elle a fait un AVC, hier. C'est sérieux, mais les médecins
ont été rassurants. Je ne lui ai rien dit.
-Bonjour, Gabriel.
-Le crayon dans la trousse. Le crayon dans la trousse.
Le crayon dans la trousse. -Assieds-toi.
-Le crayon dans la trousse. -Je sais.
Tu vas petit-déjeuner. -Le crayon dans la trousse.
-"Le crayon dans la trousse" ?
-C'est une écholalie. -Quoi ?
-Ah, vous avez fait des bolognaises ! Une écholalie.
C'est fréquent, chez les enfants autistes.
Ils répètent en boucle une phrase qu'ils ont entendue.
Ca les rassure.
C'est comme une bouée de sauvetage.
Merci. -Merci.
-Gabriel ?
Regarde-moi.
Merci. -Merci.
-Tu ne me regardes pas parce que je suis moche ?
Gabriel rit aux éclats. -Non.
-Tu es prêt ?
-Oui. -Comment il est, lui ?
-Il pleure.
-Oui, il pleure. Et tu sais pourquoi ?
-Il est triste.
-Tu es sûr ?
Bruit de vaisselle. -Hm...
-Concentre-toi. Regarde les images.
Vous pouvez faire moins de bruit ?
Non, tu dois trouver d'abord. Allez. Concentre-toi.
Gabriel.
Pourquoi il pleure ?
-Il a mal. -Oui, bravo !
Super ! Gabriel rit.
C'est bien. -Non, mais... une chips...
Ce n'est pas un animal de cirque ! -Et je ne suis pas dresseuse !
Allez, une petite pause !
Gabriel n'identifie pas les sentiments qu'il ressent.
Pour lui, les bravos, ça ne veut rien dire.
Il a besoin de cette chips pour comprendre qu'il a bien fait.
Peut-être qu'un jour, les sourires suffiront,
mais on n'en est pas encore là. -Je vais vous laisser.
-Comment ça ?
-Ben, je vais me changer. Je vais bosser.
-Je pars dans 2 heures. -Vous restez pas toute la journée ?
-Je suis éducatrice, pas nounou. On est mardi, aujourd'hui,
il a école, cet après-midi, il faut le faire manger avant.
-Il faut le faire déjeuner ?
-Je peux le récupérer à la sortie de l'école, mais juste aujourd'hui.
-Pff...
Myriam, annulez tous mes rendez-vous de ce matin
et reportez-les à la semaine prochaine. Merci.
Bonjour.
Faites-le patienter, j'arrive dès que je peux.
Et dites à Marc que je le retrouve ce soir, on n'annule pas. Merci.
A tout de suite.
...
Allez, on est pressés.
...
*Bruits divers à la télévision.
*...
Assieds-toi, n'aie pas peur. J'en ai pour 2mn.
*...
Gabriel ?
*...
Gabriel ?
Hé ! Ho ho ?
Ho ho ?
A quoi tu joues ? Bon, tu ne bouges pas.
Je reviens tout de suite. Tu ne bouges pas.
OK.
Il baragouine.
...
Allez, viens. Gabriel gémit.
...
C'est bon. C'est bon... ...
OK. ...
... OK, c'est bon.
...
Les enfants crient.
-Hé, attendez-moi !
-Allez, on se dépêche. Allez !
Allez, hop ! C'est parti.
Cris d'enfants.
... -Au revoir. Merci.
-Bonjour, Gabriel.
Gabriel rit. -Alors ? Comment ça va ?
Sophie n'est pas là ? -Euh... Non.
Pas aujourd'hui. John, le père.
-Amir. Je suis l'AVS. Vous avez pu parler au directeur,
pour les comptes rendus du SDS ? -Pas encore.
-Pour le coin refuge,
vous avez le jouet fétiche ? Dites à Sophie
d'y penser. -Voilà, on va y penser.
Au revoir, Gabriel.
-Sophie m'a parlé d'une boîte avec des grains de semoule.
Il aime bien les toucher.
-Des... grains de semoule.
Sonnerie.
...
-John.
Myriam m'a dit, pour Sophie. Si je peux faire quoi que ce soit,
n'hésite pas. -Merci, Marc.
Ca a été, ce matin ? -On s'est débrouillés,
mais c'est tes clients. C'est toi qu'ils veulent.
-Ce soir, toujours 20h ? Très bien.
John soupire.
Bruit de clés.
Tout s'est bien passé ? -Oui, on a bien travaillé.
Hein, Gabriel ?
-Oui.
-Comment vous faites ? -Petits pois, poisson pané.
Toujours le même goût, les mêmes couleurs, le même nombre...
-Ca va, bonhomme ?
-Mettez-vous en face de lui.
-Sinon, il fait ça ? -Ce qu'il ne voit pas,
son cerveau a du mal à le traiter. Du coup, la sensation reste,
comme une étiquette qui gatte dans le dos.
-OK. Bon, je dois y aller. Je serai de retour avant minuit.
Ca vous va ? -Vous plaisantez ?
-J'ai un dîner important, je n'ai pas l'esprit à plaisanter.
-Vous allez me refaire le coup ? Je prends sur mon temps
pour vous dépanner, vous me prenez pour la boniche ?
Je ne suis pas baby-sitter. -Mais ne me parlez pas comme ça !
Gabriel rit aux éclats.
-A demain, 9h.
-Vous ne pouvez pas me laisser ! Je dois aller bosser. Combien ?
-Je me fous de votre fric.
Il a besoin de vous, en l'absence de sa mère.
-Sa mère ? Il n'en a pas parlé. -Vous croyez qu'il n'y pense pas ?
