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Original subtitles

Elle va faire un beau mariage.

...

-Pas mal, la grenouille de b�nitier. -Il te les faut toutes.

-Ouais.

-Restez, Simone.

Veuillez cesser d'importuner Mlle de Beauvoir

ou j'appelle l'appariteur. -Cafard.

Petit cur� de merde !

-A bas la calotte !

-On ne fait pas �a dans une biblioth�que !

-Messieurs, arr�tez, �a suffit !

-Tu n'as pas mal, au moins ?

Il est nabot, il est m�chant, il louche,

mais on dit que Sartre est g�nial.

-Qui "on" ? -Tout Normale Sup�rieure.

-Il est normalien, ce voyou ?

Ben l�, j'ai le coeur qui bat.

-Ca va marcher, j'en suis s�re.

Bonne chance.

-Tu ne restes pas ?

-Je peux pas, excuse-moi.

-J'ai besoin de toi.

Si je suis refus�e, je vais m'effondrer.

-Ma m�re doit m'attendre.

-Elle peut pas te laisser en paix, elle ?

-Simone, je quitte la Sorbonne.

-Ta m�re est revenue � la charge ?

-Je me fais vieille. -Tu te moques de moi ?

J'exp�die Brunschvicg et je vais parler � ta m�re.

-Mais occupe-toi de toi.

-C'est criminel de t'emp�cher d'�tudier.

-Pour toi, c'est simple, tu veux �tre enseignante.

la domestique

d'un homme ? -Non, sa femme, c'est pas pareil.

Moi, je veux une robe blanche, un homme � mon bras,

et des tas d'enfants.

Je ne suis pas comme toi.

Mais on s'adore, c'est �a qui est beau.

Ne te mets pas en retard,

mademoiselle la future agr�g�e.

Cours vers ton destin.

-P�re !

Mon petit papa ch�ri.

On m'autorise � passer l'agr�g' et le dipl�me d'enseignement

la m�me ann�e. -Viens que je t'embrasse.

-La Sorbonne

n'avait jamais accord� cette d�rogation.

-Je l'ai toujours dit, tu as un cerveau d'homme.

D�croche tes deux dipl�mes.

-P�re.

Vous �tes un peu fier de votre fille ?

-Je suis rassur�.

On n'a aucune chance de te caser, alors...

-Pourquoi blesser Simone ?

A quoi bon, Georges ?

-Qui voudrait de ta fille ? Elle est laide.

Et pauvre, en plus.

Il faudra bien qu'elle gagne sa vie.

-Montrez-lui l'exemple, trouvez-vous du travail.

-Retourne � tes chiffons,

tu es une boniche ici, tu m'entends ?

La dot que ton p�re m'avait promise, o� est-elle ?

Il m'a grug�, cet escroc.

Il a fait de moi un d�class�.

-Et �a s'agite, et �a travaille comme un castor.

"Beaver", en anglais. Beaver, Beauvoir...

-Je vous prie de me laisser.

-Il vous pla�t, votre surnom ?

On vous dit imbattable sur Leibniz, je respecte �a.

Vous avez des ambitions litt�raires, Castor ?

-C'est mon affaire.

-"Celui qui n'est pas c�l�bre � 28 ans

doit renoncer � la gloire" ! -C'est de Topffer.

-Vous m'�patez.

pour 21 ans.

-Et vous, vous redoublez.

-Car on n'a pas su m'appr�cier. J'ai d�j� 24 ans.

-Il ne vous reste que quatre ans pour devenir c�l�bre.

-J'�cris.

Comme un forcen�, plusieurs livres � la fois.

Vous aussi, vous �crivez. -Plus modestement.

-Essai, roman ? -Un essai.

-Pardon !

-Sur quoi ? -Une morale plurielle.

-Qu'est-ce que �a veut dire ?

-Par-del� la religion,

il y a les valeurs morales. -Int�ressant.

-Ma m�re est croyante, mon p�re non, mais ils partagent l'essentiel.

-Et c'est quoi ? -Etre et agir de fa�on respectable.

-On n'en a rien � foutre d'�tre respectable.

Vous vous fabriquez juste des raisons

de croupir chez les bourgeois !

Moi aussi, je pleure pour rien. -Je pleure pas.

L�chez-moi. -Impossible, vous me plaisez trop.

On pourrait travailler l'agr�g' ensemble, hein, ma jolie ?

-Gardez vos boniments. Je suis pas jolie, mais pas idiote.

-Vous �tes intelligente et belle.

Je vous ai d'embl�e trouv�e belle. -Cessez de me tourmenter.

-Vous �tes belle, Castor !

Vous avez cette chance et vous l'ignorez ?

Alors, vous �tes la femme id�ale.

...

Des filles ricanent.

-Depuis que le concours est ouvert � ces p�ronnelles,

les places sont ch�res.

Ca ne vous d�range pas de frayer avec les m�les ?

-L�che-la, Nizan.

-Je n'aime pas la compagnie des femmes.

Clochette

-Apr�s d�lib�ration, le jury de l'agr�gation de philosophie

que je pr�side

d�clare d�finitivement admis les candidats suivants.

Premier : M. Sartre Jean-Paul.

Deuxi�me :

Mlle Bertrand de Beauvoir Simone.

Troisi�mes : MM. Boivin Pierre et Hyppolite Jean.

-Bravo.

Cinqui�me : M. Nizan Paul.

Sixi�me :

M. Savin Boris. Septi�me : Mlle Roussel Jeanne.

Huiti�me : M. Schwob Philippe.

Neuvi�me : M. Patronnier de Gandillac.

Je vous remercie de votre attention

et toutes nos f�licitations aux brillants laur�ats.

-Chapeau bas, la pucelle.

La plus jeune agr�g�e

de tous les temps !

-Castor, on d�marre en fanfare. -Premi�re apr�s Sartre,

c'est parfait.

Qu'est-ce qu'elle a encore invent� ?

Je vais lui parler � ta m�re. -Je suis pas une belle putain ?

J'ai pas servi, je suis neuve. -Arr�te, Lola !

Arr�te, tu me fais peur.

Aidez-moi, elle a un malaise !

-Lola, monte dans la voiture. Rel�ve-toi, s'il te pla�t.

-Pourquoi elle est dans cet �tat ? -L'�motion.

Elle va faire un beau mariage.

-Avec qui ? Vous lui avez demand� son avis ?

Vous la rendez folle ! -Un jour, elle me remerciera.

C'est vous qui lui avez brouill� le cerveau.

Je vous interdis de l'approcher.

-Lola, reste avec moi.

Je vais gagner ma vie, je suis agr�g�e, maintenant !

-Chez nous, les femmes ne se commettent pas � travailler.

-Lola, descends !

Reste avec moi !

Te laisse pas faire, Lola !

...

Ah !

-Je n'en dormais plus � Paris, vous me manquiez trop.

Je n'en peux plus d'attendre.

Je vous veux, Castor.

Je vous d�sire. -N'y comptez pas.

-Hum, hum !

-Monsieur, madame.

-On m'avait pr�venu de votre arriv�e � M�rignac.

On jase vite ici.

-Qui �a ? -Peu importe.

Deux cousines de Simone vont annoncer leurs fian�ailles.

Leurs dots sont fix�es.

Votre pr�sence risque de tout compromettre.

-Nous avons une r�flexion � mener.

-Je vous ordonne de partir ! -Non, monsieur.

-Mais... je vous l'ordonne. -N'insistez pas.

Ou je m'attaque � la vertu

des deux cousines.

Monsieur, tombez la veste.

R�glons �a d'homme � homme.

-Mais euh...

-Georges, o� allez-vous ?

Mais revenez vous battre, voyons !

Toi, rentre.

Simone, on y va.

-Je peux pas y croire, mon p�re a peur de Sartre.

Je suis la fille d'un l�che. Mon p�re est un sale type !