Vous êtes son père, comportez-vous comme tel.
-Gardez vos leçons de morale, vous ne connaissez pas ma vie.
-Il y a un Post-it sur le frigo.
Si vous voulez dormir cette nuit, respectez à la lettre
ce qui est marqué dessus. A demain, Gabriel.
La porte claque.
John soupire.
-Le bleu, ça brûle. Le bleu, ça brûle.
Le bleu, ça brule.
Le bleu, ça brûle.
John soupire.
-Bon. Il y a un cinéma juste à côté qui passe un dessin animé.
Si ça lui plaît, il peut le voir 3 fois de suite,
il n'y a aucun problème. Sinon, faites des tours de voiture.
Voilà.
Gabriel,
sois sage, écoute bien tout ce que te dit le monsieur.
C'est facile, chaque fois qu'il obéit,
vous lui donnez une chips.
A tout à l'heure.
Merci.
-Ah, le voilà ! -Bonsoir. Excusez-moi.
Désolé pour hier.
Pour me faire pardonner... Ils arrivent ce matin de Cuba.
-Vous essayez de me soudoyer ? -Absolument !
-Désirez-vous boire quelque chose ? -Euh...
-Un verre de Meursault. -Voilà.
Mon grand-père disait :
"Si tu veux devenir riche, ta 1re année de mariage,
"tu mets un sou de côté à chaque fois que tu as un orgasme.
"Par contre, si tu ne veux pas finir ruiné,
"les 10 années qui suivent, tu changes de tactique."
Vos vieux associés sont de vieux associés.
Vous avez besoin de cette scission. Ceux qui parlent
de fidélité ne se soucient pas de vos intérêts. Ceux qui parlent
de trahison cherchent à profiter de vous. Ne soyez pas conformiste.
Croy...
-En quoi ?
-Excusez-moi.
Gabriel hurle.
Que faites-vous là ?
-Qu'est-ce qu'il a, votre fils ? Il faut prévenir !
... -Allez chercher la bagnole !
Faut te calmer, là ! Arrête tes conneries. Calme-toi.
...
-Qu'est-ce qu'il a ? -Démarrez, bordel ! Démarrez !
On sonne.
-Je vois que la soirée a été bonne.
Bonjour, Gabriel.
T'es où ?
-J'ai trouvé la solution. Un établissement en Suisse.
-Quoi ?
-C'est un endroit très réputé. Ils ne prennent plus personne,
mais j'ai fait jouer mes relations. Là-bas, ils vont bien s'occuper
de sa maladie. -Il n'est pas malade,
il souffre d'un trouble neurodéveloppemental.
-Ca change quoi ? -Vous n'avez toujours pas compris ?
Il faut lui apprendre. Il est capable.
Il faut juste lui dire quoi faire. Il est arrivé jusqu'en CE1.
Il a besoin d'aide. -Il aura toute l'aide
dont il a besoin en Suisse. -Il sera noyé au milieu des autres.
Il a besoin qu'on prenne du temps avec lui, qu'on lui explique
comment fonctionne le monde.
Si vous le mettez là-bas, vous le coupez de tout ça.
-Ce sont les meilleurs professionnels d'Europe.
-Vous allez le détruire, vous allez détruire ce que sa mère a fait.
-Et vous, vous cherchez quoi ?
C'est quoi, le but ? Qu'il bosse, qu'il fonde une famille ?
-Et pourquoi pas ?
-Arrêtez de vous foutre de moi.
"Orthophoniste, orthoptiste, pédopsychiatre,
"éducatrice". Il ne peut pas vivre sans une armée de personnes au cul.
Il ne peut pas bouffer tout seul.
Quand est-il censé avoir une vie normale ?
-Les aveugles, on les met dans des centres ?
-Avec une canne,
ils se démerdent tout seuls. Pour Gabriel, c'est autre chose !
-Vous parlez de votre fils ! Vous devriez avoir honte.
-Sa mère va mettre des mois à s'en remettre. En attendant,
je fais comment ? A sa sortie, elle pourra aller le reprendre.
-Sophie avait raison, vous êtes un lâche et un pauvre type.
-Allez-y, faites-vous plaisir. -Vous êtes un égoïste.
Vous croyez qu'il suffit de payer, que le fric est la réponse à tout ?
Les gens comme vous, c'est le cancer de notre société.
Vous envoyez votre fils en prison.
-Rien que ça ! Pourquoi pas la peine de mort, aussi ?
Vous, le soir, vous rentrez chez vous, et la merde,
vous la laissez derrière. Moi, je vis dans le monde réel.
Un type comme moi ne peut pas s'occuper d'un gamin comme lui.
Je ne sais pas faire. Vous comprenez ?
-Oui, je comprend bien. -Je vous laisse travailler
et ensuite, une baby-sitter prendra le relais.
Tout est organisé.
-L'enfant est en colère.
Brouhaha.
... -Mais je ne suis pas inquiet.
Bon...
Avant toute chose,
je vous remercie, au nom de toute l'équipe,
pour votre confiance. Comme on dit dans le métier,
"l'avocat est au droit ce que le médecin est à la santé :
"un conseil et un partenaire." L'audit a révélé quelques points
dont nous devons parler. Mais je vais laisser à John
le soin de nous expliquer là où ça coince et pourquoi.
John ?
-Bonjour.
-Que faites-vous là ? -Ben, j'ai fini pour ce matin !
Quand la baby-sitter a vu Gabriel, elle a paniqué.
Vous n'avez qu'à le poser là et lui dire de ne pas bouger.
-Prenez le point numéro 1...