-Un peu de respect.

-Les bourgeois n'ont rien

dans le ventre !

...

-Vous dormez ?

-Je n'y croyais plus.

-Ne r�veillez pas l'aubergiste.

-J'y ai �t� fort avec vos parents. -Tr�s fort.

Mais vous m'avez donn� une vraie le�on de courage.

-Rentrez � Paris avec moi. -Vous allez trop vite.

-Qu'est-ce que vous esp�rez ?

Que je mette des gants pour demander votre main ?

-Je ne me marierai jamais.

Aucun homme ne m'aura comme domestique.

-Inutile de prendre vos grands airs.

Vous habitez chez papa et maman, la libert� vous fait peur.

-Vous ne comprenez rien.

Apprenez-moi l'amour.

-Bonjour.

Je suis votre prof de philosophie, je m'appelle Jean-Paul Sartre.

-Pardon, c'est vrai que M. Moutier fait une d�pression nerveuse ?

-Il para�t, �a me le rend d'ailleurs sympathique.

Bon, �a m'emballe pas d'�tre prof.

Je ne tiens pas � jouer les gardes-chiourmes.

Vous venez

si vous le voulez,

je ne tiendrai pas de registre d'absence.

Mais si vous venez, on dialogue, on �change.

Je travaille sur la logique et la psychologie.

Je pr�pare un livre l�-dessus.

Vous me donnerez vos avis. -Ca vous int�resse

ce qu'on pense ?

-Comment tu t'appelles ? -Tyssen.

Charles.

-Tyssen, autrui n'est pas seulement

celui que je vois, c'est aussi celui qui me voit.

Il conf�re � mon monde l'�tendue de son savoir.

Donc, ce que chacun d'entre vous pense, m'int�resse.

J'ai autant � apprendre de vous, que vous de moi.

Bon, on continue cette discussion en classe ?

-Je vais quitter la maison.

Je vais me prendre

une chambre. -Hors de question.

Nous n'avons pas fait ces sacrifices pour que tu finisses dans la rue.

C'est ce jeune homme. -Laissez Sartre en dehors de �a.

Il ne m'a rien demand�.

-Evidemment, il a d�j� eu ce qu'il voulait.

Mais Georges,

parlez-lui, voyons !

-Moi qui vous avais mis sur un pi�destal.

-Tiens.

Lis, c'est Mme Cornelou, c'est important.

-Vous avez lu mon courrier ? Mais de quel droit !?

De quoi est-elle morte ?

Pourquoi si brusquement ? On meurt pas comme �a � vingt ans.

-Les m�decins ne savent pas, une enc�phalite, peut-�tre.

-Vous l'avez tu�e. Vous l'aimiez mieux morte que libre.

-La douleur vous �gare.

-Vous lui avez interdit d'�tudier pour la marier contre son gr�

avec un cr�tin bien catholique.

-Nous ne sommes que des instruments de Dieu.

-Vous avez assassin� mon amie.

Si douce.

Si confiante.

Par des convenances absurdes.

Je vous m�prise, je vous hais. Vous et tous ceux de votre engeance.

Sartre, l'argent, il faut qu'on en parle.

-On s'en fout de savoir

� qui est l'oseille. -Je veux pas d�pendre d'un homme.

-Je viens de toucher l'h�ritage du tonton,

je suis plein aux as, c'est tout.

-Je peux pas accepter votre argent.

-Ce qui est � moi est � vous.

Faites-moi un peu confiance.

Allons arroser notre premi�re nuit d'adulte.

L'argent, �a doit exploser comme on lance une grenade.

Castor, autant tout clarifier.

Pas de mensonge entre nous.

-Je hais le mensonge

autant que vous.

-Je n'ai aucune vocation

pour la monogamie.

-Que voulez-vous dire ? -Je vous aime comme un fou.

Et je vous aimerai toujours, mais je suis �crivain.

-Et alors ?

-Je ne veux pas vivre comme ces vieux cons de l'Acad�mie.

Il me faut de la nouveaut�, de l'excitation.

J'ai besoin de conna�tre des amours contingentes.

-Qu'entendez-vous par "contingentes" ?

-Sans importance, non essentielles.

Le contraire de n�cessaires, vous le savez.

-Et moi aussi ?

-"Moi aussi" quoi ?

-Des amours contingentes, moi aussi, j'en ai besoin.

-Je sais pas, �a d�pend.

-Mon exp�rience est plus limit�e que la v�tre.

-Vous avez envie de conna�tre d'autres hommes ?

-Avouez que vous d�testeriez �a.

-Ce serait justice. -Avouez que vous seriez jaloux.

-Pas si nous nous racontons tout.

-Vous �tes d�go�tant.

-De cette fa�on, nous devenons riches

de nos deux vies pour �crire. -Vous �tes fou.

-Pour �a, il faut une femme qui ait de l'audace.

Vous �tes celle-l�. -Non.

-Vous avez une envergure incroyable. -Cessez de me flatter.

Je ne suis pas dupe. -Je n'ai jamais �t� aussi sinc�re.

Je vous jure, Castor.

Je vous propose un vrai pacte d'amour.

Pas un contrat hypocrite comme le mariage bourgeois

o� tout le monde triche.

-Alors, c'est d'accord.

-Vous bluffez ?

-Je ne veux rien faire comme les bourgeois.

Le seul choix qu'ils nous laissent,

c'est d'�tre mari�e de force ou de rancir vieille fille.

Alors, je vous prends au mot,

j'accepte le pacte.

-Un amant, un turban...

Mlle de Beauvoir

ne fait rien comme tout le monde. -J'appelle �a une poule.

Rires

-Tu pr�f�rerais une "vieille bique" ?

-Bonjour.

Asseyez-vous.

Qui, parmi vous, a lu Gide ?

-Maman me l'a interdit.

-Elle a tort.

Aujourd'hui, c'est celui qui va le plus loin.

-Elle dit

qu'il est immoral.

-Nous �tudierons "Les nourritures terrestres".

Le h�ros est p�d�raste. Murmures

...

Silence.

-Mes parents iront voir la directrice.

-Qui d'autre veut d�m�nager ?

Bien.

Je ne tol�rerai plus aucune interruption de mon cours.

Sortez vos cahiers.

Brouhaha

...

-Voil�, tape, vas-y, vas-y, encore !

Dans la gueule !

C'est bien.

Vas-y, allez !

Allez, plus fort, voil� !

Sans rancune ? -J'ai pas os� taper.

C'est le prof.

-Le respect de l'institution, �a paralyse.

Je veux des cerveaux affranchis et je vous garantis le bac.

Fin de l'interm�de p�dagogique, allez au bordel.

Vous avez fait bon voyage ?

-Un jour, j'esp�re que nous serons dans la m�me ville.

Nous nous verrons chaque jour.

-Castor.

On m'offre une bourse d'�tudes chez Heidegger l'an prochain.

-A Berlin ? Pas question.

-Depuis quand n'avez-vous rien �crit ?

-J'y arrive pas.

-On devait lib�rer le monde.

Depuis quatre ans, on vit en charentaises.

J'ai 28 ans, 28 ! Et je n'ai rien publi�, z�ro.

-L'Allemagne,

�a changerait quoi ? -Tout.

On m�ne une vie sans int�r�t, elle nous rend secs.

Elle nous rend sans talent.

-Elle me rend heureuse. -Secouez-vous !

Vous finirez en rombi�re.

...

-Des nouvelles de Sartre � Berlin ?

-Qui boit ? -Non, merci.

-Sartre a rencontr� une Fran�aise, il l'appelle "la fille lunaire".

-Il ne changera jamais.

-Le couple qu'on invente, Sartre et moi, il est libre.

-Il ne dit rien sur Berlin ? -Il travaille Husserl comme un fou.

Et il commence un roman. -Que dit-il du national-socialisme ?