-Vous n'avez pas honte ? -C'est Gabriel qui devrait
avoir honte de vous. -Je ne peux pas le garder ici.
-Vous aviez raison, je laisse la merde derrière moi.
Bon courage ! -Hou !
-Gabriel, s'il te plaît. -Vous pourriez
faire quelque chose ? -Gabriel, laisse Mme Guérin.
Mme Guérin, je suis désolé. -Vous avez mis du parfum ?
-Oui... -Prenez-le
comme un compliment. Il adore votre parfum.
-Qu'est-ce que c'est...
-Les enfants !
On va reprendre.
-Ne bougez pas d'ici.
N'ouvrez à personne, ne parlez à personne.
-Je n'ai jamais vu ça !
-Vous êtes contente de vous ?
C'est une faute professionnelle. -J'essaie juste
de vous faire comprendre
ce qui est en jeu. Gabriel est un enfant. Il a besoin d'amour.
Il faut l'aider, pas le faire interner.
-Gabriel ira en Suisse ! Il aura des pros pour s'occuper de lui.
C'est de ça, dont il a besoin, pas d'une dingo comme vous.
Je veux ce qu'il y a de mieux pour lui. Donnez-moi vos clés.
-Je suis punie ?
-Non, vous êtes virée.
Marie soupire.
Ca va être froid, tu ne veux pas te dépêcher ?
Allez.
Allez !
Allez, hop !
Gabriel gémit. OK, OK !
Tu as raison, on a tout notre temps. Voilà, hop !
Merde, le bain !
Gabriel, c'est prêt !
Merde,
la serviette.
"La tortue n'entendit point raillerie,
"elle le défia et lui dit qu'elle le vaincrait à la course.
"Quoi qu'il se vantât de sa légèreté,
"le lièvre accepta..." -Ce n'est pas mon lit.
-Oui, mais... ça, c'est ton histoire.
Bon. "Ils convinrent ensemble du lieu où ils devraient courir
"et du terme de leur course.
"La tortue se mit en chemin et le lièvre, à dormir,
"croyant avoir du temps pour arriver au but
"avant elle."
-Ce n'est pas fini.
-Oui...
"Enfin, c'est bien le lièvre qui, réveillé à la hâte, arriva au but
"avant la tortue, car c'est bien le lièvre qui va le plus vite,
"sinon, ce n'est pas très logique."
-Le lièvre va vite, la tortue ne va pas vite.
-Oui... Bon.
Allez, hop !
Hop, c'est l'heure !
Bonne nuit, Gabriel.
-Le lièvre va vite, la tortue ne va pas vite.
-Oui.
Le tonnerre gronde.
...
-Hm...
Hm...
Coup de tonnerre.
Hm... -C'est l'orage qui t'a réveillé ?
Moi aussi, ça me fait peur, l'orage.
Tu sais pourquoi ? -Hm...
-Quand j'étais petit, mon père ne supportait pas que j'aie peur.
Il voulait que j'affronte les choses.
Alors, il m'obligeait à traverser le jardin sous les éclairs.
Résultat, j'ai encore plus peur aujourd'hui.
Avec lui, ce n'était jamais assez bien.
Il n'était jamais content.
Tu ne dis rien.
Mais je sais ce que tu penses. Oui, dans la famille,
les pères, ce n'est pas ce qu'on fait de mieux.
Heureusement qu'il y a ta mère.
-Hm...
Hm...
Le tonnerre gronde. Hm...
Hm...
Allez, viens.
Voilà.
Allez, enfile ça. Quoi ?
Le scoot te fait peur ? Tu vas voir, c'est rigolo.
Allez, mets ça.
-Le bleu, ça brûle. Le bleu, ça brûle.
-Mais non ! Regarde. -Le bleu, ça brûle.
-Touche. Je ne suis pas brûlé. -Le bleu, ça brûle.
Le bleu, ça brûle. Le bleu, ça brûle.
Le bleu, ça brûle. Le bleu, ça brûle.
...
-Ben alors, Gabriel, que fais-tu là ?
-Je cherche Amir. C'est son AVS.
-Il n'y a pas d'AVS, le jeudi.
A demain, Gabriel.
-Oui, je sais. Ambiance Daft Punk, aujourd'hui.
...
Les sociétés en commandite par actions
sont soumises à cette formalité. Bris de verre.
Je sais, mais la reconduction de sa mission
ne peut pas être tacite. ...
C'est une décision de l'AG. ...
Il n'y a que ça qui puisse faire bouger les choses.
...
-C'est ma chambre.
C'est ma chambre. -Je vous rappelle.
-C'est ma chambre.
C'est ma chambre. Gabriel crie.
...
-Vous pouvez me suivre ?
-Gabriel, tu viens ?
Gabriel ?
Viens. -Hm...
-Merci.
Bonjour, Sophie.
Viens, Gabriel.
Viens voir maman.
Tu peux lui parler, si tu veux. Je crois que ça lui ferait plaisir.
-Je vous dérange juste 2s.
Gabriel rit.
...
Tu me fais un câlin parce que je m'occupe bien de ta maman ?
Gabriel rit.
...
-Oui, je sais. Mais vous savez que vos chances
de trouver un repreneur sont faibles.
D'où la nécessité de préparer un plan B.
Excusez-moi, je vous reprends tout de suite.
Oui, Myriam ?
Oui, je suis sur le coup. Orthoptiste à 16h,
psychomot' à 18h et le psy demain matin.
Merci. Je vous laisse.
Allô ?
Ah, il a raccroché.
Allez, viens.
On frappe.
-Tu as 2 minutes ?