-Pas de politique. -Pour lui, Hitler n'est

qu'un feu de paille. -Il ne voit pas le danger.

La politique le rattrapera.

Vous verrez. -Les communistes

ne sont que des va-t'en guerre, 14 ne vous a pas suffi ?

On frappe � la porte.

Oui ?

On frappe � nouveau.

Qu'est-ce que vous faites ici ?

-Je vous aime, mademoiselle.

-Vous n'avez rien � faire ici, c'est interdit par le r�glement.

-Je m'en fiche. -Rentrez chez vous.

-Vous �tes toujours seule, votre amoureux vous d�laisse.

Vous �tes triste.

Quand vous croyez que personne vous regarde, parfois, vous pleurez.

Je veux plus que vous soyez triste.

-La fille lunaire est sa ma�tresse, Lumi.

"Ne soyez plus m�content de moi, petit charmant.

"Je vous ai ob�i, comme toujours.

"Hier, j'ai fait l'amour

"avec un autre que vous.

Ce n'�tait pas un homme."

-Surprise !

-Petit homme, vous �tes de retour. C'est votre roman ?

...

-Flanelle. -Pardon ?

-La panne, je ne sais pas ce qui m'arrive.

-C'est rien. -Je deviens impuissant.

-Non, �a arrive � tous les hommes.

-A Berlin, avec les autres femmes, �a marchait tr�s bien.

-Pourquoi �tes-vous mufle ?

Parce que j'ai couch� avec une fille ?

-Au contraire.

Votre lettre �tait passionnante.

Je m'attendais � un amant et vous m'offrez une ma�tresse.

Vous m'avez �pat�. -Sartre.

Avec un autre homme que vous, j'aurais pas pu.

-Castor, je bande.

-C'est pas dangereux ? -On m'offre de tester

les effets de la mescaline alors que j'�cris sur l'imagination.

-Si vous �criviez sur le crime,

vous commettriez un assassinat ? -Bon, au boulot.

-C'est pas du luxe, j'ai relu...

-Vous croyez parler � une de vos �l�ves ?

-C'est pareil chaque fois que j'ose prof�rer la moindre critique.

-Qu'attendez-vous pour �crire ?

-La critique est ais�e, je sais.

Mais c'est trop guind�, c'est un fran�ais de marbre.

-Le m�decin vous attend. -Sauv� par la drogue !

Continuez, et ne m'�pargnez pas.

Vous avez de la visite, Castor.

Mais pensez

� travailler.

On m'offre de tester les effets de la mescaline,

alors que j'�cris sur l'imagination.

-D�p�chez-vous.

Qu'est-ce que vous regardez ?

-Des scarab�es ! -Quels scarab�es ?

-La langouste ! -Reprenez-vous.

Il n'y a ni langouste ni scarab�e, Sartre, reprenez-vous !

On dirait un idiot !

Sartre, c'est pas possible.

-Il est bon pour la camisole. -T'es encore l�, toi ?

Am�ne-le chez moi, j'ai cours. -Je m'en occupe.

Ca va aller.

Tu te souviens de moi quand m�me ?

-Tu as d�j� couch� avec un homme ? -Homme ou femme, �a m'est �gal.

Mais les moches dans ton genre, �a me d�becte.

-Vous allez mieux ?

Vous avez faim ?

Lumi n'est pas avec vous ? -Partie.

Elle est une captivante table rase. -Lumi vous captive ?

-C'est une conscience neuve, une individualit� naturelle.

Elle rit et pleure comme un enfant. -C'est insupportable.

-Mais se donne et se refuse comme une femme.

-O� voulez-vous en venir ? -Lumi ne veut pas de moi.

-En quoi �a me concerne ? -Vous pouvez la convaincre.

-Il vous la faut parce que je couche avec elle ?

-Bien s�r.

-La mescaline vous a rendu d�ment. -On pourrait la modeler.

Elle incarnerait notre philosophie, nous serions des parents sans tabou.

-Et incestueux !

-Il y a quelque chose chez vous d'irr�m�diablement mesquin.

-O� allez-vous, Sartre ?

-Ca ne vous regarde plus.

-Restez. -Vous n'�tes pas � la hauteur

de notre pacte !

Musette

...

-Ton Sartre me touche les fesses d�s que tu as le dos tourn�.

-Tais-toi. -Tu me crois pas ?

-Il te fait un honneur. -Un honneur ?

Mais t'es compl�tement zinzin.

-Sartre ou moi, c'est pareil. Rends-lui son sourire.

Je supporte pas de le voir malheureux.

...

-Bonjour, Nergon.

-Ils ont du porto ? -Tu as assez bu.

-Un double porto ! Et que �a saute.

-Maman boude ? -J'ai gagn� un bisou.

-Ce que tu me d�go�tes.

-On est l�, Tyssen !

Mon ami Tyssen,

qui tient � se faire tuer en Espagne.

-Bonjour.

-Tu as vu Malraux ?

-Il m'a jet�, je sais pas me servir

d'un fusil. -Tant mieux.

Vous �tes trop mignon pour mourir.

-Apprends plut�t la philo.

C'est plus utile que la politique. -"L'Imagination" va �tre publi�.

-Enfin ! -Mes compliments, Sartre.

-L'�diteur en a jet� la moiti�.

Trop pr�tentieux. -Tais-toi.

-C'est la v�rit�.

Tu as raison, Lumi.

Tu es l'ange qui juge du haut d'un ciel de cristal.

-Arr�te !

-Mon b�b�, non !

Jazz

...

-Faut que tu me planques !

D�livre-moi, sauve-moi !

-Lumi, tu m'�touffes.

-Je veux plus coucher avec ton crapaud !

Piti�, ma ch�rie.

-Vous �tes deux belles salopes !

Vous lui avez fait mal, brute ! -Me touche pas !

Plus jamais.

Faut que tu saches : c'est si bon avec lui.

Il a la peau douce. -De quoi elle parle ?

-De Tyssen. -Tu couches avec Tyssen !?

-C'est �a, cr�ve !

-Faut nettoyer �a.

Je sais qui je vais vous pr�senter, elle est slave, comme vous aimez.

-J'ai mal. -Tr�s brillante.

Attention, �a va piquer.

-Je n'ai que vous au monde, Castor.

-Lib�rez-vous de Lumi.

Elle est en train de vous tuer.

-Va me chercher Lumi, je peux pas m'en passer.

...

-Nergon, je le trompe, mais il n'en sait rien.

Moyennant quoi, on est heureux.

Mais eux, ils veulent �tre authentiques.

Simone tousse.

-Excusez-moi, je suis en retard.

... -Ca va ?

...

-Je commande un verre de vin chaud. -Je veux bien.

L'�diteur a lu le roman de Sartre ?

On compte sur Nizan pour "Melancholia".

-Paul fait ce qui faut aupr�s des Gallimard.

T'as pas l'air en forme, Simone. -Respire.

...

On frappe.

-Oui ?

Asseyez-vous l�.

Posez par terre ce qui vous g�ne.

-Des pralines de chez Junet.

-Merci.

-Je serais venue � l'h�pital si j'avais su.

-Comment va mon p�re ? -Il est inquiet pour toi.

-C'�tait qu'un mauvais rhume.

-Un de tes poumons a �t� atteint, l'autre, menac� de l'�tre.

-Je vais beaucoup mieux.

-Tu aurais pu mourir.

-J'avais oubli� votre go�t pour le grandiloquent.

-Maintenant tu as besoin d'une vraie convalescence.

D'une vie plus rang�e.

-C'est �a, Dieu me punit d'avoir fait la noce.

-Il ne t'�pousera jamais.

D'ailleurs, o� est-il ?

-Sartre travaille.

Il a �t� affect� en Normandie.

On ne choisit pas son lyc�e.

-Prend-il seulement

soin de toi ?

-Vous sentez l'encaustique jusque dans votre fa�on de penser.