-Je sais ce que tu vas me dire, mais ça va se régler.
-Gordon nous lâche.
-Quoi ? -Ce n'est pas de ta faute.
Le coup du restaurant n'a pas aidé, c'est sûr,
mais notre proposition a été jugée non stratégique,
il veut créer une structure juridique indépendante.
Si on ne leur sort pas le grand jeu, on va dans le mur.
Je n'y arriverai pas sans toi. Il faut qu'on soit à 100 %.
-Compte sur moi. Désolé de ne pas avoir été plus sur le coup.
-Je sais que ça a été dur, ces derniers temps.
-J'ai trouvé un endroit, pour lui.
En Suisse. On s'occupera bien de lui, là-bas.
Ce sera mieux pour tout le monde.
-Salut, Gabriel.
Gabriel gémit.
...
-Gabriel, qu'est-ce que tu fous ?
Viens te coucher.
Gabriel crie.
OK ! C'est ça, que tu veux ? Regarde, l'eau coule.
...
Bois un peu d'eau, ça va te faire du bien.
...
Gabriel. ...
Il est 4h, les gens dorment. ...
... Les gens dorment.
...
-Tu t'appelles Gabriel ?
Tu vas beaucoup te plaire, ici.
Il y a des jeux, des ateliers, plein d'activités
pour les enfants... Ca va être ta nouvelle maison.
-C'est provisoire. En attendant le retour de sa mère.
-Tous les parents disent ça. Mais ensuite, ils changent d'avis.
Gabriel ne voudra plus repartir.
On frappe. Le mieux est que je vous montre.
-Bonjour. -Bonjour.
-Il est entre de bonnes mains.
-Je reviens.
-Ici, nous tenons compte de la particularité de chacun.
Il y a une vraie individualisation du suivi. Nous voulons
donner confiance à nos résidents en nous inscrivant
dans une démarche constante d'amélioration et de progrès.
Nous recherchons tout ce qui peut les amener à un succès.
Voilà l'espace d'accompagnement pédagogique,
un lieu de socialisation.
Les progrès sont évalués et la prise en charge est ajustée
en fonction de leur évolution. Nous préparons les plus jeunes
à l'insertion scolaire. -Gabriel va déjà à l'école.
-Bravo ! Il sera parmi les meilleurs.
-Parmi les meilleurs...
-Nos méthodes comportementales sont à la pointe
de la recherche actuelle. Pour autant, nous refusons
de considérer ces approches comme fermées.
L'homme crie.
-Je croyais que c'était un centre pour enfants, ici.
-L'autisme ne s'envole pas à l'âge adulte.
Nous consacrons un temps important
à des activités de motricité générale.
-Non, je n'ai pas envie !
Non !
Ce temps améliore la concentration de nos résidents
et renforce leur sentiment de réussite.
-Tu ne veux pas arrêter, avec ton jouet ?
Tu vas te rendre malade, si tu ne regardes pas la route.
Comment ça s'est passé, avec l'éducateur ?
Il est sympa, non ?
Vous avez fait des jeux ?
Gabriel rit aux éclats. Qu'est-ce qu'il y a ?
Gabriel rit.
...
Le téléphone sonne.
Allô ?
Gabriel rit.
...
Oui.
...
Oui.
...
-Nous sommes réunis en ce lieu où tant d'hommes et de femmes
viennent se recueillir
pour rendre un dernier hommage à Sophie.
Elle nous a quittés trop jeune, dans des circonstances brutales.
Sophie restera à nos yeux une véritable leçon de vie.
D'une abnégation et d'une volonté hors norme.
Son dévouement,
sa générosité extraordinaire a comblé nos coeurs,
à nous qui avons eu la chance de partager sa vie.
Maman exceptionnelle, joviale, pleine de patience et d'amour
pour son fils, elle était pour lui une source d'amour inestimable.
-J'y vais. Courage. -Merci.
Gabriel rit. -On va à ton bureau.
-Ca me ferait très plaisir.
Mon bureau, c'est chez Sophie. -Je peux vous poser une question ?
Il n'a eu aucune réaction. Je lui ai expliqué,
mais je ne sais pas s'il a compris que sa mère était morte.
-Ses émotions sont déconnectées de la réalité.
Ca sortira peut-être un jour, mais là, il gère ça mieux que nous.
-Ca vous dirait, de revenir au bureau ?
-Vous ne voulez plus le placer ? -Je ne sais pas.
Je ne suis plus sûr de rien. -Qu'est-ce qui vous fait hésiter ?
-Lui.
Si seulement je savais ce qui se passe dans sa tête !
-Vous voulez le savoir ?
-Qu'est-ce qu'on fait là ?
-C'est calme, non ? Vous entendez quoi ?
-Je devrais entendre quelque chose ?
-Concentrez-vous. Fermez les yeux et dites-moi ce que vous entendez.
-J'entends...
une voiture,
j'entends des oiseaux, j'entends... la vie, quoi !
-Pour vous, c'est juste un bruit de fond.
Gabriel, il entend chaque bruit.
La moto qui passe,
le chien,
la voiture,
le tramway.
Toutes ces informations arrivent dans son cerveau sans filtre.
Elles s'accumulent jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus.
-Mais ces bruits sont...
-Insignifiants ? Allez l'expliquer à son cerveau.
L'autisme est un trouble envahissant.
Gabriel est bombardé par tout ce qui se passe autour de lui.
C'est les sons, mais aussi les images, les couleurs...
La moindre information se stocke dans son cerveau,
sans qu'il puisse faire le tri. C'est calme, ici.
On vient ici pour se détendre. Pour Gabriel, c'est un capharnaum.