-O� �a t'a men�e de vivre comme tu vis ?

-Regardez-vous avant de prodiguer des conseils.

-Rentre � la maison. -Vous feriez mieux de partir.

Le m�decin m'interdit toute contrari�t�.

...

Simone tousse.

-Les Gallimard prennent mon roman.

Finissez vite le v�tre, Castor, nos r�ves se r�alisent.

-Je suis ravie.

-Ils n'aiment pas "Melancholia", ils proposent "La Naus�e".

-C'est tr�s bien aussi.

-Pauvre Castor, vous n'avez plus la force d'�tre enthousiaste.

Je vous dois tout.

Sans votre soutien, votre patience, votre esprit, votre grandeur d'�me.

-Vous exag�rez, mais merci.

-Vous me repoussez ?

-Sartre, il nous faut cesser de coucher ensemble.

-Ben, regardez-moi, au moins.

-Depuis dix ans, nos existences se confondent.

-Venez-en au fait.

-Je m�prise la jalousie, mais je suis jalouse.

Je ne veux plus continuer comme �a.

-Je vous ai fait du mal ? -Nous en avons fait tous les deux.

Mais Lumi est solide. -Moi aussi, j'�tais jaloux.

Lumi me repoussait. -Elle vous repoussera toujours.

-Lumi, je m'en fous, c'est termin�.

Je suis publi�, toutes les femmes vont m'aimer.

-Je ne veux plus subir vos amours contingentes.

-Vous et les autres,

c'est diff�rent. -Ca me fait trop souffrir.

Sartre, la sexualit� entre nous, �a n'est pas l'important.

Arr�tons, ce sera plus simple. -Plus simple ?

-Nous inventerons une autre sorte de couple.

-Qui ne baise pas ?

-Ecrire ensemble est un acte d'amour.

-Vous voulez

me couper les couilles ? -Je veux me mettre � l'abri.

La chastet� est le prix � payer pour que notre couple dure.

-Vous pensez �tre heureuse en martyrisant votre corps ?

-Vous ne comprenez pas. -Non.

-Je ne renonce au sexe qu'avec vous.

Je veux une place

qu'aucune autre ne pourra me ravir.

Je pourrai ainsi jouir de la libert� que nous nous accordons.

-Je serai pas le petit satellite du couple royal.

La troisi�me roue du carrosse.

Il faut que tu te d�barrasses de la vieille.

Je veux que tu sois le premier et le dernier.

-Je suis fou de toi. -Jure que c'est fini avec l'autre.

-Je te l'ai d�j� jur�. -Jure-le-moi sur Heidegger.

Tu me jures ?

-Les �crivains sont encore plus rasoirs que leurs livres.

-Personne ne te retient. -Je fais ce que je veux.

-Ta soeur m'exasp�re. -Dis-le � Sartre.

-Laissez Sartre savourer son triomphe.

-Une �criture sobre, qui s'efface pour d�voiler l'absurdit� de la vie.

Quelle puissance pour un premier roman.

-Le Castor.

-Un charmant castor.

Je questionnais M. Sartre sur cet animal

auquel il a d�di� son livre.

Fran�ois Mauriac, enchant�.

-Simone de Beauvoir.

-Au fond, j'�cris pour elle. -Les jeunes ont encore des muses.

C'est rassurant.

-Elle a la dent dure, mais ses critiques tapent juste.

Sans son imprimatur...

-Son imprimatur ? Votre fianc�e est donc le patron ?

-Ma fianc�e ? -Excusez-moi, j'avais cru...

-Je n'�pouse pas, pas d'enfant, chacun sa chambre d'h�tel.

-La vie de boh�me.

-Une vie d'�crivain. -Vous �crivez ?

J'aper�ois M. Gallimard.

Je vais lui dire le bien que je pense de "La Naus�e".

-Vous avez affol� le pape des Lettres.

-Comme �a, il parlera de nous.

...

J'ai enfin trouv� le titre de mon roman

sur le trio.

-On est venu pour faire de la randonn�e, pas pour bosser.

-"L�gitime d�fense". -Pourquoi ?

-Je me venge de Lumi, ma rivale, en l'assassinant � la fin du roman.

-Tu tues ma femme ? -On a tous les droits

en litt�rature.

Je me sens si libre depuis je suis capable d'�crire.

Je sais que je te plais.

...

-C'est entendu, Hitler voulait la Tch�coslovaquie, il l'a.

Il va nous foutre la paix.

-Cache ta joie, faucon.

-Je ne bois pas � la capitulation, ducon.

-Ils se sont d�shonor�s pour avoir la paix, ils auront la guerre.

-Sartre n'est pas Churchill, il a la trouille.

C'est maintenant qu'il faut les mordre aux couilles, les Boches.

C'est reculer pour mieux foncer

en enfer, bordel ! -Arr�te de faire ta Cassandre.

On a obtenu un sursis de quelques ann�es.

-On va le payer cher.

-Tout plut�t que la guerre.

-Allez.

J'ai jamais vu un castor aussi mal nager.

-Vous l'avez fait expr�s ! -Tania a raison.

Vous avez l'air d'une grenouille enrhum�e.

-Toujours aimable votre punaise. -Une sangsue, oui.

J'ai d� la tra�ner jusqu'� son train.

-Ces disputes, ces r�conciliations, il vous faut �a pour exister ?

-Et Tyssen ? -N'en parlez � personne.

J'ai jur� que Lumi ne saurait rien. -Vous avez peur de le perdre ?

-Je veux la garder, elle aussi, Tyssen ignore que �a continue.

-C'est coucher avec eux ou ne plus coucher avec moi

qui vous aide � �crire ?

-Sartre, Sartre, Sartre !

Staline a sign� avec les fascistes.

Il nous a trahis, il est avec Hitler.

-Ton Staline ?

-J'ai envie de chialer, comme un gosse.

-Si Thorez ne d�nonce pas Moscou, je lui balance ma carte � la gueule.

-Hitler peut envahir la Pologne, maintenant.

Et comme on prot�ge ses fronti�res...

-La France va entrer en guerre ? -C'est imminent.

-Je veux pas que vous alliez vous faire tuer, Sartre.

-On va tous aller se faire tuer, les pacifistes et les autres.

...

Brouhaha

...

-L'Education nationale vous virera mon salaire.

C'est vous le chef

de famille.

-Je veillerai sur votre m�re et sur Tania, promis.

-N'oubliez pas de m'�crire.

Retravaillez le troisi�me chapitre de "L�gitime d�fense".

Il peut �tre am�lior�.

Il est formidable, votre roman.

-Comment vais-je vivre sans vous, Sartre ?

-On y va, on embarque ! Dans les camions !

En voiture !

...

-Un, deux, trois, quatre !

On descend.

Un ! Remontez.

Deux, trois, quatre !

Inspire.

Voix de Sartre : -"Charmant Castor.

"Tania est malade et me r�clame.

"Le seul moyen de quitter cette caserne

"est de l'�pouser.

"Ce mariage

me donnera droit � 6 jours de permission."

Simone : -"Je dirai � Tania que j'en ai 3.

"Reste 3 jours que je vous r�serve.

Quel bonheur."

-6 ! Les bras tendus l�-haut.

-Je file au rectorat.

Les Allemands ont envahi la Hollande.

-Tous les soldats sont consign�s ? -Evidemment.

Pauvres gar�ons qui �taient � l'abri dans leurs casernes,

fini, la dr�le de guerre.

...

Sonnerie

-Vous avez rat� la corbeille, heureusement que je l'ai ramass�.

-Vous avez lu ?

-Il vous roule dans la farine.

Mademoiselle, pourquoi il �pouse Tania et pas vous ?

Il se moque de vous.

Tout �a pour une permission, tu parles...

-Il n'y aura ni mariage ni permission.

Kaledine, je peux compter sur vous pour tenir votre langue ?