Un endroit violent, hostile.
Bruits divers accentués.
-Elle vous attend depuis 1 heure. -Merci. Je m'en occupe.
Excuse-moi, Laure. Je suis désolé.
-Que tu me poses un lapin à l'hôtel, je peux comprendre.
Mais je suis toujours ta cliente.
-Je suis vraiment désolé d'avoir loupé notre rendez-vous.
Je suis débordé. Si tu es venue pour parler travail,
je t'écoute.
-Tu as la mémoire courte. Je te sers Gordon sur un plateau,
je te fais mousser, tu foires le coup et, en plus, tu me largues.
Je mérite mieux que ça.
-Je ne suis pas moi-même, en ce moment.
-Arrête. Si tu es passé à autre chose, je comprends.
Mais tu ne peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre.
Cette affaire, je te l'ai donnée, je peux aussi te la reprendre.
-On va perdre Gordon ?
-Non ! -Faut que tu m'expliques, alors.
Tu nous mets en danger, avec tes conneries.
-Marc, ce n'est pas le moment. -Si !
Que tu sois absent, crevé ou incompétent, je peux comprendre.
Mais que tu foutes la merde dans nos affaires
avec tes histoires de cul, je ne tolère pas.
Alors, soit tu mets de l'ordre dans ta vie, soit tu t'en vas.
On a tous nos problèmes persos.
Moi aussi, j'ai des mômes. 3 dont un ado
qui me pète les couilles. Mais je reste pro avec mes clients.
...
*-Je suis Roboboy, l'astronaute le plus rapide
*de la galaxie. Je vais sur Mars, Jupiter, Pluton...
...
*"Joyeux anniversaire".
*...
Bris de verre.
... -"C'est ma chambre."
... "C'est ma chambre"...
...
-Deux. -Bravo !
Il est où, ton nez ? -Là.
-Oui !
-Je t'ai ramené des jouets. Choisis-en un pour le coin refuge.
Il y a un lapin, une voiture... -Hm...
-Des briques en plastique...
-Hm... -Doucement.
-Hm... -Doucement. Gabriel ?
Gabriel hurle. Maman !
... -Gabriel.
... Calme-toi.
... Gabriel.
... Calme-toi. Ecoute ma voix.
... Calme-toi.
Gabriel pleure. OK, on va au sol.
... On va au sol. Oui...
Calme-toi. Concentre-toi sur ma voix.
... Ecoute ma voix.
... Respire. Elle t'aime, ta maman.
... Elle t'aime, ta maman.
Gabriel halète. Elle t'aime, ta maman.
... Elle t'aime.
... Elle t'aime, ta maman.
-Gabriel, tu viens manger ? Je t'ai fait des petits pois.
...
Moi aussi, elle me manque.
Elle s'est toujours battue pour toi.
Elle n'a jamais abandonné.
Elle n'a jamais baissé les bras.
Tu as vraiment eu de la chance d'avoir une maman comme elle.
On sonne.
Entre.
Tu veux boire quelque chose ? -Oui, je veux bien.
Je suis désolé. -Non, tu as eu raison.
J'aurais réagi comme toi, à ta place.
-On s'en fout, de Gordon. Des clients, on en aura d'autres.
Prends ton temps, avec ton fils.
Trouve tes marques. Tu reviendras quand ça ira mieux !
-Plus rien ne sera jamais comme avant.
-On peut t'aider,
tu prendras moins de dossiers, on trouvera des solutions.
-Ce n'est pas ça, Marc. Je dois m'occuper de lui.
Et je dois le faire bien.
-Mais ça coûte, ça. Sans boulot, tu vas faire comment ?
-Je me débrouillerai. Je vendrai l'appart, s'il le faut.
Marc soupire. -Je n'arriverai pas
à te faire changer d'avis !
-Je veux juste que tu me promettes un truc.
Ne laisse pas Myriam entre les mains d'un conard.
-Ne t'inquiète pas pour Myriam. C'est elle qui tient la baraque.
Bon, on va se bourrer la gueule, quand même !
-J'ai un truc de prévu.
-Tu récupères vite, toi !
Hein ? Marc rit.
A ta santé.
...
-En matière de méthode éducative, la France est en train
de rattraper son retard. Mais pour ce qui est
de l'insertion à l'école et dans le milieu professionnel,
il y a encore du travail. Nos protocoles ne sont pas
reconnus partout, mais chez nous, on a fait nos preuves.
Bonsoir. -Bonsoir.
-Avant d'aller plus loin, je voudrais vous expliquer
pourquoi la culture d'ici est si hermétique à nos méthodes.
Il y a une grande histoire d'amour avec la psychanalyse...
-Pardon. Merci.
C'est quoi, ce traquenard ? -C'est un chercheur canadien.
En matière d'autisme, l'Amérique du Nord est à la pointe.
Ils ont tout. La recherche, le financement,
les infrastructures.. -Le Québec
est loin devant la France ? -Oui. Et même devant la Suisse.
-Ah !
-Avec l'autisme, il faut apprendre à apprendre.
-Un jour, j'irai travailler là-bas. -En Suisse ?
-Au Canada.
-Vous voulez nous abandonner ? -Avec le nombre de candidatures,
ce n'est pas encore fait.
Ca vous laisse amplement le temps de devenir un vrai père.
-...de cancer et de sida.
-Vous avez des hobbies plus fun ? -Je suis tous les jours
à l'hôpital, si vous préférez.
-Ca aurait été avec plaisir, mais je suis très pris par mon fils.
C'est difficile, pour les pères célibataires !