-Croix de bois, crois de fer.

Si j'avais voulu faire ma pipelette, j'aurais gard� ma lettre.

-Retournez en cours.

-Merci, mon chien.

-Merci, Kaledine, allez, filez.

-On peut aimer les femmes et les hommes � la fois ?

C'est lui ou moi que tu pr�f�res ? -Rentre chez toi.

-T'as pas le droit de me renvoyer comme �a.

Tu sais le risque que je prends pour rester avec toi ?

Ma m�re va m'arracher les yeux.

-Raison de plus pour filer, allez.

-Je suis ta plus mauvaise �l�ve, mais la plus dingue de toi.

Alors, on reste ici et on fait l'amour.

-Te voil�, toi.

C'est ta m�re qui doit �tre contente.

-Et vous, vous �tes content ? -Depuis quand tu te soucies

de ce que je ressens ?

Apr�s plus de dix ans d'absence...

-Apr�s une op�ration aussi grave,

ton p�re aurait besoin d'une c�te de boeuf.

-Je peux trouver des oeufs.

Du beurre, peut-�tre. -Au march� noir ?

Ton p�re n'en voudra jamais.

Discours de P�tain :

*-Notre d�faite est venue de notre rel�chement.

L'esprit de jouissance d�truit l'esprit de sacrifice.

-Bien, en bas : "Je jure n'�tre ni juif ni franc-ma�on".

Date et signature.

J'aurai besoin des certificats de bapt�me, n'oubliez pas.

D�p�chons, s'il vous pla�t.

...

-Simone ?

Simone, r�veille-toi.

-Vous voulez un verre d'eau ? -Non.

Ecoute.

Ca m'est �gal de mourir,

mais pas de cur�.

-J'ai eu tort de vous sous-estimer, p�re.

Je vous dois des excuses.

-Ta m�re...

Parle-lui.

Emp�che-la.

Pas de bondieuserie sur mon cercueil.

-D'accord, p�re, d'accord.

Je ferai de mon mieux,

mais vous connaissez maman.

Quelqu'un vient en riant.

...

-Ah !

-Sartre ?

Vous �tes de retour.

-Je me suis d�merd� un certificat m�dical bidon

qui me d�clarait atteint de c�cit� partielle.

-Ca a suffi � vous faire lib�rer ?

-Ces enfoir�s m'ont d'abord fait croupir quinze jours � Drancy.

-Je comprends votre humeur, mon petit.

-Vous ne comprenez rien et arr�tez de m'affubler

de noms ridicules !

-J'ignore comment vous prendre.

-Il n'y a pas que vous au monde, sachez-le.

-Pour moi, il n'y a que vous. -Arr�tez les violons.

Les plaisirs pervers, nos airs sup�rieurs,

pour moi, c'est termin�.

-Oui, vous allez vous marier.

-Je vais combattre !

-Vous plaisantez ?

La guerre est finie.

-Nous ne sommes plus des hommes si nous acceptons Vichy.

On les foutra dehors, les Boches.

Ils ont tu� Nizan.

Il avait tout compris avant tout le monde.

C'�tait mon ami, ma jeunesse.

Il me manque, Nizan.

-Je sais ce que �a vous a co�t� de renoncer � l'�glise.

-Mme de Beauvoir, mes condol�ances.

Je pourrais vous int�resser, je suis brocanteur.

-Passez me voir demain. -Bien s�r, que voulez-vous vendre ?

-Les meubles, les bibelots, presque tout.

On en parlera demain matin.

-Vous vendez vos meubles ?

Cet appartement va �tre encore plus sinistre.

-Je compte le quitter. -Pour aller o� ?

-Quelque chose de plus petit, mais de plus moderne.

J'aimerais des grandes fen�tres, une mezzanine.

-Un atelier d'artiste. -Oui, c'est �a.

-Je vous vois pas habiter dans un atelier.

-Je veux faire des �tudes. -A votre �ge ?

-Toujours aussi encourageante.

Je vais pr�parer un certificat d'aide biblioth�caire.

Je dois travailler, ton p�re n'a pas laiss� un sou.

J'en r�ve depuis que je suis petite.

-Pourquoi avoir attendu la mort de papa ?

-Pour ne pas l'offenser.

"Une femme est ce que son mari la fait."

Il aimait bien r�p�ter �a.

-Pour ce qui est d'offenser, il n'a pas eu de scrupules.

-A quoi �a sert tout ce fiel ?

-Il a fallu sa mort pour que je vous voie r�ver.

-Comme si

je m'en r�jouissais.

-Vous vous sentez plus libre. -J'ai ob�i toute ma vie.

J'ai le droit de penser

un peu � moi, non ?

-"Une femme est ce que son mari la fait", c'est inou�.

-Que veux-tu dire ?

-On vous a dress�e, comme un animal.

Vos parents, votre mari, mais vous �tes de chair et de feu.

-Ne me parle pas comme �a. -On vous a mutil�e,

mais il reste une flamme.

Deux mois � p�daler sur les routes de la zone libre.

-Pour se faire cracher � la gueule partout.

-Vous n'avez rien � vous reprocher.

Il fallait essayer de rallier des �crivains � notre r�seau.

Entre le gaullisme et le communisme, notre groupe ne peut tenir le coup.

-Il est foutu, notre groupe, ma 3e voie est morte-n�e.

J'ai des envies de meurtre.

Malraux m'a trait� comme un mariole.

"Sartre, contentez-vous d'�crire."

-Le conseil de Malraux, faites-en votre arme.

"Les mots sont des pistolets", c'est vous qui me l'avez dit.

-Au stalag, je r�vais d'un groupe de maquisards parisiens.

-Au lieu d'�tre un r�sistant qui �crit,

soyez un �crivain qui r�siste.

Battez-vous. Seul, vous pouvez �tre plus fort.

Rires, cris

...

-On vous entend dans tout l'h�tel.

-Oh, on s'en fout.

L'h�tel est � la famille, tu es install�e ?

-Presque.

-Cadeau !

Pour vous remercier de m'accueillir.

-Du mohair ? Il est fou, ton amoureux.

-Papa Toledano, c'est Cr�sus.

-Et... voil�.

Tu pourras m'aider � bosser l'agr�g' ?

-Compte sur moi. Mais �a, c'est plus de mon �ge.

-Regarde ! Castor ne dig�re pas d'avoir 35 ans.

-Castor, Nergon monte ma pi�ce dans son th��tre !

-Bravo.

-Et il prend Lumi pour jouer Electre !

-Mais comment tu as fait ?

Oh, merci !

-F�licitations.

-"Jeunesse", "crime", "haine", ce sont des mots forts, bordel !

On dit pas : "Passe-moi le beurre".

-La police peut d�barquer n'importe quand.

Si �a se trouve, on jouera pas.

-C'est pas une raison.

-Que fout Albi ? -Je dois vous laisser.

Je dois voir ma directrice. -On fait quoi

si Albi n'obtient pas le visa de censure chez ces cons de Boches ?

-Chut, les murs ont des oreilles.

-Nous avons notre visa de censure.

Ren� Delange a d�bloqu� la situation.

-Je dois filer. -D�j� ?

-"Mlle de Beauvoir

"affiche dans sa conduite comme dans son enseignement

"un m�pris de toute discipline morale et familiale.

"Son maintien est inadmissible

"� l'heure o� la France

aspire � la restauration de ces valeurs."

C'est sign� du ministre en personne.

-On condamne pas les gens sans les laisser s'expliquer.

-Je dois vous notifier votre renvoi de l'Education nationale.

Vous avez �vit� la prison d'un cheveu.

Par miracle, l'enqu�te polici�re a conclu � un non-lieu.

-Quelle enqu�te ?

-Je ne devrais pas vous le dire, mais la m�re de Marina Kaledine

a port� plainte. -Pour quel motif ?

-D�tournement de mineure.

-Je suis un bon professeur.

Excellente m�me, et vous le savez.

-Elle m'envoie un avertissement.

Elle ne supporte pas de me voir amoureuse d'un Juif.

Elle me fera pas rentrer au bercail. -Va lui parler.

Il faut la calmer, elle est dangereuse.

Toledano risque trop grand.

-Sa m�re ne peut rien contre moi,

d�s que mon p�re allonge la thune, ils se couchent tous.

-Fais pas le malin, il faut te cacher.

Mme Kaledine me fait peur.

-Je vais pas mourir car j'en ai

pas envie.

Castor, ne laisse pas gagner ces cons.

-Il a raison, fais appel.

-Ils n'ont pas inqui�t� Sartre. -C'est un homme.

Puis c'est pas n'importe qui.

Il est c�l�bre, lui.

-Sartre, je fais appel ? -Doucement.

Ils ne soup�onnent que l'histoire avec Marina.

-Et Vichy n'aime pas

les lesbiennes. -Je n'en suis pas une.

Une lesbienne

n'aime que les femmes.

-Une lesbienne couche avec des femmes.

Point. -Faites-la taire.

-Si vous faites appel, nous allons

en prendre plein la gueule.

Ils en profiteront pour me virer aussi.

Nous n'aurons m�me plus mon salaire pour vivre.

-J'ai pr�par� de la chicor�e, j'ai m�me obtenu un peu de lait.

-Je reste pas.

-Mais pourquoi ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

Merci.

-L'Education nationale vient de me remercier.

Ma vie et mon enseignement manqueraient de d�cence.

Je n'aurai plus d'argent. -Mon Dieu...

-Allez-y, triomphez.

Je suis celle par qui

le scandale arrive, vous l'aviez dit.

-Ne me confonds pas avec ces hypocrites

vendus aux Boches, je ne re�ois pas de le�on d'eux.

Reprends ton argent, tu en auras besoin.

Et reste un peu.

Applaudissements

Air de jazz au piano

...

-Bravo.

C'�tait tr�s bien.

-C'�tait bouleversant. -Je suis fier de toi.

-Ca t'a plu ? -Bravo.

-On est dans la panade !

"La naus�e vous vient." Voil� ce que dit

le critique de "La Gerbe".

-Ce collabo me fait gerber.

-Entrez, Camus.

-Bonsoir. -Bonsoir.

Vous excellez en tout : philosophie, roman, th��tre.

Quelle audace.

-Merci. -Rien ne vous �chappe.

-Votre pi�ce est un hymne � la libert�, bravo.

-C'est pas �a qui va renflouer les caisses.

-C'�tait magnifique.

On frappe.

-Entrez.

-J'ai besoin de vous parler.

-A propos des "Mouches" ?

On trompe pas les Allemands si facilement.

-Ecrire, c'est prendre des risques. -Votre pi�ce

sent la charge contre Vichy.

-Je ne suis pas venu

parler des "Mouches". -De quoi alors ?

-Gallimard prend "L'Etre et le N�ant".

-L'�poque est peu propice � une philosophie libertaire.

-Non, rien de tel que l'oppression pour appr�cier l'anarchisme.

-Mais vous allez faire l'unanimit� contre vous.

-Castor, je vous ai d�di�e les 722 pages de mon premier pav�

de philosophe. -Je l'ai pas vol�.

-J'avoue.

Vous voulez savoir la suite ? Vous avez devin�, peut-�tre ?

-Non.

-Mais si, Gallimard vous publie.

-Vous et moi publi�s chez le m�me �diteur, c'est beau !

-Bon, ils veulent changer le titre du roman.

Ils proposent "L'Invit�e". -Pourquoi pas ?

Restez, Sartre.

Il faut f�ter �a. -Pas ce soir.

Ou Tania va me chanter "Ramona".

Air de jazz

...

-Toledano est mort !

-Ta m�re l'a donn� ? -Je sais pas.

Les Allemands l'ont descendu.

Son p�re, sa soeur aussi.

-C'est notre faute.

-Salope !

Vendue !

Tu vas payer pour les Boches !

Ils ont tu� mon amoureux !

Ils l'ont descendu comme un chien.

Je vais la crever, cette collabo !

-Marina, elle n'est pour rien

dans la mort de Toledano.

Elle a toujours agi pour nous aider. -C'est qu'une poubelle.

Une sale profiteuse.

Elle, elle va s'en sortir.

-Pardon.

-Je veux qu'elle cr�ve.

Je veux qu'elle cr�ve.

-Sartre ?

J'ai besoin de toi au journal.

Les Alli�s ont d�barqu� en Normandie.

...

"Combat" boucle � 2h, heure de Paris.

Envoie-moi tes papiers � temps.

-Manhattan, le jazz de Harlem, Hollywood, j'y crois pas, Camus.

Castor, me g�chez pas mon plaisir. -Vous m'aviez promis.

-Oui, de vous emmener, mais l'occasion �tait trop belle.

-Vous savez ce que vous me demandez ?

-J'ai une totale confiance en vous.

-Le papier est rationn�,

puis le dossier est incomplet. -Voyez avec Merleau-Ponti.

Tu l'aideras ? -Ca va de soi.

-Et relancez les auteurs qui ont promis leur contribution.

...

-On peut lui demander de revoir sa maquette ?

-Tu r�ves ? Puis on a pas le temps.

-C'est trop artistique.

-Va dire �a � Picasso.

-On se moque de l'emballage. -De l'emballage, un Picasso !

-Je pr�f�rerais quelque chose de sobre.

Une couverture blanche. -Mais c'est formidable.

-Camus, qu'en pensez-vous ? -Trop cubiste.

-Le d�bat est clos.

-On va manger ?

-Quand je pense au mal que Sartre s'est donn� pour convaincre Picasso.

Il va �tre furieux.

-Simone.

Sartre est oblig� de prolonger son s�jour.

-Oblig� par quoi ? -Ben, le succ�s.

Il est plus c�l�bre que Chevalier. -Vous fatiguez pas.

Elle est am�ricaine ?

Quelqu'un entre.

-Beaver ?

Hi, Beaver !

Nice to see you.

D�j� debout ? -J'ai pass� la nuit ici.

-Vous n'imaginez pas l'opulence de ce pays.

-Merci.

Moi aussi, j'ai un cadeau pour vous.

Et l'�dito, �a urge.

Vous me le donnez quand ? -Voyez �a comme elle parle.

-C'est incroyable cette mati�re, mieux que de la soie.

Comment ils appellent �a ?

-Nylon. -Nylon...

C'est chou de m'avoir rapport� ces bas.

-Rends-moi �a !

-Qui c'est Carmen ?

D'o� elle sort ? Ton "unique", tu te fous de moi !?

Tu vas pas t'en tirer comme �a, je te pr�viens.

Je suis pas comme la vieille, je serai pas cocue avec le sourire !

Mais tu vas dire quelque chose !? -La barbe !

-Salaud.

-Entrez.

-Vous n'�tes pas pr�te ?

-Le lien entre litt�rature et politique, c'est tr�s fort.

Votre pr�sentation est g�niale.

L'engagement, c'est ce qu'on retiendra.

Je vais beaucoup mieux, ces derniers temps.

Vous �tes bien silencieux.

-Je suis malheureux, Castor.

-Votre Am�ricaine ?

Je proscris la tristesse, les Gallimard organisent enfin

un d�ner en notre honneur. -Je m'en fous.

Parlez-moi de Carmen.

-M�tisse.

Un esprit curieux, une intelligence vive.

C'est extraordinaire comme elle partage mes go�ts.

L'accord parfait.

-R�pondez sans d�tour.

Qui vous est n�cessaire ? Elle ou moi ?

-J'ai pens� m'installer en Am�rique, mais je suis rentr�.

Ne m'en demandez pas plus.