-On va arrêter de niaiser avec l'époque, il faut agir !
Merci.
-Merci.
Merci, Pierre-Yves.
Pierre-Yves reste avec nous pendant la réception,
il répondra à vos questions. Mais avant de boire un verre,
je voudrais appeler notre dernier inscrit,
M. Jonathan Rivière.
-Merci.
-Je vous laisse la parole. -Ecoutez,
je n'étais pas au courant. Je suis censé dire quoi ?
-Parlez-nous de votre enfant, de vous, de votre expérience.
-Ben...
Bonsoir, déjà. -BONSOIR.
-Euh... Je suis...
Pardon.
Je suis un peu surpris de me retrouver devant vous.
Vous devez vous dire que je suis
un parent comme vous, dévoué.
En fait, non.
Euh... je ne me sens pas légitime pour vous parler de mon expérience,
parce que mon expérience, c'est quelques semaines.
Alors que mon fils a 11 ans.
Votre quotidien, je le découvre à peine.
Comme je découvre Gabriel.
Et plus je le regarde,
plus je me dis que je ne le connais pas.
Parce que j'ai toujours voulu le fuir.
Je me disais que je n'étais pas fait pour être père.
Mais en fait, je n'étais pas fait pour être père d'un enfant autiste.
Qui est fait pour ça ?
Alors, aujourd'hui, si je suis honnête,
je me dis que je n'y arriverai pas,
que je ne pourrai jamais faire face.
Et je me demande s'il ne serait pas plus heureux dans un centre,
où il pourrait regarder couler les robinets toute la journée.
Je suis peut-être égoïste ou lâche.
La vérité,
c'est que je ne veux pas consacrer ma vie à ça.
Voilà.
-Merci. Applaudissements.
-Excusez-moi. Je voudrais répondre au monsieur.
Ces questions, ici, tout le monde y a pensé.
Mais dites-vous bien
que si vous êtes ici, c'est que vous n'êtes pas un lâche.
-Beau discours !
-Merci. Appelez-moi John. -Il a aucun mérite, il est avocat.
Il pourrait mettre ses talents à contribution, non ?
-Je suis spécialisé en droit des affaires,
je ne sais pas si je pourrai vous aider.
-Toute aide est bonne à prendre.
Beaucoup de nos membres ont des pépins juridiques.
-Je veux bien regarder,
mais je ne peux rien promettre.
-On fête l'anniversaire de mon fils, ce dimanche.
On sera ravis de vous avoir avec nous.
-Ces gamins aiment être ensemble ?
-On ne sait pas.
Mais nous, les parents, ça nous fait du bien.
-Comptez sur nous.
-Merci. Au revoir. -Salut. Bonne soirée.
-La soirée aurait été plus sympa
devant une bonne bouteille. -Vous regrettez ?
-Non, je me fais des amis, je bois un mousseux ignoble
et je me lance dans le bénévolat.
C'est plus sympa que de passer une soirée en tête-à-tête !
Je vous dépose ?
-Euh... -Aucun appel au secours
de la baby-sitter. Ca se fête, non ?
Allez.
Attention, ça brûle.
...
-On fait quoi, ici ? -Venez.
John soupire.
Bienvenue dans mon coin refuge.
J'habitais l'immeuble d'en face, quand j'étais gamin.
L'appartement au 3e, celui qui est éclairé.
A chaque fois que mon père m'engueulait, je venais ici.
Je m'imaginais que je montais sur une péniche,
que je filais jusqu'à l'océan. -Qu'est-ce qui vous en empêche ?
-Vu son état, je ne vais pas aller bien loin.
-Votre père est encore là ?
Que faisait-il, comme métier ? -Il était juge.
Hugues Rivière,
le glaive de la justice ! -Le fiston
avait quelque chose à prouver à papa !
-Hé...
-Pourquoi vous avez eu un enfant ? -Je n'ai pas choisi.
Quand Sophie a appris qu'elle était enceinte,
on était déjà séparés. Je voulais qu'elle avorte,
mais elle a insisté pour le garder.
J'adorais les entendre passer, ces péniches.
Le son grave de leur moteur. Je me cachais sous les draps
et je m'inventais une vie loin d'ici.
-Au lieu de partir, vous êtes devenu l'avocat des riches.
-Depuis ce soir, je travaille pour une ONG, et gracieusement,
s'il vous plaît ! -Vous êtes irrécupérable.
-Enfin un compliment !
Et vous, vous avez fait quoi,
pour vous retrouver avec des enfants autistes ?
-Fille unique, parents profs, la photo de Mitterrand
au-dessus de la cheminée... Idéaliste de gauche dès le berceau.
-Vous êtes tombée amoureuse d'un Médecin du Monde
et vous êtes partie en Afrique
pour vacciner les enfants ? -C'était en Inde !
-Ah...
La trêve est finie. La baby-sitter appelle au secours.
...
Où est Gabriel ? -Là-bas.
-Vous êtes le père de l'enfant ? -Oui.
-Hm...
Hm... -Que s'est-il passé ?
-Il voulait savoir ce qu'on allait
manger demain, je ne savais pas, il a crié...
-Les voisins nous ont appelés. Vous connaissez bien cette femme ?
-Oui, c'est la baby-sitter.
-Le petit a des bleus. -Je ne l'ai pas touché !
-Calmez-vous.
-Elle n'y est pour rien. Mon fils fait des crises et...
Là, il a besoin de calme. -D'où viennent
les marques sur ses bras ? -Il se fait ça tout seul. Il tombe.
Quand il s'énerve, il se cogne.
-Il se cogne tout seul ! -Oui ! Non, laissez couler.