-Cette Carmen, personne la conna�t, elle habite � l'autre bout du monde.

-Je me fiche d'elle. -Quel est le probl�me ?

-Je voudrais comprendre. -Comprendre quoi ?

Que les hommes sont ingrats, injustes et �go�stes ?

Et qu'ils sont les plus forts ?

-C'est moi que je voudrais comprendre.

Je me croyais au-dessus du lot et je me retrouve flou�e.

Ni�e, grug�e, comme vous. Comme toutes les femmes.

-Ton p�re, je l'ai aim�.

Vraiment.

Et contrairement � ce que tu crois, il m'aimait aussi � sa mani�re.

-Vous croyez que Sartre m'aime ?

-Il y a quinze ans, quand tu l'as rencontr�,

je ne croyais pas � cette union, mais elle dure encore.

Elle doit �tre solide pour survivre.

-C'est moi qui suis solide.

Pour pas faire comme les bourgeois, j'ai tout accept�.

-Tu as 38 ans, Simone. Pourquoi c�derais-tu ta place,

maintenant qu'elle est enviable ?

...

-Vive la libert� !

-Tu vas te taire ?

-"Les Temps modernes".

C'est g�nial, ce titre.

Il a un de ces culots.

-Une revue de philo qui s'appelle comme un film de Charlot, faut oser.

-Qui c'est Carmen Colomba ? -Je sais pas.

-Sartre lui d�die sa pr�sentation.

-Personne ne sait o� elle est.

-A l'heure du triomphe, elle dispara�t, �a n'a pas de sens.

-La d�dicace � Carmen, bravo.

-Simone l'ignorait ? -Elle aurait fait des salades.

Quelqu'un marche.

-Sartre ?

-A quoi vous jouez,

Castor ?

-Vous osez le prendre sur ce ton ?

Quand vous �tiez en Am�rique,

je trimais pour que Sartre ait sa revue.

-D'accord, j'ai eu tort pour cette d�dicace.

-C'est � moi qu'il fallait la d�dier !

-Votre nom est dans la revue.

C'est pas comme un de mes livres.

-J'aurais d� vous abandonner � vos langoustes et vos scarab�es.

C'est moi qui vous ai fait.

Vous me devez tout. -Vous prenez la grosse t�te.

-Un rat� qui cherchait la gloire. -La gloire, je l'emmerde.

Faites-en autant.

-Fichez le camp d'ici.

-Vous ne me le direz pas deux fois.

Il claque la porte.

Si Dieu n'existe pas, il y a un �tre

chez qui l'existence pr�c�de l'essence, c'est l'homme.

L'existentialisme dit � l'homme

qu'il n'y a d'espoir que dans ses actions.

Nous sommes seuls, sans excuse.

L'homme est responsable de lui-m�me,

mais pas de son individualit�.

-Les catholiques vous reprochent

de ne souligner que l'ignoble de l'humain.

-Et d'�crire contre Dieu.

-Je ne suis pas contre Dieu, je suis sans Dieu.

-Dieu aurait donc bon dos.

Notre destin�e n'est pas �crite, elle nous appartient ?

-L'existentialisme dit qu'on est libres.

Tu es responsable de tes actes,

mon vieux.

Murmures

...

...

Applaudissements

-Bravo !

-Bravo !

-Vive les existentialistes !

...

...

-Je reviens.

...

Alors, ils l'invitent ?

-Ils feraient tout pour Sartre.

3 mois de conf�rences � travers l'Am�rique.

-Discr�tion assur�e ? -Castor n'y verra que du feu.

-Elle part quand ? -On y travaille.

-Viens.

...

Venez danser, Castor.

Allez, venez, Castor.

...

-J'ai l'impression d'�tre dans un film am�ricain.

-Je suis si fi�re de devoir veiller sur vous durant votre s�jour.

C'est merveilleux de vous rencontrer.

Vous �tes tellement sophistiqu�e. -Moi ?

-Ce refus des enfants, du mariage, c'est si romantique.

Qu'�crivez-vous en ce moment ? -Un livre sur les femmes.

-Ah, int�ressant.

On passe � l'h�tel pour que vous puissiez vous rafra�chir

et je vous montre New York.

-Pas ce soir, je suis �puis�e.

Demain, ce sera avec plaisir.

Vous connaissez Carmen Colomba ?

Elle s'occupe des �missions de "La Voix de l'Am�rique".

-Vous �tes Carmen Colomba ?

Sartre vous a parfaitement d�crite.

-Et vous, Simone de Beauvoir. -J'aurais d� vous appeler.

Ces bagages, vous partez � Paris ?

-Je pensais que Jean-Paul vous l'avait dit.

-Il s'est pas donn� cette peine.

"Manhattan"

...

-I'll take Manhattan

The Bronx and Staten Island too

It's lovely going through

The zoo...

-Vous �tes l'ami de Katy ? -Oui, Nelson Algren.

-J'ai ador� votre dernier roman. -Merci.

-Asseyez-vous. -Je peux pas rester.

-Comment �a ? -Une copine m'attend dehors.

-Qu'elle vienne aussi. -C'est une N�gresse.

Ici, c'est un bar blanc.

Interdit aux Noirs et aux chiens.

-On s'en va.

Jazz

...

Eclat de rire

-Je vais rentrer � l'h�tel.

-Je finis la partie et je viens vous arr�ter un taxi.

Vaut mieux pas tra�ner seule par ici.

...

Soupirs

...

...

-Il sait que tu baises

avec d'autres ? -Te m�le pas de ma vie.

-Si on aime vraiment une femme,

on ne supporte pas qu'elle soit infid�le.

Tu veux savoir ce qu'il y a de neuf chez les penseurs am�ricains ?

Lis les sociologues. -La sociologie est un genre mineur.

-Ici, c'est en train de changer notre regard sur le monde.

Tiens.

-"Le rapport Kinsey". -Ca parle de sexe.

Kinsey mesure tout.

La fr�quence des rapports sexuels,

l'intensit� du plaisir selon les zones caress�es.

La plupart des mecs ne savent pas ce qu'est un clitoris.

-M�me toi, tu n'es pas si � l'aise avec le plaisir f�minin.

-Ca prouve que je suis un mec, un vrai.

"An American Dilemma".

C'est un livre qui d�code nos st�r�otypes sur les Noirs.

Il d�montre comment les Blancs s'en servent pour justifier

et maintenir l'in�galit� raciale, c'est sur la condition des Noirs.

-C'est pas si diff�rent de la condition des femmes.

-Easy now.

-On invoque la nature pour justifier l'inf�riorit� des femmes.

Extraits de conf�rences de Simone, en anglais

...

-There you are.

-J'ai noirci des dizaines de carnets de notes.

J'ai envie d'en faire un livre. -D�p�chez-vous.

Ici, tout le monde veut lire de Beauvoir.

"La plus jolie des existentialistes."

-Je peux pas rester longtemps, mon avion d�colle aux aurores.

-On ne parle que de vous.

-Merci.

-Oh, vous avez fait forte impression sur mon ami Algren.

Vous savez ?

-Madam.

-Merci.

Excusez-moi.

-Un probl�me ?

-La routine.

Bon...

A la prochaine.

Soupirs

...

-Je t'ai bien bais�e ?

Maintenant il faut que je parte ?

-Pourquoi es-tu grossier ?

-J'ai pas d� beaucoup insister pour que tu viennes � New York.

-Je suis un homme, �a n'a rien � voir.

-Tu me fais mal.

-Tu comprends donc rien.

-Non, pourquoi tu m'en veux ?

-Parce que tu n'es pas � moi.

-Tu es comme les puritains ? Il faut te marier avant de coucher ?

C'est inesp�r� une alchimie comme �a � notre �ge.

Pourquoi tout compliquer ?

-Ne retourne pas � Paris, reste avec moi, Simone.

-Je peux pas.