Je sais ce que vous vous dites, mais je ne frappe pas mon fils.
-Hm...
-Merci.
-Si vous avez des doutes, faites votre boulot.
Vous êtes des agents publics, non ?
Alors, si vous croyez que je lui fais du mal,
faites un signalement.
C'est la procédure, non ?
J'aimerais que vous sortiez de chez moi.
-Allez. -Merci.
-Hm...
Hm...
-"Le lièvre accepta le défi. Ils convinrent ensemble
"du lieu où ils devaient courir et du terme de leur course.
"La tortue se mit en chemin et le lièvre, à dormir,
"croyant toujours avoir du temps pour atteindre la tortue
"et pour arriver au but avant elle.
"Mais enfin, c'est bien le lièvre qui, réveillé à la hâte..."
-Ce n'est pas fini. -Oui, je sais. Mais...
Est-ce que pour une fois,
on ne pourrait pas laisser gagner la tortue ?
-Le lièvre va vite, la tortue ne va pas vite.
-Oui, c'est vrai.
La tortue est moins agile, avec sa grosse maison sur le dos.
Mais ça ne l'empêche pas d'être forte, non ?
Pourquoi elle n'aurait pas le droit de gagner, elle aussi ?
Ce n'est pas parce qu'elle est plus lente qu'elle n'a pas le droit.
-Le lièvre gagne.
Le lièvre va vite, la tortue ne va pas vite.
-Oui.
"C'est bien le lièvre qui, réveillé à la hâte,
"se rendit au but avant la tortue, car c'est bien le lièvre
"qui va le plus vite. Sinon, ce n'est pas très logique."
-Le lièvre va vite, la tortue ne va pas vite.
-Tu as raison, Gabriel.
-Allez... -Hm...
-Je te les mets là.
Allez, il faut dormir.
Bonne nuit.
Fff...
Allez, viens là.
Allez. Hop, là !
Ca va, là-dedans ? Gabriel rit.
...
On sonne.
Bonjour, madame. -Bonjour.
-Excusez-nous de vous déranger. Avec mon fils, nous aimerions
vous parler de votre téléviseur.
Allez, c'est parti !
Hop là !
Et hop là !
...
Bonjour, Amir.
-Bonjour, John. -Je vous le confie tout emballé.
-J'ai ça, aussi.
Pour le coin refuge.
-Parfait, merci.
On y va ? -Au revoir, Gabriel.
...
Allez !
Viens, on y va. Gabriel rit.
-Vroum...
... -Qu'est-ce que tu fais ?
-Vroum... -C'est un anniversaire,
tu vas te faire plein de copains. Allez !
... Gabriel ?
...
-Vroum...
Vroum...
Gabriel rit. La femme sonne.
Vroum... -Bonjour.
-Bonjour. -Vroum...
Vroum...
Gabriel rit. Vroum...
On sonne.
-Vous m'avez plantée, aujourd'hui.
-Gabriel était crevé.
Il s'est endormi comme une masse. -Il a bon dos, Gabriel.
Je vous ai amené du travail.
Ils ont été déçus de ne pas vous voir.
Pour eux, partager ce qu'ils vivent, c'est important.
-Je ne les connais pas, ces gens. -Vous ne voulez pas les connaître.
Non, laissez-les,
je vais les regarder. Par contre, les anniversaires
où on se raconte nos malheurs, très peu pour moi.
-La solidarité, très peu pour vous ?
Tout ce que je vous ai montré, ça n'a servi à rien !
-Ce n'est pas vrai.
Grâce à vous, je comprends mieux mon fils.
Mais je ne vais pas appliquer toutes vos méthodes comme un robot.
-Il s'agit de Gabriel et de ce qu'il y a de mieux pour lui.
-C'est quoi, ce qu'il y a de mieux pour lui ?
Ces fêtes qui rassurent les parents ?
Ca me plombe, moi, ça ! J'ai envie d'être dans la vie,
j'ai envie de bouger, de faire des trucs !
Gabriel, je vais m'en occuper. Mais à ma façon.
-Je vous donne des méthodes pour qu'il se sente mieux.
Vous voulez le mettre dans un tourbillon.
Ca va lui faire du mal.
Il a besoin de stabilité, de structure, de repères.
-Son repère, ce sera moi.
-Avec vous, c'est toujours "Moi, moi"...
-Mais moi, au moins,
je ne me cache pas. Je n'ai pas peur de ce que je ressens.
-Qu'est-ce qui vous prend ? -Pardon, excusez-moi. Je...
...
-Hm !
Merci.
-Ca va ?
-Euh... Il faut que je te dise un truc.
Je pars au Canada. Mon dossier a été accepté.
-C'est super !
Tu pars quand ?
-Bientôt. Très bientôt, même.
Ca m'ennuie de vous lâcher comme ça.
-Tu rigoles ?
C'est ton rêve, vas-y, fonce !
Et on sait se débrouiller, maintenant.
On est potes. On fait une bonne équipe.
J'ai souvent été à ta place.
Tu vas partir, mais comme on a couché ensemble,
tu ne sais pas comment faire pour que ce soit élégant.
Moi, ce que je faisais... Je faisais un baiser et je disais :
"Je dois filer. On se revoit très vite, promis ?"
-Ca marche, ça ?
-Essaie, tu verras.
-Je dois filer, mais on se revoit très vite.
Promis.
-Tu vois ? Comme une lettre à la poste !
...
Gabriel rit.
-La boîte fait bouger les murs. -Oui, mais aujourd'hui,
on ne fait qu'un tour.
Gabriel rit.
...
Pff !
-J'en ai marre, personne ne me comprend.
J'en ai marre, merde ! Assistante de merde !
Elle veut me placer en foyer ! -Désolée.
-(Je n'en peux plus, il y a toujours des problèmes.)
-M. Rivière ?
La police a fait un signalement concernant votre fils.
Il portait des marques sur les bras.
Des bleus que vous n'auriez pas su expliquer.
-Je leur ai expliqué. Visiblement, je ne les ai pas convaincus.
-Gabriel est un enfant autiste ? -Oui.
-Pourquoi ne pas l'avoir dit ? Ca aurait été plus simple.
-Un enfant autiste ne peut pas être maltraité ?
C'est normal qu'il soit cabossé ?
Quand il fait une crise, Gabriel se fait mal.
Des choses explosent à l'intérieur de lui
et il réagit avec son corps, violemment.
J'aimerais comprendre, mais je ne comprends pas.
J'aimerais l'aider, mais je n'y arrive pas.
Alors, oui, il se fait des bleus ! Le bleu, en plus, ça brûle !
Mais il a le droit d'être protégé, comme tout enfant.
Les flics, ils font leur boulot.
-Je sais à quel point c'est difficile pour vous.
Je ne suis pas là pour vous juger, mais pour vous aider.
-Personne ne peut nous aider.
Amir ! Que se passe-t-il ? Il est où ?
-Ne vous inquiétez pas, il va bien. Je vous en prie.
Gabriel a fait une crise.
On a interrompu les cours pendant 1h, tout le monde est sous le choc.
-Il est où ? -A l'infirmerie.
Rassurez-vous, il va bien, il se calme. Mais...
on va devoir réévaluer le bien-fondé de sa présence ici.
-Vous ne voulez plus de lui ? -On veut
ce qu'il y a de mieux pour tout le monde.
-Ce qu'il y a de mieux pour tout le monde, c'est qu'il parte ?
Non, encore mieux :
c'est qu'on le mette dans un centre et qu'on l'enferme à double tour.
-M. Rivière...
-Allez, aide-moi ! Je sais que tu n'as pas envie
de faire les courses, mais il faut bien acheter tes céréales, non ?
Tu seras content de les avoir, demain matin.
Bon, tu m'attends là, j'en ai pour 2 secondes.
-Hm... Hm...
Hm... Hm...
Hm...
-Ah !
Bris de verre.
Gabriel rit.
...
Gabriel !
...
Arrête ça.
-Qu'est-ce qu'il me fait, lui ? -Excusez-moi...
-C'est votre gamin ? Vous ne lui dites pas d'arrêter ?
-Si... -Putain, mais arrête !
Gabriel crie. -Je suis désolé. On va rembourser.
... Gabriel... Gabriel...
... Arrête. Attends... Attends...
... Je suis là. Je suis là.
Gabriel hurle. Je suis là. Ca va.
Gabriel sanglote. C'est fini.
... T'en fais pas, je suis là.
T'en fais pas. ...
Je suis là.
... Je suis là.
T'en fais pas, je suis là.
...
-Vroum... Gabriel rit.
...
Vroum...
John fait ronfler le moteur. Gabriel rit aux éclats.
Vroum... Vroum...
Gabriel et John crient et rient.
...
Allez, on fonce ! -Vroum...
...
Bris de verre.
... -Oui, allez !
...
Encore une !
...
-Bonjour, Gabriel.
-On va à ton bureau ? -Pas aujourd'hui.
-Il voulait voir ton avion
décoller. -Ce n'est pas vrai.
Lui, il veut voir les avions.
-Un autiste ne sait pas mentir.
-Ca, c'est les défauts de son père qui commencent à déteindre sur lui.
-Gabriel,
regarde-moi.
Je vais m'en aller.
On ne travaillera plus ensemble pendant quelque temps,
mais... si tu veux venir me voir, avec ton papa,
on pourra travailler dans mon nouveau bureau.
Tu voudras bien venir ?
-Oui.
-Ca, c'est moi
qui lui ai appris.
Merci pour tout.
-Bon courage à tous les deux.
-T'en fais pas, je suis là.
T'en fais pas, je suis là. -Allez, viens.
Mets-le, pour une fois. -Le bleu, ça brûle.
-Mais non, ça ne brule pas, regarde, je ne suis pas brûlé.
Allez !
-Le bleu, ça brûle.
-Ce que tu peux être chiant, parfois !
-T'en fais pas, je suis là. -Ca, je l'avais remarqué !
-T'en fais pas, je suis là. -Oui. Et t'es bien là !
Gabriel rit.
Allez !
Tu es prêt ? -Je suis prêt.
Gabriel rit. Je suis prêt.
-Voilà pour ce très beau film signé Pierre Isoard,
"T'en fais pas, j'suis là", sur une idée originale
de Samuel Le Bihan, qui nous fait le plaisir
d'être avec nous ce soir en plateau pour évoquer ce sujet de l'autisme,
qui touche une personne sur 100 en France,
soit plus de 700 000 au total. Beaucoup de questions encore
ce soir. Comment aider au mieux son enfant
lorsqu'il présente des troubles autistiques?
Comment le faire accompagner, le faire progresser et le mener,
lorsque c'est possible, sur le chemin de l'autonomie?
Pourquoi la France, malgré 4 plans lancés
en quelques années, 4 plans importants,
est-elle toujours à la traîne sur la question d'accompagnement
et du dépistage? On en parle ce soir.
La prise en charge des enfants autistes a-t-elle progressé?
Les familles sont-elles mieux soutenues dans ce parcours
difficile? On en parle avec nos invités.
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