-Je t'aime aussi, mais je peux pas.

-Il ne t'aimera jamais autant que moi.

Personne ne peut t'aimer comme moi.

-Comment pourrais-je t'oublier ?

Merci.

...

On frappe.

-C'est pas trop t�t.

-Sartre n'est pas venu ?

-Je n'ai vu personne.

-Dis-lui la v�rit�. -Laisse-la souffler.

-Pourquoi il est pas venu ? -Carmen est toujours l�.

-Il va l'�pouser.

-Voil� comment il te remercie.

-Tu t'en fais pour moi ?

-Carmen nous d�teste. -Elle veut

nous l'enlever.

-Si Sartre nous laisse,

c'est moche � dire, mais on cr�vera la dalle.

O� tu vas ?

-Sans toi, on est perdus. -D�brouillez-vous.

-Nous laisse pas tomber.

Voix de Algren : -Il ne t'aimera jamais autant que moi.

Je t'aime de tout mon �tre. Je t'ai bien bais�e ?

T'as eu ce que tu voulais, il faut que je parte ?

M�lange de phrases en fran�ais et en anglais

Si tu prends cet avion...

Don't forget me, crazy frog... Ne retourne pas � Paris...

Personne ne t'aimera jamais comme je t'aime...

...

-J'ai fini par d�couvrir votre refuge.

Et je viens � Canossa. -Fichez le camp.

-Je comprends que vous soyez furieuse.

-Je vous m�prise.

-Bon, ce n'�tait pas glorieux, ce complot pour vous �loigner.

-Du vaudeville.

-Heureusement, le ridicule

ne tue pas.

J'ai pens� � me marier, moi. -C'est elle qui vous a plaqu�.

Je le sais.

-Elle a compris que j'�tais li� � vous.

-Je ne jouerai plus les lots de consolation.

-Vous seule

m'�tes n�cessaire. -Trop tard, j'aime ailleurs.

Lui me donne du plaisir.

-Ca vous rend pas moins chiante. -Je vous retiens pas.

-Les sc�nes de m�nage,

j'en ai eu ma ration.

-Ce n'est pas une sc�ne, c'est une rupture.

Vous m'avez �cout�e ? -Vous �tes tomb�e sur un bon coup.

Sur quoi travaillez-vous ? C'est �a qui m'int�resse.

-Sur ces cr�atures que vous appr�ciez tant.

-Les femmes, c'est vrai ? Vous en �tes o� ?

-Oseriez-vous pr�tendre que la femme est libre ?

Qu'elle est libert�, comme vous le dites de l'homme ?

-Ne m'accusez pas d'avoir attent� � votre libert�.

-Mon p�re disait :

"Une femme est ce que son mari la fait ?"

-Vous voulez tordre le cou

� la nature f�minine ?

-On na�t femme ou on le devient ? -Doucement.

Il y a quand m�me des diff�rences physiques.

-Mais servent-elles d'alibis � la domination

ancestrale des hommes ? -Vous tenez un truc �norme.

-Je veux tout passer au crible : pubert�, r�gles,

grossesse, avortement, m�nopause, adult�re...

-Bravo, attaquez-les aux couilles !

La femme, question philosophique, personne n'y avait pens�.

M�me pas moi.

-Surtout pas vous.

-Je veux te faire une douzaine d'enfants.

-J'ai 41 ans. -Pas de temps � perdre.

-Il est sorti quand ?

-C'est tout chaud.

-Tu t'habilles ?

-Repose-toi, tu dois �tre �puis�.

-Je vais travailler avec Sartre.

-Ne sois pas jaloux.

...

-Pardon, madame, mais je dois vous dire.

Je me sens des ailes depuis que je vous ai lue.

-C'est la putain

du "Deuxi�me sexe".

Elle nous aura rien �pargn� sur son vagin.

-Vous n'avez pas le droit, cette femme est un g�nie !

-Elle est belle, la litt�rature.

Vous n'avez pas honte de d�fendre une salope pareille ?

-Du vent, morue !

-Excusez-moi, monsieur.

-C'est la gloire pour Castor.

On ne parle plus que du "Deuxi�me sexe".

-2 000 exemplaires en une semaine.

-Tous les cons sont contre elle.

J'en reviens pas de la violence du "Figaro".

-Et les communistes, alors ? -Tiens, la voil� avec son Am�ricain.

-Ca va pas �tre de la tarte.

J'ai ador� "L'homme aux bras d'or" !

Ce que tu es grand, Nelson.

Je ressemble � un trou du cul !

-On doit parler, seul � seul.

-On boit un coup, d'abord.

Je te pr�sente � la petite famille.

Tu en fais d�j� partie.

Come on, sit down.

-Bonjour.

-Bonjour. -Tania.

Tyssen. -Hello.

-Et Lumi. -Bonjour.

-Qu'est-ce qu'il boit ?

-Du vin.

Tu te fous de moi.

On va vivre � Chicago, je suis pr�t � t'�pouser.

-Nelson, sois raisonnable.

Je peux pas tourner le dos � un succ�s pareil.

-Tu me prends pour un con.

-Toi, peu importe que tu vives � Paris ou � Chicago.

L'important, c'est qu'on soit ensemble.

-Qui je suis pour toi ? -Mon amour.

-Non, je suis la putain de Simone, voil� !

Pour toi, Sartre, et ta petite famille

� la con.

I love you.

I love you.

-Il veut m'�pouser.

-Pour quoi faire ?

-Il veut des enfants. -Il est comique.

-Et il m'aime.

-Vous vous voyez en train de torcher

des moutards ?

-Je ne veux pas le perdre.

-Vous n'allez pas tout bazarder pour suivre

le premier venu ! -J'ai pas le choix.

-On a toujours le choix.

Et vous avez pens� � moi ? Je deviens quoi sans vous ?

-Vous n'avez pas besoin de moi. -Je n'ai besoin que de vous.

C'est une amourette.

-Vous ne m'avez jamais parl� comme il me parle.

-Vous voulez d�j� vous renier ?

Je voulais changer le monde, mais c'est vous qui l'avez fait.

Les femmes

vous doivent tout.

-J'ai envie de son d�sir, m�me si c'est un pi�ge.

J'ai envie, une fois dans ma vie, d'�tre l'�pouse,

l'unique, la seule.

-C'est ensemble que nous sommes uniques.

Sartre ne se con�oit pas sans Beauvoir et inversement.

-Aidez-moi, je sais plus o� j'en suis.

-Dans notre pacte, nous avons oubli� un d�tail de poids.

Les autres ont des sentiments, ils nous les font payer cher.

-Vous ferez la une de "Paris-Match".

On publiera des extraits du "Deuxi�me sexe" et un papier.

Manchette : "Une femme appelle les femmes � la libert�."

-Ca a de la gueule.

-"Simone de Beauvoir

"est sans doute la premi�re femme philosophe dans l'histoire

"des hommes.

"Elle a d�gag� une philosophie

de son sexe."

Ca vous va ?

-C'est presque trop. -Il me faudrait

une photographie du couple.

-Vous �tes les Pierre et Marie Curie de la litt�rature.

Un couple mythique.

-Arr�tez la pommade.

-Monsieur, vous pouvez

vous �carter un peu ?

Vous �tes dans le champ.

-Let's go.

I'm leaving.

-Ne partez pas, j'en ai pour une seconde.

-Suivez les conseils de ce journaliste.

Souriez � la post�rit�.

"Isn't it romantic ?" par M. Feinstein

-I've never met you

Yet, never doubt you

I can't forget you

I've thought about you

I know your profile...

...

With all my heart my heart is here for you to take

Why should I quake?

I'm not awake

Isn't it romantic ?

Music in the night

A dream that can be heard

Isn't it romantic ?

Moving shadows write

The oldest

magic word

I hear the breezes playing

In the trees above

While all the world is saying...

Sous-titrage ST' 501

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